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Thomas Mayne Reid

Parti en mer : récit d'un mousse


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066317461

Table des matières

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

CHAPITRE VI

CHAPITRE VII

CHAPITRE VIII

CHAPITRE IX

CHAPITRE X

CHAPITRE XI

CHAPITRE X I

CHAPITRE XIII

CHAPITRE XIV

CHAPITRE XV

CHAPITRE XVI

CHAPITRE XVII

CHAPITRE XVIII

CHAPITRE XIX

CHAPITRE XX

CHAPITRE XXI

CHAPITRE XXII

CHAPITRE XXIII

CHAPITRE XXIV

CHAPITRE XXV

CHAPITRE XXVI

CHAPITRE XXVII

CHAPITRE XXVIII

CHAPITRE XXIX


CHAPITRE PREMIER

Table des matières

OU JE M’EMBARQUE MALGRÉ LA VOLONTÉ PATERNELLE.

J’achevais à peine ma seizième année, lorsque je partis en mer. J’avais cependant des parents indulgents et tendres, des frères et des sœurs qui me chérissaient et qui me pleurèrent longtemps; et il ne tenait qu’à moi de vivre heureux parmi les miens. Mais la mer m’avait toujours fasciné, non point tant la vie du marin que la libre existence des aventuriers qui courent le monde. Tous les efforts de mes chers parents pour me détourner de cette vocation irrésistible ne servaient, j’ai honte de l’avouer, qu’à ancrer plus avant dans mon esprit le désir de voyager sur l’océan.

Comment cette passion avait pris naissance en moi, je l’ignore. Aussi loin que remontent mes souvenirs, je la retrouve en moi, cette folle passion du vagabondage. C’est au bord de la mer que je vins au monde; ce qui frappait mes regards d’enfant, c’étaient les voiles blanches et les mats élancés des beaux navires que je voyais de ma fenêtre. J’admirais leur grâce et leur force, je souhaitais avec ardeur de monter sur un de ces splendides vaisseaux, de m’en aller bien loin, derrière l’horizon bleu...

Puis je lus force livres décrivant les pays d’outremer, les rivages enchantés, les animaux bizarres, les hommes étranges, les végétations puissantes et singulières, palmiers, bananiers, gigantesques baobabs: tout un monde merveilleux qui m’attirait.

En outre, les récits d’un de mes oncles, ancien capitaine marchand, ne contribuaient pas peu à me tourner la cervelle. Pendant les longues soirées d’hiver, il se plaisait à raconter à ses neveux rassemblés autour de lui les aventures les plus extraordinaires, ouragans, naufrages, exploits, rencontres de pirates, combats avec les Indiens, les baleines, les lions, les crocodiles, que sais-je encore! Vous pensez si nous bayions d’admiration à toutes ces histoires!

Il n’est donc pas étrange que la maison paternelle me parût ensuite trop étroite et que l’existence quotidienne me lassât. Je ne songeais, je n’aspirais qu’à m’embarquer. Mes parents auraient pu me placer avantageusement, soit comme novice sur quelque grand navire en partance pour les Indes, soit comme aspirant dans la marine royale; mais, comme je l’ai dit, ils étaient restés constamment sourds à mes supplications.

C’est alors que je résolus de m’enfuir et de m’engager sur le premier navire qui voudrait de moi comme matelot. Plusieurs fois je m’offris aux capitaines du port voisin; mais les uns me refusaient parce qu’ils me trouvaient trop jeune; les autres parce qu’ils savaient ma famille opposée à mon départ. J’eus enfin la chance, — je devrais plutôt dire la malchance, — de tomber sur un homme beaucoup moins scrupuleux, qui ne fit aucune difficulté pour m’engager à son bord, tout en sachant que je fuyais la maison paternelle.

Au jour et à l’heure convenus, je montai sur son navire, qui leva l’ancre avant qu’on eût pu signaler ni même remarquer ma disparition. Je ne craignais plus désormais aucune poursuite.

Ma désobéissance à la volonté de mes parents devait me coûter bien des douleurs et bien des regrets, hélas! stériles.

CHAPITRE II

Table des matières

MES SOUFFRANCES A BORD DE LA Pandore. — MON PROTECTEUR BEN BRACE.

Je n’étais pas embarqué depuis douze heures, que dis-je? — douze minutes, que j’étais tout à fait guéri de ma fièvre maritime. Le mal de mer me prit aussitôt, et je souffrais tellement que je pensais mourir. J’aurais donné beaucoup pour me retrouver sur la terre ferme.

Même pour un passager de première classe, bien soigné dans une cabine confortable, le mal de mer est toujours douloureux: que l’on juge de mes souffrances à moi, pauvre enfant isolé, que le capitaine bousculait, que le contremaître battait, que l’équipage raillait! Si j’avais vu le navire s’ouvrir, je n’aurais pas fait un mouvement pour éviter la mort. Mais l’intensité même de mon mal en abrégea la durée: au bout de deux jours, je cessai de vomir et je me sentis assez fort pour me lever et me promener dans le navire.

Le contremaître était une brute, l’équipage un ramassis de bandits, à l’exception d’un ou deux braves garçons. Quant au capitaine, méchant par nature, il se montrait féroce toutes les fois qu’il avait bu ou qu’il était en colère, ce qui lui arrivait souvent. Malheur à qui lui tombait alors sous la main, et surtout malheur à moi! car sa fureur s’exerçait le plus volontiers sur les êtres faibles.

Trapu, les traits réguliers, les joues potelées, les yeux à fleur de tête et le nez retroussé du bout, il offrait toute l’apparence d’un brave homme et d’un joyeux vivant. Mais sous ce masque de triviale jovialité se dissimulait la fourberie la plus cynique, la cruauté la plus impitoyable: et voilà à quel individu j’avais eu l’imprudence de me livrer!

Un contremaître, plus sobre (il ne buvait jamais), mais aussi brutal que le capitaine, un troisième officier, homme assez insignifiant et sans grande autorité, un charpentier toujours ivre de rhum, un gros nègre hideux, à la fois cuisinier et commissaire des vivres, complétaient le cadre de nos officiers. Et c’était à ces gens-là que ma vie était liée! C’était pour en arriver là que j’avais fui les miens, si tendres, si affectueux! J’étais déchiré par le repentir et le remords.

Mes regrets stériles étaient encore avivés à la pensée de l’engagement que j’avais signé sans même le lire et dont les clauses, ainsi que le capitaine me l’avait dit, m’obligeaient à servir pendant cinq ans à son bord, cinq ans d’esclavage, sous les ordres d’une brute qui pouvait me frapper, me fouetter, me jeter au cachot à sa fantaisie! Impossible de fuir sans être aussitôt déclaré déserteur et poursuivi comme tel dans tous les ports du monde. Je n’entrevoyais d’autre issue à mes longues tortures que dans le suicide; et je me serais pendu à une vergue ou jeté dans la mer, si le souvenir de mes parents ne m’avait retenu.

Oh! que d’avanies, que de coups, que de cruels traitements j’eus à subir! Je n’avais pas même un coin à moi pour dormir tranquille, et j’étais, par surcroît de misère, accablé de besogne la nuit comme le jour. Esclave des officiers, je devais obéir aussi à chaque homme de l’équipage; et le hideux nègre, Boule-de-Neige, s’arrogeait le droit de me commander. Bref, j’étais le valet et le souffre-douleur de tous les matelots.

Longtemps je souffris en silence; pourquoi me serais-je plaint, et à qui? Personne à bord ne s’intéressait à moi. A la fin, cependant, un hasard heureux me concilia la protection de l’un des matelots, qui, impuissant contre les brutalités du capitaine, pouvait au moins me défendre contre les mauvais traitements de ses compagnons. Il s’appelait Ben Brace.

C’était le meilleur matelot de la Pandore, ainsi que s’appelait notre navire. Encore jeune, grand, souple, bien découplé, la physionomie énergique et loyale, la tête comme casquée d’épais cheveux bruns et frisés, la barbe et la moustache toujours rasées avec soin, sa large poitrine tatouée, comme moulée dans une chemise de jersey bleu foncé, tel était mon ami Ben Brace. Voici dans quelles circonstances il se constitua mon protecteur.

Peu après mon embarquement, je reconnus non sans surprise que les étrangers composaient les trois quarts de l’équipage. Il semblait que chaque nation, France, Espagne, Hollande, Suède, Amérique, Italie, eût envoyé, pour la représenter dans cette assemblée de bandits, le plus crapuleux de ses membres, exception faite en faveur de Ber. Brace et d’un Hollandais, garçon sans malice et fort malheureux.

Parmi les Américains, un nommé Bigman se distinguait par son humeur querelleuse et féroce. Grossier, gras et trapu, barbu comme un pirate, il était, au demeurant, courageux, bon marin, et faisait partie, avec Ben Brace, de la petite bande qui s’arrogeait le droit de battre les autres et de tout régenter à bord. C’est à la rivalité qui existait entre les deux hommes, rivalité encore attisée par le préjugé national, que je dus la protection de Ben Brace.

J’avais, je ne sais comment, froissé l’Américain qui, pour se venger, en vint un jour à me frapper au visage. Devant cette agression aussi cruelle qu’injustifiée, Ben ne put contenir son indignation, et, sautant hors de son hamac, il s’élança vers Bigman et lui assena sur le menton un maître coup de poing à la John Bull.

L’autre chancela, puis, se remettant, il monta sur le pont avec Ben Brace, et tous deux, sous les regards attentifs des matelots, se livrèrent à une véritable partie de boxe, qui se termina, comme il arrive toujours entre Anglais et Américain, par la défaite de l’Américain: bourré de coups, la figure bleuie, il finit par s’abattre sur le pont comme un bœuf assommé.

— Assez pour aujourd’hui, n’est-ce pas? lui cria Ben. Eh bien, si tu touches encore cet enfant, je doublerai la dose... Et vous, là-bas, ajouta-t-il en se tournant vers ses camarades, ne le tourmentez plus, si vous ne voulez pas avoir affaire à moi.

Les matelots se le tinrent pour dit; personne ne me maltraita plus, à l’exception des officiers, contre lesquels mon nouveau défenseur se trouvait impuissant.

Et tous deux, sous les regards attentifs des matelots, se livrèrent à une véritable partie de boxe.


CHAPITRE III

Table des matières

MA PREMIÈRE ASCENSION DANS LES AGRÈS. — BEN BRACE ME SAUVE LA VIE.

Toutefois ma situation s’améliorait sensiblement. On me donnait une part entière de pâté et de biscuit, je pouvais pénétrer dans le gaillard d’avant et dormir sur un coffre. Un matelot, pour faire la cour à Ben, me gratifia d’une vieille couverture, un autre d’un couteau; bientôt je ne manquai plus de rien. Dénué de tout comme je l’avais été jusqu’alors, — car, dans ma hâte à fuir la maison paternelle, je n’avais emporté ni vêtements de rechange, ni assiette, ni fourchette, ni aucun des objets les plus indispensables, — j’acceptais avec reconnaissance même les bagatelles offertes par des individus qui ne me ménageaient naguère ni les soufflets, ni les avanies, et ma gratitude était profonde à l’égard de Ben Brace, dont le patronage avait produit de si heureux résultats. Un nouvel incident ne devait pas tarder à accroître encore ma reconnaissance pour lui et son affection pour moi.

Depuis quinze jours que j’avais quitté le toit paternel, le capitaine ne m’avait pas encore commandé de grimper au haut des mâts. J’avais bien escaladé les premiers haubans , mais c’était de mon plein gré et pour m’habituer à me mouvoir avec aisance dans les agrès. J’avais même, une ou deux fois, poussé jusqu’aux enfléchures , enfilé le trou du chat et gagné la grande hune , non sans éprouver quelque vertige; et je serais monté encore plus haut si le capitaine ou le contremaître ne m’avaient rappelé en jurant sur le pont, et ordonné quelque infime besogne, comme de nettoyer leurs cabines ou de cirer leurs bottes.

M’apercevant que le commandant n’était nullement disposé à m’enseigner le métier de marin, et qu’il m’avait engagé à seule fin de lui servir de valet et d’essuyer ses bourrades, j’osai un matin lui en faire le reproche. Je n’avais pas fini de parler que je me sentis renversé et meurtri de coups de pied; et mon ivrogne de capitaine redoubla de méchanceté à mon égard, sans jamais me permettre de monter aux agrès.

Une fois pourtant je dus y monter plus haut que je n’aurais voulu. Choisissant le moment où je supposais le capitaine et le contremaître en train de faire la sieste, j’avais grimpé jusqu’à la grande hune; là, ayant allongé mes membres las sur les planches de ce berceau aérien, j’écoutais les murmures du vent et les soupirs des vagues et je ne tardais pas à m’assoupir.

Je ne dormais pas depuis cinq minutes lorsque je fus arraché brusquement à mon sommeil par un coup de ce que les marins appellent bout de corde. Je bondis aussitôt avec une vivacité qui empêcha la corde de me cingler une seconde fois; et je ne fus pas peu étonné de reconnaître Bigman dans la personne de mon bourreau.

Depuis la correction qu’il avait reçue de Ben, il m’avait laissé tranquille, quoiqu’il nourrît contre moi une haine implacable: comment donc venait-il m’attaquer à un moment où mon protecteur devait se trouver sur le pont? Me précipitant vers le trou du chat, je regardai en bas. Je ne vis pas Ben Brace, et je me disposais à l’appeler, lorsque j’aperçus, debout sur le tillac, et la tête levée vers la grande hune, le capitaine et le contremaître. Tout s’expliquait: c’était sur leur ordre que l’Américain m’avait si brutalement assailli; et je pus comprendre, à l’expression diabolique de leurs physionomies, qu’ils avaient imaginé une nouvelle torture à m’infliger.

Désireux d’en épargner la vue à mon protecteur, qui ne pouvait rien contre ses supérieurs, je me tus, et j’attendis ce qui allait se passer.

Je n’attendis pas longtemps:

— Chien de paresseux! cria le contremaître. Dormir en plein jour! Réveille-le à coups de corde, Bigman; tape dur, tape encore! Fais-le chanter!...

— Non, fais-le grimper, plutôt, — interrompit le capitaine; pousse-le jusqu’au plus haut, Bigman! Il veut apprendre le métier, qu’il l’apprenne!

— Très bien, acquiesça le contremaître en ricanant; c’est cela, fais-le grimper!

L’Américain leva sur moi sa corde.

— Monte! fit-il.

Il m’était impossible de résister: posant les pieds sur les haubans du mât de hune et les mains sur les enfléchures, je commençai ma dangereuse ascension.

Je grimpai les échelons d’un pas saccadé ; à chaque fois que je m’arrêtais pour reprendre haleine, Bigman frappait de toutes ses forces. J’arrivai ainsi jusqu’aux barres du mât de la grande hune. La mâture se penchait sous l’impulsion du vent; sous mes pieds, j’apercevais l’abîme de la mer...

— Plus haut! cria l’Américain en brandissant sa corde.

Plus haut! mais comment! Plus d’enfléchures, plus d’anneaux, rien que deux cordages noirs convergeant vers l’extrémité du mât!

Mais la brute qui me suivait redoubla de coups et de menaces. D’un suprême effort, je me hissai par les cordages jusqu’à la vergue de perroquet . Là, tout hors d’haleine, je dus faire halte. Je n’avais plus au-dessus de ma tête que le mât de cacatois.

— Plus haut! criaient d’en bas le capitaine et le contremaître! Je coulai mon regard sur le pont; tous les matelots s’étaient rassemblés sur le gaillard d’avant; ils avaient l’air de se quereller, sans doute à mon sujet. La voix de Ben Brace parvint jusqu’à mon oreille:

— Assez! assez! vous voyez bien qu’il est en danger!

Mais déjà l’Américain avait relevé sur moi l’instrument de torture; il se complaisait à mon agonie.

— Monte, cria-t-il en jurant; monte, ou je te crève!

Et un coup plus violent que les autres vint me cingler les reins.

Un matelot exercé a déjà de la peine à atteindre la vergue de cacatois d’un grand navire; mais pour un débutant, c’est tenter l’impossible: rien qu’une corde lisse pour se hisser... Je la saisis, cette corde, avec l’énergie du désespoir, et je continuai mon effroyable ascension.

Mais comme j’allais enfin atteindre la vergue, un vertige me prit, toute ma force m’abandonna; je lâchai la corde et je tombai...

Toutefois je n’avais pas perdu tout à fait connaissance. Je distinguai l’abîme où j’allais être ou brisé ou noyé. Je sentis que j’entrais, que j’enfonçais profondément dans la mer, que je remontais à la surface et que, par une espèce de miracle, je n’étais pas même blessé. J’appris en effet par la suite que, dans cette horrible chute, j’avais d’abord rencontré la grande voile qui, tendue par la brise, m’avait renvoyé comme une balle et sauvé d’une mort inévitable en atténuant la violence du choc.

Lorsque, tout surpris de me retrouver vivant, je levai les yeux sur le navire, je le vis qui s’éloignait rapidement.

Je savais assez bien nager; moins dans l’espoir de rejoindre la Pandore que pour éviter de couler, je me débattis contre les flots, tout en cherchant du regard quelque corde ou n’importe quel objet où m’accrocher. Je désespérais déjà de rien voir, lorsque, du haut d’une vague, je distinguai, entre le navire et moi, la tête d’un homme qui se dirigeait évidemment de mon côté. Je ne tardai pas à reconnaître Ben Brace: il s’était précipité dans la mer en me voyant tomber, et il se hâtait de venir à mon secours:

— Bien, mon garçon, très bien! s’écria-t-il quand il fut près de moi... Tu nages comme un canard... Tu n’es pas blessé, au moins?... Si tu te sens las, tu peux t’appuyer sur mon épaule.

Je l’assurai que je me sentais capable de nager encore une demi-heure.

— Très bien! reprit-il, nous n’attendrons pas si longtemps un bout de corde. De la corde, pauvre enfant, tu dois en être rassasié ! Que ces maudits scélérats soient pendus! Va, tu seras vengé. Sois tranquille, mon garçon!... Ohé, du navire! cria-t-il, par ici la corde, par ici!...

Le navire avait tourné sur lui-même et venait de notre côté. Seul, j’aurais été, ainsi que je le sus plus tard, impitoyablement abandonné ; mais le capitaine n’aurait jamais osé sacrifier un homme de l’importance de Ben Brace, et il avait aussitôt donné les ordres nécessaires pour nous recueillir à bord. Quelques minutes après, les matelots nous lançaient des cordes et nous hissaient heureusement sur le pont.

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Data wydania na Litres:
16 stycznia 2025
Objętość:
103 str. 6 ilustracji
ISBN:
4064066317461
Wydawca:
Właściciel praw:
Bookwire
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