Czytaj książkę: «Feux de paille»

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Richard O'Monroy

Feux de paille


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066320089

Table des matières

PARTIE ET REVANCHE

I

II

DANS LES ÉTOILES

I

II

III

DÉVOUEMENT

LA VEILLE D’UNE PETITE FÊTE SCÈNE DE LA VIE DE CERCLE

DÉPLACEMENT&VILLÉGIATURE

I

II

III

POUR UNE SOIRÉE

I

II

III

AH! QUEL PLAISIR D’ÊTRE SOLDAT!.

I

II

III

L’ENLÈVEMENT DES SABINES

LE SAISISSEMENT

I

II

III

LA FÊTE DE SAINT GYMÈRE

AMOUR ET CUISINE

DINER DU17JUILLET

LES PRÉPARATIFS D’UNE FÊTE! SCÈNE DE LA VIE DE CERCLE

BOTTE ET BOTTINE ROUTE DU CAMP AU CONCOURS HIPPIQUE

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

FÊTE DE FAMILLE

I

II

PAS SI RAIDE QUE ÇA!

UNE FEMME D’ESPRIT

I

II

III

A TROUVILLE-DEAUVILLE

BABEL-REVUE SCÈNES DE LA VIE DE CERCLE

LA LETTRE

I

II

UNE GRANDE FÊTE AU PROFIT DES INONDÉS DE L’AMOUR ET DU HASARD

SAUVÉ!

I

II

UNE CARTE S.V.P.

COMMENT ELLES JOUENT

I.–AUX FRANÇAIS

II.–AU GYMNASE

III.–AU VAUDEVILLE

IV.–AUX VARIÉTÉS

V.–AU PALAIS-ROYAL

VI.–A LA RENAISSANCE

VII.–AUX NOUVEAUTÉS

COMMENT ELLES DEVRAIENT S’HABILLER

I.–COMÉDIE-FRANÇAISE

II.–GYMNASE

III.–VAUDEVILLE

IV.–VARIÉTÉS

V.–PALAIS-ROYAL

VI.–RENAISSANCE

VII.–BOUFFES-PARISIENS

VIII.–AMBIGU

PROFESSIONS DE FOI

PARTIE ET REVANCHE

Table des matières

I

Table des matières

Certes, on ne s’ennuyait pas sur la passerelle réservée de l’Éclair, bateau à vapeur qui fait le service entre Trouville et le Havre. D’abord le temps était magnifique; la mer, sans être bien méchante, moutonnait par coquetterie, et semblait frisée au petit fer, avec des boucles d’un blanc d’argent. Le bateau était encombré d’une foule nombreuse se rendant aux courses de Deauville; à l’avant surtout, le public était des plus élégants, et plusieurs petites femmes, en costume de foulard jaune et rouge, à grands dessins, assises sur des pliants, s’étaient accotées, pour plus de sûreté, contre le dos de complaisants voisins.

On venait à peine de sortir du port, et tout le monde était très gai; du haut de la passerelle réservée, Maxence, Boisonfort et plusieurs amis du Cercle regardaient au-dessous d’eux ce spectacle si parisien; déjà ils avaient aperçu Juliette de Montlhéry, Petrola, de la Renaissance, entourées de nombreux amis; puis, accoudée près de la proue, la grande Alice Beauvoir qui, chose extraordinaire, n’était pas accompagnée de son inséparable Palamède.

–Ah çà, s’écria Boisonfort, est-ce que Alice viendrait seule à Trouville?

–Diable! répondit Parabère, il faudra voir cela; ce serait une de ces rares occasions qu’il ne faudrait pas laisser échapper.

Pendant ce temps, un monsieur qui avait galamment engagé la conversation avec Petrola, pâlissait à vue d’œil et paraissait véritablement mal à l’aise.

–Je parie que le monsieur va être malade, dit Parabère, qui ne perdait jamais une occasion de parier.

–A combien le prends-tu? demanda Boisonfort.

–A trois contre un.

–Ça va, je te tiens, vingt-cinq louis!

Et aussitôt l’on prit des lorgnettes et l’on se mit à suivre avec la plus profonde attention la maladie du monsieur. Un moment le mal de mer sembla enrayé, mais bientôt il gagna du terrain et fit des progrès sérieux. Le monsieur n’était plus pâle, il était vert.

Boisonfort descendit immédiatement le petit escalier de la passerelle, et s’adressant à Juliette et à Petrola:

–Écoutez, Mesdemoiselles, leur dit-il tout bas, de grâce, ne donnez pas d’émotions vives à ce monsieur. Ne le faites pas rire, ménagez-le. J’ai parié qu’il arriverait à Trouville sans être malade. Vous seriez tout à fait gentilles de m’aider à gagner mon pari.

–Ça va être très amusant, s’écria Petrola, nous allons le soigner!

Juliette regarda le monsieur. Il était véritablement vert pomme.

–Ecoutez, mon pauvre ami, je crains que le cas ne soit désespéré; enfin, on fera ce qu’on pourra.

Et, aussitôt, elles obligèrent le monsieur à s’asseoir, lui défendirent de regarder les lames et le firent contempler un nuage fixe.

Le monsieur obéit, et Boisonfort remonta sur la passerelle un peu rasséréné.

–Eh bien! dit Parabère triomphant, je crois que cela marche.

–Nous allons rire, répondit Boisonfort, j’ai les femmes pour moi.

L’histoire avait circulé, et tous les passagers avaient fini par. s’intéresser au sort du monsieur, les uns pour, les autres contre.

A certains mouvements de tangage, ledit monsieur avait l’air si malade, que Parabère triomphait, mais aussitôt Petrola tirait son flacon de sels, le fourrait sous le nez du monsieur qui revenait à la vie, et envoyait un regard triomphant à Boisonfort, qui eût volontiers crié: Bravo! comme aux courses.

Et, pendant ce temps, on gagnait du terrain. Déjà l’on avait dépassé les Roches-Noires et la Tour Malakoff; la jetée de Trouville n’était plus qu’à quelques centaines de mètres et le monsieur résistait toujours.

Boisonfort devenait goguenard.

–Je crois, dit-il à son ami, que tu peux apprêter tes soixante-quinze louis.

Parabère ne disait rien, mais il commençait à être inquiet. C’était pourtant le moment de faire marcher ce mal de mer à la cravache. D’un regard, il montra à Juliette la grande Alice, qui n’avait pas quitté sa place.

–Tiens! Alice est ici? dit Juliette, qui ne voulait pas abandonner son malade. Alice? Alice!

Alice aperçut ses amies, poussa un cri d’étonnement et accourut toute joyeuse. A la vue de cette jolie fille, le monsieur voulut se lever pour esquisser un salut. Mal lui en prit. Ses lèvres devinrent toutes blanches, il ferma les yeux et n’eut que le temps de se précipiter vers les écoutilles. Tout était fini.

–Victoire! cria Parabère.

–Allons, dit Boisonfort, voilà mes vingt-cinq louis, mais je n’ai pas de chance; sans Alice, je gagnais.

On était arrivé à Trouville. Parabère descendit à la hâte remercier Alice Beauvoir de son heureuse intervention; puis, s’approchant de Juliette:

–Dis donc, est-ce que Palamède n’est pas avec elle?

–Non, je ne crois pas; elle est montée toute seule au Havre.

–Le monsieur malade! Alice toute seule! mais j’ai donc toutes les chances aujourd’hui. cria Parabère ravi. Écoute, ma petite Juliette, permets-moi d’abord de te laisser mes vingt-cinq louis, puisque c’est toi qui m’as fait gagner en appelant ton amie; ensuite sois une bonne camarade, et décide Alice Beauvoir à venir se promener demain sur les planches à trois heures, veux-tu? Tu ne sais pas quelle reconnaissance je t’aura!

–Eh bien, soit! je tâcherai de l’amener, dit Juliette en riant; mais c’est tout ce que je puis faire.

Et, prenant son petit sac en cuir de Russie, elle monta dans un panier à tringles de fer, et partit en envoyant un dernier sourire à l’amoureux Parabère.

Le lendemain, à trois heures, Parabère, pimpant, en joli costume à petits carreaux blanc et bleu, un bouquet de fleurs à la boutonnière, attendait avec fièvre au bas de la rue de Paris, devant le kiosque de la marchande de journaux. Bientôt il vit apparaître la brune Juliette donnant le bras à la belle Alice Beauvoir. Celle-ci était plus jolie que jamais. Sa taille longue et mince était moulée dans un corsage Louis XV en satin feu, s’ouvrant à la française sur une jupe crème. Sa tête fine et intelligente apparaissait sous un bambaios de paille, qui valait bien vingt-cinq sous, mais qu’elle avait couvert de fleurs naturelles, et relevé de côté par un nœud de satin feu.

–Eh bien, et le Palamède?. demanda tout bas Parabère à l’oreille de Juliette.

–Je n’ai pas osé l’interroger, répondit Juliette; mais je puis vous affirmer que, jusqu’à présent, je n’ai pas aperçu l’ombre d’un Palamède.

–Bravo! s’écria Parabère. Tout me prouve qu’elle est ici seule, et je n’ai qu’à poser carrément ma candidature,

Et aussitôt, il s’empressa auprès des deux amies, se mettant tout à leur disposition, offrant son bras, son temps et son argent pour tout ce qu’on voudrait.

–Ahh! bien, dit Alice, cela tombe à merveille; vous allez précisément me prendre un abonnement de quinze jours au Casino de Trouville.

Cette petite commission était tout particulièrement désagréable, étant donné le rigorisme des administrateurs du Casino; mais il n’y avait qu’à s’exécuter, et, d’ailleurs, c’était une nouvelle preuve que Palamède n’était pas là, Maxence se présenta au bureau et demanda un abonnement pour madame Beauvoir.

–Qu’est-ce que c’est que madame Beauvoir? demanda sévèrement un vieux monsieur décoré, coiffé d’une calotte de yelours. Ne serait-ce pas une certaine Alice Beauvoir qui.?

–Monsieur, madame Beauvoir est une femme parfaitement honorable.

–Vous m’en répondez?

–Absolument.

Ouf! Parabère avait son petit carton; il le rapporta triomphant à la belle Alice, qui renferma le ticket dans sa bourse en remerciant vivement le commissionnaire. Puis, ces dames éprouvèrent le besoin d’aller au tir au pigeon. La chaleur était accablante, et le tir au pigeon était installé dans une plaine en plein soleil, à quelques centaines de mètres de Deauville. La rangée de petits drapeaux qui bordaient le champ de tir ne formait qu’une ombre très insuffisante. Juliette et Alice tiraient en dépit du sens commun et faisaient des paris insensés. Elles perdirent une somme assez ronde qui fut gaiement soldée par Parabère; puis l’on revint à Trouville, pour faire le petit tour de planches de cinq heures.

Ahh! si Parabère n’eût pas été si amoureux, jamais il n’eût risqué une épreuve semblable! Passer avec Alice devant mesdames de Taradel, de Précy-Bussac, de Tournecourt, de Chameroy; affronter le lorgnon terrible de la Princesse; essuyer au passage le sourire de reproche de la bonne Baronne, c’était terrible! Que ne lui dirait-on pas le soir au bal de Deauville? Comment s’excuserait-il auprès de ces belles élégantes si sévères dans le choix de leurs amis, si méticuleuses sur la question de forme? Pour échapper à cette situation, Parabère proposa une petite promenade dans la rue de Paris, devant les vitrines des magasins de curiosités. Il y avait de très jolies choses chez le fameux Grosfuret, et un peu plus bas «A la croix de mon père». Ces dames ne se firent pas trop prier. Juliette accepta un bracelet ancien et Alice attacha autour de son cou un collier composé de vieilles médailles romaines retenues par des chaînettes d’argent, une véritable merveille.

On alla aussi chez le marchand d’ivoire choisir quelques-uns de ces bibelots très chers qui n’ont d’autre mérite particulier que d’avoir Trouville écrit en lettres bleues sur un coin quelconque. Maxence payait sans compter. C’était de l’argent bien placé. Alice s’appuyait si gentiment sur son bras; évidemment elle se plaisait avec lui, ils n’allaient plus se quitter pendant tout leur séjour à Trouville. Maxence entrevoyait un petit roman charmant, bains, promenades qu’on ferait bras dessus, bras dessous, à Honfleur, Villerville, Houlgate, Dives, Beuzeval! Enfin, il allait donc réaliser son rêve.!

–Mes enfants, dit tout à coup Alice, voici six heures; il faut que je vous quitte.

–Où vas-tu? demanda Juliette.

–Je vais à l’arrivée du bateau chercher mon Palamède. Il n’a pu partir qu’aujourd’hui. O mon Palamède!

Et disant brusquement adieu à ses amis, elle disparut rapidement dans la direction du port avec tous ses petits achats.

–Eh bien, mon pauvre camarade, vous voilà refait! dit Juliette en éclatant de rire. La journée est perdue. Ne vous désolez pas, ça peut se retrouver. Allons, venez dîner à l’hôtel de Paris.

Parabère, en soupirant, partit avec Juliette. mais ce n’était pas la même chose.

II

Table des matières

Néanmoins, Parabère n’était pas’homme à jeter le manche après la cognée. Et tout d’abord il se fit présenter à l’heureux Palamède, qui n’eut rien de plus pressé à son tour que de le présenter très cérémonieusement à Alice. Celle-ci, en s’inclinant, avait un certain air espiègle. Avait-elle dû rire de lui, l’autre jour, en se rendant au bateau! Qui sait? Elle avait peut-être raconté tout à Palamède. Cette idée exaspérait Parabère. Était-ce de la haine? était-ce de l’amour qu’il avait maintenant pour Alice? Je ne sais, mais le fait est qu’il la désirait plus que jamais. La plus douce intimité s’était d’ailleurs bien vite établie entre Palamède et son nouvel ami.

Parabère venait chaque jour faire des visites dans la petite maison de la rue des Sablons. Julie elle-même, la femme de chambre, avait fini par le considérer comme de la maison: mais Palamède était toujours là et ne quittait pas plus Alice que son ombre.

Un jour, cependant, Parabère invita le jeune ménage à dîner aux Roches-Noires.

–Impossible, répondit Palamède, je dîne ce soir à PUnion Club.

Parabère saisit la balle au bond.

–Eh bien, mon cher, si vous n’acceptez pas mon dîner, venez au moins déjeuner avec moi. Il y a un petit restaurant au Havre-de-Grâce, près de Honfleur, d’où l’on jouit d’une vue superbe. C’est à peine à deux lieues d’ici. Je vous mènerai avec ma voiture.

–J’accepte! s’écria Alice, qui adorait ce genre de parties.

–Alors j’accepte aussi! dit Palamède en riant. Mais l’on me promet que je serai revenu à temps pour le dîner du Club?

–Soyez sans inquiétude, la voiture nous ramènera en moins d’une demi-heure.

Le lendemain matin, en effet, les trois voyageurs partirent dans la victoria de Parabère, dont les deux chevaux percherons allaient comme le vent. On arriva au petit restaurant établi au Havre-de-Grâce sur la falaise, d’où l’on aperçut toute la côte du Havre et l’embouchure de la Seine. Le coup d’œil était magnifique. Les petits bateaux à vapeur allaient et venaient, traversant cette langue de mer dans laquelle il est facile de distinguer les eaux de la Seine, d’une nuance plus claire. A l’horizon l’on apercevait lesphares et Sainte-Adresse. Parabère fit installer une table sur la falaise même, et partit donner quelques derniers ordres à son cocher. Puis il revint s’attabler. Je ne sais pourquoi, il avait l’air radieux; quant à Palamède, il se laissait tout entier aller au plaisir de passer quelques heures agréables avec un excellent ami et une maîtresse adorable . Aussi le déjeuner fut très gai et se prolongea assez avant dans la journée. C’était si bon de rester tranquillement à causer, les coudes sur la table, en fumant de bons cigares et en regardant le panorama ensoleillé qu’on avait devant soi. Néanmoins Palamède n’oubliait pas le dîner du Club.

–Je crois, dit-il, que ce serait peut-être le moment de faire atteler?

–Eh bien, je vais donner les ordres, dit Parabère; précisément voilà Jean.

Le cocher venait, en effet, d’apparaître, mais avec une telle figure qu’on vit bien qu’il venait annoncer un malheur.

–Monsieur, dit-il à Parabère, je ne vais pas pouvoir vous ramener à Trouville. Le sabot de la roue de gauche s’est dévissé, et je n’ai pas ma clef.

–Sacrebleu! dit Parabère, feignant une vive contrariété, avez-vous au moins demandé le charron de Villerville?

–Oui, Monsieur, mais sa clef ne va pas à la voiture; il faudrait une clef anglaise et ici on n’en possède pas.

–Comment allons-nous faire? gémit Alice.

–Ma foi, dit Palamède, il n’y a pas d’autre moyen que de revenir à pied, car nous ne trouverions pas de voiture dans le pays. Pour deux lieues, nous n’en mourrons pas, et moi je ne puis manquer le dîner de l’Union.

–Si vous voulez partir en avant, insinua Parabère, je ramènerai Alice.

Ceci était une faute. Alice le regarda et je ne sais ce qu’elle lut dans son regard, mais elle se hâta de s’écrier:

–Non, non, je puis très bien revenir à pied. Je ne quitte pas mon Palamède.

Elle prit le bras de son ami et l’on partit bravement par la route de la Corniche. La première lieue s’effectua très bien; le soleil était encore très chaud, mais une bonne brise soufflait du large. Au cinquième kilomètre, Alice commença à souhaiter vivement une voiture. Au sixième, elle se suspendit au bras de Parabère et cria qu’elle n’en pouvait plus. A force d’exhortation, on parvint cependant à la décider à se traîner jusquaux Roches-Noires, et, lorsque arrivée là, elle eut enfin trouvé une voiture de l’hôtel, elle déclara qu’elle était brisée de fatigue.

La voiture arriva à Trouville à six heures et demie.

Palamède n’avait plus que le temps d’aller s’habiller. Il se fit déposer rue Dumont-d’Urville et pria Parabère de reconduire son amie jusqu’à la rue des Sablons.

Arrivée chez elle, la belle Alice monta d’un pas traînant le petit escalier de bois blanc qui menait à sa chambre, tandis que Parabère se précipitait à la lingerie pour lui envoyer Julie, sa femme de chambre.

–Tenez, Julie, lui dit-il, vous m’avez souvent parlé du bal de Skating, voilà deux billets pour vous et Marie, et voilà quelques louis pour vous y distraire.

–Oh! que Monsieur est bon? lui dit Julie rouge de plaisir, mais Madame ne nous permettra jamais.

–Eh bien, arrangez-vous pour que Madame ne dîne pas chez elle, et je me charge de vous avoir votre soirée libre.

–Ah! Monsieur, c’est bien facile! je vais comploter cela avec la cuisinière. Elle viendra au bal avec moi.

Parabère remonta chez Alice et la trouva étendue dans un fauteuil, n’ayant même pas eu la force d’ôter son chapeau.

Quelques secondes après, la cuisinière éplorée arrivait annoncer à Madame qu’ayant voulu attirer un sac de charbon de bois trop lourd pour elle, tout était tombé sur le fourneau, et que le dîner était perdu.

–Ah çà, mais j’ai donc tous les malheurs aujourd’hui! s’exclama la pauvre Alice.

–Eh bien, dînez avec moi à l’hôtel de Paris, c’est à deux pas, proposa Parabère. Ce n’est pas plus fatigant que de descendre à votre salle à manger.

–Que dira Palamède?

–Il n’en saura rien. Nous dînerons dans le petit salon, et je vous ramène tout de suite après dîner.

–Bien sûr?

–Ma parole d’honneur.

La belle Alice, résignée, fit contre fortune bon cœur, et partit dîner avec Parabère. Celui-ci, tenant avant tout à la rassurer, s’assit à table, très loin, bien en face d’elle, et se montra pendant tout le repas le meilleur camarade du monde. Le dîner fut exquis et arrosé des vins les plus généreux; mais bien qu’au dessert, Alice, que la digestion rendait bonne, parût vouloir autoriser quelques privautés, Parabère resta tout le temps sur la limite d’une extrême politesse et ne lui embrassa seulement pas le bout des doigts. Alice, piquée au jeu, déploya toutes ses séductions, montra ses dents, fit des effets de bras qu’elle avait fort beaux. Parabère ne broncha pas, et dès que le café fut pris, il fut le premier à dire:

–Maintenant, ma chère amie, je vais vous reconduire chez vous.

Alice se pinça les lèvres. C’était la première fois qu’un homme paraissait aussi pressé dans sa compagnie. Peut-être avait-il quelque rendez-vous, quelque autre maîtresse à aller voir.

–Eh bien, rentrons, dit-elle brusquement.

Quelques minutes après, ils traversaient ensemble, au milieu d’une obscurité profonde, le petit jardin de la rue des Sablons. Alice frappa à la porte, personne ne répondit. Elle appela:

–Marie? Julie?

Rien. La porte resta close.

–Elles auront été probablement faire une course et ne tarderont pas à rentrer, dit Parabère. Promenons-nous sur les planches et dans une demi-heure nous reviendrons savoir si elles sont revenues.

–Mais vous oubliez, mon cher ami, que je ne tiens plus debout: il me serait impossible de faire un pas de plus avec mes souliers à hauts talons. Ah! si j’avais seulement mes mules!

–C’est bien simple, dit Parabère; donnez-moi un de vos souliers comme modèle, je vais aller vous en acheter une paire.

Alice se rendit à tâtons vers un petit bosquet qu’elle connaissait, et là elle s’assit sur un banc de pierre, tandis que Parabère se mettait à genoux et l’aidait à se déchausser. L’obscurité était complète. Elle avait appuyé son petit pied sur le genou de son ami, qui se sentait des envies folles de lui sauter au cou et de l’embrasser. Il lui fallut une force surhumaine pour ne pas abuser de la situation, mais ce banc eût été si peu confortable que c’était peut-être risquer de tout perdre. Rouge, la joue en feu, il partit vers la rue de Paris avec son petit soulier à la main, à la recherche d’une paire de mules.

Il choisit exactement le numéro des souliers, se gardant bien de les prendre plus larges, et bientôt il revenait dans le bosquet, et chaussait avec amour les petits pieds couverts de bas de soie bleue brodés de fleurs qu’on lui abandonnait.

–Décidément, c’est un bien charmant garçon, pensait Alice.

Malgré elle, elle était touchée de ce respect, de ces prévenances, de ces attentions, et surtout de cette loyauté vis-à-vis d’un ami. Quel est l’homme qui, dans un bosquet, n’aurait pas essayé de l’embrasser, et peut-être même...? Et alors son imagination battait la campagne, l’influence du bon dîner commençait à se faire sentir. Elle se sentait tout attendrie. En somme, il est très bien, Parabère, jeune, riche, joli garçon, mieux même que Palamède; mais à quoi allait-elle penser là.? Elle prit vivement le bras de son ami pour échapper à toutes sortes d’idées qui lui passaient par la tête.

–Allons, faisons un tour sur la jetée, dit-elle, j’ai besoin d’air.

Mais elle oubliait les kilomètres de la journée. Malgré les mules, ses pauvres pieds ne pouvaient plus la porter.

–Ma chère amie, vous n’en pouvez plus; voulez-vous aller au Casino? demanda hypocritement Parabère.

–Non, Palamède m’a défendu d’y aller sans lui; et puis, voyez-vous, ce qu’il me faudrait, c’est mon lit, ou tout au moins ma chaise longue et ma robe de chambre. Rentrons plutôt.

On retourna rue des Sablons, mais on ne trouva encore personne pour ouvrir la porte. C’était désespérant.

–Ecoutez, dit Parabère, voici ce que je vous propose. Je vous offre ma chambre de l’hôtel. Vous vous y étendrez sur mon lit pendant un heure; quant à moi, si vous le désirez, pendant ce temps-là, j’irai fumer une cigarette, puis je reviendrai vous prendre pour rentrer chez vous. Est-ce convenu?

Alice hésita un moment, mais Parabère toute la soirée avait été si réservé, si discret.

–Eh bien, j’accepte, dit-elle, mais je ne veux pas vous chasser de votre chambre, et pour vous prouver comme j’ai confiance en vous, je vous permets de rester. Vous vous asseoirez à mon ou plutôt à votre chevet, et nous causerons comme de bons amis.

Ils montèrent ensemble au premier. Parabère un peu tremblant ouvrit la porte d’une grande chambre qui donnait sur la plage et alluma les bougies. La nuit était fraîche. Il se hâta de fermer la croisée et les grands rideaux; quant à Alice, elle alla se jeter avec bonheur sur le grand lit du milieu.

–Eh bien! dit Parabère en rapprochant sa chaise tout près d’elle, vous sentez-vous bien? regrettez-vous votre chaise longue?

Il lui avait pris la main sans trop savoir ce qu’il faisait; Alice le regarda un instant, puis tout à coup, lui jetant ses deux bras autour du cou, elle l’attira à elle.

Et comme minuit sonnait à la pendule de l’hôtel:

–Je crois, dit Parabère en riant, que Julie doit maintenant être rentrée.

–Bah! dit Alice, je ne voulais certes pas venir chez toi, mais puisque j’y suis, j’y reste.

8,60 zł
Ograniczenie wiekowe:
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Data wydania na Litres:
16 stycznia 2025
Objętość:
211 str. 2 ilustracji
ISBN:
4064066320089
Wydawca:
Właściciel praw:
Bookwire
Format pobierania:

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