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René I

Oeuvres choisies du roi René


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066331863

Table des matières

AVERTISSEMENT.

BIOGRAPHIE DE RENÉ D’ANJOU.

PIÉCES JUSTIFICATIVES.

HEURES DU ROI RENÉ.

TABLEAUX DU ROI RENÉ

TABLEAU DU BUISSON ARDENT A AIX.

TABLEAU DES CHARTREUX A VILLENEUVE LES-AVIGNON.

TABLEAU DES CÉLESTINS D’AVIGNON.

TABLEAU DU MUSÉE DUSOMMERARD.

TOMBEAU DU ROI RENÉ ET D’ISABELLE DE LORRAINE

LETTRES DU ROI RENÉ. (1468–1474.)

LETTRE I. AU GOUVERNEUR GÉNÉRAL DE LA CATALOGNE.

LETTRE II. AUX DÉLÉGUÉS ET CONSEILLERS DE NOTRE PRINCIPAUTÉ DE CATALOGNE.

LETTRE III. AU PAPE PAUL II.

LETTRE IV. A GASPARD COSSA.

LETTRE V. AU TRÈS-ILLUSTRE ET TRÈS-CHER INFANT DON JEAN,

LETTRE VI AU VÉNÉRABLE ET TRÈS-CHER ANTOINE,

LETTRE VII. A L’ÉVÊQUE DE MARSEILLE.

LETTRE VIII. AU PAPE PAUL II.

LETTRE IX. . AU PAPE PAUL II.

LETTRE X. AU PAPE PAUL II.

LETTRE XI. . AU COMTE DE VAUDEMONT.

LETTRE XII 1 . AU COMTE ISTLE,

LETTRE XIV. A L’INFANT DON JEAN,

LETTRE XV. A TOUS OFFICIERS DE JUSTICE.

LETTRE XVI. A HONORÉ DE BERRE, MAITRE DU PALAIS.

LETTRE XVII. A JEAN, DUC DE CALABRE.

LETTRE XVIII. AU PAPE PAUL II.

LETTRE XIX. AUX RESPECTABLES ET MAGNIFIQUES SEIGNEURS,

LETTRE XX. A FERRADO DE TORRES.

LETTRE XXI. A NOS CHERS ET FIDÈLES SUJETS, LES VICAIRE ET SYNDICS DE LA VILLE DE MARSEILLE.

LETTRE XXII. AU PAPE PAUL II.

LETTRE XXIII. AU PAPE PAUL II.

LETTRE XXIV. AU ROI DE TUNIS.

LETTRE XXV

LETTRE XXVI. AU COMTE ISTLE,

LETTRE XXVII. AU CARDINAL NICENE.

LETTRE XXVIII.

LETTRE XXIX. A NOTRE FÉAL ET AMÉ CONSEILLER ET TRÉSORIER GUILLAUME SETANTI.

LETTRE XXX. A PHILIPPE, PRINCE DE NAVARRE.

LETTRE XXXI. AU COMTE ISTLE,

LETTRE XXXII. A NOTRE CONSEILLER ET TRÉSORIER GUILLAUME SETANTI.

LETTRE XXXIII. A NOTRE CHER AUTOMOTTO-CAMILLE, OU A SON LIEUTENANT.

LETTRE XXXIV. A NOTRE CHÈRE ET BIEN-AIMÉE RELIGIEUSE, L’ABBESSE DE MONTALÈGRE.

LETTRE XXXV. A NOS FÉAUX, MESSIRES FRANÇOIS SCOTS, ETC.,

LETTRE XXXVI. AU PAPE SIXTE IV.

LETTRE XXXVII. AU PAPE SIXTE IV.

INSTITUTION DE L’ORDRE MILITAIRE DU CROISSANT,

AVEC LES STATUTS D’ICELUY ET LES ARMES D’AUCUNS CHEVALIERS.

S’ENSUIVENT LES CEREMONIES DE L’ORDRE DU CROISSANT.

SERMENT DE L’ORDRE DU CROISSANT.

TESTAMENT DU ROY RENÉ

DE SICILE, COMTE DE PROVENCE.–1474.

TESTAMENT DE JEANNE DE LAVAL,

ÉPOUSE EN SECONDES NOPCES DE RENÉ D’ANJOU, ROY DE SICILE, ETC.

PROCÈS-VERBAL DE LA TRANSLATION DU CORPS DU ROI RENÉ.

PROGRAMME DES OBSÈQUES DU ROI RENÉ.

L’ORDRE ET CÉRÉMONIES OBSERVÉS A L’ENTERREMENT DU CORPS ET DU COEUR DE RENÉ D’ANJOU, ROY DE SICILE, EN L’EGLISE D’ANGIERS.–1481.

COMPTE DES FINANCES DU ROY DE SICILE.–1460.

CHAPELLE ET CHANTRES DE LA ROYNE DE SICILE. 1 er MAI1449, AU30OCTOBRE1452.

LETTRES PATENTES DU ROY RENÉ.

DESPENCE.

DONS ET PENSIONS.

ÉTUDE HISTORIQUE SUR LA CHEVALERIE

DESCRIPTION DES CINQ MANUSCRITS DU LIVRE DES TOURNOIS, DE LA BIBLIOTHÈQUE DU ROI, PAR M. PAULIN PARIS, MEMBRE DE L’INSTITUT, CONSERVATEUR-ADJOINT A LA BIBLIOTHÈQUE ROYALE.

CINQ MANUSCRITS DU LIVRE DES TOURNOIS. (BIBLIOTHÈQUE ROYALE.)

N o 8351– 1 .

N o 8351.– 2.

N o 8351.–2. 2.

N o 8352.

N o 8352.–2.

MANUSCRIT DU TOURNOIS DE TARASCON. (BIBLIOTHÈQUE ROYALE.)

GLOSSAIRE POUR LE LIVRE DES TOURNOIS.

TRAICTIÉ DE LA FORME ET DEVIS D’UNG TOURNOY.

LE PAS D’ARMES DE LA BERGIERS, POËME DE LOYS DE BEAUVAU.

LE PAS DE LA BERGIERE.

GLOSSAIRE POUR LE PAS DE LA BERGIÈRE.

REGNAULT ET JEHANNETON, OU LES AMOURS DU BERGIER ET DE LA BERGERONNE.

REGNAULT ET JEHANNETON. OU LES AMOURS DU BERGIER ET DE LA BERGERONNE.

ERRATA

AVERTISSEMENT.

Table des matières

J’offre à l’Anjou, ma terre natale, cette publication nouvelle, destinée à élever au meilleur de ses souverains un monument de reconnaissance et d’amour. J’en ai conçu la pensée, lorsque, désirant adoucir d’héroïques misères, je demandais à la réimpression des Annales de Bourdigné une obole pour les compagnons de Zumala-Carreguy. La charité ne fit point défaut dans cette contrée hospitalière, et son naïf chroniqueur put se réjouir du fond de sa tombe des secours donnés à la fidélité.

Mais en évoquant sa mémoire, j’avais compulsé nos vieux auteurs angevins, et vu briller de purs rayons sur cette poussière des siècles. Parmi cette foule de morts illustres, un surtout m’avait apparu la tête ceinte d’une immortelle couronne. Il était du noble sang des fleurs de lys, et petit-fils de ce prince que le vainqueur de Poitiers ne saluait du nom de roi que dans les fers. Brave comme son aïeul, et plus malheureux encore, il était reste captif pendant les belles années de sa jeunesse. Les arts, la poésie les tournois et la guerre avaient tour-à-tour occupé sa vie aventureuse La mort avait largement moissonné autour de lui; mais il aimait ses peuples de si grand amour, qu’il retrouvait en eux une immense famille, et e souvenir de sa bonté était resté une sainte tradition du foyer de la chaumière.

Ce prince, le modèle des chevaliers et le dernier des troubadours est le bon roi René d’Anjou, dont je publie aujourd’hui les oeuvres. A l’abri de son illustre nom, j’ai osé placer le mien, comme ces plantes inconnues qui ne fleurissent qu’à l’ombre des grands chênes.

Cte. DE QUATREBARBES.


BIOGRAPHIE
DE
RENÉ D’ANJOU.

Table des matières

L’épée de Philippe-Auguste avait enlevé l’Anjou à l’indigne frère de Richard Cœur-de-Lion. Depuis le meurtre du jeune Arthur de Bretagne, cette belle province, berceau des Plantagenêts, et illustrée par les merveilleux exploits du héros d’Ascalon, des Foulques, des Geoffroy, de Robert-le-Fort et de Roland, ne devait plus appartenir à l’Angleterre. Saint Louis en avait donné l’investiture à un prince de la maison de France (1246); et sous le belliqueux Charles Ier, le nom et la vaillance des chevaliers angevins étaient devenus célèbres des rivages de Sicile et d’Afrique aux rochers du Bosphore.

Charles le Boiteux, aussi brave et plus généreux, succéda à son père. Il avait épousé Marie de Hongrie, qui lui donna quinze enfants. Dix-sept couronnes tombèrent en moins d’un siècle sur ce noble rameau de la maison de France, qui voyait fleurir tour à tour des héros et des saints. L’aîné de tous, Charles Martel, remplissait la Hongrie de sa gloire, lorsque son jeune frère faisait revivre les vertus et le nom de saint Louis.

Le mariage du premier Valois et de Marguerite, fille de Charles, réunit une seconde fois l’Anjou à la France. Leur petit-fils Jean le Bon l’en sépara de nouveau, et l’érigea en duché en faveur d’un de ses fils (1369). Louis avait paru, bien jeune encore, à cette grande bataille de Poitiers, «où le roi Jehan feist merveilles d’armes.» Entraîné loin de la mêlée, avec le dauphin et le duc de Berry, il avait laissé à Philippe de Bourgogne, à peine sorti de l’enfance, l’honneur de défendre les jours de son père.

Tant que Charles V vécut Louis d’Anjou mérita l’amour et la reconnaissance de la France. «Il s’employa vertueusement, avec le bon connétable et Olivier de Clisson, à bouter les Anglois hors du royaume des lys, et le sage monarque, qui se fioit du tout à luy à cause de sa prud’hommie» lui recommanda au lit de mort le trône chancelant de son fils (1380).

Louis, devenu régent, oublia bientôt cette prière. Il avait été adopté par Jeanne d’Anjou, reine de Naples, et son ambition sans bornes lui faisait prodiguer le sang et les trésors de la France dans des expéditions lointaines. Le succès ne couronna pas ces entreprises hasardeuses. A l’abondance qui régnait dans son camp succédèrent bientôt la faim, les maladies et la misère; et le prince, qui avait traversé la Lombardie en conquérant, précédé de charriots chargés d’or, fut réduit, comme un chef d’aventuriers, à faire vivre son armée d’exactions et de pillage, et à vendre ses équipages, sa vaisselle, ses vêtements et sa couronne. Il n’avait conservé que ses armes et une cotte en toile peinte, semée de fleurs de lys, lorsque la mort le surprit à Biseglia, petite ville de la Pouille, le22septembre1384. Louis II, âgé de sept ans, était l’aîné de ses fils.

Le pape Clément VII voulut lui-même sacrer à Avignon l’enfant royal. «Il en fust si joyeulx, dit Bourdigné, que plus ne povoit», et lui donna sa bénédiction avec de grandes marques de tendresse. Louis fit peu de temps après son entrée à Paris, «aorné d’enseignes et de vestements royaulx, dont la bonne royne Marie de Blois, sa mère, de joye et de pitié les larmes aux yeulx, remercyoit Dieu. Puis voulut Loys festoyer les Parisiens, et leur fist dresser ung banquet à son logis; et oultre ce, leur donna plusieurs beaulx dons et présens, en si bonne façon et benignité, qu’il gaigna tellement les cueurs, qu’ilz se fussent tous engaigez pour luy.»

Il avait alors douze ans, et ce fut à cette époque que Charles VI l’arma chevalier dans l’église de Saint-Denis, avec son frère le comte du Maine. Etrangers aux factions, qui ensanglantaient le royaume, pleins de franchise et de loyauté, ces deux jeunes princes vouèrent une inviolable fidélité à l’infortuné monarque, et jamais l’épée, qu’ils avaient reçue de ses mains, ne fut tirée contre la France.

La guerre civile et l’anarchie désolaient toujours le beau royaume de Naples. Le duc d’Anjou eut peut-être mis fin à ces troubles en épousant Jeanne de Duras, soeur et héritière de Ladislas, le rival de son père. Mais la fière Jeanne de Penthièvre rejeta cette alliance, et demanda la main d’Yolande, fille unique de don Juan, roi d’Aragon «laquelle l’on disoit bien estre la plus vertueuse, sage et belle princesse, qui feust en la chrestienté.

La fidèle Provence, que Louis venait de délivrer de l’invasion de bandits, commandés par Raymond de Beaufort, vicomte de Turenne, fit éclater des transports de joie à la nouvelle de ce mariage. Il fut célébré à Arles en grande pompe par le cardinal de Brancas (1400). Les villes principales votèrent de magnifiques présents, et les états du comté accordèrent cent mille florins aux jeunes époux.

Les partisans de la maison d’Anjou rappelèrent Louis en Italie. Nommé par le pape Alexandre V gonfalonnier de l’Église, il chassa de Rome Ladislas, et lui fit éprouver une sanglante défaite près de Rocca-Secca. «Les François, dit le moine de Saint-Denys, y menèrent leurs ennemis de telle roideur, qu’on eût dit qu’ils avoient à dos le feu et les foudres du ciel.»

Louis, qui savait vaincre, ne sut pas fixer la fortune. Il perdit un temps précieux, et son rival, renfermé dans Naples, put réparer ses pertes. Les maladies et les trahisons décimèrent l’armée victorieuse. Elle se borna à maintenir dans l’obéissance les villes conquises, et Louis revint en France faire un nouvel appel au dévouement des Provençaux et des Angevins.

Les revers se mêlèrent aux succès dans les campagnes qui suivirent. Un instant maître de Naples le duc d’Anjou y fit une entrée triomphale, et put se croire véritablement roi. Mais l’inconstance naturelle des Napolitains ranima les espérances de Ladislas. De nouvelles armées se formèrent à sa voix. Elles forcèrent les Français d’abandonner leurs conquêtes.

Depuis le jour où le jeune Conradin, debout sur l’échafaud dressé par l’implacable Charles, avait fait héritier de tous ses droits Pierre d’Aragon, et jeté, devant la foule consternée, son gant en signe d’investiture, la terre d’Italie n’avait cessé d’être arrosée de sang français. Les têtes de rois ne tombent point impunément sous la hache du bourreau, soit qu’il obéisse aux vengeances d’un prince, ou d’un peuple en délire. Des siècles suffisent à peine à l’expiation des crimes; et à travers tout le bruit qu’ils amènent, le tintement de la cloche des Vêpres siciliennes prolonge longtemps son lugubre écho.

Tandis que Louis d’Anjou défendait vaillamment ses droits au trône de Naples, la mort de dom Martin d’Aragon, oncle d’Yolande, laissait à cette princesse l’espérance de mettre une seconde couronne sur la tête de son fils, le duc de Calabre. Le vieux roi, resté seul au milieu des débris de sa famille éteinte, était descendu inopinément dans la tombe, en exprimant le voeu que le droit, et non les armes, désignât son successeur (1410). Pour obéir à cette voix mourante, le Justice Majeur, don Ximenès de la Cerda, avait convoqué les états d’Aragon, de Catalogne et de Valence. Ils s’étaient assemblés à Alcaniz pour y recevoir les ambassadeurs des princes qui prétendaient à la couronne. Louis de Bourbon, comte de Vendôme, y avait soutenu la cause d’Yolande; et au sein même des États, l’évêque de Saint-Flour avait prononcé un discours sur ces paroles du prophète Zacharie: porter au dedans de vos portes un jugement de vérité et de paix.

Plus de deux années s’écoulèrent dans l’attente de cette décision solennelle. Enfin après avoir rétabli l’ordre dans les trois royaumes, le parlement délégua à neuf députés, d’une sainteté et d’une science reconnues, la mission de proclamer un roi. Ils se réunirent à Caspe pour entendre de nouveau les avocats des princes; les voix partagées d’abord entre le comte d’Urgel, Ferdinand de Castille et le duc de Calabrepenchèrent un instant en faveur de ce dernier, et prolongèrent de pacifiques débats.

Mais la crainte d’une régence, succédant à un interrègne, fit exclure ce jeune prince; et après trois mois de graves délibérations, l’illustre saint Vincent Ferrier, au nom des électeurs, annonça que l’infant Ferdinand avait obtenu la majorité des suffrages

Ce prince qui, à la mort de Henri III, s’était écrié avec indignation en refusant la couronne de Castille: «à qui doit-elle appartenir, si ce n’est au fils du roi mon frere!» était alors le héros de l’Espagne. Régent pendant une longue minorité, il s était illustré par sa loyale fidélité autant que par sa vaillance, et sa modération, sa sagesse et ses victoires sur les Maures faisaient présager un règne glorieux.

Louis d’Anjou n appela point à son épée de cette décision solennelle. Respectant les vertus et les titres de son heureux rival, il sembla renoncer aux conquêtes lointaines, et ne régna plus que pour se faire bénir, et défendre ses états héréditaires des calamités qui s’étendaient sur les provinces voisines.

L heureuse fécondité de la reine Yolande avait remplacé par de douces joies l’agitation des camps. Déjà deux enfants resserraient les liens de cette union, lorsque le dix janvier1408, elle donna au roi de Sicile un nouveau gage de son amour.

Né pendant une absence de son père, à l’ombre des tours du château d’Angers, le jeune enfant fut appelé René, suivant un pieux désir de sa mère. Ce nom, peu connu jusqu’alors, avait été celui d’un des célestes protecteurs de la vieille cité. On lit dans les légendes que le fils de la dame de la Possonnière, mort au berceau, et ressuscité au bout de sept ans par saint Maurille, en reçut le nom de René (deux lois ne). Il succéda depuis à l’apôtre des Andes et du pays des Mauges, et mérita comme lui la couronne des saints.

Tandis que les fidèles Angevins partageaient la joie de leur reine, et que des cris d’amour retentissaient autour d’un berceau, un exécrable forfait couvrait la France de deuil. Le novembre précédent, le frère unique du roi, le beau et chevaleresque Louis d’Orléans, avait été traîtreusement assassiné. Le meurtrier, d’abord inconnu, n’avait point tardé à confesser son crime. On disait qu’à son approche, le jour des funérailles, de larges gouttes de sang étaient tombées du cercueil, et dans un de ces moments de remords, où apparaît la justice divine, Jean Sans-Peur avait fait au roi de Sicile d’horribles aveux. A cette révélation inattendue Louis II ne put contenir son indignation et son horreur. Rompant sans retour avec un prince qu’il aimait depuis l’enfance, il refusa la main de Catherine de Bourgogne pour son fils aîné, et renvoya la jeune fiancée, que son père avait remise aux mains d’Yolande. Jean, furieux de cet outrage, embrassa la maison d’Anjou dans son implacable haine; elle se lègua d’une génération à l’autre avec le souvenir de l’offeu se et les prophétiques ballades que l’histoire n’a point dédaigné de conserver.

De nombreux désastres signalèrent l’année de la naissance de René. L’hiver long et rigoureux se prolongea de la Saint-Michel à la Chandeleur; de grands fleuves débordèrent; la famine exerça ses ravages: tristes indices des calamités de la France, et d’une vie semée d’épreuves, de périls et de douleurs.

Les chroniques nous donnent peu de détails sur l’enfance du jeune prince, qui reçut au berceau le titre de comte de Piémont. Confié avec sa soeur Marie au tendre dévouement de Thiephaine la Magine, il se plut à perpétuer sa reconnaissance par un monument élevé dans l’église de Nantilly de Saumur. La bonne nourrice y était représentée couchée sur sa tombe, tenant dans ses bras le frère et la sœur.

La révolution, qui n’épargnait aucune mémoire royale, a brisé de sa main de fer ce touchant souvenir. Mais l’inscription gravée sur une table de pierre est échappée au marteau des Vandales. Elle est restée tout à la fois comme un gage touchant de piété filiale, et comme le témoin de l’impuissante rage de ces obscurs démolisseeurs.

Aucun autre renseignement sur les premières années de René n’est venu jusqu’à nous. A sept ans il passa de la main des femmes sous la tutelle d’un savant clerc et d’un preux chevalier, nommé Jehan de Proissy, «vacquant l’une fois aux armes, et l’aultre aux lectures, et tant prouffita en tous les deux exercices, qu’il estoit tenu en iceulx, plus que son jeune aage ne requeroit, expérimenté et savant.»

Le roi de Sicile l’avait conduit à la cour de France aux fiançailles de sa fille Marie et du comte de Ponthieu, troisième fils de Charles VI. Les heureuses inclinations de René, son air doux et spirituel, ses piquantes saillies attirèrent l’attention du cardinal de Bar, son grand-oncle maternel. Il prit l’enfant en vive tendresse, et voulut se charger lui-même des soins et de la surveillance de son éducation. Comme c’était un noble seigneur, magnifique, éclairé, aussi pieux que savant, aimant les lettres et les arts, il se plut à faire naître et à développer les mêmes dispositions dans le jeune prince. On croit que René reçut alors les premières leçons de peinture des deux frères, Hubert et Jean Van Eick. Ce dernier, plus connu sous le nom de Jean de Bruges, et fondateur de l’école flamande, avait mis en usage la peinture à l’huile, et remplissait alors l’Europe de sa renommée et de ses tableaux.

Le bon cardinal, qui avait perdu deux frères à la bataille d’Azincourt, avait succédé à leur couronne ducale. Sans héritier direct, sans neveu de son nom, il ne tarda pas à adopter René, et à lui assurer le duché de Bar. Il lui donna même, malgré son extrême jeunesse, l’ordre de la Fidélité, dont il était grand maître. Quarante seigneurs lorrains faisaient partie de cette chevalerie. Ils portaient un lévrier bleu, brodé sur leur écharpe, et pour devise: Tout ung. Le but de l’association était de s’aimer et de se soutenir mutuellement dans la bonne et la mauvaise fortune.

Rien n’indique que René fût auprès de son père, lorsque ce prince, atteint d’une maladie mortelle, succomba jeune encore dans sa bonne ville d’Angers (1417). La France entière s’associa à la douleur de la reine de Sicile. Le vieux roi et le dauphin le pleurèrent amèrement. Ils assistèrent en grand deuil à ses obsèques, et disaient qu’ils avaient perdu leur soutien, leur conseiller et leur ami.

Yolande, devenue régente et tutrice de ses enfants, ne rappela point René en Anjou. Il continua d’être élevé sous les yeux du cardinal de Bar, qui lui portait une affection paternelle. Bientôt il l’associa à son gouvernement, et dès l’année 1418, le nom du jeune prince, sous le titre de comte de Guise, était joint à celui de son grand-oncle, dans les actes et les lettres adressés aux principaux officiers du duché.

Des bandes de Soudoyers, attirés de France et de Bourgogne par l’espoir du pillage, exerçaient alors dans le Barrois d’épouvantables ravages. Le bon cardinal, qui savait au besoin porter «ung bassinet pour mître, et pour crosse d’or une hache d’armes» se souvint de la vaillance héréditaire de sa race. Marchant avec René à la tête de ses chevaliers, il tailla en pièces les bandits, châtia sévèrement les seigneurs, qui leur donnaient asile, et rétablit l’ordre et la sécurité dans ses états. Un projet qu’il méditait depuis longtemps dans l’intérêt de ses vassaux, la réunion des deux duchés de Bar et de Lorraine, lui restait à accomplir.

Charles II, dit le Hardi, régnait sur cette dernière province. Téméraire, entreprenant, toujours les armes à la main, il avait suivi le duc de Bourbon devant Tunis, combattu à Rosebech, à Azincourt, en Flandre, en Allemagne, et vaincu en bataille rangée, et à un rendez-vous donné, l’empereur Venceslas sous les murs de Nancy. Tandis qu’il guerroyait en tous lieux où brillaient les lances, cherchant les aventures, les sourires des dames et les louanges des ménestrels, la bonne duchesse Marguerite de Bavière pleurait au pied des autels sur l’inconstance de son époux et sur ses enfants moissonnés dans leur adolescence. Il ne lui restait que trois filles, dont l’aînée, la douce Isabelle, annonçait les vertus et les grâces de sa mère. Elle devait être l’héritière du beau duché de Lorraine, et les plus nobles princes songeaient déjà, malgré son jeune âge, à demander sa main.

Un obstacle difficile à surmonter s’opposait aux vues du cardinal. Charles, élevé sous les yeux du duc Philippe, à la cour de Bourgogne, avait suivi la bannière de Jean Sans-Peur. Il répugnait à une alliance avec la maison d’Anjou, et craignait de s’aliéner une protection puissante. Il consentit cependant à une entrevue proposée par le cardinal. L’éloquence du généreux vieillard, les motifs politiques qu’il exposa, le désir unanime du peuple et de la chevalerie des deux états, et plus encore la bonne mine, le courage et la réputation naissante de René, qui, à dix ans, avait gagné ses éperons et fait ses premières armes, triomphèrent des hésitations du duc de Lorraine.

Les deux princes convinrent, avant de se séparer, que le jour de la Pentecôte, au plus tard (1419), le comte de Guise serait de retour d’Anjou, porteur du consentement de madame Yolande, qu’il serait ensuite confié à la garde du duc de Lorraine, et qu il habiterait la cour de Nancy jusqu’à sa quinzième année, époque fixée pour son mariage.

Le24juin suivant, le cardinal renouvela la cérémonie de l’adoption, proclama René son successeur et unique héritier, lui céda le marquisat de Pont-à-Mousson, et lui fit jurer fidélité par tous ses vassaux. Le duc de Lorraine exigea le même serment pour sa fille Isabelle, Un contrat, revêtu des armes de Lorraine et de Bar, mit le dernier sceau à ces solennels engagements.

Les acclamations populaires avaient ratifié la convention de Saint-Mihiel, et tout était réglé entre les deux princes, lorsque le duc de Berg, beau-frère du cardinal, furieux de se voir enlever ce qu’il appelait son héritage, entra sur les terres de Bar, les armes a la main. Battu et fait prisonnier à la première rencontre, il fut trop heureux d’obtenir son pardon de la générosité du vainqueur.

Rien ne devait plus retarder l’accomplissement du traité. Le duc de Bourgogne, qui ne rêvait que vengeances, depuis l’assassinat de son père sur le pont de Montereau, semblait excepter la maison d’Anjou de sa haine. Il avait répondu de gracieuses paroles aux ambassadeurs de Lorraine, et envoyé de magnifiques présents aux jeunes fiancés, lorsque le cardinal de Bar et le comte de G Guise arrivèrent à Nancy suivis d’un brillant cortège.

Quoique René n’eût pas treize ans, et qu’Isabelle en comptât dix à peine «tous estoient si joyeulx de veoir la fervente et cordialle amour, qui estoit entre ces deux jeunes gens» que le duc Charles ne crut pas devoir différer davantage l’époque de leur union. Henri de Ville, évêque de Toul, célébra le mariage à Nancy, le14 octobre1420, au milieu des fêtes et des cris de joie des deux peuples, qui croyaient que cette alliance terminerait les divisions et les guerres dont ils avaient été trop souvent victimes.

Un seul homme, le comte Antoine de Vaudemont, ne partageait pas l’allégresse générale. Proche parent de Charles le Hardi et du même lignage, il avait servi son seigneur en fidèle vassal, en tous les lieux où l’avait entraîné son humeur belliqueuse. Mais il regardait la Lorraine comme un fief salique, qui ne pouvait par une femme sortir de sa maison. C’était un prince né sous la tente, familier avec les périls, et dont la fierté et le bonheur égalaient l’audace. Ses exploits, toujours couronnés de succès, lui avaient fait donner le surnom d’Entrepreneur. Il était, du reste, d’un caractère élevé, généreux et plein de droiture, ami des pauvres et grand justicier. Mais une fois convaincu de la bonté de sa cause, rien ne pouvait lui faire abandonner son droit. Il remit à un autre temps à le faire valoir par les armes.

Un petit nombre d’événements signalent les premières années du mariage de René. Sous le charme de son amour pour Isabelle, et partageant son temps entre les cours de Lorraine et de Bar, il cultive la musique et la peinture, étudie les langues anciennes, la législation et les coutumes féodales, et perfectionne dans de courts intervalles de paix une éducation au-dessus de son siècle.

Nous le voyons cependant marcher avec son beau-père au secours de la ville de Toul attaquée par les bourgeois de Metz, châtier la révolte de Jean de Luxembourg, comte de Ligny, prendre d’assaut sa capitale, forcer le damoisel de Commercy de s’avouer son homme lige et son vassal, et terminer heureusement de rapides expéditions, dirigées contre de turbulents voisins.

Mais dans ce siècle d’anarchie et de confusion sanglante, tandis qu’à Paris les léopards flottaient au-dessus des lys sur les tours de la basilique de Philippe-Auguste, et que l’époux de Marie d’Anjou faisait appel aux princes de son sang et à la fidélité de sa chevalerie, il était impossible que le duc de Bar restât longtemps étranger à la guerre sainte.

Déjà il avait vu à Nancy l’héroïque bergère de Vaucouleurs; elle l’avait sommé de l’accompagner à Orléans, et de suivre enfin la bannière de Charles VII. Le glorieux voyage de Rheims permit à René d’accomplir sa promesse. A cette nouvelle inattendue, son dévouement et son ardeur ne connurent plus de bornes. Entraînant sur ses pas le duc de Lorraine, il se hâta de conclure une trève avec la ville de Metz, leva le siége de Vaudemont, et rejoignit l’armée royale sous les murs de la cité de saint Rémi.

Les trois princes de la maison d’Anjou chevauchaient près de leur roi à cet immortel rendez-vous de la chevalerie de France. Du fond de l’Abruzze ultérieure, Louis III, vainqueur à Aquila, et le comte du Maine son jeune frère, étaient accourus dans l’espoir de signaler leur vaillance, et d’y retrouver leur bien-aimée sœur. Mais les vertus et la beauté de la douce Marie n’avaient point encore fixé le cœur de son époux. Restée à Loches sur un ordre royal, elle n’avait partagé que les mauvais jours; et ses pleurs, mêlées aux joies du triomphe, coulaient dans sa retraite solitaire, non loin du château d’Agnès Sorel.

Ce fut le16juillet (1429) que Charles VII fit son entrée dans sa bonne ville de Rheims. Il y fut reçu au chant du Te Deum par une population pleurant de joye et de lyesse. Les sires de Châtillon et de Saveuse s’étaient enfuis la veille avec les Bourguignons et la garnison anglaise; et les habitants pouvaient se livrer sans crainte à leur amour pour leur roi.

«Le lendemain, qui fust le dimanche, on ordonna que le gentil daulphin prendroit et recevroit son digne sacre; et toute la nuict fist-on grande diligence, à ce que tout fust prest au matin. Lors vint le roi dedans la grande église, au lieu qui luy avoit été ordonné, vestu et habillé de vestements à ce propices. Puis l’archevesque luy fist faire les serments accoustumez, et ensuite il fust faict chevalier par le duc d’Alençon; et par après l’archevesque procéda à la consécration, gardant tout au long les cérémonies et solemnitez contennues dans le livre Pontifical. Là estoient grant nombre de chevalerie, les douze pairs, les princes du noble sang royal et Jeanne la Pucelle tenant son estendart en main. Il avoit esté à la peine c’estoit bien raison qu’il fust à l’honneur.»

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Data wydania na Litres:
15 stycznia 2025
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738 str. 64 ilustracji
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4064066331863
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