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René Du Mesnil Maricourt

Un coin de la vieille Picardie


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066326333

Table des matières

CHAPITRE I.

CHAPITRE II.

CHAPITRE III.

CHAPITRE IV.

CHAPITRE I.

Table des matières

L’HOSTELLERIE DES TROIS POTS. — LES BOURGEOIS DE SENLIS. — LE SEIGNEUR DE BALAGNY.

Maître Martin Michel était devant sa porte, le soir du 25 avril 1589: au-dessus de cette porte, on lisait en gros caractères: Hostellerie par la permission du Roy; et un peu plus bas: Dinée du voyageur à cheval douze sols: couchée du voyageur à cheval vingt sols. Plus haut, sur la façade en briques aux fenêtres couronnées d’un tore curviligne chargé de trois caissons, on voyait incrustée l’ancienne enseigne sculptée en pierre et représentant trois pots: cette maison et cette enseigne dataient du XIIIe siècle, et depuis cette époque on connaissait, à dix lieues à la ronde, l’hôtellerie des trois pots d’étain. Maître Martin Michel, comme tous ses confrères, portait le béret blanc, le pourpoint blanc, chausses blanches, tablier rejeté sur le côté droit, tandis qu’au côté gauche était passé un long couteau à manche de cuivre: il paraissait en proie à une vive agitation, se promenant de long en large dans la rue du Châtel jusqu’à la cathédrale, et là son regard, dirigé vers la porte Saint-Rieul, semblait interroger anxieusement l’espace. Il attendait sans doute des convives attardés; on eût pu le supposer en jetant un coup d’oeil indiscret dans l’intérieur de la maison, au fond de l’immense salle pleine de longues tables, d’escabeaux et de formes. Dans l’antique cheminée voûtée, des quartiers de viande tournaient sur leurs broches: les murs étaient tapissés de cadres entourés de velours où des images vivement enluminées représentaient l’arche de Noé, la tour de Babel, les principaux prophètes et patriarches de l’ancienne loi, coiffés d’un chaperon comme des bourgeois du XVe siècle et le chapelet passé au bras, le crucifiement avec le bon larron dont l’ame est reçue par un ange, tandis que de l’autre côté, celle du mauvais est fouettée par un diable cornu: de hauts et brillants tranchoirs d’étain soutenaient des piles de pain blanc et de pain de seigle: au mur étaient pendues des écuelles luisantes, des couteaux grands et petits, des couteaux dagues pour trancher. On apercevait aussi une grande table isolée, la seule qui ne fût pas couverte de plats et disposée pour le festin que semblaient indiquer tous ces préparatifs: c’était la table des excommuniés qui paraissait chercher le silence et l’oubli dans le coin le plus sombre de la vaste salle. Dans un coin encore plis retiré étaient jetés sur un escabeau, une lourde arquebuse, d’ancien modèle, un hausse-col, des épaulières et une salade soigneusement fourbie: c’est que maître Michel occupait un rang mémorable dans la milice bourgeoise, il était en outre quartenier, et son autorité s’étendait de la porte Saint-Rieul jusqu’à la rue de l’Apport-au-Pain. Dévoué comme tous les bons citoyens de Senlis à la cause royale, il subissait impatiemment le joug des ligueurs qui dominaient dans la ville, et cherchait à user de son influence pour faire triompher les droits du souverain légitime. Au fond de la grande salle, en face de la porte d’entrée, une main malhabile avait peint grossièrement la croix de Lorraine par-dessus les armes du roi qui, effacées à regret, se montraient encore sous du badigeon dont on les avait couvertes. Maître Michel avait annoncé à tous ses voisins qu’il attendait des hôtes de distinction pour un grand repas qui devait avoir lieu à l’hostellerie des Trois-Pots dans l’après-midi, mais des préoccupations d’un autre ordre remplissaient son esprit. Il n’avait répandu ce bruit que pour détourner les soupçons des malintentionnés, car les hôtes en question étaient des royalistes de la ville et des environs qui devaient se réunir chez lui pour délibérer sur les moyens d’expulser les ligueurs. Tandis que maître Michel continuait sa promenade longitudinale dans la rue du Châtel en donnant des signes d’inquiétude et d’impatience, il arriva jusque sur la Place de la cathédrale, au moment où du haut du clocher l’homme du guet frappa trois coups sur la cloche, qui retentit, et le métal vibra longtemps avec un frémissement sonore.

— Ce sont eux! ils arrivent par la porte Saint-Rieul, s’écria l’aubergiste.

Au même moment, un petit groupe d’arquebusiers déboucha sur la place par la rue de Chaslis, en parlant vivement et à haute voix.

— Maître Claude Stocq, nous direz-vous qui vient à cette heure? serait-ce le sire de Vieux-Pont? Le sire de Rasse nous a fait espérer qu’il entrerait sans aucune suite par la porte Saint-Rieul, tandis que ses gens se cacheraient dans la maison des Marmousets, et le quartier Saint-Martin.

— On a dit, reprit un autre, qu’ils devaient s’introduire par la brèche du côté de Saint-Vincent, et que nos frères les Cordeliers en ont déjà abrité plusieurs dans leur moustier.

Claude Stocq, celui qui avait été interpellé et qui paraissait le chef de la petite bande, répondit aussitôt:

— Mes maîtres, apprenez que les sires de Vieux- Pont et de Betancourt entreront avec 500 hommes d’armes tant cavaliers que fantassins, archers, piquiers et arquebusiers; ils sont dans les environs, je sais aussi d’une manière positive que notre seigneur l’évêque a été réclamer les secours du duc d’Aumale; dans deux jours, il y aura sous les murs une armée de plus de deux mille ligueurs, et alors vive la Sainte-Union! il faudra bien de gré ou de force, quoi qu’en disent les royalistes, que nos amis entrent dans la ville!

— Cependant, reprit Pierre Velly, l’arquebusier, qui avait parlé le premier, vous avez vu comme quoi le sieur de Thiel avec Martin Michel, Claude Bruslé, Jacques d’Athié, Pierre de la Ruelle et tous les royalistes de la rue des Meaux, que le ciel confonde! ont empêché ces dignes seigneurs de passer la porte Saint-Rieul. Hâtons-nous en tout cas, car si ce sont des amis, peut-être leur refusera-t-on encore le passage.

Pendant cette conversation, Martin-Michel s’était effacé derrière un des gros pilastres de la porte du Châtel, et aussitôt que les arquebusiers ligueurs disparurent à l’angle de la place, il rentra précipitamment chez lui, se coiffa de sa salade, saisit son arquebuse et s’élança dans la rue pour courir à la porte Saint-Rieul s’opposer aux projets de ses ennemis; mais à peine fut-il arrivé au haut de la place de la cathédrale, qu’un nouveau groupe d’arquebusiers, sortant de la rue des Coulombs-Blancs, vint à sa rencontre.

— Nous n’avons plus rien à craindre! s’écria de loin l’un deux; Jean Ledoux, Pierre Brissat, Michel Trinpart et Philippe Méthelet sont de garde à la porte, les nouveaux arrivés ne sont autres que le sieur Germain de Thiel, Guillaume Bruslé, le marchand de soie, qui reviennent de Chantilly, et avec eux se trouve un seigneur du voisinage, mais il m’est inconnu; ils vont tous arriver aux trois Pots, car nos amis se sont hâtés de leur ouvrir les barrières, malgré l’opposition de Claude Stocq et des ligueurs qui l’accompagnaient.

Quelques instants après, ces bourgeois, tous amis ou voisins de l’aubergiste, ayant déposé leurs armes à l’entrée de la salle, s’étaient assis autour des tables de l’hôtellerie et paraissaient fort occupés du repas qui s’apprêtait. Ils se levèrent tous.à l’arrivée des trois personnages que l’on attendait avec tant d’impatience.

— Que deux d’entre vous se mettent en sentinelle dans la rue, dit un des nouveaux venus après avoir attentivement regardé tous ceux qui se trouvaient dans la salle; nous avons à nous entretenir de choses trop sérieuses pour laisser approcher les curieux et les indiscrets.

— Mes précautions sont prises; sieur de Thiel, répondit Martin Michel, j’ai posé des gardes aux abords de la rue; nul ligueur ne s’y hasardera sans être reconnu; vous pouvez donc parler en toute sûreté, car nous sommes tous ici francs royalistes, bons bourgeois, et compagnons de l’arbalète. Ce seigneur qui nous accompagne, je n’en doute pas, est des nôtres.

Le sieur de Thiel, voisin de maître Michel, était habillé de noir comme tous les bourgeois, mais il avait le chapeau pointu à ailes retroussées et à panaches adoptés par les gens de guerre de l’époque; il s’empressa de répondre:

— Ce seigneur est le noble sire de Balagny-sur-Aunette qui vient nous apporter le secours de son épée et conquérir de la gloire dans le siége que nous aurons probablement à soutenir.

Pendant qu’on le présentait aux bourgeois, le sire de Balagny s’était négligemment étendu sur un escabeau, après s’être débarrassé de sa toque de velours à plumes et de sa cape. Avant qu’on ne l’eût nommé, chacun avait reconnu sa qualité, car il portait un juste-au-corps écarlate (couleur permise exclusivement aux nobles et aux hauts dignitaires ecclésiastiques); une légère épée de parade renfermée dans un fourreau de velours était jetée derrière son dos; il avait des chausses alors appelées chausses à la gigote: le haut renflé par de légères lames de fer en était large et bouffant jusqu’aux genoux; sur ses bas de soie s’attachaient des souliers à cric, ainsi nommés à cause du bruit qu’ils faisaient, hauts du talon et fixés avec des nœuds de ruban de soie rouge: enfin, ses cheveux étaient relevés sur le front, maintenus raides et soigneusement pommadés, tandis que les moustaches se relevaient en crocs cirés et que sa barbe se terminait par une petite pointé également cirée; une énorme fraise empesée complétait son ajustement: c’était, à n’en pas douter, un seigneur de la cour d’Henri III et qui en avait scrupuleusement adopté les plus nouvelles modes. Quoique attachés au parti du roi, les hôtes de maître Michel ne pouvaient se défendre de l’aversion qu’inspiraient généralement ses favoris, ses mignons, et tout ce qui tenait à la cour; les bourgeois traitaient les nobles avec une sorte de déférence craintive et méfiante; aussi, malgré les éloges du sieur de Thiel, tous les arquebusiers conservaient-ils vis-à-vis du seigneur de Balagny une contenance hésitante et embarrassée. Comme s’il ne se fût pas aperçu de cette impression, le seigneur, tout en rajustant les plis de sa fraise, leur dit:

— Mes maîtres, ainsi que vient de vous l’apprendre le sieur de Thiel, je suis venu ici pour me consulter avec vous sur les moyens de faire triompher la cause du roi: plusieurs officiers de son armée, plusieurs gentilshommes des environs sont prêts comme moi à vous venir en aide; mais comme il est nécessaire que nous connaissions la situation de la ville, ses moyens de défense, ses ressources et lès dispositions des habitants, je viens auprès de vous prendre toutes ces informations qui nous seront utiles. Pour ne pas éveiller l’attention, j’ai laissé ma suite hors des murs, et me suis acheminé seul le long du faubourg de Villevert; près de la porte Saint-Rieul, j’ai rencontré le sieur de Thiel dont les discours ont confirmé mes craintes et mes espérances, car si vous comptez sur des secours, il faut compter aussi sur une prochaine attaque, Les bandes pillardes de Betancourt et de Vieux-Pont rôdent dans les environs. Le duc d’Aumale va bientôt quitter Compiègne; il est même certain que, sur la pressante invitation de notre évêque Guillaume Rose, il a fait partir son avant-garde sous la conduite des sires de Mainneville et de Congy: vous le voyez, mes maîtres, il ne faudrait pas dédaigner les épées d’une centaine de gentils-hommes prêts à défendre votre ville.

— Que Dieu nous garde! s’écria Martin Michel; avec son aide, nous nous défendrons contre tous nos ennemis du dehors et du dedans; mais vous, sieur de Thiel, ajouta-t-il en baissant la voix, quelles nouvelles nous apportez-vous de Chantilly?

— Il viendra, mais il faudra nous assurer de la porte Saint-Rieul.

— C’est moi qui serai de garde, j’aurai les clefs et je choisirai mes hommes, répondit vivement l’aubergiste.

Puis, comme le seigneur semblait manifester une curiosité impatiente, il ajouta:

— Il est nécessaire que nous reprenions de plus haut le récit des événements qui se sont passés dans la ville pour que ce digne seigneur puisse juger de notre situation et l’exposer aux autres gentils-hommes qui daignent se joindre à lui pour cette entreprise.

— Oui, dit le sire de Balagny, que le sieur de Thiel veuille bien reprendre le récit qu’il avait commencé à la porte Saint-Rieul; il me parlait de l’influence des échevins de Paris, et me disait qu’à leur instigation ceux de votre ville avaient signé l’acte de la Sainte-Union ainsi que tout le clergé et les notables.

— Messire, reprit Germain de Thiel, vous savez que, dans l’origine, la ligue fut l’association des partis bourgeois, municipal, populaire et catholique pour se défendre contre les mouvements armés de la réforme calviniste, mais cette association si légitime dans son but dégénéra bientôt en un fanatisme cruel, ambitieux et révolutionnaire. Nous avons toujours été dans toutes les phases de notre histoire profondément attachés à nos rois et à notre religion, mais nous n’avons jamais sacrifié les intérêts de l’humanité à nos principes; pendant l’horrible exécution de la Saint-Barthélemy, les huguenots de Senlis, prévenus à temps, ont pu se retirer en sûreté.

— Comment se fait-il qu’avec des idées si modérées, la plupart de vos concitoyens aient tendu la main à ces farouches et fanatiques ennemis de la royauté, de l’ordre social, des vieilles et belles institutions qui nous régissent depuis des siècles?

— Vous n’ignorez pas, messire, que le célèbre avocat David a démontré aux universitaires, parlements et halles que le roi, malgré ses actes de dévotion, n’était pas un appui assez ferme pour la catholicité menacée, qu’il était sans cesse hésitant, qu’il pactisait avec les huguenots au lieu de les écraser; on en est venu insensiblement à penser qu’à ce grand parti catholique, il fallait un chef digne de lui, qu’après tout, les Valois et les Bourbons ne devaient la couronne qu’à l’usurpation capétienne, que la race carlovingienne était encore représentée par la maison de Lorraine, que le duc de Guise enfin remplacerait avantageusement un roi pusillanime. Or, les bons et sincères catholiques en signant l’acte d’union voulaient seulement entraîner le roi à favoriser la religion d’une manière plus efficace; les autres, poussés par l’ambition personnelle, voulaient élever M. de Guise sur la ruine des Valois, établir un gouvernement bourgeois et municipal qui eût augmenté leur influence; or, vous le savez, les hommes violents et hardis entraînent les timides et les indécis; nous étions d’ailleurs poussés dans cette voie par le clergé ; notre seigneur l’évêque Guillaume Rose, intimement lié avec le président de Neuilly, ligueur acharné, était indigné de la corruption de la cour dans laquelle il a vécu longtemps; il a mis tout en œuvre pour exalter les esprits: il a institué les processions blanches; chez nous, il y figurait lui-même, la face voilée, les pieds nus, et dans ses prédications enthousiastes, il tonnait avec une éloquence persuasive contre les hérétiques et les mignons.

— Cependant, il devait son élévation au roi qui, après l’avoir eu comme prédicateur ordinaire, lui a donné le siége de Senlis Mais ceci n’a rien qui me surprenne, car j’ai vu à cette époque des moines parcourir les rues de Paris, vêtus du froc et portant des hallebardes.

— Notre seigneur l’évêque que l’on dit être un savant théologien, mais d’un caractère fougueux, a donc entraîné tout le clergé et une partie de la population qui avait en lui la plus grande confiance; car il a le don de remuer les masses, avec sa parole; à son arrivée ici, il a béni le guidon de notre compagnie des arbalestriers qui porte cette devise: Florescet sœclis innumerabilibus. Il a fait exhumer les reliques de notre vénéré patron saint Rieul, pour prouver d’une façon irrécusable aux habitants et à l’évêque d’Arles que le corps du saint apôtre n’était pas dans leur ville

— Il y a eu à cette occasion, interrompit maître Guillaume Bruslé, marchand de soie, une solennité bien remarquable; les saintes reliques ont été transférées dans une belle châsse, et promenées solennellement depuis Saint-Rieul jusqu’à Notre-Dame, Saint-Aignan, Sainte-Geneviève et Saint-Pierre; beaucoup d’évêques suivaient la procession, et comme le saint protège toujours notre ville, nous ne pensions guère alors à toutes les calamités qui devaient nous accabler sitôt après.

— Votre évêque a été envoyé comme député aux états généraux, je faisais moi-même partie des deux cents gentilshommes qui suivaient le roi; nous avions tous la toque de velours et la cape, nous portions la hallebarde à bec de corbin, le clergé était en rochet, les gens de justice en bonnet carré et robe de palais. Quant à votre évêque, il s’est présenté avec un hausse-col et la pertuisane sur l’épaule.

— Oui, continua de Thiel, il était accompagné de Damp Muldrac le théologal du chapitre Notre-Dame; il parla avec grande véhémence contre les progrès de l’hérésie et la tolérance du roi qui autorisait le libre exercice du culte calviniste. Peu de temps après, les Guise furent massacrés à Blois; vous avez appris qu’alors toute alliance entre la royauté et la Sainte-Union devint impossible; dès le vingt-cinq décembre, nous l’apprîmes à Sentis par un messager tout vêtu de noir, qui était venu toujours courant de Paris, envoyé par les échevins et les seize quarteniers. Il parcourait les rues, en criant d’une voix lamentable: Messires les bourgeois et manants, nous n’avons plus nostre sainct et brave protecteur Henry de Guise, et monseigneur le cardinal son illustre frère!

«Les fenêtres s’ouvrent précipitamment, la terrible nouvelle court de bouche en bouche: un morne silence pèse sur la ville, puis tout à coup mille imprécations furieuses retentissent de tous les côtés; le lendemain on ne voyait que rubans noirs aux pourpoints, croix blanches cousues sur les chapeaux, et chacun copiait et récitait l’appel aux armes que voici:

«Aux cloches! aux armes! aux cloches! aux

» armes! nous sommes perdus, nous sommes

» damnés, nous sommes hérétiques, nous sommes

» huguenots. Ils l’ont tué, le protecteur de l’Église!

» aux cloches! aux armes!

» L’homme fort, le confiant dans sa force s’est

» un moment devêtu de son armure; ses ennemis

» ont accouru. Ils l’ont tué, le protecteur de

» l’Eglise! aux cloches! aux armes!

» La terre a tressailli de sa chute, la Loire a

» remonté vers sa source, et Blois la ville impie

» ne s’est pas émue! Ils l’ont tué, le protecteur de

» l’Eglise! aux cloches! aux armes!

» Comme une forteresse, il a été entouré d’hommes

» armés, et pour couper le fil de ses jours il a

» fallu le tranchant de cent glaives. Ils l’ont tué, le

» protecteur de Eglise! aux cloches! aux armes!

» Un tyran cruel et fourbe porte encore le

» sceptre d’une main teinte de son sang. Ils l’ont

» tué, le protecteur de l’Eglise! aux cloches! aux

» armes!

» vengeance! vengeance! que les Valois périssent,

» que leurs ossements et leurs âmes tombent

» pêle-mêle dans les profondeurs de l’enfer! Ils

» l’ont tué, le protecteur de l’Eglise! aux cloches!

» aux armes!»

» Il faut avouer, continua le sieur de Thiel, qu’en un pareil moment il était difficile de ne pas partager l’entrainement général; tout le monde était devenu ligueur, les royalistes n’osaient avouer leurs secrets sentiments, on criait partout: «A bas les modérés! à bas les politiques!» L’évêque, du haut de la chaire, appelait les fidèles, la corde au cou, les pieds nus, à la défense de l’Eglise; tous debout, l’œil en feu, le bras étendu, prêtaient le serment requis, et l’évêque promettait l’absolution dé toutes les fautes à ceux qui signeraient l’acte de la Sainte-Union: des hommes armés étaient postés aux portes de la cathédrale, et un cinquantenier, appuyé sur son épée à deux mains, se tenait au pied de la chaire....»

— Vous oubliez, interrompit un des arquebusiers royalistes, le brave sergent Pierre de la Ruelle, vous oubliez le terrible effet qu’a produit Damp Muldrac le théologal, lorsque comparant Henri de Guise au pauvre Lazare, et le Roi au mauvais riche, il nous représentait ce dernier plongé au fond de l’enfer et implorant en vain une goutte d’eau de Lazare qui jouit de l’éternelle béatitude dans le sein d’Abraham?....

— Non, compère, je ne l’ai pas oublié, non plus que les brochures, couplets et caricatures que les seize faisaient répandre dans notre ville: nous avions déjà vu autrefois le duc d’Epernon représenté sous la forme du diable, et soufflant ses mauvais desseins dans l’oreille du roi, mais ce fut bien autre chose: j’eus entre les mains un pamphlet, à la première page duquel on lisait ce sonnet.

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Data wydania na Litres:
16 stycznia 2025
Objętość:
80 str. 1 ilustracja
ISBN:
4064066326333
Wydawca:
Właściciel praw:
Bookwire
Format pobierania: