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Raoul Coste
Le massage sportif

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066326296
Table des matières
PRÉFACE
LE CYCLISME
I
II
III
IV
LA NATATION
LA MARCHE
LA COURSE A PIED
L’AVIRON
LA LUTTE
L’ESCRIME
LA BOXE
POIDS ET HALTÈRES
SAUT EN HAUTEUR ET EN LONGUEUR

PRÉFACE
Table des matières
Tous ceux qui auront la curiosité de parcourir ces quelques pages pourront se dire, après lecture faite: Voici un livre honnête et d’une utilité incontestable. Je me souviens que lorsque l’auteur vint me trouver pour me demander de lire son Traité et de lui dire ce que j’en pensais, intérieurement, je fis une grimace. Car nous en connaissons des masseurs, nous en côtoyons tous les jours, nous sommes à même de juger quotidiennement de leurs méfaits.
Quel est le médecin qui n’a pas eu à s’occuper d’une tumeur blanche du genou portée au summum de l’irritation, déversant son pus dans l’organisme tout entier à la suite d’une série d’écrasements intempestifs accomplis par le masseur du cru? Quel est le confrère qui n’a pas été appelé auprès de la fille d’un de ses clients, souffrant atrocement des régions ovariennes à la suite de pseudo-massages abdominaux? Tout cela est courant. Et vous, brave confrère, vous serez appelé quand déjà le mal est fait, quand déjà le diplômé de je ne sais quel Institut aura produit tous ses ravages, touché de très jolis honoraires, et tiré sa révérence à la famille.
Toutes ces idées me trottaient donc par la tête, et c’est avec une certaine inquiétude que je commençai ma lecture.
De suite, dès les premières pages, j’étais saisi, empoigné. Enfin, je trouvais donc un éducateur honnête, qui me faisait bien voir qu’il ne pourrait rien faire s’il n’avait constamment dans sa mémoire l’anatomie des régions qu’il avait à masser. Pas une manœuvre n’y était pratiquée sans que l’auteur n’en ait expliqué la raison, le mécanisme et les effets produits. A la bonne heure. Ici, pas de charlatanisme: un exposé clair, net, précis de la région musculaire et les différentes sortes de massage qu’on pourrait y faire. Et tout cela à la portée de tous, sans magnétisme ou électro-magnétisme.
Je le répète, c’est bien là de l’honnêteté. L’ouvrage est aussi utile, ai-je dit. En effet, si la jeunesse sportive veut appliquer consciencieusement les conseils de l’auteur, elle en retirera bien des bénéfices. Je m’explique.
Les médecins sont à même de suivre l’énorme popularité, justifiée du reste, dont jouissent, depuis vingt ans bientôt, toutes les variétés de sports.
Mais, s’ils ont vu dans les familles des jeunes gens de quinze ans s’adonner avec passion à toutes sortes d’exercices, sans règles, sans conseils, qu’est-il advenu par la suite?
Au moment de la dix-neuvième année, ces jeunes gens sont fourbus. Vous les voyez reparaître à votre consultation, maigres, plus ou moins voûtés, anhélants au moindre effort. Finis, les exercices. La moindre fatigue est devenue pénible. Il faut refaire cet organisme qui s’annonçait si bien quelques années auparavant.
Eh bien, je pense que les conseils donnés par M. Coste dans son petit Traité seront d’une très grande utilité à ces jeunes gens. Grâce à eux, ils sauront mesurer leurs forces. De plus, un massage approprié saura toujours les maintenir dans l’équilibre nécessaire à la conservation de leur santé.
Lecteur, que tu sois amateur de sports ou non, si tu as souci de ta santé et de celle de ton entourage, lis cet ouvrage. Par les avis que tu en retireras, tu auras une idée précise du but philanthropique qu’a poursuivi son auteur en mettant à la portée de tous cet art si délicat qu’est le massage.
Dr FRUTEAU.
LE CYCLISME
Table des matières
I
Table des matières
Mouvements mécaniques.
Le massage est un art mécanique qui a pour but de seconder la physiologie humaine en activant la circulation du sang et, en l’objet qui nous occupe, en facilitant l’élimination des acides qui sont le résultat des combustions actives que nécessite tout effort physique.
Ces mouvements peuvent être divisés; au nombre de cinq en l’objet qui nous occupe ils sont: l’effleurage, le pétrissage, l’écrasement, les tapottements, les vibrations.
Ces mouvements sont successifs, c’est-à-dire que cette division n’est qu’un principe, car dans le fait le massage est une suite de mouvements différenciés pour les besoins de la chose.
L’effleurage.
L’effleurage est un mouvement qui a pour but d’activer la circulation de retour, c’est-à-dire la circulation veineuse, par une pression continue et progressive, vers le centre ou, pour être plus exact, dans le sens centripète.
Ce mouvement consiste en une pression des mains posées à plat sur la partie à masser. Un mouvement progressif est imprimé aux bras dans le sens centripète. La pression des mains doit être assez forte, mais cette force doit être distribuée progressivement, sans à-coups.

L’effleurage pourrait être considéré à juste titre comme un mouvement préparatoire. Une dizaine d’effleurages sont généralement suffisants pour préparer le massage proprement dit; ils doivent être effectués avec une pression et une vitesse progressives, c’est-à-dire que les deux mains qui alternent sur le membre doivent se suivre avec une pression et une rapidité plus grandes après chacun des mouvements effleurants.
Le pétrissage.
Le pétrissage est un mouvement auquel on demande une action éliminatrice sur les faisceaux musculaires; outre cette action musculaire le pétrissage a encore une action retentissante sur la circulation.
L’action de pétrir un muscle a pour résultat d’accoler très fortement les fibres musculaires et de leur faire rejeter, dans les membranes qui séparent les faisceaux entre eux, les déchets de ces combustions musculaires dont je parlais plus haut.
Le pétrissage est obtenu en plaçant les mains sur le muscle de façon à ce qu’elles épousent bien la forme de ce muscle. La pulpe des doigts faisant légèrement crochet d’une part, et le pouce servant d’appui de résistance à la main d’autre part, l’opérateur imprimera un mouvement de rotation aux poignets en même temps qu’une traction assez forte sur les doigts. Ce mouvement se fera en commençant par la partie du muscle située le plus près du centre.
En effet, il est aisé de comprendre que si l’on veut éliminer les déchets de combustion qui se sont accumulés entre les faisceaux il ne faut pas essayer de vouloir les faire cheminer d’un seul coup; il faut d’abord éliminer la petite quantité qui, située près des veines, se rejettera dans le torrent circulatoire, dans le système lymphatique ou vers les glandes sudoripares.

Ayant obtenu ce premier résultat, il est aisé de comprendre quels seront les résultats suivants. Les déchets situés plus loin du centre suivront la même route sans danger d’engorgement sur cette route.
L’écrasement.
L’écrasement n’est pas, à proprement parler, un mouvement bien distinct en ce qui concerne son résultat physiologique; il ne deviendra mouvement très utilitaire que sur les petits muscles, sur les gaines des tendons pour les lubrifier, sur les culs-de-sac articulaires pour refouler un excès de synovie, ou pour exciter la synoviale un peu paresseuse.
En ce qui concerne sa succession aux mouvements précédents sur un muscle de gros volume, il peut être considéré comme étant le complément du pétrissage; c’est en quelque sorte un pétrissage plus local et plus profond considéré par son action physiologique.
Ce mouvement peut être obtenu de deux façons: avec la surface externe du poing fermé, avec les pulpes des pouces.
Avec la surface plane des poings fermés on imprime un mouvement rotatoire aux avant-bras; les poings se suivent ainsi que dans le pétrissage, c’est-à-dire en commençant par le tiers musculaire le plus rapproché du centre.

Il faut, pour exécuter ce mouvement d’une façon convenable, déployer une grande force, mais la déployer progressivement de façon à agir sur les faisceaux musculaires superficiels d’abord et sur les faisceaux profonds ensuite.
Il y a lieu de tenir compte aussi de l’épaisseur de l’enveloppe du muscle (aponévrose), laquelle membrane est parfois une surface de résistance offerte à l’action du massage.
L’écrasement opéré au moyen de la pression des pouces est un écrasement purement local, mais qui emprunte aux autres mouvements leur action révulsive sur les téguments ou les muscles situés directement au-dessus du point à écraser.
Je m’explique: je veux opérer un écrasement sur les culs-de-sac de l’articulation du genou par exemple, pour remédier à un excès de synovie survenu après un effort prolongé. Si je n’excite pas les veines situées dans la partie inférieure et moyenne de la cuisse je n’obtiendrai qu’un résultat inappréciable, en vertude ce principe physiologique qu’une circulation très active est une pompe aspirante vers laquelle affluent les matériaux résultant des déchets de nutrition.
Cet écrasement s’obtient en fermant les mains, les pouces tendus; la surface plane qu’offrent les quatre phalanges des autres doigts fermés trouve son point d’appui dans les environs de l’endroit où l’on veut appliquer l’écrasement; on opère une pression assez forte mais progressive de la pulpe et l’on imprime aux pouces un mouvement rotatoire de plus en plus vite et de plus en plus profond.
Sur une surface ronde, comme la jambe, par exemple, il est préférable d’accoler les quatre doigts de la main à la surface opposée au point d’écrasement. Ceci fait, on applique les pouces et l’on exerce une pression par rapprochement des doigts. Toutefois, dans ce mouvement, les pouces doivent garder une certaine liberté d’action qui leur permettra le mouvement rotatoire indispensable. Je crois que pour bien exécuter ce mouvement il vaudra mieux faire pression avec la surface musculaire de la paume de la main, de façon à laisser les articulations du pouce absolument libres de leurs mouvements.
Les tapottements.
Les tapottements sont des mouvements destinés à exciter les muscles, et de fait à activer les échanges nutritifs entre les cellules de ceux-ci et le système circulatoire capillaire qui leur apporte l’oxygène.
La circulation est plus active après les tapottements parce qu’ils ont une action propulsive sur les veines et une action excitante sur les artères. La preuve expérimentale de l’action des tapottements sur la circulation peut se faire de la façon suivante: on compte les pulsations d’un homme dont le cœur est normal; les ayant enregistrées, on opère une série de tapottements sur son dos, dans le voisinage des gros vaisseaux, et l’on compte de nouveau les pulsations; on s’aperçoit alors que celles-ci sont plus rapides et partant plus nombreuses. Il y a donc eu une activité circulatoire plus grande uniquement due à l’action des tapottements sur les tissus musculaires des veines et sur les nerfs vaso-moteurs et vaso-constricteurs. Une autre preuve expérimentale de leur action sur la circulation dans le muscle peut être faite en prenant la température locale d’un muscle avant les tapottements et après ceux-ci. Elle augmentera légèrement dans la seconde prise, donc il y a eu activité plus grande.

On comprendra aisément que si le sang circule plus abondamment dans un muscle, les combustions se feront non seulement plus aisément mais aussi plus régulièrement.
L’utilité des tapottements apparaîtra, en ce qui nous occupe, lorsqu’on se rendra compte que l’augmentation des combustions a pour résultat de produire une plus grande somme d’énergie musculaire sans augmentation de poids ni de volume.
Les tapottements sont parmi les mouvements du massage ceux qui paraîtront les plus simples à exécuter; mais que l’on ne s’y méprenne pas, car il faudra que l’opérateur arrive à les pratiquer sans boiter, c’est-à-dire sans qu’une main frappe plus vite que l’autre. Il faut que les deux mains tombent dans un rythme très régulier quoique augmentant sa vitesse.
Les mains sont présentées en couteaux à la surface à masser, les doigts sont écartés pour amortir le choc, une main s’élève et pendant qu’elle descend frapper, l’autre s’élève à son tour. Ce mouvement alternatif doit être effectué avec les avant-bras et non avec les bras, seule l’articulation du coude doit jouer. Les tapottements doivent être aussi propulsifs et répulsifs, c’est-à-dire qu’ils doivent s’appliquer sur un mouvement d’aller et de retour. Pour leur donner ces mouvements de propulsion et de répulsion, il faudra imprimer aux bras un mouvement latéral de déplacement à droite ou à gauche.
Toutefois, ce mouvement de déplacement n’excédera pas un champ de 50 centimètres environ; en dehors de ce champ, c’est le corps de l’opérateur qui devra se déplacer.
Il n’y a pas à tenir compte, dans les tapottements, du mouvement circulatoire, car les tapottements agissent aussi bien sur les artères que sur les veines.
Les vibrations.
Les vibrations qui trouvent une si belle application dans le massage thérapeutique n’ont, dans le massage sportif, qu’un rôle d’à-côté ; mais ce rôle, je me permets d’insister, sera peut-être capital pour quant au résultat d’une épreuve officielle où un organisme nerveux aurait à souffrir d’un état d’inquiétude ou d’excitation.

Décrire les vibrations serait peut-être se condamner à une confusion de mots qui ne pourraient que nuire à la compréhension de la chose; je me bornerai donc à donner simplement un système pratique pour apprendre à bien vibrer.
Pour vibrer il faut mettre son bras en tétanos physiologique ou, plus clairement, il faut le raidir très violemment. Pour apprendre à vibrer correctement, voici un moyen assez rationnel: on place sur une table assez lourde et bien nivelée, une table en marbre fixée sur pieds de fer, par exemple, un verre à boire empli d’eau jusqu’aux bords; on pose sa main droite bien à plat sur le marbre et l’on contracte les muscles de son bras. L’eau devra se rider sans qu’une seule goutte déborde du verre. Je crois fermement que ce mouvement est très utile, car on verra par la suite qu’un mouvement vibratoire calmant, pratiqué bien à propos, pourrait, le cas échéant, dissiper cette nervosité ou cette inquiétude d’avant le départ, qui a coûté de si belles victoires à certains coureurs et non des moindres.
II
Table des matières
Massage stimulant et massage calmant.
On admet en principe une distinction dans la pratique du massage: le massage de forme stimulante et le massage de forme calmante.
En pratique, cette distinction trouve sa sanction dans le fait expérimental suivant. Prenez un sujet très nerveux, faites-lui quelques effleurages centripètes et demandez-lui quels en sont les effets, il vous répondra que c’est agaçant; faites-lui après quelques effleurages centrifuges, il vous annoncera que cela le calme.
La forme dite stimulante est celle qui aura pour action d’activer la circulation, d’augmenter les combustions intra-musculaires et de communiquer aux extrémités nerveuses, qui aboutissent aux fibres, une excitation qui se traduira par des échanges plus rapides.
Au point de vue sportif il est bon d’envisager ces deux formes de massage, car il est évident que, suivant les résultats de celui-ci, on devra tantôt calmer ou stimuler l’athlète. Il est évident aussi que l’on ne doit pas masser de la même façon une musculature qui doit accomplir un effort comme celle qui vient d’en fournir un. Donc en pratique deux sortes de massage: stimulant, calmant, et une loi pour diriger cette pratique qui peut se résumer ainsi:
Tout mouvement centripète est stimulant et excitant, tout mouvement centrifuge est calmant.
Le massage stimulant consiste en une série d’effleurages, de pétrissages, de tapottements et de vibrations. Il est généralement terminé par une gymnastique de mouvements dits de résistance.
Les effleurages seront au nombre de dix environ, ils devront être pratiqués avec progressivité, tant sous le rapport de la force déployée, tant sous le rapport de la vitesse.
Succédant immédiatement à ces effleurages viendra une série de pétrissages dont la durée sera d’environ cinq à six minutes. Ces pétrissages se feront dans le sens circulatoire, comme ils ont été définis plus haut.
L’écrasement est supprimé dans cette forme de massage, parce que l’on ne demande au muscle qu’une stimulation retentissant sur l’effort à suivre et non une action éliminatrice.
Une série de tapottements suivra ces deux manipulations; elle ne devra pas excéder une durée de deux à trois minutes environ, car il faut tenir compte de ce que ce mouvement est un des plus énergiques et que son emploi prolongé entraînerait un excès de travail dans les fibres, qui se traduirait par une sensation de fatigue.
Je crois qu’il serait bon, pour clore ce massage manipulatoire, de pratiquer une vibration centripète profonde pour exciter les ganglions nerveux environnants, lesquels sont les accumulateurs de l’énergie nerveuse.
Le massage stimulant peut être considéré à juste titre comme une opération d’assouplissement musculaire. C’est à lui, en effet, que l’on demandera principalement de faire rendre à la fibre son maximum d’élasticité en donnant au muscle sa tonicité.
De cet état de tonicité musculaire dépend, en effet, la qualité physique du muscle en force contractile, en énergie de rapidité contractile.
Ce massage est, par conséquent, l’opération de préparation sportive par excellence.
Le massage dit de forme calmante n’est pas, à proprement parler, un massage auquel on demandera de verser du calme dans l’âme du cycliste, c’est plutôt une opération à laquelle on demandera d’activer la désassimilation des matériaux chimiques inutiles au muscle. Il aura cependant deux buts à remplir: désassimiler et tonifier du môme coup l’appareil nerveux excité par l’effort.
Après le travail musculaire que réclame un entraînement journalier, l’acide sarco-lactique sécrété par le muscle se trouvera entre les faisceaux de celui-ci en assez grande quantité pour le durcir; il est donc logique que le massage, secondant la physiologie humaine, vienne aider le muscle à se débarrasser de cet excès d’acide qui joue là le rôle d’un corps absolument étranger.
Le second rôle que ce massage aura à remplir sera de rendre à l’innervation de l’appareil musculaire et au système nerveux général un juste équilibre afin que cet appareil préside plus judicieusement aux fonctions de nutrition.
On se rend compte aisément qu’un organe dont l’appareil nerveux est surexcité se nourrisse moins bien qu’un organe dont l’innervation n’a eu à subir aucune fatigue.
Ce massage se compose des mouvements successifs suivants: effleurages, pétrissages, écrasements, vibrations.
Les effleurages seront au nombre de dix environ, dans le sens centripète; ils ont pour but d’activer la circulation de retour. Les pétrissages auront une durée de quatre à cinq minutes, ils seront très profonds et seront complétés dans leur action par un écrasement profond. Cette action sera de rejeter dans la circulation de retour les déchets musculaires. L’écrasement devra porter aussi sur les articulations qui ont toujours à souffrir un peu dans l’effort.
Les tapottements sont supprimés dans cette forme de massage, parce qu’ils sont très excitants et qu’ils occasionnent de nouvelles combustions trop actives.
Pour clore ce massage on effectuera une gymnastique de contre-mouvements ou de mouvements de résistance, et l’on terminera, en fin de compte, par quelques effleurages vibratoires centrifuges qui effaceront l’excitation inévitable que ce massage occasionne.