Czytaj książkę: «Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales»
P.-M. Quitard
Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales
En rapport avec de proverbes et des locutions proverbiales des autres langues

Publié par Good Press, 2021
EAN 4064066073787
Table des matières
PRÉFACE.
DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE, HISTORIQUE ET ANECDOTIQUE DES PROVERBES.
A
B
C
D
E
F
G
H
I
J
L
M
N
O
P
Q
R
S
T
V
ERRATA.
PRÉFACE.
Table des matières

L’origine des proverbes doit remonter aux premiers âges du monde. Dès que les hommes, mus par un instinct irrésistible, et poussés, on peut le dire, par la volonté toute-puissante du Créateur, se furent réunis en société; dès qu’ils eurent constitué un langage suffisant à l’expression de leurs besoins, les proverbes prirent naissance et furent comme le résumé naturel des premières expériences de l’humanité. Ils consistaient alors en quelques formules simples et naïves comme les mœurs dont ils étaient le résultat et le reflet. S’ils avaient pu se conserver, s’ils étaient parvenus jusqu’à nous sous leur forme primitive, ils seraient le plus curieux monument du progrès des premières sociétés; ils jetteraient un jour merveilleux sur l’histoire de la civilisation, dont ils marqueraient le point de départ avec une irrécusable fidélité.
L’Ecclésiaste, qui dut se modeler sur les sages des anciens jours, disait, il y a près de trois mille ans: Occulta proverbiorum exquiret sapiens, et in absconditis parabolarum conversabitur: Le sage tâchera de pénétrer dans le secret des proverbes et se nourrira de ce qu’il y a de caché dans les paraboles. Les sept sages de la Grèce et Pythagore eurent la même pensée que l’Ecclésiaste. Socrate et Platon firent des recueils de proverbes pour leur usage. Aristote les imita et fut à son tour imité par ses disciples, Cléarque et Théophraste. Les stoïciens Chrysippe et Cléanthe se livrèrent au même travail. Tous ces philosophes regardaient les proverbes comme les restes de cette langue qui avait servi à l’instruction des premiers hommes, et que Vico appelle la langue des dieux. C’est sous forme de proverbes que les prêtres avaient fait parler les oracles, que les législateurs avaient donné leurs lois, que les sages et les savants avaient résumé leur doctrine et leur expérience.
On sait combien, parmi les Romains, Caton l’ancien aimait et recherchait les proverbes. Plus tard, deux grammairiens, Zenobius et Diogenianus, qui vivaient sous l’empereur Adrien, en firent l’objet de leurs travaux, et s’appliquèrent à en recueillir un grand nombre.
Les proverbes jouirent de la même faveur dans le moyen-âge, et furent soigneusement étudiés par les philosophes et les savants. Apostolius, Érasme et Adrien Junius travaillèrent successivement à réunir ceux qui étaient épars dans les auteurs grecs et latins. Joseph Scaliger publia les vers proverbiaux des Grecs; André Scot, les adages des anciens Grecs et ceux du Nouveau-Testament; Martin del Rio, ceux de la Bible; Novarinus, ceux des Pères de l’Église; Jean Drusus, ceux des Hébreux. Un grand nombre de ceux des Arabes et des Persans furent traduits en latin par Scaliger, Erpenius et Levinus Warnerus. Boxhornius joignit à son Traité des origines gauloises les proverbes de l’ancienne langue britannique. Ceux de l’espagnol forent recueillis par Hernand Nunez, surnommé par ses compatriotes el commentador Griego. Les proverbes qui avaient cours en Italie, en France, en Allemagne, en Angleterre, eurent également leurs compilateurs, et Grutère ne les jugea pas indignes d’être réunis, dans son Florilegium ethicopoliticum, aux sentences des bons auteurs grecs et latins. Depuis, tous les peuples de l’Europe ont eu des recueils du même genre; et cela ne pouvait manquer d’arriver.
C’est qu’en effet, comme le dit fort bien Rivarol, les proverbes sont les fruits de l’expérience des peuples, et comme le bon sens de tous les siècles réduit en formule.
Cependant notre langue, à mesure qu’elle se perfectionna, à mesure qu’elle prit ses habitudes de sévérité et de précision rigoureuse, sembla dédaigner les proverbes familiers et naïvement énergiques que nos vieux auteurs aimaient tant à employer; elle les jugea indignes d’elle, et, par une fausse délicatesse voisine de la pruderie, elle priva notre littérature d’un assez grand nombre de locutions originales, de tours vifs et piquants, d’expressions pittoresques et plaisantes.
Dans des temps comme les nôtres, où la naïveté des pensées et du langage a presque disparu pour faire place à un positif sec et dénué de couleur, la langue proverbiale ne saurait avoir autant d’importance que dans l’antiquité et dans le moyen-âge; mais elle est encore fort curieuse à étudier. Elle résume tous les faits sociaux, car elle comprend et embrasse tout ce qui occupe l’activité des hommes en société; elle éclaire l’histoire de la civilisation et des idées, dont elle reproduit, dans ses transformations diverses, la physionomie caractéristique.
En observant avec soin les différences et les changements successifs de la langue proverbiale, on pourrait marquer toutes les phases de l’esprit des peuples. Chaque époque a ses opinions dominantes, lesquelles se traduisent en formules populaires, et les proverbes d’un siècle expliquent ses goûts, ses habitudes, et l’originalité spéciale qui le différencie de tous les autres. En changeant de qualités ou de vices, la société change de proverbes, et cela explique pourquoi les proverbes disent quelquefois le pour et le contre.
Il faut distinguer dans les proverbes une vérité générale qui est de tous les temps et de tous les lieux, et qui subsiste toujours la même, malgré les changements et les révolutions, et une vérité particulière qui appartient à une époque ou à plusieurs époques à peu près semblables. La première résume d’une manière universelle l’esprit de l’humanité tout entière; la seconde résume particulièrement l’esprit de tel ou tel peuple, avec la couleur du temps et les traits de la physionomie nationale.
Les proverbes qui expriment des sentiments universels, se retrouvent toujours et partout. Ils sont les mêmes chez tous les peuples, quant au fond; ils ne varient que dans la forme: d’où l’on peut croire qu’ils n’ont pas été empruntés par un peuple à un autre peuple, mais qu’ils sont nés spontanément chez toutes les nations et dans tous les pays, par le seul fait du sens commun. La différence de la forme paraît prouver qu’il n’y a pas eu traduction.
Les proverbes qui sont fondés sur des opinions particulières et sur des coutumes locales, ne sortent guère du pays où ils sont nés; car ils ne seraient pas compris hors du milieu et des circonstances qui les ont inspirés. Ce sont des plantes indigènes qui perdraient leur parfum et leur saveur en changeant de climat.
On pourrait donc distinguer les proverbes en proverbes généraux et en proverbes particuliers. Les premiers comprendraient les sentences basées sur une vérité d’expérience généralement admise par le sens commun de tous les peuples. C’est ce qu’on a appelé la sagesse des nations; et ce qui justifie ce titre, c’est que parmi ceux-là, il n’y en a point qui ne contiennent quelque observation judicieuse, ou quelque enseignement utile. Si l’on en trouve quelqu’un qui paraisse offrir un caractère dépourvu de moralité, on doit croire qu’il n’est pas entendu dans son vrai sens. La conscience du genre humain n’a jamais rien consacré d’immoral.
Les seconds comprendraient les sentences basées aussi sur une vérité d’expérience, mais sur une vérité particulière et locale, propre à tel ou tel peuple. Cette dernière classe comprendrait encore les dictons et les expressions figurées qui ont trait à certains usages nationaux.
Il existe dans notre langue, comme dans tous les idiomes, un assez grand nombre de ces locutions figurées qu’on serait tenté de prendre pour des éléments d’un chiffre de convention plutôt que pour ceux d’un langage fondé sur l’analogie. Quoique tout le monde se soit familiarisé avec ces locutions par suite de leur fréquente apparition dans le discours et de l’emploi routinier qu’on en fait, sans y réfléchir, dans le langage journalier, il n’est peut-être personne qui ne se trouvât embarrassé de les expliquer et d’en donner la raison. La cause d’un tel embarras, c’est qu’elles n’ont point conservé d’application au sens propre dans lequel elles furent primitivement employées; c’est que, devenues semblables à ces médailles allégoriques qu’on ne sait à quels événements rapporter, elles ne sont aujourd’hui que de pures métaphores dont l’origine semble s’être effacée et perdue. Pour en avoir la signification complète, pour en apprécier exactement toute la valeur, il faudrait les ramener, sur leur trace presque insaisissable, au point même de leur départ, et les replacer à côté des objets qui les ont fait naître; car le mot garde toujours quelque obscurité, tant qu’il n’est pas éclairé du reflet de la chose. Mais un pareil travail, tout précieux qu’il pourrait être, ne sourit point à nos philologues. Atteints d’une manie trop commune dans notre siècle, ces messieurs ne s’attachent plus guère qu’aux généralités, qui souvent ne prouvent rien à force d’être vagues et arbitraires, et ils dédaignent l’explication des faits particuliers qui, bien observés et bien commentés, jetteraient une si vive lumière sur la science philologique.
Quant à moi, je l’avoue, je regarde comme une chose fort importante d’éclaircir par de bons commentaires ces expressions d’origine obscure ou inconnue, ces expressions préservées de toutes les vicissitudes de notre idiome par une protection spéciale qui les a pour ainsi dire stéréotypées. Elles rappellent des traditions pleines d’intérêt; elles retracent une image fidèle et naïve de la vie de nos aïeux; ce sont des mœurs et des coutumes formulées par le langage; à ce titre, elles se rattachent essentiellement à l’histoire nationale; à ne les considérer même qu’au point de vue de la curiosité, elles offrent presque toujours quelque chose d’original et de piquant qui peut éveiller l’esprit et qui mérite bien de fixer l’attention.
La raison des sobriquets n’est pas moins intéressante à connaître et à expliquer. Les sobriquets donnés à des villes, à certaines classes d’hommes, à certaines factions politiques font partie de l’histoire des mœurs et des coutumes. Ils dessinent en quelque sorte la physionomie des diverses époques, en résumant, par des dénominations bizarres, mais expressives, le tour d’esprit et les usages particuliers des différents peuples. Ils n’ont, du reste, ni le même intérêt, ni la même portée que les proverbes. Remarquons, en passant, que notre temps est fertile en sobriquets qui trouvent de l’écho, tandis qu’il n’a peut-être pas produit un proverbe que l’usage général ait consacré. C’est que le proverbe appartient aux époques synthétiques où l’union d’un peuple se fonde sur la communauté d’idées et de sentiments généralement admis, de traditions reconnues et acceptées, qui rapprochent les hommes par le doux lien des habitudes identiques et de la sympathie. Le sobriquet, au contraire, semble appartenir plus particulièrement aux époques de confusion et de désordre. Il sert comme d’étiquette aux passions politiques; il classe et divise les hommes en catégories. En un mot, on peut le considérer comme un symptôme de l’anarchie intellectuelle, du morcellement des partis et de l’éparpillement des idées. Notre époque ne pouvait donc manquer d’être fertile en sobriquets.
Revenons aux proverbes. L’étude aujourd’hui en est fort négligée, comme le sont presque toutes les études qui n’ont pas une valeur commerciale et industrielle. Notre siècle, sous prétexte de positivisme (mot barbare créé de nos jours et bien digne de ce qu’il exprime), semble avoir abandonné le culte de l’intelligence et la recherche des choses spirituelles pour se livrer spécialement aux soins du corps et aux charmes du confortable. Toutefois, quoi qu’il fasse, l’intelligence ne saurait perdre ses droits et sa prééminence; et les travaux qui tendent à éclairer l’histoire des usages et de la morale des peuples offriront toujours quelque intérêt aux hommes qui veulent s’instruire.
Pour faire comprendre le but du livre que je publie, je dois dire ce que j’entends par proverbes:
J’ai pris ce terme dans le sens que lui attribue cette charmante définition d’Érasme, Celebre dictum scita quadam novitate insigne, et, à l’exemple de cet esprit si fin et si ingénieux, j’ai regardé le piquant du tour et l’originalité de l’expression comme la condition expresse des vrais proverbes.
Cependant mon intention, non plus que celle d’Érasme lui-même, n’a pas été de n’en admettre que de tels: mon recueil eût été réduit à des proportions trop exiguës. Néanmoins, je n’ai pas cherché à le grossir de ces locutions grossières traînées dans les ruisseaux des halles, de ces mots disgracieux, de ces sales dictons qui se trouvent souvent dans la bouche des gens sans éducation. Plus scrupuleux que la plupart des parémiographes[1], j’ai laissé dans son bourbier natal toute cette phraséologie de la canaille. S’il m’a fallu citer quelques-unes de ces façons de parler un peu libres de nos anciens poëtes ou prosateurs, parce qu’il était important de les expliquer, je n’ai jamais oublié ces élégantes paroles de saint Augustin, de pudendis cogit nos necessitas loqui, pudor autem circumloqui; et, dans mes explications, j’ai toujours déguisé sous des termes mesurés et décents tout ce qui m’a paru susceptible de mal sonner à des oreilles délicates. Mon Dictionnaire est consacré à ces maximes d’une sagesse traditionnelle, à ces formules du sens commun qui, jetées dans la circulation universelle, forment la monnaie courante de la raison et de l’esprit des peuples, à ces expressions pleines d’allusions à des faits curieux, singulières à force d’être naturelles, et dont la vulgarité ne détruit pas le sel. Il ne contient aucun article qui ne se distingue par quelque trait moral, historique ou littéraire, ou par quelque observation étymologique fondée sur l’origine des choses plutôt que sur celle des mots.
La langue proverbiale est à peu près aujourd’hui une langue morte, et il est certain que la lecture de nos vieux auteurs, qui ont fait un si fréquent usage des proverbes, exige, pour être complétement fructueuse, une sorte de commentaire de cette langue.
Ce commentaire, je me suis attaché à le mettre dans mon livre. Mon but a été surtout de réunir et de condenser tout ce qui peut servir à étudier l’histoire des mœurs par l’histoire des expressions. Sous ce rapport, j’ose dire que mon ouvrage a quelque chose de neuf, et qu’il se distingue de tous ceux qui l’ont précédé[2]. Les nombreux matériaux que j’ai recueillis, l’explication nouvelle d’un grand nombre de proverbes et de locutions incomprises, les anecdotes, bons mots et pensées philosophiques, semés dans une foule d’articles, donneront peut-être quelque utilité et quelque agrément à mon travail. Pour y jeter plus d’intérêt et de variété, j’ai souvent rapproché et comparé les proverbes et les expressions proverbiales des différents peuples, d’une manière propre à récréer et à éclairer l’esprit par la diversité des formes originales sous lesquelles se reproduit la même pensée. Qu’on me permette de citer en exemple cette série de proverbes sur l’hypocrisie:
Les Français disent: Le diable chante la grand’messe.
Les Portugais: Detras de la cruz esta el diablo: le diable se tient derrière la croix.
Les Espagnols: Por las haldas del vicario sube el diablo al campanario: par les pans de la robe du vicaire, le diable monte au clocher.
Les Italiens: Non sì tosto si fa un tempio a dio che il diavolo ci fabbrica una cappella appresso: on n’a pas plus tôt bâti une église à Dieu, que le diable s’y fait une chapelle.
Les Anglais comme les Italiens: Where God has his church the devil will have his chapel.
Les Allemands: O uber die schlaue Sunde, die cinen Engel vor jeden Teufel stellt: que le crime est rusé! Il place un ange devant chaque démon. Ce qui revient à notre expression, couvrir son diable du plus bel ange, dont la reine de Navarre a fait usage dans sa XIIe nouvelle.
L’Evangile compare l’hypocrite à un sépulcre blanchi, plein d’éclat au dehors et de pourriture au dedans.
A ces tableaux comparatifs qui révèlent le tour d’esprit et le caractère moral des différentes nations, j’ai ajouté soigneusement un grand nombre de faits philologiques propres à jeter du jour sur l’histoire des mœurs et des coutumes, histoire si importante à connaître, et souvent si peu connue. Enfin, j’ai expliqué beaucoup de proverbes par des citations précieuses et significatives puisées dans nos classiques. J’ai regardé des citations de ce genre, comme un ornement pour mon livre, et comme une source de plaisir pour mes lecteurs.
Il m’a paru intéressant et curieux de montrer ce que nos grands écrivains ont tiré quelquefois d’une pensée vulgaire, et comment ils ont su souvent transformer avec bonheur le proverbe qui contenait, pour ainsi dire en germe, quelques unes de leurs plus belles expressions. Cette partie de mon travail ne sera pas, j’ose l’espérer, la moins précieuse, et je puis affirmer en toute sincérité qu’elle est presque toujours neuve.
En terminant, je dois dire ici que mes recherches sur les proverbes avaient été conçues et dirigées de manière à suivre la langue proverbiale, dans tous ses détails, depuis les troubadours jusqu’à notre époque. Si je n’eusse pris le parti de réduire mon livre, il formerait deux ou trois forts volumes in-octavo. Mais un travail aussi long eût trouvé difficilement un éditeur. J’ai dû me borner à la publication actuelle, qui ne laisse pas, telle qu’elle est, d’être beaucoup plus complète que toutes les autres du même genre, puisqu’elle contient plus de cinq cents origines nouvelles.
Puissé-je avoir réussi à faire un recueil qui ne soit pas dépourvu d’utilité! C’est là toute mon ambition.
DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE, HISTORIQUE ET ANECDOTIQUE DES PROVERBES.
Table des matières

A
Table des matières
A.—Être marqué à l’a.
C’est être doué de quelque qualité éminente, être distingué par un mérite supérieur.
On prétend que cette expression est fondée sur l’usage de marquer les monnaies de France selon l’ordre des signes alphabétiques, parce que les pièces fabriquées à Paris, dont la marque est un A, ont été réputées de meilleur aloi que les pièces fabriquées dans les villes de province. Mais il est plus probable qu’elle est fondée sur la prééminence qu’a toujours eue l’A dans l’alphabet de presque toutes les langues, et qu’elle est un emprunt fait aux anciens, qui employaient les lettres pour désigner divers personnages et donnaient à ceux du premier ordre la dénomination d’Alpha ou d’A.
Martial (épig. 57, liv. II), parlant d’un certain Codrus, renommé parmi les jeunes gens de Rome à cause de l’élégance de sa parure, l’appelle Alpha penulatorum, ce qui signifie littéralement, l’Alpha de ceux qui portent le manteau.
Autrefois, en Alsace, les prébendes étaient titrées, selon leur valeur, par les lettres de l’alphabet. Il y avait des chanoines appelés Chanoine A, Chanoine B, Chanoine C, etc.
Il n’a pas fait une panse d’a.
C’est-à-dire, il n’a pas fait la moindre chose.
Panse d’a ne se dit que du petit a, parce que le petit a commence à se former par un c ou demi-rond qui ressemble à une panse ou ventre. Il ne faut donc pas employer le grand A lorsqu’on écrit cette phrase proverbiale, car le signe serait sans rapport avec la chose signifiée.
ABATTU.—L’abattu veut toujours lutter.
On consent rarement à s’avouer plus faible que son adversaire. L’amour-propre trouve presque toujours des raisons pour déguiser une défaite, et il donne ordinairement à ces raisons l’accent du défi. C’est l’éloquence de Périclès qui, renversé par Thucydide à la lutte, prouvait aux spectateurs que c’était lui qui avait terrassé Thucydide.
On dit aussi dans un sens analogue: Plus on bat le tambour, plus il fait de bruit. Les Provençaux expriment la même idée par cette comparaison spirituelle: Faire comme les cigales, qui chantent quand on les frotte. Il faut savoir que, pour faire chanter les cigales qu’on a prises, on les roule entre les doigts; car le son rauque et monotone que rendent ces insectes ne part point du gosier, comme l’a prétendu saint Ambroise, très bon prélat, mais très mauvais naturaliste: il vient de deux instruments qui sont placés aux deux côtés de leur ventre, et qui consistent en deux membranes élastiques dont la cavité renferme des parties écailleuses sur lesquelles ces membranes flottent avec bruit.
ABBAYE.—Pour un moine l’abbaye ne faut point.
C’est-à-dire que dans une société on ne s’abstient point de faire ce qu’on a projeté ou de se livrer à la joie, quoiqu’un des membres manque ou s’y oppose. Faut, dans ce vieux proverbe, est la troisième personne du présent indicatif du verbe faillir.
ABBÉ.—Attendre quelqu’un comme les moines l’abbé.
C’est ne pas l’attendre.—Cette façon de parler s’emploie particulièrement lorsqu’une personne invitée à dîner n’arrive point à l’heure indiquée, et que les autres convives se mettent à table. Elle est fondée sur l’ancienne coutume des couvents où les moines étaient dispensés d’attendre leur supérieur, dès l’instant que le son de la cloche des repas, sonus epulantis, les avait appelés au réfectoire. Leur devise était ce refrain d’une prose gastronomique qu’ils chantaient sans doute avec plus de plaisir qu’aucune hymne de leur bréviaire.
O beata viscera, Nulla sit vobis mora!
Loin de vous tout retard, entrailles bienheureuses!
Les Allemands disent: Mit der linken Hand auf einem warten. Attendre quelqu’un avec la main gauche, c’est-à-dire, pendant que la droite est occupée à porter les morceaux à la bouche.
Il n’y a point de plus sage abbé que celui qui a été moine.
L’homme qui a pratiqué les devoirs de l’obéissance est celui qui pratique le mieux les devoirs du commandement. (Voyez le proverbe: il faut apprendre à obéir pour savoir commander.)
Le moine répond comme l’abbé chante.
Les inférieurs se montrent d’ordinaire du même sentiment et tiennent le même langage que les supérieurs.—Un sénateur romain disait à Tibère: Si primo loco censueris Cæsar, habebo quod sequar. César, si vous émettez le premier une opinion, je ne pourrai que la suivre.
Regis ad exemplar totus componitur orbis. (Horace.)
Le bedeau de la paroisse est toujours de l’avis de monsieur le curé.
Pour un moine on ne laisse pas de faire un abbé.
L’absence ou l’opposition d’un individu n’empêche point une compagnie de délibérer ou de conclure une affaire.
Être comme l’abbé Rognonet Qui de sa soutane ne put faire un bonnet.
Comparaison proverbiale qu’on applique à une personne qui ne sait tirer aucun parti d’une position avantageuse, et qui gâte la meilleure affaire par sa sotte maladresse. On dit aussi, dans le même sens: Tailler sa besogne sur le patron de l’abbé Rognonet.
L’abbé Rognonet est un être imaginaire, qui a tiré son nom, suivant les uns, du verbe rogner, dont l’action devait lui être familière, et, suivant les autres, du verbe rognoner, par allusion à la mauvaise humeur à laquelle il se laissait emporter toutes les fois que, voyant son opération manquée, il était obligé de la recommencer pour la manquer encore. L’histoire de ce malencontreux personnage a été probablement suggérée par un passage de Rabelais (liv. IV, ch. 52), où Carpalim, valet de Panurge, parlant du tailleur Groingnet, ainsi nommé sans doute du vieux verbe groingner (grogner), fait le détail suivant des infortunes survenues à ce tailleur dans l’exercice de son métier, parce qu’il avait employé en patrons et en mesures un parchemin sur lequel était écrite une vieille clémentine ou décrétale du pape Clément V: «O cas estrange! touts habillements taillez sus tels patrons, et pourtraicts sus telles mesures, feurent guastez et perdus, robbes, cappes, manteaulx, sayons, juppes, cazacquins, collets, pourpoincts, cottes, gonnelles, verdugualles. Groingnet, cuidant tailler une cappe, tailloit la forme d’une braguette; en lieu d’ung sayon tailloit ung chappeau à prunes succées; sus la forme d’ung cazacquin tailloit une aumusse; sus le patron d’ung pourpoinct tailloit la guise d’une paelle. Ses varlets l’avoir cousue la deschiquetoient par le fond et sembloit d’une paelle à fricasser chastaignes. Pour ung collet faisoit ung brodequin. Sus le patron d’une verdugualle faisoit ung tabourin de souisse. Tellement que le paovre homme par justice fut condamné à payer les estoffes de touts ses chalands et de présent en est au saphran. (Voyez le mot Safran.) Punition dist homenaz et vengeance divine!»
ABOMINATION.—L’abomination de la désolation.
Expression tirée de l’Écriture sainte, pour désigner les plus grands excès de l’impiété, la plus grande profanation. Elle s’emploie proverbialement et familièrement pour se récrier avec emphase contre une chose qui choque les usages reçus.
«L’abomination de la désolation, dit Bossuet, est la même chose que les armées des payens autour de Jérusalem.... Le mot d’abomination, dans l’usage de la langue sainte, signifie idole. Les armées romaines portaient dans leurs enseignes les images de leurs césars et de leurs dieux; ces enseignes étaient aux soldats un objet de culte; et parce que les idoles, selon l’ordre de Dieu, ne devaient jamais paraître dans la terre sainte, les armées romaines en étaient bannies.... Quand Jérusalem fut assiégée, elle était environnée d’autant d’idoles qu’il y avait d’enseignes, et l’abomination ne parut jamais tant où elle ne devait pas être, c’est-à-dire dans la terre sainte et autour du temple.»
ABONDANCE.—Abondance de biens ne nuit pas.
Proverbe sur lequel Voltaire a très spirituellement enchéri par ce joli vers, qui est aussi devenu proverbe:
Le superflu, chose très nécessaire.
Mais il n’est pas absolument vrai que l’abondance ne nuise point, car elle amène quelquefois des inconvénients fâcheux, comme le remarque cet autre proverbe: Abondance engendre fâcherie; et d’ailleurs elle est regardée par les philosophes comme contraire au bonheur, qui ne se rencontre guère que dans un état frugal, entre la pauvreté et les richesses, suivant l’expression de Fléchier.
L’abondance des biens de la terre nous rend nécessiteux de ceux du ciel.
C’est-à-dire que l’effet ordinaire des richesses est de détourner ceux qui les possèdent de la pratique des vertus chrétiennes. Le Saint-Esprit, dans la Bible, appelle les richesses des trésors d’iniquité; et le Sauveur, dans l’Évangile, les signale comme le plus grand obstacle au salut: de là ce proverbe ascétique, qui a servi et qui servira encore de texte à plus d’un sermon, sans guérir personne de l’envie des richesses.
La trop grande abondance ne parvient point à maturité.
Les épis trop pressés dans un champ se renversent les uns sur les autres par l’effet de la pluie ou du vent; les fruits trop nombreux sur un arbre en épuisent le suc nourricier, ou en font rompre les branches sous leur poids: et c’est ainsi que l’excessive abondance nuit à la maturité. Mais ce proverbe, très vrai au propre, a également sa juste application au figuré, pour signifier que trop de choses entreprises à la fois ne pouvant obtenir tous les soins que chacune d’elles réclame en particulier, sont exposées à ne pas réussir ou à ne réussir qu’imparfaitement.
De l’abondance du cœur la bouche parle.
On ne peut guère s’empêcher de parler des choses dont on a le cœur plein; quand le cœur est plein, il faut que la bouche déborde: ou bien: en suivant l’impulsion de son cœur, dans ses discours, on ne manque point de paroles éloquentes.
Ce proverbe est littéralement traduit des paroles suivantes de l’évangile selon saint Mathieu (ch. 6, v. 45), Ex abundantia cordis os loquitur.
Les Basques disent: Bihozaren beharguile mihia. La langue est l’ouvrière du cœur.
ABSENCE.—L’absence est l’ennemie de l’amour.
On dit aussi: Loin des yeux et loin du cœur; ce qui paraît pris de ce vers de Properce (élégie 21, liv. III):
Quantum oculis, animo tum procul ibit amor.
Un bel esprit, écrivant à un voyageur, lui rappelait ce proverbe et ajoutait plaisamment: «Hâtez-vous donc d’oublier la maîtresse que vous avez laissée à Paris; car il est bon de prévenir les infidèles.»
Un peu d’absence fait grand bien.
Les personnes qui s’aiment se revoient avec plus de plaisir après une courte séparation. Le sentiment, affaibli par l’habitude d’être ensemble, se retrempe dans l’absence. «L’imagination, dit Montaigne (Ess., liv. III, ch. 9), embrasse plus chaudement et plus continuellement ce qu’elle va quérir que ce que nous touchons. Comptez vos amusements journaliers: vous trouverez que vous êtes le plus absent de votre ami, quand il vous est présent. Son assistance relâche votre attention et donne liberté à votre pensée de s’absenter à toute heure, pour toute occasion.»