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Nicholas Wiseman

L'Église des catacombes


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066324483

Table des matières

PREMIÈRE PARTIE LA PAIX

I LA MAISON CHRÉTIENNE

II LE FILS DU MARTYR.

IV LA FAMILLE PAÏENNE.

V LA VISITE.

VI LE BANQUET.

VII PAUVRE ET RICHE.

VIII LA FIN DU PREMIER JOUR.

IX RÉUNIONS.

X AUTRES RÉUNIONS.

XI UN MOT AU LECTEUR.

XII LE LOUP ET LE RENARD.

XIII CHARITÉ

XIV LES EXTRÊMES SE TOUCHENT

XV BÉNÉFICES DE LA CHARITÉ.

XVI LE MOIS D’OCTOBRE.

XVII LA COMMUNAUTÉ CHRÉTIENNE.

XVIII TENTATION.

XIX LA CHUTE.

DEUXIÈME PARTIE LA LUTTE

I DIOGÈNE.

II LES CIMETIÈRES.

III CE QUE DIOGÈNE NE POUVAIT PAS DIRE AU SUJET DES CATACOMBES.

IV CE QUE DIOGÈNE POUVAIT RACONTER AU SUJET DES CATACOMBES.

V AU-DESSUS DU SOL.

VI DÉLIBÉRATIONS.

VII UNE TRISTE MORT.

VIII PLUS TRISTE ENCORE.

IX LE FAUX-FRÈRE.

X RDINATION DE DÉCEMBRE.

XI. LES VIERGES.

XII. LA VILLA NOMENTANE.

XIII. L’EDIT.

XIV LA DÉCOUVERTE.

XV. EXPLICATIONS.

XVI LE LOUP DANS LA BERGERIE.

XVII PREMIÈRE FLEUR.

XVIII RÉTRIBUTION.

XIX DOUBLE VENGEANCE,

XX LES TRAVAUX PUBLICS.

XXI LA PRISON.

XXII LE VIATIQUE.

XXIII LE COMBAT.

XXIV LE SOLDAT CHRÉTIEN.

XXV LA DÉLIVRANCE.

XXVI LA RÉSURRECTION.

XXVII LA SECONDE COURONNE.

XXVII. LE JOUR CRITIQUE.–SA PREMIÈRE PARTIE

XXIX LE MÊME JOUR.–SA SECONDE PARTIE.

XXX LE MÊME JOUR.–SA TROISIÈME PARTIE

XXXI PRÊTRE ET MÉDECIN.

XXXII LE SACRIFICE ACCEPTÉ.

XXXIII HISTOIRE DE MIRIAM

XXXIV MORT GLORIEUSE.

TROISIÈME PARTIE LA VICTOIRE.

I L’ÉTRANGER D’ORIENT.

II L’ÉTRANGER A ROME.

III CONCLUSION

FABIOLA

ou

L’ÉGLISE DES CATACOMBES

PAR

SON EMINENCE LE CARDINAL WISEMANN

Archevêque de Westminster

Traduit de l’anglais

PAR E.-L. RODRIGUE


LIMOGES

BARBOU FRÈRES, IMPRIMEURS-LIBRAIRES


PREMIÈRE PARTIE
LA PAIX

Table des matières

I
LA MAISON CHRÉTIENNE

Table des matières

Que notre lecteur nous accompagne une après-midi de septembre de l’année302dans les rues de Rome. Le soleil décline: il sera couché dans deux heures. Le ciel est sans nuages, l’atmosphère rafraîchie. Aussi les habitants se dirigent en foule, les uns vers les jardins de César, les autres vers ceux de Salluste, pour la promenade du soir et pour apprendre les nouvelles du jour. Nous conduirons notre bienveillant lecteur dans le quartier du Champ-de-Mars. Il comprenait la plaine d’alluvions s’étendant entre les sept collines de la vieille Rome et le Tibre. Vers la fin de la période républicaine, ces lieux, jadis consacrés aux exercices athlétiques et militaires du peuple, commencèrent à se couvrir d’édifices publics. Pompée y bâtit son théâtre, puiis Agrippa, le Panthéon et les bains voisins. Les habitations particulières envahirent ensuite graduellement ce terrain, tandis que les hauteurs, préférées par l’aristocratie, au début de l’empire, semblaient réservées à de plus grands édifices. Ainsi le Palatin, après l’incendie allumé par Néron, ne suffit plus en quelque sorte à la résidence impériale et au Grand-Cirque. Les bains de Titus, construits sur les débris de la Maison d’Or, occupèrent l’Esquilin; Caracalla s’empara de l’Aventin; et à l’époque où nous en sommes, l’empereur Dioclétien élevait ses Thermes sur le Quirinal, près des jardins de Salluste, dans un périmètre assez vaste pour plusieurs habitations seigneuriales.

Le pointdu Champ-de-Mars où nous dirigeons nos pas est tellement défini, qu’il est facile à quiconque connaît la topographie de Rome ancienne ou moderne de le décrire. Sous la république, il existait au Champ-de-Mars un grand espace carré entouré de planches et divisé en compartiments, où votaient les comices ou tribus du peuple; on l’appelait Septa ou Ovile, de sa ressemblance avec une bergerie. Conformément au plan décrit par Cicéron dans une lettre à Atticus, Auguste proposa de transformer cette construction grossière en un solide et élégant édifice. La Septa Julia, comme on l’appela ensuite, offrait un splendide portique de mille pieds de long sur cinq cents de large, soutenu par des colonnes et enrichi de peintures. On voit encore aujourd’hui ses ruines. Sur son emplacement s’élèvent maintenant les palais Doria et Verospi, le Collége Romain, l’église de Saint-Ignace et l’oratoire de la Caravita.

La maison où nous conduisons le lecteur est en face et à l’est de cet édifice. L’église actuelle de Saint-Marcel a été érigée dans son enceinte. Elle embrasse, jusqu’au pied du mont Quirinal, une étendue considérable de terrain; comme beaucoup de nobles habitations romaines du temps. Triste et morne à l’extérieur, sur ses murs bas et percés de rares fenêtres elle ne présente aucun ornement d’architecture. Une porte in anlis, à peine relevée d’un tympan ou corniche triangulaire, reposant sur deux demi-colonnes, s’ouvre au milieu de l’une des faces de ce quadrilatère. Inventeur de fictions, nous userons de notre privilége d’ubiquité pour pénétrer dans cette demeure avec notre lecteur ou notre ombre, comme on l’aurait appelé autrefois. Après avoir traversé le porche, sur le pavé duquel on lit avec plaisir le salve de la bienvenue, inscrit en mosaïque, nous entrons dans l’atrium, la première cour, entouré d’une colonnade. Au centre de l’atrium, dallé en marbre, murmure un jet d’eau limpide amené des hauteurs de Tusculum par l’aqueduc de Claude. Il s’élance dans les airs, tantôt plus haut, tantôt plus bas, et retombe dans un bassin supérieur en marbre rouge, d’où il déborde en nappes d’argent; avant d’arriver à la vasque inférieure plus grande, il répand une douce rosée sur les vases élégants de plantes rares qui l’entourent. Sous le portique apparaissent des meubles riches et précieux; des lits incrustés d’ivoire et même d’argent, des tables de bois d’Orient, chargées de candélabres, des lampes et autres objets usuels en bronze ou en argent; des bustes délicatement sculptés, des vases, des trépieds, des œuvres artistiques de tout genre. Des peintures d’une époque évidemment reculée ornent les murs; cependant elles conservent l’éclat des couleurs et la fraîcheur de leur exécution. Les panneaux sont séparés par des niches avec des statues représentant, à la vérité, des sujets historiques ou mythologiques, mais n’ayant rien de blessant, même pour les âmes les plus candides. Cà et là, une niche vide ou une peinture voilée prouvent que le hasard n’est pour rien dans cette disposition.

La voûte, en dehors des colonnes, laissant une large ouverture carrée, appelée impluvium, un grand rideau y intercepte le soleil ou la pluie. Aussi, le crépuscule artificiel qui nous a permis de voir ce que nous avons décrit, ne donne que plus de relief à ce qui est au-delà. A travers l’arcade opposée à celle par où nous sommes entrés, on aperçoit une autre cour plus riche encore, pavée de marbres variés et embellie de brillantes dorures. Le voile à demi tiré de l’ouverture supérieure, que ferme une vitre de talc, permet à un doux rayon de soleil de filtrer dans l’intérieur; il nous montre pour la première fois que nous ne sommes point dans un palais enchanté, mais dans une demeure habitée.

Près d’une table, en dehors des colonnes de marbre phrygien, est assise une matrone entre deux âges, dont les traits nobles et doux portent la trace d’anciens chagrins. Mais une puissante influence en tempère le souvenir ou l’associe à un sentiment plus serein qu’elle retient depuis long-temps dans son cœur. La simplicité de sa mise contraste étrangement avec le luxe qui l’entoure Quelques fils argentés courent dans ses cheveux décou verts et sans art. Ses vêtements de couleur sombre d’étoffe simple, n’ont d’autre broderie qu’une bande de pourpre appelée segmentum, indiquant le veuvage. Sur sa personne pas un seul de ces bijoux ou ornements de prix dont les dames romaines étaient si prodigues une fine chaîne d’or seulement à son cou, soutenant probablement un objet soigneusement caché dans le haut de sa tunique.

En ce moment, elle s’occupe activement d’un ouvrage qu’elle ne réserve point, évidemment, à son usage personnel. Elle brode une longue bande de drap d’or avec un fil d’or plus riche encore. De temps en temps elle retire tantôt de l’une tantôt de l’autre des cassettes élégantes placées sur la table une perle ou une pierre précieuse enchassée dans l’or, et elle en orne le dessin. On dirait qu’elle consacre ses parures des jours écoulés à une destination plus haute.

Les instants se succèdent, et une légère inquiétude vient troubler le calme de son esprit, absorbé jusqu’ici, selon les apparences, par son travail. Souvent elle lève les yeux de son ouvrage vers l’entrée. Parfois elle écoute le bruit des pas et semble désappointée. Elle regarde tour à tour le soleil et la clepsydre placée tout près sur une console. Un sentiment d’inquiétude extrême commençait à altérer sa physionomie, quand un coup joyeux retentit à la porte de la rue, et elle se penche avec un radieux sourire pour voir le visiteur tant désiré

II
LE FILS DU MARTYR.

Table des matières

Un gracieux adolescent parut; traversant l’atrium d’un pas vif et léger, il se dirige si rapidement vers la cour intérieure, que nous aurons à peine le temps d’esquisser son portrait. Il a quatorze ans environ, mais il est grand pour son âge, de formes mâles et élégantes; son cou nu et ses membres sont développés par de salutaires exercices; ses traits annoncent un cœur franc et ardent, tandis que son front élevé, encadré de cheveux bruns, bouclant naturellement, rayonne d’intelligence. Il porte le vêtement accoutumé des jeunes gens, la courte prétexte descendant au-dessous du genou, et la bulle ou globe creux en or suspendu au cou. Des papiers et des rouleaux de velin attachés ensemble, dont il a chargé un vieux serviteur marchant derrière lui, indiquent qu’il revient de l’école. Ayant reçu les embrassements de sa mère, il prend place sur un siège bas, aux pieds de la matronne. Elle le contemple un instant en silence, cherchant à deviner pourquoi il s’est fait attendre, car il est en retard d’une heure. L’adolescent ayant rencontré ce regard fixé sur lui, y répond par un autre regard si assuré, que la matrone n’hésite plus, et elle lui adresse la parole en ces termes:

–Quelle cause t’a retenu aujourd’hui, mon très-cher enfant? Tu n’as, je pense, éprouvé aucun accident en route?

–Aucun, je l’affirme, très-douce mère: au contraire, tout s’est si bien passé, que je balance vraiment à vous le conter.

Au coup d’œil de curiosité qui lui fut adressé, le jeune homme partit d’un joyeux éclat de rire, et il continua:

–Eh bien, je vous dirai tout. Vous savez que je ne suis heureux et que je ne puis m’endormir, si je ne vous ai confié le bien ou le mal que j’ai fait dans la journée.– La mère sourit de nouveau, se demandant quel était ce mal.–Dernièrement je lisais que les Scythes, chaque soir, jettent dans une urne une pierre blanche ou noire, selon que la journée a été bonne ou mauvaise. Si je les imitais, je marquerais de la sorte les jours où j’ai eu ou non occasion de vous expliquer mes actes. Cependant, en ce moment, pour la première fois, je suis en suspens, j’interroge ma conscience, incertain si je dois parler.

Le cœur de la matrone battait-il plus fort, comme à une première inquiétude; une sollicitude plus tendre se peignit-elle dans son regard, nous l’ignorons. Quoi qu’il en fût, son fils lui saisit la main, l’effleura tendrement de ses lèvres, et ajouta:

–Ne craignez rien, mère bien-aimée: vous n’avez pas lieu d’être peinée. Dites-moi si vous souhaitez de connaître tout ce qui m’est arrivé aujourd’hui ou seulement le motif de mon retard.

–Raconte-moi tout, cher Pancratius: rien de ce qui te concerne ne m’est indifférent.

–Soit donc. Or, apprenez que cette dernière journée où j’ai fréquenté l’école, quoique pleine d’incidents étranges, me paraît avoir été singulièrement bénie. D’abord j’ai obtenu la couronne dans une déclamation que notre bon maître Cassianus nous avait donnée pour travail, ce matin. Delà, comme vous allez en juger, d’étonnantes conséquences. Nous avions pour sujet: Que le philosophe doit être prêt à mourir pour la vérité. Je n’ai jamais rien entendu d’aussi froid ou insipide–je pense qu’il n’y a pas de mal à le dire–que les compositions de mes compagnons. Ce n’était pas leur faute. Infortunés! quelles vérités possèdent-ils, et que leur importe de mourir pour leurs vaines opinions? Mais quelle source d’inspiration une pareille thèse n’offrait-elle point à un chrétien? Aussi mon cœur s’enflamma, mes pensées s’élevèrent, mon âme était pénétrée de vos leçons et des exemples domestiques. Le fils d’un martyr pouvait-il ressentir des impressions différentes? Mon tour de lire étant venu, je me trahis involontairement. Dans la chaleur de mon débit, le mot de «chrétien» au lieu de «philosophe», et celui de «foi» au lieu de «vérité» tombèrent de mes lèvres. A la première méprise, je vis Cassianus tressaillir, à la seconde, une larme brilla dans ses yeux, et, se penchant vers moi, il me dit à voix basse: «Prends garde; enfant: des oreilles indiscrètes t’écoutent.

–Quoi! interrompit la matrone, Cassianus serait-il chrétien? J’ai choisi pour toi son école à cause de sa réputation exceptionnelle de science et de moralité, et j’en remercie Dieu maintenant. Hélas! en ces jours de craintes et de périls, il nous faut vivre en étrangers dans notre propre patrie, connaissant à peine les visages de nos frères. Assurément, si Cassianus eût proclamé sa foi, ses cours eussent été promptement abandonnés. Mais continue, cher enfant. Ses appréhensions étaient-elles bien fondées?

–Je le crains. Tandis que la plupart de mes compagnons m’applaudissaient chaleureusement, sans remarquer mes méprises, Corvinus dardait méchamment sur moi ses yeux noirs, et se mordait les lèvres de colère.

–Qui est-il donc, enfant, celui qui te menaçait, et pourquoi cette attitude?

–C’est le plus âgé et le plus fort, mais aussi le plus stupide de l’école. En cela, sans doute, il n’y a pas de sa faute. Seulement je ne sais pour quelle raison il paraît toujours animé contre moi de mauvais vouloir; je ne m’explique point la cause de sa rancune.

–T’a-t-il dit ou fait quelque chose?

–Oui, et c’est ce qui m’a retardé. A notre retour de l’école par la plaine qui longe le fleuve, il m’aborda d’un air insultant, et me dit en présence de nos compagnons: «–Pancratius, je pense que nous nous rencontrons pour la dernière fois ici (et il appuya avec insistance sur le mot); aussi je tiens à régler mes comptes avec toi. A l’école, tu affectais d’étaler ta supériorité sur moi et sur d’autres plus âgés qui valaient mieux que toi; tout à l’heure encore, j’ai surpris le regard superbe dont tu m’enveloppais tout en lisant ton orgueilleuse déclamation; j’ai retenu quelques expressions dont tu pourras avoir à te repentir prochainement: mon père, tu ne l’ignores pas, est préfet de la cité (la matrone tressaillit légèrement), et il se prépare certaines choses qui pourront te concerner particulièrement. Avant donc que tu ne nous quittes, j’aurai ma revanche. Si ton nom, qui signifie un exercice viril, n’est point pour toi un mot vide de sens, nous engagerons ensemble une lutte plus mâle que celle du style et des tablettes. Combattons corps à corps ou avec le ceste. Je brûle de t’humilier comme tu le mérites devant ces témoins de tes insolents triomphes.

La mère, inquiète, penchée en avant, et retenant sa respiration pour mieux entendre, demanda:

–Qu’as-tu répondu, mon cher fils?

–Je lui ai déclaré doucement qu’il se trompait complètement; que je n’avais jamais rien fait sciemment pour le contrister non plus que mes autres camarades, et que je n’avais pas davantage prétendu à la supériorité. «–Quant à ta proposition, Corvinus, ajoutai-je, tu sais que je me suis toujours refusé à ces luttes, qui commencent tranquillement par des essais d’adresse et se terminent souvent par des coups furieux et le désir de la vengeance. Combien plus ne dois-je pas les éviter en ce moment où, de ton aveu, tu es animé de ces funestes sentiments qui en sont habituellement la conclusion.–» Nos compagnons formaient un cercle autour de nous, et je compris clairement que, trompés dans leur espoir de jouir de ces jeux cruels, ils étaient tous contre moi. Je repris gaiment: «–Maintenant adieu, mes amis, puissiez-vous être heureux. J’ai vécu en paix avec vous et je m’éloigne de même.–Non pas! s’écria Corvinus le visage empourpré de colère, non, tu.

L’adolescent s’interrompit, rougit, frémit et balbutia:

–Je n’ose achever.

–Au nom de Dieu et du respect que tu portes à la mémoire de ton père, fit la matrone en étendant les mains sur la tête de son fils, ne me dissimule rien. Je n’aurais plus de repos si tu agissais ainsi.–Que t’a dit ou fait encore Corvinus

Le jeune homme se remit après une pause d’un moment et une prière silencieuse; il poursuivit:

«–Non, s’exclama Corvinus, non, tu ne partiras pas de la sorte, lâche adorateur d’une tête d’âne. Tu nous as caché ta demeure, mais je la découvrirai. En attendant, emporte ce gage de ma future vengeance.» En même temps, il me frappa si violemment à la figure que je chancelai, tandis que des cris de joie sauvage s’élevaient du groupe qui nous entourait.

Pancratius fondit en larmes. Puis, soulagé, il continua:

–Oh! comme je sentisen ce moment mon sang bouillonner dans mes veines! Mon cœur battait à me rompre la poitrine, et une voix méprisante me soufflait à l’oreille le nom de lâche. C’était évidemment celle de l’esprit du mal. Sûr de ma force, la colère me poussait à saisir à la gorge mon injuste agresseur et à le jeter par terre. Je me repaissais déjà en imagination de ma victoire, qui eût changé les esprits et décidé les applaudissements en ma faveur. Ce fut la tentation la plus terrible de ma vie: jamais la chair et le sang n’avaient lutté contre moi si puissamment. Seigneur! puissent-ils ne plus exercer sur moi cette redoutable influence!

–Que fis-tu alors, mon enfant chéri? murmura la matrone d’une voix tremblante.

–Mon bon ange vainquit le démon qui m’assaillait. Je pensai au Seigneur dans la maison de Caïphe, entouré d’ennemis insolents, frappé ignominieusement sur la joue, et pardonnant néanmoins. Pouvais-je ne point l’imiter? Je tendis la main à Corvinus en lui disant: «– Que Dieu te pardonne comme je te le fais ici sincèrement, et qu’il te comble de ses bénédictions.» Cassianus, qui avait tout vu de loin, arriva en ce moment, et les écoliers se dispersèrent à la hâte. Je le suppliai, par notre foi commune, maintenant avouée entre nous, de ne point punir Corvinus pour ce qu’il m’avait fait, et il s’y est engagé. Et maintenant, tendre mère, murmura le jeune garçon d’une voix douce, en s’appuyant sur le sein de la matrone, ne pensez-vous pas que je puis appeler ce jour, un heureux jour?

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Data wydania na Litres:
15 stycznia 2025
Objętość:
501 str. 2 ilustracji
ISBN:
4064066324483
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