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Maurice Gouget-Deslandres

Nouvelle législation de l'impôt et du crédit public

Par Maurice Gouget-Deslandres, ancien magistrat


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066324704

Table des matières

AVERTISSEMENT.

AVANT-PROPOS.

CHAPITRE PREMIER.

CHAPITRE II.

CHAPITRE III.

CHAPITRE IV.

CHAPITRE V.

CHAPITRE VI.

CHAPITRE VII.

CHAPITRE VIII.



AVERTISSEMENT.

Table des matières

UNE chose avantageuse à l’Etat et utile aux citoyens, eût été la création et l’établissement d’un Système, restaurateur des Finances: mais le temps a manqué pour cette régénération aussi importante que vivement désirée.

La Chambre des Députés n’a pu que présenter des moyens provisoires, et elle a rendu un assez grand service, en assurant toutes les dépenses publiques pour cette année, sans augmenter, d’une part, le poids des contributions. sur la propriété ; et de l’autre, en éloignant la création de nouveaux impôts dont l’assiette et la perception avaient déjà jeté l’alarme et l’effroi dans le commerce et la portion industrieuse de la nation.

Un sentiment de convenance a été parfaitement saisi par les écrivains à qui les matières économiques sont familières, et ils se sont abstenus de jeter en avant des opinions, des projets, des systèmes qui auraient pu contrarier la marche provisoire que les circonstances prescrivaient.

Il convenait d’attendre à cet égard l’intervalle des deux sessions. Mais l’on peut dès ce moment soumettre au public éclairé, des vues en finances, en impôts, en administration. On aura le temps de les discuter, de les mûrir et de les étudier. Les membres des deux Chambres, en les fondant avec leurs propres idées, pourront avec loisir se préparer à venir établir et édifier le plan de nos économies publiques.

Le motif qui a fait retarder la publication de cet ouvrage, a donc quelque chose de louable. On offre aujourd’hui cet écrit à la méditation des hommes instruits sur les matières dont il traite. On l’offre surtout au généreux dévouement des députés des départemens.

Un zèle ardent, sans doute, mais tout-à-fait désintéressé, nous a soutenu dans notre travail. Nous aurions pu, nous aurions peut-être dû lui donner tous les développemens qu’il semble exiger: mais, ainsi que l’a très-bien dit, en pareil cas, un écrivain d’un ordre supérieur (M. le duc de Lévis), nous avons craint qu’à l’aspect d’un trop gros volume, nos lecteurs ne fussent découragés. Cependant, nous ne nous sommes pas restreint à un tel point, qu’on ne puisse juger parfaitement les idées nouvelles que nous proposons, qui tendent toutes à convaincre qu’on peut faire de la science administrative, qui n’est encore que précaire et incertaine dans sa marche et dans ses résultats, une science positive et exacte: et nous donnons à ce dernier mot, tout le sens qui a toujours été appliqué à ce que l’on entend aujourd’hui par sciences exactes.

Tant d’idées sur la matière des finances, se croisent et se précipitent les unes sur les autres, qu’il a été aussi difficile de les bien classer que de les bien rendre. Mais nous aimons à croire qu’on aura l’indulgence de nous traiter d’après cette opinion d’un publiciste: Qu’il faut juger les ouvrages, non comme ils sont écrits, mais comme ils sont pensés.

AVANT-PROPOS.

Table des matières

IL n’a pas encore existé pour la France une époque où il fut plus nécessaire de réunir les lumières, et de s’emparer des conceptions qui pourraient améliorer, j’oserais même dire, sauver nos finances.

Une grande et importante matière est livrée à la discussion; la loi sur le budjet a occupé tous les esprits; elle a fait naître une foule d’écrits remplis de vues et de projets utiles. Mais généralement ces écrits pèchent par la base, c’est-à-dire, qu’ils n’offrent pas un ensemble, un système complet.

Le budjet de cette année, lui-même, a présenté le même vide: il est évident que nos législateurs n’ont voulu créer qu’un provisoire pour cette année.

Un système entier de finances, une législation appropriée à l’impôt, nous manquent donc encore; ce sera, on doit l’espérer, l’un des derniers travaux, et sans doute le plus utile, qui couronnera l’œuvre de nos députés.

Il ne faut pas craindre de le répéter, c’est qu’en France il n’y a jamais eu de législation, proprement dite., pour les impôts. Les contributions levées sur les peuples, l’emploi de ces contributions, n’établissent point cette législation. Il s’agit de créer cet édifice, et de placer ses bases dans ce qui doit constituer l’intérêt de l’état: or, ce qui constitue l’intérêt de l’état, ce sont essentiellement les progrès et les succès de l’agriculture, ceux du commerce, qui fondent, en dernière analyse, l’économie politique d’un grand peuple, et la puissance des empires.

Au reste, l’on a tout dit sur cette importante matière, et la théorie de cette science s’est prodigieusement perfectionnée depuis trente ans; mais c’est l’application de cette science aux choses qu’il s’agit de réaliser. Les écrits qui en traitent sont de leur nature sérieux; ils entrent dans des longueurs inévitables; ils présentent, il faut en convenir, une sécheresse qui peut lasser l’attention du lecteur.

Cependant, la constitution de l’impôt pouvant, d’après nos idées, devenir une législation protectrice, elle doit devenir, par cette raison, l’objet d’une étude générale; et si l’impôt, qui jusqu’à présent n’a été créé que pour satisfaire aux besoins de l’état, doit un jour, d’après notre système, porter avec sa propre institution la faculté de soulager les besoins des peuples, une telle garantie intéresserait la classe entière des citoyens, et les travaux que cette nouvelle direction donnée aux finances nécessiterait, ne seraient certes pas perdus.

La révolution, qui a changé en grande partie les dispositions des peuples sur leurs intérêts politiques, les a également changées sur leurs intérêts financiers; il ne s’agit plus que de diriger ces dispositions et de les rendre salutaires aux rois et aux nations.

La connaissance de l’administration n’est plus l’apanage exclusif de certains hommes, ce n’est plus une science occulte; elle est devenue l’objet d’une étude et d’une application presque universelles. Tout le monde donne une attention suivie aux affaires publiques, on veut les connaître, on veut les discuter; pour savoir beaucoup, enfin, il ne faut pas absolument avoir été ministre ou premier commis des finances.

La France est peuplée de lecteurs, d’écrivains, d’administrateurs et de publicistes, accoutumés à pénétrer les choses; la société est une sorte d’académie de tous les genres de sciences, c’est un Aréopage qui cite à son tribunal les bonnes et les mauvaises conceptions, pour leur accorder des récompenses, ou pour les repousser par la censure.

Ainsi on ne peut plus aujourd’hui espérer d’obtenir des conquêtes par les erreurs; on n’égare plus l’opinion, on ne vit plus dans le siècle de la crédulité ; la défiance même est telle qu’on devrait presque s’en plaindre, puisqu’elle va jusqu’à hésiter quelquefois sur des vérités démontrées; enfin, pour tout dire, on a été tant de fois, et si souvent abusé, trompé en matière de finances, que le silence des peuples n’est plus leur consentement.

Pour obtenir ce consentement et pour le rendre fructueux aux gouvernemens, il faut créer une nouvelle législation des impôts, les impôts n’ayant point encore existé par la puissance d’une législation proprement dite, et dans l’intérêt individuel du contribuable.

Nous présentons aujourd’hui au public, dans cet écrit, un système tout-à-fait nouveau sur cette matière, et qui sera le développement de la proposition que nous venons d’énoncer. Nous pourrons errer en quelque chose; mais, de ce que nous aurons dit, il en restera au moins la démonstration que l’impôt ne doit plus être constitué sans présenter en outre une garantie dans l’intérêt des contribuables. Si l’on atteint ce but, l’on aura fixé dans ses élémens les plus essentiels la législation que notre amour pour le bien public nous presse de solliciter.

Les contributions ont assez long temps desséché le sol qu’elles auraient dû féconder; elles ont trop longtemps ruiné l’industrie qu’elles devaient protéger: le siècle de la lumière est arrivé pour réaliser, dans l’application de notre système, toute proposition qui aura pour objet de rendre les contributions une source continuelle de secours et de reproductions; c’est à ce plan que nous nous sommes constamment attaché.

Les lecteurs qui s’effraient de toutes les idées spéculatives, ne voudront peut-être voir dans notre ouvrage qu’un rêve plus ou moins ingénieux; ce rêve serait encore celui d’un homme de bien. Mais l’écrivain qui le premier a envisagé l’impôt comme un moyen de bienfaisance active et d’utilité réelle, peut offrir à la méditation des hommes d’état et des véritables administrateurs une question que la théorie doit non-seulement éclairer, mais qu’une expérience sage et prévoyante en même temps doit encore appliquer.

Nous nous expliquerons d’abord sur le budjet, sur les anciennes et sur les modernes finances de l’état.

Nous présenterons ensuite les bases d’après lesquelles la contribution foncière nous paraît devoir être fondée; celles sur lesquelles doivent être établies toutes les contributions indirectes, et enfin les moyens à l’aide desquels on pourra obtenir les avantages d’une circulation et d’une reproduction qui mettront les individus de toutes les fortunes, de toutes les industries et de toutes les classes, à même de satisfaire à leurs contributions.

Les diverses parties de cet écrit embrassent les matières qui sont relatives à un système qu’on ne peut juger que dans son ensemble et dans ses rapports. Le plan a surtout pour objet de lier la fortune de tous les citoyens à la fortune publique; de faire baisser l’intérêt de l’argent; de rappeler les capitaux dans la circulation; de protéger l’agriculture et l’industrie; de créer différentes branches de police intérieure qui n’ont jamais existé ; et d’attacher tous les individus aux lois, à la patrie et au trône.

Dans cet ordre de choses, l’économie politique et le bien-être de la société reposant sur un système dont toutes les parties seraient liées entre elles et se prêteraient un mutuel appui, toutes les volontés resteraient étroitement unies et toutes seraient intéressées à repousser et à combattre les innovations, les changemens, les commotions même les plus légères, dont le corps social pourrait être menacé.

On ne verra point dans cet ouvrage de tableaux à colonnes, de comptes, d’aperçus; mais nous y avons réuni quelques idées qui auront au moins le mérite de faire reconstituer les contributions sur d’autres bases, et particulièrement sur l’équité publique, qui ne doit plus tolérer d’exceptions ni de priviléges de fait, en matière d’impôt.

Qu’une mesure de justice parfaitement exacte vienne donc, une fois pour toutes, embrasser le système; que tout le monde contribue pour la valeur de ses fonds, de ses rentes constituées, des revenus de ses capitaux, et des produits de son industrie; dès-lors cette distribution de l’impôt a pour premier mérite de ne froisser personne, puisque tout le monde reste pénétré de l’obligation sacrée d’y satisfaire. L’irrévocable suppression de toute exception de fait, viendra encore dissiper les ombrages; elle contribuera à réduire le nombre des plaintes, elle adoucira la contribution qu’aggrave toujours l’usurpation, quelle qu’elle soit, d’aucune sorte de privilége. Ainsi l’impôt, tel qu’on le demande, atteindra tout le monde sans exception; mais, loin de détruire, il portera en lui des avantages et une reproduction toujours active; enfin l’impôt ainsi constitué pourra se comparer, dans ses procédés et ses résultats, à ce que fait l’abeille qui prend sa nourriture sur toutes les fleurs, qui n’en offense aucune, et rapporte dans l’atelier une richesse profitable à la communauté et à la société en général.


CHAPITRE PREMIER.

Table des matières

Du budjet. — L’impôt n’est qu’une avance. — Du principe de l’impôt. — Des finances anciennes. — Des finances modernes. — Sur la réduction des rentes anciennes. — De l’atteinte portée au crédit. — Du gouvernement irrégulier en matière de finances. — Dernier mot sur le budjet.

TANDIS que la discussion s’établit de toutes parts sur le budjet, c’est-à-dire, sur la somme qui doit être imposée, sur le mode de contributions et sur les résultats que peut produire la loi importante que l’on attend de la sagesse et d’une lente méditation; pendant que cette matière, si intéressante pour la société, occupe tous les économistes, qu’elle réveille l’attention de nos écrivains, sera-t-il permis à celui qui a écrit, il y a près de trente ans, sur le système de l’impôt , de reproduire ses idées, et de présenter à l’attention du public quelques nouvelles discussions sur cette partie si difficile de l’administration? Soutenu par la pureté de ses intentions, il osera entreprendre de traiter encore des rapports de l’impôt avec tous les liens de la société. En effet, il est impossible de proposer un plan de finances sans le rattacher à toutes les considérations qui tiennent à un système plus vaste, sans le rapporter au crédit public; il faut composer de toutes les parties un ensemble, et n’en faire plus qu’un seul édifice: autrement, le but est manqué.

On a besoin d’une longue patience; il faut plusieurs tentatives, il faut soutenir bien des combats, pour faire réussir une idée neuve, et pour disposer les esprits à adopter un plan généreux: que de persévérance, que de courage il faut avoir! que d’assauts il faut soutenir pour ne pas se laisser abattre par le dédain de tous les administrateurs qui repoussent tout ce qui ne vient pas d’eux, et qui n’ont de confiance que dans leurs propres conceptions! C’est par une telle insouciance, c’est par l’effet de cet orgueil inné dans ceux qui ont le pouvoir et les places, qu’ont péri les finances du plus beau royaume: cependant c’est au milieu de nos ruines, c’est en présence de ces hommes qui ont creusé devant nous tant de précipices, qu’il faut prendre une résolution. Ce n’est plus le moment de s’agiter pour se combattre: le temps s’écoule; il consume tout: nous pouvons périr si on ne se hâte de recourir à des remèdes violens, si on refuse d’abord de se réunir et de s’accorder; enfin, si on tarde d’en appeler aux véritables et aux seules ressources: heureusement elles ne sont point encore toutes épuisées. Devant le saint amour de la patrie, que les passions se taisent, que la plus parfaite harmonie règne au milieu de ceux chargés de ses intérêts les plus chers, et que, de l’accord universel qui fera le désespoir de nos ennemis, résulte enfin pour cette grande nation si cruellement et si long-temps agitée, la sécurité permanente dont il faut qu’elle jouisse et dont elle est digne!

Habitans des campagnes, propriétaires, cultivateurs, manufacturiers; vous tous qui formez la partie la plus active et la plus précieuse de la société, on vous offre des réflexions sur la dette la plus sacrée, sans doute, que tout individu contracte envers l’état. On va parler de l’impôt et du système général de l’impôt.

Lorsqu’on s’est appliqué à étudier cette partie difficile de l’administration, on trouve d’abord que les contributions de toute nature, quelque onéreuses qu’elles paraissent, ne sont cependant qu’une avance que l’on fait au corps politique. Cette vérité est fondée en principes; mais, pour les accréditer et pour obtenir les bienfaits de leur application aux choses, on a cru qu’il n’y avait pas de mesuré plus efficace que celle qui dirige tous les hommes, l’AMOUR DE SOI; et on a jugé que la loi la plus salutaire pour arriver au but, serait celle qui assurerait aux cultivateurs les fruits de leurs travaux; aux propriétaires, les jouissances de leur propriété ; aux industrieux, leur subsistance, leurs bénéfices, et une aisance assurée pour la vieillesse; que ce serait celle qui rendrait les habitans d’un même état solidaires de tous ces avantages les uns envers les autres. Ne serait-elle pas une belle loi de finances et une belle loi d’économie politique, celle qui aurait pour but la réparation ou l’indemnité de tous les désastres que les gelées, la grêle, le feu, les inondations, ont jusqu’à présent répandus sur les propriétés de ceux qui en ont été les victimes?

Appelés désormais, dans la personne des députés des départemens, à la formation du système; assurés que l’impôt ne sera employé qu’à sa destination, convaincus qu’il ne sera proportionné qu’aux besoins, et qu’il peut devenir le dispensateur de tous les autres avantages de la société, nous ne pouvons plus avoir de motifs pour nous refuser de coopérer à une dépense parfaitement commune, qui seule peut assurer la liberté publique avec la liberté individuelle; qui peut nous garantir les productions de la terre et les jouissances de l’industrie qui, dans quelques mains qu’elles se trouvent placées, constituent le domaine de ce beau royaume.

Au défaut de l’exercice d’une puissance publique, ne pourrait-on pas être exposé à voir détruire et ravager nos campagnes, à voir enlever nos troupeaux, incendier nos habitations? Ce sort est réservé au peuple qui ne s’est pas constitué de manière à posséder un trésor public qui lui suffise pour salarier ceux qui sont appelés à servir l’état et à assurer la tranquillité de la société : Nec quies gentium sine armis, nec arma sine stipendiis, nec stipendia sine tributis. (Tacite) Hist. lib. 4. )

Exister sans représentation nationale, sans monarque, sans armée, sans magistrats, sans police, sans lois protectrices et répressives, ce n’est plus l’ordre social: comment alors se garantir des maux de l’anarchie qui dévore tout? comment se défendre de tous les malheurs qui nous ont si cruellement accablés pendant l’absence du gouvernement paternel et légitime?

On ne le met point en doute; personne n’aura plus l’intention de se dispenser de payer les différentes contributions, lorsqu’elles seront bien assises, lorsqu’elles auront été librement consenties; mais, si un nouveau plan de finances pouvait être établi sur des moyens qui pussent en faire un système protecteur de toutes les fortunes, de toutes les prospérités, le salut de l’état serait dès-lors certain.

L’ÉDUCATION des peuples, ce bienfait de la paternelle sollicitude des rois, résultat de cette instruction qu’ils ont protégée et qu’ils ont fait répandre, doit produire ces heureux avantages. Notre monarque règne sur des peuples éclairés, faits pour jouir d’une liberté sage; il est convaincu que la force des nations existe dans le dévouement à la chose publique. C’est à Sa Majesté, qui place la véritable grandeur dans ce sentiment sublime, qu’il appartient de vouloir un plan de finances qui aurait pour objet principal de présenter des motifs de consolation, et pour celui qui est chargé de faire percevoir les contributions, et pour le peuple qui doit en supporter le poids.

Lorsque l’esprit de conquête faisait l’unique grandeur des monarques, ils étaient obligés de s’attacher exclusivement à l’art de commander les armées, à la science de créer des soldats. Souvent les limites trop resserrées des différens royaumes, la stérilité des terres, l’excessive population, l’âpreté des climats, toutes ces choses pouvaient faire considérer comme vertus les actes de la violence qui tendaient à se procurer ce que la nature avait refusé.

Mais dans un pays tel que là France, qui réunit encore à son étendue actuelle et à sa position topographique, une grande fertilité, une belle température, et tous les avantages d’une population en rapport avec son territoire; dans un tel pays, la science des rois ne doit plus embrasser que deux grands objets, celui de se faire respecter au dehors, celui de se faire vénérer au dedans par tous ceux qui mettent leur confiance au pied du trône, et qui la placent dans la sagesse des lois.

Sans doute, c’est de la sagesse de l’administrateur que dépendent aujourd’hui le bonheur des peuples et les jouissances des princes appelés à gouverner.

Tout nous dit que les regards de l’auguste chef du gouvernement, fixés avec bonté sur toutes les institutions, pour y porter ce qui appartient à l’esprit d’économie, d’ordre et de justice, et pour le diriger; tout nous assure que, débarrassée de cette pompe inutile, funeste aux vertus, réprouvée par Sa Majesté, elle pourra, par le résultat d’une administration paternelle, obtenir toutes les jouissances qui ne se rapportent qu’au bonheur des hommes.

Sa Majesté sachant parfaitement qu’un système de finances doit influer immédiatement sur tout ce qui constitue les avantages de la société, sur l’agriculture, sur l’industrie, sur les relations politiques, devait s’attendre que dans des circonstances aussi graves, aussi pénibles peut-être que celles où se trouve l’état, son ministre des finances présenterait les bases d’un édifice qui offrirait tous les moyens de soutenir le courage de la nation et de ressusciter le crédit.

On n’a vu, dans la proposition du ministre, qu’une énumération des sommes nécessaires pour couvrir l’arriéré de la dette, pour répondre aux dépenses de l’année courante, et, à la vérité , les moyens de former, mais avec trop peu de largesse, une caisse d’amortissement, ce qui tiendrait déjà tant soit peu à un commencement de système de nuances; mais ce qui est encore fort loin de pouvoir le compléter.

On a vu, dans ce qu’on appelle le budjet, une demande de plusieurs impôts disséminés et sur les matières premières, et sur les objets de consommation; on y a vu une augmentation sur tous les anciens impôts: c’est un propriétaire qui renouvelle ses baux, qui augmente le prix annuel de ses fermes, qui se fait donner de gros pots-de-vin, et qui ne s’aperçoit pas qu’il enlève à son fermier tous les fonds d’avance si nécessaires à une exploitation, et qu’il sera ruiné avant la troisième année du bail.

Un tel budjet n’est point un système de finances: dans ce moment toutefois, il devait être au moins l’énumération de tous les moyens de protection, de circulation, de reproduction qu’on pouvait mettre en mouvement, et dont nous avons un besoin si urgent pour plusieurs années, puisque sans eux, il sera impossible, on ne dit pas seulement à la bonne volonté des citoyens, mais à leur dévouement le plus entier, de satisfaire aux contributions qui vont peser sur eux pendant cinq ans.

Si un budjet est le tableau des dépenses et des ressources, il est aussi un travail qui doit avoir pour objet de présenter la comparaison de l’état précédent du trésor avec sa situation actuelle, et encore mieux de développer les conséquences à tirer du système de finances qui existe: or, ces comparaisons ne peuvent point encore avoir lieu, puisqu’il n’y a pas en France un plan établi et soutenu dont on puisse suivre et juger les effets par son application aux choses. Ce budjet ne peut être encore aujourd’hui qu’un compte rendu, parce que, jusqu’à ce que nous nous soyons donné une réelle consolidation par un plan de finances, il sera impossible de faire l’exposition des effets bons ou mauvais qu’aurait pu produire un système qui n’existe pas.

Un plan de finances est cependant ce que semble exiger l’opinion publique, qui se plaint hautement de ce qu’on ne fait en France que se traîner depuis des siècles dans la même ornière. Tant qu’on a pu vendre, on a vendu; tout ce qu’on a pu emprunter par la création et la distribution du tiers consolidé, on l’a emprunté ; tout ce qu’on a pu rejeter des liquidations a été l’objet des atermoiemens: on a renvoyé à des temps plus heureux le paiement des dettes, comme si ces temps plus heureux étaient à notre disposition, et que nous puissions, par notre seule volonté, nous défendre de la dépense imprévue que peut occasioner une guerre.

Un bon plan de finances ne peut sortir que d’un tout autre mode de consolider la dette, et surtout d’un système régulier pour les impositions. Les contributions qu’exigent les circonstances dans lesquelles la nation française se trouve engagée, seront sans doute long-temps fatigantes et beaucoup trop pesantes pour la nation déjà épuisée par vingt-cinq ans de malheurs: cependant, s’il est besoin d’exemples et de faits pour encourager à supporter le poids de la dette, nous devons jeter les yeux sur toutes les charges que d’autres peuples ont été condamnés à supporter, et qui entrent autant dans l’histoire de leur épuisement, que dans celle de leur dévouement et de leur amour pour leur gouvernement.

L’homme réuni en société doit savoir qu’à la somme de ses besoins privés il doit ajouter celle des besoins publics, et que c’est un devoir sacré que d’y pourvoir.

Mais c’est toujours moins le poids de l’impôt que l’inégalité de sa charge qui chagrine et qui révolte. Les impôts, dans un état, sont les voiles d’un vaisseau, pour le conduire, pour l’assurer, pour l’amener au port, mais non pas pour le trop charger, pour le tenir toujours à la même hauteur en mer, et enfin pour le faire submerger. Il est un principe, que quand l’état proportionne sa fortune à celle du peuple, l’aisance du peuple fait bientôt monter la fortune de l’état: quand cette justice distributive est rendue, tout citoyen reste pénétré de cette vérité, que plus il possède, plus il doit payer, parce que plus il possède, plus il sent qu’il est intéressé à la conservation de la chose publique: tandis que, lorsqu’on ne gouverne à l’égard des impôts que par l’absence de toute justice, la défiance et la haine du fisc affaiblissent et finissent par anéantir l’esprit public, et font perdre absolument de vue les précieux rapports qui doivent exister entre le trésor de l’état et l’intérêt commun de la société.

Sully, en traitant des finances, disait en propres termes: «que c’était le point le plus essentiel et le plus intéressant d’un gouvernement; que c’était par le moyen des finances que l’on faisait tout; que sans elles on ne saurait rien faire; que de là dépendait le soulagement ou l’accablement des peuples; que de là dérivaient les bons et les mauvais succès des desseins et de toutes les entreprises; que l’état des finances était ce qui causait ou la grandeur ou la ruine des empires.»

On se plaint des impôts: mais les impôts ont été institués avec le premier gouvernement. Le premier gouvernement a dû être le premier berceau de la science économico-politique. Quand les gouvernemens n’avaient pas un revenu privé et patrimonial, ou quand les gouvernemens ne savaient pas faire suivre leurs conquêtes par des contributions levées sur les peuples vaincus, ils étaient réduits à surcharger les leurs.

Les annales de l’histoire font remonter bien haut l’établissement des impôts. Ils étaient immenses chez les Babyloniens; l’histoire n’en donnerait pas le témoignage, qu’elle le ferait toujours supposer, quand elle nous rend compte du luxe et des dépenses étonnantes fournies par ce peuple. Les immenses frais qu’avaient entraînés l’établissement des routes, celui des levées et des ponts, ces quais si magnifiques établis sur les bords de l’Euphrate, les monumens de Babylone, ses murs, les jardins de Sémiramis et tant d’édifices superbes, tant de monumens dont les seuls vestiges ont étonné le monde, tout donne la preuve que ces peuples étaient prodigieusement imposés.

En 1520 avant l’ère chrétienne, Sésostris, qui voulait apporter quelque soulagement à ses états beaucoup trop surchargés, faisait contribuer l’Éthiopie et une partie de l’Inde: la Judée même fut rangée au nombre de ses tributaires. Si c’était là un soulagement pour les peuples d’Égypte, d’autres peuples en étaient foulés davantage, et la Judée n’en payait pas moins les tributs consolidés sur la dîme de tous les fruits de la terre, et sur la production de tous les animaux. On lit au Livre des Rois: Hic erit jus regis qui imperaturus est vobis, et segetes vestras et vinearum reditus addecimabit, et greges quoquè vestros addecimabit.

La république d’Athènes et toutes celles de la Grèce n’étaient point exemptes de l’impôt; il était porté sur les terres, sur les marchandises, sur toutes les consommations; les contributions y furent même élevées à une hauteur prodigieuse au temps où Athènes se rendit la métropole de la Grèce. Xénophon, Démosthène et Pisistrate s’en expliquent. Ces historiens nous apprennent que l’accroissement de l’impôt devint si prodigieux pour ces pays réunis, qu’on fut obligé d’opposer au mécontentement général l’administration d’un sage; il n’en fallut pas moins pour obtenir le consentement du peuple à payer l’impôt.

Ce fut Aristide qui fut chargé de cette répartition: les historiens du temps nous instruisent qu’il s’acquitta avec tant de justice de la tâche honorable qui lui avait été confiée, qu’il obtint les applaudissemens du peuple. Son système d’imposition fut si parfait, qu’il eut l’avantage de plaire, et même de devenir si agréable à toute la Grèce, qu’Aristide en obtint une si grande popularité , que les républicains farouches disaient de lui: Nous sommes las d’entendre toujours citer sa probité.

Les Romains, qui envahirent toute la terre, établirent quelques principes réguliers sur les impôts. Cette régularisation ne devint indispensable que parce qu’ils étaient déjà immenses et d’un poids insupportable. Le trésor public était déposé dans le temple de Saturne ouvert à tout le monde, afin que le peuple pût savoir ce que devenait le produit des impôts, tant on redoutait l’effet du mécontentement qui pouvait résulter de l’idée qu’il était possible d’en abuser, et de le dissiper par des profusions.

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Data wydania na Litres:
17 stycznia 2025
Objętość:
281 str. 3 ilustracji
ISBN:
4064066324704
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Właściciel praw:
Bookwire
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