Czytaj książkę: «Croquis parisiens»

Czcionka:

Joris-Karl Huysmans

Croquis parisiens


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066303167

Table des matières

LES FOLIES-BERGÈRE

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

TYPES DE PARIS

LE CONDUCTEUR D’OMNIBUS

L’AMBULANTE

LA BLANCHISSEUSE

LE GEINDRE

LE MARCHAND DE MARRONS

PAYSAGES

LA BIÈVRE

LE CABARET DES PEUPLIERS

LA RUE DE LA CHINE

VUE DES REMPARTS DU NORD-PARIS

PETITS COINS

BALLADE EN PROSE DE LA CHANDELLE DES SIX

UN CAFÉ

RITOURNELLE

LE POÈME EN PROSE DES VIANDES CUITES AU FOUR

NATURES MORTES

LE HARENG SAUR

IMAGE D’ÉPINAL

FLEURS DE NARINES

LES SIMILITUDES

LE GOUSSET

LES FOLIES-BERGÈRE

Table des matières


I

Table des matières

Quand après avoir subi les cris de marchands de programmes et les invites de négociants s’offrant à vous cirer les bottes, l’on a franchi le comptoir où, parmi des Messieurs assis, un jeune homme debout, à moustaches rousses, porteur d’une jambe de bois et d’un ruban rouge, prend les cartes, assisté d’un huissier a chaîne, la scène du théâtre vous apparaît coupée au milieu du rideau par la masse plafonnante du balcon. L’on voit le bas de la toile, ses deux yeux grillés et devant elle le fer à cheval de l’orchestre plein de têtes, un champ inégal et remuant où sur la lueur monotone des crânes et le glacé des cheveux pommadés d’hommes, les chapeaux de femmes rayonnent avec leurs plumes et leurs fleurs partant de tous les côtés, en gerbes.

Un grand brouhaha s’élève de la foule qui se tasse. Une vapeur chaude enveloppe la salle, mélangée d’exhalaisons de toute sorte, saturée d’une âcre poussière de tapis et de sièges qu’on bat. L’odeur du cigare et de la femme s’accentue; les gaz brûlent plus lourds, répercutés par des glaces qui se les renvoient d’un bout du théâtre à l’autre; c’est à peine si la circulation devient possible, à peine si l’on peut apercevoir au travers de la haie touffue des corps, un acrobate qui se livre en cadence sur la scène à des exercices de voltige sur la barre fixe.

Un moment, dans le créneau formé par deux bouts d’épaules et par deux têtes, on l’entrevoit, courbé en deux, les pieds arcboutés et les mains cramponnées au bois, accélérant son mouvement de rotation, tournant furieusement sans forme humaine, crachant des étincelles comme ces soleils d’artifice qui virevoltent, en pétillant, dans une pluie d’or; puis, peu à peu, la musique qui se roule avec lui ralentit sa volute et, peu à peu aussi, la forme du clown reparaît, le rose du maillot tranche sur l’or qui, moins vivement secoué, fulgure par places seulement, tandis que, remis sur ses pieds, l’homme salue des deux mains la foule.


II

Table des matières

A LUDOVIC DE FRANCMESNIL.

Alors qu’on monte à la galerie supérieure de la salle, escaladant au milieu de femmes dont les traînes bruissent, en serpentant sur les marches, un escalier où la vue d’une statue de plâtre, tenant en main des becs à gaz, rappelle immédiatement l’entrée d’une maison suspecte, la musique s’engouffre à votre suite, affaiblie d’abord, puis éclatante et plus nette qu’autre part au tournant de la cage. Une bouffée d’air chaud vous saute au visage et là, sur le palier, on voit le spectacle contraire, la vision complétée du bas, le rideau tombant du haut de la scène, coupé au milieu par le rebord rouge des loges découvertes, tournant en demi-lunes autour du balcon, suspendu à quelques pieds sous elles.

Une ouvreuse dont les rubans roses bouffent sur le bonnet blanc, vous offre un programme qui est une merveille d’art tout à la fois spiritualiste et positiviste: Indien qui maquille les cartes, dame qui s’intitule chiromancienne et graphologue, magnétiseur, somnambules, pythonises au marc de café, locations d’ocarinas et de pianos et vente à forfait de musiques pleurardes, voilà pour l’âme.– Réclames de bonbons, de corsets et de bretelles, guérison radicale des affections secrètes, traitement tout spécial des maladies de la bouche, voilà pour le corps.–Une seule chose interloque: une annonce de machines à coudre. L’on comprend encore celle d’une salle d’armes, il y a des gens si bêtes! Mais la Silencieuse et la Singer ne sont pas les outils dont se servent d’ordinaire les travailleuses d’ici; à moins pourtant que cette annonce ne soit placée là comme un symbole d’honnêteté, comme une invite aux labeurs chastes. C’est peut-être, sous une autre forme, la brochure morale que les Anglais distribuent pour ramener les créatures viciées à la vertu.

L’imagination est décidément une bien belle chose; elle permet de prêter aux gens des idées encore plus bêtes que celles qu’ils ont eues sans doute.



III

Table des matières

A LÉON HENNIQUE.

Elles sont inouïes et elles sont splendides lorsque dans l’hémicycle, longeant la salle, elles marchent deux à deux, poudrées et fardées, l’œil noyé dans une estompe de bleu pâle, les lèvres cerclées d’un rouge fracassant, les seins projetés en avances sur des reins sanglés, soufflant des effluves d’opopanax qu’elles rabattent en s’éventant et auxquels se mêlent le puissant arôme de leurs dessous de bras et le très fin parfum d’une fleur en train d’expirer à leur corsage.

On regarde, ravi, ce troupeau de filles passer en musique sur un fond de rouge sourd, coupé de glaces, dans un tournoiement ralenti de chevaux de bois courant en rond, au son d’un orgue, sur un bout de rideau écarlate orné de miroirs et de lampes; l’on regarde les hanches remuer dans des robes bordées en bas comme d’un remous d’écume par le blanc jupon qui se roule sous la queue de l’étoffe. L’on hennit, en suivant le travail de ces dos de femmes se coulant entre les poitrines d’hommes qui, venant en sens inverse, s’ouvrent et se referment sur elles, laissant entrevoir, par les interstices des têtes, des derrières de chignons, allumés de chaque côté par le point d’or d’un bijou, par l’éclair d’une pierre.

Puis, cet inépuisable quart sans cesse battu par les mêmes femmes vous lasse et l’on dresse l’oreille à la rumeur qui, se levant de la salle, salue l’entrée du chef d’orchestre, un grand maigre connu par ses polkas de barrière et par ses valses. Une salve d’applaudissements part des pourtours du haut et du bas et des loges où des blancheurs suspectes de femmes s’entrevoient dans la pénombre; le maestro s’incline, relève son chef coiffé d’une tête de loup, ses moustaches de chinois poivre et sel, son nez chaussé d’un binocle et, le dos tourné à la scène, il conduit en habit noir et en cravate blanche, remuant tranquillement de la musique, ennuyé et comme pris de sommeil, puis tout à coup se tournant vers les cuivres, il tient son bâton ainsi qu’une ligne, pêche le coup de gueule de la reprise, extrait d’un geste sec des notes comme on arrache des dents, bat l’air en haut et en bas, pompe enfin de la mélodie comme on pompe d’une machine à bière.


IV

Table des matières

A PAUL DANIEL.

Le morceau de musique est terminé, un silence lui succède, et un coup de timbre retentit. La toile se lève, la scène reste pourtant vide, mais des hommes vêtus de blouses de toile grise à parements et à collets rouges courent dans tous les coins de la salle, tirant des cordes, défaisant des crampons, arrangeant des nœuds. Le vacarme reprend, deux ou trois hommes se démènent sur la scène, tandis qu’un mieux mis les regarde. On s’apprête à tendre un immense filet, au milieu de la scène, par dessus l’orchestre. Le filet oscille, quitte les parois du balcon où il est roulé puis, courant sur ses anneaux de cuivre, il bruit comme une mer qui joue avec des galets.

Des bravos crépitent dans toute la salle. L’orchestre moud une valse de clowns; une femme et un homme entrent, habillés de maillots chair, avec des hausse-cols et des caleçons d’allure japonaise, bleu indigo et bleu turquoise, lamés d’argent, à franges; la femme, une Anglaise, fardée à outrance sous ses cheveux jaunes, un plantureux derrière saillant sur des jambes robustes, l’homme plus grêle en comparaison, la tête très peignée, les moustaches en crocs. Le fixe sourire des sydonies tournantes des coiffeurs erre sur leurs faces nettoyées d’hercules. L’homme s’élance sur une corde, se hisse jusqu’au trapèze qui pend, devant la toile, au milieu de cordages et de vergues, entre des lustres, au plafond, et, assis sur la barre qui lui refoule la chair des cuisses, il exécute rapidement quelques tours de passe-passe, s’essuyant de temps à autre les mains à un mouchoir attaché à l’une des cordes.

La femme monte à son tour jusqu’au filet qui plie sous elle, le traverse d’un bout à l’autre, renvoyée à chaque pas comme par un tremplin, ses nattes couleur soufre lui dansant en lumière sur la nuque, et, grimpée sur une petite plate-forme pendue au dessus du balcon, posée en face de l’homme, séparée de lui par toute la salle, elle attend. Tous les yeux sont braqués sur elle.

Les deux jets de lumière électrique dardés sur son dos, du fond des Folies, l’enveloppent, se brisant au tournant de ses hanches, l’éclaboussant de la nuque aux pieds, la gouachant pour ainsi dire d’un contour d’argent, passant de là séparément au travers des lustres, presqu’invisibles dans leur trajet, réunis et épanouis à leur arrivée sur l’homme au trapèze en une gerbe d’une lumière bleuâtre qui allume les franges de son caleçon de micas scintillants comme des points de sucre.

La valse continue plus lentement avec des ondulations ralenties de hamac, des remuements presqu’insensibles de berceuse, accompagnant la mesure douce du trapèze, l’ombre double de l’homme projetée par les deux rayons de lumière électrique sur le haut de la toile.

Penchée un peu en avant, la femme saisit, elle aussi, un trapèze d’une main et se retient de l’autre à une corde. L’homme dégringole pendant ce temps, reste suspendu par les pieds, à la barre de son trapèze, immobile, la tête en bas, les bras tendus.

Alors la valse s’arrête net. Un grand silence se fait coupé tout à coup par la détonation d’une bouteille de champagne. Un frémissement court dans le public, un “all right” traverse la salle, la femme lancée à toute volée, file sous la lumière des lustres, tombe, lâchant le trapèze, les pieds en avant, dans les bras de l’homme qui, au coup fracassant d’une cymbale, à la reprise de la valse montant triomphale et joyeuse, la balance, une minute, par les jambes et la jette dans le filet où elle rebondit avec son maillot d’azur et d’argent, comme un poisson qui roule et saute dans un épervier.

Des trépignements, des claquements de mains, des chocs de cannes contre le plancher, accompagnent, pendant leur descente, les acrobates. Une fois disparus entre des portants, des cris s’élèvent plus tumultueux, l’homme et la femme reviennent, l’un, saluant très bas, l’autre, envoyant des baisers à pleines mains, puis, avec un petit saut d’enfants, ils se retirent de nouveau dans les coulisses.

Le filet qu’on ramène remplit encore la salle de son bruit de lames qui déferlent.

Et voilà que je songe à Anvers maintenant, au grand port où dans un roulement pareil s’entend le “all right” des marins Anglais qui vont prendre le large. C’est ainsi pourtant que les lieux et les choses les plus disparates se rencontrent dans une analogie qui semble bizarre, au premier chef. L’on évoque dans l’endroit où l’on se trouve les plaisirs de celui où l’on se ne trouve pas. Ça fait tête-bêche, coup double. C’est la courte joie que le présent inspire, déviée à l’instant où elle lasserait et prendrait fin et, renouvelée et prolongée, en une autre qui, vue au travers du souvenir, devient tout à la fois plus réelle et plus douce.

Darmowy fragment się skończył.

Gatunki i tagi

Ograniczenie wiekowe:
0+
Data wydania na Litres:
15 stycznia 2025
Objętość:
64 str. 7 ilustracji
ISBN:
4064066303167
Wydawca:
Właściciel praw:
Bookwire
Format pobierania: