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Jean Trarieux

Si les chevaux pouvaient parler... ou quelques vérités sur les courses


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066322380

Table des matières

AVANT-PROPOS

PREMIÈRE PARTIE

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

DEUXIÈME PARTIE

I

II

III

IV

V

TROISIÈME PARTIE

I

II

III

IV

V

VI

VII

CONCLUSION


A

ANDRÉ BAGUENAULT DE PUCHESSE

EN TOUTE AMITIÉ

AVANT-PROPOS

Table des matières

«Malheur, a dit le sage, si la négation domine, car la vie est une affirmation».

Il est généralement admis qu’il vaut mieux aimer les choses et les gens avec lucidité qu’avec aveuglement. Nous confions à cette manière de voir la justification de notre petit livre.

Lié très intimement aux courses par une de ces amitiés d’enfance qui durent la vie entière, nous apprécions autant que quiconque leur ensemble de qualités magnifiques, et ne méconnaissons aucunement leur légitime prospérité. Mais le goût le plus vif que l’on puisse avoir d’elles et toute leur réussite même ne sauraient faire ériger en devoir d’ami un petit manque de franchise à leur égard. Si, malgré tant de bonnes raisons de plaire et de réussir, elles gardent cependant en elles un point faible, est-il donc plus amical de le laisser subsister, en en simulant l’ignorance, que de chercher à le faire disparaître, en en parlant à cœur ouvert?

Nous ne l’avons jamais cru, et nous nous sommes toujours efforcé personnellement de voir et de dire les choses telles qu’elles sont. Quelques personnes nous l’ont reproché. Nous pensons sincèrement qu’elles ont eu tort. A notre avis, la pire injure que l’on puisse faire aux courses est de les tenir pour hors d’état de supporter leurs vérités.

PREMIÈRE PARTIE

Table des matières

LE DÉCOR DE LA PIÈCE ET SES PRINCIPAUX PERSONNAGES

I

Table des matières

SI LES CHEVAUX POUVAIENT PARLER...

Il s’agit des chevaux de courses, — de peu de chose, par conséquent, au milieu de tant d’autres préoccupations plus graves. Toutefois, il reste permis, même en des heures critiques, de faire des suppositions plaisantes. Dans notre domaine restreint, il est difficile d’imaginer sans gaîté ce qu’il adviendrait des courses, si, tout à coup, un beau jour, les chevaux pouvaient parler...

Ce serait terrible. Ce serait un des plus grands bouleversements qu’auraient jamais subi nos habitudes, l’achèvement inattendu et brutal de cette «noble conquête» de tout repos, que le cheval a jusqu’ici représentée pour l’homme. On assisterait à un foudroyant renversement des rôles: le conquis deviendrait le conquérant.

Du moins, la pièce que nous faisons jouer, chaque jour, sur ces charmants théâtres de verdure qu’on appelle des hippodromes, y gagnerait-elle beaucoup en clarté. Car, il faut bien l’avouer, c’est, dans une pièce, un formidable paradoxe que ceux des personnages dont le rôle importe le plus à l’action, soient des personnages muets. Quelque prestigieux que soit l’art des metteurs en scène, il est impossible que n’en souffre pas la logique et qu’il n’en résulte pas de fréquentes obscurités.

Dans l’état actuel des choses, bien des détails nous échappent, bien des erreurs sont commises, précisément parce que les chevaux ne parlent pas. S’ils pouvaient nous renseigner sur eux-mêmes, il en irait tout autrement. D’abord nous ne ferions plus courir, sans nous en douter, des chevaux qui souffrent ou qui sont simplement mal disposés. Avertis par eux qu’ils ne se sentent pas en possession de tous leurs moyens, nous nous épargnerions bien des petits ennuis, en sachant les jours où il vaudrait mieux les laisser à l’écurie. Et puis, surtout, si nos compagnons avaient voix au chapitre, il nous deviendrait très difficile de décider seuls de leur emploi. Nous ne pourrions plus leur faire dire exactement ce que nous voulons, sans risquer un démenti toujours fâcheux. Selon toute vraisemblance, des chevaux en pleine santé seraient des morts récalcitrants.

Mais, par bonheur pour l’humaine quiétude, les chevaux ne parlent pas, et les choses restent ce qu’elles sont, — matériellement fort agréables et prospères. De cet agrément et de cette prospérité, également certains, se contentent beaucoup de bons esprits, qui, ou bien ne veulent voir, dans les courses, que leur côté récréatif, ou bien n’y font intervenir d’autres intérêts que ceux de l’élevage. Les résultats en eux-mêmes leur sont assez indifférents; pourvu que tout se passe paisiblement, et que soit assurée, en fin de compte, la sélection de nos étalons et de nos poulinières de demain. On ne demanderait qu’à penser comme eux. Malheureusement l’expérience et le Pari Mutuel s’y opposent. Aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, il est impossible de séparer des courses la question de jeu.

Autrefois les courses étaient une belle distraction. Aujourd’hui elles sont une grande industrie. Le plaisir de quelques-uns est devenu la passion de tous et, tandis que, sur l’hippodrome, l’argent, en vagues pressées, afflue aux guichets du Mutuel, il déferle à travers la ville par mille canaux clandestins. Rares sont ceux qui, au moins une fois dans leur vie, n’ont pas consacré une obole à l’amélioration de la race chevaline. On peut le regretter ou s’en réjouir, suivant le point de vue auquel on se place, mais on ne peut le contester. C’est un fait nouveau, qui appelle la révision de toutes les idées anciennes. Les courses ont cessé d’être un apanage, et sont entrées dans le domaine public.

Il importe donc d’autant plus de les défendre contre elles-mêmes. Du moment où l’élégant passe-temps de jadis s’est changé en une vaste et complexe entreprise, dont l’irrésistible attrait augmente le risque, la diversité des intérêts en cause condamne le relativisme et recommande l’application stricte de règles absolues.

Que les courses n’aient pas, dans tous les milieux, la meilleure réputation n’est pas ce qui nous émeut. Il entre tellement d’exagération ou d’inexactitude dans les préventions superficielles de leurs détracteurs, que nous n’en saurions être atteints. Encore n’est-ce pas une raison pour ne pas nous-mêmes faire bonne garde, et sous prétexte que l’organisme est sain, pour ne pas le préserver de toute contamination. Il serait ridicule de prendre les choses au tragique, mais il est imprudent de ne pas les prendre au sérieux.

Au surplus, qu’on se rassure. Rien de ce que nous dirons n’offusquera la pudeur. On en entendrait bien davantage, si les chevaux pouvaient parler...

II

Table des matières

LE PLUS BEAU SPORT DU MONDE

Les courses!... Qu’y a-t-il, au juste, au fond de ce mot magique, auquel rêvent les jeunes gens et dont les parents s’épouvantent? Ne sont-elles vraiment qu’une occupation frivole, et ce qu’elles ont de dangereux l’emporte-t-il à ce point sur ce qu’elles représentent d’utile? Nous ne le croyons pas. Leur double utilité au point de vue de l’élevage et au point de vue du commerce de luxe ne saurait être niée que par des adversaires systématiques. Il est pratiquement certain, d’une part, qu’elles sont indispensables à un pays qui veut avoir une cavalerie. Elles sont le seul et unique mode de sélection valable et, sans sélection, pas de race possible. D’autre part, il est plus indiscutable encore qu’elles représentent un épanouissement de la richesse, dont une ville comme Paris profite plus particulièrement. Il serait injuste que toutes leurs séductions adjacentes fissent oublier leur raison d’être initiale. Pensons-y de toutes nos forces, pendant qu’il en est temps encore.

Il sera trop tard, sitôt que nous aurons mis le pied sur un hippodrome. Des courses, nous ne verrons plus alors que les avantages extérieurs, l’extraordinaire influence attractive, le prodigieux pouvoir d’illusions. Nous ne connaîtrons plus que l’enchantement, sans cesse renouvelé, de leur spectacle, les grâces de leurs décors, l’impression qu’elles donnent de la facilité de la vie. Par elles il nous est soudainement accordé de ne plus apercevoir autour de nous rien de médiocre, ni de pénible. Quelque chose flotte dans l’air, qui monte un peu à la tête, met de l’allégresse dans les yeux et de la victoire dans l’âme. C’est un premier contact électrisant.

Et tout d’abord l’enchantement va grandissant. La vue seule d’un cheval de courses est une belle chose en soi. Même au repos, ce chef-d’œuvre de la nature est éminemment plastique; il unit les attributs de la force et l’élégance des lignes, la simplicité harmonieuse et le détail raffiné. A plus forte raison passionne-t-il, quand se joint à la beauté de son modèle sa générosité dans le combat. Dès que s’élance le peloton multicolore, de quelle exquise émotion n’est-on pas soudain envahi?

Mais, dans le même moment, se lève la tourmente, qui, sans balayer le plaisir, en altère la pureté. Si tout va bien, ce n’est qu’une gamme montante, qui débute par de l’espoir, continue crescendo en délectation, et finit en enthousiasme. Si tout va mal, descente brusquée! L’espoir devient de l’inquiétude, la délectation de l’angoisse, l’enthousiasme du désespoir. La clameur qui accompagne une arrivée fait foi de la passion collective. L’homme le plus flegmatique ne peut s’en défendre, et, même s’il demeure silencieux, il devient plus rouge ou plus pâle. Nulle part, autant que sur les champs de courses, les physionomies ne reflètent l’intensité des sentiments.

C’est que l’émulation sportive est une chose, et que gagner ou perdre de l’argent en est une autre. Dans la vaste clameur, il y a bien une petite part générale accordée à l’intérêt qui se dégage de la lutte elle-même, à la valeur de l’effort athlétique, mais il y a surtout l’écho des gains et des pertes de chacun. Ce spectateur-ci, dont le cheval est en train de prendre l’avantage, apporte sa note joyeuse, son encouragement heureux; celui-là, dont les espérances s’effondrent, exhale en invectives son amère déception. En cette dualité d’éléments émotifs réside la caractéristique essentielle des courses, à laquelle on ne saurait attacher trop d’importance, et qui, en fait, commande toute la situation. Ne perdons jamais de vue, lorsque nous parlons courses, qu’elles sont à la fois le plus beau sport du monde, et le moins désintéressé.

Ceci posé, dont la suite de l’histoire précisera les conséquences, autorisons-nous à plaindre les malheureux qui, toute leur vie, s’étiolent entre quatre murs, le front courbé sur d’ingrates besognes. Ils ignorent nos joies inégalables du plein air, où nous acquérons la santé du corps, et qui, faites de triomphes et de désastres, nous valent la solidité du cœur et la discipline de l’esprit.

III

Table des matières

LES COLONNES DU TEMPLE

Vue de l’extérieur, l’institution des courses se présente sous l’aspect d’un imposant édifice, solidement construit et savamment distribué, à l’abri des vaines critiques, comme des injures du temps. Un examen plus approfondi ne modifie qu’insensiblement cette impression première. Il faut entrer dans le détail pour s’apercevoir qu’il manque, çà et là, quelques fenêtres ouvrant sur le dehors, et qu’il règne, en deux ou trois points, un peu d’herméticité. Dans l’ensemble, c’est du très bel ouvrage, et qui a fait ses preuves.

Cinq colonnes soutiennent le temple, dont quatre du style le plus pur: sur la façade, la Société d’Encouragement et la Société des Steeple-Chases, colonnes-mères; au centre, et non moins importante, bien que n’étant pas mère, la Société Sportive; légèrement en retrait, la Société de Sport de France; enfin, d’un style plus mêlé, et étayant une chapelle distincte, la Société du Demi-Sang.

Les deux Sociétés-mères, qui règnent plus particulièrement: la Société d’Encouragement sur les hippodromes de Longchamp, de Chantilly et de Deauville, et la Société des Steeple-Chases sur l’hippodrome d’Auteuil, sont les deux plus anciennes en date et les deux plus considérables en puissance. Elles sont l’Origine et le Code, à la fois législatrices et juridictions suprêmes. Mais la Société Sportive, qui détient Maisons-Laffitte, Saint-Cloud et Enghien, manifeste une vitalité telle qu’il ne sera bientôt plus possible de lui faire supporter la moindre tutelle, et qu’il serait sage de songer dès maintenant à sa complète émancipation. Relativement modeste encore, mais tenant déjà fort bien sa place, la Société de Sport en France, en son domaine du Tremblay, se venge élégamment du petit nombre de réunions qu’on lui accorde en parant son pesage des plus belles fleurs et son hippodrome de tous les perfectionnements. Ainsi vont les choses pour le pur-sang, du i5 février au i5 décembre, cependant qu’au souffle de l’hiver, la Société du Demi-Sang fait s’épanouir, à Vincennes, le rustique et honnête trotteur.

Ces cinq Sociétés dépendent, en principe, du ministre de l’Agriculture, mais, en fait, elles ne dépendent que d’elles-mêmes, l’Agriculture ayant ses exigences propres, qui n’autorisent guère son ministre à s’occuper des courses. N’étant pas commerciales, elles ne sont pas admises à faire des bénéfices, et, déduction faite de leurs frais généraux, elles doivent consacrer à l’élevage et aux courses tous les fonds qui leur passent entre les mains. Soumises à un contrôle officiel, mais pratiquement maîtresses de leur gestion, elles représentent une très belle forme de pouvoir, assez voisine de la souveraineté, ce dont il y a lieu, en nos temps démagogiques, de se féliciter grandement, — à condition, toutefois, que l’exercice du pouvoir souverain soit pleinement ce qu’il doit être.

Chaque Société a un Comité, un Président et trois Commissaires. Le Président préside le Comité, qui lui-même a le rôle d’un conseil d’administration, nommant ses bureaux et ses commissions, approuvant, entérinant, mais ne dirigeant pas. La direction effective appartient aux Commissaires, qui sont, de tous les administrateurs délégués, ceux qui ont les pouvoirs les plus étendus.

Notamment tout l’exécutif et tout le judiciaire. Maître de l’ordre, par conséquent responsable du désordre, le triumvirat consulaire dispose de toutes les initiatives, de toutes les décisions, de toutes les peines, de toutes les grâces. La sûreté ou l’erreur de son jugement font notre sécurité ou notre inquiétude. Ne perdons plus de vue cette vérité fondamentale: les courses sont ce que les Commissaires veulent bien qu’elles soient.

Il convient d’avoir la plus extrême considération pour l’œuvre des Sociétés de courses, qui est une œuvre admirable en tout ce qui touche les résultats matériels. Grâce à elles, l’élevage français est devenu un des premiers du monde, et les courses françaises continuent à avoir toutes les apparences de la prospérité. Il ne saurait donc être question de leur marchander l’éloge sur leur réussite. S’il nous arrive de n’être pas entièrement d’accord avec leur politique, la divergence ne portera que sur un point de doctrine, que nous ne croyons pas devoir sacrifier même au succès le plus éclatant.

Doit-il en être des Sociétés de courses comme des peuples, qui sont heureux lorsqu’il s n’ont pas d’histoire? «Pas d’histoires! » tel semble être, en effet, le mot d’ordre favori de nos dirigeants. Et, sans nul doute, c’est un mot d’ordre qui contient une part de sagesse gouvernementale, mais malheureusement il sous-entend aussi la nécessité de se borner à maintenir l’obéissance superficielle, strictement indispensable, et, par suite, d’éviter d’aller au fond des choses, où l’on pourrait être entraîné plus loin qu’on ne voudrait.

Nous n’irons pas jusqu’à dire, comme un polémiste sans respect: «Ainsi a pu naître un régime curieux: celui du bon-plaisir, tempéré par les relations.» Mais nous sommes, pour le moins, obligé de remarquer qu’ainsi est né un régime absolu, à base de préoccupations opportunistes, et que la première conséquence de l’opportunisme est un fléchissement du principe d’autorité.

A partir du moment où l’on estime politique une certaine tolérance, il est forcé que les règles inflexibles subissent des applications variables, et que les explications, trop rarement demandées, soient presque toujours jugées satisfaisantes. C’est avec la terre un accommodement.D’apparence,la vie de tous les jours en est rendue plus facile, mais, en profondeur, le mal, qu’on laisse subsister, s’aggrave, et, petit à petit l’institution perd en sécurité ce qu’elle pense gagner en équilibre.

«Pas d’histoires!» Soit!... Mais à une condition: c’est que ce résultat souhaitable marque le triomphe de l’ordre et non la crainte des complications.

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Ograniczenie wiekowe:
0+
Data wydania na Litres:
15 stycznia 2025
Objętość:
81 str. 2 ilustracji
ISBN:
4064066322380
Wydawca:
Właściciel praw:
Bookwire
Format pobierania:

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