Czytaj książkę: «En Virginie, épisode de la guerre de sécession»

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Jean de Villiot

En Virginie, épisode de la guerre de sécession


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066076740

Table des matières

A NOS LECTEURS

L'ESCLAVAGE ET LES PUNITIONS CORPORELLES EN AMÉRIQUE AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION

PROLOGUE

I L'ENFANCE DE DOLLY

II UNE «STATION SOUTERRAINE»

III UNE ÉVASION

IV UN BEAU CAVALIER

V TENTATIVE INFRUCTUEUSE

VI APRÈS LA LUTTE

VII LA LOI DE LYNCH

VIII L'EXÉCUTION D'UNE SENTENCE

IX JACK STEVENS

X ABOMINABLE FORFAIT

XI LES SUITES D'UNE FLAGELLATION

XII L'ENLÈVEMENT

XIII DANS L'ATTENTE DU SACRIFICE

XIV FLEURS FANÉES

XV LA FIN D'UN RÊVE

XVI AMANT ET MAITRESSE

XVII NUIT D'ÉPREUVE

XVIII PASSE-TEMPS AGRÉABLES

XIX AMOUR ET BASTONNADE

XX HEURES DE DÉSŒUVREMENT

XXI EXISTENCE TRANQUILLE

XXII RETOUR DE RANDOLPH

XXIII NORD CONTRE SUD

XXIV GUERRE ET AMOUR

XXV LES BUSHWHACKERS

XXVI NUIT HORRIBLE

XXVII LA PROSTITUÉE

BIBLIOGRAPHIE DES PRINCIPAUX OUVRAGES PARUS SUR LA FLAGELLATION EN LANGUES FRANÇAISE ET ANGLAISE AVEC UN COMPTE RENDU ANALYTIQUE DE LEUR CONTENU PAR JEAN DE VILLIOT

CONCLUSION

PRÉCÉDÉ D'UNE ÉTUDE

SUR

L'ESCLAVAGE ET LES PUNITIONS CORPORELLES

EN AMÉRIQUE

ET SUIVI D'UNE

BIBLIOGRAPHIE RAISONNÉE

DES PRINCIPAUX OUVRAGES FRANÇAIS ET ANGLAIS SUR LA FLAGELLATION

PARIS

CHARLES CARRINGTON, ÉDITEUR

13, FAUBOURG MONTMARTRE, 13

1901


A NOS LECTEURS

Table des matières

«La vérité, l'âpre vérité,» s'est écrié Danton. Nous aussi, nous voulons la vérité, toute la vérité. Dussent quelques-uns en être froissés, nous la voulons surtout sur des sujets historiques qui nous paraissent avoir été le point de départ, sinon le motif, de la révolution qui s'est accomplie dans nos mœurs au cours de ce siècle. Nous ne vivons que par le souvenir, et, seule, l'Histoire peut évoquer à nouveau les heures qu'elle a vécues. Nous entreprenons donc ce livre avec la ferme conviction de faire œuvre utile en dévoilant des faits certainement ignorés de la masse du Public, faits qui nous semblent intéressants puisqu'ils sont intimement liés aux événements qui marquent l'évolution de notre civilisation moderne.

Il n'est pas absolument indispensable, quand on traite des matières quelque peu délicates et spéciales, de tomber dans la crudité, comme aussi il est possible de ne pas donner un tour de phrase pornographique à des relations qui ne se rapportent qu'à des faits matériels, à des choses arrivées et qui, par conséquent, ne peuvent être que naturelles, car tout ce qui se passe sous le ciel ne peut être d'une autre essence. Un sentiment littéraire de mauvais aloi, une tartuferie affectée, sont mille fois plus méprisables et plus pernicieux que la bonne franchise et la liberté d'expression quand elles n'ont d'autre but que de mettre à nu, combattre, flageller, les vices des hommes.

Nous déclarerons d'abord franchement que la présente étude n'est pas écrite pour les enfants, grands ou petits, qui n'y verraient, ou plutôt ne voudraient y voir qu'un appel à une excitation malsaine, but duquel nous nous éloignerons sensiblement. Peut-être quelques-uns de nos lecteurs persisteront-ils quand même à trouver le mal là où il n'existe pas; mais entre ceux-ci et nous, nous placerons le bon proverbe:

De gustibus et coloribus non disputandum.

A ces lecteurs nous recommanderons encore—et ils feront sagement de suivre notre conseil—de fermer vite ce livre, de le jeter loin, sans achever de le lire afin que leurs chastes pensées ne soient ainsi nullement troublées par cette lecture. Nous avons la prétention d'écrire pour les admirateurs du vrai, de la Nature, et rien n'est plus beau que la Nature, dans toute sa splendeur nue, quelquefois aussi dans toute sa hideur. Nous la décrivons telle qu'elle est, dépouillée de tous les voiles dont la pudibonderie exagérée se plaît de la recouvrir.

*

* *

On aurait tort de s'imaginer que l'usage des verges a été de tout temps un apanage des sectes religieuses ou autres et bon nombre de littérateurs ont, dans leurs œuvres, largement usé de la flagellation et s'en sont fait un sujet pour contenter une certaine catégorie de lecteurs… malades.

Nous le répétons,—et nous ne saurions trop le redire—nous n'avons nullement l'intention de mettre sous les yeux de personnes vicieuses, des scènes plus ou moins impudiques; contre de pareilles peintures s'élèverait à bon droit la morale publique.

Ce genre de littérature est, d'ailleurs, réprouvé des honnêtes gens, et c'est pour ceux-là seuls que nous écrivons, et comme c'est aux lecteurs intelligents que nous nous adressons, nous voudrions que les autres se rassurent dans le cas où leur esprit maladif ne pourrait approuver un ouvrage qui, ne répondant pas à leurs goûts, ne saurait être, par cela même, un remède à leur état d'âme. Qu'ils le critiquent donc, en poussant leur cri de protestation au nom de la morale outragée. Nous serons entièrement satisfaits de leur feinte indignation.

C'est surtout d'Outre-Manche que nous arrive la fausse pudibonderie. Il existe en effet, quelque part, à Londres, une société dite de Vigilance Nationale (?) laquelle s'érige en juge de nos actions, de nos mœurs, de nos livres. Cette société, qui se figure que son action a moralisé complètement les mœurs britanniques, opère maintenant chez nous, couvrant de sa surveillance, comme d'une égide, la pudique vertu d'Albion menacée par nos écrits.

Cependant, John Bull avoue parfois qu'il peut être un pécheur; mais, alors, il explique l'accusation qu'il porte contre lui-même, en faisant remarquer avec hypocrisie, qu'il n'est pas loin d'être aussi mauvais que d'autres…

Les mœurs anglaises sont curieuses. Leur isolement, leurs habitudes monacales exaltent les passions en les concentrant. Un reste de puritanisme les aggrave.

Là, règne cette dangereuse maxime qu'une austérité rigoureuse est la seule sauvegarde de la vertu. Le mot le plus innocent effraye; le geste le plus naturel devient un attentat. Les sentiments, ainsi réprimés, ou s'étouffent ou éclatent d'une manière terrible. Tout pour le vice ou tout pour la vertu, point de milieu; les caractères se complaisent dans l'extrême, et l'on voit naître des pruderies outrées et des monstres de licence; il y a des dévotes qui craignent de prononcer le mot shirt (chemise) et des femmes hardies, montrant dans l'accomplissement de la faute suprême la plus douce sérénité.

La société de Vigilance Nationale n'a rien à faire avec notre livre. La pruderie légendaire de nos voisins doit nous préserver de ses démarches; aussi, est-ce avec peine que nous avons vu le Parquet français donner suite à des dénonciations venues d'Outre-Manche. Si la justice française—dont le rôle est de se prononcer moins sur la forme que sur le fond de tout ouvrage incriminé—continue à prêter une oreille attentive et complaisante aux dénonciations hypocrites des puritains anglais, nous verrons bientôt ceux-ci s'abattre sur les étalages de nos librairies.

Ils en supprimeront tout ce qui ne leur conviendra pas,—à moins que ce ne soit pour emporter et lire, quand ils seront seuls, bien seuls, ces pages défendues qu'ils sont les premiers à honnir… en public…

Et quand on songe aux livres qu'ils trouvent immoraux, on frémit à la pensée d'être bientôt obligé de se passer de lire autre chose que la Bible.

La Bible! Ah! messieurs, entendons-nous! Voilà un livre qui vous est cher et qui nous appartient aussi bien qu'à vous, mais nous avons pris la précaution de l'expurger, et si la lecture en est ennuyeuse, du moins ne présente-t-elle aucun danger, tandis que telle que vous l'avez traduite, nous n'en permettrions la lecture à nos enfants que lorsqu'ils pourraient justifier de leurs quarante-cinq ans!

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

C'est ici que se place une admirable page de la préface de la Chanson des Gueux[1]:

[1] Jean Richepin. La Chanson des Gueux. Édition définitive, Paris, M. Dreyfous, 1881.

La gauloiserie, les choses désignées par leur nom, la bonne franquette d'un style en manches de chemises, la gueulée populacière des termes propres n'ont jamais dépravé personne. Cela n'offre pas plus de dangers que le nu de la peinture et de la statuaire, lequel ne paraît sale qu'aux chercheurs de saletés.

Ce qui trouble l'imagination, ce qui éveille les curiosités malsaines, ce qui peut corrompre, ce n'est pas le marbre, c'est la feuille de vigne qu'on lui met, cette feuille de vigne qui raccroche les regards, cette feuille de vigne qui rend honteux et obscène ce que la nature a fait sacré.

Mon livre n'a pas de feuille de vigne et je m'en flatte. Tel quel, avec ses violences, ses impudeurs, son cynisme, il me paraît autrement moral que certains ouvrages, approuvés cependant par le bon goût, patronnés même par la vertu bourgeoise, mais où le libertinage passe sa tête de serpent tentateur entre les périodes fleuries, où l'odeur mondaine du lubin se marie à des relents de marée, où la poudre de riz qu'on vous jette aux yeux a le montant pimenté du diablotin, romans d'une corruption raffinée, d'une pourriture élégante, qui cachent des moxas vésicants sous leur style tempéré, aux fadeurs de cataplasme. La voilà, la littérature immorale! C'est cette belle et honnête dame, fardée, maquillée, avec un livre de messe à la main, et dans ce livre des photographies obscènes, baissant les yeux pour les mieux faire en coulisse, serrant pudiquement les jambes pour jouer plus allègrement de la croupe, et portant au coin de la lèvre, en guise de mouche, une mouche cantharide. Mais, morbleu! ce n'est pas la mienne, cette littérature!

La mienne est une brave et gaillarde fille, qui parle gras, je l'avoue, et qui gueule même, échevelée, un peu ivre, haute en couleur, dépoitraillée au grand air, salissant ses cottes hardies et ses pieds délurés dans la glu noire de la boue des faubourgs ou dans l'or chaud des fumiers paysans, avec des jurons souvent, des hoquets parfois, des refrains d'argot, des gaietés de femme du peuple, et tout cela pour le plaisir de chanter, de rire, de vivre, sans arrière-pensée de luxure, non comme une mijaurée libidineuse qui laisse voir un bout de peau afin d'attiser les désirs d'un vieillard ou d'un galopin, mais bien comme une belle et robuste créature, qui n'a pas peur de montrer au soleil ses tétons gonflés de sève et son ventre auguste où resplendit déjà l'orgueil des maternités futures.

Par la nudité chaste, par la gloire de la nature, si cela est immoral, eh bien! alors, vive l'immoralité! Vire cette immoralité superbe et saine, que j'ai l'honneur de pratiquer après tant de génies devant qui l'humanité s'agenouille, après tous les auteurs anciens, après nos vieux maîtres français, après le roi Salomon lui-même, qui ne mâchait guère sa façon de dire, et dont le Cantique des Cantiques, si admirable, lui vaudrait aujourd'hui un jugement à huis-clos.

*

* *

Que pourrions-nous ajouter à ce qui précède?

Nous tenions simplement à mettre le public d'amateurs et de bibliophiles, auquel nous nous adressons exclusivement, en garde contre les menées d'un petit nombre de faux apôtres qui ont la prétention—et peut-être la conviction—de nous empêcher d'exposer un sujet délicat, comme s'il n'était pas possible de le faire sans tomber dans l'obscénité.

*

* *

Nous ferons précéder notre récit d'une explication destinée à éclairer le lecteur sur les pratiques en usage dans la flagellation des esclaves en Amérique, avant l'époque où se passe notre action.

Ce sujet nous a semblé intéressant au plus haut point, c'est pourquoi nous n'hésitons pas à publier ces pages.

Jean de Villiot.


L'ESCLAVAGE ET LES PUNITIONS CORPORELLES EN AMÉRIQUE AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION

Table des matières

L'histoire de l'esclavage et la traite des noirs, tels qu'ils ont existé autrefois, tels qu'ils se dissimulent aujourd'hui, est encore à faire et cette plaie, que l'Humanité porte au flanc depuis l'enfance du Monde, ne peut se fermer sans avoir été sondée.

Le document contient des détails souvent monstrueux, parfois horribles, toujours répugnants, sur les pratiques révoltantes auxquelles se livraient les maîtres à l'égard de la race réprouvée et maudite.

Reportons-nous tout d'abord à l'histoire de l'esclavage en Amérique, où il était établi péremptoirement que ce système—l'esclavage—ne pouvait être maintenu que par la force brutale; cette déclaration ne put que gagner en autorité, les propriétaires d'esclaves ayant légalement le droit de leur infliger des peines corporelles. Une loi, établie en 1740, tout à l'avantage des maîtres d'esclaves, disait que «dans le cas où une personne, volontairement (ce qui est fort discutable) couperait la langue, éborgnerait, ou priverait d'un membre un esclave, en un mot, lui infligerait une punition cruelle autre qu'en le fouettant ou le frappant avec un fouet, une lanière de cuir, une gaule ou une badine, ou en le mettant aux fers ou en prison, ladite personne devra payer, pour chaque délit de cette sorte, une amende de cent livres sterling (2.500 francs).»

D'autre part, on lisait dans le code civil de la Louisiane:

«L'esclave est entièrement soumis à la volonté de son maître, qui peut le corriger et le châtier, mais non avec trop de rigueur, de façon à ne pas le mutiler, l'estropier, ou l'exposer à perdre la vie.»

En résumé, le droit pour le maître de battre son esclave comme il l'entendait et de lui infliger des punitions corporelles autant que son bon plaisir le lui commandait, mais sans le mutiler ou le tuer, ce droit était parfaitement établi par la loi des États esclavagistes du Sud; et, dans au moins deux États, le maître était expressément autorisé à se servir d'un fouet ou d'une lanière de cuir comme instruments de supplice.

Parfois, un esclave était flagellé jusqu'à ce que la mort s'en suivit, et ces cas n'étaient malheureusement pas rares. Un nommé Simon Souther fut traduit devant les Assises d'octobre 1850, dans le comté de Hanover (État de Massachusetts), pour meurtre d'un esclave; reconnu coupable, il fut condamné à cinq ans de détention. A cette occasion, le juge Field fit au jury le récit de la punition infligée à l'esclave:

Le nègre avait été attaché à un arbre et fouetté avec des baguettes flexibles. Lorsque Souther était las de frapper, il se faisait remplacer par un nègre qui continuait la flagellation avec des tiges de bois mince. Le malheureux esclave avait été frappé également avec la dernière cruauté par une négresse aux ordres du maître, puis horriblement brûlé sur diverses parties du corps. Il fut ensuite inondé d'eau chaude dans laquelle on avait fait tremper des piments rouges. Attaché à un poteau de lit, les pieds étroitement serrés dans une brèche, le nègre poussait d'affreux hurlements. Souther n'en continua pas moins à accabler le pauvre martyr, sur le corps duquel il se ruait et frappait des poings et des pieds. Cette dernière phase de la punition fut continuée et répétée jusqu'à ce que l'esclave mourut.

Le planteur féroce fit appel de la condamnation qui le frappait si justement et si peu, mais la Cour suprême confirma la sentence, estimant, dans ses conclusions, que le prévenu aurait dû être simplement pendu pour homicide volontaire.

Dans un autre cas qui fut jugé à Washington même l'année suivante, le colonel James Castleman fut poursuivi pour avoir fouetté un esclave jusqu'à la mort. Il n'en fut pas moins acquitté. Ce colonel fit ensuite rédiger et publier par son avocat, une brochure dans laquelle il défendait sa réputation. On y lisait que deux de ses esclaves, surpris en état de vol, furent immédiatement punis pour ce méfait. Le premier, nommé Lewis, fut fustigé au moyen d'une large courroie de cuir. Il avait été sévèrement puni, mais le colonel estimait que la rigueur du châtiment n'excédait pas l'importance du vol commis par l'esclave. Il admettait cependant que son compagnon avait été plus cruellement châtié et que si Lewis était mort, il n'y avait de la faute de personne: Lewis, en effet, après avoir subi la première partie de sa peine, avait été attaché au moyen d'une chaîne à une poutre, et suspendu par le cou. Il y avait juste assez de longueur de chaîne pour lui permettre seulement de se tenir debout et droit; s'il s'appuyait d'un côté ou d'un autre, s'il se courbait, le carcan devait l'étrangler. C'est du reste ce qui se produisit.

A l'occasion des Procès libérateurs, qui eurent lieu à Boston en 1851, un policeman, cité comme témoin, affirmait qu'il était de son devoir d'agent de police d'appréhender toute personne de couleur, qu'il trouvait dans les rues après une certaine heure. Tout délinquant était mis au poste, et le lendemain matin, comparaissait devant un magistrat qui le condamnait invariablement à recevoir trente-neuf coups de fouet. Les policemen touchaient un salaire supplémentaire: un demi-dollar (2 fr. 50) pour l'exécution de cette punition. Des hommes, des femmes, des enfants furent fouettés ainsi fréquemment par la police, et ce à la demande formelle de leurs maîtres eux-mêmes.

Weld, dans son Slavery as it is (L'Esclavage tel qu'il est) publié en 1839, raconte le fait suivant qui indique comment étaient traités les esclaves qui s'évadaient:

«Une belle mulâtresse d'une vingtaine d'années, à l'esprit indépendant et qui ne pouvait supporter la dégradation de l'esclavage, s'était à différentes reprises, enfuie de chez son maître; pour ce crime elle avait été envoyée au Workhouse (maison des pauvres) de Charleston, pour y être fouettée par le gardien. L'exécution eut lieu avec un tel raffinement de cruauté que sur le dos de la malheureuse pendaient de sanglants lambeaux de peau; il n'eût pas été possible de placer la largeur d'un doigt entre les très nombreuses plaies qui y saignaient. Mais l'amour de la liberté s'était développé chez cette femme; elle oublia la torture et la fuite qui en avait été la cause, et elle réussit à s'évader de nouveau sans qu'on pût jamais la retrouver.»

Pour démontrer la nécessité des punitions corporelles, Olmsted nous fournit l'anecdote suivante: «Une dame de New York, allant passer l'hiver dans un des États du Sud, avait loué les services d'une esclave, qui, un jour, refusa catégoriquement de faire certain petit travail domestique qui lui était commandé. A de douces remontrances: «Vous ne pouvez m'y forcer, répondait-elle, et je ne veux pas faire ce que vous me demandez là; je ne crains nullement que vous me fouettiez.» La domestique parlait avec raison; la dame ne pouvait pas la fouetter, et, d'un cœur plus sensible que ses congénères, ne voulait point appeler un homme pour faire cette besogne, ou envoyer sa domestique à un poste de police pour y être fouettée, comme il était d'usage dans les États du Sud.

Pour ne pas laisser de marques sur le dos des esclaves, et ne pas abaisser leur valeur marchande (!), on avait substitué, en Virginie, aux instruments habituels de punition, la courroie élastique et la palette scientifique. Par le vieux système, la lanière de cuir coupait et lacérait d'une façon si déplorable la peau, que la valeur des esclaves s'en trouvait singulièrement diminuée lorsqu'ils devaient être vendus sur un marché; aussi l'usage de la courroie était-il un immense progrès dans l'art de fouetter les nègres. On assure qu'avec cet instrument, il était possible de flageller un homme jusqu'à le mettre à deux doigts de la mort, et cependant, sa peau ne portant nulle trace de violences, il en sortait sans dommage apparent.

La palette est une large et mince férule de bois, dans laquelle sont percés un grand nombre de petits trous; lorsqu'un coup est porté avec cet instrument, ces trous, par suite du mouvement précipité et de l'épuisement partiel de l'air qui s'y produit, agissent comme de véritables ventouses, et on assurait que l'application continuelle de cet instrument produisait absolument les mêmes résultats que ceux de la lanière de cuir.

L'enrôlement des nègres dans les armées fédérales pendant la guerre de Sécession a montré jusqu'à quel point terrible les esclaves avaient été soumis à la flagellation. M. de Pass, chirurgien d'un régiment de Michigan, cantonné dans le Tennessee, dit que sur 600 recrues nègres qu'il avait eu à examiner, une sur cinq portait des marques de fustigations sévères, et la plupart montraient de nombreuses cicatrices qu'on n'aurait pu couvrir avec deux doigts. Il avait même rencontré jusqu'à mille stigmates provenant de flagellations excessives, et plus de la moitié des hommes qui se présentaient durent être rejetés pour incapacité physique, causée par les coups reçus, et par des morsures de chiens, visibles sur leurs mollets et leurs cuisses. M. Westley Richards, autre chirurgien, dit que sur 700 nègres qu'il avait examinés, la moitié au moins de ces esclaves portait les marques de fustigations cruelles et de mauvais traitements divers: quelques-uns avaient reçu des coups de couteau, d'autres portaient des traces de brûlures; d'autres enfin avaient eu les membres brisés à coups de matraque.

La flagellation des esclaves se pratiquait parfois de la façon suivante: le coupable était étendu la face contre terre, ses bras et ses jambes attachés à des pitons ou à des anneaux, et, son immobilité ainsi bien assurée, il était fouetté jusqu'à la dernière limite.

Une torture encore plus raffinée consistait à ensevelir le malheureux dans un trou juste suffisant pour contenir son corps, de fixer une porte mobile, ou trappe au-dessus de sa tête, et de l'y laisser de trois semaines à un mois—si, bien entendu, il ne succombait pas avant l'expiration du terme.

*

* *

Les coutumes des races aborigènes de l'Amérique sont peu connues, et il nous serait impossible de dire d'une façon bien affirmative, que la flagellation ou les punitions corporelles faisaient partie du système judiciaire des Peaux-Rouges. Nous reviendrons donc aux premiers colons, ceux surtout qui s'établirent au Nord, emportant de chez eux la ferme croyance que le fouet était un réformateur efficace pour le maintien de la bonne moralité. En eux était également ancrée cette intolérance religieuse, dont ils cherchaient vainement à s'affranchir et qui était précisément l'une des principales causes de leur immigration.

Le poteau d'exécution restait en permanence—il existe d'ailleurs encore dans certaines provinces des États-Unis—et ce furent surtout les Quakers[2] qui goûtèrent les premiers les bienfaits de la flagellation. Les chefs et les prédicateurs de cette secte furent longtemps persécutés. A Boston, en 1657, une femme nommée Mary Clark, accusée de prêcher cette doctrine, fut condamnée à recevoir vingt coups d'un fouet formé de grosses cordes à nœud et manié à deux mains par le bourreau. Puis l'infortunée expia encore, par une année de prison, le crime d'avoir exprimé librement son opinion. Deux prédicateurs, Christopher Holder et John Copeland furent chassés de leur ville natale après avoir été fouettés, et d'autres personnes punies également pour avoir montré quelque sympathie à l'égard de ces deux proscrits. Quelque temps après, une femme nommée Gardner fut arrêtée à Weymouth, et dirigée sur Boston où elle et sa servante furent publiquement fouettées avec un chat à neuf queues.

[2] Quakers: sectaires en Angleterre et en Amérique. Ils se reconnaissent au tutoiement.

C'est alors que la loi, dont le texte suit, fut promulguée contre les Quakers:

«Quiconque introduira un quaker dans l'enceinte de cette juridiction (l'État où la loi était en vigueur), sera mis à l'amende de cent livres sterling (2.500 francs) au profit du pays, et maintenu en prison jusqu'au paiement intégral de la somme.

«Quiconque hébergera un quaker, sachant qu'il l'est, sera mis à l'amende de 40 schellings (50 francs) pour chaque heure durant laquelle le quaker aura été hébergé ou caché, et maintenu en prison jusqu'au paiement intégral de ladite amende.

«Tout quaker venant en ce pays sera soumis à cette loi et puni en conséquence, savoir: A la première infraction, si c'est un homme, il lui sera coupé une oreille, puis il sera astreint aux travaux forcés pendant un laps de temps. A la seconde infraction, il lui sera coupé l'autre oreille, et si c'est une femme, elle sera sévèrement fouettée avant son envoi dans une maison de correction et condamnée aux travaux forcés.

«A la troisième infraction, l'accusé, homme ou femme, aura la langue percée d'un fer rouge et sera maintenu définitivement en maison de correction.»

Sous le régime d'une aussi douce loi, les quakers devaient disparaître rapidement. Du moins le pensait-on, et le gouverneur de Plymouth (aux États-Unis) disait «qu'en son âme et conscience, les quakers étaient gens qui méritaient d'être exterminés, eux, leurs femmes et leurs enfants, sans la moindre pitié».

Les colons Hollandais suivirent bientôt l'exemple de leurs voisins les puritains. Un nommé Robert Hodshone, accusé d'avoir tenu une réunion religieuse à Hamstead, fut attaché à l'arrière d'une charrette en compagnie de deux femmes qui lui avaient donné l'hospitalité, et traîné de la sorte jusqu'à New-York. Là, il fut mis dans l'obligation de payer une amende de 600 guilders (1.260 francs environ) et, ne le pouvant pas, fut condamné à travailler à la brouette (terme employé pour les condamnés), sous la surveillance d'un nègre qui avait ordre de le flageller avec des cordes selon son bon plaisir. Le gardien s'acquitta si bien de sa tâche que le malheureux fut bientôt dans l'impossibilité matérielle de faire le moindre travail. Pour ce, mis à nu jusqu'à la ceinture, il fut fouetté tous les deux jours, jusqu'à ce qu'il en mourut.

Les quakers n'en continuaient pas moins à prospérer, à tel point que des mesures plus rigoureuses encore furent prises à leur égard. Un nommé William Robinson fut condamné, à Boston, à subir le fouet, et banni ensuite de la ville, avec défense, sous peine de mort, d'y remettre les pieds. Le malheureux, attaché à l'affût d'un canon, reçut trente coups de fouet.

En 1662, un nommé Josiah Southick, dont les parents avaient été chassés de Boston, retourna dans cette ville. Arrêté immédiatement et attaché demi-nu à une charrette, il fut traîné dans les rues de Boston et fouetté sur tout le parcours, puis reçut la même punition à Rocksbury et le lendemain à Dedham, après quoi on le relâcha. Le fouet qui servit à cette exécution, manié à deux mains par le bourreau, était formé de cordes de boyaux, séchées puis nouées, et fixées à un long manche. La souffrance endurée par le patient fut vraiment terrible.

A Dover (New England), trois femmes, Anne Coleman, Mary Tomkins et Alice Ambrose furent condamnées à la peine du fouet. C'est un curieux document que l'arrêt de prise de corps qui fut lancé contre elles, après la sentence. Le voici:

«Les constables de Dover, Hampton, Salisbury, Newbury, Rowley, Ipswich, Wenham, Lynn, Boston, Roxbury, Dedham, sont requis, au nom du Roi, de s'emparer des Quakeresses (ici les trois noms suivaient), de les attacher à une charrette, et les conduisant à travers leurs villes respectives, de les fouetter sur leurs dos nus, avec un maximum de dix coups par ville; et de les conduire ainsi de commune en commune jusqu'à ce que les condamnées soient hors de cette juridiction, et les constables sus-désignés sont responsables de la bonne exécution de cette sentence.

Fait à Dover, par moi, Richard Malden, ce 22 décembre 1662.

Le sinistre cortège commença par une froide journée de décembre, et les trois malheureuses subirent leur peine stoïquement, excitant sur leur passage la pitié de quelques-uns de leurs doctrinaires. Ces derniers furent immédiatement mis au pilori.

Douces mœurs!…

L'une de ces trois femmes, Anne Coleman, fut de nouveau flagellée à Salem, avec quatre de ses amies. L'instrument employé alors était le chat à neuf queues.

Un nommé Wharton, ayant eu l'imprudence d'aller visiter les victimes dans leur prison, il fut décrété à son égard l'arrêt suivant:

«Aux Constables de Boston, de Charlestown, de Malden, de Lynn.

«Vous êtes requis respectivement.

«D'appréhender en sa propre demeure Edward Wharton, convaincu de vagabondage. Le constable de Boston devra lui appliquer trente coups de fouet sur le corps mis préalablement à nu.

«De le faire passer de commune en commune jusqu'à Salem, qu'il prétend être son lieu de résidence, en le fustigeant comme ordonné.

«La présente vous servira de mandat.

«Boston, le 30 juin 1664.»

Nous citerons encore un cas. C'est celui d'Anne Needham, qui, appartenant à la secte des quakers, fut mise à l'amende à Boston. N'ayant pu payer cette amende, cette femme fut fustigée cruellement et subit courageusement sa peine sans pousser un seul cri.

*

* *

Un journal de 1774 raconte de plaisante façon une histoire de flagellation qui trouve ici sa place:

Quelques quarante années auparavant, alors que bon nombre de naïfs avaient à se repentir de leur affiliation à une secte biblique rigoureusement interdite, le capitaine Saint-Léo, commandant d'un navire de guerre, était appréhendé pour s'être promené un dimanche; et ce fait, considéré à cette époque comme un crime, appelait sur la tête du coupable un châtiment exemplaire.

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Data wydania na Litres:
17 stycznia 2025
Objętość:
280 str. 17 ilustracji
ISBN:
4064066076740
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Właściciel praw:
Bookwire
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