Czytaj książkę: «Largillière : huit reproductions fac-simile en couleurs»
Henry Roujon
Largillière : huit reproductions fac-simile en couleurs

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066334079
Table des matières
DÉJA PARUS
POUR PARAITRE SUCCESSIVEMENT
LARGILLIÈRE
SA JEUNESSE
LA CARRIÈRE DU PEINTRE
LA PÉRIODE GLORIEUSE

DÉJA PARUS
Table des matières
VIGÉE LEBRUN.
REMBRANDT.
REYNOLDS.
CHARDIN.
VELASQUEZ.
FRAGONARD.
RAPHAEL.
GREUZE.
FRANZ HALS.
GAINSBOROUGH.
L. DE VINCI.
BOTTICELLI.
VAN DYCK.
RUBENS.
HOLBEIN.
LE TINTORET.
FRA ANGELICO.
WATTEAU.
MILLET.
MURILLO.
INGRES.
DELACROIX.
LE TITIEN.
COROT.
MEISSONIER.
VÉRONÈSE.
PUVIS DE CHAVANNES.
QUENTIN DE LA TOUR.
H. ET J. VAN EYCK.
NICOLAS POUSSIN.
GÉROME.
FROMENTIN.
BREUGHEL LE VIEUX.
GUSTAVE COURBET.
LE CORRÈGE.
H. VAN DER GOËS.
HÉBERT.
PAUL BAUDRY
ALBERT DÜRER.
HENNER.
LOUIS DAVID.
PHILIPPE DE CHAMPAIGNE
GOYA.
BASTIEN-LEPAGE.
DECAMPS.
ROSA BONHEUR.
FANTIN-LATOUR.
BOUCHER.
ZIEM.
PRUDHON.
LE BRUN.
RIGAUD.
GÉRICAULT.
TÉNIERS.
MEMLING.
CLAUDE LORRAIN.
THOMAS LAWRENCE.
MANTEGNA.
HORACE VERNET.
POUR PARAITRE SUCCESSIVEMENT
Table des matières
Ouvrages de la 3e Série
GUSTAVE MOREAU
RIBERA
HENRI REGNAULT
LE GRECO
ALFRED STEVENS
NATTIER
BENJAMIN CONSTANT
DIAZ
JORDAENS
WHISTLER
BURNE JONES
LE SUEUR

LARGILLIÈRE
Table des matières
ON raconte d’Hyacinthe Rigaud que, passant dans une rue de Paris en compagnie d’un gentilhomme, il salua avec les marques de la plus vive amitié un personnage qu’ils rencontrèrent. Et comme son compagnon s’informait de la qualité de ce personnage, Rigaud lui répondit:
— Celui-là, Monsieur, est un grand peintre, auprès duquel je ne suis qu’un enfant: c’est M. de Largillière.
Rigaud, qui était un modeste, se calomniait. Avec des qualités différentes, il était un grand peintre, lui aussi, et la postérité n’a pas ratifié le jugement sévère qu’il portait sur lui-même. Mais cet éloge de Largillière, dans sa bouche, prenait une valeur particulière: il honorait également celui qui le prononçait et celui qui en était l’objet. Nous trouvons même un rare et noble exemple de solidarité humaine dans l’amitié constante de ces deux artistes, qui étaient du même âge, qui exerçaient la même profession, dont la cour et la ville se disputaient le talent, sans éveiller en eux aucun sentiment de jalousie.
En se dépréciant ainsi devant Largillière, Rigaud obéissait à un mouvement spontané de son cœur. Or, il est rare que le cœur se trompe complètement. Largillière est vraiment un grand maître. Nous aurons l’occasion, au cours de cette étude, de montrer par quels côtés, par quelles qualités propres il se différencie de son illustre ami; nous indiquerons les raisons qui mettent sa peinture, aux yeux de certains, au dessus de celle de Rigaud; ici, nous nous contenterons de signaler qu’il apporta, dans l’art du portrait, une technique nouvelle, faite à la fois de scrupuleuse minutie dans le détail et de largeur dans la traduction des visages, qu’il avait rapportée des Flandres où il avait fait son éducation de peintre. Doué par la nature des dons les plus brillants, il aurait pu réussir dans tous les genres, s’il l’eût voulu et s’il n’avait délibérément spécialisé son talent dans le portrait.
“ Jamais peintre n’a été plus universel que M. de Largillière, dit Mariotte dans ses notes manuscrites sur l’Abecedario du P. Orlandi. Il a donné des preuves de son habileté dans tous les genres de peinture: histoire, portraits, paysage, animaux, fruits, fleurs, architecture. Il composait avec la plus grande facilité et jamais il n’y eût de plus grand praticien. A force d’avoir vu et examiné la nature, de l’avoir copiée exactement pendant plusieurs années et d’en avoir fait de grandes études, il ne se servait presque plus de modèles, de mannequin, ni de choses réelles devant ses yeux. Tout était présent dans son imagination... ” Cela est vrai, et pourtant Largillière, malgré l’universalité de son talent, n’a laissé dans l’histoire que la réputation d’un peintre de portraits, parce qu’il réunit dans ce genre toutes les qualités éparses dans les autres.
Le fait même de s’être spécialisé dans le portrait indique chez Largillière une grande finesse. La grande peinture était accaparée par Le Brun, artiste éminent mais ombrageux, qui supportait mal les concurrents et traitait en ennemis les artistes assez audacieux pour aller sur ses brisées. En adoptant le portrait que Le Brun négligeait comme un art de second ordre, Largillière courait la chance de gagner son amitié, et c’est précisément ce qui se produisit.
PLANCHE II. - PORTRAIT DE LARGILLIÈRE ET DE SA FAMILLE
(Musée du Louvre)
Dans cette magnifique peinture, Largillière s’est représenté en costume de chasse, dans un décor de campagne, avec sa femme et sa fille: tout est conventionnel dans ce tableau où les costumes, les attitudes sont manifestement cherchées, mais les figures vivent, les satins brillent et Largillière a voulu montrer qu’il traitait aussi bien le paysage que le portrait.

Au surplus, Largillière entrait dans la peinture à l’époque la plus favorable au genre qu’il avait choisi. Époque brillante et fastueuse qui réunissait, dans le cadre magnifique de Versailles, la société la plus raffinée qu’ait jamais vue le monde, groupée autour du plus glorieux des rois. Attirée par l’éclat de la Cour et par l’appât des faveurs qui s’y distribuaient, la haute noblesse de province avait déserté ses gentilhommières pour venir à Versailles quêter un regard ou une parole de Louis XIV, y vivre dans une sorte de domesticité dorée et y engloutir, dans les fêtes et la représentation, la fortune patrimoniale amassée par les ancêtres. Devenus courtisans, les grands seigneurs avaient abandonné les mœurs patriarcales de jadis; c’était à qui l’emporterait sur l’autre en munificence et en prodigalité. Le vêtement et la parure devinrent l’unique souci de ce monde brillant et vain. Pour complaire à ce besoin de paraître, la mode inventa ses plus prodigieuses créations, imagina des costumes d’un parfait ridicule mais d’une richesse inouïe, où les velours, les satins, les soies brochées se rehaussaient d’or, de passementeries, de dentelles rares. Dans cette Cour unique les hommes n’étaient pas moins parés que les femmes et l’on voyait les gens les plus graves s’affubler de rubans et de “ tuyaux ” sur toutes les coutures. Cette folie somptuaire, mise à la mode par le Roi, gagna jusqu’à l’armée: depuis les maréchaux de camp jusqu’au plus jeune lieutenant, tous les officiers ressemblaient à des petits-maîtres et cachaient sous de larges cravates de dentelles et de flottantes écharpes de soie la sévérité des cuirasses de guerre. Cela n’enlevait rien à leur bravoure et ils mouraient galamment, en ayant soin de ne point trop froisser leurs “ canons ”. Une invention plus étrange accrut encore la physionomie spéciale de cette époque, je veux parler de ces hautes perruques qui retombaient en boucles sur les épaules et qui donnaient à cette société déjà solennelle un nouveau surcroît de solennité.
Au milieu de cette frénésie de vanité, les peintres de portraits devaient trouver leur compte. Tous ces hauts seigneurs, dont l’unique gloire était de briller par le costume et l’élégance, tenaient à laisser à la postérité le témoignage de leur bonne mine sous ces atours de parade. En outre, se faire peindre était un luxe de plus, une preuve de richesse et d’aristocratie que les parlementaires et la riche bourgeoisie voulurent bientôt se donner à leur tour.
Rigaud et Largillière arrivaient donc à une époque exceptionnellement favorable pour leur talent; ils ne tardèrent pas à devenir les idoles de Paris et de Versailles. Nul ne savait comme Rigaud parer de noblesse et de hauteur ses prétentieux modèles; Largillière, lui, les peignait avec moins d’emphase, mais il s’attachait à les flatter en accentuant la finesse des traits, l’élégance de la tournure, le brillant des velours et des soies. Moins solennel que son ami, plus flatteur, plus courtisan, il plaisait davantage aux femmes dont il notait avec amour la beauté fine, les mouches séduisantes, dont il faisait valoir les corsages à long busc et les robes ramagées. Il rehaussait d’ailleurs ces qualités d’à propos par des qualités très solides de dessin et de coloris, et il a eu cette fortune de plaire à la fois à son temps et à la postérité. Ses œuvres, encore plus recherchées aujourd’hui qu’au grand siècle, témoignent de son rare mérite et il se place en bon rang, sinon au premier, dans la glorieuse lignée des grands maîtres du portrait.
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