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Eugénie Foa

Le petit poète


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066307851

Table des matières

LES VEILLÉES LITTÉRAIRES.

LE CHIEN DE LORD BYRON

LES PAQUES VÉRONAISES

LE CHASSEUR ÉGARÉ

I.

II.

III.

CRIME ET REPENTIR

PIÉTÉ FILIALE ET DEVOUEMENT FRATERNEL

LA SŒUR DU JOUEUR

I.

II.

III.

LA PRÉDICTION

NOTRE-DAME-DE-LA-GARDE

I.

II.

III.

L’ÉPREUVE


LES VEILLÉES LITTÉRAIRES.

Table des matières


Je vais te la dire pendant que tu donneras à manger a tes poules.


LE PETIT POÈTE

Table des matières


Deux heures de l’après-midi sonnaient à toutes les églises de Rome; au même instant, la cloche du Capitole donna le signal de la fête; on était au mardi précédant le Mardi-Gras de l’année 1708.

A ce moment-là, un homme de quarante-quatre ans environ, petit, maigre, le visage triste et empreint de cette mélancolie pensive que témoigne une pâleur studieuse, entrait dans la rue du Corso; mais, au premier pas qu’il fit dans cette rue, il s’arrêta étourdi, ébloui, incapable d’avancer.

Cette grande rue du Corso, si large, si droite, qu’on peut, du palais de Venise qui la commence, apercevoir la place du Peuple qui la termine, se trouva tout d’un coup, et comme par enchantement, remplie d’une foule immense de masques de toutes les grandeurs, de tous les âges, de toutes les bigarrures; il y en avait en carrosse, il y en avait à pied, il y en avait à cheval; il en débouchait de toutes les rues adjacentes, il en surgissait à toutes les croisées des maisons; on en voyait poindre jusque sur les toits, puis des balcons qui ornent toutes les façades; on voyait descendre des tapis de toutes les couleurs qui, s’agrafant au balcon même et se trouvant ainsi suspendus, faisaient que maisons et habitants s’unissaient comme pour faire ensemble une longue mascarade.

Ce spectacle si singulier, même pour les Romains, qui y sont habitués, avait rendu immobile et muet l’homme que vous savez, et avait même fait perdre à ses traits cet air de langueur qui leur était habituel. Mais bientôt, soit à cause de son costume sérieux et qui ne ressemblait en rien à ceux bariolés de ses voisins, soit à cause de l’absence de tout masque sur son visage, il devint le but des attaques de toute cette joyeuse population; c’étaient des bouquets que lui jetaient les femmes en passant, c’étaient des bonbons et des oranges qu’on faisait pleuvoir sur lui du haut des voitures, c’étaient des nuages de farine qui lui entraient dans les yeux, dans la bouche, et le rendaient semblable à un meunier dans l’exercice de ses fonctions.

Étourdi par tout ce brouhaha, notre étranger ne savait où se fourrer pour échapper à ce déluge d’objets de toutes sortes qui l’assaillissaient, lorsqu’il se sentit pris entre deux jambes de bois; il leva la tête et aperçut, juché sur deux longs bâtons, un grand paillasse dont le large pantalon blanc, retombant jusqu’à terre, lui donnait l’apparence d’un géant. Puis, du haut de ce colosse, une voix partit qui, dans des accents modulés et pleins d’harmonie, se mit à lui chanter.

Salut au seigneur Gravina

Jean Vincent,

Célèbre jurisconsulte de Roggiano,

Petite ville de la Calabre ultérieure

Peu éloignée de Cosenza,

Salut, salut à l’auteur

De la tragédia di Cristo.

Étonné, non de s’entendre nommer, car il était assez connu à Rome, mais de cette voix enfantine et mélodieuse qui sortait d’un si grand corps, il leva les yeux et chercha à démêler, soit dans sa tournure, soit dans les traits de celui qui l’interpellait d’une façon si étrange et en même temps si suave, quelque indice qui put le lui faire reconnaître; mais impossible de rien distinguer dans cette longue personne; on ne savait où commençait le corps ni où il finissait; et, quant au visage, cette tête qui riait, qui chantait, qui se remuait si grotesquement, était tellement barbouillée de farine qu’on ne pouvait distinguer même la couleur des cheveux.

Force fut donc au seigneur Gravina de poursuivre sa route en cherchant à se frayer un passage au milieu de cette cohue si compacte, si serrée, si bruyante, si animée.

Toutefois, et avec beaucoup de peine, il atteignit une maison au bas de laquelle était située une boutique de barbier; il se réfugia dans la boutique.

— Vite, signor Gavarino, dit-il en se laissant tomber sur une chaise, vite, lavez-moi, peignez-moi, rasez-moi; je suis moulu, aveuglé, assourdi.

— Per Bacco! signor Gravina, répondit le barbier se mettant en besogne, il fallait le carnaval pour desserrer les dents de votre seigneurie! Depuis tantôt huit ans que vous êtes l’hôte de notre propriétaire, le seigneur Paolo Coardo de Turin, que j’ai l’honneur de barbifier, ainsi que vous, je ne vous en ai jamais entendu dire autant.

Gravina sourit sans répondra; enhardi par ce sourire, Gavarino reprit: — Avez-vous été reconnu dans la foule, signor?

— Seulement par un paillasse... la voix la plus délicieuse; j’en ai encore le timbre enchanteur dans l’oreille.

— Un petit paillasse? demanda le barbier.

— Un grand, presque un géant.

— Je n’y suis plus; s’il avait été petit, j’aurais su qui c’était; il n’y a pas deux voix comme celle-là dans Rome, monseigneur.

— Comme laquelle? demanda Gravina.

— Celle du petit Pierre-Bonaventure Trapassi; imaginez-vous, signor, un enfant de dix ans, un enfant du peuple, quoi! qui ne sait lire que dans un livre, la Jérusalem délivrée, et qui improvise des vers qui laissent bien loin derrière eux, per Bacco! les vers de Torquato Tasse de Sorrente, et ceux de Bernardo Tasse, son père... Vous haussez les épaules, signor, et parce que je suis un barbier vous pensez que je ne peux pas bien juger des vers... mais, per Bacco! on a beau manier le rasoir, la lancette, une houppe à poudre, cela n’ôte pas l’oreille et l’âme, et c’est ce qu’il faut pour juger des vers...

— Et où l’entend-on, ce petit phénomène? demanda Gravina, dont la toilette était faite et qui se dirigeait vers une porte de la boutique qui donnait sur une cour intérieure de la maison où il demeurait.

— Tous les soirs, au Champ de Mars, répondit le barbier.

A cinq heures, la cloche du Capitole s’étant de nouveau fait entendre, les voitures qui encombraient les rues furent averties de se retirer, et la rue du Corso se trouva libre; Gravina se décida à sortir une seconde fois pour aller faire sa promenade habituelle sur les bords du Tibre. D’ordinaire il choisissait les côtés les plus sauvages et les plus éloignés du bruit de la ville; c’était ordinairement une petite plaine sablonneuse, couchée paresseusement entre des rochers verdoyants, et sur le sable de laquelle venaient mourir les vagues jaunes et molles du Tibre.

Assis sur une roche qui dominait la plaine, Gravina fut bientôt distrait de ses pensées rêveuses par une voix ravissante qui chantait des paroles inconnues sur un rhythme des plus originaux; c’était la voix du grand paillasse du matin. Le jurisconsulte le chercha des yeux, mais il ne vit que deux vaches qui s’ébattaient sur le sable, et un peu plus loin trois enfants qui jouaient.

L’aîné de ces enfants, qui pouvait avoir dix ans, et dont la figure ouverte et riante marquait l’insouciance la plus absolue, était à genoux; il portait à cheval sur son dos une petite fille de deux ans, tenue à la lisière par une autre jeune fille plus grande et du même âge à peu près que le petit garçon. Machinalement, Gravina cessa de chercher son grand paillasse pour s’occuper de ce groupe charmant, duquel partaient de temps à autre des éclats de rire d’une gaieté franche et pure, des cris d’une joie sauvage et libre.

Mais bientôt ces cris cessèrent, et les chants se firent entendre de nouveau: le grand paillasse était donc aussi par là caché quelque part. Gravina s’éloigna des enfants pour se remettre à la poursuite du propriétaire de cette voix, si séduisante qu’elle remuait son âme et l’agitait des plus douces émotions; mais en s’éloignant des enfants il s’éloignait aussi de la voix; quand il les eut perdus de vue, il n’entendit plus rien.

Gravina rentra chez Paolo Coardo de Turin pour y prendre le repas du soir; puis après souper il s’achemina avec son hôte vers le Champ de Mars pour y jouir de l’effet d’une mascarade aux flambeaux, spectacle donné par les plus riches habitants de Rome. En avançant sur le Champ de Mars, ils furent tous les deux salués par le barbier Gavarino.

— Si leurs seigneuries veulent juger si j’ai raison, dit cet homme en s’inclinant devant ses deux pratiques, le petit Trapassi est là.

Et le barbier désigna du doigt un groupe assez nombreux.

— Êtes-vous curieux d’entendre ce prodige? demanda Paolo Coardo à Gravina.

— Mais oui, dit celui-ci; la voix humaine harmonieusement modulée a un charme pour moi dont je ne peux me défendre, répondit le jurisconsulte.

— Eh bien! avançons, lui dit son hôte.

Et ils avancèrent.

Un silence religieux semblait planer sur toutes ces personnes agglomérées dans ce coin assez écarté du Champ de Mars, tandis qu’un peu plus loin tout était bruit et mouvement.

— Chut! dirent quelques personnes de ce groupe silencieux aux deux étrangers qui causaient en cherchant à se faufiler parmi elles.

— Chut!... écoutez... il va commencer.

Et comme tous les regards se portaient vers un point du centre, Gravina chercha ce point et ne put retenir une exclamation de surprise.

A la clarté d’une de ces belles nuits étoilées et claires de l’Italie, le Calabrais vit un enfant couché par terre; en le regardant bien, il crut reconnaître l’enfant de la plaine des bords du Tibre, celui qui faisait le cheval, bien que l’expression de ce jeune et beau visage fût tout à fait changée. Ce n’était plus cette figure animée et insouciante du matin, ces beaux yeux noirs brillant du feu d’une gaieté folle. C’était une expression triste et rêveuse, une pose élégamment paresseuse, une nonchalance aristocratique répandue sur ce jeune enfant, et qui contrastait avec la misère attestée par ses vêtements délabrés.

Au milieu de toutes ces observations, l’enfant ouvrit la bouche et chanta... C’était encore la voix ravissante du grand paillasse. Ainsi plus de doute, le grand paillasse, le vacher de la plaine, le petit chanteur du Champ de Mars, ce n’est plus qu’une seule et même personne. Et cependant quelle variété dans le chant! Dans la rue du Corso, c’étaient des paroles carnavalesques sur un air qui sentait la folie; dans la plaine du bord du Tibre, c’était une de ces mélodies naïves et gracieuses comme doivent en chanter les anges au ciel; ici, c’était une mesure large, lente, sévère, et à chaque note les paroles étaient appropriées; il était constant que l’auteur de l’air était l’auteur des paroles; et tout ce talent réuni dans une petite créature de dix ans! Quand il eut cessé de chanter, Gravina fendit la foule et s’élança vers lui.

— Tiens, lui dit-il, voilà pour le plaisir que tu viens de me causer!

Et le jurisconsulte mit une pièce d’or dans la main de l’enfant; celui-ci se releva d’un seul bond.

— Une aumône, à moi! dit-il, l’œil et le geste animés.

Et remettant l’or dans la main qui venait de le lui donner:

— Laissez-moi passer, signor Gravina, ajouta-t-il, essayant effectivement de passer outre.

— Tu méconnais donc? lui dit le jurisconsulte le retenant au passage.

— Oui, dit fièrement l’enfant, ma mère, qui est veuve et pauvre, habite la cave de l’hôtel où vous demeurez; laissez-moi passer, vous dis-je.

— Passer, passer... répéta Gravina en riant, c’est ce que je ne veux pas; tu as du talent et de la fierté, je t’aime, enfant; tu n’as plus de père, je serai ton père... tu n’as pas de fortune, je te donnerai la mienne!... Et quant à cette parole si superbe dans ta bouche, laissez-moi passer, j’en ferai ton nom, Métastase .

EUGÉNIE FOA.

LES VEILLÉES LITTERAIRES.


Attends donc, Jacques, vois comme il est essouflé...


LE CHIEN DE LORD BYRON

Table des matières


Tout ce qui se rattache à la vie des hommes illustres a droit à notre intérêt. Vous avez tous sans doute entendu prononcer le nom de Georges Byron, cet illustre poëte dont les écrits ont exercé une si grande influence sur la littérature de notre temps, et qui, par le rôle glorieux qu’il a joué dans les affaires de la Grèce lors de l’héroïque insurrection des descendants de Thémistocle et de Périclès, s’est trouvé mêlé à quelques-uns des principaux événements de l’histoire contemporaine. Il s’agit en cette circonstance d’une catastrophe qui, dans son enfance, faillit lui coûter la vie. Cette historiette est de la plus grande authenticité.

L’enfance de Byron se passa au milieu des montagnes de l’Écosse. Il avait déjà ce caractère audacieux et entreprenant dont sont empreintes toutes les phases de sa trop courte existence. Malgré son infirmité (il était boiteux de naissance), il ne passait pas un seul jour sans parcourir en tous sens les rochers de l’agreste Calédonie. Pour l’accompagner dans ses excursions journalières, Georges s’était fait un ami fidèle: c’était un dogue magnifique et d’une force extraordinaire. Entre l’enfant et l’animal s’était établie une étroite intimité. A Ralph, Byron avait fait construire, sous de frais ombrages, une niche commode et solide où le chien n’avait à redouter ni le froid glacial de ces contrées, ni les ardeurs du soleil lorsqu’il brillait au zénith. A Ralph, c’était Byron qui, tous les matins, allait porter sa ration journalière. Aussi, lorsque la main du jeune enfant glissait caressante le long des poils du fier animal, entendait-on aussitôt ce dernier pousser un doux grognement qui indiquait le plaisir.

Furieux, terrible à l’approche d’un étranger, il se couchait la tète entre les pattes, ou bien encore faisait mille contorsions, mille gestes, pour exprimer son bonheur à l’aspect de son protégé. Malheur à qui aurait voulu toucher à un cheveu de la tête de Georges en présence de Ralph: plus prompt, plus terrible que la foudre, ce dernier se fût précipité sur l’agresseur, et, sans que rien eût pu l’en empêcher, pas même la voix de son ami, il l’aurait étranglé.

Un jour, le soleil dorait à peine la cime des montagnes, promenade ordinaire du chantre futur de Child-Harold, Byron, suivi de Ralph, partit et s’enfonça dans les défilés pittoresques qui conduisent à Javercanld; il avait pris pour but de sa course cette chute d’eau que l’on appelle the Linn of dee; il voulait aller contempler cette pluie brillante de cristal suspendue dans l’air. Pour y parvenir, il fallait gravir un tertre fort escarpé. Déjà l’enfant en avait presque atteint le sommet, lorsque l’horizon fut tout à coup obscurci par l’un de ces impénétrables brouillards qui descendent fréquemment avec tant de rapidité sur les hauteurs, que dans l’espace de quelques minutes ils changent les jours en nuits. Perdu au milieu de l’obscurité, Georges voulut néanmoins avancer encore; mais une touffe de bruyères lui enlace le pied, il perd l’équilibre, il tombe en poussant un cri. Aussitôt Ralph se précipita vers lui. Lorsque le brouillard fut dissipé, tous les deux avaient disparu.

D’abord la mère de Byron, ne le voyant pas revenir, ne s’inquiéta pas beaucoup de son absence; plusieurs fois il lui était arrivé de rester une partie de la journée sans reparaître à Aberdeen; mais, lorsque les dernières lueurs du jour eurent annoncé la venue prochaine de la nuit, la sécurité fit place à l’inquiétude. Celte inquiétude se changea bientôt en de mortelles alarmes lorsque, les ténèbres étant devenues de plus en plus épaisses, nul indice de Georges ne se manifesta. Déjà depuis longtemps tous les habitants d’Aberdeen s’étaient mis à sa recherche. Leur front soucieux, à leur retour, témoignait assez que leurs efforts pour le découvrir avaient été infructueux. Éperdue, éplorée, lady Byron se livrait au plus effroyable désespoir; elle voulut elle-même, avec la nourrice de Georges qui l’avait tant de fois bercé au récit des sombres ballades du pays, la bonne May Gray, parcourir à la lueur des flambeaux les lieux qu’affectionnait l’enfant. Elle n’entendit, au milieu du silence de la nuit, que le sifflement du vent qui gémissait à travers les bruyère, que le bruit des cataractes dont ces montagnes abondent. Il lui fallut renoncer à ces recherches qu’il eût été aussi dangereux qu’inutile de continuer à cette heure. Elle passa le reste de la nuit en prières, invoquant le ciel pour le salut de son fils bien-aimé.

Ralph, non plus, n’était pas reparu.

Le lendemain matin, à la pointe du jour, le voyageur qui se serait arrêté pour réclamer l’hospitalité à Aberdeen aurait en vain demandé ses hôtes ordinaires, il n’y aurait rencontré qu’un jeune pâtre chargé de veiller sur l’habitation; mais il aurait pu entendre les échos de la montagne retentir du nom sans cesse répété de Georges Byron. Tout à coup, tandis que le pâtre se tenait debout sur le seuil de la demeure solitaire, il aperçut Ralph qui accourait haletant; il s’élança au-devant de lui; mais le chien, sans s’arrêter, se précipita dans l’intérieur de la maison; il paraissait exténué. Toutefois, à peine eut-il reçu un morceau de pain, que sans l’entamer il le saisit dans sa gueule et s’enfuit à toutes jambes sans répondre aux appels réitérés du pâtre.

Après s’être inutilement fatigués à parcourir ces montagnes, milady et tous ceux qui l’avaient accompagnée regagnèrent Aberdeen pour prendre quelque repos. Le désespoir de la pauvre mère était effrayant; elle voulait mourir. Cependant, une lueur d’espérance traversa son esprit en proie aux plus poignantes angoisses, lorsqu’elle apprit du jeune berger l’apparition de Ralph et son départ subit.

Elle voulait de nouveau recommencer immédiatement ses recherches, mais la force lui manqua, et succombant à ses émotions, elle tomba dans un long évanouissement. Elle n’en fut tirée que par les aboiements de Ralph qui était là bondissant devant elle, et qui semblait demander encore sa pitance; elle donna l’ordre de lui apporter un morceau de pain qu’elle présenta elle-même à l’intelligent animal en observant tous ses mouvements. A peine s’en était-il saisi, qu’ainsi qu’il l’avait fait le matin, il partit comme un trait. Frappées de cette singularité, lady Byron et la nourrice s’élancèrent sur ses traces. Cette fois, à l’appel de sa maîtresse, le chien suspendit sa course; il se mit à japper au-devant d’elle d’un air joyeux, et en la regardant comme pour l’inviter à le suivre. Tout à coup la bonne May Gray aperçut un papier attaché à l’une des pointes de son collier; elle le prit et le remit à lady Byron, qui faillit expirer de bonheur en lisant ces mots tracés au crayon de la main de son fils sur un feuillet détaché de son portefeuille:

«Ma bonne mère, rassurez-vous, je vis encore. Hier, j’ai été

«surpris par un épais brouillard. Je voulus néanmoins continuer

«ma route; mais, je ne sais comment cela se fit, je tombai

«les pieds embarrassés dans les bruyères, et je roulai dans

«un précipice. J’allais sans doute me briser la tête contre les

«pierres qui en garnissent le fond, quand je me sentis saisi par

«le pan de mon habit; c’était Ralph qui était accouru et me retenait

«ainsi suspendu sur l’abîme. J’étendis les bras et je rencontrai

«quelques ronces; je m’y cramponnai; mais jugez de

«mon effroi lorsque, le brouillard une fois dissipé, je me vis

«ainsi accroché au-dessus d’un gouffre dont mon œil pouvait à

«peine mesurer la profondeur. Je voulus essayer de remonter,

«mais ce fut en vain; je pris alors le parti de descendre jusqu’au

«fond. J’ai passé une nuit horrible, car je pensais à

«vous, ma mère, aux inquiétudes dans lesquelles ma disparition

«allait vous plonger. J’avais bien froid, mais Ralph, en

«s’étendant sur moi, me réchauffa. Ce matin, une faim cruelle

«me dévorait. Tout à coup, Ralph, qui grimpe beaucoup

«mieux que moi, me quitta. Je me crus abandonné et je pleurai

«amèrement; mais, au bout d’une heure à peu près, je fus

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Ograniczenie wiekowe:
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Data wydania na Litres:
16 stycznia 2025
Objętość:
96 str. 27 ilustracji
ISBN:
4064066307851
Wydawca:
Właściciel praw:
Bookwire
Format pobierania: