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Étienne Molard
Dictionnaire grammatical du mauvais langage
Recueil des expressions et des phrases vicieuses usitées en France, et notamment à Lyon

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066084448
Table des matières
AVERTISSEMENT.
DICTIONNAIRE GRAMMATICAL DU MAUVAIS LANGAGE.
A.
B.
C.
D.
E.
F.
G.
H.
I.
J.
L.
M.
N.
O.
P.
Q.
R.
S.
T.
U.
V.
X.
Y.
PRÉCIS DES REGLES DE LA PROSODIE.
E.
I.
O.
U.
LA ROSE ET LE BUISSON.
AVERTISSEMENT.
Table des matières
L'épigraphe qu'on a mise à la tête de ce petit ouvrage en fait connoître le but, en prouve l'utilité, et le succès des deux premieres éditions la confirme. Si, malgré leur imperfection, elles ont eu un si heureux débit, que ne doit-on pas espérer de celle-ci, qui a été revue avec soin, et qu'on a augmentée de plus d'un tiers? On y trouvera la solution de plusieurs difficultés qui ne sont éclaircies dans aucune grammaire; on a assigné, autant qu'on l'a pu, l'étymologie des locutions vicieuses; on y a inséré quelques anecdotes qui tiennent au sujet; enfin, on n'a rien négligé pour que cette brochure devînt élémentaire et fût un juge sûr de toutes les discussions qui peuvent s'élever en matiere de langage.
L'art de la parole est l'interprête de nos pensées et de nos affections; il est le lien le plus essentiel de la société, comme il en est le plus bel ornement. Si les langues distinguent les nations entr'elles, la maniere de parler la sienne annonce la société qu'on fréquente. Celui qui réunit l'exactitude à l'élégance, prouve qu'il a cultivé son esprit, et qu'il a vécu dans un monde choisi: il parle, et la persuasion coule de ses levres; au contraire, celui dont la prononciation est vicieuse, celui qui défigure la langue par l'abus et l'impropriété des termes, qui dénature les mots dans quelques-unes de leurs syllabes, qui leur donne un genre et un nombre qui n'est pas le leur, choque l'oreille, en affichant son ignorance. Je dis plus, la pureté du langage fait présumer celle du cœur. Parmi les objets de l'enseignement le talent de la parole doit donc tenir un rang distingué. La langue française qui a, par dessus toutes les autres, l'avantage d'être devenue universelle; avantage, dit M. de Laharpe, qu'elle doit au grand nombre de ses bons écrivains et à la supériorité de notre théâtre, mérite particulierement nos soins. Elle est l'organe de la politique et de la vérité dont elle a la marche simple et naturelle: la clarté et la netteté qui lui sont propres en ont fait l'idiome des sciences et des arts.
Un écrit dont le but est d'épurer notre élocution doit être favorablement accueilli. Lyon, il faut en convenir, soutient mal, dans son langage, la brillante réputation que son commerce et son industrie lui ont acquise. Si nous quittons nos foyers, on devine notre patrie à notre prononciation traînante et à quelques mauvaises expressions qui nous sont particulieres. L'objet de cet ouvrage est de rendre ce reproche injuste à l'avenir. Passons à l'utilité du Dictionnaire qu'on offre au public.
Quelque grand que soit le nombre des vocabulaires, il n'y en a point qui remplisse le but qu'on se propose dans celui-ci. Tous sont destinés à nous faire connoître la signification des expressions consacrées par le bon usage; aucun ne nous apprend que tel mot usité n'est pas français, et qu'il faut lui en substituer tel autre; aucun ne nous avertit que nous parlons mal; aucun, en un mot, ne nous conduit de l'erreur à la vérité, et dans le doute, nous n'avons pas de moyen de l'éclaircir.
D'ailleurs, dans les Dictionnaires, on considere les mots pris séparément, sans aucun rapport à la syntaxe. Dans celui-ci, non seulement on releve les mots surannés ou altérés dans leur forme, leur genre et leur nombre, mais encore les tournures incorrectes et contraires au génie de notre langue; les fautes échappées à nos meilleurs écrivains, fautes qu'il est d'autant plus important de faire connoître, que la réputation de ceux qui les ont commises, leur imprime, pour ainsi dire, un caractere de perfection.
Il est encore un avantage qui semble appartenir exclusivement à ce recueil. On y désigne les mots qui sont employés dans une acception qu'ils n'ont jamais eue. On sait que les mots sont, aux yeux des grammairiens philosophes, les signes des choses, comme la monnoie est le signe de la valeur; et les erreurs du premier genre ont été plus fatales que celles du dernier. C'est, faute de donner aux enfans une juste idée des termes, qu'ils portent des jugements faux; c'est l'ignorance de la véritable signification des mots qui fait naître et éternise les disputes. Si les jeunes gens avoient des termes de notre langue une idée aussi précise que de nos chiffres, ils seroient aussi sûrs de la justesse de leurs raisonnemens que les géometres le sont de l'exactitude de leurs calculs.
Enfin, s'il est vrai que rien ne rapproche plus les esprits et les cœurs que la facilité de s'entendre, il est à désirer qu'il n'y ait qu'un seul langage dans toutes les divisions de la France, et c'est en mettant sous les yeux le tableau des expressions défectueuses qui leur sont particulieres, qu'on peut espérer d'y parvenir.
Tels sont les motifs qui ont déterminé l'Auteur à s'occuper de ces recherches, fastidieuses sans doute, mais que sa profession lui a rendues faciles. Si son livre est utile, il n'oubliera pas qu'il est redevable d'une partie de son succès, aux lumieres d'un savant grammairien, dont tous les loisirs sont des titres à la reconnaissance de la jeunesse et des trésors pour ceux qui se vouent à l'enseignement de la langue française. M. Morel, membre de l'Institut national, lui a communiqué les observations qu'il avoit faites sur les deux premieres éditions, et il les a répandues dans celle-ci, pour la rendre plus complette. En se livrant à un travail aussi ingrat, il a moins consulté son amour-propre que l'intérêt de ses concitoyens. Des écrivains supérieurs n'auroient jamais voulu s'occuper d'un ouvrage où il y a tant de dégoûts à dévorer, et si peu de gloire à recueillir.
Comme les Lyonnais ont non seulement une prononciation traînante, mais encore vicieuse, l'Auteur a joint à ce Dictionnaire un abrégé des regles de notre prosodie, afin qu'on puisse, aidé du secours de son livre, éviter des fautes qui décéleroient une ignorance grossiere. Ce précis sera suivi d'une fable du même auteur, dans laquelle il indiquera, par des signes connus, les longues et les breves, et la nature des sons sur lesquels l'erreur est commune. Ces principes seront plus développés dans un ouvrage, dont l'Auteur s'occupe, et qui aura pour titre: l'Art de lire en société.
DICTIONNAIRE
GRAMMATICAL
DU MAUVAIS LANGAGE.
Table des matières
OU
RECUEIL
Des expressions et des phrases vicieuses usitées en France, et notamment à Lyon.
A | B | C | D | E | F | G | H | I | J | L | M | N | O | P | Q | R | S | T | U | V | X | Y
A.
Table des matières
À. Cette préposition est souvent employée deux fois pour un même régime ou complément1, et c'est alors une faute. Boileau, si rigoureux observateur des regles de la langue françoise et du goût, a fait un solécisme dans le premier vers d'une de ses plus belles épîtres:
C'est à vous, mon Esprit, à qui je veux parler.
Pour rendre la phrase réguliere, il faudroit dire: c'est à vous, mon esprit, que je veux parler, en retranchant la seconde préposition qui tombe sur le même régime. Par la même raison, l'on ne doit pas dire: c'est à toi à qui je parle, mais c'est à toi que je parle; ni c'est à vous à qui j'en veux, mais c'est à vous que j'en veux; c'est comme si l'on disoit: j'en veux à vous.
Abajoue. Partie de la tête du cochon, depuis l'œil jusqu'à la mâchoire; dites, Bajoue, s.f.
Abandon. Acte par lequel un débiteur transmet à ses créanciers la propriété de ses biens; dites, Abandonnement. L'abandon est l'état d'une personne ou d'une chose délaissée: il a fait l'abandonnement de tous ses biens à ses enfans, et ses enfans le laissent dans l'abandon. En un mot, l'abandonnement est un acte; l'abandon n'est qu'un état passif.
Aboucher. S'aboucher; pour se pencher en avant. Aboucher signifie se rencontrer dans un même lieu, pour conférer ensemble ou bouche à bouche; mais ce mot ne signifie jamais se pencher en avant. Ne dites pas non plus, tomber à bouchon, mais tomber sur le ventre ou sur le visage. Cette expression manque à notre langue; on ne peut en exprimer la signification que par une périphrase.
Abstrait. Un homme qui ne fait pas attention à ce qu'on dit ou à ce qu'on fait; dites, distrait. On confond, mal à propos, ces deux mots. Le mot abstrait exprime une qualité considérée à part: la bonté est un terme abstrait; un homme est abstrait, quand il est tellement occupé d'un objet, qu'il ne voit pas ce qui se passe autour de lui: Archimede étoit abstrait, lorsqu'on faisoit le siége de Syracuse, et qu'occupé à tracer des figures géométriques, il ne s'appercevoit pas que l'on prenoit la ville. Un homme est distrait quand, sans être occupé, il ne voit rien, ne fait attention à rien. Cet homme dont parle M.me de Sévigné, qui, ayant versé dans un fossé, disoit à ceux qui venoient lui donner du secours: Messieurs, qu'y a-t-il pour votre service? étoit un homme distrait dans toute l'étendue du mot. C'est la distinction que l'abbé Girard établit dans ses synonymes.
À cacaboson. Se mettre à cacaboson; se tenir dans une posture où la plante des pieds touchant à terre, le derriere touche presque aux talons; dites, se mettre à croupeton.
Accompagneur. Celui qui accompagne, lorsqu'on fait de la musique; dites, accompagnateur, s.m.
Accoucher. Mettre un enfant au monde: cette femme a accouché; dites, cette femme est accouchée. Le chirurgien accouche; la femme est accouchée. Dans le premier cas, le verbe est actif; dans le second, il est neutre.
À celle fin que. Dites, afin que.
À cha un; à cha deux. Pour dire, un à la fois, deux à la fois. Autrefois on disoit, chas deux, chas trois; ce qui tombe deux à deux; trois à trois.
Achis. Mets composé avec de la viande ou du poisson. Ce mot s'écrit et se prononce avec une h aspirée. Dites, un bon hachis. L'achis est une plante.
Acquérir. Obtenir à prix d'argent ou de toute autre maniere. L'e doit être prononcé d'une maniere fermée, et marqué d'un accent aigu; dites donc, acquérir, acquéreur. Acquérir est un verbe2 qui prend deux rr au futur et au conditionnel: j'acquerrai, j'acquerrois.
Aculer. Il se dit des bottes, des souliers qui s'abaissent par derriere, sur le talon; dites, éculer: éculer son soulier. Acculer signifie pousser quelqu'un, le réduire en un coin: il l'a acculé contre le mur.
Affranchissage. Payer l'affranchissage d'une lettre; dites, l'affranchissement, s.m.3.
Agacin. Espece de calus ou de dureté; dites, cor, s.m.: avoir des cors aux pieds.
Age; agé. Dans ces deux mots l'a est fort ouvert, et prend l'accent circonflexe, âge, âgé. Il est long sans accent dans sable, table, fable, rable, diable, délabrement, etc.
Agi. Il en a mal agi avec moi; dites, il en a mal usé avec moi. On use de quelque chose; on en use; mais on n'agit pas de quelque chose; on n'en agit pas.
Agotiau, s.m. Espece de pelle creuse, à rebords, dont on se sert pour vider les bateaux; dites, écope, s.f.: ce batelet fait eau; il faut le vider avec une écope.
Aiguiser, v. Rendre pointu, rendre tranchant; prononcez l'u et l'i, qui forment une diphtongue, comme dans aiguille: aiguiser un couteau.
L'un sait d'un trait piquant aiguiser l'épigramme.
Boileau.
Ails, s.m.pl. Espece d'oignons d'une odeur très-forte. On dit souvent: craignez-vous les ails? Ce substantif et presque tous ceux qui finissent en ail et en al, changent au pluriel cette terminaison en aux, et le mot dont il s'agit fait aulx: on a mis des aulx dans cette salade; on peut dire aussi, des ails; cependant je conseille d'employer de préférence le singulier. Camail, détail, sérail, éventail, mail, etc. ne sont point soumis aux principes que nous venons de poser; ils ne changent point leur terminaison au pluriel; ils ne prennent que l's.
Ainsi, par conséquent. Ces deux mots réunis forment un pléonasme vicieux; c'est-à-dire, que ces deux termes disent la même chose; l'un des deux suffit.
Air. Aller grand air et belle manière; dites, grand'erre; ce mot est féminin. On doit dire, aller grand'erre, pour dire, faire trop grande dépense.
Air. Cette femme à l'air bonne. Il y a un solécisme dans cette proposition; car le mot bonne se rapportant, ou devant se rapporter au substantif air, qui est du genre masculin, il faut dire l'air bon: elle a l'air bon, et cependant elle n'est pas bonne. Dans la derniere proposition, l'adjectif4 bonne est en rapport avec la personne ou le sujet qui est du genre féminin; au lieu que dans la premiere, bon se rapporte au mot air.
La vertu toute nue a l'air trop indigent; Et c'est n'en avoir point que n'avoir point d'argent.
En 1792, il y eut un pari de cent louis, sur la question de savoir s'il falloit dire: cette soupe a l'air bonne, ou cette soupe a l'air bon, M. de Laharpe fut pris pour juge; et M. Domergue nous apprend que cet Académicien jugea qu'il falloit dire: cette soupe a l'air bonne. M. Morel, qui m'a communiqué cette anecdote, ajoute: «Je ne connois pas les raisons de M. de Laharpe; j'imagine pourtant qu'il a dû faire une distinction entre avoir l'air bon, et avoir un air bon; avoir l'air bon signifie, paroître bon, en latin videri bonus; avoir un air bon se rendroit par præbere faciem, speciem bonam. Dans le premier de ces exemples, bon qualifie le sujet, et dans le second, il qualifie l'objet, faciem, speciem. Quand je dis: cette femme a l'air bonne, c'est comme si je disois: cette femme a l'air d'être bonne, ou paroît bonne, ou paroît être bonne. Le mot l'air, dans cette femme a l'air bonne, est pris dans une acception étendue; dans a un air bon, au contraire, le mot air est pris dans une acception restreinte, au moyen de l'adjectif un. Je crois donc, pour les raisons que je viens d'exposer, qu'il faut dire: cette femme a l'air bonne, spirituelle; cette soupe a l'air bonne, et qu'il seroit ridicule de dire que la femme a l'air bon, spirituel, et que la soupe a l'air bon.»
Malgré ces deux autorités respectables, je persiste à croire que bon qualifie air; car j'attribue la bonté à l'air, et non pas au substantif femme; et les explications qu'on a données me paraissent forcées. Dans cet exemple, l'air signifie l'extérieur, les manieres; on doit donc dire: elle a l'air décent, comme on dirait: elle a l'extérieur décent.
C'est encore une faute de dire, cette personne donne d'air à telle autre. Le mot air signifie bien quelquefois ressemblance; on dit: ce jeune homme a l'air de son pere; mais il paroît absurde de dire: il donne d'air à son pere. Cette expression signifieroit toute autre chose.
Airé. Qui est en plein air. Il se dit particulierement d'un bâtiment: cette maison est bien airée; dites, aérée, en mettant un accent aussi sur le premier e. Ce qui a donné lieu à la corruption de ce mot, c'est qu'on le fait dériver du mot air, au lieu que les grammairiens veulent qu'on le prononce comme aer, qui signifioit la même chose chez les Latins. Nous avons adopté cette prononciation dans tous les mots qui en sont formés, tels que aérien, qui est d'air: un corps aérien; aérometre, instrument pour mesurer l'air; etc.
Ais à chaplu. Petite table sur laquelle on hache les viandes et les herbes; dites, hachoir, s.m. L'h est aspirée, c'est-à-dire, qu'elle tient lieu de consonne, et ne souffre ni liaison de consonne, ni suppression de voyelle: servez-vous du hachoir.
Alentours. Dites, les entours de la place, et, je me suis promené à l'entour. Entours est un substantif; à l'entour est une expression adverbiale.
Alicant. Petite ville d'Espagne. Vin d'Alicant; dites, vin d'Alicante.
Aller. Je m'en y vas, ou je m'en y vais, sont des expressions vicieuses et très-souvent employées; dites, j'y vais ou j'y vas, en supprimant le mot en. Il ne faut pas dire non plus: je m'en vais ou je m'en vas le trouver, mais je vais ou je vas le trouver. Il seroit plus régulier de dire, je vas, puisque la seconde et la troisième personnes en sont formées. Ne dites pas, aller de pied, mais aller à pied. Ne dites pas non plus, j'ai plusieurs endroits à aller; on n'a pas à aller plusieurs endroits, on a à aller en plusieurs endroits. S'en aller est un verbe réfléchi, composé du pronom se, du nom elliptique en et du verbe aller. Dans les temps composés, le mot en doit être séparé du participe par l'auxiliaire: dites je m'en suis allé, et non je me suis en allé.
Almanach. Calendrier qui contient tous les jours de l'année. Il ne faut pas faire sentir le ch. Il faut prononcer almana, s.m. On dit proverbialement: j'ai beau dire la vérité; on ne prend plus de mes almanachs; c'est-à-dire, on ne croit plus ce que je dis.
Amadoue. Meche faite avec une espece de champignon; dites, amadou, s.m. sans e final: du bon amadou. Il y a une faute dans le second de ces deux vers:
Le briquet frappe la pierre;
L'Amadoue aussitôt prend.
Il falloit dire, aussitôt l'amadou prend.
Ambre. Arbrisseau dont les jets sont fort pliants et qui servent à lier; dites, osier: on attache un cercle avec de l'osier. L'Ambre est un parfum; mot dérivé de ambra, italien; ambar, espagnol.
Amandre. Fruit de l'amandier; dites, amande, s.f.: un lait d'amandes. Amende, punition, s'écrit par un e. Ces deux mots sont homonymes; c'est-à-dire, qu'ils ont une prononciation semblable.
Amasser. Prendre ce qui est à terre: j'ai amassé son gant; dites, ramasser. Le mot amasser signifie communément faire un amas: le bonheur de l'avare est d'amasser des richesses. Ramasser, c'est au sens littéral relever de terre: on amasse des trésors; on ramasse ce qui est tombé: il signifie aussi rassembler, et traîner dans une ramasse.
Amoureux. Cette fille aime bien son amoureux; dites, son amant. L'amoureux est celui qui aime sans être aimé ou même connu; il se dit des choses comme des personnes; l'amant est celui dont l'amour est partagé et approuvé.
Anche. Tuyau de bois, qu'on met aux cuves et aux tonneaux, pour en tirer le vin; dites, cannelle ou canelle: tirer du vin par la canelle.
Angoises, s.f.pl. Grande affliction d'esprit: les angoises de la mort; ce mot s'écrit et se prononce avec deux ss: ce malade est dans les dernieres angoisses.
Anille. Sorte de bâton, qui a, par le bout d'en haut, une petite traverse, sur laquelle les vieillards et les infirmes s'appuyent pour marcher; dites, béquille, s.f. Le mot anille est de l'ancien langage; on le trouve souvent employé dans les livres gothiques.
Année. Mesure de vin ou charge d'un âne; dites, ânée: une ânée de vin. Le mot année écrit par deux n, a la premiere syllabe breve, et signifie l'espace de douze mois. À l'égard de cette derniere signification, il ne faut pas dire, l'année qui vient, mais l'année prochaine.
Ansiere. La partie supérieure de certains vases ou de certains ustensiles, par laquelle on les prend pour les porter, et qui est ordinairement courbée en arc: dites, anse, s.f.: prendre un pot par l'anse.
Antichambre. Il y a un antichambre; dites, une antichambre. Ce mot est féminin, comme chambre dont il est composé. La préposition anti n'en change pas le genre.
Antipote. Celui qui habite un endroit de la terre diamétralement opposé à l'autre; dites, antipode. C'est un changement qui s'est fait par corruption.
Aoust. Le huitieme mois de l'année. On a adouci cette prononciation barbare; on ne fait plus entendre l'a, et on supprime l's, en mettant un accent circonflexe sur l'u; prononcez, le mois d'ou, et écrivez le mois d'août. On fait toujours sentir l'a dans le mot aoûter, faire mûrir par la chaleur du mois d'août. Ce mois étoit consacré à Auguste, et en portoit le nom.
Ape. Morceau de fer pointu par un bout, percé de plusieurs trous, et recourbé de l'autre; dites, crampon à patte.
Aponse. Piece qu'on met à une robe ou à un meuble, pour l'agrandir ou l'apondre; dites, alonge, et alonger, au lieu d'apondre.
Apostiche, adj. Dites, postiche: des dents postiches; c'est-à-dire, ajoutées après coup.
Apparer. Dites, recevoir.
Appeser sur quelque chose. Dites, appuyer.
Appointer une boule. Dites, pointer: il pointe bien; il est bon pointeur. Ne dites pas non plus, appoint, mais point. Le premier est un terme de banque; appointé est un terme de guerre.
Aragnée. Dites, araignée, s.f. On disoit autrefois, aragne, du latin aranea.
Arboriste. Celui qui vend des simples; dites, herboriste, s.m.: vous trouverez cette plante chez tous les herboristes. Arboristes a vieilli; on le trouve cependant dans Trévoux.
Arbouillures. Espece de petites élevures rouges, qui viennent sur la peau; dites, échauboulures, s.f.: son corps est couvert d'échauboulures.
Arçon de berceau. Dites, archet, s.m.
Arechal. Fil d'arechal; dites, fil d'archal. C'est la prononciation traînante des Lyonnois qui a fait trois syllabes de ce mot.
Arias. Obstacle, chose qui embarasse; dites, embarras, s.m. ou obstacle, s.m.: il a rencontré beaucoup d'obstacles.
Aricot, s.m. Plante dont les fleurs sont légumineuses; il s'écrit et se prononce avec une h aspirée: des haricots verts.
Arjolet. Petit bouton blanc, qui vient aux yeux; les médecins disent, orgeolet, et l'Académie dit, orgueilleux: il a un orgueilleux à l'œil, qui l'incommode beaucoup.
Arquebuse. Eau d'arquebuse; dites, eau d'arquebusade. L'arquebuse est une arme à feu.
Arraper; s'arraper. Ce mot vient d'arripere, ou manu comprehendere; il est gaulois; nos peres disoient, arraper, mais dans le sens d'empoigner; dites, s'attacher: la poix s'attache aux mains.
Arthes. Petits insectes; dites, teignes, s.f.: il y a bien des teignes dans cette armoire. L'encyclopédie dit, artison.
Assassineur. Dites, assassin. Le peuple dit quelquefois, il a commis un assassin, au lieu de dire, assassinat; et en fait de langage, il y a bien des gens qui sont peuple.
Assez. On prononce mal cet adverbe, en donnant à l'e le son d'un e ouvert; tandis que le z en fait toujours un e fermé, comme dans nez, dez.
Asthme. Celui qui a une infirmité qui consiste dans une grande difficulté de respirer en certain temps. Ce nom est celui de la maladie, et non celui du malade; dites, asthmatique: cet homme est asthmatique.
Auberge. Sorte de pêche; dites, alberge. Le fruit que nous nommons auberge, doit s'appeler Pavie; on ne prononce pas l'e. Ce substantif est masculin: un bon pavie; on dit aussi, un bon pavi.
Aucuns. Ce mot ne prend jamais de pluriel; il signifie pas un. Racine a fait une faute, en disant dans Phedre:
Aucuns monstres par moi domptés jusqu'aujourd'hui, Ne m'ont acquis le droit de faillir comme lui.
Ce pronom indéfini prenoit autrefois le pluriel. On s'en sert encore ainsi dans les actes.
Auparavant. Mot qui marque priorité de temps: j'arriverai auparavant que vous y soyez, ou auparavant vous. Dans ces deux exemples, le mot auparavant est également déplacé; parce qu'il n'est ni préposition5, ni conjonction6; il est toujours adverbe; il conserve, il est vrai, la même signification que la préposition avant que; mais il y a cette différence entre ces deux mots, qu'auparavant, en qualité d'adverbe, n'exige aucun mot après lui: je l'ai averti un mois auparavant; au lieu qu'avant, préposition, veut toujours après lui un mot en régime: j'arriverai avant lui. Si ce mot est conjonction, il est suivi, ou de la préposition de: on doit réfléchir avant de parler; ou de la conjonction que: il faut une longue expérience, avant que nous soyons en état de nous conduire par nous mêmes.
Auprès de. Ce n'est rien auprès de ce que vous allez voir; dites, au prix de ce que vous allez voir.
Autant. Il est habile autant que vous, ou il est autant habile que vous; ces deux façons de s'exprimer sont contraires aux regles grammaticales; elles renferment un barbarisme de phrase; dites, il est aussi habile que vous. Autant ne se construit bien qu'avec un participe, ou quand il est suivi d'un autre membre de phrase: je l'estime autant que je l'aime.
Autant pour lui comme pour moi; Corneille a fait cette faute:
Qu'il fasse autant pour moi comme j'ai fait pour lui.
Il faut se servir de la conjonction que, au lieu de comme.
Auteron. Dites, hauteur, élévation, tas.
Auteur. Il est l'auteur que je manque ma fortune; dites, il est l'auteur de la perte, et non pas l'auteur que j'ai manqué ma fortune.
Auvent. On appelle ainsi une sorte, de fenêtre dont l'appui est en talus, afin que le jour, qui entre d'en haut, se communique plus facilement dans le lieu où elle est pratiquée; dites, abat-jours, s.m. À Paris les abat-jours se nomment persiennes. L'auvent est un petit toit en saillie, propre à garantir les boutiques de la pluie. Les abat-jours font paroître les marchandises plus belles.
Aval d'eau. Chûte d'eau impétueuse; dites, avalaison ou avalasse, s.f. Ces mots viennent de avaler, dévaler, qui signifient descendre.
Avaloir. Grand gosier. Ce mot est du genre féminin; dites, une belle avaloire. Expression familiere.
Avanglé. Dites, avide.
Avis. Ne prononcez pas l's.
Ayant. On prononce mal ce verbe; l'y tient lieu de deux i; il en faut joindre un au premier a, comme si ce mot était écrit ainsi, ai-iant. Une faute plus remarquable, c'est de donner à ce verbe un gérondif, comme dans cet exemple: en ayant soin de ce meuble, il vous servira longtemps. Le verbe être, non plus, ne prend jamais devant lui la préposition en. Cette erreur est répandue dans plusieurs grammaires, sur-tout dans celles qui sont destinées aux étrangers.
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