Czytaj książkę: «Paris artistique et monumental en 1750»

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Dr Maihows

Paris artistique et monumental en 1750. Lettres du Dr Maihows traduites de l'anglais par Philippe-Florent de Puisieux, réimprimées pour la première fois avec préface, sommaires et notes, par Hippolyte Bonnardot


Publié par Good Press, 2021

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066332983

Table des matières

PARIS ARTISTIQUE ET MONUMENTAL EN 1750

PRÉFACE

LETTRE PREMIÈRE

LETTRE II

LETTRE III

LETTRE IV

LETTRE V

LETTRE VI ()

LETTRE VII

LETTRE VIII

LETTRE IX

LETTRE X

LETTRE XI

LETTRE XII

LETTRE XIII

LETTRE XIV

LETTRE XV

PARIS ARTISTIQUE ET MONUMENTAL EN 1750

Table des matières

PRÉFACE

Table des matières

Nous réimprimons ici pour la première fois en entier, sous le titre de Paris artistique et monumental en 1750, une quinzaine de lettres sur Paris, extraites d’un ouvrage intitulé : Voyage en France et en Italie et aux isles de l’Archipel ou Lettres écrites de plusieurs endroits de l’Europe et du Levant en 1750, etc. avec des observations de l’auteur sur les diverses productions de la Nature et de l’Art. Ouvrage traduit de l’anglois. (Paris, Charpentier, 1763. 4 vol. in-12.) Ces lettres renferment une curieuse description de visu de la capitale, en 1750 fort peu connue, sinon entièrement inédite, où sont consignées de judicieuses appréciations sur tout ce que Paris offrait à cette époque de chefs-d’œuvre en peinture, sculpture ou architecture (). La première lettre de notre publication est la cinquième de l’ouvrage original, et ainsi de suite pour les autres. Chacune de ces lettres est précédée, dans la présenté édition, d’un sommaire résumant son contenu et accompagnée d’un certain nombre de notes destinées à éclaircir ou à commenter le texte, la plupart rectificatives en raison des erreurs plus ou moins graves échappées à la plume de notre touriste.

Le docteur Maihows, auteur de ces Lettres (), devait être à la fois un amateur éclairé et un savant érudit (), à en juger par les observations qu’il émet de temps à autre dans le courant de son récit; il est fâcheux, néanmoins, qu’il pêche par l’archéologie et estropie parfois les noms des artistes les plus illustres. C’est cependant une correspondance fort intéressante pour les amateurs, en ce qu’elle renferme des réflexions aussi piquantes qu’imprévues suggérées à notre critique anglais par l’examen des œuvres d’art et des édifices les plus remarquables à Paris au milieu du XVIIIe siècle. «La partie de ce voyage qui embrasse quelques provinces de France et sa capitale, dit G. Boucher de la Richarderie (), est intéressante surtout par les juge-mens, qu’avec une grande impartialité et beaucoup de goùt, le voyageur porte sur les ouvrages d’art qui se trouvent à Paris, dans ses environs et ailleurs.»

Il nous a été impossible, à notre grand regret, malgré les recherches les plus actives, de reconstituer la biographie de l’auteur et de découvrir ses autres ouvrages, s’il en existe, à l’aide des recueils bibliographiques les plus autorisés en ces matières. Quant au traducteur, Philippe-Florent de Puisieux (), c’était un avocat au Parlement de Paris qui publia, sous le voile de l’anonyme, un grand nombre de traductions du latin et de plusieurs langues étrangères.

Les relations de voyages publiées par les étrangers venus à Paris à diverses époques, offrent une mine féconde de renseignements à exploiter. On en a déjà publié un certain nombre du XVIe siècle jusqu’à nos jours. Nous citerons les suivantes, auxquelles nous renvoyons le lecteur, comme les plus curieuses à consulter. La plupart de ces relations se trouvent dans une section spéciale du catalogue de la Bibliothèque de la Ville, à l’hôtel Carnavalet (nos 74, 75 et 76).

1577. — Voyage de Jérôme Lippomano, ambassadeur de Venise en France, en 1577, par son secrétaire. (V. le t. II, pages 589-609 de la Relation des Ambassadeurs vénitiens au XVIe siècle, recueillie et traduite par N.-M. Tommaseo, ouvrage faisant partie des Documents inédits sur l’Histoire de France.)

1608. — Voyage à Paris de Thomas Coryate (1608) extrait traduit (de l’anglais) et annoté par Robert de Lasteyrie. (Mémoires de la Société de l’Histoire de Paris, etc., t. VI, p. 24 et suiv.)

1620. — Voyage de Jean Ernest, duc de Saxe, en France, en Angleterre et dans les Pays-Bas (1620), par J.-G. Neumayr. Leipsick, 1620, in-4° (en allemand).

1656. — A survey of the estate of France taken in the description of the principal cities, etc., par P. Heylyn. (Voyage en France et à Paris au XVIIe siècle.) London, 1656, in-4°.

1657-1658. — Journal d’un voyage à Paris en 1657-1658, publié par A.-P. Faugère. Paris, Benjamin Duprat, 1862, in-8° de XVI-518 p. (Journal de voyage des frères de Villers, hollandais, nés à Leyde.)

1692. — Lettre d’un Sicilien à un de ses amis, contenant une agréable critique de Paris et des Français. Traduit de l’italien. Chambéry, 1710, in-12 de 46 pages ().

1698. — A journey to Paris in the year 1698, par Martin Lister. London, 1699, in-8°.

1698. — Voyage à Paris, etc., de Martin Lister. Traduit de l’anglais en allemand par J.-G. Meintel Swabach. 1753, in-12, fig.

1698. — Voyage de Lister (Dr Martin Lister) à Paris en 1698, traduit pour la première fois, publié et annoté par la Société des Bibliophiles françois. On y a joint des extraits des ouvrages d’Évelyn relatifs à ses voyages en France, de 1648 à 1661. Paris, Aubry, 1873, in-8° de XXVIII et 344 pages. Planche gravée, représentant l’Exposition des tableaux du Louvre, en 1699.

1720-1721. — Journal de Rosalba Carriera) pendant son séjour à Paris en 1720 et 1721, publié en italien par Vianelli, traduit, annoté et augmenté d’une biographie et de documents inédits sur les artistes et les amateurs du temps, par Alfred Sensier. Paris, libr. Techener, 1865, in-18 jésus de 573 pages (titre rouge et noir).

1727. — Séjour de Paris, c’est-à-dire Instructions fidèles pour les Voiageurs de condition, comment ils se doivent conduire, s’ils veulent faire un bon usage de leur temps et argent, durant leur séjour à Paris, comme aussi une description suffisante de la cour de France, du parlement, de l’université, des académies et bibliothèques, avec une liste des plus célèbres savans, artisans et autres choses remarquables qu’on trouve dans cette grande et fameuse ville, par le sieur J.-C. Nemeitz, conseiller de S. A. S. Mgr le prince de Waldeck. Enrichi de quantité de belles noes (notes) et figures. Leide, Jean Van A bcoude, 1727, 2 vol. in-8°, fig. et plan de Paris ().

1733. — Voyage franco-allemand de Jean Chétien Troucement. Description de Paris (poème allemand). Leipsick, 1733, in-4° de 80 pages avec deux planches.

1739-1775. — Lettres écrites par Horace Walpole à ses amis pendant ses voyages en France (1739-1775). Traduites par le comte de Baillon. Paris, 1872, in-8°.

1758. — Les curiosités de Paris, en neuf lettres, etc., par Owen. Londres, 1758, in-8° ou in-4° (en anglais).

1777. — Premier et second voyage de Mylord de *** à Paris, contenant la quinzaine anglaise et le retour de Mylord dans cette capitale, par le Ch. R*** (Rutlidge). Yverdon, 1777, 3 vol. in-12. — autre édition: Londres (Cazin), 1782, 3 vol. in-18.

1783. — Relation des voyages en France, dans les Pays-Bas, etc., de H. Sauder. Leipsick, 1783, 2 vol. in-8°, front, portr. (en allemand) ().

1785. — Vioge fuera de Espana (Voyage hors de l’Espagne), par Antonio Pouz. Madrid, 1785, 2 vol. in-8° ().

1786. — Journal d’un voyage à Paris en 1786 (en hollandais). 52 gravures en couleur. Vues de Paris, de Janinet. Un fort vol. in-4°. (Manuscrit original conservé à la Bibliothèque de l’hôtel Carnavalet. E. n° 3,380.)

1787. — Nouveau voyage de France au point de vue naturel, économique... et artistique, par J.-J. Volkmann. Leipsick, 1787, 3 vol. in-8°. Plan de Paris. (En allemand) ().

1787-1790. — Voyage en France pendant les années 1787, 88, 89 et 90, par Arthur Young. Paris, 1794, 3 vol. in-8°. Cartes.

1788. — A tour through Holland... and part of France... in wich is ineluded a description of Paris, par Harry Peckham. London, 1788, in-12.

1792. — Journal durant un séjour en France d’août à décembre 1792, par John Moore. Traduit de l’anglais par M. de Lagrange. Philadelphie, 1794, 2 vol. in-8°.

1796 (an V). — Souvenirs de mon dernier voyage à Paris, par J.-H. Meister. Paris, l’an V (1796). Gr. in-18. — Autre édition: Zurich, 1798 (an VII), in-8°.

1798. — Fragmente ans Paris in IV ten jahr des franzosischen republik, par Lorenz Meyer. Hamburg. 1798, 2 vol. in-12.

1798. — Fragments sur Paris, par Frédéric-Jean-Laurent Meyer. Traduit de l’allemand par le général Dumouriez. Hambourg, 1798, 2 vol. in-8°.

1798-1799. — Voyage à Paris en 1798 et 1799, par Thomas Bugge, astronome danois. Traduit du danois en allemand par G.-Nie. Tileniann. Copenhague, 1801, in-12.

1800 (an IX). — Voyaye d’un Allemand à Paris et retour par la Suisse, par Heinzmann. Lausanne, 1800, in-8°.

1802. — Lettres sur la capitale et l’intérieur de la France, par le Dr F.-G.-L. Meyer. (En allemand.) Tabingen, 1802, 2 vol.

1802-1803. — Lettres intimes écrites sur Paris en 1802 et 1803, par J.-Fréd. Reichardt. (En allemand.) Hambourg, 1803, 3 vol. in-12.

1802-1804. — Paris in eighteen hundred and two, and eighteen hundred and fourteen (1802 et 1804), par William Shepherd. The third édition. London, 1814, in-8°.

1804 (an XIII). — Souvenirs de Paris en 1804, par Auguste Kotzebue. Traduit de l’allemand sur la deuxième édition avec des notes, par Guilbert de Piréxécourt. Paris, Barba, 1805, 2 vol. in-12.

1805. — Lettres sur un voyage à Paris, en 1805, par Beuzenberg. Dortmund, 1806, 2 vol. in-12 avec fig. (En allemand.)

1806. — Voyage à Paris, par Ch. Holcroft. Traduit de l’anglais en allemand, par J.-A. Bergk. Berlin, 1806, in-8°.

1811. — Souvenirs d’un voyage à Paris en 1811, par J.-A. de Halem. Hambourg, 1813.

1818. — Passages from my autobiographie (Journal d’un voyage à Paris, en 1818), par Lady Morgan. London, 1859, in-8°.

1831. — Souvenirs de Paris en l’année 1831, par un Allemand du sud. Stuttgard, 1832, in-12.

1832-1848. — Quinze ans à Paris, 1832-1848, Paris et les Parisiens, par Charles de Forster. Paris, Didot, 1849, 2 vol. in-8°.

1835. — Paris and the Parisians in 1835, par Francis Trollope. Paris, 1836, 2 vol. in-8°.

1835. — Notes d’un voyage à Paris en l’année 1835, par Herm. Schlegel. (En allemand.) Altembourg, 1837, in-12.

1836. — A residence in France, par J. Fenimore Cooper. London, 1836, 2 vol. in-8° ().

1838-1839. — Souvenirs d’un voyage à Paris (1838-1839), par J. Kneppelhout. Paris, 1839, in-8°.

1839. — The American in Paris, par John Sanderson. Philadelphia, 1839, 2 vol. in-8°.

1857. — Il viaggio di un ignorante à Parigi, par D.-Giov. Rajberti. Milano, 1857, in-8°.

Il est plus que probable qu’il existe, soit dans les bibliothèques publiques, soit dans des collections particulières, beaucoup d’autres récits de voyages du même genre encore ignorés, et contenant des détails inédits qui, fidèlement traduits et enrichis de savants commentaires, deviendraient par la suite une source précieuse de documents pour les archéologues et les artistes de l’avenir.

HIPP. BONNARDOT.


LETTRE PREMIÈRE

Table des matières

L’HOTEL DE CLUNY. — LE PALAIS DES THERMES PARIS A SON ORIGINE.

Je suis inquiet en moi-même si cette capitale de la France, remplira les grandes idées que j’en ai conçues, tant par le rapport de ceux qui l’ont vûe, que par les détails qu’on nous en a donnés par écrit. Quelques heures après mon arrivée à Paris, je brûlois déjà d’en voir les curiosités; et je suis tombé, je ne sçais comment, sur un objet qui m’a donné beaucoup de satisfaction, quoique je ne me ressouvienne pas d’en avoir jamais entendu parler. Je voulois aller dans le quartier de Saint-Germain; celui qui me conduisoit me montra, en passant, l’hôtel de Cluni, maison appartenante à l’Ordre de Cluni, bâtie à peu près du tems de Louis XIII (). Mon œil fut frappé à l’endroit qu’il m’avoit montré, par les restes d’un édifice vénérable. Toutes les fois que je rencontre pareille chose, mille pensées se présentent en foule à mon esprit. Je ne m’étois pas attendu de trouver ici de ces vestiges: mon conducteur que je questionnai, me répondit froidement que c’étoit un vieux bâtiment, le Palais des Thermes. Il ne put m’en dire davantage, et ses regards m’annoncèrent qu’il me trouvoit singulier de croire que cela valût la peine d’être remarqué.

Je suis choqué que dans un quartier si célèbre, que l’on a consacré à l’étude des sciences et des arts polis, on ait si peu d’égards pour ce morceau précieux d’antiquité, et qu’il soit si indignement employé aux plus vils usages (). J’entrai dans un appartement vaste, la seule pièce encore existante d’un édifice, qui, à en juger par cet échantillon, devoit être très-grand et très-magnifique. La chambre est exhaussée et spacieuse, et on est frappé en y entrant de cette admiration respectueuse, qu’il est naturel de sentir quand on entre dans quelque temple gothique. L’architecture en est pourtant d’un goût bien différent. Au lieu de cette profusion d’ornemens mal placés, qui règne dans tous ces édifices, on ne voit dans celui-ci qu’une simplicité toute unie qui le caractérise pour un édifice romain. Les murs en sont épais, fort élevés et remplis de niches. Le plafond qui est haut, est d’une simplicité noble et auguste; c’est une arcade construite à la manière des Romains; elle forme une portion de cercle parfait, qui quoique d’un diamètre fort grand, n’a pour la soutenir ni pilliers ni rien autre chose que les murailles. Quand on y porte la vûe, on seroit tenté de croire qu’elle va tomber; mais quoiqu’elle porte encore une augmentation de fardeau, par les terres qu’on y a transportées et qui forment une espèce de jardin en terrasse pour l’hôtel de Cluni, qui en est voisin, il y a tant de siècles que cette voûte subsiste en cet état, qu’il n’y a pas lieu de craindre cet accident. Les murailles sont bâties en partie de briques et en partie d’une espèce de plâtre particulier et fort dur (). La brique est vraiment romaine; on la reconnaît à ses dimensions, aussi-bien qu’à la couleur et à la consistance: le plâtre est beaucoup plus dur: il ressemble beaucoup à celui qu’on voit actuellement dans quelques cantons d’Italie et qui est fait avec la poudre de Pouzole (Pulvis Puteolamis) des anciens (). On se sert de cette composition pour les digues qu’on fabrique dans la mer; et nous avons le secret de le rendre aussi dur que le marbre et aussi durable.

Il n’est pas difficile de fixer l’époque de la construction de cet édifice. Paris est une ville dont on connoit les différens progrès par des mémoires authentiques, et comment, de fort peu de chose qu’il étoit dans son origine, il est parvenu à la magnificence que nous lui voyons. Si l’on peut déterminer les dates de tous ses édifices, on peut aussi acquérir des lumières sûres au sujet de ce fameux antique si négligé. Dès les premiers tems, dont les histoires font mention, Paris existoit; mais c’étoit une place de peu d’importance, avant qu’il eût été réduit par les Romains et même beaucoup plus tard. On ne voit point que du tems des Celtes, il ait eu aucune prérogative de plus que les autres villes de la Gaule, qui étoient capitales chacune de leurs provinces respectives. César dit dans ses Commentaires, qu’après la défaite de Cavustogènes (), il transféra dans cette petite ville l’assemblée des États, qu’on avoit coutume de tenir auparavant à Chartres. Il paroît que ç’a été le premier pas vers l’aggrandissement de Paris, qui est à présent si étendu et si magnifique. César prit cette ville en affection; mais ceux qui lui succédèrent quelque tems après dans le gouvernement des Gaules, eurent moins de goût pour elle: car leurs propres histoires fixent la résidence des Préteurs, et par conséquent le lieu où se rassembloient les grands, non dans la Gaule Chevelue et dans la division Celtique, dont Paris faisoit partie, mais dans la Gaule Braccata () ou Narbonnoise; et nous sçavons que c’étoit à Lyon et à Vienne: enfin il se passa un tems considérable avant qu’on donnât à Paris la même préférence qu’elle avoit du tems de cet empereur.

Paris, quoique pendant un tems moins considéré, recouvra ensuite sa première réputation. Julien, qu’on n’avait pas encore qualifié du titre d’apostat, étant Vice roi de la Gaule sous l’empire de Constance, prit cette ville en amitié. Nous voyons que dans ses ouvrages, il l’appelle sa chère et bien-aimée Lutèce; il en parle avec de grands éloges en beaucoup d’endroits; il est évident qu’il y faisoit presque entièrement sa résidence. Il y bâtit un palais, qui est ce palais des Thermes, où non-seulement lui, mais encore plusieurs monarques de la race mérovingienne firent leur séjour ().

Les restes du Palais des Thermes se réduisent à fort peu de chose; je vous ai déjà dit en quoi ils consistent; mais ce monument incontestable suffit pour nous montrer combien doit avoir été auguste l’édifice dont il n’étoit qu’une partie. Dans un tems où on avoit plus de goût qu’à présent pour les antiquités (), on a formé bien des conjectures sur l’usage auquel étoit destiné ce fragment de l’édifice de Julien. La plupart de ceux qui l’ont examiné, et même tous, à ce qu’on m’a assuré, ont prétendu que c’étoit un temple, et que les niches des murailles étoient destinées pour autant d’autels. Pour moi, toute la structure me fait croire que c’étoit plutôt une salle de bains, d’autant plus que les Romains étoient jaloux de ces sortes de commodités; sans compter que son ancien nom, Palatium Thermarum, l’annonce d’une manière à pouvoir difficilement s’y refuser: j’ai pris la peine de suivre les traces, obscures à la vérité, de quelques autres bâtimens à peu près du même tems, qui me confirment dans cette opinion. Je les ai suivies jusqu’à la fontaine d’Arcueil, à trois milles de Paris, où j’ai trouvé les restes de certaines arcades qui, lorsqu’elles étoient entières, servoient, à coup sûr, à y conduire l’eau. Elles sont de même construction et de même matière que la salle qui est le seul reste du palais, et ont été bâties évidemment dans le même siècle. Les Romains épargnoient-ils quelque chose pour leurs commodités ou leurs plaisirs? Leur magnificence dans des tems si reculés, n’a-t-elle pas étonné tous ceux qui ont vécu depuis? Combien leur ostentation et leur extravagance n’ont-elles pas laissé de monumens de leurs conquêtes et de leur grandeur dans tout cet univers qu’ils ont subjugué ? Quand je considère d’où ce peuple a tiré son origine, combien il s’est soutenu long-tems dans le plus haut dégré de puissance et de gloire, et en quel état il a été réduit ensuite; quelles bornes peut-on mettre à l’imagination, et que ne peut-on pas supposer de la position future des autres États? Quelle est la principauté si petite, qui ne puisse un jour, aidée des entreprises de quelque prince ambitieux, aspirer à la conquête de tout le monde?

LETTRE II

Table des matières

DES ACCROISSEMENTS SUCCESSIFS DE PARIS A DIVERSES ÉPOQUES.

J’ai eu occasion de vous parler de l’ancien état de Paris, et des premiers pas qu’il fit pour arriver à cette grandeur, qui porte surtout ses habitans à le regarder comme la plus grande ville du monde: continuerai-je cet examen, et le suivrai-je encore dans quelques autres périodes? Nous ne sommes guères informés de ses autres augmentations pendant un espace considérable de tems. Le grand Clovis l’enrichit et l’aggrandit beaucoup: il y fit construire un palais () au sud-ouest de la rivière, et tout auprès du couvent de Sainte-Geneviève, qu’il avoit fondé depuis peu: mais le palais de Julien fut encore long-tems après la résidence de ses successeurs. Childebert ayant succédé à Clovis, son père, dans cette partie de ses États, bâtit du même côté de la rivière l’abbaye de Saint-Germain, sur les ruines d’un temple consacré à la déesse Isis. Ces premiers bâtimens n’étoient pas d’un grand goût d’architecture, ni proportionnés aux intentions de ceux qui les faisoient construire. La France devint bientôt après le théâtre de la guerre et du carnage. Les Normands y poussèrent leurs invasions avec succès dans le IXe siècle, et il ne leur fut pas difficile de forcer les rois de France à abandonner ces habitations qui n’étoient pas fortifiées. Les mêmes bras qui les avoient fait retirer dans la ville, rasèrent les édifices qu’ils venoient de quitter; ils n’épargnèrent que ceux dont ils pouvoient tirer quelque avantage pour en combattre les vrais propriétaires. Il n’y eut pas même jusqu’à ceux qui couvroient et favorisoient leurs attaques contre la ville, qu’ils dépouillèrent de tous ornemens; et ils n’y laissèrent que les murailles dont ils pouvoient se servir ().

C’est un avantage d’avoir été malheureux: vous qui connoissez l’histoire de ces tems infortunés, il n’est pas nécessaire de vous rappeller que ces usurpateurs avoient pour eux le nombre, la discipline et la nécessité, qui est la plus grande source de la barbarie et d’une valeur brutale. Il faut que le loup périsse de faim, s’il ne se force un passage dans la bergerie. Les François étoient mal pourvus de soldats; le peu qu’ils en avoient, étoient mal disciplinés; accoutumés au luxe, ils succombèrent sous le poids des fatigues de la guerre. Ce qui les sauva, ce fut d’avoir été vaincus: la situation de la ville dans l’isle de la Seine, fut un des principaux moyens de leur sûreté ; ils en étoient redevables à la nature; mais ce n’auroit pas été assez: César avoit conquis Paris, et comme s’il eût eu dessein d’y borner l’honneur de ses victoires, en empêchant que personne à l’avenir ne pût marcher sur ses traces, il fit ce qu’il avoit coutume partout, plus ou moins, je veux dire qu’il rendit ce qu’il trouva de Paris imprenable. Bien des siècles après, la muraille que César fit élever autour de la ville conquise, servit à empêcher la conquête des Normands. J’ai découvert les restes de cette ancienne fortification: d’autres avant moi les avoient cherchés en vain; on ne trouve que de la confusion dans ce qu’ils en écrivent; les uns en disent trop, d’autres pas assez. Pour moi je serai tout à la fois équitable et sincère. J’ai trouvé des traces évidentes de la vieille muraille, flanquée de ses tours quarrées, et que les effets du tems, depuis tant de siècles, n’ont rendu que plus fermes. Elle fait partie de la prison qu’on nomme le vieux Châtelet (). C’étoit à cet endroit même et défendus par ces restes d’une précédente victoire, que les François sous le règne de Charles le Simple, forcèrent ces usurpateurs à lever le siège le plus opiniâtre et le plus sanglant que Paris ait jamais souffert. Le me figure l’étonnement singulier où vous êtes, de me voir assurer que le vieux Châtelet montre les seuls restes qui subsistent encore de cette muraille, dont les Romains environnèrent autrefois Paris. Imaginez-vous entendre dire, avec les véritables sentimens d’un lecteur sincère, qui croit de bonne foi ce que l’auteur ne pense pas: qu’est-ce donc que les restes de cette vaste fortification qu’on voit dans le quartier de l’Université, auprès de Saint-Victor; qu’est-ce donc que le grand boulevard de Saint-Antoine et de la porte Saint-Martin? Je vais vous le dire. Un examen exact m’a appris qu’ils n’ont aucun des caractères d’ouvrages romains. Les murailles annoncent l’époque de leur construction, et cette construction en fait rejaillir la gloire sur des gens que vous n’en soupçonneriez jamais; sur les Anglois. C’est évidemment l’ouvrage de Philippe-Auguste, ou du moins du roi Jean et de Charles le Sage, qui eurent plus de peine à arrêter le cours de la valeur Bretonne, que leurs ancêtres n’en avoient eue à contenir la fureur des Normands. Les moyens dont on se sert pour faire la guerre, sont aussi difficiles à imaginer que ses diverses opérations, et les plus nobles sont toujours les moins aisés à déconcerter. La paix faite avec les Normands inspira à Robert, qui monta ensuite sur le trône, de renouveller l’ancien goût d’orner et d’aggrandir la ville. Ce fut sous son règne que les abbayes de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain furent rétablies, et mises dans le même état qu’elles sont aujourd’hui, à quelque chose près. La superstition trouve si aisément accès dans l’esprit du peuple, que, sous le même règne, les moines se croyant trop à l’étroit, et trouvant à leur bienséance le terrein du château de Nauvert (), publièrent qu’il étoit fréquenté par les diables. Ils donnèrent à la rue voisine le titre de rue d’Enfer (); et la superstition renversa par terre les pierres de ce château vénérable un peu plus vite et plus aisément que la musique n’avoit rassemblé et arrangé celles de Thèbes. Louis VI ajouta Saint-Victor à ces augmentations de la ville: mais c’est à un roi d’un caractère bien différent, que cette ville, maintenant si vaste, est redevable de ses premiers aggrandissemens de l’autre côté de la rivière. Je ne sçais ce que vous en pensez, mais je n’ai jamais lû l’histoire de Philippe-Auguste sans ressentir cette vénération qu’inspire le caractère de ceux qui ont été plus que grands, et qui en même tems ont été bons. Quand je me rappelle ses exploits de guerre contre des ennemis supérieurs par le nombre et mieux disciplinés, contre des soldats, tout à la fois fiers de leurs succès, et sans autre ressource que de vaincre, il y a peu de ces héros, dont l’histoire nous a transmis les actions avec tant d’éloges, sur qui je ne lui accorde la préférence; quand je considère ses honneurs plus tranquilles, que je le vois au milieu d’une paix à peine signée, se déclarer le père de l’industrie et le patron des arts, méditer des augmentations, et ajouter de nouveaux ornemens à sa capitale: la plupart des princes célèbres de l’antiquité me paroissent bien inférieurs, et c’est peu de dire qu’il est le plus grand monarque que la France ait produit. Cependant tel est l’aveuglement des hommes: on se souvient à peine du nom de ce second Marc-Aurèle.

Il n’est pas nécessaire de vous dire que ce fut sous son règne et par ses encouragemens, que l’architecture gothique parvint au plus haut point de perfection en France. Nous en voyons des témoignages sans nombre dans les églises de ce goût, qui furent construites de son tems dans les différentes provinces du royaume. La partie de Notre-Dame, cathédrale de Paris, qui fut achevée par ses soins, suffiroit seule à démontrer que jamais ce goût n’a excellé davantage dans aucun siècle.

Les descendans de Philippe héritèrent de ses inclinations avec sa couronne: ils continuèrent à étendre Paris de plus en plus, jusqu’à ce que les croisades épuisant leurs finances, ne leur permirent pas de faire de nouvelles augmentations: ensuite les guerres s’étant allumées entre la France et l’Angleterre, il ne leur fut pas possible de trouver assez d’argent ni d’ouvriers, pour exécuter plusieurs plans magnifiques qu’on leur avoit fournis.

Pour continuer notre examen de la manière dont Paris s’augmenta par la suite, avant d’arriver à la grandeur et à la magnificence où il est actuellement, il faut avouer que le goût de bâtir se perdit après la mort de Philippe le Bel, et ne se renouvella que long-tems après: on ne le vit renaître avec quelque éclat que sous le règne de Charles VI. Tandis que ce prince étoit sur le trône, la France jouit d’un petit intervalle de repos par la paix de Brétigny, qui fut conclue entre Édouard III, roi d’Angleterre, et le roi Jean son frère, prisonnier en Angleterre. Il profita de cet intervalle pour agrandir sa capitale; et ce période de tems vit élever les deux palais magnifiques des Tournelles et de Saint-Paul, dont le terrain est maintenant occupé en partie par la place Royale ().

Ce monarque en effet travailla beaucoup à augmenter la magnificence de Paris. Il fit élargir les rues, et construire nombre de bâtimens superbes; mais après cela on ne fit plus rien jusqu’au règne de François Ier. Le tour d’esprit de ce monarque, qui le portoit à l’amour des bâtimens, fit espérer qu’on verroit sous son règne les plus grandes choses en ce genre, et cette attente ne fut pas vaine. François joignoit la libéralité à l’envie d’illustrer sa ville capitale, et son goût pour l’architecture l’emportoit sur celui de tous ses prédécesseurs. Paris ne fut pas la seule ville qui fut agrandie de son tems; il éleva dans plusieurs provinces de son royaume des bâtimens superbes, et d’autres monumens de sa magnificence et de sa splendeur. Ce prince ne se vit pas plutôt sorti de la captivité où il avoit gémi en Espagne, qu’il jetta le plan de Chambord, de Fontainebleau et d’autres palais, qu’il eut la satisfaction de voir finir avant sa mort. Ce fut lui qui entreprit le grand ouvrage d’élargir les rues de Paris, qui auparavant étoient trop étroites; cette tâche étoit assurément très-difficile: cependant peu à peu il la remplit en grande partie. Philippe-Auguste avoit construit un Louvre dans le goût gothique: François le fit démolir, et en construisit dans la même place un autre à la manière des Italiens, qui jusqu’alors avoit été entièrement inconnue aux François.

C’est principalement à la maison de Médicis que les arts et les sciences sont redevables de leur rétablissement en France. A proportion que le goût général s’épura dans ce royaume, les rois de la branche des Valois se dégoûtèrent des édifices que leurs prédécesseurs avoient fait bâtir dans des tems moins éclairés. L’exemple que François Ier leur avoit donné, en faisant abattre le vieux Louvre et l’hôtel de Saint-Paul (), étoit trop judicieux pour n’être pas suivi. Le reste des bâtimens gothiques fut renversé jusqu’aux fondemens; et comme si Paris eût dû s’élever alors au-dessus de sa précédente grandeur, un accident qui survînt facilita une entreprise, qui sans cela eût été presque impraticable. quoique fort désirée. Charles IX avoit jetté les yeux sur le château des Tournelles; il avoit souhaité de le démolir, pour avoir le prétexte d’y suppléer, en faisant bâtir les Tuileries. Ce fut dans cette circonstance singulière, que Henri II fut tué par le comte de Montgommery dans un tournois qui se donna dans cet endroit. Catherine de Médicis profita de l’occasion, et pria son fils de détruire ce château, afin de n’avoir rien devant les yeux qui put lui rappeler un événement si tragique. Dans la disposition où étoit le prince Charles, il lui fut alsé de consentir à ce qu’il désiroit tant lui-même (); ainsi ce fatal monument fut détruit. Les Tournelles n’existèrent plus, et on employa à faire des rues, un terrein où tant de têtes couronnées avoient fait leur résidence. Il augmenta le Louvre que son ayeul avoit rebâti en grande partie, et sa mère acheva d’exécuter le plan qu’on avoit formé lors de la démolition des Tournelles, en le joignant aux Tuileries. Philibert de Lorme en fut l’architecte, et cet édifice lui valut le surnom honorable du Palladio François ().

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17 stycznia 2025
Objętość:
110 str. 1 ilustracja
ISBN:
4064066332983
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Bookwire
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