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Napoléon III et les médaillés de Sainte-Hélène


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066336578

Table des matières

LES VIEUX DE LA VIEILLE

1

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

XVI

XVII

XVIII

XIX

XX

PROJET DÉFINITIF

XXI

CHAPITRE PREMIER.

CHAPITRE II.

CHAPITRE III.

CHAPITRE IV.

CHAPITRE V.

CHAPITRE VI.

XXII

XXIII

XXIV

XXV

XXVI

LETTRES OFFICIELLES ET AUTRES

XXVII

XXVIII

XXIX

XXX

XXXI

XXXII

XXXIII

XXXIV

XXXV

LES VIEUX DE LA VIEILLE

Table des matières


1

Table des matières

ILS ONT OUVERT LA VOIE DES GRANDES CHOSES.

Pyrrhus disait à ses soldats qui l’appelaient l’Aigle de l’Épire: Si

«je suis l’aigle, vous êtes mes amis,

«car ce sont vos armes qui m’ont

«élevé si haut.»

Les compagnons de gloire de Napoléon Ier ont reçu le gage de sa dernière pensée: la médaille de Sainte-Hélène, décernée aux vieux débris de ces valeureux bataillons, est sublime comme un bulletin de la Grande Armée.

La France a accueilli avec enthousiasme ce témoignage d’un legs sacré que Napoléon III a symbolisé par son nom, son génie et ses victoires. Par cet heureux concours, la médaille de Sainte-Hélène est devenue la sœur aînée de la médaille de Crimée et d’Italie, et le pays, sous ce palladium de nos glorieuses campagnes, est fier d’une marque distinctive qui est le sceau incontestable de la valeur, et le témoignage éclatant de nos triomphes.

En présence des œuvres gigantesques du passé, des merveilles que l’honneur, le dévouement et la gloire ont enfantées et qui jettent tant d’éclat sur la France... cette nation choisie, la grande nation de pensées, d’aspirations et de puissance, qui oserait ne pas environner de respect ces nobles vétérans qui ont répandu sur leur passage, dans le sein de tous les peuples, cette âme de vie, de courage, de lumières et de civilisation qui ouvre la voie des grandes choses, en réservant à la France l’essence suprême de la grandeur, pour qu’elle fût le rayonnement de l’Europe, l’esprit et l’espérance du monde entier?

Les fils sont ce que les pères les ont faits: à Sébastopol, à Magenta et à Solférino, si les enfants ont montré l’antique et mâle courage des temps héroïques, c’est qu’à l’exemple de leurs pères ils combattaient sous la même dynastie, qu’ils avaient à soutenir l’honneur du même drapeau, et, électrisés par un nom qui ne sait faire que des héros, ils avaient hérité de ce feu sacré qui les rendait dignes des mêmes lauriers et de la même gloire.

Je puis ajouter, d’après M. de La Guéronnière, dans son portrait de l’Empereur: «Que la patrie

«se reconnaît avec orgueil dans les fils qui sont

«nés de sa vie pour la conserver dans sa puissance,

«et pour la transmettre agrandie et enrichie

«à d’autres générations .»

Si la gloire a ses ruelles d’or, si elle a des guirlandes de fleurs et un lit jonché de lauriers, il semble, sous cette auréole d’honneur, si riche d’espérance, que l’homme n’ait plus de larmes à répandre, d’adversité ou de misère à redouter!

Quand on a été infatigable aux plus vastes entreprises, à tous les sacrifices les plus inouïs, à tous les périls les plus foudroyants; quand 1815, ces jours d’orages, d’avalanches et de réactions ont broyé l’existence des plus chers enfants de la patrie; quand le sol a été battu par les eaux de l’injustice et de la vengeance, il semble, dis-je, devant tout ce qui reste de ces glorieux soldats et de ces nobles victimes, que les nécessités les plus absolues de la vie ne devaient plus les atteindre sous le règne fécond et régénérateur de Napoléon III, qui n’a pour écho que l’admiration et les applaudissements d’une nation étonnée des prodiges accomplis par cette intelligente volonté. Oui, il semble que les exigences impérieuses de la vie devraient ne plus toucher à des hommes dont les hauts faits ont créé la plus sublime épopée, et dont le courage a protégé, maintenu le déploiement de notre nationalité, conservé et fait prévaloir nos institutions légitimes et vitales, c’est-à-dire le droit public dont nous jouissons tous, institutions qui, à l’aurore de ce siècle, avaient déjà marqué la France pour être la reine de la civilisation, la fille de l’humanité, lorsqu’elle était déjà sans rivale dans la magnificence de sa gloire et de ses sentiments généreux.

II

Table des matières

L’ARC DE TRIOMPHE.

En face de l’Arc de Triomphe de l’Étoile, d’où rayonne tant de gloire et d’où s’échappent tant d’éclairs et de tonnerre, monument dont chaque assise est cimentée par le sang de nos intrépides soldats, et décoré des trésors de leur héroïsme et de leur dévouement, trophée sur lequel chaque nom inscrit est gravé par les serres de l’aigle, — quel homme de cœur levant les yeux sur la grandeur et l’éclat des souvenirs de ce monument, et sous l’impression des élévations qu’il fait naître dans l’âme, l’activité de gloire qu’il inspire, l’énergie qu’il suscite en nous, l’amour de la patrie dont il embrase la pensée; quel homme, dis-je, à moins que le chaos ou le vide ne soit en lui, ne se sent pénétré de reconnaissance, de sollicitude et d’admiration envers tous ceux qui ont contribué par leurs actions à l’érection de cet immortel faisceau d’honneur, et dont le glaive était aussi redoutable que l’épée de leur maître était haute et puissante?

Quand, sous ces arceaux de la valeur, sous ce diadème de gloire, s’arrête un vieillard qui, de son doigt, montre écrit sur la pierre le corps d’armée dont il faisait partie, le nom gravé du général sous lequel il servait, puis que sa parole décrit le tourbillon brûlant des batailles dont il était l’un des invincibles; qu’alors, sous les voûtes de ce gigantesque monument dont la majesté le couvre comme d’un vêtement de pourpre, le regard furtif du passant s’arrête sur cet homme traînant la désolation de la pauvreté... lé cœur haletant se serre, la conscience s’assombrit, la pensée se brise entre l’apothéose et ce martyre de la misère.

III

Table des matières

LA COLONNE.

Quand de l’Arc de Triomphe on se porte à la Colonne d’où Napoléon s’élève comme sa renommée et plane dans les siècles; quand des torrents glorieux s’échappent sans cesse de ce monument pour émouvoir l’âme et le cœur; quand chaque plaque de bronze est un écho immortel des foudres de ce grand maître dont l’histoire a reproduit les éclats dans le splendide livre d’or des peuples, le héros, du haut de son piédestal, ne semble-t-il pas dire à la génération:

«Réchauffez les entrailles et le front des vieillards

«indigents qui ont été les instruments essentiels

«et intenses de ma puissance, et la sauvegarde

«du territoire, des intérêts comme de

«l’honneur de la patrie.

«Ceux qui vivent encore ne sont-ils pas un

«reflet de ma gloire? Ces hommes n’en sont-ils

«pas les témoins devant le monde et devant

«l’histoire? Si la tête de l’arbre a étendu ses

«mâles et vigoureux rameaux sur les nations

«pour les vaincre, est-ce que les soldats n’étaient

«point les racines produisant la séve qui

«a fait sa force et son élévation? Parce que ces

«glorieux vétérans n’ont plus la même aptitude

«à porter les armes et qu’ils ont payé leur dette,

«il ne s’agit pas de voir dans le passé un grand

«tombeau... L’indifférence, l’oubli même, ne

«changeraient rien à l’autorité suprême des

«faits et au caractère éclatant des choses. Si

«leurs travaux et leur vieillesse en ont courbé

«une multitude; si leurs membres roidis ne

«leur permettent plus une allure de marche

«gymnastique, si leurs infirmités rendent leurs

«pas obliques, ne pourrait-on pas dire: Le lion

«aussi a le pas oblique; mais il n’en est pas

«moins un lion.»

La grande voie de la renommée a des échos qui dominent le bruit de l’actualité des nations: le temps des Bélisaire est passé ; il est enseveli sous la poussière des siècles, et la civilisation et l’humanité ont repoussé loin d’elles ces temps d’ingratitude, de cruauté et de barbarie.

Aux grandes époques des peuples, dont la réflexion est un assemblage d’honneur, de gloire, de lumière et de grandeur, ceux dont les actions et les hauts faits en furent les éléments intelligents ne peuvent rester couverts de haillons et tendre la main, car ce serait faire croire, au pied même des monuments, qu’on aurait élevé de faux temples, et que l’histoire ne serait qu’un mensonge.

Le présent, comme le passé, c’est la leçon de l’avenir, et l’espérance des fils ne peut prendre vie que dans le fait et la certitude du bien-être et des souvenirs accordés aux pères.

IV

Table des matières

LES CATACOMBES DES INVALIDES.

Tout n’est pas fini quand l’action de la gloire est accomplie: si, sur cette terre, l’homme était sans lendemain, où serait donc la récompense des services qu’il aurait rendus? Comment s’établirait l’équilibre entre ceux dont la vie n’est employée qu’à amasser de l’argent, faire du négoce, s’assurer une existence, et le courage, le désintéressement, le dévouement qui ne végéteraient que dans la détresse? Les athlètes de l’honneur, les défenseurs de la patrie ne peuvent tomber après la lutte: les triomphes élèvent et n’affaissent pas, cloués sur un lit de misère, ceux qui en furent les héros; la France a trop tonné sa gloire à toutes les parties de l’univers pour jeter sur ceux qui l’ont acquise le linceul qui ne couvre que les cadavres.

Sous les voûtes du dôme des Invalides, si l’homme qu’on fit un demi-dieu, le fils du destin, promenait sa grande ombre sur les dalles sonores de ce palais des tombeaux; si son œil atone et fixe pénétrait dans les catacombes de cet édifice, — qu’alors, réveillant au fond de leurs sépulcres la cendre glacée des illustres guerriers qui y sont couchés, il leur dise, avec cette voix mystérieuse et triste qui tient profondément aux fibres douloureuses de l’humanité : «Amis, un

«grand nombre de ceux auxquels j’ai donné ma

«dernière pensée, dont la jeunesse n’eut que

«des routes jonchées de lauriers, n’ont plus,

«sous le poids de leurs chevaux blancs, que des

«sentiers pleins de larmes et l’indigence au foyer

«domestique!»

Eh bien! pour consoler ces cendres soulevées et retombées pour ne plus reparaître, tous les échos de ce lieu répéteraient à l’envi: «Qu’une

«voix se fassé entendre à Napoléon III, à ce

«cœur si large en bienfaits, si dominé par la

«plénitude de la lumière réparatrice des injustices;

«à ce cœur dont chaque battement enfante

«une merveille à la patrie; à ce cœur qui aime

«tant la famille des héros, et si religieux observateur

«des traditions du premier Empire.»

Oh! oui, qu’une voix arrive jusqu’au trône, et soit jetée dans la sollicitude d’une âme qui a assez de profondeur pour faire face à toutes les douleurs, à tous les besoins, et dont le cœur correspond au cœur qui souffre, comme un courant de vie et d’électricité.

V

Table des matières

PRÉVENIR LE FLÉAU DE LA MISÈRE, C’EST TRAVAILLER A LA PROMESSE FAITE PAR L’EMPEREUR.

Il faut poser, et sans qu’il puisse y avoir de contradiction à cet égard, que la sollicitude de l’État, sous les inspirations de l’Empereur, accomplit la plus grande somme de bienfaisance, en plaçant au premier rang de ses devoirs le soulagement des misères: il faut reconnaître aussi. que vraiment les hauts fonctionnaires secondent cette souveraine volonté par tous les moyens, toutes les ressources et l’expérience d’une administration active et perfectionnée.

Cette impulsion si prononcée et si forte aujourd’hui vers tout ce qui se rapporte au soulagement de l’indigence, tout en tenant compte des efforts du sacerdoce, dans ses œuvres de charité, n’en a pas moins été, d’une manière immense, développée par le gouvernement qui en a dirigé l’action, en multipliant ses efforts pour rendre régulières et efficaces les œuvres destinées à venir en aide à toutes les infortunes, à relever et à soutenir le moral, et donner confiance dans l’appui de l’autorité suprême, de ses fonctionnaires et de ses agents.

Il faut le dire aussi, la France s’associe toujours aux grandes pensées, et les hautes classes de la société ont prêté leur concours aux largesses et aux encouragements d’un gouvernement qui, donnant l’exemple, a attiré à lui les cœurs et les a ouverts aux plus nobles sentiments.

Lorsque l’œil embrasse tous les actes rendus en faveur des classes nécessiteuses depuis l’avénement de Napoléon III au trône, et dont l’énumération commentée ferait à elle seule un gros volume, l’esprit est frappé de l’ensemble de tant de mesures économiques et régénératrices si consolantes pour ceux qui souffrent! Ces mesures, aussi nobles par la générosité de leur but qu’utiles au bien public et à la morale par le respect accordé au malheur, par l’empressement de pourvoir aux premières nécessités de la vie, et par cet amour du bien public qui donne place au banquet de la nature à ceux que la fortune a déshérités ou disgraciés de ses faveurs, toutes ces institutions, dis-je, sont dues à l’Empereur, qui, dans ses préoccupations si vives et si sérieuses, a harmonisé dans les classes nécessiteuses, et suivant les besoins, les différentes sources si larges, si variées, si fortes et si puissantes de la bienfaisance.

Ainsi, tout ce qui tendra à l’amélioration de l’existence ne peut manquer d’avoir l’approbation du chef de l’État; de là on peut déduire qu’eu chercher et en offrir les moyens, c’est accomplir sa pensée. Le général de Lespinasse, lorsqu’il occupait le ministère de l’intérieur, en a donné l’assurance dans son rapport sur les sociétés mutuelles, en disant: Que diriger son intelligence à prévenir le fléau de la misère,

«c’était travailler à la grande promesse faite

«par l’Empereur.»

Au génie appartient le privilége de la révélation de soi-même, et du caractère du souverain on peut apprécier ses actes et en tirer des conclusions: or, ce qui se dégage des œuvres de Napoléon III, de cette nature franche et sincère, c’est le rayonnement de la bonté de son cœur; c’est cette compatissante sollicitude pour tous ceux que la douleur atteint, que la misère dévore. Aussi voyez la conséquence logique de cette sollicitude de l’Empereur, c’est le développement, selon l’occasion, de la vie et des formes qui conviennent à la grande manifestation de son âme, qui a fait de la bienfaisance sa règle, et de ses œuvres le code tout-puissant de la grandeur de la France.

Ce que j’écris n’a pas besoin de citations et d’autorités; les faits parlent plus haut que tout ce que l’homme pourrait dire et attester. Cependant je ne puis passer sous silence des paroles qui ont la hauteur de la chaire et la majesté du caractère divin de celui qui les a prononcées; elles sont de Son Éminence le cardinal-archevêque de Reims, dans un discours adressé à l’Empereur le 11 octobre 1858. Les voici:

«Sire, l’apôtre des Francs, saint Remi, écrivait

«à Clovis: Que votre palais soit ouvert à

«tous et que personne n’en sorte l’âme triste.

«Vous remplissez les vœux du grand évêque de

«Reims; car votre palais est ouvert à tous quand

«il s’agit de répondre aux besoins de la veuve

«et de l’orphelin, du pauvre et de l’indigent,

«de l’ouvrier et du vieux soldat, et, comme si

«votre palais était trop étroit pour votre cœur,

«vous avez su faire de toute la France votre

«propre palais.»

Dans cette courte analyse du cœur de Napoléon III et de la réalité des largesses et des bienfaits dont cette âme sympathique est l’incessante dispensatrice, médaillés de Sainte-Hélène indigents, prenez espoir! vous ne jetterez pas en vain vers le trône le cri d’âmes découragées! votre gloire ne laissera pas toujours votre corps cerclé de misères et badigeonné de vos larmes! Vous êtes les branches vieillies et courbées par le temps du colossal candélabre qui s’est brisé sur le rocher de Sainte-Hélène, et ces branches, tant que vous aurez la vie, brûleront toujours dans les diverses poussières où la tempête de Waterloo les dispersa, mais qui ne les éteignit point!

Croyez que les pères de l’armée ne porteront plus longtemps le deuil de leur indigence; que l’écueil où leurs privations et leurs besoins de chaque jour les ont jetés se refermera pour ne plus voir que le port ouvert par l’Empereur, dépositaire des gloires du premier Empire, afin d’en être le continuateur et le nouveau héros.

VI

Table des matières

LE PASSÉ N’EST PAS UNE LETTRE MORTE DEVANT L’ACTUALITÉ.

L’actualité n’est pas un Titan qui écrase tout:

«le présent, dit Leibnitz, est gros du passé qui

«enfante l’avenir.»

Quand, dans le monde, on trouve des gens qui voient avec indifférence le passé qu’ils ne regardent qu’avec des lunettes bleues pour éviter, sans doute, l’ophthalmie; quand d’autres enveloppent toutes leurs pensées dans le seul bien-être que le présent leur répartit — ces gens, non-seulement manquent de cœur el de jugement, mais ils font présumer qu’ils ont failli au passé ou que leur situation présente ne peut être mise en parallèle avec ce qu’ils veulent ou semblent oublier.

Dans le monde on trouve encore de ces personnes infatuées d’elles-mêmes et tirées à quatre épingles, qui font aussi, avec un excessif aplomb, bon marché des grandes choses, suivant elles, refroidies par le temps, pour ne voir, dans leur égoïsme, rien de beau et de grand que les faits opérés pour leur propre compte ét leur satisfaction personnelle. C’est une vanité déplorable, un sentiment terre-à-terre, enfin une espèce de décomposition de l’esprit qui annule la vie. On pourrait dire de cette classe d’hommes, afin de ne se donner qu’un demi-jour sur l’histoire et les choses, qu’ils ressemblent un peu au ver-luisant qui porte sa lanterne par derrière.

Il est bon, je crois, de rappeler ici à la jeunesse, que les succès, la victoire et la gloire n’ont pas attendu, pour paraître dans le monde, qu’un extrait de naissance constatât qu’elle fût née; que le génie, la poésie, l’éloquence, les actions éclatantes, le courage le plus inouï, le plus sublime dévouement, l’honneur du devoir, l’amour de la patrie et l’enthousiasme existaient avant elle. d’a

Il n’est pas superflu jouter, si le passé était une lettre morte pour ceux qui en furent les héros, que cette jeunesse vieillira aussi et, en suivant son raisonnement, que ses belles actions se refroidiraient à leur tour: on voit donc, qu’en admettant le débraillé de cette orgueilleuse pensée, cette même jeunesse manquerait non-seulement de prévoyance pour elle-même, mais qu’elle se suiciderait dans le moi de sa personnalité en face de la vie des plus vibrants souvenirs.

Si nous voulons entretenir dans nos cœurs les vivantes étincelles des nobles passions qui grandissent les nations, c’est de nous pénétrer que le génie et les héros font le jour sur la gloire des peuples vivants, comme ils font la splendeur sur leur mémoire.

Voilà ce que j’ai à dire à une certaine classe d’individus pris dans la vie privée et les rapports sociaux.

Le gouvernement, œuvre d’ordre, de justice, de sagesse et de manifestations souveraines, ne voit pas les choses de même œil que les hommes dont je viens de parler, parce qu’il est dans d’autres conditions et qu’au sommet tout change d’aspect.

L’actualité, pour le gouvernement de l’Empereur, c’est le progrès: au lieu d’écraser le passé, il est le plus puissant écho du règne napoléonien qui l’a précédé.

Pour l’Empereur, le présent est gros d’un passé de gloire qui ne ressemble pas aux Dieux olympiens qui vieillissaient, pour lui la gloire n’a pas d’âge, puisqu’elle est immortelle.

Le présent, gros du passé, doit enfanter l’avenir, et cet avenir, en effet, est digne du passé. Napoléon III, depuis son avénement au trône, ne fait le jour que pour être le génie initiateur de l’Europe, et établir la France comme l’école de la grandeur et le sanctuaire civilisateur de l’univers.

La campagne d’Italie, cette terre qui attendait un autre Napoléon pour être rendue à la liberté, reconquérir sa nationalité antique et s’ouvrir un immense avenir dans les grands horizons de ses souvenirs, — cette terre, aux pieux respects des générations, sur laquelle Napoléon III a épanché hautement sa sympathie, a été dégagée de l’oppression étrangère par des victoires qui retentiront dans les siècles, comme un des coups les plus hardis, mais bien plus encore par le plus sublime exemple qu’aient jamais donné les nations, même dans les temps les plus reculés, je veux parler du rétablissement de la nationalité d’un peuple.

Les guerres de conquête ont fait leur temps, et Napoléon III a ouvert une nouvelle ère en tirant l’épée, non pour dominer, mais pour affranchir.

Une pareille politique de justice, de sagesse, d’amour, est la création d’une période de gloire jusqu’alors inconnue aux souverains, c’est une phase qui se distingue des autres, et qui s’engendre d’un principe qui produit les mêmes désirs, les mêmes desseins, la même volonté, la même plénitude d’énergie, les mêmes fins décidées et arrêtées pour arriver au bonheur des peuples.

L’actualité, c’est-à-dire le présent, est gros du passé, et s’il m’en fallait une preuve incontestable, je la puiserais dans la proclamation de l’Empereur du 3 mai 1859: «Nous allons sur cette terre classique (en parlant de l’Italie) illustrée partant de victoires, retrouver les traces de nos pères Dieu fasse que nous soyons dignes d’eux!»

Le passé n’est donc pas une lettre morte pour ceux qui en ont été les auteurs et les héros. Voyez, médaillés de Sainte-Hélène, ce que dit l’Empereur: «Allons retrouver les traces de nos «pères, Dieu fasse que nous soyons dignes d’eux!» Non, vous n’êtes pas oubliés de Napoléon III: pour exciter le courage de son armée, il vous met, pour ainsi dire, à l’ordre du jour dans sa proclamation: je dirai plus... ce puissant monarque va au devant de vous; mais, pour mieux vous voir, il va sur les mêmes champs de bataille témoins de vos exploits et de vos triomphes, afin de jeter aux jeunes soldats, à vos fils, un éblouissement de votre gloire dans les yeux, comme pour leur dire: «Soyez ce qu’ils ont été...» et ils le furent!

Médaillés de Sainte-Hélène indigents, si le levain de la misère devait toujours fermenter autour de vous; si votre vieillesse n’était qu’une pâture laissée à toutes les afflictions, que pourrait donc espérer la jeune génération guerrière? N’est-ce pas l’honneur des pères qui grandit celui des enfants? N’est-ce pas la moisson des épis de la gloire laissés par les pères qui font la richesse de ceux appelés à leur succéder? Est-ce que les souvenirs de la grande époque nationale ne sont pas comme les fleurs qui donnent un parfum plus fort vers le soir? Les vieillards des Pyramides, ceux de Marengo à Waterloo, n’ont-ils pas été des Rolands au glaive nu et flamboyant, et non des Tancrèdes à l’épée de parade? Ne sont-ils pas les jalons lumineux d’une gloire immortelle, les porte-respect vivants de l’histoire? Est-ce qu’à leur ébranlement, les continents ne s’ébranlaient pas? Est-ce que dès le commencement du siècle, leur courage n’avait pas déjà fait la France le cœur et la vie des nations?

Médaillés de Sainte-Hélène, vous ne pouvez être oubliés, pour mieux dire, vous ne l’avez jamais été par l’Empereur: ce que je vais établir dans le chapitre suivant.

L’actualité des services rendus par notre courageuse armée de Crimée et d’Italie ne peut que faire revivre vos propres services jugés par l’histoire? Si cette jeune armée se lie plus à nos intérêts du moment, aux nécessités et aux besoins du jour, les succès obtenus, les hauts faits d’armes par lesquels elle s’est distinguée, ne sont véritablement que le dégagement d’une immense lumière de gloire qui vient se confondre avec la grande épopée de l’Empire.

Tous les soins dont l’armée est entourée, cette prévoyance d’avenir par la fondation de la caisse de dotation de l’armée, les lois et décrets qui améliorent le sort du soldat, l’intérêt que toutes les administrations départit aux militaires susceptibles d’occuper un emploi, — tous ces faits montrent, de la part de l’Empereur, une sollicitude paternelle, un cœur d’affection de famille incapable d’aimer ceux-ci et de rejeter ceux-là... Espérez!

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Data wydania na Litres:
15 stycznia 2025
Objętość:
132 str. 21 ilustracji
ISBN:
4064066336578
Wydawca:
Właściciel praw:
Bookwire
Format pobierania:

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