Czytaj książkę: «Une mariée de seize ans»

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Clémence Badère

Une mariée de seize ans


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066329518

Table des matières

APRÈS TROIS MOIS DE MARIAGE

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

CONCLUSION

UN ROMAN A DEUX

II

L’ENSORCELÉ

I

II

UN AMOUREUX DE CINQUANTE ANS

LES AVENTURES D’UNE PLUME ET D’UN PARAPLUIE

I

II

III

IV

HISTOIRE D’UN CHAPEAU DE FEMME ET D’UN LIVRE MANUSCRIT

LE BOUTON D’OR QUI PARLE CONTE

UNE ANECDOTE SOUS LE PREMIER EMPIRE

ÉPISODE D’UNE FÊTE PUBLIQUE A PARIS

UNE ERREUR DE DOMICILE LA NUIT

L’ECLIPSE DE SOLEIL


UNE MARIÉE DE SEIZE ANS est un livre qui s’adresse principalement aux jeunes mariés: il renferme des conseils qu’ils se trouveront peut-être bien de suivre.

UNE MARIÉE DE SEIZE ANS

Table des matières

APRÈS TROIS MOIS DE MARIAGE

Table des matières

C’était en 1850, par une belle matinée d’avril, dans une chambre coquettement meublée, située au premier étage d’une maison de belle apparence. Le soleil, en pénétrant par les ouvertures des rideaux, venait se jouer sur le tapis qui recouvrait le plancher et caresser de ses doux rayons une jeune femme à demi couchée sur une causeuse.

Mais la jeune femme paraissait peu sensible à cette gracieuse faveur que le soleil lui accordait.

Le coude enfoncé dans les coussins de la causeuse, la tète inclinée sur sa main, elle était triste et rêveuse.

De l’autre main, qui retombait mollement sur ses genoux, s’échappait une lettre encore ouverte. Ses cils humides témoignaient de quelques larmes qu’elle venait de verser.

Un léger coup frappé à la porte la tira de sa méditation, et quand cette porte s’ouvrit, et que son mari entra, elle fit un mouvement comme pour soustraire à ses regards la lettre qu’elle tenait.

— Qu’avez-vous donc, Hélène? lui demanda celui-ci. Comme vous paraissez soucieuse! Est-ce cette lettre que vous lisez qui vous attriste ainsi, et y aurait-il de l’indiscrétion à vous demander de qui elle est?

— Aucune, mon ami, répondit Hélène, avec un léger trouble dans la voix. Cette lettre est de Virginie Valmont, et elle ne contient rien qui puisse m’attrister.

Et, s’efforçant de sourire, elle tendit la main à son mari.

— Si madame Valmont n’a rien de fâcheux à vous apprendre, dit M. Darnilly, il serait en effet bien extraordinaire qu’elle vous attristât, elle si gaie habituellement.

— Aussi m’empressai-je de vous dire qu’il n’en est rien.

— Mais, que vous dit-elle aujourd’hui cette petite folle de madame Valmont? Me permettez-vous de lire? fit-il, en avançant la main comme pour prendre la lettre.

Mais madame Darnilly l’esquiva, et, comme si elle n’avait pas entendu, elle se leva, marcha vers la fenêtre, et souleva un coin du rideau.

— Comme il fait beau temps! Paul, dit-elle, si nous faisions une promenade en bateau.

M. Darnilly feignit à son tour de ne pas entendre.

— Est-ce que vous refusez de me montrer cette lettre? insista-t-il. C’est donc quelque chose que je ne puis connaître?

— Nullement, mon ami, répondit-elle en la lui présentant. Je ne prévoyais pas que vous teniez autant à la voir. Et certes, si vous n’aviez pas plus de secrets pour moi que je n’en ai pour vous...

Elle n’ajouta rien de plus, mais elle prononça ces mots avec une expression qui disait assez qu’elle doutait du cœur de son mari.

— Vous savez bien, ma chère amie, que je n’ai rien de caché pour vous, répondit celui-ci d’un ton léger.

— Comme il ment! murmura la jeune femme.

Paul Darnilly lut la lettre, et si le lecteur veut bien la lire avec lui, il verra qu’elle était en effet peu faite pour attrister.

Disons auparavant que madame Valmont, quoique plus âgée de quelques années, était une amie intime d’Hélène, et qu’elle demeurait aux environs du lieu où se passait cette scène.

«Ce n’est qu’avant hier que j’ai reçu ta bonne et affectueuse lettre, ma chère Hélène; j’étais à la campagne quand on l’a reçue, et je n’avais point donné l’ordre chez moi en partant de m’envoyer ma correspondance.

Tu te plains que tu t’ennuies, après trois mois de mariage, est-ce possible?

Je sais, du reste, que tn tenais beaucoup à rester demoiselle, et que c’est poussée par ta tante que tu t’es décidée à te marier.

Mais tu as, je crois, un bon et charmant mari, et tu aurais peut-être tort de te plaindre.

Cependant, je ne puis trop te gronder en cette circonstance. J’aime la liberté au moins autant que toi-même; toutefois, je te conseille... au surplus, je ne te conseille rien, je prends pour principe le proverbe qui dit qu’il ne faut jamais mettre le doigt entre l’arbre et l’écorce; c’est pourquoi je vais te parler d’autre chose.

C’est qu’en vérité ton ennui ne pouvait venir plus à propos: j’ai précisément plusieurs anecdotes à te raconter, mais des anecdotes comme tu les aimes.

Je commencerai par les époux Mignonnet, qui font quelque bruit dans notre petite ville; ce sont en effet deux types assez originaux.

Madame Mignonnet est une femme de trente à trente-cinq ans, grande, sèche et l’air revêche. Comme bien des personnes maigres, elle a des creux au milieu des joues qui lui donnent l’air d’un revenant.

Cependant, madame Mignonnet prétend qu’elle était autrefois d’une très-grande beauté ; c’est peut-être pour qu’on lui dise qu’elle est toujours, la même; parce que, si l’on veut se faire aimer d’elle, il faut toujours lui faire des compliments.

Madame Mignonnet a un autre grand défaut, c’est celui de vouloir imiter les autres.

II

Table des matières

LES PROUESSES DE MADAME MIGNONNET

Si, par exemple, madame Mignonnet a entendu parler d’une femme d’esprit, aussitôt elle veut être femme d’esprit. Et, pour en donner la preuve, tu t’imagines sans doute qu’elle va lancer quelque épigramme, ou raconter quelque anecdote piquante?

Du tout, madame Mignonnet trouve cela parfaitement inutile; elle connaît un moyen plus sûr et plus prompt de faire sa réputation: c’est de dire partout qu’elle a de l’esprit; tout l’esprit de madame Mignonnet se borne à vous dire qu’elle en a infiniment.

Elle vous dira le plus ingénument du monde que, dès sa plus tendre enfance, elle montrait une intelligence peu commune, que ses parents, à cause de cela, craignaient beaucoup de ne pas l’élever, parce que tous ces enfants qui montrent une intelligence si précoce s’élèvent rarement, et que si elle était arrivée à âge de femme, on le devait bien certainement à un miracle.

Elle ajoutera, avec une volubilité toujours croissante, qu’elle était fine comme l’ambre, qu’elle était bien d’ailleurs la plus jolie, la plus spirituelle petite fille que l’on pût voir; elle n’avait pas sa pareille à cent lieues à la ronde.

Et quand elle a épuisé tous les mots du vocabulaire pour bien vous persuader qu’elle a de l’esprit, si l’on paraît encore en douter, elle a recours à un autre stratagème, elle prend son mari à part et lui parle ainsi:

— Ecoutez, monsieur Mignonnet: vous n’ignorez pas que toute la fortune est de mon côté, et que, par un arrangement qui a été fait, je puis me retirer moi et ma fortune quand bon me semblera. Vous savez tout cela, n’est-ce pas, monsieur Mignonnet? et vous me laissez égosiller, vous ne m’aidez pas à dire que j’ai de l’esprit! Monsieur Mignonnet, vous êtes bête comme vos pieds.

Et M. Mignonnet, qui tient un peu à safemme et beaucoup à sa fortune, s’avance à son tour sur le bord de la scène; il jure ses grands dieux que sa femme a énormément d’esprit, tellement, qu’elle en donne à tous ceux qui l’approchent, que lui-même en est tout imprégné : il en a par-dessus la tête de l’esprit de sa femme.

SI madame Mignonnet a entendu parler de quelqu’un dont on vante le style épistolaire, elle court à son secrétaire, en vous disant qu’elle aussi elle avait autrefois un très-joli style; elle en retire un épître d’elle, vous la lit d’un bout à l’autre, en ayant soin de vous faire remarquer qu’elle est écrite avec infiniment d’esprit.

Madame Mignonnet a-t-elle entendu parler d’une femme coquette et entourée d’adorateurs, aussitôt elle veut être coquette et entourée d’adorateurs. Elle fera des extravagances, elle se calomniera même au besoin pour que l’on parle d’elle, elle tiendra à ce compte les propos les plus absurdes.

Et si, par cette raison, les femmes s’éloignent d’elle, elle ne pensera pas qu’on aura trouvé sa conduite inconvenante.

Nullement, madame Mignonnet a beaucoup trop de confiace en elle-même; elle se dira qu’étant la plus jolie, la plus spirituelle, il n’est pas étonnant qu’elle ait inspiré de la jalousie, et que, si toutes les femmes s’éloignent d’elle, c’est parce qu’elle les éclipse toutes.

Tu crois peut-être que c’est dans la conversation qu’elle brillera? Pas davantage. Elle parlera de ses qualités personnelles, de ses terres, de ses biens au soleil; elle vous dira qu’elle est l’héritière d’une immense fortune; elle ajoutera, avec l’air d’une majesté qui veut bien s’abaisser jusqu’à vous, qu’elle n’en est pas plus fière pour cela.

Madame Mignonnet a-t-elle entendu parler d’une femme malheureuse et négligée de son mari, aussitôt elle se pose en victime.

Elle vous affirmera qu’elle est martyrisée par son cruel époux; que, comme une fleur battue par l’orage, elle se meurt brisée sous le despotisme conjugal; car madame Mignonnet, aimant le romantique, parsème ses discours de belles phrases.

— Tenez, nous disait-elle l’autre soir, en nous montrant les vieilles tours du château. Que de fois il m’est venu à l’idée de monter en haut de ces tours, et de me précipiter en bas, moi et mon enfant, pour nous ravir à la malheureuse existence que mon farouche et cruel tyran nous prépare, pour éviter cet abîme que son inconduite creuse chaque jour sous nos pas!

Et M. Mignonnet, qui travaille dans une pièce à côté, et qui a entendu ces derniers mots, s’avance les bras croisés, l’air indigné.

— Eh bien, madame Mignonnet, qu’est-ce que tu dis donc là ? Comment, moi, je te creuse un abîme! Ah! Dieu, si l’on peut mentir ainsi!... Mais, voyez-vous, c’est une idée fixe chez elle: elle s’imagine toujours qu’on lui creuse quelque chose.

L’autre jour, ne disait-elle pas aussi que c’était moi qui lui avais creusé les joues, par le chagrin que je lui ai causé depuis notre mariage; qu’elle les avait très-rondes auparavant! Eh bien, mesdames, permettez-moi de vous dire que tout ceci n’est qu’un horrible tissu de mensonges. Ainsi vous lui voyez les joues aujourd’hui, ainsi elle les avait le jour où je l’ai épousée; et je vous prie de croire que, foi de Mignonnet, je ne lui ai rien creusé du tout! Ah! Dieu, la pauvre petite, j’aimerais mieux me creuser à moi-même mon tombeau.

Et M. Mignonnet, fier de son éloquence, retourna majestueusement à son travail.

Quelques jours après, il eut à porter à deux kilomètres de la ville quelques objets qu’il avait vendus. Il partit à midi, et à deux heures il n’était pas de retour; trois heures, quatre heures, cinq heures, point de Mignonnet! Sa pauvre femme ne tenait plus en place: il était probablement en train de lui faire quelque infidélité, car, bien qu’il n’en soit rien, il lui fait, selon elle, les infidélités les plus désespérantes.

Cependant, il arriva.

— D’où viens-tu, monstre infâme?...

M. Mignonnet s’approche dans le but de la calmer.

— Oh! n’approche pas, tyran, n’approche pas!...

Et la Mignonnette, qui ne l’est pas, allonge ses griffes.

Alors M. Mignonnet commence à trembler pour ses yeux; il se retire sans perdre de vue la griffe qu’il redoute, et va se blottir dans un coin de la chambre, où il trouve un abri contre l’orage. Il était temps, car madame Mignonnet est devenue terrible. Elle parcourt la chambre avec des transports de fureur; elle a l’air d’un ouragan. Sa joue est cramoisie, son œil flam+broyant; une larme de rage brille au bord de sa paupière, et va se cacher toute tremblante dans le creux de sa joue, où elle semble se nicher, ce qui fait l’effet d’une goutte de rosée dans le calice d’une pivoine.

La fureur ainsi arrivée à son paroxysme ne peut plus nécessairement que diminuer; elle tombe en effet. Madame Mignonnet se calme, sa voix s’éteint dans un sanglot; la tempête s’apaise enfin pour faire place à une pluie torrentielle de larmes, qui va se perdre dans ses cheveux épars; son corps s’affaisse et se penche en avant; la tête s’incline vers la terre; ses cheveux ruisselants de larmes suivent la même pente; elle porte à ses yeux la pointe d’un mouchoir brodé, dont l’autre pointe touche presque à terre.

A voir ainsi madame Mignonnet, il vous semble voir un saule pleureur après une pluie d’orage.

Alors, M. Mignonnet commence à se rassurer dans son coin; il risque un œil, en se rappelant le proverbe:

— Petite pluie abat grand vent, se dit-il, et comme il connaît aussi la logique, il se frotte les mains en se faisant encore cette réflexion très-méritoire: — Si petite pluie abat grand vent, à plus forte raison grande pluie.

Et plus madame Mignonnet répand de larmes, plus son traître de mari se frotte les mains et semble satisfait.

Cependant, le lendemain de cette scène, madame Mignonnet trouva bon de rester au lit toute la journée, et il paraît qu’elle rêva qu’elle obtiendrait une réputation bien autrement colossale si elle se posait en femme heureuse, la plus heureuse du monde, et accaparant à elle seule tous les bonheurs de la terre. A l’entendre ce jour-là, son ménage égalait celui de Philémon et Baucis.

Elle nous assura qu’elle avait dormi toute la nuit, couchée horizontalement dans son lit, les pieds sur les roses de la tapisserie, et la tête sur le sein fortuné de son heureux époux.

III

Table des matières

LES BILLETS GALANTS

Ne penses-tu pas, ma chère Hélène, que rien n’est plus amusant que M. et Mme Mignonnet. Cette dernière surtout, car dans une semaine elle va remplir à elle seule tous les rôles. Elle représente, dans sa seule personne, tous les personnages réunis du sexe féminin.

Beaucoup la trouvent ridicule; quant à moi, je la trouve admirable; mais elle, elle se trouve illustre, elle est très-fière de ses exploits, il lui semble que tout l’univers la contemple.

Va-t-elle à la campagne, les arbres s’inclinent sur son passage comme pour lui rendre hommage.

Elle rencontre une paysanne qui conduit sa vache aux champs, et sous le prétexte qu’elle la connaît un peu, elle lui fait le récit de ses malheurs domestiques, et lui dit que son mari est un Lovelace.

Et la bonne femme, qui est très-peu versée dans l’histoire des Lovelace, s’arrête et se fait cette réflexion:

— Què que c’est que ça, un homelace? —Quest ce qué me dit c’te dame? Que son mari est un bobace, une limace? — Què que ça me fait à moi? Hue! ma Rouge!

Et la bonne femme, donnant un léger coup à la génisse qu’elle a élevée, continue son chemin sans plus s’occuper des beaux discours de madame Mignonnet.

Qu’importe! celle-ci est satisfaite, elle s’est bien sûr acquis une réputation qui ira à la postérité. Sa tète est dans les nues, ses pieds sur des fleurs. Elle regarde en pitié une petite fauvette qui fredonne en voltigeant autour d’elle, cherchant son nid et ses amours.

Mais c’est assez parler de madame Mignonnet: laissons-la dans toute sa gloire; nous avons une histoire plus récente.

Il paraît que nos jeunes gens, ceux de la societé du moins, sont de charmants étourdis, de raffinés mauvais sujets. Ils tranchent des Lauzun et des Richelieu, ils nous reportent au siècle des Louis XIV et des Louis XV, ou plutôt sous la Régence.

On parle d’une aventure dans laquelle des billets galants auraient joué un très-grand rôle; c’est une énigme, c’est tout un roman que, ces billets-là.

Ils ont été apportés sur le balcon d’une dame on ne sait comment.

Il faut que quelque sylphe s’en soit chargé, ou qu’ils lui aient été apportés sur les ailes de l’amour.

Certain matin, cette dame, en allant entr’ouvrir ses persiennes, aperçut sur son balcon un billet d’aspect assez provocant.

Sa première pensée fut qu’on l’avait lancé d’en bas; mais ce n’était pas présumable, puisque les persiennes étaient toujours restées fermées, et qu’ensuite il ne renfermait rien de lourd. D’un autre côté, il n’y a point de fenêtre ni à sa droite, ni à sa gauche.

Mais il paraît que l’amoureux est un autre Icare, et qu’il s’est fabriqué des ailes.

Elle ouvrit la galante missive. L’auteur lui demandait une entrevue, et la priait de lui pardonner son audace d’avoir glissé ce billet entre les lames des persiennes à une heure très-avancée de la nuit, ajoutant qu’on pouvait se fier à lui; qu’il n’avait usé ni d’échelle, ni d’autre moyen compromettant.

Certes, l’aventure était piquante, et l’auteur avait eu là une idée très-ingénieuse; mais, si gentille que fût l’idée, elle ne laissait pas que d’inquiéter la dame; on atteignait ses fenêtres! comment s’y prenait-on?

—Voyez comme on est exposée, se disait-elle: on ferme bien ses portes, on a une fenêtre à quinze pieds du sol, et, malgré cela, on n’est pas à l’abri des séducteurs.

Si pourtant, l’une de ces nuits, il m’était venu à l’idée de prendre l’air à ma fenêtre, et que, dans l’ombre, deux bras vigoureux m’eussent enlacée, et emportée je ne sais où, au diable ou aux anges?

On eût certainement plutôt cru au diable!

Toutefois, ce diable-là, elle se le figurait sans griffe, nullement effrayant, et ayant à la bouche des paroles telles que Satan en eut pour Eve quand il s’offrit à elle sous la forme d’un serpent dans le jardin du paradis terrestre, et qu’il l’invita à manger du fruit défendu.

Quoi qu’il en soit, il était difficile d’atteindre sa fenêtre sans échelle; car, enfin, de deux choses l’une: ou l’amoureux avait des ailes, ou il n’en avait pas. S’il en avait, l’aventure s’expliquait d’elle-même; mais il n’était pas du tout certain qu’il en eût, il était même plutôt probable qu’il n’en avait pas, parce que, s’il en avait eu, cela aurait fait quelque bruit.

Dans notre petite ville, où tout est commenté, où l’on trouve le moyen de faire des propos sur tout, un monsieur, je suppose, aurait le malheur de mettre son pantalon à l’envers et de se promener habillé de la sorte, on n’en ferait pas une chanson, j’aime à le croire, parce que ce monsieur, n’ayant pas l’avantage d’être le roi Dagobert, il n’aurait pas le même privilége, mais il n’en est pas moins vrai qu’on en parlerait beaucoup.

Or, si un monsieur avait des ailes, il me semble que c’était assez extraordinaire pour qu’on en parle, et comme on n’en avait rien dit, nous conclûmes qu’il n’en avait pas.

Du moment que la nature lui avait refusé des ailes, il était évident qu’il avait eu recours à des moyens. Lesquels? Nous sommes à nous le demander.

Toujours est-il que, depuis cette aventure, la dame se tint discrètement derrière ses rideaux. Cependant, un jour qu’il faisait un beau temps, elle éprouva le besoin de rouvrir sa fenêtre. Aussitôt, un monsieur aux cheveux roux, mais très-bien de sa personne, apparut à la sienne.

On présume que c’est l’auteur du billet.

Ses cheveux avaient des reflets chauds, ardents, qui semblaient rivaliser avec les feux du ciel; il jetait en outre de tendres regards à sa voisine, ce qui nous donna quelque inquiétude. Les feux du ciel, la chevelure du monsieur, ses regards de flamme, nous craignîmes que tant de feux réunis ne fissent incendie dans la ville.

Heureusement que l’amoureux rentra dans sa chambre, où il continue, dit-on, à mouler et à perfectionner des billets, qui arrivent toujours de la même manière diabolique sur le balcon de sa voisine.

Voici, ma chère Hélène, ce que je sais des choses qui se passent ici. Je te dirai encore que depuis longtemps nous désirions des acteurs, et qu’il nous en est enfin arrivé. Mais ce qui te paraîtra phénoménal, c’est que nous avons, cette fois, de bons acteurs. C’est vraiment un miracle. — Eh! bien, malgré ce miracle, malgré ces bons acteurs, on va très-peu au théâtre.

Si ces messieurs se permettent quelques escapades à l’endroit du balcon des dames, ils sont du moins très-réservés quand il s’agit de spectacle.

Mais il paraît qu’ils font des économies, ils se rangent. On raconte à ce sujet des anecdotes très-amusantes: on dit que les uns c’est par système d’économie, les autres par esprit de contradiction.

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Data wydania na Litres:
15 stycznia 2025
Objętość:
151 str. 2 ilustracji
ISBN:
4064066329518
Wydawca:
Właściciel praw:
Bookwire
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