Czytaj książkę: «La petite bible des jeunes époux»
Charles Thomas-Caraman
La petite bible des jeunes époux

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066337995
Table des matières
PRÉFACE
LA NUIT DE NOCES
LA LUNE DE MIEL
APHORISMES
FÉCONDATION, CONCEPTION
STÉRILITÉ OU EMPÊCHEMENTS A LA CONCEPTION
PHYSIOLOGIE DE LA FÉCONDATION
GROSSESSE
FAUSSES COUCHES ACCOUCHEMENT AVANT TERME
ACCOUCHEMENT ET MATERNITÉ
APPLICATION DE LA LOI DE L’ALTERNANCE
DES RAPPORTS CONJUGAUX JUSQU’A LA MÉNOPAUSE OU AGE CRITIQUE DE LA FEMME
DE L’ONANISME CONJUGAL PRATIQUÉ POUR LIMITER LE NOMBRE DES ENFANTS INFLUENCE SUR LA SANTÉ
DE LA MÉNOPAUSE OU AGE CRITIQUE DE L’ÉROTISME OU FOLIE AMOUREUSE QUE L’ON OBSERVE A CETTE PÉRIODE DE TRANSITION
DE L’AMOUR CHEZ LES VIEILLARDS
CONSIDÉRATIONS SUR LA POSSIBILITÉ D’AVOIR UN GARÇON OU UNE FILLE
NOTIONS GÉNÉRALES DE PHYSIOLOGIE DES ORGANES GÉNITAUX
LOI DE L’ALTERNANCE DES GERMES DE LA FEMME EXEMPLES CITÉS A L’APPUI
CONSÉQUENCES DE LA LOI DE L’ALTERNANCE DES SEXES
QUEL SERAIT LE SEXE DE L’ENFANT SI LA FEMME ÉTAIT FÉCONDÉE A LA PREMIÈRE APPARITION DE SES RÈGLES?
CONTRADICTIONS APPARENTES A LA LOI DE L’ALTERNANCE GROSSESSES GÉMELLAIRES
DOCTRINES, THÉORIES FICTIONS ÉMISES DEPUIS HIPPOCRATE JUSQU’A LA LOI DE L’ALTERNANCE POUR AVOIR A VOLONTÉ UN ENFANT DU SEXE DÉSIRÉ

PRÉFACE
Table des matières
DANS ma carrière médicale, j’ai eu lieu de faire bien souvent d’amères réflexions sur le bonheur conjugal. Comme tout médecin digne de ce nom, j’ai été, quoique jeune encore, le dépositaire de petits secrets, de ces mille riens en apparence qui ont souvent, pour l’avenir d’un ménage, des conséquences importantes. C’est le fruit de mes pensées reposant sur l’ensemble de connaissances pratiques que je me propose d’offrir au lecteur.
Il est logique, avant d’exposer in extenso une loi dont l’application peut contribuer à maintenir l’harmonie dans de nombreuses familles, et, pour ces motifs, resserrer les liens des époux, il est logique, dis-je, d’appeler l’attention des futurs maris et de ceux qui ont acquis cette dignité sur| certaines considérations propres à assurer leur bonheur.
Il est sérieusement à désirer que certaines notions exactes sur l’œuvre de chair soient connues du candidat à l’hymen bien avant qu’il accomplisse l’acte solennel.
La plupart du temps, il n’apporte à la couche nuptiale que l’ivresse de ses désirs avec la volonté de leur donner satisfaction pleine et entière.
Il ne connaît généralement des plaisirs de l’amour que ceux que procurent les Phrynés de l’asphalte et des maisons de tolérance.
Eh quoi! celui qui est appelé à servir de tuteur et de guide à un jeune être frêle et délicat, plein d’ignorance et de passion inconsciente, celui qui va ouvrir et parcourir avec cette jeune fille le livre de l’amour, opérer dans son être une métamorphose radicale dont le souvenir la suivra jusqu’au tombeau, cet homme qui bientôt déchirera en elle le voile de l’inconnu, la fera naître à une vie nouvelle, ne saura pas trouver dans son cœur, dans ses regards, dans ses paroles, dans son maintien et la délicatesse de ses procédés rien qui puisse adoucir l’amertume de cette courte, mais pénible et douloureuse période de transition!
Ne doit-ce pas être cependant le rôle du jeune époux, ordinairement plus âgé, plus expérimenté, qui le plus souvent a perdu la fleur de son innocence dans le commerce de ces femmes qui ont l’habitude de recevoir les premiers effluves de notre cœur et de nos sens!
Et quel plus beau rôle!
Mais, me dira-t-on, quel sera le professeur du futur mari? Qu’il reçoive au collège les notions les plus essentielles de l’hygiène, rien de mieux. Il en tirera grand profit et pourra, s’il les observe, s’éviter quelquefois de graves maladies.
Autre chose cependant est d’enseigner au lycéen la physiologie du mariage.
Certes, on peut affirmer qu’un pareil cours aurait un grand succès dans tous les établissements d’instruction. Il viendrait, à point nommé, rompre la monotonie des études classiques dont on ne sait que plus tard, malheureusement, apprécier tous les avantages.
A ces sages objections je répondrai: Un bon petit livre suffira.
Donc, il est nécessaire, à tous les points de vue, que par la lecture d’un livre honnête, explicite et court, un futur mari possède les premiers éléments de cette branche de la physiologie et de la psychologie appliquées.
J’ai lu tous les livres dans lesquels on a essayé d’aborder ces questions. Les uns sont trop scientifiques, les autres (qu’on me passe le mot) trop orduriers. Ces derniers semblent avoir été composés dans le seul but de piquer la curiosité malsaine de lecteurs blasés ou ignorants, lesquels se font un malin plaisir de colporter chez eux ou chez leurs amis les récits excentriques, pleins de luxure, qui seuls ont frappé leur débile imagination.
Je ne connais guère qu’un livre où l’auteur ait traité le sujet avec toute la dignité, l’attachement, voire même la saine passion qu’il comporte. Mais si, dans l’œuvre en question, la prose revêt la forme d’une poésie enchanteresse, il n’en est pas moins vrai que le côté sérieux et pratique disparaît dans les fioritures et les arabesques d’un style trop imagé.
C’est ce côté pratique que je vais essayer de mettre en relief, en faisant tous mes efforts pour conserver dans l’examen de ces délicates questions la décence de style qui convient.
Toutefois, il est facile de comprendre qu’il me sera souvent impossible, si je veux atteindre le but annoncé, de ne pas appeler un peu les choses par leur nom. La science, comme l’art proprement dit, ne saurait s’accommoder des artifices de langage. La contemplation d’une statue dans toute la splendeur de sa nudité excite, d’un avis unanime, beaucoup moins les sens, que la vue d’une beauté savamment drapée et habillée qui montre, de ses appas, juste ce qu’il faut pour enflammer l’imagination. Au surplus, écrivant sur les rapports conjugaux de l’homme et de la femme, ce serait le comble de la folie et le meilleur moyen de faire fausse route que de vouloir traiter un tel sujet en employant les mêmes finesses de style que s’il s’agissait de confectionner un long et assommant ouvrage sur l’infaillibilité du pape.
A l’inverse de mes prédécesseurs, je commencerai cette étude au moment où les deux époux vont pour la première fois se trouver réunis dans l’intimité la plus complète.
Je parlerai ensuite de la conception, de la fécondation. Dans un chapitre suivant, je traiterai de l’hygiène morale et physique de la grossesse au point de vue exclusif des rapports sexuels. De même pour l’avortement.
J’aborderai ensuite, toujours dans le même ordre d’idées, la période consécutive à l’accouchement.
Dans un autre chapitre, je relaterai les accidents (folie érotique) qui peuvent précéder, accompagner ou suivre la ménopause (âge critique, cessation, pour la femme, de la vie de reproduction ).
Enfin, je terminerai par un court aperçu sur l’onanisme conjugal, et les rapports sexuels des époux arrivés à un certain âge, etc.

LA PETITE BIBLE DES JEUNES ÉPOUX
Table des matières
LA NUIT DE NOCES
Table des matières
IL est deux heures du matin. Le bal est encore dans toute sa splendeur. Les jeunes compagnes de la mariée nouent leurs premières intrigues et se penchent nonchalamment, sous l’œil de leurs mères, sur le bras de leurs cavaliers.
Tout à coup un léger murmure, un chuchotement se font entendre. La reine de la fête a disparu.
Lui est encore là, cherchant par un entrain factice à tromper l’ennui de l’attente.
Elle arrive, en compagnie de sa mère, dans la chambre nuptiale, resplendissante de fraîcheur et de coquetterie.
La mère l’aide, pour la dernière fois, à sa toilette de nuit.
Tournons un instant la tête.
Elle est couchée. Sur un meuble, la chaste couronne de fleurs d’oranger, doux souvenir dans les jours de douleur. Plus loin, sur un fauteuil, toute la belle toilette de la mariée, disposée avec art et reposant sur les bottines de satin blanc.
Dans le fond, un nid de mousseline et de dentelle, sous les flots de laquelle se cache une charmante jeune fille dont le frais visage montre des yeux légèrement voilés par la fatigue et le désir de l’inconnu. Sa tête doucement repose sur le léger duvet d’un splendide oreiller.
A côté, un second oreiller attend une autre tête.
Sa mère est toujours là, ayant peine à contenir ses larmes. Adieu ses rêves!
Demain, une barrière infranchissable se sera élevée entre elle et son enfant.
Sera-t-elle heureuse dans l’avenir?
Elle ne peut se résoudre à quitter sa fille. Le moindre bruit, le moindre craquement, la font frissonner. Encore quelques minutes. Autour de son cou sont jetés, charmant collier, les deux bras de son ange. Entre mille baisers, elle lui répète à chaque instant ses dernières recommandations.
Tout à coup, le parquet gémit. C’est lui!! Encore un dernier baiser, et la pauvre mère s’en va le cœur bien triste et bien gros.
Elle s’est vite blottie dans la ruelle, l’œil demi fermé. Mais aux mouvements saccadés des couvertures, à sa respiration inégale, entrecoupée, à son cœur qui bat à rompre sa poitrine, on comprend quelle doit être son émotion.
Une douce clarté règne dans l’appartement.
Il a ouvert la porte d’une main timide et tremblante comme celle d’un voleur. Il arrive doucement au milieu de la chambre, cherchant à assourdir encore le bruit de ses pas sur le moelleux tapis.
Il la croit endormie.
Arrêtons-nous ici, Lecteur, quelques instants.
J’ai toujours présente à la mémoire l’histoire si commune d’une jeune femme tombée de chute en chute, d’amant en amant.
«Le jour de mon mariage, disait-elle, j’aimais mon mari; le lendemain, je l’avais en horreur. Dès la première nuit il foula aux pieds tout sentiment de pudeur. Il me traita comme la dernière de ses anciennes catins. Ne prenant en pitié ni jeunesse, ni innocence, ni douleur, il ne mit bas les armes qu’après avoir satisfait sa brutale passion. Il me fit peur et grand mal en même temps. Je n’ai jamais pu lui pardonner.»
Une autre, fort belle, d’une grande richesse de formes, racontait que, la première nuit, son chaste époux s’arrangea de manière à la voir vêtue d’air et de lumière. Il trouvait dans cette contemplation un nouvel et puissant excitant à ses désirs.
Elle se vengea en lui donnant bientôt plusieurs concurrents.
J’ai souvent entendu dire par une vieille et honnête dame de grand sens que, de de nos jours, on ne respectait plus les femmes.
«Quelles mœurs avez-vous donc maintenant? Vous avez tellement hâte de jouir de toutes vos privautés que vous traitez nos filles comme des places à emporter d’assaut. Attendez donc un peu qu’on vous en livre avec plaisir toutes les clefs.»
Je suis tout à fait de l’avis de cette dame.
Revenons au jeune marié.
Petit à petit il s’est approché du lit.
Il contemple son bonheur. Peu à peu il s’enhardit et prend un baiser sur le front de sa bien-aimée, qu’il croit toujours endormie. Elle tressaille à ce doux contact et se tourne lentement vers lui.
«Vous ne dormiez donc pas, ma chérie?
— Non, ami, je sommeillais un peu; je suis fatiguée,»
Alors commence cette douce et tendre mélodie de baisers, de propos interrompus, d’entrelacements, de pressions cœur à cœur.
Il n’ose encore prendre place au nid. Soudain la mélodie s’accentue-davantage, s’il est possible.
Plus de lumière.
Le nid renferme les deux oiseaux.|
A travers les rideaux blancs de la fenêtre, l’astre des nuits laisse à l’aurore le soin d’éclairer de ses pâles rayons cette première fête de l’amour.
Pendant ce temps, deux têtes confondues en une seule soupirent de tendres serments entrecoupés de: «Je vous aime! je vous aimerai toujours!»
Au souffle de ces deux haleines de feu, sous l’empire des caresses, des attouchements exquis du jeune époux, l’harmonie s’établit entre ces deux êtres.
Ils vibrent à l’unisson.
La symphonie de l’amour peut commencer.
Le pardon est acquis d’avance pour les premières douleurs de la courte période de transition.
Tels devraient toujours être, à mon sens, avec légères variantes seulement, les préliminaires du premier acte conjugal intime.
La suite se devine.
Je ne ferai qu’une seule recommandation qui paraîtra peut-être superflue, mais repose sur un grand nombre d’observations de tous les médecins.
Le premier rapprochement exige beaucoup de douceur et de lenteur dans l’action.
Quelques petits conseils encore. Que l’époux respecte sa femme après une première étreinte; qu’il laisse aux premières douleurs le temps de s’apaiser. Elle lui sera reconnaissante de tant de sagesse et de modération. Cela lui ferait tant de peine de penser, de croire même qu’elle est pour lui un simple instrument de volupté, et non sa compagne à jamais.
Dans les rapports conjugaux, la décence et la chasteté doivent régner en souverains. L’amour aime l’ombre et le mystère.
Il faut laisser aux hommes blasés les orgies des lupanars ornés de glaces qui multiplient les groupes lascifs.
Dans l’état actuel de nos moeurs, une fois un mariage arrêté entre les parents, on laisse à peine au futur époux le temps de faire la cour à sa fiancée.
En Allemagne, les fiançailles s’accomplissent avec une solennité presque aussi grande que chez nous le mariage. Cette période dure quelquefois plus d’un an. Durant la guerre, il m’est arrivé plusieurs fois, dans mes pérégrinations médicales, de causer avec plusieurs jeunes officiers et médecins qui ne cessaient de me répéter: «Quand donc cette maudite guerre finira-t-elle? Et ma blonde fiancée qui m’attend. Tenez, voici l’anneau de nos fiançailles.»
En France, la vivacité du caractère, la fièvre des désirs, s’accommoderaient difficilement de ces longs délais.
Les Allemands du Nord, et les Allemandes surtout, ont le tempérament si froid, si peu voluptueux, que les plaisirs de la conversation, de la danse et surtout de la table suffisent à leur bonheur. Telle est la règle. Et c’est presque toujours à l’excitation de l’ivresse au premier degré qu’ils doivent le réveil du sens génital. Autrement dit, l’Allemand n’est réellement amoureux, dans le sens positif du mot, qu’après boire.
Il en est bien peu, en effet, parmi eux qui, le soir, au sortir de leurs tavernes, aient conservé tout leur sang-froid. Aussi la plupart du temps, Cupidon doit à Bacchus la ou les faveurs dont il jouit.
Tous les observateurs sérieux sont d’accord à ce sujet, et j’ai pu moi-même, à plusieurs reprises, contrôler l’exactitude de leurs assertions.
Dans l’Allemagne du Sud, au contraire, le caractère, les allures, la suractivité des passions, se rapprochent des nôtres.
L’examen de ces conditions, différentes selon les pays, suivant lesquelles se conclut un hymen, m’a fait apprécier cette parole pleine de sens pratique d’un homme déjà avancé en âge, qui avait cruellement expié son manque de tact et de délicatesse au début de son mariage.
Dans l’état de nos mœurs, disait-il, en raison de la trop grande légèreté avec laquelle nous contractons l’acte le plus important de la vie, le jeune mari devrait faire plus ou moins longtemps, après la déclaration du oui fatal, la cour à sa femme, avant la consécration intime.
Du rôle bien entendu de la femme dépend l’avenir de la société. Pendant les vingt maudites années de l’orgie impériale, la famille existait seulement de nom. Une jeunesse superficielle, bruyante, avide de faciles plaisirs, bientôt usée et blasée, tel était le triste résultat du laisser aller général. Cette profonde démoralisation éclata dans toute son horrible nudité lorsque la patrie fut en danger. Témoins, jusqu’à ce jour, impuissants de cette décadence, de ces défections, il nous faut, si nous avons à cœur de reprendre le premier rang, commencer dès aujourd’hui l’œuvre de la régénération.
Le plus beau rôle certainement appartient à la femme, qui fait l’enfant et doit préparer le citoyen. Sachons donc, dès le premier jour du mariage, l’entourer de toute notre affection, de toute notre vénération.
LA LUNE DE MIEL
Table des matières
Un poète a dit que l’amour
Vit d’inanition et meurt de nourriture.
Le premier hémistiche est trop absolu, paradoxal; le second, presque complètement vrai.
L’amour ne vit pas d’inanition. Peu de femmes accepteraient un tel régime dans lequel elles verraient à juste titre le comble du dédain. En dehors du besoin de plaire, de l’attachement, de l’affection, de la passion, les plaisirs de l’amour sont, en saine physiologie, un besoin aussi urgent que la satisfaction du sommeil et de l’appétit.
A un certain moment, l’individu a terminé sa croissance. Tous ses aliments se changent alors en forces de tension, puis en forces vives dont il peut disposer suivant ses besoins et ses occupations. Si la dépense n’équilibre pas la recette, s’il observe une trop grande continence, plusieurs phénomènes surgissent, parmi lesquels des congestions, des rêves lascifs s’accompagnant d’insomnies et autres troubles fonctionnels généraux. Dans ces cas, l’exercice régulier et modéré des fonctions génitales est le meilleur régulateur de la machine humaine. L’harmonie des fonctions se rétablit, et avec elle la santé. Le grand art consiste à trouver le juste milieu.
Autre chose est la lune de miel si souvent célébrée par les poètes et les romanciers.
On peut définir la lune de miel la période d’excès vénériens des premiers mois de l’hymen ayant pour résultat ultime, de la part de l’un ou de l’autre des époux, souvent des deux, la satiété et le dégoût. L’amour meurt vraiment alors de nourriture.
Cette fin déplorable peut tenir aux agissements funestes des deux conjoints.
L’époux est tendre, passionné. S’il aime profondément, s’il obéit trop facilement à la fougue de ses désirs, il ne sait pas, le malheureux! qu’il va soudain allumer des feux que bientôt il ne pourra plus éteindre.
La femme est jeune, ignorante, avide d’honnêtes plaisirs. Il découvre à ses sens étonnés, à son cœur charmé, tout un horizon de voluptés. Pleine de santé et de vigueur, avec des sens encore vierges, elle supportera bien mieux que lui les assauts de l’amour.
En admettant que l’égoïsme ne règne pas dans ses plaisirs, que chaque union intime ait été précédée de la phase de caresses et d’attouchements nécessaires pour mettre l’accord, l’unisson entre les deux amoureux, elle sentira à peine un commencement de fatigue alors qu’il sera vite à bout de forces s’il veut satisfaire la soif de voluptés qu’il aura fait surgir dans son être.
Il lui faudra bientôt faire aveu d’impuissance et demander grâce. Heureux encore s’il ne perd pas, dans la lutte, et sa santé et l’amour de sa femme.
Dans cette première hypothèse, la raison ayant repris tout son empire, son épouse intelligente et réservée lui ayant conservé son affection, il comprendra la nécessité de calmer ses appétits sexuels.
Supposons au contraire une jeune femme aimante, ardente, mais d’un esprit peu élevé, d’une intelligence bornée.
Égoïste et imprudent, vous avez surexcité son ardeur, mais ne lui avez donné que des plaisirs incomplets, tandis qu’elle vous voyait, à son grand étonnement, mourir dans ses bras. Enfin vous lui avez procuré quelquefois seulement, par suite de la lenteur dernière des derniers rapprochements de chaque nuit d’amour, cet état divin appelé l’orgasme vénérien.
La fatigue, la satiété, l’impuissance, auront triomphé de votre ardeur, quand à peine elle commencera à savourer les délices du culte de Vénus.
Vous en arriverez à éviter la douce intimité, à fuir le toit conjugal. Vous la trouverez bientôt, à votre retour au logis, les yeux rouges encore des larmes versées durant les heures d’attente.
«Qu’as-tu?
— Rien, mon ami.
— Pourquoi cette mine bouleversée et ces yeux rouges?
— Comment, j’ai les yeux rouges! Tiens, c’est vrai. Oh! un simple coup d’air.»
Ces petites scènes se renouvelleront de temps en temps.
Cherchant de plus en plus des distractions dans la fréquentation de vos amis, prétextant au besoin des affaires urgentes, pressées, vous finirez par la laisser seule à la maison, en proie à la fièvre de ses désirs inassouvis et à la colère de l’abandon.
Le soir, passé minuit, en rentrant au bercail, vous vous garderez bien de la réveiller par vos baisers comme autrefois.
Vous la croirez endormie et fermerez bientôt vous-même les paupières. Et vous n’entendrez pas, dans le silence de la nuit, les soupirs, les gémissements de votre femme éplorée.
«Non! il ne m’aime plus! il me délaisse! » pensera-t-elle.
Quelques mois après vous la verrez souriante, enjouée, ne cherchant aucunement à ranimer votre première ardeur, mais ne sachant pas encore refuser les plaisirs que vous daignerez lui accorder.
«Comme elle est bonne et aimante malgré tout! direz-vous. Elle a bien pris la chose. Au reste, je n’y pouvais plus tenir.»
Conclusion. Elle aura pris un amant, puis deux. Sur cette pente glissante, on s’arrête difficilement.
Autre cas qui touche directement à la santé.
L’époux est jeune, vigoureux, il n’a pas encore perdu sa noble valeur. Sa femme est douce, tendre, nerveuse, d’une complexion délicate; chaque période menstruelle s’accompagne de vives douleurs avec abondante leucorrhée dans l’intervalle.
C’est une vraie sensitive dont un rien fait épanouir ou fermer les feuilles. Le moindre désir, la moindre caresse, trouvent un écho dans son cœur et ses sens. Loin d’être égoïste, il lui fait partager tout son bonheur. Elle boit à pleines lèvres à la coupe des plaisirs.
Bientôt un cercle de bistre cerne ses yeux dont l’éclat fait mal. Son teint devient de plus en plus pâle. Sa face se grippe, elle maigrit. Au plus petit refroidissement, une toux sèche la fatigue.
Prends garde, jeune époux. Il en est temps encore, demain il sera trop tard; tu lui auras ouvert à deux battants les portes du tombeau.
Parlerai-je maintenant de ces hommes parvenus à un âge relativement avancé, que la passion entraîne à rechercher l’alliance d’une jeune fille de vingt ans?
Malheur à eux s’ils n’ont eu en vue que la résurrection du sens génésique sous les baisers brûlants de la jeunesse!
Citons un exemple qui nous vient à la mémoire:
M. L..., âgé de quarante-cinq ans, possesseur d’une belle fortune, d’une bonne santé habituelle, malgré une vie sexuelle antérieure fort agitée, épouse, à sa sortie du couvent, une jeune fille de vingt ans à peine, d’une bonne famille, qui, n’ayant pour toutes armes que son innocence et une dot fort maigre, fut, pour ainsi dire, vendue par ses parents.
On fêta dignement la déesse de l’amour, au delà même de toute espérance. L’ivresse des désirs et des plaisirs devint frénésie. Un instant le mari parut avoir trouvé une nouvelle vigueur au contact de sa jeune femme.
Hélas! ce ne fut qu’un feu de paille!
Peu à peu une faiblesse générale s’empara de son être. Ne voulant pas se rendre aux avertissements réitérés de la nature, cherchant par tous les moyens en son pouvoir à ranimer ses sens épuisés, sa débilité s’accrut de jour en jour. Peu de temps après il tomba paraplégique, autrement dit il cessa de pouvoir se tenir droit et, bien entendu, de marcher.
Non seulement il devint impuissant, mais il prit une maladie chronique de la moelle épinière. Et, s’il fut possible d’amender le mal, notre malade resta pour toujours, au point de vue sexuel, un fantôme de mari.
Elle, de son côté, à ces assauts répétés et violents dans l’action, gagna aussi une maladie chronique de la matrice, avec douleurs névralgiques intenses, leucorrhée abondante et chlorose consécutive.
Autre exemple des conséquences provenant des excès fréquents de la lune de miel.
Un jour je fus très étonné de voir venir chez moi, pour me consulter, un de mes amis, jeune marié d’un mois à peine.
Le dialogue s’engagea ainsi:
«Quel bon vent t’amène?
— Je souffre horriblement.»
Je le regarde attentivement et le trouve en effet très amaigri, très changé.
«Modère-toi, lui dis-je; fais donc longtemps durer la lune de miel. Aie toujours présent à l’esprit le conte de Philémon et Baucis.
— A ton aise, moque-toi de moi. Je suis bien plus malade que tu ne penses, d’abord j’use et n’abuse pas. A peine un ou deux voyages à Cythère chaque jour, le plus souvent un.
— Diable! diable! pour le premier mois et avec la vigueur de ton tempérament, cette modération relative me plaît.
— Trêve de plaisanteries. Ecoute, voici mon état actuel dans toute sa triste vérité. Depuis quelques jours il me semble avoir un feu ardent au creux de la poitrine. Bientôt viennent, après le dîner, des nausées, puis des vomissements répétés. Enfin je sens mon estomac s’affaiblir de plus en plus. Déjà les nausées commencent à se manifester après le repas du matin. Si cet état dure encore quelque temps, je ne pourrai garder aucun aliment. Et alors adieu amour!
«Désolée, ma femme m’a supplié de venir implorer ton secours. Je te confie le soin de me rendre le bonheur. Parle en maître, j’obéirai.»
Au son lamentable de sa voix, je crus qu’il allait fondre en larmes. Tout en l’écoutant, un soupçon m’était venu.
«Allons, allons! cher ami, ça ne sera rien. D’abord comment passes-tu tes soirées?
— Le repas terminé, ma femme se fait belle et nous allons au théâtre ou à la promenade.
— C’est bien innocent, maître Gaster est un misérable!
— Je ne te comprends pas.
— Un médecin est un confesseur honnête; je suis en plus ton ami. Tu dois sûrement oublier de me dire quelque chose; je vais aider ta mémoire. Après le dîner on devient plus expansif. On échange quelques baisers, etc., etc...
— Oui, c’est vrai, j’oubliais de te dire...
— Nous y voilà. Sois franc.
— Eh bien! au sortir de table, nous allons prendre un peu de repos dans notre chambre à coucher, et nous faisons nos projets de plaisir pour la soirée. On échange en effet des baisers. Le projet vite arrêté, car je suis presque toujours de son avis, ma femme court à sa chambre, où souvent je la suis. Les baisers continuent de plus belle. On répond à mes agaceries. La chair est faible, on pousse le verrou, et...
— Et c’est une heure après ces beaux faits d’armes que les nausées et les vomissements entrent en scène.
— Oui, hélas! Quel piteux mari je deviens!
— Mon ami, au train où tu vas, tu attraperas une magnifique dyspepsie.
— Pas possible!
— Oui bien, monsieur l’amoureux.
— Que faire?
— Rien n’est plus facile. Reste sage quelques jours, mais complètement; maître Gaster s’apaisera; et à l’avenir garde-toi bien de prouver ta tendresse à ta femme au sortir de table. Bon nombre d’amants avec leurs maîtresses, et à plus forte raison de maris avec leurs femmes, doivent les dérangements de leur santé, la plupart du temps, à cette funeste habitude. La journée appartient aux devoirs, aux affaires; la nuit, à l’amour.»
Il se le tint pour dit.
Quinze jours après, l’appétit était revenu, et avec lui la santé.
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