Czytaj książkę: «Qu'est-ce que la Bible d'après la nouvelle philosophie allemande»

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Bruno Bauer, Georg Friedrich Daumer, Hermann Ewerbeck

Qu'est-ce que la Bible d'après la nouvelle philosophie allemande


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066322762

Table des matières

PRÉFACE

DU TRADUCTEUR.

LE CULTE DU MOLOCH CHEZ LES HÉBREUX DE L’ANTIQUITE

SECRETS DE L’ANTIQUITÉ CHRÉTIENNE

LES SACRIFICES HUMAINS CHEZ LES HÉBREUX DE L’ANTIQUITÉ

LES DIVINITÉS SÉMITIQUES AUXQUELLES LES HÉBREUX SACRIFIAIENT DES HOMMES.

LE DIEU NATIONAL DES ANCIENS HÉBREUX.

LES SACRIFICES HUMAINS EN L’HONNEUR DE JÉHOVAH.

SACRIFICES HUMAINS AU PASSAH.

JÉSUS, SURNOMMÉ LE CHRIST.

CHAPITRE I.

CHAPITRE II.

CHAPITRE III.

CRITIQUE DE L’HISTOIRE ÉVANGÉLIQUE DES SYNOPTIQUES.

PREMIER VOLUME.

DEUXIÈME VOLUME.

TROISIÈME VOLUME.


PRÉFACE

Table des matières

DU TRADUCTEUR.

Table des matières

Voici la seconde section de mon ouvrage. La première: Qu’est-ce que la Religion, avait pour but de rendre accessibles à la France les écrits principaux de M. Louis Feuerbach sur la Religion.

Le volume présent donne ceux de MM. Daumer, Ghillany, Bauer, etc., sur la Bible.

Le seul regret que j’ai, c’est de n’avoir pu traduire aussi d’autres écrits, qui s’occupent de ces objets; l’espace m’a manqué.

Il existe encore, je le rappelle ici avec surprise, une grande lacune à combler dans la littérature philosophique de la France; elle ne possède pas de traduction de certains ouvrages qui ont servi de base ou plutôt de berceau, depuis trente-cinq années, à la moderne philosophie allemande. Pourquoi n’a-t-on pas déjà traduit les ouvrages de Hegel, intitulés Philosophie de la Religion (1 vol.), Histoire de la Philosophie (3 vol.), la Phénoménologie (1 vol.), la Logique (3 vol.)? M. Ch. Bénard, il est vrai, a traduit l’Esthétique, et M. Cl. Husson la Philosophie de l’Histoire de Hegel; mais pourquoi ne les étudie-t-on pas? et pourquoi a-t-on traduit d’autres livres philosophiques beaucoup inférieurs, et pourquoi lit-on des écrits pitoyables comme celui de M. Ott: Hegel et la Philosophie allemande? Une bonne traduction de Hegel serait de la plus haute importance pour familiariser la jeune France avec la jeune Allemagne; de même comme une traduction allemande de la Philosophie positive de M. Auguste Comte serait fort désirable. Les philosophies progressistes des deux nations principales de l’Europe, c’est-à-dire du globe, doivent enfin marcher ensemble: le danger presse, car là comme ici l’Ennemi du Genre humain, sous la forme de l’esprit revenant de M. le comte Joseph de Maistre, a reparu; la vieille hyène qui ricane en hurlant de sa gueule ensanglantée, comme chante un poète allemand moderne.

Dans le volume actuel les lecteurs vont rencontrer la même base philosophique que dans l’autre. Il traite non-seulement du christianisme, mais aussi du mosaïsme à plusieurs égards. Les vrais savans juifs, j’en suis convaincu, sauront apprécier l’intention qui a ici dirigé la plume des illustres écrivains allemands; ils y trouveront plus d’un point digne de la discussion scientifique.

Quant à moi, je n’ai plus rien à ajouter. La France de 1848 saura comprendre et juger les deux livres dont je lui fais hommage. J’ai cru leur publication tellement nécessaire, qu’ayant cherché en vain un éditeur pendant six longues années, je les ai fait imprimer à mes frais.

Auguste-Hermann EWERBECK,

(NÉ A DANZIG),

Docteur en médecine et chirurgie, des Facultés de Berlin et d’Utrecht.

Paris, 6 octobre 1850.


LE CULTE DU MOLOCH CHEZ LES HÉBREUX DE L’ANTIQUITE

Table des matières

(RECHERCHES CRITIQUES ET HISTORIQUES)

— G. FRÉDÉRIC DAUMER (1842). —

Ce livre prouve:

1. Le Jéhovah et le Moloch n’étaient au commencement qu’un seul et même Dieu.

2. Le culte du Moloch n’a point été fondé par le grand roi Salomon parmi les Hébreux; ce culte était, au contraire, leur religion nationale et primitive, depuis le temps d’Abraham, et soutenue par Abraham, Moïse, Samuel, David, jusqu’à Salomon.

3. Le sacrifice de la chair humaine, immolée dans les flammes de l’autel ou autrement, était essentiel pour le Molochisme et Jéhovisme réunis. L’histoire biblique et le code des Hébreux disent avec beaucoup de franchise, que cette manière d’adorer le Dieu national était non-seulement permise, mais aussi rigoureusement ordonnée sous Moïse, sous les juges et sous le roi David.

4. Les Hébreux de l’antiquité, bien entendu, abattaient devant l’autel, ou jetaient tout vivans dans les flammes de cet autel jéhova-molochiste, leurs ennemis et des étrangers; de même des nationaux, et — remarquez-le bien — non-seulement des criminels, mais aussi des hommes innocens, quelquefois même leurs enfans, leurs souverains et leurs prêtres de première classe.

5. L’ancienne religion de Moïse, avant d’être radoucie, ordonnait de tuer sans exception, en l’honneur du Moloch-Jéhovah, les prémices du sexe masculin parmi les animaux et à plus forte raison parmi les hommes.

6. L’immolation d’enfans vivans, jetés dans les bras de la statue de bronze rougie par le feu, cette atrocité sans nom et qui ne peut s’expliquer que par la pathologie de l’esprit humain, a été déjà faite par Abraham sur la colline Moria, et par David dans l’Aravna; c’est là où Salomon faisait bâtir plus tard par des architectes phéniciens le temple de la ville de Jérusalem. Le fameux autel d’airain du temple de Moïse comme du temple de Salomon n’était que cette idole de bronze destinée à rotir et à réduire en cendres le corps vivant des enfans qu’on vouait à Jéhovah-Moloch, selon le culte hébreux, ou phénicien, ou cananéen; ces trois peuplades, appartenant à la même famille, avaient un culte commun.

7. De cette manière, on n’immolait que des enfans de la noblesse; ceux du menu peuple et les autres victimes humaines servaient après leur mort à remplir de leur chair et de leur sang les plats du banquet religieux; on n’en jetait dans le feu que leurs os, qu’on avait eu soin de garder intacts et sans les endommager.

8. A ce culte indigène des cannibales; culte bestial du Principe négatif, destructeur dans la nature, s’opposait de bonne heure un culte étranger, basé sur les religions humaines de l’Inde, de la Grèce et de la Germanie, avec lesquelles il offre des marques incontestables d’une parenté linguistique et mythologique; un culte qui adorait le Principe affirmatif, producteur, conservateur dans la nature. Ainsi, d’un côté le principe de la Douleur, de l’autre celui de la Joie; d’un côté, le culte du Feu et des Ténèbres, de l’autre celui de la Lumière et de l’Eau.

Le culte du Moloch exigeait des abstinences, des mutilations, des mortifications, des castrations, des tortures, des massacres en face de l’idole; le culte opposé promettait des jouissances, même des orgies. Ce culte doux et complaisant adorait le dieu Baal Péor ou Béor sous la forme d’un âne. Il faut se rappeler que les ânes de l’orient sont à peu près aussi grands, aussi forts, vifs et beaux que les chevaux; il n’y avait donc là rien qui aurait pu empêcher la nation de croire que le dieu s’était choisi pour forme matérielle celle d’un âne; les dieux innombrables de l’Inde et de l’Égypte avaient choisi mille autres formes animales bien moins nobles, bien moins belles; le Dieu-Créateur, dans le mithraïsme, prenait la forme du grand taureau Kalomortz, etc. Nous n’avons, par conséquent, point à nous récrier contre ce culte de l’âne.

9. C’est Biléam qui se montre le premier comme prêtre et prophète du culte de l’âne, dont l’importance s’est visiblement accrue sous les juges Jaïr, Abdon et Gidéon. Plus tard, ce culte, hiérarchiquement organisé, est toutefois opprimé par Samuel et David; en vain Saül et Absalom tirent le glaive pour défendre le culte humain contre le culte cannibale des anthropophages, le Moloch est vainqueur, Salomon l’intronise de nouveau. Après la mort de ce roi, la vieille scission entre les deux cultes éclate encore une fois et se transforme en scission politique.

10. Le veau d’or dans le désert, ou le veau adoré dans le royaume d’Ephraïm, n’est autre chose que l’âne déifié.

11. Ce n’est que quelque temps après la mort du roi Salomon, qu’un troisième culte se développe, un culte réformateur, également opposé au culte du Sang et du Feu, comme au culte de l’Eau et de l’Ane. Ce nouveau Jéhovisme est un culte de la Loi Morale; il renverse les idoles, et se met à reviser les livres historiques de la nation.

12. Cette révision des chroniques et des annales du peuple mosaïque va jusqu’à ce point, de changer l’histoire de son développement d’un bout à l’autre. Le produit littéraire de cette nouvelle rédaction, c’est l’Ancien-Testament tel qu’il nous est parvenu; la critique la plus savante, la plus rigoureuse, la plus pénétrante, la plus impitoyable est donc nécessaire pour y mettre ordre. Cela fait, nous trouvons que le réformatisme national après Salomon a soigneusement effacé, ou du moins voilé, les récits des atrocités de ses ancêtres, sans cependant faire cette opération avec une précaution complète. Nous rencontrons des pièces d’appui pour notre opinion surtout dans les écrits des prophètes.

13. Le culte de l’âne lui aussi exerçait une influence assez profonde pour rédiger de nouveau l’ancienne histoire nationale, et c’est lui qui changeait peu à peu Moïse, ce prophète du Moloch, en un prophète du Baal Péor; de là les ressemblances entre le mythe de Moïse et quelques mythes indiens, helléniques et même chrétiens.

14. La fête du Passah appartenait à l’ancien culte molochiste; c’était la grande fête universelle de l’immolation de la chair humaine, le banquet des cannibales mangeant la chair, buvant le sang des enfans sacrifiés, et jetant dans le feu les os non brisés des victimes.

Les rois Hiskia et Josia ordonnaient de remplacer la chair humaine par la viande d’une brebis, d’un agneau; c’était désormais le rôti de Pâques, coutume fort innocente, et qu’il était difficile sans doute de reconnaître pour avoir remplacé la plus atroce dont l’homme soit capable.

15. La fête des Bosquets (tabernacles) appartenait au culte de l’eau et de l’âne, ou si vous voulez, du veau: fête dionysiaque et aphrodisiaque, avec une prostitution dite sacrée des filles sinon des femmes, et avec des excès bachiques: bref, une orgie.

16. Après avoir adouci l’âpreté du caractère de cette fête, Néhémia et Esra l’incorporaient au Jéhovisme réformé.

17. Les idées des anciens Hébreux sur le Messie doivent être classées en deux parties: celles qui se rapportent au Molochisme sont éminemment grossières., celles du culte Baal Péor sont profondément spéculatives, métaphysiques. Le Messianisme du culte molochiste est assez égoïste et barbare pour condamner le grand héros national, le grand prêtre, c’est-à-dire le Messie, à devenir une victime humaine destinée à réconcilier son Dieu tourmenté par la soif du sang humain. Le Messianisme du culte Baal Péor proclame son Messie, Dieu lui-même, Verbe créateur, et sans s’arrêter à l’idée de la réconciliation d’un Dieu jaloux et furieux. Le Messie du culte Baal Péor s’est uni à celui du culte Moloch, mais non sans subir sa suprématie; la mythologie, le dogme, l’histoire du Christianisme, sont un mélange de ces deux élémens, dont malheureusement le vieux élément molochiste, sémitique, barbare a prévalu dans le développement du genre humain. Le dogme central du nouveau culte devenait ainsi cette affreuse idée de l’immolation de la chair humaine, qu’il avait trouvée dans le Passah de l’antiquité la plus reculée des Hébreux.

En effet, dit M. Daumer, le roi Salomon ne peut pas avoir été tel que l’Ancien-Testament nous le veut faire croire. On nous montre ce shah oriental comme un adorateur fervent du Dieu Jéhovah, comme un fils du roi David également jéhoviste chaleureux, comme un prince élevé dans le plus pur, le plus abstrait de tous les monothéismes, comme un croyant éclairé par un nombre considérable de révélations et d’inspirations divines, un sage auquel Jéhovah lui-même avait inculqué à plusieurs reprises de rester fidèle au vrai culte; et en tournant la page nous voyons ce Salomon subitement devenu adorateur de Moloch et sacrificateur d’enfans vivans (Livre des Rois, I, 3, 5; 9, 2; 10, 23. Chron. II, 1, 7; 7, 12). Ce fait ne saurait s’expliquer que par un accès momentané d’aliénation mentale de la nation entière; cherchons donc plutôt de nous convaincre de la fausseté de ce fait lui-même. Et d’abord, le Jéhovah des anciens Hébreux était une divinité des ténèbres, de la terreur, de la douleur physique et morale, du feu, appelé Kronos par les Hellènes, Baal et Moloch par les Cananéens et les Phéniciens; Moïse, I, 15, 12, parle de ce Dieu comme d’une nuit profonde, d’une terreur inouïe, d’un flambeau jetant des étincelles, d’un fourneau rougi par les flammes, et cela à propos d’un sacrifice qu’on lui offre, à l’occasion d’une alliance qu’Abraham conclut avec lui. Le dieu qui lutte contre Jacob dans le désert, lui crie de le laisser partir par ce que l’aube commence déjà à poindre (Moïse, I, 32, 27); absolument comme le démon malfaisant, Méphistophèles, dans le Faust de Gœthe, dit: «Mes coursiers frissonnent, le soleil va se lever, allons-nous-en;» absolument comme dans la mythologie indienne, les rakjas, les démons ennemis des dieux, qui sont surtout à craindre avant l’aurore (Bohlen, L’Ancienne Inde, I, 225, 263); l’endroit le plus sacré du temple de Jéhovah ne regarde point le levant, mais le couchant du soleil; ce Jéhovah se montre enveloppé dans les nuages les plus sombres: «Et Moïse s’approcha des ténèbres où Dieu était ( Moïse II, 20, 21; 19, 16; V, 4, 11).» — «Dieu descendit comme dans un bond, rapidement; à ses pieds il y avait des ténèbres; il entassa autour de lui les ténèbres, il fit sa tente en rassemblant de l’eau et des nuées épaisses (Samuel II, 22, 10,12. Psaumes 18, 10, 12).» — «Jéhovah a pris la résolution d’habiter dans les ténèbres ( Livre des Rois, I, 8, 12; Citron, II, 6, 1 ) .» Ainsi, ce Jéhovah aurait très bien pu être adoré sous la forme d’une statue noire, comme les Arabes idolâtres faisaient; ils lui offraient leurs sacrifices au jour de samedi, au jour de Saturne, jour sabath, absolument comme les Hébreux, et ils se prosternaient habillés de noir, dans une chapelle noire ( voyez les auteurs allemands: Winer, Diction. biblique, 2 445; Gésenius, Comment. de Jésaïe, 2, 344; Gœrres, Hist. des Mythes, 1, 290; Bohlen, Genesis, 231; Vatke, Religion de l’Anc.-Testam., 1835, Berlin, I, 196, 199). Ce Jéhovah ressemble au dieu Kemosch ou Chamos des Moabites et Amorites, adoré sous l’image d’une étoile noire selon la tradition judaïque; il ressemble aussi au dieu Tartak (de là peut-être le Tartaros des Hellènes?) chez les Awéens, car Tartak signifie héros des ténèbres ou profondes ténèbres ( voyez Winer).

Des analogies très frappantes se rencontrent chez les nations et les tribus plus ou moins barbares de l’Amérique septentrionale, centrale et méridionale; la race primitive des Amériques ressemble singulièrement à la race sémitique de l’Asie, et je prouverai plus tard que l’origne américaine des Hébreux n’est point invraisemblable (voyez Baumgarten, Hist. universelle des peuples américains; Rochefort, Hist. naturelle et morale des Antilles, 2 24; Orbigny, Voyage en Amérique; Alexandre de Humboldt, Voyage dans les pays équinoxiaux du nouveau continent 2, 113). Remarquez bien ce que disent les adversaires du prophète Jésaïe (28,15, 18; 5, 7, 9): «Nous autres, nous avons conclu une alliance avec la Mort, nous avons fait un traité avec le Monde Souterrain des Enfers; par conséquent le fléau quand il arrivera, ne nous touchera point;» à quoi ce noble réformateur répond: «Ah! votre alliance avec la Mort sera déchirée, votre traité avec le Monde Souterrain n’existe pas, et le fléau quand il arrivera, vous exterminera. » Le Pseudo-Jésaïe reproche aux Israélites ce qui suit: «Tu te rends auprès du Moloch avec de l’huile et tu prends beaucoup d’onguent (pour embellir l’idole), et tu dépêches tes envoyés au loin jusque dans les abîmes du Monde Souterrain.» Silius Italicus cite parmi les dieux de la ville de Carthage l’Érébos, dont l’autel était dans le grand temple de Dido; Philostrate dit que les habitans de Cadix, colonie phénicienne, ont des chansons en l’honneur de la Mort (Sil. Ital., 1 92; Vita Apollonii, de Philost. V, 4). Chez les Awéens on nomme, à côté du Tartak, le dieu Nibchas, le Seigneur des ténèbres, dont le trône atteint le niveau du Monde Terrestre, disent les livres religieux du sabéisme, et dont les pieds reposent snr les extrémités de l’abîme infernal (Livre des Rois, II, 17, 31; Gramberg, Hist. critique des idées religieuses dans l’Anc.-Testament, 1, 517). Le livre de Hiob nous montre le Dieu du monde souterrain comme Roi des Ténèbres et de la Terreur. Ce dieu ennemi du genre humain, ce principe personnifié de la destruction et de la mort, était le Moloch, Melech: Melech, c’est-à-dire le Roi par excellence. Sa demeure principale est la nuit de l’abîme, il se fait représenter à la voûte céleste par la planète la plus éloignée du soleil, la plus ennemie du soleil, c’est l’astre du Sabath, Saturne, le dernier jour de la semaine; le mot samedi, en allemand samstag, n’est rien autre chose que le jour de sanis, nom ordinaire de Saturne dans le sanskrit (Bohlen, 2, 248; Kanne, Système du Mythe indien, 334). Les classiques de l’occident appellent eux-mêmes l’étoile de Saturne une étoile dangereuse à l’homme: stella nocens, sidus triste, grave in omne caput (Properce, 4, 1; Juvénal, 6,569; Lucain, 1, 650); Servius ad Aene. 3, 141, assure que son influence, comme celle de la Lune, rend stérile; les anciens Arabes la désignèrent sous le nom de la grande infortune (voyez: l’évêque Munter, Religion de Carthage, Religion des Babyloniens; 1827; Movers Religions des Phéniciens, 1, 289; Gœrres, Hist. des Mythes, 1, 289).

Ce Saturne donc, comme l’effroyable Sivas de l’Inde portant trois yeux et la lance aux trois pointes, domine trois mondes à la fois: le terrestre, le céleste, le souterrain; il est comme l’affreuse Hécate es Hellènes, qui n’est pas seulement reine du monde infernal, mais aussi reine de l’océan, du continent et du firmament; elle a ainsi trois têtes ou trois corps réunis. Enfin, le résultat de toutes ces allégations, dont je pourrais facilement étendre la quantité , est que ce Molochisme cannibale des Sémites luttait contre les Hellènes, les représentans de l’Humanisme, de la civilisation occidentale. Voyez les combats des héros helléniques contre les monstres Chiméra, Cacus, Cerbère, Géryon, tous à trois têtes, à trois corps, et jetant des flammes. C’est au fond le Jéhovisme primitif.

Abraham voit dans un songe son Dieu comme le dieu de la Terreur, et ce type diabolique est bien celui sous lequel Jéhovah est dépeint dans l’Ancien-Testament d’un bout à l’autre. Les exemples abondent: on conseille au peuple israélite de ne point s’approcher trop du mont Sinaï, son Dieu pourrait le tuer (Moïse, II, 18, 21). Le roi David a peur d’installer la sainte arche dans la ville, parce que le dieu propriétaire de cette arche est un dieu qui tue, qui, en effet, tue le fidèle Usa, uniquement parce que celui-ci avait touché de ses mains l’arche pour l’empêcher de tomber par terre (Samuel, II, 6, 6); un Dieu cruel et raffiné dans sa cruauté, qui tue par une épidémie plus de 50,000 Bethsémites, dont le tort avait été de jubiler à l’aspect de l’arche (Samuel, I, 6, 13). Les psaumes le désignent sans façon par les mots: le Terrible, l’Atroce, l’affreux Schem, comme les Indiens appellent leur Sivas le Terrible, et les anciens Mexicains leur Huitzi Poxtli la Terreur (Ps. 89, 8; Moïse, V, 28, 58; Ps. 76, 12; Jésaïe, 8, 12). On l’appelle directement Schaddaï, le Destructeur, et Jéhovah (Hova, Howwa, la ruine, la destruction). Les Iroquois, dans l’Amérique du Nord, nomment la Mort ne Jawohye, et Jowahu, Jawahou est le nom du démon malfaisant chez les Américains de la Guiane (Clavigéro, Hist. du Mexique, 1, 358; Laskiel, Hist. des Missions). Les Américains du Nord ( dit M. Colton dans le rapport de son excursion chez les sauvages des grands lacs, et le Magasin des Missions protestantes, de la ville de Bâle, 1834, 561), prononcent fort souvent et distinctement, à ne pas s’y méprendre, les mots Alléluja, Jéhova, Élohim; par exemple, ils chantent devant l’autel où une victime est brûlée, les mots suivans: Jo-meschia, Hé-meschiha, Wa-meschiha, ou Schilu-jo, Schilu-hé, Schilu-wa, ce qui ressemble fort au Schem hamphorasch des Hébreux, au nom triplé de Jéhovah. Le mot meschia ressemble à maschiach, hébreu, le Souverain, et schilu peut être le fameux schilo, mot assez difficile pour les interprètes, le dominateur des nations promis dans la bénédiction de Jacob (Voyez Eisenmenger, Le Judaïsme découvert, 1,155; Moïse, I, 49, 10). Je reviendrai encore plusieurs fois à cette parenté surprenante, que je crois avoir observée entre les anciens Sémites et les Américains primitifs. — Ce qu’il est avant tout nécessaire de relever ici, c’est la signification du nom Samuel, Schemuel, Schmuel; Schmu ou Schem, en Égyptien Smy (Plutar., Isis et Osir., 62), le nom spécial du Typhon, du démon malfaisant; Schmuel est analogue avec Joël de Jéhovah, Jo; ce Schem est clairement, il me semble, désigné (Moïse, V, 28, 58): «afin que tu trembles devant le Schem, ce dieu grand et terrible, le Jéhovah, ton Dieu,» car il est fort mal à propos de traduire ici Schem par le nom. Remarquez en outre que ce Smy ou Typhon égyptien, auquel on sacrifie des taureaux et des hommes qui sont d’une couleur rouge, ce démon des rayons solaires destructeurs, ce démon des sables du désert faisant toujours irruption, du Côté de l’occident, dans les campagnes heureuses du Nil, ce démon du Nil fait lapider le fils d’un Égyptien et d’une Juive parce que celui-ci avait blasphémé le Schem judaïque (Moïse, I, 24); ce démon rougeâtre, rougi par le feu, s’appelle aussi Seth, selon Plutarque ( Isis et Osir., 41, 49, 62). Eh bien, les Hébreux parlaient précisément de Sem et de Seth, ou Schem et Scheth, comme de leurs ancêtres les plus vénérés, comme des deux héros d’où commence la généalogie nationale; Schem et Scheth, cela veut dire Moloch.

Le serpent de bronze, le fameux Saraph (c’est-à-dire brûler), que Moïse fait adorer par son peuple, et que nous rencontrons encore dans l’époque de Hiskia comme un objet du culte hébreu (Moïse IV, 21, 6 et Livre des Juges) ce fétiche naturel est fort répandu. Il se trouve en Grèce, à Epidaure et à Delphes, en Egypte, en Suède, en Amérique du Nord, sous la forme d’un agathodémon, d’un serpent bienfaisant. Il se trouve, au contraire, comme un kakodémon, un monstre cruel et hideux, chez les Chéroquais américains qui parlent de la terrible vallée brûlante où il n’y a ni animal, ni végétal, excepté plusieurs serpens à sonnettes de taille colossale, les grands rois de tous les serpens; il se trouve chez les Caraïbes de l’île Saint-Dominique comme un serpent gigantesque qui porte une couronne étincelante d’escarboucles d’une valeur immense; il se trouve chez les nègres de Widda, en Afrique, comme le serpent géant auquel on sacrifie parfois une vierge, soit en la faisant dévorer par ce reptile, soit — ce qui est plus probable — en la lui mariant. Les expressions sacrifice et mariage sont synonymes dans toutes les religions cannibales. Les crocodiles et les alligators des îles de Sandwich (Voyage autour du monde par M. de Kotzebue, 1821) jouissent de la même vénération; on leur expose parfois une jeune fille sur la rive, comme Hésione et Andromède, et cela s’appelle dans l’idiome insulaire indifféremment mariage et sacrifice. Le roi Salomon se sert du petit serpent Thola pour fendre des rochers et des montagnes quand il fait bâtir le temple (Castelli, Lexic. heptaglott. — Eisenmenger, 1, 351).

Le Moloch-Jéhovah des anciens est une flamme dévorante, qui détruit les autres peuples, Moïse V, 4, 24, Isaïe 33, 14: «Qui d’entre nous voudrait demeurer près de ce feu dévorant et rester dans la fournaise éternelle?» Il est un feu dévorant sur le Sinaï, qui en fume comme un fourneau, Moïse V, 9, 3, Moïse II, 24, 17, Moïse III, 19, 16, Moïse V, 4, 11; Moïse V, 4, 12; il fait entendre sa voix du milieu du feu; ses narines jettent de la fumée, les flammes pétillent de sa bouche, Samuel II, 22, 9, 13; Psaumes 18, 9, 13; Ezéchiel décrit la vision de feu et de flammes dans laquelle Jéhovah se montre. Les Talmudistes appellent Regjon ou Dinur le fleuve de feu qui vient de dessous son trône, Eisenmenger II, 346; son château est dans le septième ciel, dans la région de la planète Saturne, selon le livre Hénoch, et Jéhovah lui-même est décrit chez Hoffmann comme entouré de feu, de sorte que personne ne saurait le regarder, à peu près comme chez le prophète Daniel 7, 9:

«L’Ancien des Jours est assis sur un trône, son vêtement est blanc comme la neige, sa chevelure comme la laine (aussi blanche), son trône est une flamme, les roues de ce trône sont des flammes qui jettent des étincelles, un fleuve de feu sort de lui» ; description magnifique, mais qui nous rappelle presque involontairement le Moloch-Saturne-Kronos que la ville de Carthage adore sous le nom d e l’ncien des Jours, et dont le temple est au bout d’une avenue dans la Carthage romaine qui s’appelle la Rue du Vieillard, vicus senis, comme dit saint Augustin, de consensu; voyez Munter, Relig. de Carthag. La couleur de neige du Jéhovah du prophète Daniel est celle du dieu des Flammes dans l’Inde, où ce Siwas est souvent représenté d’une blancheur éclatante et avec le triangle la pointe en haut (Bohlen, L’ancienne Inde, I, 207). Le Saturne des Orientaux, chez les Arabes idolâtres, un dieu noir, se prête également à la couleur opposée; il est censé présider à la fois au feu et au froid, également délétaires pour l’homme (Gœrres, I, 291; Movers, les Phéniciens, 1841, et surtout Hoffmann, le Livre de Hénoch, 1833). Hénoch dit que dans le château fort où réside Jéhovah, il fait froid comme la glace en même temps qu’il y fait chaud comme le feu, et qu’il n’y a point de joie. Certes, ce Jéhovah est une divinité peu amie de l’homme; ainsi, la circoncision, du point de vue religieux, n’a jamais été autre chose qu’une castration adoucie, et cela précisément prouve en faveur de notre opinion. Le culte saturnin en Phénicie (voyez Movers) exige des castrations et des décapitations.

La célèbre arche, cette boîte plus ou moins volumineuse dans laquelle Jéhovah se renferme, est très vulgaire chez les adorateurs du Moloch et du Typhon; on en rencontre une, par exemple, chez Hérodot. 2, 63, qui nous dit que l’idole égyptienne du Paprémis, une variété du Typhon, renfermée dans une chapelle de bois doré en miniature, est promenée sur un char à quatre roues.

Le Livre des Rois (I, 8, 19) se hâte d’assurer que cette boîte a été parfaitement vide, à l’exception des deux tables de pierre que Moïse y avait déposées. Eh bien, c’est précisément cette assertion singulièrement empressée qui doit éveiller du soupçon; elle semble provenir de l’intention de se défendre contre certaine tradition, contre un terrible on dit, contre un reproche affreux. Je prie mes lecteurs, ici plus que jamais, de bien distinguer l’ancien Jéhovisme molochiste de cet autre Jéhovisme réformé, qui est parfaitement digne du respect dont on l’a entouré.

L’arche sainte s’appelle littéralement la maison de la loi, si nous traduisons par loi le mot obscur eduth, qui équivaut évidemment au mot Jéhovah (Moïse II, 16, 33): «et Moïse dit: Aron, prends un vase et mets-y un gomer de cette manne, et place cela devant Jéhovah. Aron fit comme Moïse avait dit, il le plaça devant les Tables de la Loi.» Ces tables auraient donc la valeur religieuse d’une idole, si nous ne préférons de faire dériver eduth de ed, chef, attud, conducteur du peuple, jathed, prince suprême. En ce cas, le mot se rencontre chez les Phéniciens, les Egyptiens et les Américains. Il ressemble beaucoup à Adod, Roi des Dieux chez les Phéniciens. Comme chez les sauvages de la Nouvelle-Zélande, le capitaine James Cook dans son troisième voyage découvrit une sainte arche ou boîte, du dieu Eatua, dans laquelle se trouva son idole ou son symbole: de même il me paraît préférable d’admettre qu’une idole, ou si vous voulez un symbole, avait été le véritable contenu de l’arche du Seigneur, et nullement le décalogue seul. Les dix commandemens (Bohlen, la Genèse XXXVIII) sont évidemment d’une rédaction très récente; jamais les prophètes, par exemple, ne les ont cités à propos de l’adultère ou de l’idolâtrie de leur peuple. Vatke (Histoire de la Religion de l’Ancien-Testament, I, 202) a très bien relevé la manière embarrassée dont le Pentateuque en fait mention.

La sainte ville de Troie, sous le gouvernement de Priame, avait une arche renfermant une idole donnée par Jupiter à Dardane; cette idole, qui s’appelait le maître, aïsymnetès, frappe d’aliénation mentale le héros Eurypyle qui vient d’ouvrir le couvercle. Une autre idole troïenne, la petite statuette de Minerve, le fameux palladium donné par Jupiter au fondateur de la ville, frappe de cécité impitoyablement celui qui vient de l’arracher à l’incendie du temple; cette idole, tout comme Jéhovah, ne pardonne les regards d’aucun mortel. Aux montagnes Rocheuses, les sauvages américains adorent une sainte arche, et celui qui voudrait la poser sur la terre ou la dépouiller de ses couvertures, perdrait sur-le-champ l’usage des yeux. Les ancêtres des Mexicains (Clavigero, I, 172) en descendant jadis dans le pays Mexicain, se firent conduire par une arche sacrée à leur dieu guerrier Huitzili Poxtli, absolument comme les Hébreux dans le désert.

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Data wydania na Litres:
11 października 2024
Objętość:
921 str. 2 ilustracji
ISBN:
4064066322762
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Bookwire
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