Czytaj książkę: «Considérations sur la salubrité de l'Hôtel-Dieu et de l'hospice de la Charité de Lyon»

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Augustin-Pierre-Isidore de Polinière

Considérations sur la salubrité de l'Hôtel-Dieu et de l'hospice de la Charité de Lyon


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066321260

Table des matières

HOPITAUX ET HOSPICES CIVILS DE LYON.

CONSIDÉRATIONS SUR. LA SALUBRITÉ DE L’HOTEL-DIEU.

1830 — 1832,

1833 — 1834.

1835 — 1836.

1839 — 1839.

1840 — 1841.

1842 — 1844.

1845 — 1847.

1848 — 1852.

LÉGENDE DU PLAN DE L’HOTEL-DIEU DE LYON.

CONSIDÉRATIONS SUR LA SALUBRITÉ DE L’HOSPICE DE LA CHARITÉ.

1830 — 1834.

1935 — 1838.

1839 — 1841.

1842 — 1847.

1848 — 1852.

TABLEAUX.

TABLEAUX.

LÉGENDE DU PLAN DE L’HOSPICE DE LA CHARITÉ.

RÉSUMÉ ET CONCLUSION.

ADMINISTRATEURS DES HOPITAUX CIVILS DE LYON Depuis 1830.


A MONSIEUR LE PRÉSIDENT

ET A MESSIEURS LES MEMBRES

DU CONSEIL GÉNÉRAL D’ADMINISTRATION

DES

HOPITAUX ET HOSPICES CIVILS

DE LYON.

MESSIEURS ET HONORABLES COLLÈGUES,

Sous les présidences successives et si bien appréciées de MM. Terme et Delahante, ainsi que pendant la présidence actuelle, l’Hôtel-Dieu et l’hospice de la Charité ont éprouvé dans leur organisation et leurs dispositions matérielles des changements considérables.

Envisagés au point de vue de l’hygiène, ceux-ci m’ont, en raison de ma position, inspiré un intérêt particulier. En effet, médecin de l’Hôtel-Dieu, puis de l’hospice de la Charité, je me trouvais dans la vingtième année de mon exercice, lorsque les suffrages bienveillants des Membres de l’Administration m’appelèrent à faire partie de ce Conseil où je m’honore de siéger.

Témoin, dans le principe, des travaux qui s’accomplissaient sous mes yeux, j’y ai pris plus tard une part active.

Il ne pouvait pas en être autrement: successeur de mes anciens et chers collègues MM. Ferrez et Delore dans les fonctions d’Administrateur-Directeur de l’hospice de la Charité et ensuite de l’Hôtel-Dieu, je devais chercher à justifier par un dévouement absolu la confiance qu’on avait bien voulu m’accorder. Et comment d’ailleurs, en présence de ce zèle et de cette abnégation dont les Membres dn Conseil ont toujours donné les preuves les plus éclatantes, ne me serais-je pas senti entraîné à l’accomplissement de la mission qui m’était attribuée?

Si, voulant vous imiter, Messieurs, pendant ces douze années de collaboration administrative, je n’ai pas fait tout le bien que j’aurais voulu, il me reste au moins la consolante pensée que je me suis appliqué sans relâche à servir, comme vous, la cause sacrée de l’humanité pauvre et souffrante et à lui consacrer la plénitude de mes forces.

En considérant la suite des travaux qui ont transformé, on peut le dire, l’aspect et les conditions de ces deux établissements hospitaliers, en supputant les sommes d’argent que vous y avez si libéralement affectées, je me suis demandé : Quels ont été les motifs de ces dépenses, quels en ont été les résultats?

Telle a été l’origine de ces recherches, que j’avais entreprises uniquement pour mon utilité personnelle et pour une sorte de satisfaction de conscience. Croyant qu’elles pouvaient ne vous être pas indifférentes, j’ai osé vous les présenter, en 1851 et en 1852, sous la forme de rapports que vous avez accueillis avec indulgence et dont vous avez bien voulu, en 1853, voter l’impression. Cette haute marque d’approbation m’a imposé le devoir de rendre ce travail plus digne d’être placé sous votre patronage. Je l’ai donc revu avec soin et notablement augmenté par des appréciations nouvelles et des documents puisés dans vos délibérations d’une date récente, de manière à embrasser tous les faits marquants depuis l’année 1830 jusqu’à la fin de l’année 1852. Ces faits et les observations qui s’y rattachent mettent en vive lumière ces axiomes d’hygiène:

Dans un hôpital, l’augmentation du nombre des guérisons, et par conséquent la diminution des décès, dépendent essentiellement de l’influence puissante de la salubrité ;

Celle-ci doit dominer dans toutes les parties d’un établissement hospitalier;

L’acquérir par tous les moyens possibles est un impérieux devoir;

Un tel bienfait n’est jamais payé trop cher.

Puissent ces vérités fécondes, et qui vous sont familières, pénétrer dans tous les esprits!

Profondément touché, Messieurs, du sympathique encouragement que vous m’avez donné, j’ai l’honneur de vous offrir cette revue de vos actes et de ceux de vos dignes prédécesseurs, comme un témoignage des sentiments respectueux avec lesquels je suis,

MONSIEUR LE PRÉSIDENT,

MESSIEURS LES ADMINISTRATEURS,

Votre très humble et très

obéissant serviteur et collègue,

Polinière.

Ce 15 décembre 1853.

HOPITAUX ET HOSPICES CIVILS DE LYON.

Table des matières

CONSEIL GÉNÉRAL D’ADMINISTRATION .

Extrait des Registres des Délibérations.

Le 19 février 1851, le Conseil a entendu la lecture d’un Rapport de M. de Polinière sur les améliorations hygiéniques les plus importantes effectuées à l’Hôtel-Dieu depuis quinze à vingt ans, et qui avaient eu pour résultats un augmentation de salubrité dans cet hôpital, et une diminution notable de la mortalité.

Dans la séance du 11 août 1852, M. de Polinière a lu un Rapport de même nature pour l’hospice de la Charité, et, ainsi qu’il l’avait fait pour l’Hôtel-Dieu, il a indiqué les améliorations dont cet établissement paraissait encore susceptible.

M. Durieu et M. le Président pensent que l’impression de ces deux Rapports serait très utile, principalement pour MM. les Administrateurs qui seront appelés à délibérer sur les perfectionnements à ajouter à ceux que l’Administration a déjà réalisés.

M. le Président propose, en conséquence, de décider que les Rapports sus-mentionnés seront imprimés au nombre de deux cents exemplaires, aux frais des Hospices, et que M. le Conseiller d’Etat sera prié de vouloir bien autoriser cette impression.

Le Conseil adopte cette proposition.

La présente délibération sera soumise à l’approbation de M. le Conseiller d’Etat, chargé de l’administration du département du Rhône.

(Séance du 17 août 1853. )

CONSIDÉRATIONS SUR. LA SALUBRITÉ DE L’HOTEL-DIEU.

Table des matières

MESSIEURS,

Tous les édifices publics destinés à recevoir une agglomération d’hommes, doivent être soumis particulièrement à l’application des lois générales de l’hygiène. Les établissements consacrés aux malades, aux blessés et aux infirmes réclament, en outre, des précautions de salubrité toutes spéciales, qui, ailleurs, seraient considérées comme une sorte d’exagération. En fait de salubrité dans un hôpital, le superflu n’est que le strict nécessaire.

Dans les hôpitaux, l’hygiène n’est pas tout; mais elle est l’objet essentiel; elle est la condition fondamentale sans laquelle tous les moyens de secours sont frappés d’impuissance. Que la salubrité cesse de régner dans un hôpital, les médecins les plus expérimentés, les chirurgiens les plus habiles, bien que secondés par de bonnes distributions de médicaments et d’aliments, s’y épuisent en vains efforts .

Cet asile qui promettait le soulagement et la guérison des souffrances humaines, devient un vaste foyer d’infection, où les maladies les plus légères ne tardent pas à se compliquer d’accidents funestes. On y contracte des maladies qu’on n’avait pas, et la mort exerce ses ravages dans des proportions effrayantes. Ce tableau n’a rien de chargé : c’est celui des hôpitaux improvisés, encombrés et insalubres, tels que nous les avons vus dans nos grandes guerres et pendant les épidémies.

Au milieu de ces désastres, que la bienfaisante influence de l’hygiène apparaisse, l’art de guérir reprend sa force d’action, et la mortalité rentre dans ses limites ordinaires. C’est que les médications n’opèrent que sur des individualités et dans des circonstances données, tandis que l’hygiène agit sur les masses et à toute heure du jour et de la nuit .

Mais, sans invoquer ces circonstances extraordinaires, observons le mouvement journalier des grands hôpitaux dans leur état normal, comparons les mouvements partiels d’une salle dotée de bonnes conditions hygiéniques avec une autre salle moins favorisée. Cet examen, on peut l’affirmer d’avance, aura pour résultat des chiffres de mortalité essentiellement différents. Le mouvement de la salle salubre étant donné, on pourra déterminer à priori et d’une manière précise qu’elle sera la mortalité de la salle insalubre. Que dans la première, par exemple, on compte sur 1,000 malades 129 morts, ce chiffre total s’élèvera dans la seconde de 136 à 153, et même au-delà, suivant le degré des conditions contraires aux lois de l’hygiène.

Quoique nous fassions peu de cas de l’importation des calculs de l’arithmétique dans le domaine de la médecine, quoique nous considérions l’application de la méthode numérique comme antiscientifique, nous avons dû, en cette occurrence, employer le moyen des chiffres. Et en effet, lorsque pendant une longue suite d’années ces proportions se seront maintenues toujours les mêmes, bien que d’ailleurs les malades aient reçu des soins également bons, dans l’une et l’autre de ces divisions du service soit médical, soit chirurgical, ne faudra-t-il pas forcément en conclure que dans un grand hôpital, le rôle de l’hygiène domine tous les autres moyens de secours? Il me serait facile de mettre en évidence par des tableaux comparatifs de mouvement et des observations exactes ce fait capital, si digne de la plus sérieuse attention. Mais on conçoit quelle réserve impose un sujet de cette nature, et l’on n’exigera pas, sans doute, que j’èn pousse plus loin la démonstration.

Le point essentiel est de rappeler ici des faits qui deviennent, pour les administrations, une source précieuse d’enseignement et une véritable règle de conduite. Ce sont là, du reste, des vérités qui n’ont pas besoin de démonstration, tant elles sont devenues vulgaires; et cependant elles ont été longtemps négligées et comme méconnues.

Sans nous reporter aux époques éloignées du moyen-âge, jetons un regard rapide sur la situation des hôpitaux telle qu’elle était dans le siècle qui a précédé le nôtre. Quel triste spectacle! Dans la plupart des grands hôpitaux, à Lyon comme ailleurs, chaque lit est occupé par plusieurs individus. Le malade y respire l’haleine de l’agonisant, le convalescent touche le corps refroidi d’un mort.

Ces couches hideuses, d’où s’exhalent des miasmes fétides et délétères, sont étroitement serrées les unes contre les autres dans des salles privées d’une quantité d’air suffisante et dépourvues de ventilation. On attache même une si médiocre importance à l’introduction de l’air, qu’on supprime encore, en les murant, toutes les fenêtres d’un côté de la salle, qui devient alors un cloaque impur. Poursuivant ce déplorable système de mutilation de l’édifice, dont le plan pouvait être primitivement judicieux, on encombre les cours de constructions malsaines, on spécule sur les terrains environnants pour y bâtir de hautes maisons; elles seront adossées aux murs de l’hôpital; il faudra boucher de nouveau plusieurs fenêtres: qu’importe? à quoi bon conserver tant d’espace? Pense-t-on que l’air confiné des cours et des salles de malades a besoin d’un renouvellement libre et continuel? Nullement!

Tout ceci paraît exagéré et difficile à croire, et pourtant c’est ce qui se faisait alors dans un très grand nombre d’établissements hospitaliers; nous en fournirons bientôt des preuves. On ne croyait point mal faire. La mortalité était grande, on n’en cherchait pas la cause.

Ces vices d’organisation, ou ces atteintes fâcheuses portées à la structure d’édifices primitivement bien conçus, étaient passés en habitude.

Cependant plusieurs hôpitaux, notamment ceux de la capitale, commençaient à recevoir des améliorations utiles. Mais l’Hôtel-Dieu de Paris se maintenait comme le type de tout ce qu’on peut concevoir de plus barbare. Quoiqu’il donnât asile à des mendiants, à des fous, à des femmes enceintes, parmi lesquels on compte en général peu de mortalité, le chiffre des morts était de 1 sur 4. On sait que les malades y étaient réunis au nombre de quatre et de six dans chaque lit; qu’on en plaçait même assez souvent deux ou trois de plus sur l’impériale du lit, où l’on arrivait au moyen d’une échelle .

En 1772, cet hôpital devint en partie la proie d’un incendie. Toutes les misères qu’il cachait, vues à la lueur des flammes, causèrent une impression générale et profonde.

Un homme essentiellement bienfaisant, qui en 1763 avait déjà signalé les vices inhérents à l’Hôtel-Dieu, M. de Chamousset, publia un nouveau mémoire en faveur de la réforme de tant d’abus. De toutes parts de grands efforts se déployèrent vers le même but. L’architecte Poyet proposait de transférer l’Hôtel-Dieu à l’île des Cygnes.

Le roi Louis XVI se fit rendre compte de la situation de cet hôpital, et donna, en 1781, des lettres-patentes que nous voudrions pouvoir reproduire ici textuellement. Elles sont empreintes de tant de sagesse, elles respirent des sentiments si nobles et si touchants, elles révèlent si bien le désir des grandes et utiles réformes, qu’on doit considérer cet acte spontané de l’infortuné monarque comme un de ses plus beaux titres à la reconnaissance publique. — Le roi voulait que désormais l’Hôtel-Dieu abritât 3,000 malades, tous couchés isolément, les hommes et les femmes dans des corps de logis distincts; qu’il y eût des promenades et des salles particulières pour les convalescents; et il ajoutait: «La dépense de ces améliorations dont nous voulons faire jouir les pauvres, sans qu’il en coûte rien à l’Hôtel-Dieu, sera entièrement à notre charge: en conséquence nous y destinons, dès à présent, les objets particuliers que nous avons désignés, et, en cas d’insuffisance, nous y pourvoirons des fonds de notre trésor royal.»

Sur l’ordre du roi, l’Académie des sciences, saisie de la question qui préoccupait les meilleurs esprits, nomma pour l’examiner huit commissaires: Lassone, Daubenton, Tenon, Bailly, Lavoisier, de la Place, Coulomb et d’Arcet, auxquels Tillet fut ensuite associé.

Cette Commission, composée de noms si éminents, ne se borna pas à étudier le projet de l’architecte Poyet; elle voulut connaître par elle-même la situation de l’Hôtel-Dieu. Mais l’Administration n’eut pas honte de lui en interdire l’entrée et de lui refuser toute communication des plans, des règlements et des registres. Tenon y suppléa. Depuis quarante ans il observait en silence et recueillait d’affreux détails que lui fournissaient des médecins et des chirurgiens de ses amis, employés dans la maison.

Bailly, chargé d’écrire le rapport de l’Académie, eut le bon esprit de sentir que tous les artifices de l’éloquence ne pourraient qu’affaiblir un pareil tableau; il s’en tint à l’énoncé rigoureux des faits, à un simple extrait du travail de Tenon, et son ouvrage eut un effet prodigieux .

Présenté à l’Académie le 2 décembre 1786, le rapport de la Commission peut être considéré comme un traité lumineux sur le régime hygiénique des hôpitaux. Il se terminait par la proposition de transformer l’Hôtel-Dieu en quatre hôpitaux, chacun pour 1,200 malades. «Si le roi, y est-il dit, n’a encore rien statué à cet égard, il a pesé dans son cœur les intérêts de l’indigence souffrante; il a senti qu’un grand hôpital est une grande calamité, et la bonté souveraine a eu la pensée d’y substituer plusieurs hôpitaux. Il faut que le pauvre le sache, et le pauvre ne l’oubliera pas. Il faut surtout qu’il se souvienne, lorsqu’il sera couché seul dans ces hôpitaux, qu’il le doit autant à la sensibilité de l’homme qu’à la bienfaisance du monarque .»

Les médecins remplirent un rôle très actif dans la publication des écrits propres à éclairer l’opinion du public et des administrations. Parmi eux se distinguent l’abbé Teissier, docteur en médecine, de l’Académie des sciences; les docteurs Regnier, Antoine Petit, Le Roi, et enfin le professeur Tenon qui, en 1788, fit connaître le résultat de ses laborieuses recherches. Il eut le mérite de réunir pour la première fois dans un corps d’ouvrage les grands principes du régime sanitaire des hôpitaux: ses mémoires, au nombre de cinq, seront toujours consultés avec fruit; ils sont pleins d’observations critiques judicieuses et de sages prescriptions.

Cet esprit de réforme se répandait dans les provinces. A l’Hôtel-Dieu de Lyon un même lit contenait toujours deux malades et quelquefois un plus grand nombre, c’est-à-dire quatre à cinq. Les recteurs se montraient fort désireux d’abolir cet usage déplorable. Privés de toute ressource pécuniaire pour l’accomplissement de leurs généreux desseins, ils firent, en 1787, un appel à la charité lyonnaise; ce ne fut pas en vain. La ville tout entière prit part aux souscriptions. Il s’agissait de créer 300 lits en fer d’un mètre environ de largeur, et de recouper 436 lits en bois, afin que leur largeur ne dépassât pas la proportion nécessaire à un seul malade. L’argent arriva de toutes parts avec tant d’empressement et d’abondance, qu’en moins de six semaines non-seulement les listes de souscription étaient remplies, mais encore qu’elles fournissaient un excédant assez considérable pour payer 134 lits en sus du projet. Le souvenir de cet élan de la charité lyonnaise reste consacré par les huit tables de marbre blanc, écrites en lettres d’or, qui sont placées sous le grand dôme de l’Hôtel-Dieu. L’archevêque de Lyon, Monseigneur Malvin de Montazet, s’associa libéralement à cette bonne œuvre en fournissant de ses deniers tous les lits contenus dans une salle, à laquelle son nom reste attaché : elle est ornée de son portrait et d’une inscription commémorative. Ces deux objets, récemment restaurés, attestent la perpétuité du respect pour la mémoire du fondateur.

Cet hôpital peut donc revendiquer l’honneur d’avoir montré le premier les avantages des lits en fer, et provoqué par son initiative une émulation générale.

Sur ces entrefaites, la révolution de 1789 éclata; la Terreur vint bouleverser la société française; les biens des hôpitaux furent saisis, vendus ou dissipés. Lorsque, après cette époque sanglante et à jamais exécrable, la France commença à se rasseoir sur sa base, les hôpitaux attirèrent de nouveau l’attention du Gouvernement, et excitèrent au plus haut degré la sympathie publique.

En attendant les améliorations qu’ils devaient obtenir plus tard, ces établissements reçurent des dénominations nouvelles. Celle d’Hôtel-Dieu rappelait trop la religion et la charité chrétiennes; celle d’hôpital était trop répugnante, alors que la philanthropie, la sensibilité et la mélancolie étaient à la mode. On chercha par des noms plus philosophiques et plus doux à écarter de l’esprit des images horribles, et l’on ne voulut plus reconnaître que des hospices civils et militaires: l’Hôtel de Paris se vit longtemps décoré du titre de grand Hospice de l’Humanité.

Quoi qu’il en soit de cette déviation du sens véritable des mots, la charité publique, qui s’intitulait philanthropie et bienfaisance, associa ses dons à ceux du Gouvernement. Enfin l’ère régénératrice du Consulat fut marquée par les soins attentifs apportés au régime des hôpitaux. Le vainqueur de Marengo, dans sa visite à l’Hôtel-Dieu de Paris, ordonna l’érection d’un monument à la mémoire de Bichat et de Desault, et chercha à introduire dans ce vaste établissement, l’ordre et la salubrité dont les hôpitaux Necker, Beaujon, la Charité, St-Louis, etc., offraient d’heureux modèles. Ce fut bientôt après que le premier Consul, pendant son séjour à Lyon, en 1802, y reconstitua l’administration hospitalière que la tourmente révolutionnaire avait renversée.

Les travaux d’assainissement de l’Hôtel-Dieu de Paris furent poursuivis sous l’Empire et sous la Restauration. Mais les progrès les plus notables dans la voie de la salubrité datent de l’avènement du roi Louis-Philippe, et de l’impulsion qu’il donna, par son propre exemple, à l’achèvement et à l’amélioration de tous les édifices publics de la capitale et des provinces.

Les considérations qui précèdent ne nous ont point paru étrangères à l’objet essentiel de ces études; elles vont servir à expliquer et à justifier la situation stationnaire, au point de vue de l’hygiène, dans laquelle se sont maintenus jusqu’à une époque récente l’hospice de la Charité et l’Hôtel-Dieu de Lyon.

L’Administration des hôpitaux de Lyon, réorganisée en 1802, avait repris les habitudes d’ordre et de conservation qui se perpétuaient dans ces établissements d’une manière traditionnelle. Redoutant les innovations, considérées comme révolutionnaires, elle proclamait la sagesse des temps anciens et s’appliquait à maintenir dans leur intégrité l’esprit et les habitudes consacrées par un long usage.

A cette tradition inaltérable de respect pour les oeuvres du passé, succéda tout-à-coup un principe contraire. Ce fut en 1830. L’Administration hospitalière, entièrement renouvelée, ne tarda pas à montrer de nouvelles tendances, des idées nouvelles: la tradition des usages stationnaires était rompue; on voulut remplacer l’immobilité par le progrès.

Loin de moi la pensée de donner ici des éloges à l’Administration actuelle aux dépens de celle qui venait de se retirer. L’ancienne Administration s’était signalée par un zèle, un dévouement et un sentiment de charité chrétienne qu’on peut égaler peut-être, mais qu’on ne surpassera jamais. En lui rendant cet hommage si bien mérité, nous croyons être le fidèle interprète de l’opinion unanime de nos concitoyens. Toutefois on dira, peut-être, que trop exactement soumise à une règle très louable de conduite, la conservation, elle ne sentait pas assez la nécessité d’innover dans le régime des hôpitaux les applications hygiéniques, et de suivre le mouvement que la science imprimait à tous les établissements publics, notamment à ceux qui servent de refuge aux malades et aux blessés. Elle entourait ceux-ci de soins attentifs et bienfaisants; elle ménageait sagement la fortune des pauvres, mais en donnant à ses actes une direction différente de celle qui nous occupe dans ce travail.

Après cet exposé très explicite de mes sentiments, auxquels se joint l’expression de mon respect pour l’Administration pleine de dignité que j’ai vue présidée par MM. de Lacroix-Laval, Delphin et de Virieu, il ne peut y avoir, dans ce qui va suivre, aucun prétexte à des interprétations fâcheuses, que d’avance je repousserais de toutes mes forces. Qu’il me soit donc permis maintenant d’aborder, en toute liberté d’esprit, l’examen des grands changements qui ont successivement ramené à de meilleures conditions hygiéniques l’Hôtel-Dieu de Lyon.

HOTEL-DIEU.

Fondé en 542 par le roi Childebert, fils de Clovis, et par sa femme la reine Ultrogothe, agissant sous la pieuse influence de saint Sacerdos, évêque de Lyon, notre Hôtel-Dieu est un des plus anciens hôpitaux de France.

Bien des constructions se sont succédé, dans la suite des temps, sur le vaste terrain de cet établissement hospitalier primitivement éloigné des habitations, et dont la surface de forme oblongue n’a pas moins de 30,870 mètres carrés. Les plus anciennes constructions, parmi celles qui concourent à l’ensemble de l’édifice, ne remontent pas au-delà du XVIe et du commencement du XVIIe siècle.

En 1637 fut bâtie l’église, remarquable par son architecture élégante. Ducillet en avait donné le plan, et plus tard André Palladio, de Vicence, se chargea du soin de l’embellir. C’est à la même époque que furent construites les quatre salles disposées en forme d’une croix, au centre de laquelle se trouvent un vestibule quadrilatère et un bel autel de marbre surmontés d’une élégante coupole, appelée par comparaison le petit dôme.

Mais c’est du côté du quai du Rhône que la vue est frappée de l’aspect monumental et majestueux de l’Hôtel-Dieu. Là, sa façade se déploie sur une longueur de 315 mètres.

D’une architecture peut-être trop magnifique pour une telle destination, ornée des statues colossales des royaux fondateurs et de figures allégoriques, surmontée du grand dôme au sommet duquel un groupe d’anges soutient la croix, cette vaste façade a été terminée de nos jours. La partie qui joint le corps de bâtiment du grand dôme à l’aile septentrionale restait inachevée: elle fut construite en l’année 1821, grâce à la munificence du duc d’Angoulême. Quant à l’aile méridionale, sa date est encore plus récente.

Ce n’est pas au luxe du dehors que nous devons nous arrêter; ce sont les dispositions intérieures qui appellent spécialement notre attention. Si elles ne répondaient pas, par leur salubrité, à la richesse de l’ornementation étalée aux regards, celle-ci ne pourrait être pardonnée: elle serait d’autant plus répréhensible qu’elle aurait causé une cruelle déception .

Sous la coupole du dôme que soutiennent des pilastres d’ordre corinthien, on voit un immense vestibule pavé de marbre, au centre duquel un magnifique autel formé de marbres précieux est entouré d’une balustrade dorée. Quatre grandes salles de malades, deux au premier étage, deux au second, viennent aboutir à ce vestibule, remarquable par ses proportions grandioses et ses ornements architectoniques.

Ce n’est pas comme objets de pure décoration que nous mentionnons le grand et le petit dômes de l’Hôtel-Dieu; ils fournissent de puissants moyens de ventilation et d’assainissement. Les miasmes méphitiques étant toujours en ascension, se trouvent incessamment appelés et recueillis dans ces vastes entonnoirs qu’ils parcourent sans y séjourner, traversent les ouvertures toujours béantes du sommet, et se dispersent dans les régions élevées de l’atmosphère extérieure.

La masse des gaz méphitiques qui s’accumulent et trouvent leur issue dans les lanternons des dômes est incroyable: on ne pourrait s’en faire aucune idée lorsqu’on visite les salles, et qu’on respire un air exempt de toute mauvaise odeur près des autels placés sous les coupoles des dômes. Pendant ce temps-là, que des ouvriers soient obligés de pénétrer dans l’intérieur de la coupole ou des lanternons pour y exécuter des travaux, ils ne peuvent y rester que pendant une heure et demie tout au plus. Quelquefois même, après une demi-heure de séjour dans ce milieu infect, ils en sortent pâles, abattus et tellement incommodés, que parfois ils tombent en défaillance. Plusieurs ouvriers sont obligés de s’y succéder pour faire la besogne d’un seul homme.

La ventilation produite par les courants des dômes ne peut avoir lieu sans devenir une cause de refroidissement pour les salles, qui pourrait être très nuisible, surtout pendant la saison d’hiver. Nous verrons bientôt comment on a remédié à cet inconvénient.

Quelque admiration que l’on accorde aux belles lignes architecturales de Soufflot, qui a fait de notre Hôtel-Dieu l’un des édifices les plus imposants et les plus brillants de la cité, on doit reconnaître que ce grand artiste ne s’est pas suffisamment inspiré des études hygiéniques concernant les hôpitaux; et pourtant elles étaient déjà portées à un haut degré, ainsi que le témoignent les travaux philanthropiques de cette époque. Plusieurs fautes auraient été évitées: l’architecte n’aurait sans doute pas consenti à morceler le sol par de petites cours d’un espace beaucoup trop restreint; disposition d’autant plus mauvaise que les corps de bâtiments très élevés qui les entourent, empêchent l’air et les rayons du soleil d’y pénétrer convenablement; il n’aurait pas donné aux salles de malades des proportions qui paraissent exagérées. Elles le sont en effet, surtout si l’on se renferme exclusivement dans le système de Tenon qui demande des salles de quatre, huit, dix, douze lits, et ne permet pas qu’on dépasse le nombre de vingt-quatre. «Nous ne plaçons, dit-il, que vingt-quatre lits dans les plus grandes salles..., pour ne pas rassembler trop de malades dans un même lieu... Ce n’a été qu’après m’être étayé de mon mieux par des observations répétées pour éviter les maux qui naissent de salles trop hautes et trop froides, trop basses et trop chaudes et trop fétides, qu’enfin je me suis déterminé à leur donner quinze toises de long, vingt-cinq pieds de large, seize pieds de hauteur à celles des malades et quinze à celles des convalescents .»

Mais il ne faut pas oublier que le savant réformateur écrivait sous l’impression de l’horrible spectacle des vastes salles encombrées et puantes de l’Hôtel-Dieu de Paris. Les auteurs modernes, exempts de cette pénible émotion, n’en ont pas moins adopté ses idées; on les retrouve partout; et c’était justice: car il est difficile de pénétrer plus avant que Tenon dans ces questions complexes et d’un si haut intérêt, dont l’examen approfondi a rempli une grande partie de sa généreuse et belle vie.

Partant de ce principe, excellent sans doute, qu’on doit autant que possible rapprocher le malade placé dans un hôpital, des conditions d’isolement que lui offrirait un domicile particulier, ces auteurs exigent aussi des salles de la contenance de douze lits , et ne permettent pas qu’elles en reçoivent un plus grand nombre. Tout cela est d’une facile exécution dans un petit hôpital; mais dès qu’il s’agit d’un de ces grands établissements hospitaliers destinés à abriter de mille à douze cents malades, les recommandations en faveur des petites salles sont-elles encore aussi applicables? Nous ne le pensons pas; et il nous semble que cette réprobation dont on a frappé les grandes salles est trop absolue. Invoquons la parole d’un homme compétent: «Il est faux, dit Coste, premier médecin des armées, qu’il soit impossible de rendre de grands hôpitaux salubres; ce n’est point le nombre de lits, mais leur proportion trop forte en raison de l’espace, qui engendre le méphitisme .»

Il est bon, sans doute, de ne pas dépasser une certaine limite, qui a été assez généralement reculée jusqu’au chiffre de quarante à cinquante lits par salle ; mais le point essentiel, c’est le maintien de la salubrité. Que les grandes salles, telles que les nôtres, soient dotées d’un air abondant et facilement renouvelé, que la propreté y règne constamment, seront-elles nuisibles à la vie des hommes? A cette question, les faits journaliers répondent d’une manière péremptoire. Nous reviendrons bientôt sur cet important objet à propos de l’aération des salles. En attendant, qu’une réflexion nous soit permise. Dans un grand hôpital, le service a ses exigences; il doit être fait non-seulement avec ordre et économie, mais encore avec facilité et promptitude. Or comment pourrait-on, au milieu de subdivisions des services par petites salles de quatre, six, huit, dix et douze lits, fonctionner régulièrement et promptement? ne faudrait il pas commencer par doubler le personnel des servants? Ces considérations administratives ne sauraient trouver ici un développement qui nous entraînerait au-delà des bornes de notre sujet. Poursuivons.

Quoique nous ayons signalé les reproches légitimes qui peuvent être adressés à l’œuvre de Soufflot, l’illustre auteur du Panthéon n’en a pas moins réalisé dans nos murs une grande pensée, en dotant les malades pauvres d’un magnifique lieu de refuge, emblème majestueux de la charité, qui, à toutes les époques, a formé un des traits distinctifs du caractère lyonnais.

La population de l’Hôtel-Dieu a éprouvé des variations quant au nombre et à l’état des personnes malades. C’est ainsi qu’avant la création de l’Hôpital militaire, les officiers, sous-officiers et soldats de la garnison ou de passage, y étaient admis dans des salles actuellement occupées par des malades de la classe ouvrière. C’est ainsi que les enfants de deux à quatorze ans de notre ville y étaient mêlés avec les adultes, avant l’institution de l’Hôpital des enfants malades dans le claustral de l’hospice de la Charité. Espérons que cet hôpital d’enfants étendra son bienfait au-delà du cercle dans lequel il est restreint, et qu’il s’ouvrira non-seulement aux enfants de l’agglomération lyonnaise, mais encore à ceux qui lui sont étrangers et qui se trouvent encore en trop grand nombre dans les salles de l’Hôtel-Dieu.

Aujourd’hui la population de l’Hôtel-Dieu comprend:


Sept médecins et un professeur de clinique médicale,

Trois chirurgiens et un professeur de clinique chirurgicale, secondés par vingt élèves internes,

Un pharmacien, ayant sous ses ordres plusieurs frères et sœurs, composent le service de santé.

Pour une telle population, renfermée dans la même enceinte, l’espace est-il suffisant? la ventilation est-elle facile et abondante? les conditions hygiéniques, en un mot, sont-elles bonnes? les changements introduits dans le régime des malades, dans la disposition matérielle de l’édifice, ont-ils exercé une influence sur la vie des hommes et diminué la mortalité ? Ce sont là précisément les questions que nous cherchons à résoudre, en prenant notre point de départ à l’année 1830.

1830 — 1832,

Table des matières

Installée le 19 octobre 1830, la nouvelle Administration commença en 1832 ses travaux d’assainissement, sous la présidence de M. Terme, et les poursuivit sans relâche pendant les années suivantes .

L’Hôtel-Dieu était imprégné dans toutes les parties de l’édifice d’une odeur infecte, causée et entretenue par les émanations provenant des cours, des salles de dissection, du dépôt des morts, des salles de malades et de la boucherie.

Il existe dans les cours, dans la cave même et dans les cuisines de nombreuses ouvertures, destinées à recevoir les eaux pluviales et ménagères qui se rendent au Rhône par des conduits souterrains. Ceux-ci communiquent avec les égouts chargés de toutes les immondices de l’hôpital. Il s’échappait incessamment, par ces orifices béants, des masses de gaz fétides et délétères qui viciaient l’atmosphère des cours et pénétraient dans les salles des malades. A cette mauvaise odeur venant du dehors, se joignait celle que répandaient dans l’intérieur des salles les latrines et les chaises percées.

On eut soin de faire un curage complet des égouts, de réparer les canaux et d’en fermer les orifices au moyen de cuvettes à la de Parcieux. Les latrines eurent des appareils inodores, et les chaises percées furent munies de vases hermétiquement fermés. Il en résulta une amélioration appréciable dans la qualité de l’air confiné des cours, des salles de malades et de leurs dépendances.

On établit des fourneaux de fonte en forme de potager dans quinze salles de malades, et bientôt après dans toutes les autres. Il serait à désirer, peut-être, qu’ils fussent placés à proximité des salles, et non dans leur intérieur; tels qu’ils sont cependant, ils rendent des services réels: on y chauffe facilement les remèdes internes ou externes, ainsi que le linge de corps. Chacun de ces fourneaux remplit, en outre, une fonction importante: au moyen de sa cheminée d’appel, il attire et chasse sans cesse une masse d’air confiné, et procure de la sorte une ventilation bienfaisante. Qu’on n’abuse pas de ces fourneaux pour y faire indûment la cuisine, ils ne mériteront plus les reproches qu’on leur a souvent adressés.

L’Hôtel-Dieu ne possédait que quelques baignoires en mauvais état, absolument insuffisantes aux besoins. On organisa un système de bains et de douches assez satisfaisant, mais qui devait quelques années après se développer dans de grandes proportions.

Au commencement de l’année 1832, le zèle des Administrations municipales et hospitalières était stimulé par la marche et les approches menaçantes du choléra asiatique; avant même qu’il eût éclaté à Paris, on sentait la nécessité urgente d’améliorer, autant que possible, les conditions de la salubrité publique: aussi fit-on de grands efforts dans ce sens à l’Hôtel-Dieu. Blanchiment à la chaux d’une partie des murs de l’édifice au dedans et au dehors, nettoiement des cours, réfection de leur pavé afin d’accélérer l’écoulement des eaux, ouverture de plusieurs ventilateurs dans les salles, ordres sévères relativement au maintien de la propreté, rien ne fut négligé.

Enfin, le Conseil d’administration osa prendre une délibération qui fait époque. Nous avons dit qu’en 1787, lors de la création des lits en fer, leur largeur réduite à un mètre avait été calculée dans l’intention que chaque lit ne pût recevoir qu’une personne seule. Cependant, malgré cette précaution, on continuait à coucher deux malades dans le même lit. Cette coutume barbare, empruntée au moyen-âge et abolie dans tous les hôpitaux des nations civilisées, se perpétuait parmi nous, sous l’empire de la routine, à la grande surprise des étrangers.

Le Conseil arrêta, dans sa séance du 25 avril 1832, qu’à partir du 1er mai de la présente année, il n’y aurait jamais, sous aucun prétexte, deux malades couchés dans le même lit; et depuis cette époque jusqu’à ce jour, cette décision a été respectée.

Pour faire prévaloir cette mesure, si salutaire, si sage, si hautement approuvée par la raison et la morale, il fallait pourtant la réunion de deux circonstances: l’imminence dans nos murs du terrible fléau qui déjà frappait la capitale, et surtout les volontés unies des membres d’une Administration toute nouvelle, dont la marche n’était point gênée par les tiraillements et les embarras de la tradition. Cela est si vrai, que dans le principe quelques esprits éclairés, mais trop facilement assujettis aux habitudes routinières, ne manquèrent pas de raisonnements spécieux pour s’élever contre une décision, qu’ils considéraient comme trop sévère et trop absolue et qu’aujourd’hui ils sont forcés d’approuver sans aucune restriction.

Dans les hôpitaux de Paris, les malades sont couchés dans des lits à rideaux et sans ciel. Ici la disposition est différente, il n’y a de rideaux que pour les lits des salles payantes . Tous nos lits en fer, longs de 2 mètres et larges de 90 centimètres, ont un ciel en toile blanche, accompagné d’une toile qui tombe du côté du chevet et l’enveloppe; le ciel est joint à une bande de toile appelée tour de lit, et qui forme avec le ciel une sorte de baldaquin. Autrefois ce tour de lit, qui était en drap pendant la saison d’hiver, descendait à 70 centimètres au-dessous du ciel. Afin d’examiner un malade, il fallait que le médecin glissât sa tête sous ce tour de lit pour la relever dans un réceptacle de miasmes fétides sans issue.

Sur ma demande, les tours de lit furent réduits à 40 centimètres de hauteur . L’inconvénient, quoique diminué , subsistait; je le fis disparaître en restreignant l’étendue de la toile du ciel de lit du côté des pieds du malade, de manière à laisser un large passage aux miasmes. Cette mesure si simple et si avantageuse, appliquée maintenant à tous les lits de l’Hôtel-Dieu, a contribué à purifier l’atmosphère particulière à chaque malade, et par conséquent à assainir l’air confiné dans les salles.

1833 — 1834.

Table des matières

Les canaux et les égouts furent l’objet de nouvelles réparations; l’église et le réfectoire, ainsi qu’une partie des corps de bâtiment, reçurent des améliorations notables.

La salle Montazet et les salles dites des Quatre-Rangs, qui s’ouvrent sous le petit dôme, furent restaurées complètement; on remit à neuf plusieurs toits dont les gouttières, hors de service, furent remplacées. Ces travaux, qui demandaient du temps et de fortes dépenses, se poursuivirent pendant les deux années suivantes.

1835 — 1836.

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On plaça dans toutes les cours des guérites-urinoirs, et les réparations furent continuées sur divers points.

La cour d’entrée s’élevait d’un mètre au-dessus de la galerie en forme de cloître, qui l’entoure; il en résultait une humidité permanente, fort malsaine pour tous les locaux situés dans ce périmètre. La cour fut abaissée et pavée au niveau des dalles de la galerie. La croix placée au centre de la cour fut restaurée.

C’est à cette date que se rapporte un changement important relatif aux salles de dissection. Elles étaient établies au deuxième étage, au-dessus de la salle Ste-Anne, dans un corps de bâtiment entouré de salles de malades, de telle sorte que des fenêtres voisines on voyait les cadavres mutilés par le scalpel des étudiants. Il y avait, en outre, trois cabinets situés au deuxième et au premier étage, où les chirurgiens pratiquaient des opérations sur le cadavre, faisaient des préparations anatomiques, et tenaient en macération des débris humains. C’étaient autant de foyers d’infection, indépendamment du dégoûtant spectacle de ces translations continuelles de cadavres par les escaliers à l’usage des malades.

Sur la proposition de l’administrateur de l’intérieur, M. Delahante, qui devait bientôt remplacer M. Terme au fauteuil de la présidence, ce vicieux état de choses dut cesser. — Dans la cour méridionale, dite des Internes, on construisit un amphithéâtre pour les études anatomiques, et les locaux naguère infectés, se transformèrent en salles destinées aux malades: ce sont la salle St-Roch et la Clinique médicale. Les cabinets anatomiques des chirurgiens furent purifiés, et servirent comme annexes aux salles voisines.

1839 — 1839.

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L’état de vétusté, l’aspect hideux des murs dont les enduits tombaient de toutes parts, exigeaient une restauration complète de l’édifice; on l’entreprit sur une vaste échelle. Tous les corps de bâtiment donnant sur les cours furent recrépis et blanchis; ce travail s’étendit à l’intérieur des salles, dont tous les plafonds reçurent des couches de badigeon.

Plusieurs boutiques de la façade du Rhône étaient occupées par des marbriers; le bruit de la scie, l’odeur infecte et pénétrante du mastic en fusion, incommodaient les malades. Voulant remédier à ces graves inconvénients, le Conseil décida que tous les locataires à profession incommode ou insalubre ne seraient plus admis dans ces locaux, et que ceux qui les habitaient recevraient immédiatement la résiliation de leur bail avec injonction de se retirer au bout de six mois.

L’Hôtel-Dieu était dépourvu d’un magasin général pour les approvisionnements. Cet entrepôt, jugé indispensable, fut créé dans d’assez grandes proportions, et composé de casiers pour recevoir les objets de nature diverse qui devaient les remplir.

En même temps qu’on restaurait la glacière, on plaçait des calorifères dans la maison des élèves internes et dans les salles de malades.

Une machine à vapeur destinée à fournir de l’eau à tous les étages, pour tous les besoins du service, s’éleva dans la cour Ste-Marie, où une buanderie commode ne tarda pas à être organisée.

Grâce à cette machine à vapeur, l’eau est devenue abondante et conserve toujours une très bonne qualité ; elle provient du Rhône par filtration naturelle et s’accumule incessamment dans un puisard creusé à cet effet, jusqu’à un mètre au-dessous de l’étiage du fleuve. Epurée par son passage au travers d’un lit de gravier, cette eau est toujours limpide, fraîche en été (10° R.), et d’une température suffisante en hiver pour qu’il n’y ait pas de congélation à redouter. La machine à vapeur, de la force de sept chevaux et qui ne la déploie pas en entier, fait mouvoir plusieurs corps de pompe qui débitent en moyenne 2,000 litres d’eau par minute. Deux réservoirs, placés à trois mètres environ au-dessus du sol, desservent les bains et la buanderie; un troisième réservoir contenant trente mètres cubes d’eau, placé à dix-sept mètres au-dessus du niveau du sol des cours, est destiné aux autres services: c’est de ce réservoir que les eaux se distribuent dans toutes les salles de malades, souillardes, latrines, réfectoire, cuisine, pharmacie, promenoir, etc. Le volume d’eau est consommé à peu près dans les vingt-quatre heures.

Avant la construction de la machine à vapeur, qui date de 1839, l’eau était portée dans les salles à bras d’hommes ou par le moyen de pompes placées dans les cours. On n’usait alors, en vingt-quatre heures, que sept à huit mètres cubes d’eau, c’est-à-dire trois cent quatorze de moins qu’à présent, et encore on en employait une partie à un détestable et dangereux usage dont nous parlerons, le lavage des salles.

A la distribution de l’eau se lie la fondation d’un bel établissement de bains. Déjà, en 1832, on avait amélioré les salles de bains et augmenté le nombre des baignoires. Ce n’était pas assez. L’Administration résolut de régénérer complètement cette partie essentielle du service médical, et confia son organisation à M. Rapou, qui avait fourni ailleurs des preuves d’habileté en ce genre. Ce nouvel établissement, terminé en 1842, contient trente-cinq baignoires en cuivre, dix-sept pour les hommes et dix-huit pour les femmes; douze baignoires en bois, quatre appareils pour les bains de vapeur, deux appareils pour les douches de vapeur, et un pour les douches froides. On a pu y donner, dans un jour, cent quarante bains ordinaires, quarante bains de Barèges, quarante bains de vapeur et quarante douches de vapeur; mais, en général, il ne se distribue guère plus de cent quarante à cent cinquante bains par jour. Les salles de bains, spacieuses et bien aérées, offrent toutes les garanties nécessaires au maintien de la décence et de la salubrité.

Sous le petit dôme de l’Hôtel-Dieu, s’ouvrent quatre salles destinées aux femmes fiévreuses, et qui, par leur disposition en forme de croix, regardent l’autel de marbre qui s’élève au point central. Les quatre grandes arcades qui unissent ces salles au vestibule du dôme, tout en étant un moyen puissant de ventilation, avaient l’inconvénient de s’opposer au chauffage de ces salles pendant la saison d’hiver. Au petit dôme comme au grand dôme, on a fermé par des portes vitrées ces larges ouvertures, mais en conservant le bienfait de la ventilation de la manière suivante: les portes vitrées du petit dôme sont surmontées d’une imposte à châssis mobiles qui s’ouvrent comme des croisées et laissent un libre passage aux miasmes en ascension. Il y a, en outre, dans la partie moyenne des plafonds de ces salles, plusieurs ouvertures fermées par des trappes: celles-ci étant soulevées, l’air confiné de la salle trouve une issue facile dans les greniers toujours ouverts. C’est ainsi que le renouvellement de l’atmosphère des malades est obtenu à volonté et très promptement. Quant aux portes vitrées du grand dôme qui n’ont point d’impostes, il a suffi d’enlever quelques carreaux de vitres du rang supérieur pour conserver une ventilation permanente, sans incommoder les malades par l’impression de l’air froid. Moyennant ces simples précautions, on a maintenu le bénéfice de la ventilation du grand et du petit dômes, en garantissant les malades d’un excès d’air froid.

1840 — 1841.

Table des matières

La façade de l’Hôtel-Dieu restait incomplète; des maisons en mauvais état occupaient le sol qui devait recevoir l’aile méridionale. On entreprit sa construction, qui s’avança jusque sur la rue de la Barre. Ce grand travail amena la restauration complète de la façade, qui est ornée, nous l’avons dit, des statues du roi Childebert et de la reine Ultrogothe. Pendant le siège de 1793, un certain nombre de corniches, de chambranles et d’ornements avaient été brisés par les boulets et les bombes, les murs avaient été crevassés en plusieurs endroits. Tous ces déplorables vestiges de la guerre civile disparurent, et les attiques de la façade furent bientôt surmontés des statues allégoriques dues au ciseau facile de M. Eschhoëct. L’établissement des trottoirs compléta cet ensemble de travaux.

Toutes les salles de malades avaient un carrelage qu’on soumettait deux fois par mois à une sorte de nettoiement dont il serait difficile de se faire une idée exacte: on appelait cela le grand et le petit lavage. Le jour du grand lavage, la visite du médecin ou du chirurgien était impossible. Dans une salle de cent lits, par exemple, on répandait environ mille litres d’eau de lessive qu’on y laissait séjourner pendant plus de trois heures, en agitant les flots de ce liquide infect, au moyen de petites bêches et de balais destinés à gratter les carreaux pour en détacher la crasse qui y était adhérente. Après avoir ainsi promené cette eau de plus en plus fétide sous les lits des malades, on épongeait les carreaux, qui ne devenaient secs que vers la fin de la journée. De leurs interstices, contenant une boue humide et puante, s’élevaient des émanations nauséabondes dont l’air stagnant de la salle était tellement imprégné, que, malgré la précaution de tenir les fenêtres ouvertes, il n’avait pas encore recouvré le lendemain ses conditions normales.

Quand on n’a pas été témoin du désordre, de l’agitation bruyante qui accompagnaient cette opération de nettoiement, on ne peut pas s’en rendre compte. Il est facile, toutefois, de concevoir combien les malades avaient à en souffrir. Quinze jours après on recommençait, mais avec plus de ménagements: c’était le petit lavage.

Les malades redoutaient avec raison les jours de grands lavages et demandaient souvent à sortir avant leur entière guérison, afin d’être affranchis de cette fatigante incommodité. Pour les malades atteints d’affections graves, cet usage barbare avait parfois les effets les plus funestes: combien de fois n’avons-nous pas eu à déplorer des rechutes, pour ne pas dire plus, chez les fiévreux et les blessés, à la suite de ces grands lavages!

L’Administration, écoutant enfin les justes plaintes des médecins longtemps méconnues, prit la résolution d’abolir ce mode de nettoiement; et ce ne fut pas sans peine qu’elle y parvint, tant il était protégé par l’habitude et la routine! Aussi ne vit-on pas sans étonnement des planchers bien confectionnés, cirés et frottés, remplacer le carrelage des salles. Quelques personnes de la communauté, fort bien intentionnées, blâmèrent cette innovation en disant que les malades et les convalescents ne pourraient éviter des chutes sur un parquet ciré auquel ils n’étaient point accoutumés. Sourde à ces clameurs aussi vives que persistantes, l’Administration poursuivit son œuvre: après avoir fait planchéïer, en 1837, les salles Montazet, St-Bruno, etc., elle étendit ce nouveau bienfait à d’autres salles, telles que St-Louis, St-Charles, etc; et voulant assimiler, autant que possible, aux salles planchéïées celles qui ne l’étaient pas encore, elle décida que toutes les salles qui restaient carrelées, par suite de la pénurie des finances, seraient immédiatement mises en couleur, cirées et frottées. Dès ce moment les lavages furent entièrement abolis dans tous les services.

Sur ces entrefaites, une grande conquête en faveur de la salubrité de l’Hôtel-Dieu avait été réalisée: je veux parler de la suppression de la boucherie.

Tout le côté nord de l’édifice dans la direction de l’est à l’ouest était occupé par un établissement connu sous le nom de Boucherie de l’Hôpital, mais qui n’était pas simplement une réunion de boutiques destinées à l’étalage de la viande fraîche; c’était en même temps un abattoir et une tuerie. Quelles scènes pénibles exposées aux regards, dans l’un des quartiers les plus fréquentés! Nul passant ne pouvait s’y soustraire! A chaque instant, les animaux égorgés ou assommés faisaient entendre des bêlements ou des cris plaintifs! Le sang coulait à flots sur les dalles de cet odieux théâtre, et s’y mêlait aux liquides infects, aux immondices accumulées! Ce n’est pas tout: les greniers situés au-dessus des boutiques, étaient remplis de débris d’animaux, tels que des peaux, de la graisse, de la corne, etc., qu’on y faisait sécher, et qui n’étaient livrés au commerce que pour être immédiatement remplacés par d’autres substances de même nature. Si les habitants des maisons voisines en étaient fortement incommodés, jugez de l’effet qu’en ressentait notre population hospitalière. Enclavée dans le claustral dont elle faisait partie, cette boucherie répandait tout à l’entour une odeur habituellement repoussante et tout-à-fait insupportable pendant les chaleurs de l’été, surtout au moment du lavage des dalles. Par les orifices des égouts destinés au service de la boucherie, s’échappaient des gaz chargés de matières animales en putréfaction: le vent du nord, au lieu de purifier l’Hôtel-Dieu, y rabattait des masses d’effluves délétères. La boucherie était, en un mot, un véritable foyer d’infection, dont on ne comprit bien toute l’horreur qu’au moment de sa démolition. Les filtrations putrides, les amas de vers et d’insectes qui pénétraient de toutes parts dans les localités voisines, rendirent pour les ouvriers ce travail rebutant et dangereux, à tel point que plusieurs d’entre eux tombèrent malades.

En 1840, ce lieu de puanteur et de méphitisme a été transformé en voie de communication et livré au public: une galerie ou passage large de plus de sept mètres, ayant cent vingt-six mètres de longueur, surmonté d’un comble vitré suspendu à une hauteur de plus de quinze mètres, offre aujourd’hui deux rangées de boutiques élégantes. En créant cette galerie d’un aspect monumental qui fait honneur au talent de l’architecte des Hôpitaux, M. du Buisson de Christôt, l’Administration a substitué au cloaque impur, dont nos malades ressentaient la nuisible influence, un nouvel élément de salubrité.

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Data wydania na Litres:
15 stycznia 2025
Objętość:
185 str. 59 ilustracji
ISBN:
4064066321260
Wydawca:
Właściciel praw:
Bookwire
Format pobierania:

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