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Auguste Cahier

Coup-d'oeil sur quelques parties du musée de Douai


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066306441

Table des matières

SECTION PREMIÈRE.—ANTIQUITÉS.

§ I er .

§ II e .

§ III e .

§ IV.

§ V.

USAGES DOMESTIQUES.

A.—VERRERIES.

B.—BRONZES: OBJETS DE TOILETTE, BIJOUX, &.

C.—ART CÉRAMIQUE.

NOMS DE POTIERS GALLO-ROMAINS.

NOMS RELEVÉS SUR DES PIÈCES DE POTERIE SAMIENNE.

SECTION DEUXIÈME.—ÈRE CELTIQUE.

SECTION TROISIÈME.—SOUVENIRS DU MOYEN-AGE ET DES TEMPS POSTÉRIEURS.—CURIOSITÉS, etc.

DESCRIPTION PARTICULIÈRE DU CHAPELET SCULPTÉ EN IVOIRE EXISTANT AU MUSÉE DE DOUAI.

OBSERVATIONS GÉNÉRALES.


Douai possède un Musée qui, peu connu, nous ne dirons pas seulement des étrangers, mais même de la plupart des habitants de la cité, mérite cependant, à beaucoup d’égards, l’attention publique. De spacieuses galeries y sont ouvertes à l’archéologie, aux beaux-arts, à l’anatomie comparée, à l’histoire naturelle . A d’autres plus compétents que nous il appartiendra d’expliquer ce qui se rattache à ces deux dernières sciences, et en quoi consiste la valeur bien réelle des collections qu’elles ont réunies et qu’elles augmentent incessamment. Dans l’impuissance que nous nous reconnaissons de faire connaître en détail et d’une manière fructueuse toutes les richesses d’un établissement où l’étude et la curiosité trouvent également à se satisfaire, nous croyons devoir nous borner à une seule partie, celle qui concerne l’antiquité et le moyen-âge. Les objets que nous nous proposons d’examiner sont placés soit dans les vestibules, soit dans la salle qui se rencontre à gauche du se cond, que nous appellerions presque l’Atrium. Nous allons essayer de signaler ce qui se rencontre dans cette salle de véritablement digne d’intérêt. Mais un exposé complet serait oiseux, deviendrait monotone et prendrait trop la physionomie d’un catalogue ou d’un livret; nous nous bornerons donc à de simples aperçus, en distinguant toutefois et en marquant d’une manière spéciale ce qui nous semblera devoir provoquer un examen particulier.

SECTION PREMIÈRE.—ANTIQUITÉS.

Table des matières

Nous nous arrêterons d’abord à la partie archéologique, à savoir aux antiques espacés dans la salle ou renfermés dans les armoires numérotées de 1 à 12 .—Là sont classés d’assez nombreux éléments qui peuvent être étudiés, soit au point de vue de l’histoire, soit au point de vue religieux, soit sous le rapport monumental, soit enfin au point de vue de l’existence privée, intime, des anciens.

Tous ces objets, ou au moins presque tous, viennent, il convient de le dire, de l’antique BAVAI, capitale des NERVES ou NERVIENS sous la domination romaine et avaient été recueillis par un savant ecclésiastique, le vénérable abbé CARLIER, curé-doyen de la ville moderne, qui de 1775, époque de sa promotion à cette cure, à l’année 1818, époque de sa mort, donna dans son presbytère asile à une notable quantité de ce que rendaient à la lumière les feuilles successivement faites dans le vieux sol.

Comment la collection de l’abbé Carlier est-elle venue, au moins en partie , en la possession de la ville de Douai, grâce à l’intelligente spontanéité d’un maire, homme de goût et d’initiative, c’est là un récit qui n’est plus à faire ; mais il est de date déjà assez ancienne pour qu’il ne soit pas hors de propos de le rappeler et de rendre ici à la mémoire de cc magistrat, M. le comte DE GUERNE, le tribut de reconnaissance qui lui est dû.

§ Ier.

Table des matières

Histoire.

Nous avons dit qu’on rencontre dans le Musée de Douai des vestiges historiques; en effet, on y voit une pierre longue de 1 mètre 45 centimètres, haute de 71 centimètres, et portant l’inscription suivante:

TI• CAESARI• AVGVSTI• F•

DIVI• NEPOTi• ADVENTV•

EIVS SACRVM•

CN• LICINIVS C• F• VOL• NAVOS.

Dans le mot ADVENTV il y a copulation du corps principal du T avec le second jambage de l’N.

A TIBÈRE CÉSAR, FILS D’AUGUSTE, PETIT-FILS DU DIVIN JULES, A SON ARRIVÉE,... CONSACRÉ SPONTANÉMENT ET AVEC EMPRESSEMENT PAR CN. LICINIUS.



Cette pierre, découverte en 1716 dans la ville de Bavai, établit, suivant l’opinion d’écrivains accrédités qui l’ont étudiée , que Bavacum devait, avant la fin du règne d’Auguste, exister déjà comme cité importante. De Bast estime que l’événement qu’elle constate se rapporte, pour ce qui concerne le pays des Nerviens, dont Bavacum était la capitale, à ce passage dans lequel l’historien Velleius Paterculus parle de la marche triomphante de Tibère: «Neque illi spectaculo, quo fruitus

» sum, simile conditio mortalis recipere videtur mihi, cum per

» celeberrimam Italiæ partem, tractum omnem Galliæ provin-

» ciarum, veterem imperatorem, et, ante meritis ac virtutibus

» quam nomine, Cœsarem, revisentes, sibi quisque, quam

» illi, gratularentur plenius.» (Liv. 2, CIV).

» Pendant notre marche à travers les parties de l’Italie les

» plus considérables et la Gaule entière, les peuples, heureux

» de voir cet ancien général, longtemps César par ses services

» et ses vertus, avant qu’il en portât l’auguste nom, se félici-

» taient de sa présence, plus encore pour eux-mêmes que pour

» lui. Je jouis de ce spectacle, le plus beau, selon moi, qui

» puisse être offert aux regards d’un mortel.»—(Traduction de M. DESPREZ, édit. Panckoucke, 1840, in-8°, p. 291.—Texte, p. 290).

Velleius Paterculus était alors à la suite de Tibère comme général de la cavalerie.

La pierre commémorative de cette entrée de Tibère César à Bavai est d’autant plus précieuse, fait observer De Bast, qu’aucun auteur ancien ne rapporte le fait comme étant arrivé à Bavai en particulier.—Il pense avec d’autres savants que la circonstance qu’elle consacre doit être fixée vers l’an XII de l’ère chrétienne.

§ IIe.

Table des matières

Monuments Publics.

A droite et à gauche de ce monument commémoratif, qui n’est pas en marbre, comme le dit M. Lebeau, mais en granit grisâtre, sont rangés dix chapiteaux en pierre, de l’ordre corinthien, mais dégénéré, et dont la force et la forme indiquent suffisamment qu’ils devaient couronner d’immenses colonnes, lesquelles avaient dû entrer dans la construction d’un vaste temple. A l’un de ces chapiteaux surgit du milieu d’un faisceau de feuilles d’acanthe un buste d’homme, avec un manteau replié sur l’épaule; dans un autre, c’est un buste de femme, vêtue d’une large draperie, et la tête couverte d’un voile. A l’épaule gauche de chacun de ces personnages est appliqué un objet dans lequel quelques personnes, et notamment M. Lebeau (Loco citato), ont cru voir un poignard, mais qui est évidemment un sceptre. On avait cru un instant (De Bast, loco citato, p. 12), reconnaître dans ces figures qui, il en faut convenir, sont d’un bien pauvre style, les images de Tibère et de Livie, sa mère; mais on est revenu depuis à une appréciation qui nous paraît plus exacte, et l’on s’est accordé à y voir Jupiter et Junon.

Trois petits pilastres de forme ovoïde, alignés et adhérents entre eux, sur une base unique, parfaitement conservés, qu’on voit à l’entrée de la salle, d’autres plus corrodés par le temps et placés dans le jardin, constatent l’existence à Bavai d’un cirque destiné aux jeux publics. Qui ne sait que ces espèces de bornes servaient à l’indication des distances, soit pour les courses à pied, soit pour les courses des chars ?

§ IIIe.

Table des matières

Élément Religieux.—Sacrifices.

Après ces restes de monuments qui étaient évidemment d’une haute importance, l’attention est appelée sur ce qui peut se référer à l’élément religieux. Dans l’armoire marquée du n° 8, on a réuni ce qui pouvait être considéré sous ce point de vue et comme servant aux cérémonies des sacrifices. Ainsi l’on y observe deux petits autels votifs, l’un consacré à Apollon par un nommé Timentius, l’autre qui paraît avoir été surmonté d’une figure dont il ne reste à la base que les plis des vêtements. —L’on y voit: La Dolabra (374), ou couteau avec lequel étaient démembrées les grandes victimes ; le Discus (382, 385, 386), bassin plat en bronze qui recevait quelquefois les entrailles des victimes, quelquefois de la chair rôtie ; le Simpulum (373), employé pour les libations du vin ; des Pateræ ou Patellæ (383, 384, 401, 402, 403, 412, etc.), dans lesquelles on recueillait le sang des victimes ou bien encore le vin que l’on offrait aux Dieux ; des Ligulæ ou Lingulæ (388, 389), espèces de spatules que l’on croit avoir servi à fouiller dans les entrailles des victimes ; des cuillers (394, 395, 396, 397, etc.), à l’aide desquelles on jetait de l’encens dans le feu de l’autel ; l’extrémité supérieure d’un Lituus (377), ou bâton. augural (V. planche II, fig. 1re) ; et un assez bon nombre d’objets semblables ou analogues à ceux qui viennent d’être détaillés.

PL.1.


Mais la pièce la plus curieuse de cette armoire est un trépied en bronze (V. planche Ire), complet, articulé (372), dont voici l’histoire. DE BAST (Loco citato, p. 43), dit «Qu’en 1790, » d’après une autorisation du gouvernement, une souscription » avait été ouverte, une société s’était formée pour faire des » fouilles sur l’emplacement de l’antique cité de Bavai, qu’à ces » recherches a été due la découverte de plusieurs antiques et » entr’autres de ce trépied,»—qui paraît avoir été de suite acquis par la ville de Douai. De Bast ajoute: «Cet ancien » monument, qui est très bien conservé, est composé de trois » montants de bronze, de deux pieds et demi de haut, cancel- » lés en sautoir, et surmontés de trois têtes de bacchantes, or- » nées de feuilles de vigne et de grappes de raisin.»

On en trouve encore une description sommaire, explicative d’une assez bonne planche gravée à la p. 237 de l’Histoire monumentaire des Gaules du père LAMBIEZ, qui parle de la découverte du trépied dans les termes suivants: «On a dé-

» couvert en 1790, à quelques pas des remparts actuels de

» Bavai, sur la route qui tend vers Mons, le trépied ou autel

» de Bacchus qui avait été précipité dans un puits. C’est sans

» contredit le plus beau, le plus rare et le plus instructif mo-

» nument que l’Europe conserve .»

M. I. LEBEAU (Bav., Loc. cit., p. 259), donne aussi sa description en ces termes: «Il se compose de six cancels en

» sautoir et mouvants, de sorte que l’on peut à volonté l’élar-

» gir et l’abaisser, ou le rétrécir et l’élever au moyen d’une

» poignée ornée d’une tête de panthère. Il est surmonté de trois

» têtes de Bacchantes et supporté par trois pieds d’enfant (sic,

»—erreur singulière)! dont chacun repose sur un socle carré.»

Ces trois descriptions ne fournissent, ce nous semble, de cette pièce importante qu’une idée incomplète et insuffisante. Nous allons tenter de suppléer à ce qui leur manque.

Trois montants ou supports terminés chacun à son extrémité supérieure par un buste de Bacchante (V. planche II, fig. 2), dont la tête est en effet ornée de pampres et de grappes de raisin, reçoivent une cuvette dont le diamètre est de 25 centimètres, et la profondeur, à son milieu, de 74 à 76 millimètres. Cette cuvette s’appuie sur trois crochets sortant derrière chaque buste de Bacchante.—Chaque montant ou support a de hauteur 81 centimètres, compris le buste de Bacchante, qui a lui-même 7 centimètres.—L’extrémité inférieure de ces supports se terminait en patte de panthère (V. planche II, fig. 3); aujourd’hui une seule de ces extrémités est dans un état de conservation qui puisse rappeler ce qu’elles étaient dans leur état primitif.—Trois paires de plates-bandes, en bronze, s’étendent d’un support à l’autre et se croisent en forme d’X ou de decussis ou de croix de St-André (V. planche Ire).—L’extrémité supérieure de chaque plate-bande était fixée à une broche terminée par deux roulettes parallèles, lesquelles étaient enchâssées dans chacun des supports, à un point qui se trouvait 38 millimètres au-dessous de la base de chaque buste de Bacchante.—Maintenant ces extrémités supérieures sont retenues avec des fils de fer passés dans les trous des roulettes. —Afin de donner à ce mécanisme la mobilité nécessaire pour que le trépied se replie sur lui-même après l’enlèvement de la cuvette, la partie inférieure de ces bandes a reçu à son extrémité un anneau, qui, affectant la forme du support, est engagé dans ce montant lui-même et peut descendre jusqu’au point où commence la patte de panthère. Par ce moyen, les traverses passent facilement de la position oblique qu’elles occupent quand le trépied est ouvert, à la direction verticale qu’elles doivent prendre quand il est fermé, en se rapprochant du centre et en faisant adhérer les trois montants les uns aux autres. Dans cet état le trépied devient un objet très aisément portatif .

PL II.


A l’un des supports, à celui que nous pouvons appeler le montant principal, vers une hauteur de 54 centimètres à partir du pied, la ligne cesse d’être perpendiculaire: elle se courbe avec élégance, et cette courbure se rattache à la partie supérieure du support par une tête de panthère, dont le cou s’applique au corps de ce même support, et dont la gueule fait en avant une saillie de 68 millimètres (voir planche II, fig. 4). Cette tête , qui est d’un très-beau style, a, de la mâchoire au sommet du crâne, une hauteur de 34 à 35 millimètres. Au milieu de cette courbure on voit briller un vase de 26 millimètres de hauteur, à deux anses fines et légères, ciselé sur une mince lame d’argent ajustée sur le bronze et accusant une saillie peu sensible, mais néanmoins très appréciable. La courbure se termine par un ornement en forme de feuille dont la pointe va quelque peu se relevant . Toute cette partie ainsi recourbée, ornée comme il vient d’être dit, occupe dans l’axe du montant un espace de 23 à 24 centimètres.

En présence des attributs dont est décoré ce trépied, il est hors de doute qu’il était consacré à Bacchus et servait aux sacrifices que réclamait le culte de cette divinité . Suivant le père LAMBIEZ, le fils de Sémélé était particulièrement honoré à Bavai, qui lui aurait dû son nom .

On peut voir encore dans la même armoire des têtes de bronze (478-379), des pieds (380-381) et une cuvette (376), qui faisaient sans doute partie de trépieds semblables à celui que nous venons de décrire.

On remarquera peut-être aussi une baguette autour de laquelle s’enroule comme un ruban de cuivre, longue d’un mètre à peu près, et tout auprès une pomme de pin naturelle bien conservée. Ces deux objets (le ruban de cuivre et la pomme de pin) ont été trouvés avec le trépied bachique dans le même puits (Histoire monumentaire, p. 238). Dans ces deux objets ainsi réunis, on a vu, non sans raison, une partie d’un thyrse de Bacchus. Personne n’ignore que ce Dieu, lorsqu’il revint victorieux des Indes, avait adopté la pomme de pin, emblème de la fécondité.

Dans l’armoire n° 11 (de 554 à 620) apparaît une série de bustes et de statuettes en bronze, représentant les principales divinités mythologiques ; malheureusement ces figurines ne sont point toutes d’un excellent style, d’une conservation intacte, tant s’en faut; cependant on remarquera sur la planche supérieure quatre petits bustes parfaitement conservés, lesquels ont été, disons-le en passant, trouvés il y a peu d’années à Lewarde, localité voisine de Douai; deux représentent Mercure, coiffé du pétase, sans aîles, un troisième Mars, le quatrième Apollon, la tête entourée de rayons; on distinguera, non sans plaisir, un Antinous (574), statuette de la bonne époque, élégante et gracieuse et dont la patine est fort belle; à côté (575), une danseuse ou bacchante, quelque peu fruste, moins correcte, mais dont le mouvement est vif et animé ; une tête d’homme (588) d’âge mûr, à la physionomie énergique, dont le travail est d’une grande finesse; une toute petite figurine très délicate (586), très jolie, représentant une frileuse; celle-ci a bien un peu l’apparence du bronze, mais elle est en terre très dure.

Enfin sur la dernière planche sont rangés des animaux, parmi lesquels il n’y a guère à observer qu’un taureau, assez vigoureusement modelé, et un cheval dont le mouvement est animé et naturel.

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Ograniczenie wiekowe:
0+
Data wydania na Litres:
16 stycznia 2025
Objętość:
101 str. 20 ilustracji
ISBN:
4064066306441
Wydawca:
Właściciel praw:
Bookwire
Format pobierania:

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