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Armand Silvestre

Histoires belles et honnestes


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066315894

Table des matières

PRÉFACE

LES CHEVALIERS

I

II

III

IV

V

CAUSERIE DARWINIENNE

I

II

III

IV

V

CURIOSITÉ PROVINCIALE

I

II

III

IV

V

CUISINE BOURGEOISE

I

II

III

IV

V

VI

FIGURE DE RHÉTOTRIQUE

I

II

III

IV

V

L’ATTENTION MAL RÉCOMPENSÉE

I

II

III

IV

PHILANTHROPIE

I

II

III

IV

JEANNETTE

I

II

III

IV

V

LE CENTENAIRE DE DIAFOIRUS

I

II

III

IV

V

CHRONIQUE D’ANTAN

I

II

III

IV

V

ASTRONOMIE POPULAIRE

I

II

III

IV

V

HISTOIRE DE FLEURS

I

II

III

IV

V

CE FARCEUR DE PAMPHILE

I

II

III

IV

V

VI

LE SOUFFLE DES RÉVOLUTIONS

I

II

III

IV

BONNE ACTION CHATIÉE

I

II

III

IV

LE MADGYAR ET LE TAILLEUR

I

II

III

IV

LE VOTE DE M. VAN DEN TRUFF

I

II

III

IV

V

CAPRICE DE FEMME

I

II

III

IV

V

ÉPIPHANIQUES ÉCHOS

I

II

III

IV

LE COMBLE DE L’INDIFFÉRENCE

I

II

III

IV

LA DESTINÉE

I

II

III

IV

V

AMOUR DE LA SCIENCE

I

II

III

IV

V

LE POUVOIR DE LA MUSIQUE

I

II

III

IV

LE CRIME DE M. BONNIN

I

II

III

IV

PITOIN

I

II

III

IV

V

PRÉFACE

Table des matières

Eh bien oui! c’est encore des histoires pour faire rire, et, tant que l’âge ne m’aura pas embrumé le cerveau de ses mélancolies, il est fort à craindre que je me complaise à ces contes légers dont la vraie morale n’est pas offensée et qui ne tendent qu’à perpétuer pieusement la tradition joyeuse des aïeux.

Je sais que d’aucuns m’en blâment et me donnent à entendre que j’encours ainsi la disgrâce des gens sérieux. C’est grave mais équitable. Car, n’admirant en rien ce que font ceux-ci, au temps où nous vivons, je n’ai pas le droit d’exiger qu’ils aiment ce que je fais. Les bons comptes font les bons amis, et le nôtre est réglé à l’avance. Je ne les lis pas et ne souhaite pas qu’ils me lisent.

Il me suffit que les vrais poètes indulgents à toute fantaisie, et les braves gens qui, vivent à leur guise continuent à prendre plaisir à cette restauration d’un genre que nos pères tenaient pour éminemment français, et me sachent gré d’y avoir donné quelque temps. Quant aux faveurs dont disposent les personnes solennelles et dont je me prive peut-être, en ce faisant, je leur préfère de beaucoup mon humble place à l’ombre de l’image géante, vénérable et immortellement lyrique de Rabelais.

ARMAND SILVESTRE

Août1883.


LES CHEVALIERS

Table des matières

I

Table des matières

Je suis, par principe, pour les actualités rétrospectives. La belle affaire que de nous parler toujours du présent! Comme si ce n’était pas assez d’être condamné à le voir, sans qu’on nous en rebatte les oreilles. A la bonne heure le passé dont d’autres que nous ont souffert, puisque le secret des ennuis que l’avenir réserve à nos petits-neveux demeure voilé d’un impénétrable mystère! D’ailleurs, ce qui était vrai hier peut l’être encore demain. Les événements ont leur logique et il suffit de mettre les choses dans le même état et les hommes sous les mêmes impressions pour que d’identiques événements se reproduisent. Ainsi dans la cornue du chimiste le mélange des mêmes éléments aboutit à un invariable précipité. C’est donc, si vous y consentez, en1833, que se passera l’aventure dont je me fais le narrateur. Comme beaucoup d’entre vous, mesdames, étaient encore à l’état de projets, en ce temps-là, je me permettrai de vous rappeler que le roi Louis-Philippe y était assez mal affermi sur son trône, les partisans de l’ancienne monarchie, d’une part, et les partisans d’aucune monarchie, de l’autre, taillant un tas de croupières à son gouvernement. Les environs de Montpellier étaient particulièrement hantés par les conspirateurs du drapeau blanc; mais le plus redouté de tous, au moins dans les rapports de messieurs les sous-préfets, c’était un certain chevalier Godefroid de Gâteux-Courdesac, dont le castel dominait les coteaux de Montélimar, déjà célèbre par ses nougats. Ce Gâteux-Courdesac était un terrible gentilhomme, grand chasseur devant l’Éternel, ayant auprès de lui une vieille sœur ridicule répondant au nom de damoiselle Yolande et deux nièces charmantes, Olympe et Gabrielle. Il vivait très entouré des souvenirs de ses aïeux, lesquels avaient, aux temps féodaux, rendu le pays à peu près inhabitable, ce qui lui permettait de compter sur la reconnaissance populaire pour l’accomplissement de ses pieux desseins.

II

Table des matières

–J’en suis désolé vraiment, monsieur le chevalier, mais le bruit d’un complot prêt à éclater ayant décidé M. le ministre de la guerre à faire occuper militairement toute cette région, j’ai la mission pénible d’exercer sur vous une surveillance toute particulière. Le lieutenant Hautbridé et le sous-lieutenant Vessencœur, sous mes ordres tous les deux, logeront dans le château, tandis que la compagnie que je leur confie couchera sous la tente aux alentours, prête à se mettre en armes au moindre signal. Ces messieurs sont d’ailleurs deux jeunes gens fort bien élevés dont la société ne saurait que vous être infiniment agréable.

Ainsi parla le capitaine Massepain, tandis que le lieutenant Hautbridé et le sous-lieutenant Vessencœur s’inclinaient gracieusement, comme cédant au poids de l’éloge dont les honorait leur supérieur.

–Les beaux hommes! pensa damoiselle Yolande.

–Ils sont bien gentils! se murmurèrent à l’oreille Olympe et Gabrielle.

–Le diable les patafiole! grommela M. de Gâteux-Courdesac à qui s’adressait directement ce discours.

–C’est compris, n’est-ce pas? et j’entends que ces deux officiers soient traités avec tous les égards dus à leur mérite, conclut le capitaine Massepain.

–C’est entendu, répondit sèchement le chevalier.

Quelques instants après, le capitaine étant parti, le lieutenant Hautbridé et le sous-lieutenant Vessencœur furent conduits, par l’intendant de la maison, dans la chambre qu’ils devaient occuper en commun, une belle pièce, ma foi, ayant pour voisine la salle d’armes, dont M. de Gâteux-Courdesac avait fait un véritable musée. Car il y avait réuni les armures de ses ancêtres les plus fameux, parmi lesquels il comptait plusieurs croisés ayant rapporté la gale de Palestine, et deux ou trois héros ayant pris à Pavie de la poudre d’escampette. Les deux plus huppés de la famille étaient certainement l’aïeul Isolin de Gâteux-Gourdesac, qui avait servi d’assistant à l’évêque Cauchon, dans le procès de Jeanne d’Arc, et le grand-oncle Tutu de Gâteux-Courdesac, qui s’était prudemment écarté de la voiture du roi Henri IV au moment où le vertueux Ravaillac en escaladait le marchepied. Aussi les cuirasses, les casques, les brassards et les cuissards sous lesquels avaient respiré ces deux preux étaient-ils l’objet d’un culte particulier et astiqués deux fois par mois par M. le chevalier lui-même afin que rien de leur antique lustre ne s’envolât parmi les poussières du temps.

–La nuit de l’action, avec un seul tour de clef, je tiendrai mes deux oiseaux en cage! avait pensé le sire Godefroid en nedonnant aux deux amis qu’un seul et sommaire appartement.

III

Table des matières

Il y avait bien quinze jours que les choses étaient ainsi, le lieutenant Hautbridé et le sous-lieutenant Vessencœur s’étant facilement accoutumés à ce genre de vie. Le chevalier affectait de les traiter avec une courtoisie parfaite, les accablant de prévenances, les invitant sans cesse à sa table, leur offrant de belles pièces de gibier, tout cela avec de petits sourires sournois et un méchant air en dessous auquel ces deux innocents ne prenaient seulement pas garde. Damoiselle Yolande, qui recherchait vivement leur compagnie, avait entrepris leur conversion à la bonne cause et croyait son œuvre en bon chemin. Le diable soit d’un chemin de Damas aussi rudement pavé que l’osseuse carcasse de cette vieille folle! A la bonne heure une route fleurie par les doubles appas des gentes Olympe et Gabrielle! Mais la conduite de celles-ci avait été la plus inexplicable du monde, pour les imbéciles, au moins. Après avoir semblé portées vers les jeunes officiers par un vif mouvement de curiosité et de sympathie, elles paraissaient leur être devenues subitement indifférentes, et aux petites familiarités innocentes qui n’avaient pas été fort du goût de M. le chevalier, avait succédé une froideur glaciale dont le vieux gentilhomme était positivement ravi. Fichue bête, va! Si tu y avais regardé d’un peu plus près, tu aurais surpris les regards d’intelligence, les coups de pied sous les meubles, les petits bouts de papier échangés, tout le remue-ménage, en un mot, des amoureux qui trompent la longueur du jour, en attendant les mystérieux bonheurs de la nuit vengeresse. Ces demoiselles couchaient sous la garde d’une vieille gouvernante, laquelle, en sa qualité de maîtresse du jardinier depuis dix ans, les surveillait bien imparfaitement, courant le guilledou, aussitôt le chevalier et damoiselle Yolande au lit. Pas à plaindre, ma parole, le lieutenant Hautbridé et le sous-lieutenant Vessencceur! Car, de vous à moi, la brune Olympe avait le plus joli corps ambré qu’on pût voir et la blonde Gabrielle eût désespéré les. plus beaux modèles de Rubens par la blancheur laiteuse de son torse assis sur les hanches d’un Antiope. Qui m’eût permis de choisir entre elles m’eût mis dans un bien cruel embarras; car le seul regret qu’un galant homme puisse emporter dans la vie est celui de n’avoir pas couché avec toutes les femmes qui lui semblaient mériter cet honneur!

IV

Table des matières

La grande nuit, la nuit de l’action, comme disait M. le chevalier Godefroid de Gâteux-Courdesac, était venue. C’est à Montélimar qu’on devait arborer le drapeau blanc dès l’aube, après avoir enlevé, à la faveur de l’ombre, tous les fonctionnaires du régime constitutionnel. Ce coup de main hardi devait être compliqué d’une révolte en pleine campagne. Des paysans armés devaient se faire magnanimement massacrer pour la restauration des privilèges et de la noblesse; car ce genre de générosité roturière n’est pas le fait de la Vendée seulement. L’homme est bête un peu partout. Pour sa part, M. le chevalier avait prêté toutes les pièces de son musée familial, mettant à la disposition des insurgés un véritable arsenal de vieilles cottes de mailles, de hauberts défoncés, de cuirasses bosselées, de haches ébréchées, de colichemardes rouillées, de maillets à pointes de fer, d’arbalètes sans cordes et de cordes sans arbalètes, de quoi vaincre ou mourir enfin!... mais mourir surtout. Quant à lui, sa besogne consistait surtout à retenir prisonniers les deux officiers qui commandaient la compagnie en observation autour de ses domaines, besogne tout à fait à la hauteur de son courage. J’oubliais de vous dire, chose essentielle pourtant, que deux des armures seulement qui ornaient la fameuse salle d’armes étaient demeurées à leur place, celle du glorieux aïeul Isolin et celle de l’ineffable grand-oncle Tutu. Tant d’honneur s’attachait à ces deux reliques que le sire Godefroid avait absolument refusé de s’en séparer.

Quandminuit sonna, l’héroïque gentilhomme grimpa, pieds nus, jusqu’à la chambre où il avait lieu de croire couchés le lieutenant Hautbridé et le sous-lieutenant Vessencœur, et, donnant deux tours de clef à la serrure, se retira convaincu qu’il les avait mis hors d’état de sortir de leur appartement. Le fait est que si les uniformes vides des deux officiers, leurs culottes et leurs bottes avaient été capables de se mettre d’eux-mêmes en mouvement pour aller commander les troupes du dehors, ils en eussent été parfaitement empêchés.

V

Table des matières

Ta! ra! ta! ta! Ratata! ratata! Ran plan! plan! plan! Ramplanplan! Le clairon sonne et le tambour bat. Le ministre de la guerre a été informé à temps et le capitaine Massepain est arrivé porteur d’ordres énergiques. Il a mis lui-même la compagnie debout, et s’étonne que ni le lieutenant Hautbridé ni le sous-lieutenant Vessencœur ne répondent aux appels du cuivre et de la peau d’âne combinés en un héroïque concert. Un doute affreux lui traverse l’esprit. Le farouche châtelain, leur hôte, les aurait-il fait traîtreusement assassiner? Il heurte. à l’huis du castel, mais rien ne lui répond. Il va faire enfoncer la grand’porte à coups de crosse. Mais soudain une poterne s’ouvre, par laquelle deux chevaliers du moyen âge, assez embarrassés de leur accoutrement de fer, se glissent comme honteux d’eux-mêmes. Ineffable toupet! ils viennent prendre la place du commandement à la tête du premier et du troisième peloton de la compagnie qui attend l’arme au pied.

–Portez armes! dit une voix sortant assez mal d’un casque à grillage.

–Portez armes! répète une seconde voix s’exhalant plus péniblement encore d’un casque à charnière.

–Trahison! arrêtez ces deux rebelles! s’écrie le capitaine Massepain hors de lui et s’imaginant que ce sont deux chefs de la conspiration légitimiste qui essayent d’embaucher ses troupes.

On se précipite sur les deux nouveaux venus.

–Pas de bêtise! c’est moi! hurle le pauvre Hautbridé derrière son treillis.

–Ne me frappez pas! c’est moi! clame le malheureux Vessencœur en se débattant contre les boucles d’airain de sa coiffure.

Le capitaine Massepain est de plus en plus abasourdi. C’était bien simple pourtant. Au moment où la trompette et le tambour les avaient conjointement appelés, le lieutenant et le sous-lieutenant s’étaient élancés de l’appartement occupé par la candide Olympe et par la chaste Gabrielle, pour revêtir à la hâte leurs habits militaires; mais ils avaient trouvé la porte de leur chambre fermée et sans clef. Se rendre en chemise à la tète de leur peloton respectif était terriblement compromettant pour ces dames. Après s’être donnés à tous les diables, ils avaient déniché, dans la salle d’armes, les deux armures du glorieux aïeul Isolin et de l’ineffable grand-oncle Tutu, et, en désespoir de cause, avaient préféré les revêtir que de passer pour déserteurs à l’heure du danger.

Cependant le temps pressait.

–En avant! «Harche!» dit le capitaine Massepain sans demander plus d’explications; et l’on vit le singulier spectacle d’une compagnie de soldats habillés comme ceux d’Horace Vernet dans les tableaux de Versailles et que commandaient deux officiers vêtus comme Bayard et Du Guesclin. Je dis: l’on vit, parce que l’aube était venue. En se trouvant en face de cette mascarade, les pauvres paysans insurgés, ne comprenant rien à ce méli-mélo, se sauvèrent sans coup férir. Ce fut le salut de cette belle contrée, qui vraisemblablement, sans cet accident, eût été ensanglantée une fois de plus par la guerre civile. Seule, damoiselle Yolande ne s’est pas encore bien expliqué la chose et demeure convaincue que, convertis par elle, le lieutenant Hautbridé et le sous-lieutenant Vessencœur étaient partis à la conquête du saint sépulcre et ont été arrêtés en route par des mécréans. Et la candide Olympe? Et la chaste Gabrielle?. Elles se sont mariées tout de même et–chose inattendue de la part de deux personnes si sages–elles ont fait leurs maris cocus. C’est la grâce que je vous souhaite, mes bons amis, si ce récit n’est pas de votre goût.


CAUSERIE DARWINIENNE

Table des matières

I

Table des matières

Nous nous retrouvons chez d’anciens amis.

–Ah! ah! ah! fit triomphalement le commandant Laripète en agitant son journal.

–Mon Dieu, qu’avez-vous? dit la commandante. Encore un mari trompé! Vous n’avez vraiment pas besoin des feuilles publiques pour en découvrir. N’est-ce pas, Blanc Minot?

L’ex-lieutenant Blanc Minot rougit jusqu’aux oreilles.

–Mieux que cela! reprit Laripète. La confirmation de ce que j’ai toujours soutenu avec le savant Darwin, à savoir que l’homme n’est qu’un singe abâtardi.

–Vous vous calomniez, Onésime, continua la commandante.

–On vient de découvrir au Paraguay des hommes pourvus d’une queue.

–Beau pays! poursuivit Mme Laripète.

–Des bêtises! interrompit l’amiral Le Kelpudubec; et, sortant du doux assoupissement où l’avait mis la fumée de sa grande pipe: Je sais ce que c’est que vos hommes à queue et, si ces dames n’étaient pas là, je vous conterais comment j’en suis revenu.

–Contez toujours! dit la commandante.

–Eh bien, reprit l’amiral, nous étions, un jour, en promenade sur je ne sais plus quelle plage de l’Océanie, le major écossais Mac Ekett, le commandant hollandais Van den Bitt, le célèbre navigateur Turc Gogott-Effendi et moi, quatre gaillards n’ayant pas froid aux yeux, quand du pied d’une hutte informe nous vîmes s’enfuir, à notre approche, une façon de négrillon abominable, plus laid que tous ceux que nous avions déjà vus. Mais ce qui nous frappa en même temps c’est que la course de ce drôle balançait sur ses fesses (excusez-moi, encore une fois, mesdames), une façon de petit appendice de même couleur sombre que lui.–Un homme à queue! s’écria Mac-Ekett qui était Darwinien.–Impossible! répondit Van den Bitt le plus sceptique des commandants.–Euh! euh! conclut Gogott-Effendi, qui était bête comme un pot.–Nous allons bien voir! m’écriai-je. Et je me mis à la poursuite de ce vilain moricaud. J’avais alors des jambes à défier un cerf.

–Comme moi, dit Laripète.

La commandante et l’ex-lieutenant Blanc-Minot éclatèrent de rire. L’amiral fit un signe d’impatience et continua:

–J’eus bientôt rejoint le fugitif et lui intimai l’ordre de s’arrêter. Mais, pour toute réponse, il grimpa dans un arbre avec une agilité extraordinaire. Je me mis au pied de l’arbre et l’adjurai d’en descendre. Au lieu d’obéir, il s’installa entre deux branches en ricanant avec insolance. Je n’ai jamais été endurant, et, d’ailleurs, je le voyais à merveille, il avait décidément ce que nous avions cru voir. Qu’importe la vie d’un homme quand il s’agit des intérêts sacrés de la science! Et puis je m’arrangerais pour cueillir seulement la partie de sa personne qui nous intéressait, sans le blesser davantage. Je pris ma carabine qui ne me quittait jamais. En cetemps-là, j’étais d’une adresse proverbiale et je tuais, au plus haut d’un peuplier, un coucou.

–Comme-moi! dit Laripète.

La commandante et l’ex-lieutenant Blanc-Minot faillirent en mouiller leurs chaises! L’amiral frappa du pied et poursuivit:

–Je mis en joue, mais avant que mon doigt eût touché la gachette, le négrillon, au comble de la terreur, effectua un suprême tortillement de derrière, et mon coup n’était pas encore parti que je recevais en plein sur le nez ce qui le gênait tant pour courir, un affreux bout de câble goudronné que ce sauvage vorace avait avalé. Voilà ce que c’est vos hommes à queue.

Et l’amiral s’essuya le visage avec une pantomime de dégoût.

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Data wydania na Litres:
16 stycznia 2025
Objętość:
195 str. 26 ilustracji
ISBN:
4064066315894
Wydawca:
Właściciel praw:
Bookwire
Format pobierania: