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André Veidaux

Auguste Rodin Statuaire (Socio-philosophie d'art)


Publié par Good Press, 2022

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EAN 4064066305376

Table des matières

I

II

III

IV

I

Table des matières

HORS-D’ŒUVRE SUR LE GENIE ET L’ÉDUCATION.

Le génie ne se trompe jamais. — Le génie? — Oui, le génie d’esprit libertaire, ou plutôt libérateur, car Napoléon Bonaparte, par exemple, fut des génies qui nourrirent leur gloire de sang et de vanité...

Je veux dire que le génie est souverain et, autant que le talent sans caractère se révèle mensurable et accessible, qu’il échappe à notre saine appréciation. La foule se prostitue au talent, l’individu s’exalte au contact du génie. Cela parce que la foule est un chaos anonyme qui se mire dans l’anonymat coutumier au «talent», parce quelle n’est que le grouillement inconsistant auquel aspire l’inconsistance organique des médiocres. Cela encore parce que l’Individu, être en haleine de perfectibilité et en travail d’excellence, vibre à la caresse magnétique du «génie», dans la spontanéité du frisson suprême d’idéal et dans l’intuition de la surhumaine beauté.

Le moi d’un homme, dit Hugo, est plus vaste et plus profond que le moi d’un peuple!

Notre éducation fut tellement pervertie par les écolâtres que toute manifestation de la vie matérielle ou psychique qui franchit légèrement les frontières de l’accoutumance, les horizons de la pensée foulesque, est taxée de folie ou de provocation. Et comme le génie ne relève que de lui-même — de la nature, — que de son instinct magnifiquement personnel, le public ignare, les bourgeois amphibies, les mandarins conservateurs, se soulèvent à l’envi et tentent, sinon de le réduire (ils ne pourraient pas) mais de le convoyer vers l’inertie, — la mort pour lui.

Cependant les efforts de ces crapauds crevant d’envie, de ces ânes chargés de reliques, sont parfois vains. Le génie, sourd aux conseils intéressés, indifférent aux machinations, devient l’éducateur opiniâtre et irrésistible. Il est la conscience et il est la révélation de la consciep ce. Il est la volonté et il est l’enseignement de la volonté. Le talent n’est que le pot-au-feu de la table intellectuelle; base de l’alimentation commune, on ne doit pas le dédaigner stupidement; il est très utile, il repose des tensions inaccoutumées du goût, — et puis, il faut envisager le talent comme l’expression et la fortune normales de la mentalité humaine, — mais il ne suscite pas non plus les souvenirs aigus des voluptés rares par lesquelles on s’évade Jalousement de l’animalité.

Vous avez remarqué combien les gens habitués aux vins sophistiqués sont insolents et barbares devant le vermeil, la tièdeur et le parfum des crus précieux? La foule se trahit telle devant le nouveau et l’inconnu du génie. C’est l’invraisemblable, c’est le mouvement: hélas, c’est pour elle la fatigue et l’insécurité ! Comment, d’ailleurs, en toute responsabilité, oserait-on incriminer ses sentiments quelconques, ses goûts informes, ses Pensées lamentables? Tels éducateurs, tels éduqués.

Eh bien, le talent, — le talent moyen, bien entendu, — ou, pour mieux spécifier, tout ce qui est moyen et répond à la mentalité moyenne, — que cette moyenne soit moins élevée ici, chez les marchands, les guerriers et les serfs, plus élevée là, chez les artisans des beaux-arts et les idéologues, — l’honnêteté talentueuse actionne exclusivement le public. Le bourgeoisisme est le poncif constitionnel de tous actes privés ou sociaux. Les bourgeois font la loi et les victimes sont trop heureuses de contribuer loyalement à son plein effet, intransigeantes dans leur haine d’une subversion qui pourrait troubler leur paisible médiocrité. Oh! la loi: erreur, superstition, préjugé, tyrannie, imposture, et puis boue, sang et crime, misère et néant!

Ce n’est point là déclamation traditionnelle de tout écrivain qui se respecte. Non, j’exprime malheureusement la vérité.

Lorsqu’on tente de mettre le nez dehors, lorsqu’on hasarde de lever les yeux, lorsqu’on essaie d’ouvrir l’oreille, on constate, ô déception! — déception seulement pour les braves qui discutent, eux, des goûts et des couleurs, — ne constate-t-on pas que l’architecture, monumentale ou non, n’est plus que maçonnerie au métré ou stuc frauduleux; la peinture, que toile barbouillée selon la loi de l’offre et de la demande; la sculpture, sans se soucier cependant de l’occultisme ni de la magie, que moulage de spectres et photographie sans couleur; la musique, que platitude accidentée, bruit à ventres et à nœuds; le théâtre, qu’un asile d’aliénés peuplé de fantômes gesticulant dans la nuit de leur cerveau, où l’on rit lugubrement aux bouffonneries, où l’on sanglote spléniquement aux mélodrames; le roman, le journalisme, la Poésie, l’éloquence, que marchandises liquidées en ventes après faillite, passe-temps de vanité et d’égoïsme mondains, chiqué de calculateurs et de danseurs figaresques?

Commission — Exportation — Soldes — Scélératesse et discrétion!

On s’étonne ou l’on ne s’étonne pas. On Passe et l’on n’y pense plus... Si par l’un de ces effets miraculeux du hasard qui comptent dans la vie orthogonale des badauds, ces derniers ont temps et lieu de s’extasier, ils s’écrient béatement: «C’est bien... ça n’est Pas mal... Qui donc est l’auteur de cette composition distinguée?... — Ah! c’est Un Tel? cela ne m’étonne plus... c’est un membre de l’Institut, il est décoré, il fume des cigares de quinze sous, il joue aux courses et peut cracher impunément dans les salons de Madame des Quatre-Saisons!»

Et les passants à la banalité outrageante, à l’imbécillité convaincue, or à la tenue respectable, de s’évanouir correctement et de tourner de l’œil d’éréthisme eunuquoïde, tels des bœufs qui seraient hypnotisés par le monocle de Félisque, tels des berrichons qui tomberaient en pâmoison vicieuse devant le chandelier Eiffel.

Du béotien exsangue au sybarite vidé, du monsieur grave à la dame hystérique, cette sotte espèce baye en mesure, démocratiquement et légalement aux confortables cariatides, aux hommes de bronze et de marbre, masques de carnaval social, aux natures mortes ou aux savantes machines où il y a du militaire, du religieux, de la soie et du sucre, aux désolants couplets de café-concert, aux terribles péripéties qui amènent le châtiment du traître qui voulait ravir l’orphelin à la veuve qui..., enfin aux indigentes trouvailles des petits-maîtres de la plume et aux vaticinations pédantesques des moyens et grands-maîtres de l’autorité !

En outre, tout revêt une complication si rebutante! Plus une société s’avoue compliquée de mœurs et de législation, plus ça flatte la vanité caponne des bourgeois. Plus un ouvrage d’art ressort alambiqué, plus ça provoque de clameurs laudatives.. Un beau désordre n’est-il plus un effet de l’art?

Eh bien, il ne faut pas douter qu’il n’y a que l’ignorant qui se livre au compliqué. Il faut être très savant pour faire très simple, Parce que la simplicité ne s’obtient généralement que par l’élimination et que la faculté d’élimination suppose au moins la connaissance des choses à éliminer....

Ah! l’individu peut bien s’éduquer dans un semblable milieu, devant un pareil tableau; il Peut bien se mouvoir dans un pareil cadre!... Si encore le tableau valait le cadre! Mais il n’y a que les entrepreneurs de démolitions qui s’appellent les révolutionnaires qui se risqueraient à acheter le morceau: le morceau est très sec, penseraient-ils, il fera d’excellent combustible?...

Le génie donc s’affirme comme l’éducateur magique de l’Individu conscient déjà et qui n’a de cesse qu’il n’ait éprouvé l’univers des sensations pour ne s’accorder parcimonieusement quelque répit que lorsqu’il a ressenti l’orgueilleuse et pénétrante joie de sa communion avec l’éternel de la nature, l’absolu de la pensée et l’infini de l’expression.

Le génie est la voie de l’initiation merveilleuse.

Comme l’art ne saurait puiser sa philosophie que dans le symbolisme et la pérennité des choses de l’Univers, c’est-à-dire dans le paganisme le plus humain et le naturalisme le plus essentiel, le merveilleux se réduit pour nos réflexes et flottantes facultés au nouveau prophétique, au geste révélateur, au progrès insoupçonné, à la sensation inconnue et transcendentale, à l’ébranlement nerveux qui détermine en notre moteur physiologique la fulgurante éclaircie des nues, l’effondrement inopiné du temple d’imposture, le déchirement soudain du voile d’erreur...

L’évolution humaine ne se précipita jamais qu’avec le concours résolu du génie, de l’esprit anormal. Le progrès vraiment subversif des antiques coutumes, des formes périmées, ne se fit jamais qu’à coups de génie imperturbable et incoercible. Les hauts talents alors, libérés de leur sujétion presque parasitaire, révoltés et justiciers, aspirent au rôle honorable et fraternel de vulgarisateurs — instinctivement, sans le vouloir, sans le savoir, — chacun selon son tempérament et sa vision, jusqu’à ce que le génie prochain, surgissant de la pénombre, du choc de ses ailes fasse jaillir encore l’éblouissement!

Mais la haine sordide du nouveau, la frayeur gallinacée de l’inconnu, ce misonéisme, tare ancestrale trop lentement atténuée, pourquoi oppose-t-il toujours son système de conservation et de prohibition, voire en nos sociétés modernes où l’on se pique de civilisation, de science, de solidarité ?

Malheureusement, à notre confusion à tous, nous sommes forcés d’avouer que trop souvent le génie se prêta, participa lui-même à l’inéducation publique... Hors de ses facultés bienfaisantes, hautaines, on dirait parfois que c’est à l’envi, comme en une manière de réaction pusillanime, qu’il exagère les déjà petits côtés des procédés bourgeois, qu’il exalte des sentiments et des mœurs contradictoires avec la conception jalouse qu’on se fait généralement des hommes supérieurs. Rodin, comme les autres, n’est sans doute pas exempt de critiques à cet égard. Summi sunt, homines tamen! dit Quintilien. Eh quoi, on est homme, n’est-ce pas, et pour paraphraser encore un mot connu, rien de ce qui «touche» l’humanité ne nous est étranger! Au contraire, et le génie se montre quelquefois remarquablement «touché »...

Les éducateurs sont les coupables, les criminels, qui ont niaisement ou délibérément repu d’abrutissement, hypnosé d’aboulie, saoûlé de terreurs despotiques, d’ignorances perfides, le caractère et l’intelligence de l’homme, de la femme, de l’enfant. Ah! les victimes, les dupes, les exploités, si les lions même émasculés du prolétariat savaient leur droit et leur puissance, comment donc les dégénérés de l’aristocratie d’antan, les belluaires capitalistes, les empoisonneurs cérébraux, règneraient-ils, noceraient-ils, gaspilleraient-ils?

L’oisif jouisseur est réacteur. Le bourgeois est opportuniste. L’homme émancipé, l’Individu majeur, est libertaire. Mais le forçat du travail n’est rien, il bêle et rumine, ou il aboie sans mordre; — si, il mord, mais c’est son compagnon de domesticité !... Qu’importe! ce n’est pas lui qui magnifie les révolutions en conscience et en volonté. Ce sont les

«individus» et les prolétaires abêtis par le surmenage physique, la passivité séculaire, le spectacle corrupteur des sociétés, peuvent s’estimer heureux qu’il se rencontre des

«individus» de la raison et de la révolte desquels ils bénéficient, eux, déchaînement fataliste et angoissant de la force brutale, équivoque justice du Nombre!

Aussi n’est-il pas surprenant que des simples, — des sincères, — abdiquent volontiers toute opinion devant une œuvre qui n’émane point de leur profession, de leur Morphologie intellectuelle ou de leur discipline. Ces personnes trahissent une lacune dans leurs facultés de pénétration, de sensibilité et dans celles de transposition d’un domaine étranger dans le leur. Le rapport de comparaison leur est interdit et l’image spirituelle ou didactique défendue. Elles ont, ou plutôt, on a canalisé leurs dons équilibrés à la naissance vers la fonction exclusive, vers la cristallisation utilitaire. Ce n’est pas de l’économie individualiste cela. C’est de l’économie industrialiste.

Car il n’est pas vrai que le développement de l’homme exige la spécialisation systématique. Au contraire, on aboutit à une raréfaction des attributs de la vitalité, on néglige l’immense verger pour porter toute son assiduité sur l’arbre qui donnera tôt ses fruits. Et si l’arbre se stérilise, si l’arbre se dessèche et meurt?... Plus rien.

C’est le machinisme animal, l’automatisme intensif, irrité par la convoitise de l’argent. On reste désarmé, sans ressources, contre les éléments permanents de sujétion sociale et de dissociation personnelle; on se retrouve inverti en maniaque insipide tandis qu’une éducation intégrale, rationnelle, par l’exemple moral et la leçon industrieuse pratiqués intrépidement, nous eût transformés en personnalités aptes à la caresse de toutes les merveilles de l’esprit, à l’acceuil de tous les prodiges de la science, à la sagesse de l’examen, de la lumière expérimentale!

C’est indubitablement bien l’éducation médiocritaire dont nous sommes les produits remarquables qui demeure la cause avouée de notre infirmité sensitive, de notre dévoiement critique.

Le génie scientifique est plus sommairement admissible que le génie artistique et littéraire. Le premier procède de l’imagination trancendantale mais emprunte à la vérité tangible, tandis que le second, s’il Participe des sens hyperesthésiés, relève du sentiment d’équilibre et d’harmonie, réfractaire encore à la séduction gratuite des laboratoires de psychologie...

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Ograniczenie wiekowe:
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Data wydania na Litres:
16 stycznia 2025
Objętość:
50 str. 1 ilustracja
ISBN:
4064066305376
Wydawca:
Właściciel praw:
Bookwire
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