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André Thouin
Monographie des greffes
Les diverses sortes de greffes employées pour la multiplication des végétaux

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066336448
Table des matières
OBSERVATIONS GÉNÉRALES.
Physique et Théorie de la Greffe.
DIVISION MÉTHODIQUE.
SECTION I re . Greffes par approche.
SECTION II e .
SECTION III e .
SECTION IV e .
TABLEAU MÉTHODIQUE DES GREFFES.

Des diverses sortes de Greffes employées pour la multiplication
des Végétaux;
Par A. THOUIN,
Membre de l’Institut de France, et Professeur de Culture au Muséum
d’Histoire naturelle de Paris,
Miraturque novas frondes et non sua poma.
GÉORGIQUES DE VIRGILE.
Il s’étonne de porter un nouveau feuillage, et des fruits qui ne sont pas les siens.
OBSERVATIONS GÉNÉRALES.
Table des matières
HISTORIQUE. LA découverte de l’art de la greffe remonte à la plus haute antiquité ; on n’en connaît point l’inventeur. Les Phéniciens l’ont transmis aux Carthaginois et aux Grecs; les Romains l’ont reçu de ces derniers, et l’ont répandu en Europe, où il est devenu ce qu’il est aujourd’hui. Quoique les limites de cet art aient été beaucoup reculées, et qu’il ait subi d’importantes modifications, il est cependant encore susceptible d’être perfectionné, tant dans sa théorie que dans sa pratique.
Théophraste, Aristote et Xénophon chez les Grecs; Magon parmi les Carthaginois; Varron, Pline, Virgile, Columelle et Constantin César chez les Romains; Kuffner, Agricola et Sickler en Allemagne; Miller, Bradeley et Forsyth en Angleterre; Olivier de Serres, Laquintinie, Duhamel, Rozier, Cabanis, et récemment le baron Tschoudy parmi les Français, sont les auteurs qui, jusqu’à présent, ont traité de l’art de la greffe avec quelque étendue.
DÉFINITION. La greffe est une partie végétale vivante, qui, unie à une autre, s’identifie et croît avec elle, comme sur son propre pied, lorsque l’analogie entre les individus est suffisante.
BUTS D’AGRÉMENT ET D’UTILITÉ. Les avantages de cette voie de multiplication sont entre autres: 1°. de conserver et de multiplier des variétés, des sous-variétés et des races d’arbres provenues de graines dues aux hasards de la fécondation, et qui ne se propagent point par la voie des semences. Elle est aussi la plus sûre et la plus prompte pour se procurer un grand nombre de végétaux très-intéressans, qui se multiplient difficilement par tout autre moyen.
2°. De perpétuer des monstruosités remarquables, suites de maladies ou d’accidens; telles sont les panachures, les laciniures, les fleurs doubles et pleines, et les fruits irréguliers. Le rosier à feuille de céleri, l’érable lacinié, les arbres panachés et maculés, les cerisiers à fruits en bouquets, et les orangers dits hermaphrodites, offrent des exemples de ces singularités.
3°. D’accélérer de plusieurs années la fructification.
4°. D’embellir les fleurs de beaucoup de variétés d’arbres et arbustes d’ornement.
5°. Enfin, de bonifier les fruits d’arbres économiques, d’en hâter la maturité, et d’augmenter le bénéfice du cultivateur, du propriétaire, et les ressources du consommateur .
Physique et Théorie de la Greffe.
Table des matières
Toutes les personnes qui se sont occupées de physiologie végétale savent que les arbres dicotylédons s’accroissent chaque année d’une lame de bois, ou plutôt d’aubier, et d’une lame d’écorce, qui se forment l’une et l’autre intérieurement entre l’aubier et l’écorce de l’année précédente. Mon intention n’est point de m’étendre sur les causes qui concourent à la formation de ces couches végétales; il me suffira de faire remarquer seulement deux faits démontrés par l’expérience: l’un, que c’est sous la couche corticale la plus intérieure que se fait la végétation d’accroissement des arbres ; l’autre, que l’écorce verte d’un jeune individu, lors de l’ascension et de la descente de la sève? est susceptible de se souder avec une autre écorce dans le même état ; mais que le bois et l’aubier sont incapables de s’unir ainsi.
Considérons en outre que les gemma sont les rudimens des bourgeons comme les graines le sont des individus parfaits; que celles-ci donnent naissance à des êtres qui subsistent par eux-mêmes, et que ceux-là peuvent croître soit aux dépens de la branche sur laquelle ils se trouvent naturellement, soit en s’assimilant les sucs d’une branche étrangère, sur laquelle on les place conformément à certains principes.
Ces trois faits reconnus servent de base à l’art de la greffe: déjà nous en pouvons conclure,
1°. Que c’est au moyen d’un ou de plusieurs gemma que l’on peut multiplier de greffe un arbre quelconque;
2°. Qu’il faut que cet arbre soit une variété de la même espèce, une espèce du même genre, ou, par extension, un genre de la même famille que celui sur lequel on veut le greffer, parce qu’il faut nécessairement de l’analogie entre la sève des deux individus et les époques de son mouvement, de la conformité dans le temps de la durée ou de la chute des feuilles, et dans les qualités des sucs propres;
3°. Qu’il est nécessaire de choisir, pour greffer, le moment où la sève est en mouvement, et d’avoir égard même à sa marche ascendante ou descendante, pour la prompte réussite de l’opération;
4°. Qu’on doit unir exactement les parties incisées de l’écorce de la greffe, quelle qu’elle soit, aux parties également incisées de l’écorce de l’arbre sur lequel on greffe, pour faciliter la reprise de ces deux écorces et la circulation des fluides montans et descendans;
5°. Enfin, qu’il faut mettre beaucoup de célérité dans l’opération, pour que le contact de l’air ne dessèche pas les parties incisées.
Le cultivateur instruit et actif saura aussi choisir les circonstances météorologiques les plus favorables à la réussite des greffes, et empêcher autant que possible les effets de celles qui pourraient leur être contraires.
CHANGEMENS QU’OPÈRENT LES GREFFES. Les sujets ne changent pas le caractère essentiel des arbres dont ils reçoivent les greffes; mais ils le modifient souvent. Nous allons citer quelques exemples de ces modifications: elles se font plus particulièrement remarquer,
1°. Dans la grandeur. Ainsi les pommiers qui, greffés sur franc, s’élèvent à 7 ou 8 mètres, greffés sur paradis, atteignent à peine la hauteur de 2 mètres .
Le sorbier des chasseurs, venu de graines dans nos jardins, s’élève à la hauteur d’un arbrisseau; lorsqu’il est enté sur l’aubépine, il forme un petit arbre de 8 mètres de haut.
L’érable à semences velues (acer eriosperma, Desf.), greffé sur sicomore, devient un arbre touffu de 16 mètres de hauteur, tandis que, provenu de ses semences, il ne s’élève qu’à 10 mètres.
2°. Dans le port. Ainsi le ragouminier (prunus pumila, L.), produit par ses graines, est un arbuste qui rampe sur la terre et s’élève rarement au-dessus de 6 décimètres: greffé sur prunier, ses tiges droites, réunies en faisceau, parviennent à la hauteur de plus d’un mètre.
Le cytise à feuilles sessiles (cytisus sessilifolius, L. ), venu de semences, est un sous-arbrisseau d’un port étalé et grêle. Greffé sur le cytise des Alpes, il forme un buisson touffu, arrondi, et de 15 décimètres de haut.
Le robinia pygmée, franc de pied, se couche sur terre, et ses rameaux se relèvent par leur extrémité. Lorsqu’il est greffé en tige sur le caragana, il forme une touffe arrondie et pendante vers le sol.
3°. Dans la robusticité. Ainsi le néflier du Japon, greffé sur l’épine blanche, a passé au Muséum plusieurs de nos hivers en pleine terre, parce qu’on a eu la précaution de le couvrir de paille; tandis que la gelée a fait périr, pendant les mêmes années, plusieurs individus francs de pied, quoiqu’ils eussent été couverts de la même manière.
Le vrai pistachier, greffé sur le térébinthe, est moins sensible au froid que les individus provenus de semences, apportés de l’Asie mineure. Les premiers résistent à nos gelées de 10 degrés, tandis que les seconds périssent à 6 degrés, toutes choses égales d’ailleurs.
Un individu de chêne à feuille de saule (quercusphellos, L.), greffé sur l’yeuse, a supporté, sans abri, pendant cinq jours consécutifs, 16 à 17 degrés de froid, et des individus de la même espèce, venus de graines, sont morts à 7 degrés et demi de gelée.
4°. Dans la fructification plus ou moins abondante. Les robinia roses, satinés et visqueux, greffés sur d’autres espèces du même genre, donnent rarement des graines, et n’en donnent jamais qu’en très-petit nombre, tandis que, francs de pied, ils en produisent souvent une assez grande quantité.
Au contraire les sorbiers des oiseleurs et de Laponie, les pommiers hybride et à bouquets se chargent d’une quantité de fruits deux fois plus considérable, étant greffés, les premiers sur aubépine et les seconds sur pommier sauvageon, que lorsqu’ils sont provenus de leurs semences.
5°. Dans la grosseur des fruits. Beaucoup de fruits charnus, et particulièrement ceux à pépins, sont plus volumineux souvent d’un cinquième, d’un quart, quelquefois même d’un tiers sur les arbres qui ont été greffés, que sur les arbres de la même variété provenus de semences.
6°. Dans la qualité des graines. Le grossissement du péricarpe influe rarement sur la grosseur des semences; au contraire, elles sont, en général, mieux nourries, plus nombreuses et plus fertiles sur les individus provenus de graines que sur ceux qui ont été greffés. Cette différence est d’autant plus sensible que les arbres sont cultivés depuis plus long-temps et s’éloignent davantage de leur état sauvage. On en trouve des exemples dans diverses variétés de pommiers, de poiriers et autres arbres fruitiers.
7°. Dans la saveur des fruits. Si le sol, le climat, les saisons, l’humidité, la sécheresse, la lumière, et sur-tout la chaleur, influent sur la qualité des légumes et des fruits, comme cela n’est pas douteux; à plus forte raison les sujets soumis à toutes ces influences, et dont la sève, élaborée par leurs organes, sert d’aliment aux greffes, doivent-ils modifier la saveur des productions de celles-ci. Ils ne pourront pas transformer une prune, une cerise, une pêche, un abricot, une pomme, etc. en fruits d’un autre genre, comme l’ont pensé quelques personnes; mais ils influeront certainement d’une manière sensible sur leur goût. Ainsi le prunier de reine-claude greffé indistinctement sur différentes variétés de sauvageons de son espèce, produit des fruits insipides sur les uns et délicieux sur les autres; les cerisiers greffés sur le mahaleb, sur le laurier-cerise ou sur le merisier des bois, donnent des fruits dont les saveurs sont très-différentes.
8°. Enfin, dans la durée de leur existence. La plupart des arbres fruitiers, et sur-tout ceux de la division des fruits à noyaux, vivent moins long-temps lorsqu’ils ont été greffés que lorsqu’ils sont venus de semences. Parmi les arbres à fruits à pépins, dans le genre du pommier par exemple, le maximum de la longévité des individus greffés sur paradis est de 15 à 25 années; les individus entés sur franc vivent jusqu’à 120 ans; et ceux qui, provenus de semences, n’ont été ni greffés ni soumis à la taille, peuvent vivre 200 ans et au-delà.
Cependant l’effet contraire se présente quelquefois parmi les arbres d’autres séries, et particulièrement parmi les arbres étrangers: ceux-ci, greffés sur des espèces indigènes robustes, vivent plus long-temps que les individus de même espèce provenus de leurs graines; tels sont les pavia rouge et jaune greffés sur marronnier d’Inde, les sorbiers des chasseurs et de Laponie entés sur l’épine blanche, etc., etc.
DIVISION MÉTHODIQUE.
Table des matières
SUIVANT DUHAMEL. Duhamel est le premier des agronomes qui ait divisé méthodiquemeut les greffes en plusieurs groupes; il les a partagées en cinq sections, auxquelles il a donné les noms de griffes par approche, en fente, en couronne, en flûte et en écusson.
SUIVANT ROZIER. Rozier voulant perfectionner la méthode de son prédécesseur, crut devoir ajouter aux cinq sections précédentes une sixième section de greffes qu’il nomma par juxta-position.
Ces divisions arbitraires n’offrant point de caractères qui puissent les faire distinguer les unes des autres, jettent de la confusion dans les idées.
NOUVELLE DIVISION DU GENRE. Pour remédier à cet inconvénient, j’ai proposé, dans le cours de culture que je fais annuellement au Muséum, une autre division qui m’a paru plus simple et plus propre au groupement de toutes les espèces de greffes déjà connues, et de celles que l’on inventera par la suite.
J’ai restreint le genre des greffes aux trois sections suivantes, savoir: celle des greffes par approche, celle des greffes par scions, et celle des greffes par gemma, A ces trois sections il faut aujourd’hui en ajouter une quatrième, qui renferme les greffes des parties herbacées des végétaux, et dont toutes les espèces sont dues à M. le baron Tschoudy.
La première section réunit toutes les sortes de greffes qui s’effectuent au moyen de quelques-unes des parties des végétaux adhérentes à leurs troncs enracinés.
La seconde rassemble toutes celles qui se pratiquent avec des parties ligneuses séparées d’un individu et transportées sur un autre.
La troisième comprend toutes celles qui s’opèrent au moyen de gemma ou yeux, levés, avec la portion d’écorce qui les environne, sur un végétal, et posés sur un autre.
La quatrième enfin est assez définie par son titre seul.
Chacune de ces quatre sections est divisée en séries distinguées entre elles par des caractères secondaires, et celles-ci contiennent les espèces ou les sortes qui, elles-mêmes, se distinguent par divers caractères particuliers.
Les variétés et sous-variétés qu’offrent quelques-unes de ces sortes portent des noms différens, et sont rangées à la suite de leurs sortes principales.
NOMENCLATURE DES SORTES DE GREFFES. Les phrases descriptives presque toujours vagues, et souvent insignifiantes, dont on s’est jusqu’à présent servi pour distinguer les diverses sortes de greffes entre elles, ne pouvaient donner que des idées confuses plus propres à embarrasser qu’à aider la mémoire. J’ai cru devoir proposer, dans le même cours dont il vient d’être question, une nouvelle nomenclature plus simple et plus facile à retenir.
J’ai donné à chaque greffe le nom de son inventeur lorsqu’il m’a été connu; dans le cas contraire, celui de la personne qui l’a fait connaître par des descriptions et des figures. A défaut de ces deux premiers, j’ai choisi pour les greffes le nom du pays où elles se pratiquent, ou enfin celui de naturalistes célèbres, de cultivateurs éclairés et d’agronomes qui ont rendu des services à l’agriculture.
Ces noms sont suivis d’une phrase descriptive qui indique la section et la série auxquelles appartient la greffe, le caractère le plus essentiel de celle - ci, et le synonyme le plus généralement connu, lorsqu’il en existe. Au moyen de cet ordre, chacun pourra choisir la nomenclature qui lui paraîtra préférable.
SECTION Ire. Greffes par approche.
Table des matières
Le caractère essentiel de ces greffes consiste en ce que les parties dont elles sont formées tiennent à leurs pieds enracinés et vivent de leurs propres moyens jusqu’à ce que les greffes soient soudées ensemble; alors la communauté de sève est établie entre les individus.
LEURS RAPPORTS. Les greffes de cette section peuvent être comparées aux marcottes qui vivent aux dépens des racines de leurs mères jusqu’à ce qu’en ayant poussé de particulières? elles puissent subsister au moyen de leurs propres organes.
LEURS USAGES. La nature opère souvent sous nos yeux des greffes par approche sur diverses parties des végétaux; l’art est parvenu à l’imiter. On se sert de ce moyen pour transformer des espèces sauvages inutiles et quelquefois nuisibles, en arbres qui donnent de bons fruits? en espèces rares, utiles ou agréables.
On s’en sert encore pour multiplier de jeunes arbres, et même des individus parvenus au quart, au tiers, à la moitié et quelquefois à une époque plus avancée de leur croissance lorsque les circonstances le permettent.
On emploie aussi les greffes de cette section pour donner de la solidité aux clôtures ou haies de défense des biens territoriaux, pour procurer aux arts et à la marine des bois courbes et anguleux d’un grand nombre de formes différentes, pour prolonger l’existence de vieux arbres dont les troncs annoncent une ruine prochaine, et enfin, pour produire des effets pittoresques dans les jardins paysagistes. Mais on n’en tire pas tous les avantages qu’on peut en espérer, parce que souvent les résultats se font long-temps attendre.
TEMPS PROPRE A EXÉCUTER LA GREFFE PAR APPROCHE. Les greffes par approche peuvent s’effectuer sur toutes les zones de la terre et dans toutes les saisons, excepté pendant les temps de gelées et de chaleurs extrêmes; mais les époques du mouvement de la sève, soit dans sa descente, soit dans son plein, et sur-tout lors de son ascension, sont les momens les plus favorables à leur prompte réussite.
La théorie de ces greffes consiste 1°. à faire aux parties qu’on veut greffer les unes sur les autres des plaies correspondantes, bien nettes et proportionnées à leur grosseur, depuis l’épiderme jusqu’à l’aubier? souvent dans l’épaisseur du bois, et quelquefois jusque dans l’étui médullaire, suivant qu’il en est besoin.
2°. A réunir ces plaies de manière qu’elles se recouvrent mutuellement, qu’elles ne laissent entre elles que le moins de vide possible, et sur-tout que les feuillets du liber de la greffe et du sujet soient joints ensemble exactement dans un très-grand nombre de points.
3°. A fixer les parties ainsi disposées au moyen de ligatures et de tuteurs solides, pour empêcher toute disjonction.
4°. A préserver les plaies de l’accès de l’eau, de l’air et de la lumière, au moyen d’emplâtres durables .
5°. A surveiller le grossissement des parties, pour prévenir toutes nodosités difformes, nuisibles à la circulation de la sève, et sur-tout pour empêcher que les branches ne soient coupées par les ligatures.
6°. Et enfin, à ne séparer les greffes de leurs pieds naturels que lorsque la soudure ou l’union des parties est complétement effectuée.
Les ustensiles nécessaires pour l’exécution de toutes les greffes de cette section, sont un greffoir et une serpette.
J’ai donné à la planche 2 de la 3e. section, fig. 6, un dessin (tiers de grandeur naturelle ) d’un greffoir très-commode dont on se sert au Jardin du Roi: ses deux lames sont d’acier; son manche, strié pour mieux tenir dans la main, est de corne de cerf, et la spatule est d’ivoire.
Il est très-important que la serpette, le greffoir et tous les ustensiles que l’on emploie pour couper ou inciser les branches soient bien tranchans, et sur-tout qu’ils n’aient point de marques de rouille; car la rouille, en corrodant les parties incisées, pourrait occasionner des plaies fort nuisibles au succès de l’opération. Un greffoir de platine serait préférable à tous les autres, parce que ce métal est le moins susceptible de s’oxider.
DIVISION EN SÉRIES DES GREFFES PAR APPROCHE. Les greffes par approche présentent cinq séries, ou cinq groupes différens, en raison des diverses parties des végétaux avec lesquelles on les effectue, savoir:
1re. Série? greffes par approche sur tiges.
2e. Série, greffes par approche sur branches.
3e. Série, greffes par approche sur racines.
4e. Série, greffes par approche de fruits.
5e. Série, greffes par approche de feuilles et de fleurs.
SÉRIE Ire. Greffes par approche sur tiges.
Elles s’effectuent sur des tiges de différens âges, et même sur des troncs d’arbres de diverses grosseurs.
En les pratiquant? on a pour but de placer des branches où elles sont nécessaires, de changer des sauvageons en arbres à bons fruits? de remplacer des troncs dépérissans, de donner une vigueur extraordinaire à certains individus, de produire des effets pittoresques, ou de fournir des bois courbes pour les arts.
SORTES.
I. Greffe (Malesherbes) par approche sur tiges de gourmands, sur l’arbre qui les a produits. Nouv. Cours d’Agr., t. 6, p. 501.
Opération. Unir au moyen de deux incisions, l’une concave a, l’autre convexe a′, les brandies gourmandes 1 et 2 qui s’emparaient d’une trop grande partie de la sève de l’individu A. ( 1re. sect., pl. I. )
Usages. Pour rétablir l’équilibre de vigueur entre les parties d’un même arbre, en faisant en sorte que celles qui ont la sève par excès la répartissent sur celles qui en sont peu pourvues.
Dénomination. A la mémoire vénérable de GUILLAUME LAMOIGNON-DE-MALESHERBES, dans les jardins duquel cette greffe, dont il est présumé l’inventeur, a été observée en 1786.
II. Greffe (Forsyth) par approche sur tiges de rameaux sur l’arbre qui les a produits. Nouv. Cours d’Agr., t. 6, p. 501.
Synonymie. G. par approche. FORSYTH, Traité de la Culture des arbres fruitiers, Pl. XI, fig. 6, pag. 382.
Opération. Faire deux entailles correspondantes, l’une sur le nujet b, l’autre sur le rameau b’, et réunir les parties plaie contre plaie. ( 1re. sec., pl. I. )
Usages. Pour remplacer des rameaux et des branches qui manquent à des arbres fruitiers conduits en espaliers, en vases, et sur-tout en quenouilles. Exemples 1 et 2, fig. B. ( 1re sect., pl. 1. )
Dénomination. En l’honneur de M. FORSYTH, cultivateur estimable de Kinsington, près Londres. C’est lui qui a décrit cette greffe et en a donné une bonne figure.
III. Greffe (Michaux) par approche sur tige de branches sur l’arbre qui les a produites. Nouv. Cours d’Agr., t. 6, p. 501.
Opération. Tailler en bec de plume allongé l’extrémité de longues branches (Voyez c′), les courber en portion de cercle, et les introduire dans une double incision en forme de T renversé
, sur la tige de l’arbre C. (1re. sect., Pl. 1.)
Usages. Pour produire des effets pittoresques dans les jardins, et fournir des courbes aux arts et à la marine.
Dénomination. A la mémoire estimable d’ANDRÉ MICHAUX, cultivateur, naturaliste voyageur, qui a pratiqué cette greffe dans les bois de Satory, vers l’année 1780, et qui est mort à Madagascar en frimaire an 12, victime de son zèle pour les découvertes agricoles.
IV. Greffe (cauchoise) par approche sur tige d’une tête d’arbre sur un sujet auquel elle manque. Nouv. Cours d’Agr., t. 6, p. 502.
Synonynaie. G. parapproche, 3e. sorte. DUHAM. ) Phys. des Arb., t. 2, p. 78, Pl. XII, fig. 110, 111 et 112.
Opération. Faire une entaille triangulaire à partir de l’aire de la coupe de la tige d; faire entrer, de la moitié de son épaisseur, dans cette entaille la tige du sujet d′, au moyen d’une autre entaille en forme de coin. ( Voyez 1re. sect., pl. 2. )
Usages. Pour utiliser, dans une avenue, un quinconce ou un verger, des arbres dont la tige a été rompue, en leur procurant une nouvelle tête, qui remplace, pour le produit, celle qu’ils ont perdue. Exemple 1, fig. D, 1re. sect., Pl. 2.
Dénomination. En l’honneur des habiles cultivateurs du bon pays de Caux, dont plusieurs emploient cette greffe pour réparer les dommages que leur font éprouver les vents dans leurs plantations d’arbres à fruits à cidre.
V. Greffe (Bradeley) d’un rameau terminal sur une tige à laquelle on a coupé la tête. Nouv. Cours d’Agr., t. 6, p. 502.
Synonymie. G. par approche en langue. FORSYTH., Traité des Arbres fruitiers, pag. 244 et 382, pl. XI, fig. 5, lettre q.
Opération. Couper la tête d’un jeune sujet e ( 1re. sect., pl 2); former sur l’aire de la coupe une première incision verticale propre à recevoir l’esquille pratiquée sur le rameau e’ ; faire ensuite sur le même sujet e une seconde plaie, qui forme avec la première un angle très-aigu, et qui puisse s’appliquer exactement sur la plaie pratiquée au-dessous de l’esquille du rameau e′.
Usages. Pour obtenir de la sommité d’une branche ou d’un rameau un arbre plus précieux que celui sur lequel on greffe.
Dénomination. A la mémoire honorable de RICHARD BRADELEY, cultivateur anglais, auteur de plusieurs ouvrages utiles sur l’agriculture et le jardinage.
VI. Greffe (Varron) par approche, sur tige, d’un rameau latéral qui remplace la cime du sujet au moyen d’une fente. Nouv. Cours d’Agr., t. 6, p. 502.
Synonymie. G. suçoir. AGRICOLA, Agriculture parfaite, 1re. partie, p. 175 et 192, pl. VII, fig. E.
Opération. Couper la tète à de jeunes sujets, 1, 2, 3 ( Voyez F, 1re. sect., pl. 2 ), élevés en pots; former une incision triangulaire sur l’aire de leur coupe f′ ; entailler le rameau à greffer f en forme de coin, de manière qu’il puisse entrer de la moitié de son épaisseur dans la coupe du sujet.
Usages. Pour multiplier les arbres toujours verts, tels que les houx, phyllirea, cassinés et les autres arbres à bois dur, comme les chênes, les hêtres, les charmes, etc.
Dénomination. A la mémoire respectable de LUCIUS VARRON, l’agronome le plus distingué de son siècle par ses vastes connaissances en économie rurale, et par sa philantropie. C’est à lui que Columelle attribue l’invention de cette greffe.
VII. Greffe (Sylvain) par approche sur tige, avec deux têtes croisées Nouv. Cours d’Agr., t. 6, p. 502.
Synonymie. G. par approche sur tronc, 1re. sorte. Dict. d’Hist. nat., tome 2, p. 135, pl. A, 11, fig. A.
Opération. Courber deux jeunes arbres l’un sur l’autre, faire aux points où ils se croisent deux entailles correspondantes, jusqu’à la profondeur de l’étui médullaire (Voyez G, 1re. section, pl. 3), et unir les parties opérées.
Usages. Propre à fournir aux arts des bois anguleux, à remplacer les pilastres des portes des biens ruraux, et à produire des effets pittoresques dans les jardins.
Dénomination. Elle porte le nom du dieu des forêts, parce que, dans ses domaines, elle se pratique souvent naturellement.
VIII. Greffe ( Hymen) par approche, sur tige, avec accolement de deux troncs et de leurs têtes. Nouv. Cours d’Agr., t. 6, p. 502.
Synonymie. G. par approche, 1re. sorte. DUHAM., Phys. des Arb., t. 2, p. 78, pl. XII, fig. 108.
Opération. Rapprocher deux tiges d’arbres h h (ire. sect., pl. 3 ), les entailler longitudinalement aux points où elles se touchent; couvrir les plaies l’une par l’autre et ligaturer solidement les parties.
Usages. Pour réunir des sexes séparés, fournir des bois courbes aux arts, produire des effets pittoresques dans les jardins, ou rappeler des souvenirs agréables. (Voyez H.)
Dénomination. On a donné à cette greffe le nom du dieu du mariage, parce qu’elle peut produire des unions entre des arbres de sexes différens.
IX. Greffe (Dumoutier) par approche, sur tige, au moyen de quatre esquilles de bois fixées les unes entre les autres. Nouv. Cours d’Agr., t. 6, p. 502.
Opération. Rapprocher les tiges de deux jeunes arbres i i ( 1re. sect., pl. 3), leur enlever une pièce d’écorce à hauteur correspondante; former sur l’un et l’autre deux esquilles de bois en sens inverse, faire pénétrer ces esquilles, par le côté , les unes entre les autres, et ligaturer.
Usages. Cette greffe a les mêmes usages que la précédente; elle est plus difficile à effectuer, mais plus solide.
Dénomination. Ainsi nommée, parce qu’elle a été inventée en 1809 par M. Dumoutier, jardinier attaché à la culture du jardin du Muséum, dans les Écoles d’agriculture de cet établissement.
X. Greffe (Monceau) par approche, sur tige, au moyen de l’amputatation de la tête du sujet, de sa taille en coin, et de son introduction dans une entaille faite à la tige de l’arbre portant la greffe. Nouv. Cours d’Agr., t. 6, p. 502.
Synonymie. G. par approche en forme de coin. DUHAM., Phys. des Arbres, t. 2, p. 79, pl. XII, fig. 113.
Opération. Couper la tête du sujet j’ (1re. sect., pl. 3), en coin très-prolongé ; pratiquer une incision oblique sur l’arbre porte-greffe j; y insérer le coin de la tige j′, et unir les parties opérées. ( Voyez J. )
Usages. Pour donner une vigueur extraordinaire à un arbre qui se trouve muni, par cette greffe, de deux systèmes de racines, et qui n’a qu’une seule tige à nourrir.
Dénomination. A la mémoire de l’illustre Duhamel-Dumonceau, dans le domaine duquel cette greffe, dont il est présumé l’inventeur, a été exécutée vers l’année 1754.
XI. Greffe (Noël) par approche, sur tige, au moyen de l’amputation de la tête de plusieurs sujets, de leur taille en coin, et de leur introduction dans les entailles faites aux arbres placés au-dessus les uns des autres. Nouv. Cours d’Agr., t. 6, p. 502.
Opération. Planter une année d’avance trois ou un plus grand nombre de variétés d’arbres de même espèce et de hauteurs différentes; les greffer au-dessus les uns des autres par le procédé de la greffe Monceau, dont celle-ci n’est qu’une variété qui peut devenir utile. Voyez 1 et 2, fig. K. (1re. sect., pl. 4.)
Usages. Pour donner une vigueur extraordinaire aux arbres, modifier la saveur et la grosseur de leurs fruits; fournir (peut-être) de nouvelles races.
Dénomination. Imaginée en 1807, par M. Noël, jardinier, attaché alors à la culture de la pépinière d’arbres étrangers du Muséum d’Histoire naturelle.
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