Czytaj książkę: «Causeries chevalines»

Czcionka:

Alexandre Gaume

Causeries chevalines


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066325756

Table des matières

AVANT-PROPOS

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE DEUXIÈME

CHAPITRE TROISIÈME

CHAPITRE QUATRIÈME

CHAPITRE CINQUIÈME


AVANT-PROPOS

Table des matières

M’occupant uniquement de chevaux depuis bientôt vingt ans, j’ai cru faire çà et là quelques remarques utiles, principalement sur les différents points de l’élevage et de l’emploi de ces précieux animaux, en général trop négligés dans notre pays, où la passion hippique n’est pas précisément nationale. Il m’a semblé, à tort ou à raison, utile de réunir ces remarques dans un petit livre qui n’a aucune prétention scientifique ou littéraire, comme son titre l’indique.

Qu’il me soit donc permis de dire avec un vieil auteur hippique: «Je prie mon lecteur

«de prendre en bonne part ce que j’ay.

«escrit le plus intelligiblement qu’il m’a esté

«possible sans le secours d’autre rhétorique

«que de ce que la nature m’a enseigné, par

«la pratique et par les observations que j’ay

«faites des chevaux, par la manière de les

«exercer, et par une longue et pénible, quoyque

«j’advoüe fort plaisante et agréable, expérience.»

«(NEWCASTLE.)

Paris, 25 janvier 1865.

CHAPITRE PREMIER

Table des matières

L’Élevage.

Enfin! nous commençons à aimer les courses; nous finirons probablement par aimer les chevaux. Peut-être même le temps est-il proche où le satirique Lucien pourrait dire encore: «La manie des chevaux est

«générale, et elle s’est emparée d’un grand

«nombre d’hommes qui sont regardés comme

«de fort honnêtes gens .»

La France, grâce à une initiative aussi généreuse qu’élevée se couvre d’hippodromes, les hippodromes se remplissent de public; indépendamment du salon des courses, on parle, on parle même beaucoup, et les dames, je parle des vraies, s’en mêlent. Eh bien! tant mieux; jeu pour jeu, celui-là vaut autant que la roulette et le baccarat. Les parieurs parlent des chevaux, ils les regardent, ils cherchent à les connaître; leur coup d’oeil se forme; beaucoup d’entre eux savent à leurs dépens que l’entraînement est une science, et que l’origine paternelle et maternelle est une question de premier ordre dans l’appréciation d’un poulain; ils aiment ou haïssent le cheval, selon leurs gains ou leurs pertes, il est vrai, mais au moins, ils ne restent pas indifférents pour ce noble animal dont l’amélioration est une source de richesse et de prospérité pour le commerce et l’agriculture de notre pays.

Les boutures que nous avons détachées en Angleterre de l’arbre généalogique de la race pure, du «général Stud-Book» datant de 1791, ont trouvé notre terrain fertile. Régulièrement classées depuis 1838, elles ont donné des fruits multipliés et savoureux; Vermout, Fille de l’air, Dollar, Gladiateur, en nous procurant l’année dernière, un succès international, commencent à être connus dans les contrées les plus reculées; on en parle à Sarreguemines; l’Éclair, de Pontivy imprime leurs noms en grosses capitales, et à Brives il y a un Betting-Room. Il nous faut des triomphes, à nous Français: c’est une vieille habitude dont nous ne pouvons nous passer; des victoires, et des victoires sur les Anglais encore, mais cela seul est capable de nous donner le goût du cheval.

Nous sommes donc en bonne voie au point de vue du turf et par conséquent des chevaux de pur sang; néanmoins, il y a encore, hélas! beaucoup trop de gens qui ne savent pas ce dont il s’agit, et qui haussent les épaules de pitié en voyant tout ce monde s’ébaudir en présence de maigres haridelles incapables de galoper pendant plus de cinq minutes avec un singe de cent livres sur le dos. Aux dernières courses du printemps, M. Prudhomme, amateur placé devant moi dans les tribunes, disait à son épouse:

«Vois-tu, ma bonne, si ma faible voix pouvait se faire entendre dans les hautes régions du pouvoir, je m’exprimerais...

— Oh! ce jockey tout rose, il est charmant, il va gagner, j’en suis sûre.

— C’est un pantin...; je m’exprimerais ainsi: L’amélioration de la race chevaline, ne peut être obtenue qu’à l’aide de l’étalon percheron, à la fois fort et léger, seul modèle se rapprochant de celui des chevaux du Parthénon, chef-d’œuvre de la statuaire antique.

— Ah! le rose arrive, je te l’avais prédit, mon ami, voyons un peu le nom sur le programme: Partisan; j’en suis bien contente, je l’aurais d’ailleurs parié, combien gagne-t-il?

— Huit mille francs; c’est une ineptie, avec cette somme on achèterait à Nogent-le-Rotrou quatre reproducteurs splendides, et le Gouvernement...

— Moi, d’abord, je raffole des casaques roses.»

Néanmoins la route est tracée, elle est fréquentée, et j’espère que nous arriverons bientôt à comprendre cette phrase anglaise tirée d’un livre (The horse) qui par exception est prophète dans son pays: «En admettant

«une proportion convenable de pur sang, par

«le moyen du croisement et du métissage,

«nous sommes parvenus à rendre nos chevaux

«de chasse, nos chevaux de promenade

«et de guerre, nos chevaux de voiture, et

«même nos chevaux de trait, plus forts, plus

«actifs, plus légers et plus propres à endurer

«la fatigue, qu’ils ne l’étaient avant l’introduction

«du cheval de course ou de pur

«sang.»

J’excepterai de cette étude le cheval de pur sang, qui chez nous comme partout est généralement produit par des éleveurs qui ont du savoir et l’amour du cheval; qui souvent font courir, ou bien qui vendent leurs poulains à des turfistes ou à des entraîneurs passionnés pour leur art.

J’ai le regret de commencer ce petit travail par une citation cruellement vraie, mais dont la rude franchise honore l’homme distingué et compétent auquel je l’emprunte : «Partout le cheval est l’expression de

«l’homme qui le fait naître. En Angleterre,

«l’éleveur haut placé dans la société, forme

«le cheval pur sang, le cheval de course.

«En Arabie, en Tartarie, le cheval, élevé

«par un cavalier, devient un coursier admirable.

«Les Allemands, habiles à construire

«des voitures légères, produisent naturellement

«le carrossier léger. En France,

«hélas! pays d’horribles charrettes, pendant

«que l’on expose à Paris mille théories,

«que l’on disserte dans les états-majors,

«que l’on distribue des prix dans les

«hippodromes, le tout dans le but très-louable

«d’acclimater les meilleurs types,

«le cheval, dans sa pratique réelle, se

«trouve élevé par un charretier. Celui-ci,

«au rebours de tous les programmes de la

«civilisation hippique, et plus barbare, en

«pareille matière, qu’un Bédouin ou qu’un

«Turcoman, veut, avant tout, former un

«cheval à l’unisson de son grossier véhicule.....

«Ailleurs, par un destin bizarre,

«le cheval n’est élevé ni par un sportsman,

«ni par un cavalier, ni par un charretier;

«il l’est tout simplement par un bouvier

«qui ignore l’art de le manier et de s’en

«servir, et qui ne sait employer que le

«bœuf à ses travaux d’agriculture et de

«transporta Un tel éleveur est, on le pense

«bien, incapable d’apprécier le degré de

«coïncidence qui doit exister entre les

«formes et les qualités d’un cheval; aussi,

«ne voyant dans son élève qu’un animal à

«faire profiter, il le traite suivant cette idée

«et l’engraisse en bœuf pour le vendre à la

«foire. Du reste, pour élever des chevaux,

«je préfère un bouvier à un charretier. Celui-ci

«veut absolument faire triompher

«l’informe type attelé à sa carriole ou à sa

«charrue; l’autre a, du moins, l’avantage

«d’être, par ses mœurs, neutre dans la

«question: il reste plus de chances de s’entendre

«avec lui.»

Cela est rigoureusement vrai, sauf à l’égard des hommes intelligents qui consacrent une large part de leur temps et de leur argent à la production du cheval; si les personnalités n’étaient pas de mauvais goût, il y aurait ici beaucoup de noms à citer, en Normandie surtout et dans la plaine de Tarbes; mais, du reste, ces noms-là sont connus, ils sont à l’abri de toute attaque, ils sont la gloire de l’élevage français, et je répète une fois pour toutes qu’aucune critique contenue dans ce livre ne leur est adressée et ne les atteindra. Mais que peut, je le demande, cette honorable minorité d’agriculteurs et d’herbagers connaissant et aimant les chevaux, dans un pays qui compte dans sa population chevaline une moyenne annuelle de 2,900,000 têtes? Et dans ce chiffre, il y a environ 1,250,000 juments de 4 ans et au-dessus!

C’est donc pour le grand nombre que j’ai cité les lignes amères qu’on vient de lire; pour le grand nombre aussi je poursuis cette étude. Les généralités blessent seulement ceux qui vont au-devant de la blessure, en dirigeant contre eux-mêmes le tranchant d’une arme inoffensive; dans ce cas ils n’ont pas droit de se plaindre; ils se sont fait justice à eux-mêmes et de leur propre gré.

Le peu de popularité des goûts hippiques dans les campagnes, doit être rangé en première ligne parmi les causes qui retardent en France l’amélioration de nos espèces chevalines, de nos races, si l’on veut; quoiqu’à mes yeux, il n’y ait qu’une race, le cheval pur, le type, engendrant le demi-sang intelligemment adapté aux divers besoins de notre époque et de notre civilisation.

Il y a de plus, chez nous, disette de belles juments; foi aveugle dans l’influence à peu près exclusive de l’étalon dans les résultats de l’accouplement, et enfin désir immodéré de faire gros, comme on dit en langage technique. J’examinerai successivement ces diverses questions.

Voyons la première, l’absence de goût pour les chevaux. On parle fort du manque d’argent de nos agriculteurs, et on compare la modicité de leurs ressources à la richesse des fermiers anglais; il y a là une notable exagération, du moins au point de vue chevalin. Nos fermiers et nos propriétaires, petits et grands, gagnent beaucoup d’argent; la preuve existe dans les augmentations énormes qu’ont subies depuis vingt ans les baux des moindres fermes; néanmoins elles ne manquent jamais de locataires; lesdits locataires, au bout de quelques années passées à gémir sur leur détresse, achètent un joli bien et le payent comptant à un prix très-élevé. Les doléances sur la pauvreté de nos paysans, dans les provinces propres à l’industrie chevaline, commencent donc à devenir passablement surannées. Là, il y a plus d’aisance qu’autrefois, et aussi plus de chevaux; tous ceux qui peuvent rigoureusement en nourrir un, l’achètent immédiatement; mais quel cheval, grand Dieu!

Notre paysan est rusé, laborieux, économe, mais point spéculateur dans le sens vrai du mot; il ne veut pas exposer un capital et faire les sacrifices exigés par l’esprit même du commerce; il désire gagner, «gagner gros,» comme il dit, mais avant tout ne rien risquer. La production chevaline est embourbée dans cette ornière de la méfiance, et tous les étalons carrossiers des dépôts de l’Etat, attelés ensemble à ce malheureux chariot et tirant en même temps, ne suffiraient pas à l’en faire sortir. Il faudrait pour cela une passion hippique analogue à celle des Arabes, des Allemands et des Anglais; alors on ferait de bons chevaux, on s’apercevrait qu’ainsi faits et bien élevés, ils sont vendus cher, et on les aimerait davantage. L’intérêt serait pour la passion un aiguillon puissant, et le meilleur sans aucun doute.

Pour commencer, on mettrait quelques louis de plus à l’acquisition d’une bonne jument de travail, au lieu d’acheter pour cent écus à un maquignon forain une bête de rebut, produit informe d’un percheron mal construit et d’une bique de charbonnier, qui, une fois attelée, a les oreilles moins hautes que les bouts des brancards. De grosses limonières, également fournies dans l’avant et l’arrière-train, régulières de conformation et d’aplombs, richement membrées,avec le dos et le rein bien suivis, et le bassin développé, travailleraient avec plus de force et de célérité que les malheureuses bringues dont je viens de parler, et moyennant une nourriture substantielle et des soins, contribueraient chaque année par leur poulain à l’aisance de la maison.

Il y a deux ans, un petit cultivateur, mon voisin, ayant une ferme de deux mille francs, louée trop cher, vu la piètre qualité des terres, me disait en réponse à mes compliments sur une belle percheronne étoffée que je voyais à sa charrue, labourant seule, sans peine et en magnifique condition de santé : «— Ah!

«Monsieur, je crois bien qu’elle est bonne!

«Elle m’a coûté neuf cents francs, je ne le

«nie pas, mais je ne le regrette pas non plus;

«sans elle je ne pourrais pas payer mon

«loyer. Tous les ans, elle fait notre ouvrage,

«et nous donne par-dessus le marché un

«poulain que nous vendons en moyenne six

«cents francs à dix-huit mois. Nous en avons

«eu un de Taconnet, que nous avons vendu

«sept cents francs. Si elle venait à périr,

«notre pauvre Coquette, elle nous laisserait

«dans l’embarras. C’est la providence de

«chez nous.» Et il avait raison, le bonhomme.

Je voudrais voir les chevaux aussi bien nourris que les vaches, et quelquefois pansés, au moins le dimanche, comme leurs maîtres, qui ce jour-là se font raser. Les harnais, tout en demeurant simples, devraient être entretenus, graissés et suffisamment rembourrés; il faudrait donner aux bourreliers les colliers à ajuster, et ne pas mettre à un cheval de quatre ans, celui qu’il avait à deux ans, sous prétexte que l’animal n’a pas encore été blessé et qu’il y est habitué. Sans doute la forme du collier importe peu, mais il doit être solide, léger, approprié à la force du corps, aisé à l’encolure, sans être large, et d’une longueur telle que l’on puisse passer la main ouverte entre le poitrail et la partie inférieure. Un collier trop juste ou mal assujetti prend une direction oblique quand le cheval monte, et comprime la trachée; la traction a lieu sur le cou, et l’animal perd la plus grande partie de sa force; il respire avec peine et peut être frappé d’asphyxie ou atteint de cornage; il est dans la situation d’un homme accrochant à sa cravate le fardeau porté par ses épaules, et obligé, avec cet attirail, de monter un escalier rapide. Si le collier est trop volumineux et trop ouvert, il est jeté en avant, surtout pendant la descente, et gêne le mouvement des épaules; le frottement prolongé qu’il exerce sur l’encolure peut produire l’excoriation de cette partie en avant du garrot, et par suite un ulcère profond, lent, et difficile à guérir. S’il est mal rembourré, l’omoplate peut être atteint de tumeurs et ensuite d’ulcères d’autant plus graves que l’animal est plus maigre.

Il est des localités en France où l’on fabrique des colliers si volumineux qu’un seul homme a de la peine à les passer au cou des chevaux, comme si la solidité consistait dans le volume. La surcharge de poids et la ruine prématurée des membres antérieurs sont le résultat de cette pratique absurde.

Les Flamands, les Allemands et les Anglais ne se servent, pour leurs chevaux de labour, que de colliers fort légers, bien rembourrés de crin. Les premiers les font en bois dur, mince et presque sans oreilles; ceux des seconds sont garnis d’attelles de fer, comme pour les chevaux des voitures bourgeoises. Pourquoi ne les imitons-nous pas?

Et pour le reste du harnachement, que de choses pourrais-je ajouter! En parcourant nos routes on aperçoit rarement les chevaux des cultivateurs attelés avec goût. Souvent, au contraire les têtières trop serrées, tirent le frontal et pressent la base des oreilles; les mors placés trop haut plissent et parfois écorchent la commissure des lèvres. Les sellettes n’étant pas retenues suffisamment par la croupière, se portent en avant et blessent le garrot; ou bien elles sont mal assujetties, le harnais frotte alors sur les côtes et y détermine des durillons. Les sous-ventrières et les dossières qui soulèvent à la montée une grande partie du poids du limonier sont rarement placées sur une peau de mouton; elles manquent de largeur et de souplesse, et le sternum est excorié.

Les chevaux ayant un peu d’origine et par conséquent une plus grande finesse de peau, sont fréquemment blessés sous la queue et sur les reins par le culeron de la croupière et par sa courroie nommée fourchet, parce qu’on néglige de placer un coussinet sous le fourchet et de graisser le culeron, qui d’ailleurs n’a presque jamais un diamètre convenable.

Beaucoup d’accidents sont attribués aux vices des chevaux, et ne sont dus qu’à un mauvais harnachement. Un cheval mal harnaché est non-seulement exposé à se blesser par le frottement ou la compression des harnais, mais encore à s’abattre, à se traverser, à ruer, à pointer, à s’emporter et à faire verser cabriolets, charrettes et autres voitures. Il n’est pas rare de voir un jeune cheval trembler à la vue et au bruit du harnais qui valui être brutalement jeté sur le dos: «Voyez ce fainéant, s’écrie le charretier, il a déjà peur de travailler!» Il croit le pauvre animal mû par la paresse, tandis qu’il l’est par un souvenir de gêne et de douleur dont l’appareil qu’il a sous les yeux ne lui rappelle que trop la triste expérience.

L’élevage des chevaux, surtout des chevaux distingués, près du sang, et dont la vente est productive, exige une foule de soins et comporte les détails les plus minutieux. L’agriculteur dit avec découragement: «Oh!

«les chevaux d’espèce! nous n’en voulons pas,

«ils sont vicieux, ils travaillent mal, on ne

«peut pas les utiliser, ils sont trop casuels.» Pour être de bonne foi, convenez, au contraire, que les chevaux de demi-sang sont excellents au travail, et, pour preuve, regardez ceux de la plaine de Caen; mais avouez simplement qu’ils exigent des précautions et des ménagements que vous leur refusez, et une affection quasi paternelle que vous n’éprouvez pas. Vos vaches, avant tout, n’est-il pas vrai? Voilà le grand mot lâché ! Ah! si les juments donnaient du beurre!... On pourrait supprimer immédiatement l’administration des haras.

Deux exemples pris au hasard prouveront que l’absence de soins judicieux est souvent pour les éleveurs la cause de pertes considérables.

Il y a quatre ans, je vendis à un riche propriétaire herbager deux juments anglaises réformées de mon écurie; elles avaient chacune un poulain. L’une carrossière, baie, avait un poulain d’Impérial, étalon de demi-sang par Eylau, et l’autre, jument de selle alezane, une pouliche de Ramsay, cheval de pur sang. N’ayant pas assez d’herbe chez moi pour garder ces deux bêtes, je vendis, ou plutôt je donnai le tout, mères et produits, pour une somme insignifiante.

La jument baie âgée de neuf ans, fut mise au travail en limon, et donna l’année suivante un second poulain; elle avait un garrot remarquable par son élévation, sa longueur et sa sécheresse. On n’y prit point garde, et elle fut en peu de temps blessée par un collier qui n’était pas fait pour elle. On continua à la faire travailler avec le même instrument de torture, et comme elle était vaillante et généreuse, elle tira malgré la souffrance. Enfin, un mal gangreneux se déclara; elle devint inattelable et mourut de misère dans un enclos où on l’avait abandonnée. Cela aurait peut-être coûté deux francs pour lui faire ajuster et rembourrer convenablement un des nombreux colliers de la maison.

Quant à la jument alezane, âgée de douze ans, c’était une bête très-remarquable, accusant une haute origine; on pouvait la considérer comme un beau type de Hunter.

Nous étions à la fin de juin, l’acquéreur me dit: «Je vais mettre cette bête et sa pouliche dans un très-bon herbage. — Mais, repris-je, vous les ferez sans doute rentrer tous les soirs par votre bouvier, et elles ne coucheront pas à la belle étoile? — Oh! si; dans cette saison, cela n’offre aucun inconvénient. — Je trouve au contraire que cela en présente beaucoup pour une jument déjà vieille, habituée depuis longtemps aux écuries chaudes, aux couvertures, à l’avoine en abondance, à une hygiène tonique, et surtout pour une pouliche d’un mois très-délicate et née dans un box. — Oh! il n’y a aucun danger, je vous assure.»

Au bout de quelques jours, la pouliche était trouvée un matin, après une nuit d’orage, morte dans l’herbe détrempée. La foudre l’a tuée, me dit-on. Soit! mais la foudre n’était pas tombée cette nuit-là sur l’étable où on aurait dû la loger.

Nos charrettes sont de détestables voitures; les jeunes chevaux mis trop tôt en limon sont tarés de bonne heure; leurs épaules se brisent, leur rein se creuse, et leurs jarrets se couvrent de tumeurs osseuses ou molles. L’usage de la charrette est très-désavantageux dans les mauvais chemins qui abondent dans les exploitations rurales; car il est très-difficile que la charge soit parfaitement en équilibre sur l’essieu, et dès lors le limonier est tour à tour chargé et soulevé dans les descentes et les montées; et puis, le poids n’étant supporté que par deux roues, s’il en tombe une dans un trou, la plus grande partie de la charge se porte de ce côté, et les chevaux ont beaucoup de peine à l’en tirer. Ils en éprouvent bien moins quand cette même charge se distribue sur quatre roues. Aussi devrait-on généraliser l’emploi du charriot léger, muni d’une mécanique et traîné par un seul cheval attelé dans une limonière, comme en Alsace et en Franche-Comté, par exemple. Ce genre de voiture est excellent dans les endroits montagneux.

Les charriots des gros fermiers seraient d’une plus grande dimension, et auraient, au lieu de limonière, un timon auquel on pourrait mettre deux jeunes chevaux qui tireraient mieux ensemble et marcheraient beaucoup plus vite que l’attelage des charrettes à deux roues. Le cheval commun de gros trait, dont la vente est improductive, actuellement nécessaire comme limonier, serait beaucoup moins utile, et l’élevage des chevaux de demi-sang, qui seuls rapportent à l’éleveur, y gagnerait.

Nous pourrions aussi, sans inconvénient, supprimer ces ignobles fouets à monture droite que nos charretiers font claquer avec une gaieté stupide. On peut traverser l’Angleterre sans entendre le claquement d’un fouet, et il est difficile de parcourir quatre kilomètres sur une route française un peu fréquentée, sans être exaspéré par ce bruit qui constitue un genre de distraction brutal et inintelligent.

La plupart des écuries sont malpropres, trop étroites, trop basses et mal aérées; les chevaux ne sont même pas séparés par des barres; souvent il n’y a pas de fenêtres, et le sol n’est pas battu; les chevaux vivent sur un épais fumier; leurs poumons, leurs pieds et leurs yeux s’en ressentent, et ces pauvres animaux sont, jour et nuit, asphyxiés par des émanations fétides. L’absence de vigueur, les toux chroniques, les eaux aux jambes, crevasses, fourchettes pourries, et la fluxion périodique des yeux, sont fréquemment le résultat des écuries malsaines, et de la transition subite qu’éprouvent les chevaux en passant tous les matins, de cette température brûlante, à l’air extérieur, dans des terrains quelquefois mouillés, et à travers un brouillard humide et condensé.

Les poulains, mis au piquet dans les prairies artificielles, sont entravés de telle sorte qu’on les reconnaît plus tard sur les foires à de nombreuses traces de prises de chaîne et surtout à la déviation d’un paturon antérieur. Au service, c’est pire encore; la jambe qui a été entravée est presque toujours plus faible que l’autre et l’animal butte continuellement. Un bon entravon en cuir souple, suffisamment rembourré, ne serait pourtant pas d’un prix fabuleux, et il ne serait pas difficile d’entraver alternativement l’une et l’autre jambe. Un cheval dont les aplombs seraient ainsi conservés, aurait plus tard, sur le marché, une plus-value qui payerait bien des notes de bourrelier.

Je voudrais voir en France, comme dans les fermes allemandes et anglaises, les petits gars de quinze ans monter les jeunes chevaux sellés avec des panneaux munis d’étriers, et bridés avec un filet ou un mors doux qui ne serait pas constamment rouillé. Les poulains, quand les travaux de la culture ne les réclameraient point, iraient ainsi montés, avec des genouillères, soit à la forge, soit au marché du canton, soit aux provisions. Ils feraient, en même temps que les commissions de la ferme, de petites courses qui développeraient leur haleine et leurs allures. Leurs cavaliers finiraient par ne pas trouver ridicule ou impossible de trotter à l’anglaise, et acquerraient, avec le goût du cheval, une tournure leste et dégagée qui ne leur ferait point tort. Le paysan, l’agriculteur, voilà la base de l’amélioration chevaline; ce sont eux qui font les chevaux, et ils ne les aiment pas; c’est donc là, c’est aux champs qu’il faut exciter le goût, développer la passion et l’activité. J’en puis parler avec quelque expérience, habitant depuis plusieurs années un pays qui semble privilégié pour la production et l’élève du demi-sang, à quelques lieues du Merlerault, de la vallée d’Auge et de la plaine de Caen.

Aujourd’hui beaucoup de petits propriétaires ont des tilburys, des «bocs», comme on dit en Normandie. Ne devraient-ils pas atteler quelquefois pendant une demi-heure ou trois quarts d’heure, sur une bonne route, leurs chevaux de trois et de quatre ans, le soir, à temps libre, pour se récréer, et pour ainsi dire, en fumant leur pipe? Ils s’exerceraient ainsi à conduire proprement, et à rendre leurs élèves dociles, brillants, légers ou vites, suivant leurs moyens naturels. Ils les vendraient assurément plus cher, en les présentant sur le champ de foire, attelés, nettoyés, avec les crins faits, la queue rafraîchie, la bedaine remontée par une ou deux purgations, et après un mois d’hygiène bien entendue. Les marchands, au dire des gens de la campagne, ne veulent pas acheter les chevaux dont la toilette est faite, et qui sont apprêtés. Faites de bons chevaux, et les marchands vous les prendront aussi bien, s’ils sont présentés convenablement, que s’ils ont l’air de sortir d’une mare à fumier; seulement, ils vous les payeront davantage; voilà toute la différence.

Les poulinières des herbagers, vivant sans travail de la vie des bœufs à l’engrais, sont, pour la plupart, d’une sauvagerie notable et d’un caractère opiniâtre qu’elles transmettent à ceux de leurs produits qui naissent et sont élevés dans les pâturages jusqu’à l’âge de la vente. Il y a dans le Merlerault et dans la vallée d’Auge des juments de quinze à seize ans qui n’ont jamais porté un homme, et jamais eu un harnais sur le dos. C’est toute une affaire que de les approcher et de leur mettre un bridon pour les conduire à la saillie. Veut-on les examiner de près, ainsi que les poulains, il faut prendre autant de précautions que s’il s’agissait d’aborder des chevreuils. Habitués à voir l’homme les poursuivre en battant des mains, ou en frappant dans son chapeau avec un bâton, pour montrer à ses amis des allures prétendues brillantes, qui ne sont que les mouvements enlevés, résultat de l’effroi, même chez les rosses les plus médiocres, ils se sauvent grand train. Alors, il faut marcher lentement, ne pas lever les bras, éviter de faire du bruit, de se moucher, de cracher, et se remettre en quête; dans ce cas, on arrivera peut-être à voir ces bêtes ahuries. Si cela ne réussit pas, il faut les «encointer», mot peu gracieux désignant une manœuvre que l’on devrait réserver pour le fauve, et qui consiste en ceci: Plusieurs personnes se réunissent et poussent doucement devant elles toute la cavalerie sauvage dans un angle, un coin de l’herbage; puis elles se rapprochent et resserrent le cercle de manière à maintenir en place les chevaux, qui les regardent d’un air effaré.

Sérieusement, comprend-on que des animaux destinés à vivre en contact continuel avec l’homme, à porter des cavaliers dans les rues des grandes villes, ou peut-être à stationner avec une voiture au milieu d’une foule sortant du théâtre ou d’un bal, soient aussi négligés, aussi peu fréquentés et apprivoisés, au début de leur vie, lorsque leur caractère se forme. Témoin bien des fois de scènes semblables à celle que je viens de rapporter, j’ai souvent pensé que si les propriétaires de ces chevaux avaient le goût du cheval, s’ils aimaient à le monter et à l’atteler, ils se préoccuperaient bien davantage du caractère et de la docilité de leurs élèves. Ils verraient de leurs propres yeux, combien l’apprivoisement préalable, le maniement fréquent des poulains facilitent le dressage, et contribuent à le rendre parfait.

J’ai dressé, soit à la selle, soit à l’attelage environ cinquante chevaux augerons ou merleraultins élevés à l’herbe, et j’ai toujours été entravé et retardé au début par ces mille riens qui prennent beaucoup de temps: habituer les chevaux à rester attachés sans tirer au renard, à lever leurs pieds, à se laisser toucher sur toutes les parties du corps sans frayeur, au pansage, aux mouvements des palefreniers autour d’eux, etc. Tous ces détails, qui demandent peu ou point de précautions spéciales avec les animaux élevés dans les fermes, exigent un véritable travail avec les poulains des herbagers et plus encore avec les juments de huit à neuf ans et au-dessus, consacrées, jusqu’à cet âge, uniquement à la reproduction. Là, l’apprivoisement et le dressage doivent marcher de concert, et il faut un certain temps pour obtenir un service de ville et de route sûr, aussi bien de nuit que de jour. Toute l’énergie est dépensée dans les défenses, pendant les premières leçons, et les poumons et les membres quoique sains n’ont pas de résistance, n’ayant connu de bonne heure ni la rapidité des mouvements, ni des efforts quelconques. Si l’on n’y veille très-attentivement, les tumeurs molles ne tardent pas à paraître.

Gatunki i tagi

Ograniczenie wiekowe:
0+
Data wydania na Litres:
16 stycznia 2025
Objętość:
163 str. 6 ilustracji
ISBN:
4064066325756
Wydawca:
Właściciel praw:
Bookwire
Format pobierania:

Podobne książki