Czytaj książkę: «Hygiène de la vue»
Xavier Galezowski, Albert Kopff
Hygiène de la vue

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066325008
Table des matières
PRÉFACE
INTRODUCTION
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE PREMIER.
§ I er . — Ophtalmie des nouveau-nés
§ II. — Première enfance
§ III. — Deuxième enfance
§ IV. — Adolescence
§ V. — Age adulte. Virilité
§ VI. — Vieillesse
CHAPITRE II
§ I er . — Influence de l’hérédité sur la conformation de l’œil
§ II. — Influence de l’hérédité sur les affections oculaires de nature diathésique
CHAPITRE III
§ I er . — Myopie
§ II. — Hygiène de la vue dans l’hypermétropie.
§ III. — Conseils hygiéniques dans l’astigmatisme.
§ IV. — Conseils hygiéniques dans la presbytie
§ V. — Conseils aux personnes qui doivent porter des verres.
§ VI. — Des Lunettes.
CHAPITRE IV
§ I er . — De l’habitude en général.
§ II. — Influence du tabac.
§ III. — Influence de l’Opium et de la Morphine.
§ IV. — Influence de l’Alcool.
§ V. — Influence des Cosmétiques.
CHAPITRE V
DEUXIÈME PARTIE
SECTION I re
CHAPITRE PREMIER
CHAPITRE II
CHAPITRE III
SECTION II
CHAPITRE PREMIER
CHAPITRE II
TROISIÈME PARTIE
CHAPITRE I.
§ I er . — Instruction et éducation des aveugles.
§ II. — Travail et occupations des Aveugles.
CHAPITRE II
§ I er . — Généralités.
§ II. — Règles d’hygiène à l’usage des aveugles dont la cécité est incomplète.
CHAPITRE III.
CONCLUSIONS

PRÉFACE
Table des matières
Au moment où les questions d’hygiène sont à l’ordre du jour et où tout le monde paraît bien pénétré de leur importance, il nous a paru utile de condenser en un court exposé les lois qui président à la conservation de la vue et les conseils qui en découlent.
L’ignorance, l’inexpérience et les préjugés du public en pareille matière sont très grands, et depuis longtemps nous avons été frappés de voir la quantité considérable de personnes dont la perte ou la diminution de la vue n’était imputable qu’à des erreurs de ce genre.
Et pour ne citer que quelques exemples:
Combien de personnes savent qu’à partir d’un certain âge il importe de ne pas retarder le port des verres, lorsqu’apparaissent les premiers signes de la presbytie? La plupart du temps on s’imagine bien faire en attendant le plus possible et on ignore complètement que ces atermoiements peuvent devenir le point de départ de troubles divers plus ou moins sérieux.
Il en est de même dans les cas de myopie: comme nous avons l’occasion de l’observer journellement, des personnes atteintes de myopie forte sont persuadées qu’elles agissent sagement en portant pour voir au loin des verres d’un numéro relativement faible qui ne corrigent pas complètement leur myopie; d’autres croient qu’elles ne doivent pas porter de verres pour le travail. Toutes sont également étonnées lorsque nous leur donnons les conseils contraires.
Et l’ophtalmie des enfants nouveau-nés: cette affection est dangereuse assurément, mais cela provient en grande partie des négligences et des préjugés si condamnables qu’on lui oppose dans une grande partie du public et qui font d’elle une des causes les plus fréquentes de cécité, alors que par des soins méthodiques elle guérit presque toujours.
Une des lois principales pour ne pas dire la première de toutes, qui doit présider à l’hygiène oculaire, réside, on le comprend, dans les procédés d’éclairage employés pour les travaux de toute nature. Or, il n’est pas de règle d’hygiène qui soit plus négligée et depuis longtemps nous avons constaté avec regret que l’on ne s’inquiétait pas suffisamment de fournir à l’œil la quantité de lumière dont il a besoin, lumière qui constitue son élément et son modificateur naturels.
Nous avons pensé faire une œuvre utile en énumérant d’une part les dangers auxquels l’œil et la vue peuvent être exposés dans les diverses circonstances de la vie, et d’autre part en indiquant les règles à suivre pour éviter le plus possible ces dangers et les combattre avec fruit, règles qui nous ont été suggérées par notre expérience, notre pratique et nos études spéciales.
Notre livre s’adresse aux médecins qui n’ont pas fait de l’ophtalmologie une étude. spéciale et en même temps aux personnes étrangères à la science médicale. Les données scientifiques sur lesquelles nous nous basons sont exposées de façon à intéresser les premiers, sans être inintelligibles pour les seconds.
Les médecins encore inexpérimentés dans la pratique de l’ophtalmologie pourront lire notre livre avec un certain bénéfice, en y trouvant des aperçus nouveaux et instructifs sur des sujets qu’il leur sera utile de connaître.
Quant au public, il en retiendra des principes et des conseils pratiques, applicables à toutes les éventualités de la vie (âges, professions, etc.) et dont l’observation lui rendra de grands services pour la conservation de la vue, sans laquelle l’existence perd tout charme et tout intérêt.
Nous avons pensé bien faire en consacrant dans ce livre une partie spéciale à la Cécité et aux Aveugles, et en indiquant certaines règles d’hygiène qu’il convient d’appliquer à cette classe de malades, si nombreuse et si intéressante. Il ne faut pas laisser s’aggraver la situation des aveugles, il faut au contraire l’améliorer lorsque cela se peut, et en tout cas chercher à leur procurer tous les soulagements désirables, physiques et moraux.
Dr GALEZOWSKI, Dr KOPFF.
Paris, le 15 juillet 1888.
INTRODUCTION
Table des matières
«Tels sont les yeux, tel est le corps», a écrit Hippocrate.
Cet aphorisme, vrai au Ve siècle avant l’ère chrétienne, époque à laquelle il a été écrit, n’a fait qu’augmenter d’importance et de justesse avec les nombreuses époques scientifiques qui se sont écoulées depuis. Aujourd’hui, l’hygiène oculaire peut être considérée comme une application à la vue, des règles tracées par l’hygiène générale, étant donnés les liens qui unissent la plupart des affections oculaires aux grandes diathèses de l’organisme.
Les rapports entre l’hygiène oculaire et l’hygiène générale sont nombreux; nous voyons en effet la plupart des différents états constitutionnels retentir sur l’organe de la vision et un très grand nombre d’affections de l’œil n’être pour ainsi dire que la signature d’un état général qui y produit une localisation déterminée. L’alcoolisme, la tuberculose, le lymphatisme, l’arthritisme, la goutte, les affections cardiaques, l’albuminurie, le diabète, l’anémie, la chlorose, la grossesse, la ménopause, l’ataxie locomotrice, présentent constamment des déterminations oculaires; et souvent même, la manifestation oculaire existe seule pour révéler au médecin l’état général latent.
Les maladies aiguës, éruptives ou inflammatoires, telles que: rougeole, diphthérie, etc., exercent aussi leur influence sur la vue, comme du reste toutes les causes qui à un moment donné arrivent à ébranler plus ou moins profondément l’organisme.
En dehors des diverses influences qui peuvent agir sur la vue, l’œil en lui-même n’est-il pas l’organe le plus utile, le plus précieux et le plus noble; et à ce seul titre ne mérite-t-il pas des précautions et des soins spéciaux, dans le but de le conserver dans son intégralité et d’assurer le fonctionnement régulier de ses parties constitutives?
Les fonctions dont l’œil est chargé sont évidemment celles qui ont la plus grande importance dans la vie de l’homme, et qui lui sont le plus nécessaires pour se mettre en relation avec le monde extérieur, pour en apprécier les formes, les rapports et les beautés, et pour éveiller son imagination, d’après les impressions communiquées au cerveau par l’intermédiaire des nerfs optiques; et ce n’est pas sans raison que l’on regarde la cécité comme étant le malheur le plus affreux qui puisse affliger l’humanité.
Les anciens avaient l’intuition de l’influence exercée par une bonne hygiène sur le sens de la vue; et Hippocrate, Galien, Celse, Paul d’Egine, ajoutent souvent à leur thérapeutique locale la recommandation de donner des soins généraux hygiéniques.
Dans les traités de médecine et de chirurgie des époques qui suivent, on trouve aussi des conseils hygiéniques à l’usage des yeux. Et aujourd’hui, après les immenses progrès qu’a réalisés l’ophtalmologie, au point d’être devenue la plus exacte et la plus complète des sciences médicales, n’est-il pas nécessaire de lui tracer des lois hygiéniques spéciales et bien précises? En résolvant ce problème, nous répondrons aux besoins urgents du moment; d’autant plus que, s’il est une branche de l’hygiène dont les principes soient ignorés ou négligés par le public, et même par des médecins, c’est incontestablement l’hygiène oculaire.
Les divers modificateurs qui agissent sur l’organisme entier ont aussi une action plus ou moins directe sur l’œil; aussi la pratique de l’hygiène générale est-elle nécessaire avant tout. Étant données, d’une part, l’extrême délicatesse des différentes parties de l’œil, et de l’autre, la part prépondérante que cet organe prend à tous les actes de la vie, il paraît nécessaire de connaître spécialement comment il se comporte au milieu des modificateurs de toute sorte qui viennent agir sur lui et comment il peut résister à leur action. Dès la naissance, l’œil se trouve exposé à des causes nuisibles, et jusqu’à la mort et dans toutes les conditions sociales, il rencontre sans cesse des ennemis contre lesquels il importe de savoir se garantir. Que de maladies et d’infirmités seraient évitées si l’on connaissait bien ces ennemis et si l’on savait quelles armes il faut leur opposer! C’est dans ce but que nous avons conçu l’idée d’écrire l’hygiène de la vue.
Nous nous proposons d’étudier l’œil dans les différentes phases de l’existence et dans les principales conditions sociales, de rechercher la part qui dans certaines maladies doit être attribuée à telle ou telle influence, et surtout d’indiquer les règles prophylactiques à mettre en pratique pour le préserver de ce qui lui est nuisible.
L’hygiène tient aujourd’hui, et à juste titre, une place prépondérante dans la pratique médicale; la prophylaxie devient la préoccupation de plus en plus grande du médecin et le législateur y apporte sa sanction en donnant force de lois aux préceptes de la science. Les sociétés d’hygiène se multiplient dans toutes les villes importantes, et des congrès internationaux se réunissent périodiquement pour discuter les grandes questions qui intéressent la santé publique.
Au milieu de ce mouvement général, il nous a paru bon d’attirer l’attention sur les règles hygiéniques et prophylactiques qui sont spéciales à l’œil, assurés que c’était faire ainsi un travail utile.
Nous diviserons notre étude en deux grandes parties:
I. L’Hygiène privée;
II. L’Hygiène publique.
Dans la première partie, nous étudierons toutes les questions qui se rapportent aux individualités: les âges, les conditions d’hérédité, les différentes conformations des yeux (myopes, hypermétropes, etc...), et l’action de certains modificateurs (tabac, alcool.....) sur les yeux.
Dans la deuxième partie, nous nous occuperons des influences exercées par les modificateurs sur la vue des collectivités: influences météorologiques; influence de la lumière, ce modificateur essentiel de l’œil; influence des écoles, de l’éclairage... et des professions.
Pour faciliter la lecture de notre livre aux personnes qui ne sont pas initiées à l’anatomie de l’œil, nous plaçons avant de commencer, trois figures qui leur permettront de se rendre compte des différentes parties qui constituent le globe de l’œil (Fig. 1, 2 et 3).
Dans la figure 1, on voit: 1, l’iris qui se contracte, selon la plus ou moins grande quantité de lumière; 2, la pupille qui se montre à travers la cornée transparente; 3, la partie antérieure de la sclérotique, que l’on voit entre les paupières, et que l’on appelle vulgairement le blanc de l’œil; 4, la paupière supérieure; 5, la paupière inférieure.
Fig. 1. — Parties extérieures de l’œil (Dalton).

Fig. 2. — Coupe schématique de l’œil et de ses annexes.

La figure 2 représente: a, la peau des paupières; b, la conjonctive ou membrane muqueuse qui tapisse les paupières; c, la cornée transparente; d, la sclérotique; e, l’iris; f, le cristallin ou lentille chargée d’accommoder la vue aux distances, et qui devient opaque dans la cataracte;g, le corps vitré, concourant à la réfraction des rayons lumineux par sa parfaite transparence à l’état normal et servant de support à la rétine par sa consistance égale à celle du verre fondu; h, le nerf optique et la rétine; i, la rétine, membrane servant à la perception de la lumière et des couleurs; j, la choroïde, membrane servant: par sa partie antérieure ou ciliaire, à la nutrition des milieux transparents de l’œil; et par sa couche pigmentaire, à l’absorption des rayons qui ont déjà produit leur impression sur la rétine, comme cela a lieu dans les appareils optiques; k, l’orbite; l, l, les muscles externes de l’œil, qui font mouvoir le globe oculaire dans tous les sens.
Fig. 3. — Section verticale du globe de l’œil.

La figure 3 montre: 1, la sclérotique; 2, la choroïde; 3, la rétine; 4, le cristallin; 5, la membrane hyaloïde entourant le corps vitré 8; 6, la cornée; 7, l’iris.
PREMIÈRE PARTIE
Table des matières
HYGIÈNE PRIVÉE
CHAPITRE PREMIER.
Table des matières
HYGIÈNE DES AGES
§ Ier. — Ophtalmie des nouveau-nés
Table des matières
Les nouveau-nés, sont exposés à une affection, l’Ophtalmie dite des nouveau-nés, qui à elle seule est la cause la plus fréquente de la cécité, ainsi que l’attestent les diverses statistiques connues. Ce fâcheux état de choses tient aux traitements défectueux qu’on oppose à la maladie et au manque de prophylaxie. Une réglementation sérieuse, administrative et médicale, suffirait cependant pour triompher du mal victorieusement et diminuer d’autant le nombre des aveugles. C’est assez dire que cette affection doit occuper une place importante dans notre travail.
NATURE ET ÉTIOLOGIE. — Au moment même de la naissance, les yeux des enfants sont exposés à contracter l’ophtalmie purulente dite des nouveau-nés, et cela par contamination directe par les liquides infectieux dont ils peuvent recevoir le contact pendant l’accouchement. L’enfant a les yeux fermés à ce moment, mais le liquide contagieux reste dans les cils, sur le bord des paupières et pénétre dans le cul-de-sac conjonctival dès que les yeux s’entr’ouvrent. Quelquefois même, surtout dans les cas laborieux, les paupières peuvent s’entr’ouvrir avant que l’accouchement ne soit terminé, et alors la contamination se produit sur place.
Nous avons déjà bien des fois exprimé notre opinion sur l’étiologie unique et la spécificité de l’ophtalmie des nouveau-nés, et nous la maintenons plus que jamais. Lorsqu’on observe un cas d’ophtalmie purulente chez un nouveau-né, on peut être à peu près sûr que la mère était atteinte de pertes de nature virulente. On a incriminé les lochies, et des expériences ont été faites, desquelles il est résulté que les lochies de femmes saines d’autre part, ne pouvaient contaminer les yeux des enfants. Malgré ces expériences, il nous est difficile de ne pas attribuer un certain degré de virulence aux lochies, surtout pendant les épidémies de fièvre puerpérale. Quoi qu’il en soit, le liquide des pertes blanches leucorrhéïques dont nous parlons, contiennent des microbes (gonococcus) en grande quantité qui leur donnent leur spécificité et leur contagiosité, et qui se retrouvent également dans le pus conjonctival des ophtalmies des nouveau-nés, ainsi que l’ont démontré les recherches de Neisser.
Autrefois on attribuait l’ophtalmie des nouveau-nés à différentes causes, telles que le froid, la lumière, les traumatismes obstétricaux etc., et encore aujourd’hui le public et même des médecins croient à des influences de ce genre. Quant à l’ignorance et aux préjugés des parents et des sages-femmes à ce point de vue, ils sont encore enracinés à un degré incroyable. Un grand nombre d’aveugles qui peuplent les asiles ont perdu la vue par suite de cette ignorance ou de ces préjugés, l’ophtalmie de la naissance ayant été mal soignée, soignée trop tard ou même pas soignée du tout.
Arlt a décrit deux espèces d’ophtalmies des nouveau-nés; l’une bénigne, qui guérit en cinq ou six jours avec quelques soins de propreté ; l’autre maligne, avec chémosis et suppuration, et qui amène la destruction des cornées si elle n’est pas soignée à temps. Beaucoup de médecins, et même quelques ophtalmologistes, partagent cette manière de voir et admettent à côté de l’ophtalmie grave l’existence d’une ophtalmie bénigne, qui pour eux n’est qu’une simple conjonctivite catarrhale plus ou moins intense. Nous pensons que ces deux formes ne sont que l’expression à des degrés différents d’une seule et même cause, à savoir: l’infection par un liquide virulent; que cette virulence soit plus ou moins atténuée, que l’œil ne reçoive qu’une quantité minime de germes infectieux ou que les conditions de réceptivité de la muqueuse soient variables. En tout cas, les premiers symptômes sont toujours les mêmes dans les cas bénins comme dans les cas graves; et il n’est pas possible au début de porter un pronostic quelconque sur la marche et l’issue de la maladie. Il est donc dangereux au point de vue thérapeutique d’établir la distinction décrite par Arlt et d’instituer un traitement anodin dans les cas que l’on suppose bénins et simplement inflammatoires. Si la maladie doit être grave, ce traitement n’arrête nullement son évolution, et l’on s’aperçoit que l’on avait affaire à un cas grave lorsque la cornée est nécrosée, c’est-à-dire lorsque l’œil est sérieusement compromis. Les cas légers sont justiciables du même traitement que les cas plus sérieux; à quoi bon, en conséquence, établir une distinction dont la réalité n’est démontrée qu’en théorie, que la pratique condamne et dont elle démontre le danger?
L’affection débute régulièrement le troisième jour après la naissance, quelquefois plus tôt, et cette incubation à durée fixe vient encore à l’appui de sa nature spécifique. Lorsqu’elle ne se développe qu’après le cinquième jour, c’est que la résistance de la muqueuse conjonctivale était plus grande ou que le pus était peu abondant ou moins riche en gonococcus; mais toujours l’inoculation s’est faite pendant l’accouchement.
Dans les nombreuses statistiques qui ont été établies, l’ophtalmie des nouveau-nés occupe le premier rang parmi les causes de cécité en général. L’un de nous a attiré l’attention de la société de médecine publique sur les dangers de cette ophtalmie lorsqu’elle est mal soignée, et sur les moyens de conjurer ces dangers. Depuis 1870, il a été appelé à donner ses soins à 507 enfants atteints d’ophtalmie et sur ce nombre, III fois les enfants présentaient, au moment de leur première visite, des accidents plus ou moins graves, comme:

Les nombreuses statistiques recueillies par Fuchs donnent une moyenne de 30 0/0 pour le contingent de l’ophtalmie des nouveau-nés dans le chiffre total des aveugles. Elle est donc un des fléaux qui affligent le plus l’humanité, et sa prophylaxie doit sérieusement préoccuper les hygiénistes.
PROPHYLAXIE. — Quelles sont les mesures à prendre pour essayer de prévenir une maladie qui cause tant de ravages?
Beaucoup de femmes, qui n’avaient pas de pertes blanches avant d’être enceintes, en ont pendant les derniers mois de la grossesse. Une fois prévenu de cette particularité, le médecin doit tout d’abord y porter remède, au point de vue de la santé générale de la femme d’abord, et ensuite au point de vue de l’innocuité du futur accouchement; et dans ce but, il doit recourir aux irrigations antiseptiques. Ensuite, lorsque l’accouchement a commencé, il doit pratiquer largement les mêmes irrigations dans le but de chasser les liquides infectieux et de détruire leurs micrococcus.
Du reste, dans les maternités de Paris et de la plupart des grandes villes, on applique la méthode antiseptique avec injections chaudes aseptiques de liqueur de Van-Swieten ou d’acide phénique au 1/100, répétées de deux heures en deux heures environ, depuis le début du travail jusqu’après la délivrance, et ensuite deux fois par jour jusqu’à la première sortie de l’accouchée. Cette pratique, excellente pour l’hygiène générale de l’accouchée, nous paraît être en même temps très efficace pour la préservation de l’ophtalmie. Malheureusement, elle est souvent négligée dans la clientèle privée, par la plupart des sages-femmes et même par certains médecins, soit qu’ils en ignorent l’utilité, soit qu’ils la jugent inutile en dehors du milieu hospitalier. Cependant aujourd’hui, la plupart des médecins accoucheurs y ont recours, même dans leurs accouchements particuliers, pensant avec raison que les indications, pour n’être pas aussi urgentes que dans un établissement de maternité, n’en sont pas moins précises et les résultats pas moins avantageux.
Une fois l’enfant venu au monde, il faut procéder sans tarder au lavage et au nettoyage des yeux, avec une solution légèrement boriquée. C’est le plus souvent au moment où l’enfant entr’ouvre les paupières pour la première fois que l’infection de la conjonctive se produit. Peringer a démontré par des inoculations, que les gonococcus produisent leur effet virulent au bout de deux à trois minutes; il n’y a donc pas de temps à perdre et la désinfection des yeux doit être pratiquée séance tenante. Les procédés sont nombreux: lavages à l’eau chaude ou avec des liquides désinfectants à l’acide phénique, à l’acide borique, salicylique, etc.
Crédé va plus loin; il propose des lavages avec l’acide salicylique, suivis immédiatement de l’instillation d’une goutte de solution de nitrate d’argent à 20/0. Nous sommes opposés à l’application de la méthode de Crédé en tant que méthode préventive, car s’il n’y a pas eu d’inoculation leucorrhéique, elle est dangereuse; et si cette inoculation a eu lieu, elle est incapable d’enrayer la maladie et d’empêcher son apparition.
Il faudrait introduire la pratique prophylactique dans toutes les maternités et dans la clientèle privée. L’Etat et la société ont là un devoir humanitaire à remplir, en contribuant, par l’adoption et la réglementation de certaines mesures, à l’extinction d’un mal qui chaque année coûte la vue à tant d’enfants. Le docteur Brière (du Havre), d’accord avec la municipalité, fait distribuer aux parents des enfants dont on déclare la naissance, une petite brochure qui les instruit des dangers de la maladie, leur indique les précautions à prendre et surtout leur recommande de faire appeler sans retard un médecin, si le mal persiste seulement vingt-quatre heures. En 1880, le gouvernement français attira l’attention des populations sur ce sujet, par une note insérée au Journal des Communes; l’Allemagne fit rédiger un manuel à l’usage des sages-femmes; l’Autriche, en 1882, dans une ordonnance, conseilla la méthode de Crédé et aujourd’hui cette méthode est établie dans presque tous les services d’accouchement d’Allemagne. Nous avons dit plus haut ce que nous pensions de sa valeur prophylactique, et nous n’y reviendrons plus. Les congrès d’ophtalmologistes s’occupent chaque année de cette importante question et sont unanimes à faire un appel aux autorités compétentes. L’État protège la vie des citoyens, leurs propriétés... pourquoi ne ferait-il pas des lois pour protéger la vue des enfants?
Voici du reste les principaux desiderata que l’on peut formuler:
1° Le public devrait être instruit du danger de l’ophtalmie purulente, des conséquences que toute négligence peut amener et de l’urgence qu’il y a à faire appeler un médecin sans le moindre retard. Fieuzal propose avec raison de faire insérer cette instruction dans le livret des familles ou dans les calendriers populaires.
2° L’antisepsie sera pratiquée dans tous les cas, pendant le travail de l’accouchement; antisepsie de l’accouchée par des irrigations désinfectantes, et antisepsie de l’accoucheur ou de la sage-femme.
3° Lavage des yeux de l’enfant dès la naissance avec des solutions antiseptiques, telles que:

4° Les sages-femmes devraient être initiées à l’étude de la maladie, de ses causes et des premières précautions à prendre. Il devrait leur être interdit de traiter elles-mêmes l’ophtalmie purulente. Elles seraient tenues de rendre compte à la municipalité des cas d’ophtalmie, lorsque les parents, par insouciance ou indigence, négligeraient d’appeler un médecin.
5° Il y aurait lieu d’instruire les médecins de façon à ce qu’ils n’aient pas besoin du concours d’un spécialiste, qui peut faire défaut dans un très grand nombre de localités.
6° On devrait prescrire au médecin de l’état civil d’examiner avec soin les yeux de tous les nouveau-nés. De la sorte la maladie pourrait être soignée dès le début et avant que la cornée n’ait subi aucune altération.
Les soins devraient être donnés d’après une instruction rédigée par une Commission d’ophtalmologistes; cette instruction serait très nette et suffisamment détaillée. C’est dans les trois premiers jours après la naissance que la visite du médecin de l’état civil est faite, et c’est habituellement dans les mêmes délais que la maladie se déclare; c’est donc lui qui devrait être chargé d’examiner les yeux de l’enfant et d’avertir du danger, s’il trouvait la moindre inflammation.
TRAITEMENT. — Lorsque par suite du manque de prophylaxie ou malgré la prophylaxie, la maladie commence à se manifester, il faut agir sans le moindre retard, tout délai pouvant coûter la vue de l’enfant. C’est alors que la présence d’un médecin compétent est indispensable. Encore de nos jours il faut bien l’avouer, les remèdes de bonnes femmes sont en grand honneur contre cette affection, et il n’est malheureusement pas rare d’entendre les mères qui apportent leurs enfants contaminés dans les cliniques ou les consultations, avouer qu’elles ont pratiqué telle ou telle médication plus ou moins étrange, d’après les conseils d’une voisine ou d’une sage-femme.
L’ophtalmie des nouveau-nés est une affection très grave et qui amène la cécité lorsqu’elle est négligée ou mal soignée; au contraire, elle devient une affection bénigne lorsqu’elle est combattue en temps voulu et d’après certaines règles.
Les méthodes de traitement varient encore selon les praticiens, mais toutes ont pour base l’antisepsie. Plusieurs auteurs ont obtenu des cas de guérison avec des lotions boriquées, ou même avec de simples lavages à l’eau chaude pure; c’est qu’ils avaient à faire à des ophtalmies bénignes, en raison du faible degré de virulence du pus, ou par suite du peu de réceptivité de la muqueuse conjonctivale de l’enfant. Comme il n’est pas possible de distinguer au début les cas bénins des cas graves, il faut agir systématiquement chaque fois qu’on est en présence de la maladie; et selon nous, il faut considérer toute ophtalmie comme étant spécifique et la soigner comme telle: notre avis est formel à cet égard.
Le traitement héroïque est incontestablement le nitrate d’argent au 1/40; mais il faut avoir soin d’en faire l’application deux fois par jour (condition indispensable) afin d’empêcher la repullulation des gonococcus qui se reproduisent en abondance lorsqu’on les abandonne vingt-quatre heures à eux-mêmes. Il va sans dire que le badigeonnage des conjonctives avec la solution de nitrate d’argent est immédiatement suivie de l’application d’une solution salée. Le nitrate d’argent est un antiseptique puissant qui va atteindre les micro-organismes jusque dans les cellules épithéliales de la conjonctive.
Nos propres statistiques attestent hautement la supériorité de cette méthode sur toutes les autres. Lorsque l’enfant est amené dans les premiers jours de la maladie et que le traitement est appliqué régulièrement et surtout deux fois par jour, la guérison est infaillible.
Les soins de propreté et les lavages ne sont que le complément de cette thérapeutique qui n’a jamais donné d’insuccès. La grande contagiosité du pus indique assez quelles précautions il faut prendre dans les maternités, les crèches et les établissements d’enfants trouvés, et aussi dans les familles, pour éviter la propagation aux autres enfants ou aux grandes personnes.
Il faut isoler les enfants contaminés, aérer largement les salles communes, éviter l’encombrement, observer minutieusement les soins de propreté et veiller à ce que les linges et les éponges ne servent seulement qu’à l’enfant malade.
Lorsqu’il y a du gonflement des paupières et une suppuration abondante, les personnes chargées des lavages et des instillations auront bien soin de ne pas se placer en face de l’enfant et de détourner la tête au moment d’entrouvrir les paupières. Par suite de la tension intra-palpébrale, le pus est projeté en avant avec violence, et s’il atteint les yeux des personnes voisines, c’est pour les contaminer. Les exemples de ce genre ne sont malheureusement que trop fréquents.