Czytaj książkę: «La philosophie russe contemporaine»

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Ossip-Lourié

La philosophie russe contemporaine


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4066338039330

Table des matières

INTRODUCTION

PREMIÈRE PARTIE

PHILOSOPHES ET PHILOSOPHIE GÉNÉRALE

CHAPITRE PREMIER

SOLOVIOV ET LE MYSTICISME

CHAPITRE II

GROTE ET LE PSYCHO-IDÉALISME

CHAPITRE III

TROÏTSKY ET L’EMPIRISME

CHAPITRE IV

PRÉOBRAJENSKY ET LE SCEPTICISME

CHAPITRE V

L’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE

CHAPITRE VI

L’ESTHÉTIQUE

DEUXIÈME PARTIE

LA PSYCHOLOGIE

CHAPITRE PREMIER

LA PSYCHOLOGIE MÉTAPHYSIQUE ET LA PSYCHOLOGIE. EXPÉRIMENTALE.—LE LABORATOIRE DE. MOSCOU.—COUP D’ŒIL SUR LES RÉCENTS TRAVAUX.

CHAPITRE II

LA PSYCHOLOGIE PHYSIOLOGIQUE

CHAPITRE III

L’ANTHROPOLOGIE ET LA PSYCHOLOGIE CRIMINELLE

CHAPITRE IV

LA PSYCHOLOGIE DU PEUPLE RUSSE

TROISIÈME PARTIE

SOCIOLOGUES ET SOCIOLOGIE

CHAPITRE PREMIER

LA SOCIOLOGIE EN RUSSIE.—KARÉIEV

CHAPITRE II

LAVROV

CHAPITRE III

KROPOTKINE

CHAPITRE IV

HERZEN [109]

CHAPITRE V

BAKOUNINE

CHAPITRE VI

KOVALEWSKY.

CHAPITRE VII

E. DE ROBERTY

CHAPITRE VIII

MICHAÏLOVSKY

CHAPITRE IX

NOVIKOW [132]

CHAPITRE X

TSCHITSCHERINE

CHAPITRE XI

POBÉDONOSTZEFF

CONCLUSION

TABLE ALPHABÉTIQUE

INDEX DES NOMS RUSSES

INTRODUCTION

Table des matières

APERÇU HISTORIQUE DE L’ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE
EN RUSSIE
OBJET DE CET OUVRAGE

L’apparition de la philosophie en Russie date de 1755, c’est-à-dire de la fondation de l’Université de Moscou. Avant cette époque on enseignait dans les académies ecclésiastiques une scolastique orthodoxe qui portait injustement le nom de philosophie. Le premier professeur, Annitschkov (1788), enseignait la philosophie allemande (Wolf) en latin.

Avec le règne de Catherine II commence l’influence de la philosophie française. On traduit Voltaire, Montesquieu, Condorcet, d’Alembert, Rousseau. Certains auteurs russes[1] prétendent que la gloire des encyclopédistes fut plus grande en Russie que leur influence. Nous ne partageons pas ce jugement.

Sans doute, la Cour de Catherine ne s’appropria que la partie purement négative du «matérialisme et du sensualisme éthique» de Voltaire[2]. Mais malgré une forte opposition de la part du clergé, l’esprit nouveau, large, humanitaire des encyclopédistes finit par pénétrer et par laisser de profondes racines dans la vraie société russe, à peine réveillée d’une longue léthargie intellectuelle. Leur influence se manifeste tout au long du xixe siècle: ce sont eux qui préparent l’émancipation des serfs, c’est à eux que les meilleurs écrivains russes doivent l’inspiration de leurs œuvres. Même l’idéalisme pur de la philosophie allemande de la première moitié du xixe siècle, qui trouva beaucoup de disciples en Russie, ne détruisit pas l’influence des encyclopédistes. D’ailleurs, en Russie, l’idéalisme et le matérialisme ont toujours marché de pair, sans exclure le mysticisme.

Au commencement du règne d’Alexandre Ier on introduit la philosophie dans les gymnases (écoles secondaires). On y enseigne la logique, la psychologie, la philosophie du droit, l’esthétique et la morale. Dans les Universités, c’est Kant, Fichte, Schelling qui dominent, surtout Schelling dont l’influence est plus grande que celle de Kant, elle dure jusqu’en 1830 et cède sa place à celle de Hegel. Le premier qui fit connaître Schelling en Russie fut Welansky, professeur d’anatomie et de physiologie à l’Académie médicale de Saint-Pétersbourg. Son livre Recherches biologiques eut un tel succès que l’auteur fut invité à faire à Moscou des conférences sur Schelling. Un autre professeur, Golitch, auteur d’un livre Histoire des systèmes philosophiques, enseignait la philosophie de Schelling à l’Institut pédagogique, mais le gouvernement interdit son cours.

Après la guerre de 1812, Alexandre Ier subit la domination morale de l’église. Le ministre de l’instruction publique tomba sous la dépendance du ministre des cultes. Cet obscurantisme fut funeste au développement des idées philosophiques, il obligea un grand nombre de savants à s’expatrier. Nicolas Ier, à peine monté sur le trône, supprima à l’Université de Moscou la chaire de philosophie; mais un jeune professeur, Pavlov (1826), au lieu d’enseigner la physique comme il eût dû le faire, exposait simplement des doctrines philosophiques. Un autre professeur, Nadejdine, fit, vers cette époque, un cours sur l’esthétique, avec beaucoup de succès. Nicolas Ier défendit au célèbre professeur Granovsky[3] de parler dans son cours d’histoire universelle non seulement de la Révolution française, mais de Luther ou de la Réforme. Pendant l’époque appelée «les années quarante» la philosophie se ranime un peu, mais sa renaissance date de 1861, année de l’abolition de l’esclavage en Russie, année des réformes, année d’espérances. On fait la guerre à la métaphysique, à l’esthétique, à l’art pour l’art, on pousse à l’extrême le culte des sciences naturelles, on devient positiviste, les disciples d’Auguste Comte augmentent. Les idées de Comte ont joué un rôle très important dans le mouvement philosophique en Russie. Comte afferma l’intérêt à la sociologie, mais les positivistes russes les plus convaincus n’admirent jamais sans réserve toutes les théories de leur maître. Le comtisme domina surtout les «années soixante-dix».

Après la mort d’Alexandre II la Russie retomba dans une réaction. Les nouveaux programmes universitaires de 1884 assignèrent à l’enseignement de la philosophie une place plus que modeste: deux heures par mois et rien que les commentaires historiques des passages d’Aristote et de Platon.

En 1885, sur l’initiative du professeur Troïtsky, on fonda à l’Université de Moscou la Société de psychologie dont le caractère est plus philosophique que psychologique. La Société contribua à répandre en Russie le goût des études de philosophie. Elle organisa des conférences publiques consacrées aux problèmes philosophiques, psychologiques, esthétiques.

En 1889, sur l’initiative du professeur Grote, la Société de psychologie créa la Revue de philosophie et de psychologie[4]. «Ce ne sont pas les besoins subjectifs d’un petit nombre d’individus adonnés à la culture de la philosophie, c’est un véritable besoin social des couches les plus variées du peuple russe qui fait naître cette revue», dit Grote dans son premier article. Absolument éclectique, la revue s’adressa à l’ensemble du public éclairé, elle ne demeura étrangère à aucun problème, fut-ce une question de science pure ou d’art, traitant tout d’une façon vraiment scientifique. Les Voprossy eurent beaucoup à lutter contre la censure. Ainsi la livraison du 15 novembre 1891 fut saisie par ordre de la censure laïque et de celle du Saint-Synode.

Il s’agissait d’une étude de Grote: La famine dans ses rapports avec l’éthique, d’une étude de Tolstoï relative à la même question; enfin, Soloviov, dans un troisième article, constatait que «dans l’évolution des idées morales le premier rôle incombe toujours aux adversaires des églises établies».

La Société de philosophie de l’Université de Saint-Pétersbourg créée en 1897, sous la présidence de M. le professeur Alexandre Wedensky, est appelée à rendre de grands services au mouvement philosophique en Russie. La Société, jeune encore, vient déjà de faire paraître le premier tome de ses Travaux. Léon Tolstoï[5] est l’un de ses membres.

On a beau parfois vouloir arrêter un courant, on n’a pas toujours la force de le détourner. Le courant suit son chemin, marche à l’accomplissement de sa mission. Malgré des entraves formidables, la philosophie progresse en Russie. Nous nous proposons de le démontrer dans cet ouvrage. Nous ne faisons pas ici œuvre d’historien; notre but, c’est d’indiquer le mouvement philosophique russe contemporain. Notre méthode est objective et éclectique: toutes les écoles sont représentées dans les pages qui vont suivre[6]. Les écoles sont dans la science ce que les partis sont en politique: chacune a raison à son tour; il est impossible à l’homme éclairé de se renfermer dans l’une d’elles assez exclusivement pour fermer les yeux à ce que les autres contiennent de raisonnable.

Notre travail est divisé en trois parties: la première est consacrée à la philosophie; la deuxième à la psychologie; la troisième est réservée aux sociologues. Le sens du mot philosophe évolue rapidement. Dans l’ancienne Grèce on appelait «philosophes» les amis de la sagesse; philosophe est celui qui cultive sa raison, conforme sa conduite aux règles de la saine morale. Plus tard, on réserve le nom de philosophe aux seuls auteurs de systèmes philosophiques. Nous estimons qu’on doit le donner à quiconque provoque un grand mouvement des esprits, pourvu qu’il ne s’écarte pas de la méthode scientifique. Les sociologues russes ne peuvent donc ne pas figurer dans La philosophie russe contemporaine.

Ce travail, comme toute œuvre humaine, contient, sans doute, des erreurs et des défauts; il a pourtant un mérite: c’est le premier ouvrage traitant de la philosophie en Russie.

PREMIÈRE PARTIE

Table des matières

PHILOSOPHES ET PHILOSOPHIE GÉNÉRALE

Table des matières

CHAPITRE PREMIER

Table des matières

SOLOVIOV ET LE MYSTICISME

Table des matières

I

Vladimir Soloviov[7] est considéré par ses compatriotes comme le philosophe le plus original de la Russie «et même de l’Europe, dans le dernier quart du xixe siècle. Il a créé un système de philosophie: le premier véritablement russe[8]». Il y a du vrai dans cette exagération. Soloviov est un philosophe, non pas dans le sens général, mais dans la signification scientifique du terme. En Occident il serait devenu un philosophe révolutionnaire, en Russie il est devenu un mystique, car le mysticisme et le criticisme—voire le kantisme—sont les deux éléments principaux de sa philosophie.

Dans une étude intitulée: L’idée russe, Soloviov cherche à dégager ce qu’il appelle la raison d’être de la Russie dans l’histoire universelle. Quelle est la pensée qui révèle la Russie, quel est le principe idéal qui l’anime, quelle nouvelle parole ce peuple nouveau venu dira-t-il à l’humanité, que veut-il faire dans l’histoire du monde? Et Soloviov cherche la solution de ces problèmes non pas dans les faits psychologiques du caractère du peuple russe ou dans les faits sociaux de sa courte histoire, mais dans «les vérités éternelles de la religion». Car «l’idée d’une nation n’est pas ce qu’elle pense d’elle-même dans le temps, mais ce que Dieu pense sur elle dans l’éternité».

L’un des mérites de Soloviov, c’est d’avoir étendu en Russie le domaine de la philosophie critique et de la théorie de la connaissance. Pendant les deux années de son enseignement à l’Université de Saint-Pétersbourg[9] Soloviov amena la conversion de tous ses auditeurs[10]: de positivistes ils devinrent disciples de Kant.

Le criticisme de Soloviov a plus de disciples en Russie que son mysticisme. Cela s’explique par le fait que Soloviov a su donner à son mysticisme un caractère scientifique.

Or, les sciences naturelles, dont le développement augmente de plus en plus en Russie, enseignent à se méfier des méthodes dites scientifiques appliquées non pas à l’histoire des religions, mais à la théologie.

Il est assez difficile d’exposer la philosophie de Soloviov. Dialecticien excessivement fin et spirituel, c’est dans des mots bien à lui, dans la tournure de la phrase que se cache souvent l’originalité du sens de l’idée qu’il exprime. On peut distinguer trois principes dans sa philosophie: 1o l’idée de la spiritualité intérieure de l’être; 2o l’idée de l’unité absolue; 3o l’idée de l’Homme-Dieu.

L’esprit absolu est le premier principe de toute chose. Dieu, ce n’est pas l’unité immobile des indiens, Dieu, c’est l’Esprit vivant, la Vie, la Pensée, la Volonté. Dieu, c’est l’Amour, et non pas le Mal, l’Harmonie, et non pas la Lutte. Dieu, c’est l’absolu, c’est-à-dire la Perfection, l’Idéal, la Vérité, le Bien. Dieu, c’est l’acte pur, c’est la Sagesse, la Fin, l’âme de l’Univers.

Soloviov admet l’existence dans tout être de ce qu’il appelle «la perfection divine», la compréhension intérieure de Dieu.

L’idée de la compréhension intérieure de la divinité est une conception subjective et en même temps transcendantale; d’un côté, c’est ce que nous retrouvons séparément dans chaque sujet comme quelque chose qui existe par soi-même, quelque chose de primitif, de durable, d’indépendant de la forme; dans ce cas, elle est et elle n’est pas, elle existe comme un être négatif ou opposé à tout ce qui existe visiblement, et qui devient comme non existant par rapport à cet être; de l’autre côté, elle est l’être abstrait et réel qui existe dans tout sans être renfermé dans quelque chose, et qui renferme tout en soi, bien que ne contenant rien; c’est l’objet pareil au sujet, qui entre dans notre pensée, et qui est la pensée, qui pénètre notre moi, notre âme, et qui est l’âme même. Notre pensée nous fait découvrir l’idée de l’existence de Dieu; l’idée de l’existence de Dieu explique, satisfait notre pensée.

La religion est pour Soloviov un système de connaissance, une métaphysique capable de résoudre l’énigme de l’Univers et, en même temps, elle est une révélation, une grâce de la volonté de Dieu. Dieu-Volonté ne détruit pas la volonté de l’homme, il faut que la volonté de l’homme cherche, aspire à s’identifier avec la Volonté de Dieu, avec le Grand Tout de l’Univers. Ce Grand Tout existe, il est matériel, l’atome aspire constamment vers lui. Dieu n’est pas une abstraction, Dieu est une réalité. Soloviov crée, pour ainsi dire, le réalisme mystique et le matérialisme devient chez lui atomisme, mais ce n’est pas l’atomisme des matérialistes. Il ne se borne pas à identifier l’âme avec Dieu, il cherche à unifier la conscience intérieure avec l’observation extérieure, le cœur avec l’esprit, l’élément individuel avec le tout social. Il considère le monde spirituel, idéal, non pas comme un terme abstrait, mais comme quelque chose de concret, de réel, de vivant, de positif. Le mysticisme de Soloviov ne condamne pas la concupiscence de l’esprit. Comme chez Fénelon, on ne trouve chez lui aucun mot blessant la raison. Au contraire, son mysticisme ne rejette pas les autres formes de la connaissance; suivant lui, la «connaissance mystique doit toujours être en rapport avec toutes les autres formes de la connaissance, avec la philosophie, avec les sciences positives». La divinité fait appel à toutes les facultés de notre être. A l’intelligence, elle se révèle comme vérité; à la volonté, comme règle de conduite, tandis que rayonnant au fond de l’âme, elle sollicite le cœur à l’aimer. La divinité, la vérité, le bien et le beau ne sont jamais séparés chez Soloviov.

C’est dans l’idée de Dieu qu’il puise ses conceptions esthétiques. La divinité est le bien; le bien est toujours beau. Soloviov distingue le beau dans la nature du beau dans l’art. C’est le beau de la nature qui doit fournir les fondements nécessaires à la philosophie de l’art. Le beau est toujours une idée symbolisée par une forme concrète; le beau est la plus haute expression de l’existence.

La métaphysique de Soloviov embrasse les éléments éthiques, esthétiques et intellectuels, sans exclure les perceptions sensorielles. L’esprit seul, créant des idées a priori, ne peut pas servir de base à la science, ni nos perceptions sensorielles. La synthèse de nos idées a priori et de nos sensations peut constituer la science. La vérité n’est ni dans le réalisme, ni dans le rationalisme, mais entre ces deux systèmes. Ce n’est pas à la philosophie qu’appartient l’autorité nécessaire de révéler la vérité, la véritable vie, le souverain bien: cette tâche est celle de la théologie. Les rapports de la théologie avec les sciences exactes font naître la théosophie libre. La théosophie libre n’est que la synthèse de la théologie, de la philosophie et des sciences positives.

II

Soloviov voit le salut du monde dans le Christianisme, dans l’union des Églises[11]. Ce fait semble étrange, car il est absolument inadmissible qu’il ignorât l’histoire sanglante des Églises. Il n’en est pas moins certain que le christianisme est pour Soloviov ce que la substance absolue fut pour Spinoza, le Moi absolu pour Fichte, la Volonté pour Schopenhauer. Sans doute il s’agit du christianisme primitif qui n’est, dans ses racines, que le judaïsme régénéré. «Nous voyons encore le phénomène étrange d’une société qui professe le christianisme comme sa religion et qui reste païenne, non pas dans sa vie seulement, mais quant à la loi de la vie[12].»

Ce dualisme est pour Soloviov une faillite morale et non pas une inconséquence logique. On l’aperçoit bien au caractère hypocrite et sophistique des arguments employés ordinairement pour défendre le christianisme d’aujourd’hui. «L’esclavage et les peines cruelles,—disait un évêque célèbre en Russie,—ne sont pas contraires à l’esprit du christianisme: car la souffrance physique ne nuit pas au salut de l’âme, objet unique de notre religion.» Comme si la souffrance physique infligée à des hommes par un autre homme ne supposait pas dans celui-ci une dépravation morale, un acte d’injustice et de cruauté certainement dangereux pour le «salut de son âme». En admettant même, dit Soloviov,—ce qui est absurde—que la société chrétienne puisse être insensible aux souffrances des opprimés, peut-elle être indifférente au péché des oppresseurs? L’esclavage économique, comme l’esclavage moral, trouve des défenseurs dans le monde chrétien. «La Société et l’État, disent-ils, ne sont nullement obligés de prendre des mesures générales et régulières contre le paupérisme; l’aumône volontaire suffit: Jésus n’a-t-il pas dit qu’il y aura toujours des pauvres sur la terre?» Oui, il y aura toujours des pauvres, comme il y aura toujours des malades,—cela prouve-t-il l’inutilité des mesures sanitaires? Seule la réunion de toutes les Églises, sur les bases primitives du christianisme, peut changer l’état de choses actuel. Le salut est dans l’unité des Églises, c’est-à-dire dans l’unité du genre humain. Soloviov accepte l’unité essentielle et réelle de l’humanité qu’il considère comme un grand être collectif, un organisme social dont les différentes nations représentent les membres vivants. A ce point de vue, aucun peuple ne saurait vivre en soi, par soi et pour soi, la vie de chacun n’est qu’une participation déterminée à la vie générale de l’humanité. La fonction organique qu’une nation doit remplir dans cette vie universelle,—voilà sa véritable idée nationale.

Si pour Soloviov l’humanité est un grand organisme, il ne la considère pas comme un organisme purement physique, les éléments dont elle se compose—les individus et les nations—sont pour lui des êtres moraux. Or, la condition essentielle d’un être moral, c’est que la fonction particulière qu’il est appelé à remplir dans la vie universelle, l’idée qui détermine son existence «dans la pensée de Dieu», ne s’impose jamais comme une nécessité matérielle, mais seulement comme une obligation morale.

«La pensée de Dieu, qui est une fatalité absolue pour les choses, n’est qu’un devoir pour l’être moral.» Mais s’il est évident qu’un devoir peut être rempli ou non, peut être rempli bien ou mal, peut être accepté ou rejeté, on ne saurait admettre, d’un autre côté, que cette liberté puisse changer «le plan providentiel», ou enlever son efficacité à la loi morale.

«L’action morale de Dieu ne peut pas être moins puissante que son action physique.» Il faut reconnaître que dans le monde moral, il y a aussi une fatalité, mais une fatalité indirecte et conditionnée. La vocation ou l’idée propre que la pensée de Dieu assigne à chaque être moral—individu ou nation—et qui se révèle à la conscience de cet être, comme son devoir suprême, cette idée agit, dans tous les cas, comme une puissance réelle, elle détermine l’existence de l’être moral, mais elle le fait de deux manières opposées: elle se manifeste comme loi de la vie, quand le devoir est rempli, et comme loi de la mort, quand il ne l’est pas. L’être moral ne peut jamais se soustraire à l’idée divine, qui est sa raison d’être, mais il dépend de lui-même de la porter dans son cœur et dans ses destinées comme une bénédiction ou comme une malédiction.

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Ograniczenie wiekowe:
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Data wydania na Litres:
16 stycznia 2025
Objętość:
230 str. 1 ilustracja
ISBN:
4066338039330
Wydawca:
Redaktor:
Właściciel praw:
Bookwire
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