Czytaj książkę: «Caligula suivi de Le Malentendu»

Czcionka:

Albert Camus

Caligula suivi de Le Malentendu


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066369279

Table des matières

Pièce en quatre actes

ACTE PREMIER

SCÈNE PREMIÈRE

SCÈNE II

SCÈNE III

SCÈNE IV

SCÈNE V

SCÈNE VI

SCÈNE VII

SCÈNE VIII

SCÈNE IX

SCÈNE X

SCÈNE XI

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE

SCÈNE II

SCÈNE III

SCÈNE IV

SCÈNE V

SCÈNE VI

SCÈNE VII

SCÈNE VIII

SCÈNE IX

SCÈNE X

SCÈNE XI

SCÈNE XII

SCÈNE XIII

SCÈNE XIV

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE

SCÈNE II

SCÈNE III

SCÈNE IV

SCÈNE V

SCÈNE VI

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE

SCÈNE II

SCÈNE III

SCÈNE IV

SCÈNE V

SCÈNE VI

SCÈNE VII

SCÈNE VIII

SCÈNE IX

SCÈNE X

SCÈNE XI

SCÈNE XII

SCÈNE XIII

SCÈNE XIV

Pièce en trois actes

ACTE PREMIER

SCÈNE PREMIÈRE

SCÈNE II

SCÈNE III

SCÈNE IV

SCÈNE V

SCÈNE VI

SCÈNE VII

SCÈNE VIII

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE

SCÈNE II

SCÈNE III

SCÈNE IV

SCÈNE V

SCÈNE VI

SCÈNE VII

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE

SCÈNE II

SCÈNE III

SCÈNE IV

CALIGULA

Pièce en quatre actes

Table des matières

CALIGULA

a été représenté pour la première fois en 1945 sur la scène du Théâtre Hébertot (direction Jacques Hébertot), dans la mise en scène de Paul Œttly; le décor étant de Louis Miquel et les costumes de Marie Viton.

DISTRIBUTION


CALIGULA.Gérard Philipe.
CÆSONIA.Margo Lion.
HÉLICON.Georges Vitaly.
SCIPION.Michel Bouquet, puis Georges Carmier.
CHEREA.Jean Barrère.
SENECTUS, le vieux patricien.Georges Saillard.
METELLUS.}François Darbon, puis René Desormes.
LEPIDUS.} patriciens.Henry Duval.
OCTAVIUS.}Norbert Pierlot.
PATRICIUS, l’intendant.Fernand Liesse.
MEREIA.Guy Favières.
MUCIUS.Jacques Leduc.
PREMIER GARDE.Jean Œttly.
DEUXIÈME GARDE.Jean Fonteneau.
PREMIER SERVITEUR.Georges Carmier, puis Daniel Crouet.
DEUXIÈME SERVITEUR.Jean-Claude Orlay.
TROISIÈME SERVITEUR.Roger Saltel.
FEMME DE MUCIUS.Jacqueline Hébel.
PREMIER POÈTE.Georges Carmier, puis Daniel Crouet.
DEUXIÈME POÈTE.Jean-Claude Orlay.
TROISIÈME POÈTE.Jacques Leduc.
QUATRIÈME POÈTE.François Darbon, puis René Desormes.
CINQUIÈME POÈTE.Fernand Liesse.
SIXIÈME POÈTE.Roger Saltel.

La scène se passe dans le palais de Caligula.

Il y a un intervalle de trois années entre le premier acte et les actes suivants.

ACTE PREMIER

Table des matières

SCÈNE PREMIÈRE

Table des matières

Des patriciens, dont un très âgé, sont groupés dans une salle du palais et donnent des signes de nervosité.

PREMIER PATRICIEN

Toujours rien.

LE VIEUX PATRICIEN

Rien le matin, rien le soir.

DEUXIÈME PATRICIEN

Rien depuis trois jours.

LE VIEUX PATRICIEN

Les courriers partent, les courriers reviennent. Ils secouent la tête et disent: «Rien.»

DEUXIÈME PATRICIEN

Toute la campagne est battue, il n’y a rien à faire.

PREMIER PATRICIEN

Pourquoi s’inquiéter à l’avance? Attendons. Il reviendra peut-être comme il est parti.

LE VIEUX PATRICIEN

Je l’ai vu sortir du palais. Il avait un regard étrange.

PREMIER PATRICIEN

J’étais là aussi et je lui ai demandé ce qu’il avait.

DEUXIÈME PATRICIEN

A-t-il répondu?

PREMIER PATRICIEN

Un seul mot: «Rien.»

Un temps. Entre Hélicon, mangeant des oignons.

DEUXIÈME PATRICIEN, toujours nerveux.

C’est inquiétant.

PREMIER PATRICIEN

Allons, tous les jeunes gens sont ainsi.

LE VIEUX PATRICIEN

Bien entendu, l’âge efface tout.

DEUXIÈME PATRICIEN

Vous croyez?

PREMIER PATRICIEN

Souhaitons qu’il oublie.

LE VIEUX PATRICIEN

Bien sûr! Une de perdue, dix de retrouvées.

HÉLICON

Où prenez-vous qu’il s’agisse d’amour?

PREMIER PATRICIEN

Et de quoi d’autre?

HÉLICON

Le foie peut-être. Ou le simple dégoût de vous voir tous les jours. On supporterait tellement mieux nos contemporains s’ils pouvaient de temps en temps changer de museau. Mais non, le menu ne change pas. Toujours la même fricassée.

LE VIEUX PATRICIEN

Je préfère penser qu’il s’agit d’amour. C’est plus attendrissant.

HÉLICON

Et rassurant, surtout, tellement plus rassurant. C’est le genre de maladies qui n’épargnent ni les intelligents ni les imbéciles.

PREMIER PATRICIEN

De toute façon, heureusement, les chagrins ne sont pas éternels. Etes-vous capable de souffrir plus d’un an?

DEUXIÈME PATRICIEN

Moi, non.

PREMIER PATRICIEN

Personne n’a ce pouvoir.

LE VIEUX PATRICIEN

La vie serait impossible.

PREMIER PATRICIEN

Vous voyez bien. Tenez, j’ai perdu ma femme, l’an passé. J’ai beaucoup pleuré et puis j’ai oublié. De temps en temps, j’ai de la peine. Mais, en somme, ce n’est rien.

LE VIEUX PATRICIEN

La nature fait bien les choses.

HÉLICON

Quand je vous regarde, pourtant, j’ai l’impression qu’il lui arrive de manquer son coup.

Entre Cherea.

PREMIER PATRICIEN

Eh bien?

CHEREA

Toujours rien.

HÉLICON

Du calme, Messieurs, du calme. Sauvons les apparences. L’Empire romain, c’est nous. Si nous perdons la figure, l’Empire perd la tête. Ce n’est pas le moment, oh non! Et pour commencer, allons déjeuner, l’Empire se portera mieux.

LE VIEUX PATRICIEN

C’est juste, il ne faut pas lâcher la proie pou l’ombre.

CHEREA

Je n’aime pas cela. Mais tout allait trop bien. Cet empereur était parfait.

DEUXIÈME PATRICIEN

Oui, il était comme il faut: scrupuleux et sans expérience.

PREMIER PATRICIEN

Mais, enfin, qu’avez-vous et pourquoi ces lamentations? Rien ne l’empêche de continuer. Il aimait Drusilla, c’est entendu. Mais elle était sa sœur, en somme. Coucher avec elle, c’était déjà beaucoup. Mais bouleverser Rome parce qu’elle est morte, cela dépasse les bornes.

CHEREA

Il n’empêche. Je n’aime pas cela, et cette fuite ne me dit rien.

LE VIEUX PATRICIEN

Oui, il n’y a pas de fumée sans feu.

PREMIER PATRICIEN

En tout cas, la raison d’Etat ne peut admettre un inceste qui prend l’allure des tragédies. L’inceste, soit, mais discret.

HÉLICON

Vous savez, l’inceste, forcément, ça fait toujours un peu de bruit. Le lit craque, si j’ose m’exprimer ainsi. Qui vous dit, d’ailleurs, qu’il s’agisse de Drusilla?

DEUXIÈME PATRICIEN

Et de quoi donc alors?

HÉLICON

Devinez. Notez bien, le malheur c’est comme le mariage. On croit qu’on choisit et puis on est choisi. C’est comme ça, on n’y peut rien. Notre Caligula est malheureux, mais il ne sait peut-être même pas pourquoi! Il a dû se sentir coincé, alors il a fui. Nous en aurions tous fait autant. Tenez, moi qui vous parle, si j’avais pu choisir mon père, je ne serais pas né.

Entre Scipion.

SCÈNE II

Table des matières

CHEREA

Alors?

SCIPION

Encore rien. Des paysans ont cru le voir, dans la nuit d’hier, près d’ici, courant à travers l’orage.

Cherea revient vers les sénateurs. Scipion le suit.

CHEREA

Cela fait bien trois jours, Scipion?

SCIPION

Oui. J’étais présent, le suivant comme de coutume. Il s’est avancé vers le corps de Drusilla. Il l’a touché avec deux doigts. Puis il a semblé réfléchir, tournant sur lui-même, et il est sorti d’un pas égal. Depuis, on court après lui.

CHEREA, secouant la tête.

Ce garçon aimait trop la littérature.

DEUXIÈME PATRICIEN

C’est de son âge.

CHEREA

Mais ce n’est pas de son rang. Un empereur artiste, cela n’est pas convenable. Nous en avons eu un ou deux, bien entendu. Il y a des brebis galeuses partout. Mais les autres ont eu le bon goût de rester des fonctionnaires.

PREMIER PATRICIEN

C’était plus reposant.

LE VIEUX PATRICIEN

A chacun son métier.

SCIPION

Que peut-on faire, Cherea?

CHEREA

Rien.

DEUXIÈME PATRICIEN

Attendons. S’il ne revient pas, il faudra le remplacer. Entre nous, les empereurs ne manquent pas.

PREMIER PATRICIEN

Non, nous manquons seulement de caractères.

CHEREA

Et s’il revient mal disposé?

PREMIER PATRICIEN

Ma foi, c’est encore un enfant, nous lui ferons entendre raison.

CHEREA

Et s’il est sourd au raisonnement?

PREMIER PATRICIEN, il rit.

Eh bien! n’ai-je pas écrit, dans le temps, un traité du coup d’Etat?

CHEREA

Bien sûr, s’il le fallait! Mais j’aimerais mieux qu’on me laisse à mes livres.

SCIPION

Je vous demande pardon.

Il sort.

CHEREA

Il est offusqué.

LE VIEUX PATRICIEN

C’est un enfant. Les jeunes gens sont solidaires.

HÉLICON

Solidaires ou non, ils vieilliront de toute façon.

Un garde apparaît:

«On a vu Caligula dans le jardin du palais.»

Tous sortent.

SCÈNE III

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La scène reste vide quelques secondes. Caligula entre furtivement par la gauche. Il a l’air égaré, il est sale, il a les cheveux pleins d’eau et les jambes souillées. Il porte plusieurs fois la main à sa bouche. Il avance vers le miroir et s’arrête dès qu’il aperçoit sa propre image. Il grommelle des paroles indistinctes, puis va s’asseoir, à droite, les bras pendants entre les genoux écartés. Hélicon entre à gauche. Apercevant Caligula, il s’arrête à l’extrémité de la scène et l’observe en silence. Caligula se retourne et le voit. Un temps.

SCÈNE IV

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HÉLICON, d’un bout de la scène à l’autre.

Bonjour, Caïus.

CALIGULA, avec naturel.

Bonjour, Hélicon.

Silence.

HÉLICON

Tu sembles fatigué?

CALIGULA

J’ai beaucoup marché.

HÉLICON

Oui, ton absence a duré longtemps.

Silence.

CALIGULA

C’était difficile à trouver.

HÉLICON

Quoi donc?

CALIGULA

Ce que je voulais.

HÉLICON

Et que voulais-tu?

CALIGULA, toujours naturel.

La lune.

HÉLICON

Quoi?

CALIGULA

Oui, je voulais la lune.

HÉLICON

Ah!

Silence. Hélicon se rapproche.

Pour quoi faire?

CALIGULA

Eh bien!... C’est une des choses que je n’ai pas.

HÉLICON

Bien sûr. Et maintenant, tout est arrangé?

CALIGULA

Non, je n’ai pas pu l’avoir.

HÉLICON

C’est ennuyeux.

CALIGULA

Oui, c’est pour cela que je suis fatigué.

Un temps.

CALIGULA

Hélicon!

HÉLICON

Oui, Caïus.

CALIGULA

Tu penses que je suis fou.

HÉLICON

Tu sais bien que je ne pense jamais. Je suis bien trop intelligent pour ça.

CALIGULA

Oui. Enfin! Mais je ne suis pas fou et même je n’ai jamais été aussi raisonnable. Simplement, je me suis senti tout d’un coup un besoin d’impossible. (Un temps.) Les choses, telles qu’elles sont, ne me semblent pas satisfaisantes.

HÉLICON

C’est une opinion assez répandue.

CALIGULA

Il est vrai. Mais je ne le savais pas auparavant. Maintenant, je sais. (Toujours naturel.) Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.

HÉLICON

C’est un raisonnement qui se tient. Mais, en général, on ne peut pas le tenir jusqu’au bout.

CALIGULA, se levant, mais avec la même simplicité.

Tu n’en sais rien. C’est parce qu’on ne le tient jamais jusqu’au bout que rien n’est obtenu. Mais il suffit peut-être de rester logique jusqu’à la fin.

Il regarde Hélicon.

Je sais aussi ce que tu penses. Que d’histoires pour la mort d’une femme! Non, ce n’est pas cela. Je crois me souvenir, il est vrai, qu’il y a quelques jours, une femme que j’aimais est morte. Mais qu’est-ce que l’amour? Peu de chose. Cette mort n’est rien, je te le jure; elle est seulement le signe d’une vérité qui me rend la lune nécessaire. C’est une vérité toute simple et toute claire, un peu bête, mais difficile à découvrir et lourde à porter.

HÉLICON

Et qu’est-ce donc que cette vérité, Caïus?

CALIGULA, détourné, sur un ton neutre.

Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux.

HÉLICON, après un temps.

Allons, Caïus, c’est une vérité dont on s’arrange très bien. Regarde autour de toi. Ce n’est pas cela qui les empêche de déjeuner.

CALIGULA, avec un éclat soudain.

Alors, c’est que tout, autour de moi, est mensonge, et moi, je veux qu’on vive dans la vérité! Et justement, j’ai les moyens de les faire vivre dans la vérité. Car je sais ce qui leur manque, Hélicon. Ils sont privés de la connaissance et il leur manque un professeur qui sache ce dont il parle.

HÉLICON

Ne t’offense pas, Caïus, de ce que je vais te dire. Mais tu devrais d’abord te reposer.

CALIGULA, s’asseyant et avec douceur.

Cela n’est pas possible, Hélicon, cela ne sera plus jamais possible.

HÉLICON

Et pourquoi donc?

CALIGULA

Si je dors, qui me donnera la lune?

HÉLICON, après un silence.

Cela est vrai.

Caligula se lève avec un effort visible.

CALIGULA

Ecoute, Hélicon. J’entends des pas et des bruits de voix. Garde le silence et oublie que tu viens de me voir.

HÉLICON

J’ai compris.

Caligula se dirige vers la sortie. Il se retourne.

CALIGULA

Et, s’il te plaît, aide-moi désormais.

HÉLICON

Je n’ai pas de raisons de ne pas le faire, Caïus. Mais je sais beaucoup de choses et peu de choses m’intéressent. A quoi donc puis-je t’aider?

CALIGULA

A l’impossible.

HÉLICON

Je ferai pour le mieux.

Caligula sort. Entrent rapidement Scipion et Cæsonia.

SCÈNE V

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SCIPION

Il n’y a personne. Ne l’as-tu pas vu, Hélicon?

HÉLICON

Non.

CÆSONIA

Hélicon, ne t’a-t-il vraiment rien dit avant de s’échapper?

HÉLICON

Je ne suis pas son confident, je suis son spectateur. C’est plus sage.

CÆSONIA

Je t’en prie.

HÉLICON

Chère Cæsonia, Caïus est un idéaliste, tout le monde le sait. Autant dire qu’il n’a pas encore compris. Moi oui, c’est pourquoi je ne m’occupe de rien. Mais si Caïus se met à comprendre, il est capable au contraire, avec son bon petit cœur, de s’occuper de tout. Et Dieu sait ce que ça nous coûtera. Mais, vous permettez, le déjeuner!

Il sort.

SCÈNE VI

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Cæsonia s’assied avec lassitude.

CÆSONIA

Un garde l’a vu passer. Mais Rome tout entière voit Caligula partout. Et Caligula, en effet, ne voit que son idée.

SCIPION

Quelle idée?

CÆSONIA

Comment le saurais-je, Scipion?

SCIPION

Drusilla?

CÆSONIA

Qui peut le dire? Mais il est vrai qu’il l’aimait. Il est vrai que cela est dur de voir mourir aujourd’hui ce que, hier, on serrait dans ses bras.

SCIPION, timidement.

Et toi?

CÆSONIA

Oh! moi, je suis la vieille maîtresse.

SCIPION

Cæsonia, il faut le sauver.

CÆSONIA

Tu l’aimes donc?

SCIPION

Je l’aime. Il était bon pour moi. Il m’encourageait et je sais par cœur certaines de ses paroles. Il me disait que la vie n’est pas facile, mais qu’il y avait la religion, l’art, l’amour qu’on nous porte. Il répétait souvent que faire souffrir était la seule façon de se tromper. Il voulait être un homme juste.

CÆSONIA, se levant.

C’était un enfant.

Elle va vers le miroir et s’y contemple.

Je n’ai jamais eu d’autre dieu que mon corps, et c’est ce dieu que je voudrais prier aujourd’hui pour que Caïus me soit rendu.

Entre Caligula. Apercevant Cæsonia et Scipion, il hésite et recule. Au même instant entrent à l’opposé les patriciens et l’intendant du palais. Ils s’arrêtent, interdits. Cæsonia se retourne. Elle et Scipion courent vers Caligula. Il les arrête d’un geste.

SCÈNE VII

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L’INTENDANT, d’une voix mal assurée.

Nous... nous te cherchions, César.

CALIGULA, d’une voix brève et changée.

Je vois.

L’INTENDANT

Nous... c’est-à-dire...

CALIGULA, brutalement.

Qu’est-ce que vous voulez?

L’INTENDANT

Nous étions inquiets, César.

CALIGULA, s’avançant vers lui.

De quel droit?

L’INTENDANT

Eh! heu... (Soudain inspiré et très vite.) Enfin, de toute façon, tu sais que tu as à régler quelques questions concernant le Trésor public.

CALIGULA, pris d’un rire inextinguible.

Le Trésor? Mais c’est vrai, voyons, le Trésor, c’est capital.

L’INTENDANT

Certes, César.

CALIGULA, toujours riant, à Cæsonia.

N’est-ce pas, ma chère, c’est très important, le Trésor?

CÆSONIA

Non, Caligula, c’est une question secondaire.

CALIGULA

Mais c’est que tu n’y connais rien. Le Trésor est d’un intérêt puissant. Tout est important: les finances, la moralité publique, la politique extérieure, l’approvisionnement de l’armée et les lois agraires! Tout est capital, te dis-je. Tout est sur le même pied: la grandeur de Rome et tes crises d’arthritisme. Ah! je vais m’occuper de tout cela. Ecoute-moi un peu, intendant.

L’INTENDANT

Nous t’écoutons.

Les patriciens s’avancent.

CALIGULA

Tu m’es fidèle, n’est-ce pas?

L’INTENDANT, d’un ton de reproche.

César!

CALIGULA

Eh bien, j’ai un plan à te soumettre. Nous allons bouleverser l’économie politique en deux temps. Je te l’expliquerai, intendant... quand les patriciens seront sortis.

Les patriciens sortent.

SCÈNE VIII

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Caligula s’assied près de Cæsonia.

CALIGULA

Ecoute bien. Premier temps: tous les patriciens, toutes les personnes de l’Empire qui disposent de quelque fortune—petite ou grande, c’est exactement la même chose—doivent obligatoirement déshériter leurs enfants et tester sur l’heure en faveur de l’Etat.

L’INTENDANT

Mais, César...

CALIGULA

Je ne t’ai pas encore donné la parole. A raison de nos besoins, nous ferons mourir ces personnages dans l’ordre d’une liste établie arbitrairement. A l’occasion, nous pourrons modifier cet ordre, toujours arbitrairement. Et nous hériterons.

CÆSONIA, se dégageant.

Qu’est-ce qui te prend?

CALIGULA, imperturbable.

L’ordre des exécutions n’a, en effet, aucune importance. Ou plutôt ces exécutions ont une importance égale, ce qui entraîne qu’elles n’en ont point. D’ailleurs, ils sont aussi coupables les uns que les autres. Notez d’ailleurs qu’il n’est pas plus immoral de voler directement les citoyens que de glisser des taxes indirectes dans le prix de denrées dont ils ne peuvent se passer. Gouverner, c’est voler, tout le monde sait ça. Mais il y a la manière. Pour moi, je volerai franchement. Ça vous changera des gagne-petit. (Rudement, à l’intendant.) Tu exécuteras ces ordres sans délai. Les testaments seront signés dans la soirée par tous les habitants de Rome, dans un mois au plus tard par tous les provinciaux. Envoie des courriers.

L’INTENDANT

César, tu ne te rends pas compte...

CALIGULA

Ecoute-moi bien, imbécile. Si le Trésor a de l’importance, alors la vie humaine n’en a pas. Cela est clair. Tous ceux qui pensent comme toi doivent admettre ce raisonnement et compter leur vie pour rien puisqu’ils tiennent l’argent pour tout. Au demeurant, moi, j’ai décidé d’être logique et puisque j’ai le pouvoir, vous allez voir ce que la logique va vous coûter. J’exterminerai les contradicteurs et les contradictions. S’il le faut, je commencerai par toi.

L’INTENDANT

César, ma bonne volonté n’est pas en question, je te le jure.

CALIGULA

Ni la mienne, tu peux m’en croire. La preuve, c’est que je consens à épouser ton point de vue et à tenir le Trésor public pour un objet de méditations. En somme, remercie-moi, puisque je rentre dans ton jeu et que je joue avec tes cartes. (Un temps et avec calme.) D’ailleurs, mon plan, par sa simplicité, est génial, ce qui clôt le débat. Tu as trois secondes pour disparaître. Je compte: un...

L’intendant disparaît.

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Ograniczenie wiekowe:
0+
Data wydania na Litres:
16 stycznia 2025
Objętość:
120 str. 1 ilustracja
ISBN:
4064066369279
Wydawca:
Redaktor:
Właściciel praw:
Bookwire
Format pobierania: