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Théodore Hannon
Au clair de la dune

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066079314
Table des matières
BONIMENT
I OSTENDE
II L'ÉVENTAIL
III GROS TEMPS
IV EAU BÉNITE
V ÉVOHÉ!
VI MER DES MORTS
VII REVANCHES
VIII MARINE SENTIMENTALE
IX PIEUVRE
X PROFANES
XI HAUT DE FORME
XII PHOTOGRAPHES
XIII CHAISES MISS HELYETT
XIV MER FACHÉE
XV LES MOUETTES
XVI LA MER ENRHUMÉE
XVII PETITS TROUS PAS CHERS
XVIII YEUX NOIRS
XIX HEURE DU BAIN
XX EN MER, EN MER!
XXI VOUS ÊTES PARTIE...
XXII OFFERTOIRE
XXIII ROBES CLAIRES
XXIV JALOUX
XXV RINÇADES D'ŒIL
XXVI PLEINS BATTUS
XXVII MOLLETS
XXVIII MANTEAU ROUGE
XXIX TRAIN DES MARIS
XXX CITRONS
XXXI COQUILLAGES
XXXII GAMME CHROMATIQUE
XXXIII FILLETTES D'ÈVE
XXXIV GRAINS DE BEAUTÉ
XXXV BAINS NOCTURNES
XXXVI GRAND VENT
XXXVII MER TUEUSE
XXXVIII VOILES DE PLAGE
XXXIX FRUITS DE LA MER
XL P. P. C.
INDEX DES MATIÈRES
INDEX DES GRAVURES
——
AU CLAIR
DE LA DUNE
POÈMES

BRUXELLES
Oscar Lamberty, Éditeur
70, Rue Veydt (Quartier Louise)
1909

HENRI THOMAS
La Muse.


BONIMENT
Table des matières
Muse, O ma Muse ultra-moderne,
Dans ton maillot de bain à jours,
S'agit de n'être point baderne
Et d'esquisser d'adroits bonjours...
Or, faisant grave sa trombine,
Ma Muse, aux hanches les deux poings,
Emit, du seuil de sa cabine,
Ce speech que j'approuve en tous points:
«Benoît lecteur, lectrice gente,
Malgré votre air plutôt moqueur,
Sans vouloir fuir par la tangente,
Cœur en bouche et la bouche en cœur,
»Je vous présente ce volume
Qui n'offre rien de doctoral,
Coups de crayon ou coups de plume
En simple honneur du littoral.
»Folles balades sur la plage,
Dans la brise, au long de la mer,
Interviewant le coquillage
Sous des ciels d'encre ou d'outremer.
»L'album qu'ici je vous présente
Est fait de soleil et de vent,
De l'écume phosphorescente
Et des soupirs du flot mouvant...
»Si quelque quatrain te la coupe,
Benoît lecteur, sois tolérant,
Car je fis ces vers en tirant
(Ah! l'exquis féminin) ma coupe.»


I
OSTENDE
Table des matières
Ostende!... Ostende est la reine des plages,
Elle commande à tout le littoral.
Son sceptre est d'or et les plus beaux mirages
Se font réels sur son sable idéal.
Dispensatrice attirée et subtile
De toute joie et des nobles plaisirs,
Elle sait joindre à l'agrément l'utile
Et satisfaire aux plus vastes désirs.
Sur cet Eden que l'Europe patronne,
Le succès fait flotter son étendard,
Il veut tous les fleurons à sa couronne,
Et rêva d'être d'Ostende—Centre d'Art.
Or, pour lui faire une digne auréole,
Rois de la brosse et rois de l'ébauchoir,
Dieux de la science et Dieux de la parole,
Rivalisaient d'art et de beau savoir.
Ville de luxe, attirance profonde,
Où la beauté brille en un cadre exquis,
De ses flots verts sortit Vénus la Blonde
Et tous les cœurs par elle sont conquis.
Vraiment, Ostende est la Reine des Plages,
Elle commande à tout le littoral.
Son sceptre est d'or et les plus beaux mirages
Se font réels sur son sable idéal!
II L'ÉVENTAIL
Table des matières
L'éventail flottant au côté
Comme la dague moyen-âge,
Quand, sous les regards de l'été,
Vous irez par la blonde plage,
Lorsqu'au bal dans le tourbillon
Entraînant de la folle danse,
Vos pantoufles de Cendrillon
Vibreront, battront en cadence,
O vous, la fleur des sables blancs
Et la rose des bals brillants,
Vous verrez l'éventail des fièvres,
Ainsi qu'un papillon charmeur,
Battre de l'aile sur vos lèvres
Et baiser votre bouche en fleur!
III GROS TEMPS
Table des matières
Temps lugubre, ciel morne au front chargé de haine
Où galope en maudit le nuage au flanc lourd
Qui s'abat sur la mer sinistre, s'y déchaîne,
Crève et mêle son onde aux ondes du flot sourd.
Ni rires ni rayons: les plages sont désertes.
Déjà l'essaim frileux des baigneuses s'enfuit,
Les sables esseulés se tachent d'algues vertes
Où brillaient les talons féminins au doux bruit.
En grand courroux la mer hurle, mugit, se cabre,
Conviant les flots noirs à la valse macabre
Que cingle dans son vol l'aile des goëlands.
Loin, bien loin, par delà la vague aux cris troublants,
Comme au fond de mon cœur où vient sourdre une larme,
Gronde confusément quelque canon d'alarme.
IV EAU BÉNITE
Table des matières
Or, donc on a béni la mer:
Oh! les trois fois heureuses vagues...
On nous purgea le flot amer
A grand renfort d'oraisons vagues.
On a béni sans doute aussi
Du même coup, les estacades.
Voilà, mesdames, Dieu merci!
De quoi refroidir vos cascades...
Mais cette bénédiction,
De par ses vertus accomplies,
Etendit-elle son onction
Sur les soles et sur les plies?
Peut-il, le goupillon sacré,
Répandre ses grâces congrues
Sur l'aiglefin, ventre nacré,
Et sur les maussades morues?
Du même élan sanctifiant
La grande, l'immense cuvette,
Avec le crabe édifiant
Canonisa-t-il la crevette?
Sut-il, enfin, le bénisseur,
En son beau geste fait au moule,
Bénir l'huître noble et sa sœur
Plus démocratique, la moule?
Quoi qu'il en soit, déjà le flot
A venir vers lui nous invite:
Nous allons former un bon lot
De beaux diables dans l'eau bénite.
V ÉVOHÉ!
Table des matières
A nos âmes exténuées
Juin vienne rendre la gaîté!
Des cieux rendus à la clarté
Qu'il chasse les troubles nuées.
Juin promis, vengeur souriant,
Vers nos ennuis guide ta marche,
Comme la colombe de l'Arche,
Porteur d'un rameau verdoyant.
Aussi, toute tristesse enfuie,
Les sables blonds sont repeuplés,
Tout rit: plus de cœurs endeuillés!
On remise le parapluie,
L'amour, fuyant les entresols,
Flirte, ô gué! sous les parasols!
VI MER DES MORTS
Table des matières
Ce soir, la mer semble un cimetière. Les cieux,
Tristes comme ma joie, ont surbaissé leur arche
Sous laquelle on dirait des corbillards en marche,
Les grands nuages noirs roulant silencieux.
Il fait plus sombre en moi que là-haut, et mes larmes
Fêtent des corbillards bien plus mornes: mon cœur,
Dans l'infini des spleens, revoit passer le chœur
Des fantômes aimés et des primes alarmes...
Mer lugubre et sans fond, tes abîmes discrets
Gardent également d'innombrables secrets.
Suaire que l'écume ourle de sa dentelle!
Aussi, lorsque la lune, aux flots noirs ondulant,
Sur l'immense tombeau pose son reflet blanc,
On croit voir la couronne où se meurt l'immortelle.
VII REVANCHES
Table des matières
Pour sauver leur âme et leurs os
De leurs spleens irrémédiables,
Que d'autres s'en aillent aux eaux,
Aux feux, aux monts... à tous les diables...
Nous, mieux inspirés, ne quittons
Point notre allègre capitale:
En l'honneur des bénins piétons
Sa grâce estivale s'étale.
Ils sont partis, tous les gêneurs,
O libératrices vacances,
Seuls, noyés dans les promeneurs,
Quelques intrus sans conséquences.
La ville à nous seuls, c'est charmant,
On est chez soi même au théâtre
Où l'on ne compte plus, vraiment,
Avec «le public idolâtre».
Pendant que les bons exilés
Rissolent dans quelque fournaise,
Et, par les hôteliers volés,
Bataillent contre la punaise.
Nous, toujours dispos et bavards,
Sous les draches rafraîchissantes,
Nous passons sur les boulevards
Des heures certes ravissantes.
Là-bas ils vont sucer des eaux
Qui couvent des œufs cholériques,
Et, dans des verres à biseaux,
Nous lampons des liqueurs féeriques.
D'autres risquent de dérailler
En cherchant au loin le mystère;
D'ici nous pouvons les railler:
A pied nous partons pour Cythère.
D'autres, enfin, cœurs élargis,
Pour s'amuser mieux, les infâmes,
Laissèrent l'épouse au logis...
C'est nous qui consolons leurs femmes.
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