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Sophie de Ségur
Les actes des apôtres

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066317485
Table des matières
INTRODUCTION.
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
XX
XXI
XXII
XXIII
XXIV
XXV
XXVI
XXVII
XXVIII
XXIX
XXX
XXXI
XXXII
XXXIII
XXXIV
XXXV
XXXVI
XXXVII
XXXVIII
XXXIX
XL
XLI
XLII
XLIII
XLIV
XLV
XLVI
XLVII
XLVIII
XLIX
L
LI
LII
LIII
LIV
LV
LVI
LVII
LVIII
LIX
LX
LXI
LXII
LXIII
LXIV
LXV
LXVI
LXVII
LXVIII
LXIX
LXX
LXXI
LXXII
INTRODUCTION.
Table des matières
Les enfants sont tous réunis dans la chambre de leur grand’mère qui écrit et qu’ils interrompent à chaque instant. Valentine prend un livre, l’ouvre et lit: ACTES DES APÔTRES.
VALENTINE. Grand’mère, qu’est-ce que c’est: ACTES DES APÔTRES. Est-ce amusant? Puis-je le lire?
GRAND’MÈRE. Oui, chère petite; tu peux le lire; mais je crois que tu n’y comprendras pas grand’chose.
VALENTINE. De quoi parle-t-on?
GRAND’MÈRE. On parle des Apôtres et de ce qu’ils ont fait après l’Ascension de Notre-Seigneur.
VALENTINE. Eh bien! mais c’est très-amusant ça. [Valentine, ouvre le livre et lit. Au bout de peu d’instants, elle ferme le livre et dit: ] Cela m’ennuie; je ne comprends pas.
HENRIETTE. Grand’mère te l’avait bien dit. Tu as voulu faire la savante, et voilà.
VALENTINE. C’est que je voudrais bien savoir ce qu’ont fait les Apôtres.
HENRIETTE. Tu le sauras quand tu seras grande.
VALENTINE. Ce sera trop long à attendre. Pense donc que j’ai sept ans. Et à quel âge serai-je grande?
HENRIETTE, réfléchissant. Tu seras grande.... dans.... dans.... quatre ans.
VALENTINE. Quatre ans? Ça fait..... onze ans. Comme Henri? Ce n’est pas grand ça.
Grand’mère avait écouté la conversation de ses petites-filles.
GRAND’MÈRE. Écoute, Titine, puisque tu as si envie d’apprendre et de savoir, je viendrai à ton secours; je te raconterai les Actes des Apôtres comme je vous ai raconté l’Évangile.
VALENTINE. Merci, merci ma bonne Grand’mère; je serai bien contente.
Et nous, et nous, s’écrièrent tous les autres; nous pourrons écouter, n’est-ce pas, Grand’mère?
GRAND’MÈRE. Oui, mes chers enfants; tous ceux qui le voudront pourront écouter, comme pour l’Évangile.
ARMAND. Et moi, Grand’mère?
GRAND’MÈRE. Toi aussi, mon petit chéri.
ARMAND. Et je pourrai demander ce que je ne comprends pas?
GRAND’MÈRE. Certainement; il faut même le demander.
ARMAND. Et Henriette ne me grondera pas?
HENRIETTE. Non, non, mon petit Dinet, je ne te dirai rien du tout; je serai douce et patiente comme l’enfant Jésus.
ARMAND. A la bonne heure! Je serai bien content que tu sois douce.
GRAND’MÈRE. Sois tranquille, mon petit Armand; je réponds d’elle; elle est déjà très-bonne et elle deviendra douce comme toi.
Le lendemain, Camille et Madeleine, en tête de la bande des enfants, arrivèrent chez leur grand’mère qui les attendait. Après les avoir tous embrassés, elle prit sa place accoutumée; les enfants l’entourèrent et elle commença à leur raconter: LES ACTES DES APÔTRES.
I
Table des matières
LES ACTES DES APÔTRES.
MADELEINE. Pardon, Grand’mère, si je vous interromps avant que vous ayez commencé ; mais je ne me rappelle plus qu’est-ce; qui a écrit les Actes des Apôtres.
GRAND’MÈRE. C’est saint Luc, le même qui a fait un des quatre Évangiles.
MADELEINE. Mais saint Luc n’était pas un des Apôtres.
GRAND’MÈRE: Non; quelques auteurs disent que saint Luc ne s’est converti qu’après la mort et l’Ascension de Notre-Seigneur; d’autres pensent que saint Luc fut un de ces disciples qui suivaient habituellement JÉSUS, et qu’il était un de ces deux disciples auxquels Notre-Seigneur apparut sur le chemin d’EMMAÜS, le jour de sa Résurrection, Ce qui est certain, c’est qu’il fut le fidèle compagnon de saint Paul, dont je vous raconterai la conversion miraculeuse, un peu plus tard, et qu’il eut en outre le bonheur d’être aimé tout particulièrement de la Sainte-Vierge.
CAMILLE. Grand’mère, n’y a-t-il pas à Rome un portrait de la Sainte-Vierge peint par saint Luc, et qui est dans la chapelle Borghèse à Sainte-Marie-Majeure?
GRAND’MÈRE. Oui, ce portrait est, dit-on, peint par saint Luc....
LOUIS. Comment? saint Luc savait peindre?
GRAND’MÈRE. On sait qu’il peignait; on croit savoir qu’il était de plus médecin très-habile. Mais il n’est pas certain que ce tableau soit de saint Luc. Ce qui est tout à fait certain, c’est que ce tableau est une des images de la Sainte-Vierge qui a fait le plus de miracles et qui est la plus vénérée par les fidèles.
ÉLISABETH. Avez-vous vu ce portrait, Grand’mère? Il doit être magnifique.
GRAND’MÈRE- Oui, je l’ai vu, mais il est tellement noirci par le temps que je n’ai pu rien distinguer. Et à présent que nous connaissons l’auteur des Actes des Apôtres, nous allons commencer à connaître son livre qui est un des livres inspirés de la Sainte-Écriture.
HENRI. Qu’est-ce qu’un livre inspiré ?
GRAND’MÈRE. Un livre inspiré est un livre que le Saint-Esprit a dicté intérieurement, soit à un Prophète, soit à quelque autre saint homme, et qui, par conséquent, ne dit rien que la vérité.
LOUIS. Comment sait-on qu’un livre est inspiré ?
GRAND’MÈRE. On ne le sait que par l’enseignement de l’Église; or, l’Église, toujours éclairée par le Saint-Esprit, a décidé que les ACTES DES APÔTRES était un livre inspiré aussi bien que les quatre ÉVANGILES.
Saint Luc dit donc que JÉSUS-CHRIST, avant de quitter le monde, apparut aux Apôtres et aux disciples pendant quarante jours, mangeant avec eux.
JACQUES. Pourquoi mangeait-il avec eux? Il ne devait plus avoir jamais faim puisqu’il était ressuscité et qu’il avait prouvé qu’il était le bon DIEU?
GRAND’MÈRE. Notre-Seigneur mangeait avec eux pour leur prouver avec plus de certitude qu’il était bien vraiment ressuscité, que son corps ressuscité était son vrai corps et qu’il était près d’eux, homme et DIEU tout à la fois, comme avant sa mort.
II
Table des matières
ASCENSION DE NOTRE-SEIGNEUR.
Les Apôtres et les disciples qui se trouvaient un jour avec Notre-Seigneur avant son Ascension....
ARMAND. Qu’est-ce que c’est Ascension, Grand’mère? J’ai oublié.
GRAND’MÈRE. Ascension veut dire, qui monte. On appelle fête de l’ASCENSION, le jour où Notre-Seigneur est remonté au Ciel.
JACQUES. Je trouve qu’on n’aurait pas dû faire une fête de ce jour, où Notre-Seigneur nous a quittés pour toujours; c’était fort triste, au contraire.
GRAND’MÈRE. L’Église a très-bien fait, cher enfant, parce que ce jour terminait la mission de Notre-Seigneur en ce monde et achevait l’œuvre de la Rédemption....
LOUIS. Qu’est-ce que c’est que Rédemption?
GRAND’MÈRE. Rédemption veut dire rachat. Notre-Seigneur avait racheté les hommes de la puissance du démon, en payant notre salut et notre bonheur éternel par les souffrances de toute sa vie, et surtout par celles de sa Passion et de sa mort. Après sa Résurrection, son œuvre, la Rédemption des hommes, ne fut tout à fait accomplie que lorsqu’il eut apparu assez de fois aux disciples pour les convaincre tous parfaitement de sa Résurrection.
Et j’achève de répondre à Jacques, en disant que Notre-Seigneur, tout en remontant au Ciel, ne nous quittait pas; il reste et restera toujours avec nous comme il l’a dit lui-même dans l’Évangile: «JE SERAI AVEC VOUS TOUS LES JOURS, JUSQU’A LA FIN DES SIÈCLES.»
Il reste avec nous par sa grâce dans nos cœurs, et par le Sacrement de l’Eucharistie que je vous ai expliqué dans l’Évangile. Et puis, dans les fêtes de Notre-Seigneur, il ne s’agit pas seulement de nous, mais encore et surtout de lui. Or, son Ascension a été son jour de triomphe. C’est donc réellement un jour de fête que celui où JÉSUS-CHRIST, notre DIEU, notre Père, notre Frère, notre Sauveur, termine l’œuvre de notre salut. Je reprends mon récit.
Les Apôtres demandèrent à Notre-Seigneur: Est-ce dans le temps où nous serons baptisés dans l’Esprit-Saint que vous rétablirez le royaume d’Israël?
JÉsus leur répondit: Ce n’est pas à vous de connaître les moments que le Père a réservés pour sa puissance. Mais vous recevrez la vertu (c’est-à-dire la force) de l’Esprit-Saint qui viendra en vous, et vous serez mes témoins en Jérusalem, dans toute la Judée, et en Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre.
En parlant ainsi, Notre-Seigneur étendit les mains sur eux, et pendant qu’il les bénissait, les disciples le virent s’élever vers le Ciel, et une nuée l’enveloppa et le cacha à leurs regards.
JEANNE. Comme ils ont dû être tristes en voyant Notre-Seigneur disparaître à leurs yeux!
VALENTINE. Et sans pouvoir l’arrêter ni le rejoindre!
GRAND’MÈRE. Certainement qu’ils ont.eu beaucoup de peine de leur séparation extérieure avec leur bon Maître, mais ils en ont eu encore plus de joie, parce qu’ils avaient un grand amour pour Notre-Seigneur et qu’ils étaient heureux de sa gloire. Et puis ils avaient déjà assez de foi pour comprendre que la mission de Notre-Seigneur, comme homme, était finie et que c’était à eux qu’il confiait le soin de le faire connaître dans le monde entier.
HENRIETTE. Pourquoi, Grand’mère, dites-vous qu’ils avaient déjà assez de foi? Est-ce qu’ils en ont eu davantage plus tard?
GRAND’MÈRE. Oui, sûrement. Quand le Saint-Esprit est descendu sur eux, ils ont reçu le don d’une foi parfaite et de la science des choses de DIEU; ils ont tout compris et tout cru.
LOUIS. Pourquoi le bon DIEU leur a-t-il donné tout cela et pas à nous? Je trouve que ce n’est pas juste.
GRAND’MÈRE. Cher petit, le bon DIEU, dont la justice égale la bonté, ne peut jamais rien faire que de très-juste. Il ne doit rien à personne; et s’il donne plus aux uns qu’aux autres, personne n’a le droit de réclamer. En second lieu, les grâces extraordinaires que les Apôtres ont reçues, leur ont été données bien plus pour nous que pour eux-mêmes. Enfin, chargés de prêcher l’Évangile à tous les hommes, les Apôtres avaient besoin d’une force et d’une foi extraordinaires pour consacrer leur vie à de si rudes travaux?
VALENTINE. En quoi étaient-ils rudes?
GRAND’MÈRE. Ils étaient rudes, parce que pour faire connaître JÉSUS-CHRIST dans le monde, il fallait d’abord supporter de grandes fatigues pour parcourir des pays éloignés; il fallait avoir le courage de tout quitter, de braver les dangers de toute espèce, d’aller partout sans soutien, sans moyens d’existence; il fallait braver les persécutions des ennemis de DIEU, les souffrances de la prison, les tortures et même une mort cruelle comme vous le verrez plus tard. Les Apôtres et les disciples devaient prêcher la charité à des hommes durs, égoïstes et avares; l’humilité, à des hommes remplis d’orgueil et qui ne cherchaient que les honneurs et la gloire; l’amour des privations et des souffrances, à des hommes qui ne vivaient que pour le plaisir et les richesses; le pardon des injures, la bonté et la douceur, à des méchants qui ne songeaient qu’à se venger et à opprimer les faibles. Vous pensez bien que ces conseils devaient irriter ceux qui ne voulaient pas les suivre, ni changer de vie.
Voilà pourquoi le bon DIEU a envoyé à ses Apôtres des grâces extraordinaires qu’il ne nous accorde pas, à nous qui n’avons heureusement pas de si grands obstacles à surmonter.
Pendant que les Apôtres et les disciples regardaient encore la nuée dans laquelle avait disparu Notre-Seigneur, ils virent tout à coup devant eux deux hommes, debout, vêtus de blanc, qui leur dirent:
«Hommes de Galilée, pourquoi vous tenez-vous là, regardant en haut? Ce JÉSUS qui est monté au Ciel en votre présence en redescendra de même tel que vous l’avez vu monter,
MARIE-THÉRÈSE. Comment: Il en redescendra? Quand donc?
GRAND’MÈRE. Notre-Seigneur descendra sur la terre, avec tous ses Anges, dans toute sa majesté, à la fin du monde. C’est ce qu’on appelle le second avénement de JÉSUS-CHRIST. Il est de foi que Notre-Seigneur reviendra de la sorte: il appellera à lui tous les bons, et il repoussera loin de lui tous les méchants, c’est-à-dire ceux qui sont morts en état de péché mortel.
III
Table des matières
MATTHIAS EST NOMMÉ APÔTRE POUR REMPLACER JUDAS.
Alors, les Apôtres et les disciples descendirent du mont des Oliviers et revinrent à Jérusalem. Étant entrés au Cénacle où Notre-Seigneur avait fait avec eux la sainte Cène....
ARMAND. Qu’est-ce que c’est la sainte Cène?
GRAND’MÈRE. Tu as oublié ce que nous avons vu dans l’Évangile, que la sainte Cène était le dernier repas que fit Notre-Seigneur avec ses Apôtres avant sa Passion, et que dans ce repas il institua le Sacrement de l’Eucharistie.
ARMAND. Ah! oui; je me souviens.
GRAND’MÈRE. Les Apôtres montèrent au Cénacle où se réunirent Pierre et Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon et Judas fils de Jacques.
JACQUES. Comment ce coquin de Judas était-il là, puisqu’il était mort après avoir trahi le bon JÉSUS?
GRAND’MÈRE. Ce n’était pas Judas fils de Jacques qui avait trahi Notre-Seigneur, mais Judas Iscariote. Pour distinguer le bon du mauvais, on ne l’appelle plus Judas, mais JUDE ou bien encore THADÉE; c’était un surnom qu’on lui avait donné.
JACQUES. Comment compte-t-on douze Apôtres, puisqu’il n’y en avait que onze depuis la trahison du méchant Judas?
GRAND’MÈRE. Aussi il n’y en avait que onze dans ce moment-là ; plus tard, les Apôtres en élurent un douzième, comme vous le verrez tout à l’heure.
LOUIS. Qu’est-ce que c’est élurent?
GRAND’MÈRE. Élu veut dire choisi.
VALENTINE. Et comment fait-on pour élire?
GRAND’MÈRE. Chacun écrit le nom de celui qu’il a choisi. On compte celui qui a le plus de voix et c’est celui-là qui est élu.
Les Apôtres étaient donc tous réunis avec la Sainte-Vierge Marie, Mère de JÉSUS, avec les saintes femmes et avec les parents de JÉSUS.
Saint Pierre, se levant au milieu des disciples qui étaient au nombre de cent vingt environ, leur parla à peu près ainsi:
«Mes frères! L’Esprit-Saint a parlé par la bouche du Roi David qui a prédit que Judas trahirait JÉsus, et qu’il serait à la tête de ceux qui viendraient saisir notre Maître. Ce Judas était compté parmi nous; il était le douzième Apôtre. Il a acheté un champ avec l’argent de sa trahison; il s’est pendu de désespoir dans ce même champ; son ventre s’est crevé par le milieu et toutes ses entrailles se sont répandues sur la terre.»
LOUIS. Pourquoi donc son ventre a-t-il crevé ? C’est horrible!
GRAND’MÈRE. Sans doute, c’est horrible; mais tout était horrible en cet homme. Son ventre s’est ouvert par suite d’une malédiction particulière de DIEU, car habituellement le ventre des pendus ne crève pas. L’âme de Judas était du reste encore plus horrible que son corps.
«Tous les habitants de Jérusalem ont su ces choses; ils ont appelé ce champ: HACELDAMA, c’est-à-dire Champ du sang. Je dis donc, que nous devons choisir, pour le remplacer, un de ceux qui ont déjà été avec nous tout le temps que le Seigneur JÉSUS a passé parmi nous, depuis son baptême par Jean-Baptiste jusqu’au jour où il nous a été enlevé pour monter dans le Ciel. Qu’un de ceux-là devienne avec nous le témoin de sa Résurrection.»
Et ils prirent deux des disciples qui avaient toujours suivi JÉSUS; l’un appelé JOSEPH, le Juste; et l’autre, MATTHIAS.
Et tous se mirent à prier, disant:
«Seigneur, vous qui connaissez les cœurs de tous, montrez-nous qui de ces deux vous avez choisi pour recevoir le Ministère et l’Apostolat duquel l’indigne Judas est sorti pour aller dans son lieu.»
MARIE-THÉRÈSE. Grand’mère, qu’est-ce que c’est Ministère?
GRAND’MÈRE. On appelle Ministère, un office, un emploi. Le Ministère dont devait être chargé le remplaçant de Judas, était de prêcher Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST en parcourant le monde au milieu des persécutions et de mille dangers, comme les autres Apôtres.
HENRIETTE. Grand’mère, qu’est-ce que c’est Apostolat?
GRAND’MÈRE. Apostolat est précisément] la mission ou le Ministère des Apôtres. C’est l’Apostolat qui donnait aux Apôtres le droit d’enseigner tous les hommes et de leur commander au nom de DIEU.
JEANNE, A qui pouvaient commander les Apôtres? Ils étaient si pauvres, si dédaignés!
GRAND’MÈRE. Les Apôtres étaient appelés à commander au monde tout entier, à tous les hommes; car tous les hommes sont appelés à connaître le vrai DIEU qui est Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST; le DIEU que prêchaient les Apôtres.
JACQUES. Quand donc Notre-Seigneur leur a-t-il donné ce pouvoir?
GRAND’MÈRE. C’est quand il leur a dit: «Recevez le Saint-Esprit. De même que mon Père m’a envoyé, moi je vous envoie. Allez donc. Enseignez tous les peuples; baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et apprenez-leur à observer mes lois. Prêchez l’Évangile à toute créature. Celui qui vous croira sera sauvé ; celui qui ne vous croira pas sera condamné. Celui] qui vous écoute, m’écoute. Celui qui vous méprise, me méprise. Et voici que je suis avec vous jusqu’à la fin du monde.»
LOUIS. Grand’mère, dans quel lieu est allé Judas? Saint Pierre dit qu’il est allé dans son lieu.
GRAND’MÈRE. Le lieu du malheureux et infâme Judas est l’enfer où il s’est précipité en se tuant, au lieu de se repentir et de compter sur la miséricorde de son bon Maître.
ARMAND. Grand’mère, vous voyez que ce n’est pas moi qui parle; ils vous interrompent tous; et moi, pauvre petit, tout jeune, je ne dis pas un seul mot.
GRAND’MÈRE, l’embrassant. Mon pauvre petit, tu peux parler comme les autres; quand tu ne comprends pas, tu fais très-bien de demander comme les autres.
ARMAND. Bon, alors je demanderai comme pour l’Évangile.
GRAND’MÈRE. Certainement, cher enfant. Mais continuons l’histoire des Apôtres.
Quand Pierre eut fini sa prière, ils commencèrent à écrire le nom du disciple qui devait être choisi pour remplacer Judas, et le sort tomba sur Matthias.
ARMAND. Est-ce qu’il a été content?
GRAND’MÈRE. Cher enfant, je n’en sais rien; mais il a dû être heureux de partager les travaux et les dangers des onze Apôtres.
IV
Table des matières
LA DESCENTE DU SAINT-ESPRIT.
GRAND’MÈRE. Lorsque arriva le jour désigné par Notre-Seigneur, pour la Pentecôte, les Apôtres et les disciples se trouvant tous réunis dans le même lieu....
ARMAND. Quel lieu?
GRAND’MÈRE. La salle du Cénacle où demeuraient la Sainte-Vierge et les saintes femmes et où ils se réunissaient tous pour prier. Étant donc tous réunis, ils entendirent soudain....
ARMAND. Qu’est-ce que c’est: soudain? (Henriette regarde Armand avec indignation.)
GRAND’MÈRE. Soudain veut dire, tout d’un coup. Ils entendirent un grand bruit venant du ciel, comme un vent impétueux.
ARMAND. Qu’est-ce que c’est: impétueux? (Henriette se contient avec peine.)
GRAND’MÈRE. Impétueux veut dire, très-violent, très-fort. Et il remplit toute la maison. Et ils virent apparaître comme des langues de feu, qui, se séparant, s’arrêtèrent sur chacun d’eux.
MARIE-THÉRÈSE. Ça a dû les brûler.
GRAND’MÈRE. Non, parce que ce feu n’était pas un feu qui brûle, mais seulement une marque extérieure de l’amour et du zèle que le Saint-Esprit faisait entrer dans leurs cœurs.
LOUIS. N’était-ce pas tout simplement le tonnerre?
GRAND’MÈRE. Non, mon enfant Les Apôtres et les Juifs de Jérusalem savaient bien ce que c’était qu’un orage et ce qu’était le tonnerre. Le livre des Actes ne parle pas d’orage; il raconte au contraire ce qui s’est passé au Cénacle comme un prodige extraordinaire que les Apôtres, les disciples et les Juifs eux-mêmes regardèrent tous comme un miracle évident. C’était l’accomplissement solennel de la promesse faite par le Sauveur au moment de l’Ascension:
Allez à Jérusalem et attendez-y le Saint-Esprit que je vous enverrai au nom de mon Père.
Le Saint-Esprit lui-même, troisième personne de la Sainte-Trinité, descendit alors sous cette forme de langue de feu en saint Pierre et dans les autres Apôtres. Il leur donna toutes les grâces du bon DIEU, la parfaite connaissance des mystères de la religion, la force d’accomplir parfaitement la mission dont Notre-Seigneur les avait chargés. Il les rendit ainsi infaillibles, c’est-à-dire, qu’en prêchant la foi, ils ne pouvaient plus se tromper.
Les Apôtres furent donc tous remplis du Saint-Esprit; ils commencèrent à parler miraculeusement plusieurs langues, selon que le Saint-Esprit leur donnait la facilité de les parler et de les comprendre.
V
Table des matières
PREMIÈRE PRÉDICATION DE S. PIERRE.
GRAND’MÈRE. Il y avait à Jérusalem des Juifs de tous les pays.
Le bruit extraordinaire qui avait ébranlé le Cénacle au moment de la descente du Saint-Esprit attira aussitôt une grande foule de peuple; et en entendant parler ainsi toutes les langues, ils étaient dans la stupéfaction.
Tous s’étonnaient et admiraient, disant:
Ces hommes qui parlent ici, ne sont-ils pas tous Galiléens? Et comment se fait-il que nous les entendons parler chacun la langue du pays où nous sommes nés? Parthes, Mèdes, Arabes, Égyptiens, Grecs, Romains, etc.? Nous les entendons chacun parler en notre langue des merveilles de DIEU.
LOUIS. Mais comment cela se faisait-il, Grand’mère?
GRAND’MÈRE. C’était un grand miracle, cher enfant; le premier miracle public des Apôtres depuis qu’ils avaient reçu le Saint-Esprit.
C’était le premier grand miracle par lequel le bon DIEU voulait montrer aux hommes que l’Église est Divine et que sa puissance ne vient pas des hommes.
ÉLISABETH. Comment les Apôtres avaient-ils le courage de parler en public à Jérusalem où Notre-Seigneur avait tant d’ennemis?

GRAND’MÈRE. Nouveau miracle du Saint-Esprit. Ces hommes si timides, si craintifs, qui se sauvèrent tous quand ils virent leur Divin Maître arrêté par les soldats, et qui restèrent cachés pendant sa Passion et même après sa mort, ces hommes qui s’obstinaient à ne pas croire à la Résurrection, cessèrent tout à coup d’avoir peur. Malgré Pilate et les Romains, malgré Caïphe et les Princes des prêtres, malgré les Scribes et les Pharisiens, ils parlèrent hardiment sur les places publiques et proclamèrent la Divinité de JÉSUS-CHRIST.
Les hommes qui les écoutaient parler, s’étonnaient, admiraient et se demandaient les uns aux autres: Qu’est-ce que ce peut être?
Mais d’autres se moquaient d’eux et disaient: Ils sont ivres.
Alors saint Pierre se levant, entouré des onze Apôtres, éleva la voix et leur parla.
JACQUES. Je remarque que c’est toujours saint Pierre qui parle; pourquoi ne laisse-t-il pas parler les autres?
GRAND’MÈRE. Parce que c’est lui comme chef de l’Église qui doit parler, commander et défendre les siens quand on les attaque. On accusait les Apôtres d’être ivres; il se leva pour défendre les siens, qu’il devait diriger et protéger par l’ordre de son Divin Maître. C’est ce que fait encore dans l’Église notre Saint-Père le Pape, successeur de saint Pierre et chef des Évêques.
Voici donc ce que dit saint Pierre:
«Hommes de Judée, et vous tous habitants de Jérusalem, sachez ceci et que vos oreilles reçoivent mes paroles.»
LOUIS. Qu’est-ce que ça veut dire?
GRAND’MÈRE. Cela veut dire: Écoutez et croyez ce que je vais vous dire. «Ceux-ci ne sont pas ivres comme vous le pensez; car il n’est que la troisième heure du jour.»
LOUIS. Qu’est-ce que cela prouve? Est-ce qu’on n’a pas le temps de s’enivrer jusqu’à trois heures de l’après-midi?
GRAND’MÈRE. La troisième heure dont parle saint Pierre veut dire neuf heures du matin; comme je vous l’ai expliqué dans l’Évangile, les Romains et les Juifs avaient différentes manières de compter les heures.
LOUIS. Mais, Grand’mère, même ayant neuf heures, on a bien le temps de s’enivrer.
GRAND’MÈRE. Certainement. Mais, chez les Juifs, l’usage général était de ne rien boire ni manger avant midi; c’est à cela que saint Pierre veut faire allusion.
Saint Pierre continua en leur citant les Prophètes et en leur rappelant que DIEU avait prédit par ses Prophètes qu’au temps du MESSIE, le Saint-Esprit serait donné à tous les hommes, sans distinction de Juifs ni de Païens. Que les envoyés du MESSIE prêcheraient et enseigneraient la vraie religion à tous les peuples, qu’il se ferait alors de grands miracles et que quiconque croirait et adorerait le MESSIE, le CHRIST, le SEIGNEUR DIEU serait sauvé.
HENRI. Grand’mère, je ne comprends pas bien pourquoi saint Pierre dit tout cela et pourquoi il parle des prophéties?
GRAND’MÈRE. Parce qu’il veut montrer à ceux qui écoutaient, que les disciples qu’ils accusaient d’être ivres, n’inventaient rien, mais expliquaient les prophéties que le Saint-Esprit leur avait fait connaître et comprendre; et qu’en expliquant ces prophéties, il leur ferait voir que ce JÉSUS que les Juifs avaient fait mourir, était le MESSIE,le Sauveur du monde, le DIEU qu’ils devaient adorer.
Hommes d’Israël, continua saint Pierre, écoutez ces paroles: JÉSUS de Nazareth, qui a fait les miracles et les prodiges, dont vous avez tous eu connaissance, ce JÉSUS que vous avez mis à mort, le crucifiant par les mains de Pilate, DIEU l’a ressuscité et l’a fait son égal. Et nous sommes tous témoins de sa Résurrection.
Pierre leur parla longtemps de toutes ces choses que je vous ai redites en partie....
JEANNE. Pourquoi pas tout, Grand’mère?
GRAND’MÈRE. Parce que vous n’auriez pas compris, mes chers enfants, du moins les petits.
CAMILLE. Moi aussi, Grand’mère, quoique je sois la plus grande, je suis bien aise d’entendre vos explications; elles me font bien mieux comprendre ce que je ne comprenais qu’à moitié.
GRAND’MÈRE. Et tu liras les livres saints avec plus de profit à l’avenir, chère enfant.
Quand Pierre eut fini de parler, ceux qui l’avaient entendu, touchés par le Saint-Esprit, se sentirent tout émus et repentants, et ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres:
«Que devons-nous faire?»
Faites pénitence de vos péchés, leur répondit Pierre; et que chacun de vous soit baptisé au nom de JÉSUS-CHRIST, en rémission de ses péchés. Et vous recevrez le don de l’Esprit-Saint.
LOUIS. Qu’est-ce que c’est: Rémission?
GRANDMÈRE. Rémission des péchés veut dire pardon; ainsi, quand on dit: remettre une dette, cela veut dire effacer une dette comme si elle était payée. Notre-Seigneur a payé nos dettes par sa Passion et par sa mort, mais à la condition que nous nous repentirions de nos péchés et que nous serions baptisés.
VALENTINE. Pourquoi faut-il être baptisé ?
GRAND’MÈRE. Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST l’a ordonné. Le baptême est le signe du Chrétien; l’eau du baptême accompagné du Saint-Esprit efface les péchés et nous permet de profiter de la Rédemption de Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST.
Saint Pierre continua à les exhorter et à leur commander de sauver leurs âmes au milieu des méchants qui les entouraient. Et il y eut ce jour-là environ trois mille hommes qui crurent à sa parole et qui reçurent le baptême.
Remarquez, mes enfants, que ce fut là le premier sermon qui ait été prêché dans l’Église catholique. Il est prêché par le premier Pape, en présence de tous les Apôtres qui représentaient là les Évêques; en présence de soixante-douze disciples qui étaient les premiers prêtres; en présence de la très-sainte Vierge, Mère et Reine de l’Église.
Les nouveaux Chrétiens se mirent tous à vivre très-saintement; ils communiaient tous les jours, et persévéraient dans la prière. Ils ne faisaient tous qu’un cœur et qu’une âme, et ils obéissaient à saint Pierre et aux Apôtres.
VI
Table des matières
IL FAUT PRIER POUR LES MÉCHANTS ET AVOIR DE LA CHARITÉ POUR TOUS.
GRAND’MÈRE. Les Apôtres faisaient beaucoup de prodiges et de miracles dans Jérusalem et toute la ville était dans la crainte.
JACQUES. Mais pourquoi ont-ils toujours peur ces méchants Juifs? De quoi ont-ils peur?
GRAND’MÈRE. Ils avaient peur, précisément parce qu’ils étaient méchants, comme tu le dis très-bien. Les miracles annonçaient la puissance de DIEU à laquelle ces méchants sentaient ne pas pouvoir échapper. Et ils avaient peur d’être punis, car ils sentaient aussi qu’ils étaient coupables et qu’ils méritaient une punition.
JEANNE. Mais pourquoi ne se corrigeaient-ils pas?
GRAND’MÈRE. Par la même raison qui fait qu’un voleur continue à voler, quoiqu’il ait peur des gendarmes et qu’il sache très-bien que si les gendarmes le prennent, ils le mèneront en prison pour être jugé et condamné. Tous les méchants font de même; ils savent qu’ils font mal, qu’ils seront punis, et ils continuent à mal faire.
HENRIETTE. C’est bien bêle.
GRAND’MÈRE. Oui, c’est bête et triste de préférer le démon au bon DIEU, d’écouter les conseils du démon qui mènent à l’enfer, au lieu de suivre les conseils de notre bon Sauveur qui mènent au paradis.
ÉLISABETH. Mais comment faire, Grand’mère, pour leur démontrer combien ils sont bêtes?
GRAND’MÈRE. Il n’y a qu’un moyen, chère enfant; c’est de prier beaucoup pour eux et leur donner de bons exemples.
JEANNE. Je prierai tous les jours, Grand’mère, pour ces pauvres méchants; ils me font pitié.
GRAND’MÈRE. C’est un très-bon sentiment, chère petite; la charité est la vertu qui plaît le plus au bon DIEU.
VALENTINE. Alors le bon DIEU doit détester la méchanceté.
GRAND’MÈRE. Certainement; aussi la foi nous apprend que le bon DIEU punit très-sévèrement dans l’autre monde les gens qui ont été durs, qui ont fait pleurer ceux auxquels ils avaient droit de commander.
VALENTINE. Vois-tu, Loulou, qu’il ne faut pas me faire pleurer; hier, tu n’a pas voulu me prêter ton couteau et tu m’as donné un coup de poing. Tu sais comme j’ai pleuré.
LOUIS. Et toi, donc, tu m’as griffé ; j’ai pleuré aussi, moi!
GRAND’MÈRE, souriant. Ce n’est pas ce genre de méchanceté, mes chers petits, qui déplaît tant au bon DIEU. Vous vous disputez, vous vous mettez en colère et vous avez grand tort; mais après, vous vous embrassez et vous vous aimez beaucoup. Ce n’est pas là la méchanceté et la dureté d’un chef, d’un maître, qui a tout pouvoir sur ses subordonnés.
ARMAND. Qu’est-ce que c’est: subordonnés?
GRAND’MÈRE. Subordonné est celui qui est obligé d’obéir, ou comme soldat, ou comme ouvrier, ou comme serviteur. Continuons nos Actes des Apôtres.
Tous ces Chrétiens ne faisaient qu’un par le cœur; tout ce qu’ils avaient était en commun. Les riches vendaient volontairement ce qu’ils avaient et partageaient leurs biens avec les pauvres, selon les besoins de chacun. Tous les jours aussi ils persévéraient dans la prière, se réunissant dans le Temple....
HENRI. Comment? le temple des Juifs? Ils devaient avoir peur des Pharisiens et des méchants qui avaient fait mourir Notre-Seigneur.
GRAND’MÈRE. Depuis qu’ils avaient reçu le Saint-Esprit, ils n’avaient plus peur de rien ni de personne; leur devoir était de faire connaître et aimer Notre-Seigneur; ils remplissaient ce devoir en toutes occasions et de toutes manières, ne craignant plus les moqueries ni les persécutions. D’ailleurs le Temple, dont le parvis était immense, était le lieu de prière pour tout le monde.
Ils priaient et ils prenaient leurs repas en commun, vivant comme des frères, avec la joie et la charité au fond de leurs cœurs, louant DIEU, admirés et aimés du peuple. Aussi chaque jour le nombre des Chrétiens augmentait.
VII
Table des matières
GUÉRISON DU PERCLUS.
GRAND’MÈRE. Un jour, Pierre et Jean montaient au Temple à l’heure de la prière, vers la neuvième heure.
LOUIS. Pourquoi montaient-ils?
GRAND’MÈRE. Parce que le temple de Jérusalem était bâti sur la montagne de Sion, le lieu le plus élevé de la ville.
ARMAND. Quelle heure est-ce, la neuvième heure?
GRAND’MÈRE. La neuvième heure est, comme je vous l’ai déjà dit, trois heures de l’après-midi. C’était la neuvième heure depuis le lever du jour, c’est-à-dire depuis six heures du matin.
J’ai dit que Pierre et Jean montaient au Temple pour la prière. Et pendant qu’ils montaient, on portait un homme perclus depuis sa naissance....
LOUIS. Qu’est-ce que c’est: perclus?
GRAND’MÈRE. Perclus veut dire qui ne peut pas se servir de ses membres; les jambes sont trop faibles et trop tortues pour soutenir le corps; les bras et les mains n’ont pas la force de porter des choses un peu lourdes. Et ce pauvre homme était dans ce triste état. Et chaque jour on le portait à la grande porte du Temple, appelée la Belle-Porte, pour qu’il demandât l’aumône à ceux qui entraient.
Cet homme, voyant arriver saint Pierre et saint Jean, leur demanda l’aumône.
Pierre et Jean le regardèrent; et Pierre lui dit:
«Regarde-nous.»
Et l’homme les regardait, espérant qu’ils lui donneraient quelque chose.
Mais Pierre lui dit:
«Je n’ai ni or ni argent à te donner; mais ce que j’ai, je te le donne: Au nom de JÉSUS-CHRIST de Nazareth, lève-toi et marche.»
Et prenant la main droite du perclus, il le fit lever; aussitôt les jambes de cet homme ainsi que son corps s’affermirent; et se levant, il marcha. Il entra avec eux dans le Temple, marchant, sautant et louant DIEU.
CAMILLE. Il me semble, Grand’mère, que ce n’était pas très-respectueux de sauter dans le Temple.
GRAND’MÈRE. C’est vrai, chère enfant; mais il faut dire, pour excuser ce pauvre homme, qu’il se sentait si content, si heureux de se trouver guéri, qu’il était comme fou de joie. Cet homme louait DIEU du miracle dont il avait été l’objet. Sa reconnaissance bruyante attira l’attention de ceux qui allaient et venaient, et fit remarquer davantage le pouvoir miraculeux de saint Pierre.
Tout le peuple reconnut aussitôt le pauvre perclus qui jadis était toujours étendu près de la Belle-Porte pour demander l’aumône. On fut stupéfait de cette guérison miraculeuse. Et comme le perclus tenait par la main Pierre et Jean, qu’il ne se lassait pas de remercier, personne ne put douter que ce ne fût eux qui eussent opéré ce miracle. Alors Pierre leur dit:
«Hommes d’Israël, pourquoi vous étonnez-vous, comme si c’était nous, qui par notre seul pouvoir, avions guéri cet homme? C’est au nom de JÉSUS, le Saint et le Juste, que vous avez renié, que vous avez fait mourir, que DIEU a ressuscité d’entre les morts et qui est avec DIEU, l’auteur de la vie, c’est par son nom et en son nom que nous avons rendu la santé parfaite à cet homme qui était perclus.»
HENRI. Comment JÉSUS est-il avec DIEU, l’auteur de la vie?
GRAND’MÈRE. Tu sais, cher enfant, que Notre-Seigneur tout en étant vraiment homme est aussi vraiment DIEU. Il est par conséquent le Créateur de toutes choses. Ainsi, à Bethléem, la Sainte-Vierge, en portant l’enfant Jésus, tenait dans ses bras son Créateur, son DIEU. Ainsi, encore, au Saint-Sacrement, nous adorons non-seulement notre Sauveur, mais encore notre Créateur et notre DIEU. JÉSUS est avec le Père et le Saint-Esprit, le seul vrai DIEU vivant.
Saint Pierre prêcha longtemps, leur rappelant les prophéties, et leur démontrant que tout ce que JÉSUS-CHRIST avait accompli, avait été prédit par les Prophètes; et que ce JÉSUS qu’ils avaient méconnu, était le MESSIE, le Fils de DIEU annoncé dès l’origine.
De même que saint Pierre a le premier prêché JÉSUS-CHRIST et converti des âmes à la foi, de même il a été le premier à faire des miracles. DIEU l’a voulu ainsi pour honorer en sa personne la dignité du chef de l’Église.
VIII
Table des matières
S. PIERRE ET S. JEAN DEVANT LE GRAND CONSEIL.
GRAND’MÈRE. Pendant que Pierre parlait, des prêtres, des employés du Temple et des Saducéens arrivèrent.
Ils furent très en colère des choses que Pierre et Jean enseignèrent au peuple, et se jetant sur eux, ils les mirent en prison jusqu’au lendemain, car il était déjà tard.
LOUIS. Comment? Ils mirent en prison ces pauvres Apôtres pour avoir fait un miracle et pour avoir parlé de Notre-Seigneur.
GRAND’MÈRE. Oui, mon cher enfant. Ils firent pour les Apôtres comme ils avaient fait pour Notre-Seigneur; ils virent avec rage ce miracle et les nombreuses conversions qu’il pouvait amener; et en effet, il y eut ce jour-là cinq mille hommes qui se convertirent.
Le lendemain, les Pharisiens, les Princes des prêtres et les Scribes s’assemblèrent pour délibérer sur ce qu’il fallait faire. Anne, prince des prêtres, et Caïphe, grand prêtre, étaient avec eux.
HENRI. Étaient-ce le même Anne et le même Caïphe qui avaient insulté et condamné Notre-Seigneur?
GRAND’MÈRE. Oui, les mêmes; ils conservaient pour Notre-Seigneur les mêmes sentiments de haine diabolique; ils avaient espéré que l’ayant fait mourir, il ne serait plus question de lui et de sa doctrine, et ils étaient furieux de voir ses envoyés continuer ses prédications et ses miracles et convertir des milliers de Juifs chaque fois qu’ils parlaient en public.
MADELEINE. En effet, ils devaient être furieux; huit mille hommes en deux prédications!
PIERRE. Et probablement que ces huit mille nouveaux Chrétiens en convertissaient d’autres à leur tour.
GRAND’MÈRE. Certainement, car ces nouveaux Chrétiens étaient pleins de zèle; tout remplis du Saint-Esprit, ils aidaient les Apôtres à répandre la foi.
C’est ainsi que nous devrions faire tous; nous devrions ne pas laisser une occasion de faire du bien à ceux qui vivent avec nous, et aider de la sorte nos prêtres à sauver les âmes. Il y a malheureusement bien peu de Chrétiens assez fervents pour le faire.
Les ennemis de l’Église, étant donc réunis, firent venir saint Pierre et saint Jean. Et les plaçant au milieu d’eux, ils les interrogèrent.
«Par quelle puissance et au nom de qui avez-vous guéri cet homme perclus?» leur demandèrent-ils.
JACQUES. Les coquins! Comment osaient-ils le demander?
GRAND’MÈRE, souriant. Tu as bien raison; mais de tout temps les méchants ont été impudents et hypocrites, comme ils le sont encore aujourd’hui.
Saint Pierre, rempli du Saint-Esprit, leur répondit que c’était au nom de JÉsus, leur divin Sauveur, qu’ils guérissaient et qu’ils enseignaient; il leur rappela les miracles qui attestaient la Divinité du Seigneur JÉSUS, les persécutions dont vivant il était l’objet, les souffrances et la mort cruelle à laquelle ils l’avaient condamné, sa Résurrection qu’ils avaient voulu cacher, mais dont les disciples et des milliers de Juifs avaient été témoins, par suite des nombreuses apparitions de JÉSUS-CHRIST et de son Ascension au Ciel dont plus de mille hommes pouvaient témoigner.
Les Princes des prêtres et les Pharisiens, voyant la hardiesse de Pierre et de Jean, et surpris de leur éloquence, s’informèrent d’où ils venaient. Ils furent encore plus stupéfaits quand ils surent que les Apôtres étaient des hommes simples et sans instruction.
Voyant aussi debout, près d’eux, l’homme que Pierre et Jean avaient guéri, ils ne savaient que dire. Ils leur ordonnèrent de sortir de la salle du conseil et ils se mirent à délibérer entre eux sur ce qu’il y avait à faire, disant:
«Que ferons-nous de ces hommes? Un miracle connu de tous les habitants de Jérusalem a été fait par eux, et nous ne pouvons le nier.»
JACQUES. Comment? ils ont osé l’avouer?
GRAND’MÈRE. Il le fallait bien; comment faire autrement? L’homme paralytique de naissance était là devant eux solide sur ses jambes.
Ils ajoutèrent: ce Pour que le bruit de ce miracle ne se répande pas davantage parmi le peuple, défendons-leur de parler à l’avenir au nom de ce JÉSUS. Effrayons-les en les menaçant de punitions terribles.»
ÉLISABETH. Mais pourtant, ils convenaient eux-mêmes que le perclus avait été guéri? Puisqu’ils reconnaissaient le miracle de saint Paul et de saint Jean, comment pouvaient-ils s’empêcher de croire au pouvoir extraordinaire du nom de Notre-Seigneur.
GRAND’MÈRE. Aussi le croyaient-ils, mais en conservant l’espoir de continuer à dominer le peuple et de conserver leur puissance.
C’était l’orgueil de Satan qui remplissait leurs âmes et les rendait indignes de la grâce de la foi.
La foi est, en effet, une grâce que DIEU donne aux hommes de bonne volonté, c’est-à-dire aux âmes droites et sincères; pour avoir la foi, il faut aimer la vérité.
Le conseil rappela donc Pierre et Jean, il leur défendit sous les peines les plus graves, de parler ni d’enseigner à l’avenir au nom de JÉSUS.
JEANNE. C’était bien pénible pour ces pauvres Apôtres, auxquels Notre-Seigneur avait ordonné de le faire connaître au monde entier.
GRAND’MÈRE. Aussi n’eurent-ils pas peur des menaces des méchants Juifs et ils répondirent:
«Voyez vous-mêmes s’il est juste de vous obéir plutôtqu’à DIEU; nous ne pouvons pas ne point parler de ce que nous avons vu et entendu.»
Alors le conseil les chassa avec de nouvelles menaces, mais ils n’osèrent ni les punir ni les garder en prison à cause du peuple qui se serait révolté, car tous savaient le miracle de saint Pierre et de saint Jean, et personne ne pouvait en douter; le perclus avait plus de quarante ans et tout le monde dans Jérusalem le connaissait.
C’est ici que commencent les persécutions de l’Église. LE PREMIER PAPE est persécuté, emprisonné et menacé de mort dès qu’il prêche JÉSUS-CHRIST, dès qu’il fait du bien au nom de JÉSUS-CHRIST. Saint Pierre a donc été le premier Pape persécuté ; et saint Jean, son fidèle compagnon, partagea ses épreuves comme l’ont fait depuis tous les bons Évêques qui partagent les souffrances et les persécutions du Pape.
IX
Table des matières
UNION DES PREMIERS CHRÉTIENS.
GRAND’MÈRE. Pierre et Jean, se trouvant libres, rentrèrent au Cénacle, et racontèrent à leurs frères ce qui était arrivé.
Et tous se mirent à prier, à louer DIEU, à le remercier d’avoir délivré Pierre et Jean. Ils résolurent de ne pas craindre les menaces des Pharisiens, de continuer à braver leur colère et à annoncer la parole de DIEU au nom de leur Seigneur JÉSUS, qui leur donnerait le courage et la force contre la fureur de ses ennemis.
JACQUES. C’est bien cela; c’est beau et courageux.
GRAND’MÈRE. Aussi le bon DIEU les en récompensa; car aussitôt qu’ils eurent prié ainsi, le lieu où ils étaient trembla; ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils annonçaient la parole de DIEU avec encore plus de force et de puissance.
HENRIETTE. Pourquoi le Saint-Esprit est-il revenu une seconde fois, puisqu’il les avait déjà remplis la première fois.
GRAND’MÈRE. Cette fois-ci ce n’était pas comme au jour de la Pentecôte, pour inaugurer solennellement le règne de l’Église; c’était seulement une consolation et une grande grâce que Notre-Seigneur envoyait à ses fidèles.
LOUIS. Qu’est-ce que c’est: inaugurer?
GRAND’MÈRE. Inaugurer veut dire établir, déclarer qu’une chose commence.
Et toute cette multitude n’avait qu’un cœur et qu’une âme....
ARMAND. Comment? à eux tous ils n’avaient qu’un cœur et qu’une âme? Ainsi, quand l’un mourait, tous mouraient à la fois?
GRAND’MÈRE, riant. Non, cher enfant; on ne parle pas du cœur de chair, nécessaire à la vie du corps, en disant: un cœur et une âme. On veut dire que tous avaient les mêmes pensées de foi, les mêmes sentiments d’amour pour le bon DIEU, et pour les hommes; et tous n’avaient qu’une âme, c’est-à-dire le même zèle, le même désir de servir JÉSUS-CHRIST, le même courage pour braver les dangers.
HENRI. Tu demandes toujours des bêtises, Armand.
HENRIETTE. Tu as bien raison, Henri; je ne disais rien, par douceur, mais je pensais comme toi.
ARMAND. Pas du tout, je ne dis pas de bêtises; et j’ai bien fait de demander, parce que toi non plus tu ne comprenais pas.
HENRIETTE. Ah! par exemple!
ARMAND. Certainement; je l’ai vu à ta figure.
GRAND’MÈRE. Voyons, mes enfants, ne vous disputez pas et continuez à demander ce que vous ne comprenez pas. Les petits rendent quelquefois service aux plus grands qui n’osent pas demander de peur de paraître ignorants.
CAMILLE. C’est bien vrai ce que vous dites là, Grand’mère; Armand et le petit Louis ont souvent fait des questions que j’aurais faites moi-même si je n’avais pas eu peur qu’on se moquât de moi.
GRAND’MÈRE. Alors, mes chers enfants, tout est pour le mieux et nous allons continuer.
Nous parlions de l’union qui régnait parmi les Apôtres, les disciples et les nouveaux Chrétiens. Tous leurs biens étaient en commun, comme nous l’avons dit, et tous ne cherchaient qu’à augmenter le nombre des Chrétiens en racontant la vie de JÉSUS-CHRIST, en expliquant et surtout en pratiquant sa morale.
LOUIS. Quelle morale?
GRAND’MÈRE. La pratique de toutes les vertus chrétiennes; la charité, l’humilité, la douceur, la bonté, la patience, la complaisance, enfin tout ce qui rend les hommes agréables au bon DIEU et aux autres hommes.
Tous les nouveaux Chrétiens apportaient aux pieds des Apôtres tout ce qu’ils possédaient, pour être partagé entre tous.
VALENTINE. Pourquoi mettaient-ils tout cela aux pieds des Apôtres? Il aurait mieux valu le mettre sur une table ou sur une chaise.
GRAND’MÈRE. C’est une manière de parler, chère enfant. Quand on dit METTRE AUX PIEDS, cela veut dire, en faire un don respectueux, un hommage pour le Chef de l’Église. Ainsi on ne pouvait pas mettre aux pieds des Apôtres des maisons, des champs, des bœufs, des meubles, mais on leur en faisait don pour êtredistribués comme ils le voulaient, et on les consacrait à DIEU entre leurs mains. Quant à eux, ils employaient ces offrandes volontaires, d’abord pour les besoins du culte Divin, puis pour subvenir au besoin des Prêtres, et enfin pour assister les veuves, les orphelins et les pauvres.
X
Table des matières
ANANIE ET SAPHIRE.
GRAND’MÈRE. Or, un certain homme nommé Ananie et Saphire sa femme, qui s’étaient faits Chrétiens, vendirent un champ. Ananie, d’accord avec sa femme, cacha une partie de l’argent qu’on leur avait payé pour ce champ; et Ananie, apportant l’argent qui restait, le déposa devant les Apôtres. Saint Pierre, inspiré de DIEU, lui dit:
«Ananie, pourquoi as-tu laissé Satan entrer dans ton cœur? Pourquoi as-tu menti à l’Esprit-Saint? Pourquoi as-tu gardé une partie de l’argent de ton champ? Ce champ était à toi; personne ne t’obligeait à le vendre: et lorsque tu l’as vendu, l’argent était à toi. Pourquoi ne le gardais-tu pas, au lieu de faire semblant de tout donner, de te dépouiller de tout ce que tu possédais? Tu l’as fait pour avoir l’air d’un homme généreux, bienfaisant, détaché des biens de ce monde. En le faisant, tu n’as pas menti aux hommes, mais à DIEU.»
MORT D’ANANIE.
Hachette & Cie.

Entendant ces paroles, Ananie tomba et mourut.
ELISABETH. Ah! mon Dieu! quelle terrible punition pour un mensonge!
GRAND’MÈRE. Ce n’était pas un mensonge ordinaire, chère enfant; c’était une tromperie mêlée d’orgueil et d’hypocrisie. Il voulait se faire passer pour un saint homme, plus parfait que les autres; car on n’était pas obligé, en se faisant Chrétien, de donner ses biens; cela était tout à fait volontaire et provenait d’un détachement complet des biens de ce monde. De plus, il mentait à saint Pierre, au chef de l’Église, et par conséquent, au Saint-Esprit, dont saint Pierre était rempli. La punition fut terrible, comme tu dis, mais le crime était grand. Et puis, dans ces premiers temps du Christianisme, il fallait de grandes punitions et de grandes récompenses pour établir l’autorité des Apôtres.
Il y eut une grande crainte parmi ceux qui virent et entendirent ces choses. Des jeunes hommes de l’assemblée s’approchèrent, et voyant qu’Ananie était réellement mort, ils enlevèrent son cadavre, l’emportèrent et l’ensevelirent.
Environ trois heures après, sa femme, ignorant ce qui s’était passé, entra, et saint Pierre lui dit:
«Dis-moi si tu as vendu ton champ tel prix?» Et Pierre lui dit le compte de l’argent qu’Ananie avait apporté.
«Oui, répondit Saphire, c’est le prix que vous dites.
— Pourquoi vous êtes-vous concertés ensemble?» lui répondit saint Pierre.
ARMAND. Qu’est-ce que c’est: concerté ?
GRAND’MÈRE. Se concerter veut dire s’arranger ensemble, convenir ensemble de quelque chose.
«Pourquoi, lui dit saint Pierre, vous êtes-vous concertés ensemble pour mentir et tromper l’Esprit-Saint? Voilà des hommes qui ont enseveli ton mari; ils attendent à la porte pour t’emporter à ton tour.»
Et aussitôt Saphire tomba aux pieds de saint Pierre et mourut. Les jeunes gens qui rentraient, la trouvant morte, l’emportèrent et l’ensevelirent auprès de son mari.
Ce second châtiment augmenta encore la crainte qu’avait causée la mort d’Ananie et inspira un respect plus profond pour la parole des Apôtres. Ils firent beaucoup de miracles au milieu du peuple. Les douze Apôtres, tous unis ensemble, se tenaient habituellement dans le portique du Temple.
ARMAND. Comment, les Apôtres étaient tous attachés l’un à l’autre?
GRAND’MÈRE, souriant. Mais non, cher petit, ils étaient unis de cœur et non par des cordes. Je crois que cette fois-ci tu as réellement dit une petite bêtise.
ARMAND. C’est vrai, Grand’mère; je n’ai pas réfléchi.
GRAND’MÈRE. Bon, une autre fois tu réfléchiras un peu. Les Apôtres se tenaient donc tous les douze dans le portique du Temple, où ils faisaient beaucoup de miracles et de guérisons; Le peuple accourait en foule et le nombre des Chrétiens augmentait de jour en jour.
On apportait des malades en foule sur les places publiques, les posant par terre ou sur des grabats.
LOUIS. Qu’est-ce que c’est: grabat?
MORT DE SAPHIRE
Hachette & Cie

GRAND’MÈRE. Un grabat est un lit de pauvre. On portait donc ainsi les malades sur les places publiques, pour que saint Pierre venant à passer, son ombre pût les guérir.
On accourait même des villes voisines de Jérusalem, apportant des infirmes et des possédés; et tous étaient guéris.
LOUIS. Comment? l’ombre seule de saint Pierre guérissait tous les malades? Mais, Grand’mère, on ne dit pas même cela de Notre-Seigneur dans l’Évangile!
GRAND’MÈRE. Non, mais Notre-Seigneur l’avait prédit expressément en disant à ses disciples: «Ceux qui croiront en moi, feront les miracles que je fais et de plus grands encore.»
XI
Table des matières
LES APÔTRES EN PRISON, DÉLIVRÉS PAR UN ANGE.
GRAND’MÈRE. Anne, le Prince des prêtres, et ceux qui étaient avec lui, furent remplis de colère en apprenant ces nouvelles. Et faisant saisir les Apôtres, ils les firent jeter en prison.
Mais un Ange du Seigneur apparut la nuit dans la prison, brisa et fit tomber leurs chaînes....
VALENTINE. Comment a-t-il pu les briser sans faire de bruit, pour ne pas éveiller les gardiens?
GRAND’MÈRE. L’Ange a fait tomber les chaînes par le simple effet de la toute-puissance de DIEU, Il était envoyé par Notre Seigneur pour délivrer les Apôtres. Il voulut qu’ils fussent libres, ils l’ont été ; il a voulu que les gardes dormissent d’un profond sommeil, et ils ont si bien dormi qu’ils n’ont rien entendu.
L’Ange, ayant donc brisé les chaînes des Apôtres, marcha droit devant eux; les grilles et les portes s’ouvrirent d’elles-mêmes et les Apôtres se trouvèrent libres dans la rue. L’Ange leur dit:
«Allez, montez au Temple, annoncez au peuple les paroles de vie.»
JEANNE. Quelles paroles? Comment des paroles peuvent-elles faire vivre?
GRAND’MÈRE. Les paroles ne peuvent pas donner la vie au corps, mais elles font vivre l’âme, c’est-à-dire qu’elles nourrissent l’âme de vérités saintes et de bons sentiments qui la mènent à la vie éternelle.
Les Apôtres, écoutant les paroles de l’Ange, entrèrent de grand matin dans le Temple, et ils y enseignaient.
MARIE-THÉRÈSE. Comment? ils enseignaient dans le Temple? Mais c’était très-dangereux pour eux!
GRAND’MÈRE. Chère enfant, les Apôtres ne redoutaient plus aucun danger, depuis qu’ils avaient reçu le Saint-Esprit. Ils se tinrent courageusement comme d’habitude dans le portique ou le vestibule du Temple.
Pendant ce temps, Anne, Prince des prêtres et quelques-uns du conseil s’étant assemblés, ils convoquèrent tout le conseil et les anciens; et ils envoyèrent à la prison pour qu’on amenât les Apôtres.
Les gardes étant venus, ils entrèrent dans la prison et, n’ayant plus trouvé les Apôtres, ils revinrent l’annoncer, disant:
«Nous avons trouvé la prison fermée avec beaucoup de soin, et les gardes étaient debout, en dehors, gardant la porte. Mais ayant ouvert, nous n’avons trouvé personne dedans.»
Après avoir entendu ces paroles, le chef des gardes du Temple et les Princes des prêtres ne surent plus ce qu’ils devaient faire.
Pendant qu’ils se consultaient entre eux, quelqu’un accourut et leur dit:
«Voilà que les hommes que vous aviez mis hier en prison sont dans le Temple, enseignant et convertissant.»
Alors le chef des gardes y alla et les emmena sans violence, car il avait peur qu’en les voyant emmenés de force, le peuple ne s’ameutât et ne les lapidât.
Ils firent entrer les Apôtres dans le conseil; et le Prince des prêtres les interrogea et leur dit:
«Ne vous avions-nous pas défendu sous les peines les plus sévères d’enseigner au nom de ce JÉSUS? Et voilà que vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine, et que vous voulez rejeter sur nous le sang de cet homme!»
Saint Pierre et les Apôtres répondirent:
«Il faut mieux obéir à DIEU qu’aux hommes. Le DIEU de nos pères a ressuscité JÉsus, que vous aviez tué en le suspendant à une croix. Le DIEU Sauveur l’a placé à sa droite, pour donner à Israël, par la pénitence, la rémission des péchés. Nous sommes témoins de ces choses, et nous les attestons; et le Saint-Esprit les atteste avec nous. DIEU donne son Esprit à tous ceux qui ont un cœur docile.»
Ayant entendu ces paroles, les Juifs du grand conseil frémissaient de rage et ils se consultaient entre eux pour les faire mourir. Mais l’un d’eux, nommé GAMALIEL, fort honoré du peuple, se levant dans le conseil, commanda qu’on fît sortir un moment les Apôtres. Et il dit:
«Hommes d’Israël, prenez bien garde à ce que vous ferez à l’égard de ces hommes. Car avant notre temps, il y eut un nommé THÉODAS qui voulut se faire passer pour un grand esprit, et il eut environ quatre cents disciples; il fut tué et ses disciples se dispersèrent; on n’entendit plus parler de lui.
«Plus tard, se fit connaître un autre homme, JUDAS LE GALILÉEN, il fit de même; il attira le peuple, il périt et ses amis se dispersèrent.
«Et maintenant je vous dis: ne vous mêlez pas de ces hommes et laissez-les aller. Car si leur œuvre et leur doctrine vient de l’orgueil ou du mensonge, elle tombera d’elle-même; et si elle vient de DIEU, vous ne pourrez pas la détruire; peut-être alors est-ce contre DIEU même que vous combattriez. »
Ils trouvèrent que Gamaliel avait raison, et ayant rappelé les Apôtres, ils les firent fouetter....
JACQUES. Comment! ces méchants hommes font fouetter les pauvres Apôtres qui n’ont rien fait de mal, et que Gamaliel leur conseille de laisser aller! Mais c’est injuste, c’est abominable.
GRAND’MÈRE. Certainement; mais Pilate en avait fait autant pour Notre-Seigueur, qu’il avait fait flageller cruellement, après avoir publiquement proclamé son innocence. Ici, les Juifs voulaient tout simplement exercer une vengeance contre les amis de Notre-Seigneur, qu’ils haïssaient plus que jamais.
Mais comment Gamaliel les a-t-il laissés faire?
GRAND’MÈRE. D’abord, seul contre tous, il n’aurait pu les en empêcher. Ensuite, cela lui était bien égal qu’on fît souffrir les Apôtres. Le conseil qu’il avait donné était bon, mais il ne l’avait pas donné dans l’intérêt des Apôtres ni de la doctrine de Notre-Seigneur, mais dans son propre intérêt et dans celui de ses méchants amis, parce que la mort des Apôtres aurait exaspéré le peuple, qui se serait révolté et aurait peut-être massacré tous les membres du conseil.
Lorsque les Apôtres eurent été fouettés, on les renvoya, leur défendant de parler au nom de JÉSUS.
Ils sortirent du conseil pleins de joie d’avoir été jugés dignes de souffrir cet outrage pour le nom de JÉSUS.
LOUIS. Est-ce qu’on les avait fouettés fort? Leur a-t-on fait du mal?
GRAND’MÈRE. Certainement; d’abord parce que les fouets des Juifs étaient faits en lanières ou bandes de cuir tressées, ce qui emporte la peau à chaque coup; ensuite parce que la haine des juges et des bourreaux contre JÉSUS-CHRIST leur faisait exécuter ce supplice avec un redoublement de cruauté.
JEANNE. Pauvres Apôtres! Ils faisaient pourtant une belle action en désobéissant aux méchants Juifs!
GRAND’MÈRE. Oui; eux les premiers ont montré le courage que pouvait donner la foi; et bien loin de se plaindre du supplice qu’ils avaient souffert, ils ont été joyeux et heureux de verser leur sang pour le Divin Maître qui avait répandu tout le sien pour leur salut. C’est ainsi qu’ont fait et que font encore tous les Martyrs.
Les douze Apôtres continuèrent donc à enseigner tous les jours dans le Temple et dans les maisons particulières pour faire connaître de plus en plus Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST et sa Divine religion.
XII
Table des matières
ÉTIENNE ET SIX AUTRES DIACRES VEILLENT A LA DISTRIBUTION DES AUMÔNES.
GRANDMÈRE. Tous les jours on voyait augmenter le nombre des Chrétiens. La plupart des fidèles continuaient à mettre leurs biens en commun; on prenait les repas en commun. Les Apôtres faisaient faire, tous les jours et à chaque repas, des distributions aux familles indigentes.
ARMAND. Quelles distributions?
GRAND’MÈRE. Des distributions d’argent, d’aliments, de vêtements.
Depuis quelque temps il y avait des murmures parmi les Juifs de Grèce, convertis à la foi. Ils se plaignaient qu’on ne donnait pas une quantité suffisante d’aliments et d’aumônes aux veuves de leur nation.
Les Apôtres avaient cherché à calmer ces mécontentements, en recommandant la plus grande justice dans la distribution des vivres, mais les plaintes continuaient.
Les douze Apôtres, ayant alors convoqué, c’est-à-dire réuni la multitude des disciples, leur dirent:
«Nous ne pouvons pas veiller à tout sans perdre le temps que nous devons consacrer à la prière et à nos prédications. Il n’est pas juste que nous abandonnions la parole de DIEU pour surveiller vos tables. Cherchez donc parmi vous sept hommes très-justes, pleins de la sagesse de DIEU et de l’Esprit-Saint, afin que nous puissions les charger de cette œuvre de charité. Et nous autres, nous nous occuperons alors bien plus librement de la prière et de l’enseignement de la parole de DIEU.»
Cet avis plut à tout le monde; ils choisirent ÉTIENNE, homme plein de foi et animé par l’Esprit-Saint; et six autres avec lui. Ils les présentèrent aux Apôtres, et ceux-ci, ayant prié, leur imposèrent les mains.
MARIE-THÉRÈSE. Pourquoi ont-ils prié et ont-ils imposé les mains?
GRAND’MÈRE. C’était pour les consacrer au service de DIEU et des pauvres. Notre-Seigneur, au Cénacle, avait également prié et imposé les mains sur ses Apôtres lorsqu’il a voulu les faire Prêtres. Il avait lui-même ordonné à ses Apôtres d’imposer les mains à ceux qu’ils voudraient dans la suite consacrer au service de DIEU en qualité d’Évêques, de Prêtres ou de Diacres. C’est ce qui s’est toujours fait dans l’Église, et aujourd’hui comme au temps des Apôtres, c’est par l’imposition des mains que sont consacrés les Diacres, les Prêtres et les Évêques.
Saint Étienne et les six autres auxquels les Apôtres imposèrent les mains dans cette circonstance, furent faits Diacres pour le service des autels et pour le service des pauvres.
VALENTINE. Et après cela, les Grecs se sont-ils encore plaints des Juifs, pour leur nourriture?
GRAND’MÈRE. Je crois que non, car les Actes des Apôtres n’en parlent plus.
XIII
Table des matières
MARTYRE DE SAINT ÉTIENNE.
GRAND’MÈRE. Le nombre des Chrétiens augmentait de jour en jour, les Pharisiens étaient plus en colère que jamais, car même parmi les prêtres du Temple il y en eut plusieurs qui se firent Chrétiens.
Étienne, plein de la grâce de DIEU et de la force de la foi, faisait beaucoup de miracles parmi le peuple. Et les Juifs de la Synagogue s’élevèrent contre Étienne et se mirent à disputer contre lui. Mais Étienne leur répondait si bien et prouvait si clairement les miracles, la Résurrection et la Divinité de Notre-Seigneur, que les Anciens et les Scribes et Pharisiens ne savaient que répondre.
Ils firent alors comme ils avaient fait pour Notre-Seigneur; ils payèrent des témoins qui assurèrent, avec serment, avoir entendu Étienne blasphémer contre Moïse et contre DIEU.
LOUIS. Qu’est-ce que c’est: blasphémer?
GRAND’MÈRE. C’est dire des paroles injurieuses contre le bon DIEU ou contre les choses saintes.
Ils soulevèrent ainsi le peuple contre Étienne; alors les Anciens et les Scribes se jetèrent sur lui, l’entraînèrent et le conduisirent devant le conseil. Et ils firent venir leurs faux témoins qui les accusèrent ainsi:
«Cet homme ne cesse de parler contre le DIEU saint et la loi. Car nous l’avons entendu dire que JÉSUS de Nazareth détruirait ce lieu et changerait les lois que Moïse nous a données.»
Et les hommes qui siégeaient dans le conseil, regardant Étienne, virent sa face comme la face d’un Ange.
ARMAND. Comment est la face d’un Ange?
GRAND’MÈRE. Je n’en ai jamais vu, de sorte que je ne peux pas te le dire exactement; mais d’après ce que nous disent les Livres saints, le visage d’un Ange, quand il prend une forme humaine, est tout resplendissant de lumière et de beauté.
VALENTlNE. Comment, de lumière? Est-ce que son visage est en feu?
GRAND’MÈRE. Non, c’est un éclat extraordinaire et céleste qui sort de l’Ange et qui éclaire toute sa personne.
Et Anne, le Prince des prêtres, demanda à Étienne:
«Les choses sont-elles ainsi?»
Étienne répondit en leur rappelant beaucoup de faits de l’Ancien Testament et en leur montrant comme quoi, dès le commencement, les Juifs avaient été presque toujours ingrats et rebelles. Ceux qui avaient rejeté JÉSUS-CHRIST et avaient crucifié leur Sauveur, n’avaient fait qu’imiter leurs pères.
MARIE-THÉRÈSE. Grand’mère, vous disiez tout à l’heure: l’Ancien Testament: Qu’est-ce que c’est: l’Ancien Testament?
GRAND’MÈRE. C’est l’histoire de la création de l’homme; de la chute, c’est-à-dire de son premier péché, et de tous les événements importants qui se sont passés jusqu’à la venue de Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST dans le monde.
En entendant ce beau récit, les méchants frémissaient de rage et grinçaient des dents contre lui. Mais Étienne, rempli de l’Esprit-Saint, leva les yeux au ciel. Il vit la gloire de DIEU....
JEANNE. Qu’est-ce que c’est: la gloire de DIEU?
GRAND’MÈRE. C’est la gloire et la splendeur du Paradis.
ÉLISABETH. Grand-mère, que ce doit être beau! Que je serais heureuse de voir ce qu’a vu saint Étienne!
GRAND’MÈRE. Nous le verrons tous, chère petite, après notre mort, si nous vivons chrétiennement, de manière à gagner le Paradis.
MADELEINE. Grand’mère, ce n’est pas facile de gagner le Paradis.
GRAND’MÈRE. C’est vrai, chère petite, ce n’est pas facile; si c’était facile, il n’y aurait pas de mérite à le gagner, et la récompense ne serait pas si grande.
JEANNE. Comment est-ce difficile de gagner le Ciel? Je ne trouve pas ça.
GRAND’MÈRE.Ce n’est pourtant pas facile, chère petite; pense donc que dix fois, cent fois par jour, il faut faire le contraire de ce qui plaît et repousser des sentiments ou des désirs mauvais.
JEANNE. Quels sentiments mauvais?
GRAND’MÈRE. Tous ceux qui sont contre la charité, l’humilité, la douceur, l’obéissance, etc.
VALENTINE. Comment faire alors?
GRAND’MÈRE. Il faut ne pas se fâcher; il faut retenir sa colère quand on vous impatiente; il faut obéir et rester tranquille ou travailler, quand on a envie de courir et de jouera; il faut céder et ne pas disputer quand on croit avoir raison; et ainsi toute la journée; je t’assure que ce n’est pas facile. Mais continuons l’histoire de saint Étienne qui voyait le bon DIEU dans sa gloire.
Et il s’écria:
«Voilà que je vois les Cieux ouverts et le Fils de l’homme à la droite de DIEU.»
HENRIETTE. Quel Fils de l’homme?
GRAND’MÈRE. Notre-Seigneur, qui s’appelle souvent ainsi lui-même dans l’Évangile.
HENRIETTE. Comment est-il assis à la droite de DIEU? Je croyais que DIEU était un esprit, qui n’a ni droite ni gauche.
GRAND’MÈRE. C’est très-vrai. Ces paroles signifient simplement que Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST règne dans la paix du Ciel, et qu’il partage pleinement la gloire et la toute-puissance de DIEU son Père.
Les Juifs alors, poussant de grands cris et se bouchant les oreilles se jetèrent tous ensemble sur lui.
ARMAND. Et pourquoi les Juifs se bouchaient-ils les oreilles?
GRAND’MÈRE. Pour faire croire à leur indignation de ce qu’ils appelaient les blasphèmes d’Étienne. Quant à lui, il louait et bénissait DIEU, de la grâce qu’il lui accordait d’être le martyr de JÉSUS-CHRIST.
ARMAND. Qu’est-ce que c’est: martyr?
HENRIETTE. Oh! ma bonne grand’mère, dites, je vous prie, à Armand, de ne pas toujours vous interrompre. Il me met dans une colère! Si je ne me retenais je le taperais à chaque interruption.
GRAND’MÈRE. Ma pauvre petite, il faut pourtant qu’Armand comprenne comme vous autres; et pour cela, il faut qu’il demande des explications, étant avec Loulou le plus jeune de vous tous. Quant à toi, je suis très-contente de ce que tu me dis de tes colères retenues....
HENRIETTE. Comment, Grand’mère, vous êtes contente que je sois méchante?
GRAND’MÈRE. Non, chère petite, non pas que tu sois méchante, mais que tu ne le sois pas; ton impatience n’a pas paru au dehors; tu l’as toujours contenue; tu as donc pratiqué deux vertus bien difficiles, la patience et la douceur, et c’est ce qui me fait grand plaisir.
Henriette, enchantée, embrasse Armand et se jette au cou de grand’mère qui l’embrasse et qui continue.
Martyr veut dire témoin. Étienne, en mourant pour JÉSUS-CHRIST, rendait devant DIEU et devant les hommes, un témoignage solennel à la Divinité de son Divin Rédempteur.
Les Juifs poussèrent Étienne hors de Jérusalem, et commencèrent à le lapider.
ARMAND, timidement et avec hésitation. Qu’est-ce que c’est: lapider?
GRAND’MÈRE. Ne crains pas de demander, cher petit. Henriette comprend très-bien que tu lui rends un grand service, en exerçant sa patience; elle ne se fâchera pas, je te réponds d’elle.
HENRIETTE, souriant. Merci, Grand’mère; je tâcherai de ne jamais m’impatienter et d’être douce comme un agneau.
GRAND’MÈRE, souriant. Ce sera très-beau; et si tu continues, nous t’appellerons AGNELLA. Je réponds à Armand: lapider c’était tuer à coups de pierres.
ARMAND. Est-ce que ça faisait mal?
GRAND’MÈRE. Je crois bien. Très-mal. Tu sais comme cela fait mal de se cogner fort ou de recevoir un coup; c’était bien pis quand on recevait sur la figure, sur la tête, sur tout le corps, des grosses pierres coupantes, pointues; à chaque pierre le sang jaillissait. Et c’est pourquoi ceux qui lapidèrent saint Étienne ôtèrent leurs vêtements pour qu’ils ne fussent pas tachés de sang, et ils les donnèrent à garder à un jeune homme nommé SAÜL.
Et pendant que les Juifs lapidaient Étienne, celui-ci priait et disait:
«Seigneur, JÉSUS, recevez mon esprit.»
Et s’étant mis à genoux, il cria d’une voix forte:
«Seigneur, ne les punissez pas du péché qu’ils commettent; pardonnez-leur.»
En disant ces mots, il s’endormit dans le Seigneur, c’est-à-dire il mourut, ayant, comme son Divin Maître, demandé pardon pour ses bourreaux.
JACQUES. Ces misérables Juifs! Je ne comprends pas que le bon DIEU ne les ait pas punis? Si j’avais été le bon DIEU, je les aurais fait mourir après des années de tortures!
GRAND’MÈRE. Cher petit, le bon DIEU, étant infiniment bon, a voulu leur donner tout le temps nécessaire pour se repentir; plusieurs se sont en effet convertis et ont amèrement pleuré leurs crimes, comme tu vas le voir pour Saül, ce jeune homme qui gardait les habits des meurtriers d’Étienne. Ceux qui sont restés méchants, ont pourtant dû mourir; ils ont été précipités en enfer, où ils souffrent encore et souffriront toujours des tortures bien plus cruelles que toutes celles qu’ils ont fait souffrir; ainsi tu vois que le bon DIEU, dans sa justice infiniment parfaite, punit et récompense mieux que ne peut le faire le plus puissant des hommes.
XIV
Table des matières
PREMIÈRE PERSÉCUTION CONTRE LES PREMIERS CHRÉTIENS.
GRAND’MÈRE. La rage des Juifs ne pouvait plus se contenir; tous leurs efforts pour arrêter la multiplication des Chrétiens devenaient inutiles; leurs menaces contre les Apôtres et les disciples restaient sans effet. Pierre et les Apôtres continuaient à prêcher publiquement la religion sainte de Notre Seigneur JÉSUS-CHRIST. Ils résolurent donc d’employer contre les Chrétiens les tortures et la mort. Alors les fidèles, à l’exception des Apôtres, se dispersèrent hors de Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie.
ÉLISABETH. Pourquoi se sauvaient-ils? Ils n’avaient donc pas le courage de souffrir pour JÉSUS-CHRIST?
GRAND’MÈRE. Tous ne se sentaient pas encore la force de braver les souffrances et la mort; mais la vraie raison pour laquelle ils se sont dispersés fut le commandement même qu’avait donné JÉSUS-CHRIST:
«Si les hommes vous persécutent dans une ville, enfuyez-vous dans une autre.»
Comme le bon DIEU n’exige pas des hommes qu’ils recherchent les dangers et les souffrances, ils se cachaient et attendaient que la fureur des Juifs fût calmée.
C’est ainsi que, sans le savoir et sans le vouloir, les Juifs persécuteurs furent la cause que l’Évangile se répandit au loin, beaucoup plus rapidement.
PIERRE. Est-ce que ce n’est pas un peu lâche de se sauver, Grand’mère?
GRAND’MÈRE. Non, mon enfant; ce n’est que prudent; la prudence, n’empêche pas le courage. De même qu’on n’est pas coupable, quand on est malade, de chercher à se guérir par des remèdes, de même il est très-permis d’éviter une persécution ou un danger quelconque par la fuite. Ces mêmes Chrétiens qu’on pourrait soupçonner de lâcheté pour s’être sauvés, ont souffert la mort avec courage, plus tard, quand la persécution est devenue plus acharnée.
LOUIS. Mais pourtant les Apôtres sont restés? Ils n’ont pas eu peur, eux?
GRAND’MÈRE. C’est vrai; mais les autres Chrétiens n’ont pas fui parce qu’ils ont eu peur. Saint Pierre et les Apôtres étaient les chefs de l’Église naissante. Tout en se dérobant le mieux possible à la fureur des Juifs, il était nécessaire qu’ils restassent à Jérusalem, où le troupeau de JÉSUS-CHRIST était le plus menacé. Jérusalem était alors le centre de l’Église; c’était naturellement le poste de saint Pierre, chef de l’Église.
LOUIS. Qu’est que c’est: centre?
GRAND’MÈRE. Le centre est le milieu d’une chose. Il fallait donc que le chef de la nouvelle Église restât au centre afin qu’on pût toujours revenir à lui et le consulter sur ce qu’on devait faire.
MARIE-THÉRÈSE. Et tous les autres Chrétiens se sauvèrent de Jérusalem?
GRAND’MÈRE. Non pas tous; quelques-uns même allèrent enlever le corps du premier martyr Étienne et l’ensevelirent; ils déposèrent ensuite son très-saint corps dans un endroit caché. On commença dès ce temps à l’honorer comme une précieuse relique. On a depuis transporté à Rome les ossements de saint Étienne, premier martyr de la religion chrétienne, et ils y sont encore aujourd’hui.
XV
Table des matières
SIMON LE MAGICIEN.
GRAND’MÈRE. Saül, le jeune homme qui avait gardé les habits des meurtriers d’Étienne, cherchait tous les moyens possibles de détruire le Christianisme naissant; il poursuivait partout les fidèles, entrait dans les maisons, en arrachait les hommes et les femmes qu’on lui dénonçait comme Chrétiens, et les jetait en prison.
PIERRE. Comment un jeune homme seul pouvait-il faire tout cela?
GRAND’MÈRE. Outre que Saül n’était plus un tout jeune homme, car il avait alors environ trente ans, il était citoyen romain et d’une naissance distinguée. Puis, il était déjà connu par sa grande science; enfin, il était un des membres les plus influents et les plus ardents de la secte des Pharisiens, qui l’appuyaient dans toutes ces entreprises contre les Chrétiens.
Pour échapper à cette persécution, les fidèles se dispersaient et passaient de ville en ville.
L’Apôtre saint Philippe, étant allé à Samarie, y prêcha; la foule accourait et voyait les miracles qu’il faisait; elle l’écoutait attentivement.
Beaucoup de paralytiques et de boiteux furent guéris; beaucoup de possédés furent délivrés des démons qui les tourmentaient, ce qui excita une grande joie parmi le peuple.
Or, il y avait dans la ville de Samarie un homme nommé Simon, qui y avait autrefois exercé la magie,
LOUIS. Qu’est-ce que c’est: la magie?
GRAND’MÈRE. La magie est une science et un pouvoir surnaturels qui viennent du démon, avec lequel certaines gens très-coupables ne craignent pas de se mettre en rapport. Il est inutile de vous dire que c’est un grand péché et qu’on perd son âme en s’alliant au démon.
JEANNE Qu’est-ce que c’est: surnaturel?
GRAND’MÈRE. Surnaturel veut dire qui est au-dessus des forces naturelles de l’homme. La magie est donc un pouvoir extraordinaire que de méchants hommes reçoivent du démon pour faire des choses extraordinaires. Ce ne sont pas des miracles, mais cela en a l’air. Le démon, en effet, n’a pas le pouvoir de faire des miracles.
LOUIS. Quels sont les faux miracles que peuvent faire les démons et les magiciens?
GRAND’MÈRE. Ils peuvent, par exemple, faire apparaître des fantômes ou des flammes, ou faire entendre de grands bruits, ou bien encore s’enlever dans les airs, et d’autres choses très-merveilleuses.
HENRIETTE. Mais alors on pouvait croire que les Apôtres aussi exerçaient la magie?
GRAND’MÈRE. Aussi n’a-t-on pas manqué d’accuser de magie Notre-Seigneur et ses Apôtres, et en général tous les Chrétiens qui faisaient des miracles; mais les gens éclairés et de bonne foi ne pouvaient pas s’y tromper; les miracles des magiciens n’amenaient aucun bien et n’avaient aucun caractère de sainteté ; les magiciens liés aux démons, étaient des gens intéressés, avides, égoïstes, inhumains, ivrognes, etc., tandis que les Chrétiens menaient une vie très-innocente; ils étaient pleins de charité, d’abnégation, et vivaient dans l’amour de DIEU et de tous les hommes.
Pourtant ce Simon le magicien séduisait beaucoup de monde à Samarie et se faisait passer pour un homme juste et annonçant la parole de DIEU. Tous l’écoutaient, depuis les pauvres jusqu’aux riches. Les faux prodiges qu’il faisait les séduisaient et faisaient croire à ses paroles.
Mais ayant entendu Philippe, ils reconnurent bientôt la différence de sa conduite et de ses enseignements avec ceux de Simon, et ils voulurent être baptisés, hommes et femmes, au nom de JÉSUS-CHRIST.
Alors Simon, lui aussi, entrevit la vérité ; ayant demandé à être baptisé, il suivait Philippe et ne le quittait plus; voyant les grands miracles qu’il faisait, il s’étonnait et admirait.
CAMILLE. C’est singulier, Grand’mère, qu’un homme qui s’était donné au démon et à la magie se soit converti.
GRAND’ MÈRE. Aussi sa conversion n’était-elle ni bien solide, ni très-sincère, comme tu vas le voir tout à l’heure; il croyait plus avantageux pour lui de suivre Philippe, espérant qu’il lui en reviendrait de grands biens, mais saint Pierre découvrit le fond de sa pensée et la noirceur de son âme.
Les Apôtres qui étaient à Jérusalem, ayant appris les nombreuses conversions que faisait saint Philippe à Samarie, décidèrent que saint Pierre et saint Jean iraient le rejoindre.
MADELEINE. Grand’mère, comment les Apôtres ont-ils pu envoyer saint Pierre qui était plus qu’eux? Il me semble qu’ils n’en avaient pas le droit.
GRAND’MÈRE. Parmi les Apôtres tout se faisait dans l’humilité et la charité. Saint Pierre n’allait pas à Samarie, comme un inférieur envoyé par son supérieur, mais comme un Apôtre de JÉSUS-CHRIST qui ne cherchait en cela, comme en tout, que le salut des âmes: et la gloire de son Divin Maître. Dans nos missions, nos Évêques agissent encore avec cette simplicité ; ils travaillent comme les plus humbles de leurs prêtres, allant partout où on a besoin de leur saint ministère.
Saint Pierre et saint Jean arrivèrent donc à Samarie; ils prièrent pour les nouveaux disciples afin qu’ils fussent dignes de recevoir l’Esprit-Saint; car il n’était encore descendu sur aucun d’eux; ils n’avaient reçu que le baptême au nom de Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST.
Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains et ils reçurent l’Esprit-Saint visiblement.
VALENTINE. Grand’mère, comment recevaient-ils visiblement le Saint-Esprit.
GRAND’MÈRE. Visiblement veut dire que toutes les personnes présentes le voyaient.
LOUIS. Et qu’est-ce qu’on voyait?
GRAND’MÈRE. On voyait une flamme céleste comme au jour de la Pentecôte.
Simon le magicien ayant vu que par l’imposition des mains des Apôtres, l’Esprit-Saint était donné, il leur offrit de l’argent, disant: «Vendez-moi la puissance que donne l’imposition des mains pour faire venir l’Esprit-Saint, afin que je puisse le donner comme vous.»
Saint Pierre lui répondit avec indignation:
«Que ton argent périsse avec toi, parce que tu as cru que le Saint-Esprit pouvait s’acheter à prix d’argent. Fais pénitence de cette méchanceté, et prie DIEU pour qu’il te pardonne ta mauvaise pensée. Car je vois que l’orgueil et l’avarice remplissent ton cœur et que tu es dans les liens du démon.»
Simon répondit:
«Priez vous-même pour moi, afin que ce que vous avez dit n’arrive pas.»
PIERRE. Mais c’est très-bien à Simon de parler si humblement.
GRAND’MÈRE. Ce n’était pas par humilité que Simon demandait à Pierre de prier pour lui, mais par crainte du pouvoir de Pierre, qui lui avait dit: «Que ton argent périsse avec toi!»
Nous retrouverons plus tard ce détestable Simon, que l’Apôtre saint Pierre poursuivit sans relâche; qu’il obligea à quitter la Syrie; et qui, s’étant rendu à Rome, devint plus tard le favori du cruel Empereur Néron.
Les trois Apôtres, Pierre, Jean et Philippe, continuèrent quelques jours encore à prêcher dans la ville de Samarie; ensuite ils revinrent à Jérusalem, prêchant JÉSUS-CHRIST dans toutes les villes par lesquelles ils passaient.
XVI
Table des matières
CONVERSION DE L’ÉTHIOPIEN.
GRAND’MÈRE. Un jour un Ange du Seigneur parla à Philippe et lui dit:
«Lève-toi et va vers le midi sur le chemin qui descend de Jérusalem à GAZA.»
Le diacre saint Philippe (qu’il ne faut pas confondre avec Philippe l’Apôtre), s’étant levé, marcha comme l’Ange lui avait dit. Et voilà qu’un riche Juif Éthiopien....
LOUIS. Qu’est-ce que c’est: un Éthiopien?
GRAND’MÈRE. C’est un habitant de l’Éthiopie, grand royaume de l’Afrique.
MARIE-THÉRÈSE. Et comment était cet Éthiopien? Qu’est-ce qu’il faisait en Judée?
GRAND’MÈRE. Il était noir comme tous les Éthiopiens; il était gardien des trésors de CANDACE, Reine d’Éthiopie; et il était très-puissant parce que la Reine avait grande confiance en lui. Il était venu à Jérusalem pour adorer DIEU dans le Temple qui était fameux dans tout l’Orient par ses richesses et par sa splendeur.
L’Éthiopien s’en retournait dans son pays, assis sur un char, et lisant tout haut le livre du Prophète Isaïe.
L’Esprit-Saint dit à Philippe:
«Approche près de ce char.»
Philippe, suivant l’ordre de l’Esprit, accourut près du char et entendit l’Éthiopien lisant le Prophète Isaïe. Philippe lui dit:
«Comprends-tu bien ce que tu lis?»
L’Éthiopien répondit:
«Comment puis-je comprendre, si quelqu’un ne me l’explique? » et il pria Philippe de monter et de s’asseoir près de lui.
JACQUES. Pourquoi lisait-il, puisqu’il ne comprenait pas?
GRAND’MÈRE. Parce qu’il était pieux et que les livres des Prophètes étaient une sainte lecture très-recommandée aux fidèles de l’ancienne loi. C’est comme nous maintenant, lorsque par un bon sentiment de foi et de piété nous lisons l’Évangile.
Philippe monta dans le char et il vit que le passage que lisait l’Éthiopien sans le comprendre, était celui-ci: Il a été mené à la boucherie comme une brebis; et comme un agneau est sans voix devant celui qui le tond, ainsi, il n’a pas ouvert la bouche, etc. Et l’Éthiopien dit à Philippe:
«De qui, je te prie, le Prophète dit-il tout cela?»
Alors Philippe, commençant à parler, lui expliqua cet endroit de l’Écriture et beaucoup d’autres encore; il lui parla des mystères de JÉSUS-CHRIST, et après qu’il eut parlé longtemps, ils vinrent à passer près d’une rivière et l’Éthiopien dit:
«Voilà de l’eau. Qui empêche que je sois baptisé ?»
Philippe répondit:
«Si tu crois de tout ton cœur, cela se peut.
— Je crois, dit l’Éthiopien, que JÉSUS-CHRIST est le Fils de DIEU.»
Et il commanda d’arrêter le char; tous deux descendirent; ils entrèrent dans l’eau, et Philippe le baptisa.
Lorsqu’ils furent sortis de l’eau, l’Esprit-Saint enleva Philippe. L’Éthiopien, ne le voyant plus, remonta dans son char et continua sa route, le cœur plein d’admiration et de joie. Étant de retour en Éthiopie, il y prêcha l’Évangile de JÉSUS-CHRIST comme le lui avait appris Philippe.
Philippe, ayant été ainsi miraculeusement enlevé par le Seigneur, se trouva dans la ville d’AZOT. Il y prêcha, ainsi que dans toutes les villes où il passa, jusqu’à ce qu’il fût arrivé à CÉSARÉE.
LOUIS. Qu’est-ce que c’est: Azot et Césarée?
GRAND’MÈRE. C’étaient deux villes de la Palestine au bord de la mer; c’est Hérode qui avait presque entièrement bâti Césarée, et il l’avait nommée ainsi pour flatter l’empereur César-Tibère, le tyran de Rome et du monde.
XVII
Table des matières
CONVERSION DE SAUL.
GRAND’MÈRE. Saul était toujours exaspéré contre les Chrétiens, disciples de JÉSUS. Il alla trouver le Prince des prêtres et lui demanda des lettres pour les synagogues de DAMAS.

ARMAND. Qu’est-ce que c’est: synagogues?
HENRIETTE. Tu le sais bien, grand’mère nous l’a déjà dit en racontant l’Évangile.
ARMAND. Non, je ne sais pas, j’ai oublié.
HENRIETTE. Ah bien! si tu oublies tout, c’est ennuyeux à la fin.
GRAND’MÈRE. Ma petite Agnella, prends garde de perdre ce nom et de mériter celui de LIONETTE.
HENRIETTE. Pardon, Grand’mère, je me suis un peu impatientée; mais c’est la première fois, et Armand est si impatientant avec ses questions!
GRAND’MÈRE. Chère petite, pense qu’il a cinq ans.
HENRIETTE. C’est vrai, Grand’mère, mais pourquoi oublie-t-il ce que vous avez dit?
GRAND’MÈRE. Parce qu’il n’a que cinq ans comme le Petit-Louis.
HENRIETTE. Je ne dirai plus rien, Grand’mère, je ne veux pas que vous m’appeliez LIONETTE.
GRAND’MÈRE. Très-bien, mon enfant; reste la petite Agnella, le bon DIEU t’en aimera davantage et moi aussi.
Henriette embrasse sa grand’mère, qui l’embrasse aussi et continue son récit.
Je réponds d’abord à Armand que les synagogues étaient les lieux consacrés, chez les Juifs, à la prière et aux réunions religieuses. Saul demanda donc des lettres qu’il devait montrer aux magistrats et aux chefs de la synagogue de Damas, afin de pouvoir arrêter et faire mettre en prison tous ceux qui lui seraient signalés comme Chrétiens. Il avait le projet de les conduire enchaînés à Jérusalem.
JACQUES. Quel méchant homme! J’espère que le bon DIEU l’en empêchera.
GRAND’MÈRE. Oui, tu vas voir comment le bon DIEU va l’en empêcher.
Il était en route, accompagné de beaucoup de soldats, et il approchait de Damas, quand tout à coup une éclatante lumière du ciel brilla autour de lui.
JEANNE. C’était un éclair?
GRAND’MÈRE. Oui, mais un éclair comme le bon DIEU seul peut en faire et comme on n’en a jamais vu depuis. C’était une lumière miraculeuse, plus brillante que le soleil. Saul tomba par terre et entendit une voix qui lui disait en hébreu:
«Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? Il te sera dur de regimber contre l’aiguillon.» Ce qui veut dire: Il te sera difficile de lutter contre moi.
«Qui êtes-vous, Seigneur?» dit Saul épouvanté.
La voix répondit:
«Je suis JÉSUS de Nazareth, que tu persécutes.»
Saul, tremblant et effrayé, dit:
«Seigneur, que voulez-vous que je fasse?»
Et le Seigneur lui répondit:
«Lève-toi, et va dans la ville; je t’ai apparu afin de t’établir l’apôtre et le témoin des choses que tu as vues et de celles que tu verras lorsque je t’apparaîtrai de nouveau. Et je te délivrerai de ce peuple qui te persécutera, et des nations auxquelles je t’enverrai pour leur faire connaître la vérité, afin qu’elles se convertissent, qu’elles quittent le démon, qu’elles reviennent à moi. Par la foi qu’ils auront en moi, ils recevront le pardon de leurs péchés et seront dans le ciel avec les Saints. Lève-toi donc, va à Damas. On te dira ce que tu dois faire.»
ARMAND, tristement. Mon Dieu, mon Dieu, je ne comprends rien de ce que dit la voix.
GRAND’MÈRE, souriant. Mon pauvre petit, je vais te l’expliquer. La voix, qui était celle de Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST, dit à Saul qu’il va changer son cœur, qu’il fera de lui un grand Chrétien, un Apôtre; qu’il lui donnera la mission de convertir beaucoup de peuples, et qu’il le protégera contre tous les méchants.
ARMAND, joyeux. Ah! merci, Grand’mère, je comprends très-bien.
MADELEINE. Mais comment Notre-Seigneur est-il si bon pour Saul, qui était si méchant pour les Chrétiens?
GRAND’MÈRE. Parce que Notre-Seigneur, qui voit toutes les pensées des hommes, a vu que Saul, en persécutant les Chrétiens, ne le faisait par aucun mauvais sentiment.
HENRI. Comment? aucun mauvais sentiment. Ce n’est pas mauvais de mettre en prison et de faire souffrir de pauvres innocents? de faire pleurer ceux qui restaient abandonnés?
GRAND’MÈRE. Si fait, tout cela est mauvais, très-mauvais. Je veux dire seulement que Saul était un ignorant et pas un impie. Bien loin de là ! Saul était très-zélé pour la religion juive; il croyait que c’était servir DIEU que d’empêcher une nouvelle religion de détruire l’ancienne. Il regardait les Chrétiens comme des sacrilèges, et c’est pour cela seulement qu’il les poursuivait. En le faisant, il croyait de bonne foi remplir un devoir sacré.
Ce Saul est le même que le grand Apôtre saint Paul. Vous verrez plus tard à quelle occasion il a changé de nom. Nous l’appellerons Paul à l’avenir. Maintenant, pourquoi le bon DIEU l’a-t-il choisi de préférence à tant d’autres pour en faire l’Apôtre des nations? C’est le secret de sa Providence; il choisit qui il veut, il est le maître de ses dons.
Les hommes qui accompagnaient Paul dans son voyage avaient entendu une voix, mais ils n’avaient pas compris ses paroles; ils avaient vu la lumière, mais ils n’avaient distingué personne et ils restaient stupéfaits.
Paul se leva de terre, et, quoiqu’il eût les yeux ouverts, il ne voyait rien.
JEANNE. Pourquoi cela?
GRAND’MÈRE. Parce qu’il était devenu subitement aveugle; la lumière céleste l’avait ébloui, et Notre Seigneur lui faisait ainsi sentir sa toute-puissance.
Les compagnons de Paul le prirent donc par la main et le conduisirent à Damas; il y resta trois jours sans y voir, ne mangeant ni ne buvant.
JEANNE. Pauvre homme! comme il devait être malheureux!
GRAND’MÈRE. Non, il était pénétré de repentir; la foi en JÉSUS-CHRIST remplissait son cœur; la douleur d’avoir persécuté les fidèles serviteurs du vrai DIEU, lui faisait accepter avec amour la punition que lui envoyait le Seigneur, et lui inspirait le désir de souffrir davantage encore pour être pardonné.
Or, il y avait à Damas un disciple nommé Ananie....
MARIE-THÉRÈSE. Comment, celui qui était tombé mort?
GRAND’MÈRE. Non, celui-là était mort et enterré ; c’était un autre disciple du même nom. Le Seigneur lui apparut et l’appela: «Ananie! — Me voici, Seigneur,» répondit Ananie.
«Lève-toi, lui dit le Seigneur, va dans une rue qui s’appelle la rue DROITE, cherche dans la maison de JUDE un homme nommé SAUL, de la ville de TARSE, car il est là en prière.»
CONVERSION DE ST PAUL.
Hachette & Cie

Et dans ce même moment, Paul voyait en esprit....
LOUIS. Comment, en esprit?
GRAND’MÈRE. En esprit, c’est-à-dire intérieurement, par une vision surnaturelle, et non pas avec les yeux du corps. Paul vit donc en esprit un homme nommé Ananie qui entrait et lui imposait les mains, afin qu’il recouvrât la vue.
Ananie répondit au Seigneur:
«Seigneur, j’ai appris de plusieurs Chrétiens combien cet homme a fait de mal à vos fidèles de Jérusalem. Il a même reçu du Prince des prêtres le pouvoir d’enchaîner et d’emprisonner tous ceux qui invoquent votre nom.»
Le Seigneur lui répondit:
«Va, car cet homme portera partout la gloire de mon nom; il est l’instrument que j’ai choisi pour me faire connaître et devant les peuples et devant les Rois et devant les enfants d’Israël....»
VALENTINE. Qu’est-ce que c’est: les enfants d’Israël?
GRAND’MÈRE. Ce sont les Juifs, qu’on appelait aussi Israélites.
«Et je lui montrerai, ajouta le Seigneur, combien il faudra qu’il souffre pour la gloire de mon nom.»
Alors Ananie sortit et entra dans la maison où était Paul et, lui imposant les mains, il dit:
«Saul, mon frère, le Seigneur JÉSUS, qui t’a apparu dans le chemin par où tu venais, m’a envoyé vers toi, afin que tu voies et que tu sois rempli de l’Esprit-Saint.»
Et aussitôt il tomba des yeux de Paul comme des écailles et il recouvra la vue.
Et Ananie lui dit que JÉSUS-CHRIST l’avait choisi entre tous pour connaître sa loi et la faire connaître à toutes les nations.
«Et maintenant, lui dit-il, qu’attends-tu? Lève-toi, sois baptisé, et purifie-toi de tes péchés en invoquant le nom du Seigneur.»
Paul se leva, fut baptisé, et, ayant mangé, il reprit des forces.
JEANNE. Je crois bien! Il devait mourir de faim; trois jours sans boire ni manger!
GRAND’MÈRE. Le bon DIEU lui avait donné des forces pour supporter ce long jeûne. Il demeura quelques jours avec les disciples qui étaient à Damas; aussitôt après, il se mit à parler dans les synagogues, disant hautement que JÉSUS-CHRIST était le Fils de DIEU. Tous ceux qui l’écoutaient étaient dans un grand étonnement et disaient: «N’est-ce pas là celui qui persécutait si cruellement, dans Jérusalem, ceux qui invoquaient le nom de JÉSUS? et qui est venu à Damas pour les conduire, chargés de fers, au Prince des prêtres? Comment ce même homme prêche-t-il comme ceux qu’il persécutait encore tout dernièrement?»
Mais Paul ne faisait aucune attention à ces paroles, et réduisait au silence les Juifs qui étaient à Damas, leur démontrant que JÉSUS était le CHRIST, le MESSIE annoncé par les Prophètes.
HENRIETTE. Comment les Juifs ne l’ont-ils pas arrêté et mis en prison, comme il voulait le faire lui-même pour les Chrétiens?
GRAND’MÈRE. Parce que le bon DIEU n’a pas permis que dès le commencement de sa conversion Paul fût soumis à une si rude épreuve. Puis Paul se méfiait des Juifs plus qu’un autre; il ne se laissait pas prendre.
Après avoir passé quelque temps encore à Damas, Paul alla dans les déserts de l’Arabie.
LOUIS. Qu’est-ce que c’est: l’Arabie?
GRAND’MÈRE. L’Arabie est un pays voisin de la Judée.
HENRI. Pourquoi a-t-il été dans le désert?
GRAD’MÈRE. Pour y vivre dans une retraite plus profonde, pour y faire une pénitence plus parfaite et pour se préparer ainsi à son Apostolat. Après y avoir passé quelque temps, Paul revint à Damas et y fit un assez long séjour.
VALENTINE. Combien est-ce un long séjour?
GRAND’MÈRE. On ne dit pas combien de temps au juste il y resta, mais je pense que c’est plusieurs années, car il est dit que trois ans après sa conversion, les Juifs ne pouvant plus le souffrir, à cause de sa hardiesse à prêcher la divinité de Notre-Seigneur, et aussi à cause des nombreuses conversions qu’il opérait, ils résolurent de le tuer.
Ils voulaient faire au disciple ce qu’ils avaient fait au Maître. De peur qu’il ne leur échappât, ils obtinrent du gouverneur qui gardait la ville pour ARÉTAS, Roi des Arabes, de faire fermer les portes de Damas et d’y mettre des gardes.
ARÉTAS, Roi des Arabes, était en guerre avec HÉRODE, Tétrarque ou gouverneur de la Galilée. Les Juifs de Damas allèrent donc dénoncer Paul comme un espion d’Hérode, et ils obtinrent facilement du gouverneur un ordre pour arrêter l’espion.
Mais Paul fut averti de leur mauvais dessein. Les disciples le prirent, le mirent dans un grand panier, attaché avec une longue corde, et le descendirent par une fenêtre pendant la nuit, en dehors des murs de la ville; car Damas était entourée de hautes murailles. Ainsi il se sauva et alla à Jérusalem.
LOUIS. C’est bien fait d’avoir attrapé ces méchants Juifs. Mais pourquoi Paul alla-t-il à Jérusalem? C’était là qu’étaient les plus grands ennemis des Chrétiens!
GRAND’MÈRE. Il y alla, comme il l’a dit lui-même, pour voir Pierre et pour conférer avec lui comme avec le Vicaire de
JÉSUS-CHRIST. Il y alla pour lui rendre hommage comme au chef de l’Église, comme à celui auquel il devait respect et obéissance. Il n’avait pas besoin de s’instruire près de Pierre, car Dieu lui-même l’avait miraculeusement éclairé et instruit, mais pour donner aux siècles futurs l’exemple de la déférence, de la soumission que tous, même les plus savants, doivent au Pape, chef de l’Église.
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