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Joseph-Justin-Adrien Roger
Les coliques du cheval : diagnostic et traitement

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066324162
Table des matières
PRÉFACE
AVANT-PROPOS
PREMIÈRE PARTIE
I. — PARTIE MIMÉE
A. — Description des principales manifestations de la partie mimée.
B. — Pathogénie des gestes et des attitudes.
Gestes et attitudes involontaires.
Pathogénie des gestes et attitudes involontaires.
II. — PARTIE AUDIBLE
III. — PARTIE CHIFFRÉE
A. — SÉCRÉTION SALIVAIRE.
B. — LE RÉFLEXE OTO-CARDIAQUE.
C. — ACTION DE L’ATROPINE SUR LE VAGUE.
DEUXIÈME PARTIE
A. — DES CAUSES AMORÇANTES.
Les étincelles ou causes occasionnelles.
Etude des signes à l’aide desquels on peut reconnaître les amorcés.
TROISIÈME PARTIE
LES NÉVROSES DIGESTIVES.
Coliques de sables. — Sablose.
Les syndromes gastriques.
Syndromes intestinaux.
Crises vasculaires.
Coliques urinaires.
Coliques verminèuses.
Péritonite et septicémie péritonéale.
Diagnostic.
Pronostic des crises abdominales.
Thérapeutique générale des crises abdominales.
THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALE
PRÉFACE
Table des matières
Ce livre est un travail de longue haleine dans lequel l’auteur — vétérinaire et docteur en médecine — a apporté la pénétration, la clarté, que donne la connaissance approfondie de la physio-pathologie, et qui mérite de fixer l’attention des praticiens par son caractère essentiellement clinique.
La première partie comprend la Sémiologie spéciale des crises abdominales, exposée en trois chapitres: le langage des gestes (la mimique); le langage abdominal (les signes physiques perçus à l’auscultation du ventre); le langage chiffré (les phénomènes dus au retentissement des troubles abdominaux sur les grandes fonctions).
La mimique est très étudiée. Notre distingué confrère a cherché la raison, la signification de tous les gestes, et l’exposé de ses curieuses recherches est fort instructif. Dans les pages consacrées au langage abdominal, on trouve les moyens de recueillir utilement les diverses manifestations audibles et de les interpréter. Le langage chiffré est très documenté, riche en notions nouvelles, intéressantes à connaître. La réflectivité normale et pathologique a été heureusement exploitée pour le diagnostic du siège des lésions. Les différents claviers (sensitif, sudoral, thermique) qui y sont décrits témoignent de l’ingéniosité et des solides connaissances de l’auteur. Le réflexe oto-cardiaque permet le diagnostic des névroses digestives. Les signes du bras, du thermomètre, de l’anus, révèlent l’existence d’une obstruction ou d’une occlusion intestinale. La dissociation de la température et du pouls est un signe important pour différencier la coprostase des calculs.
La description des crises est faite avec un luxe de détails et une minutie dénotant le souci de recueillir intégralement l’énoncé du problème que pose au clinicien la crise abdominale, car c’est par l’interprétation de tous les symptômes qu’on arrive à entendre l’ensemble des déviations fonctionnelles, c’est-à-dire à avoir le sens de la crise. Ici encore les notions nouvelles foisonnent; nous citerons: l’aérophagie hypertonique, les névroses, les crises vasculaires, le diagnostic différentiel du calcul et de la coprostase, le diagnostic différentiel des volvulus du grêle et du gros côlon, l’aortite abdominale, le syndrome de contracture pelvienne.
La méthode dite de recoupements avec ses procédés basés sur l’accord des aides — mimique, phonétique, langage chiffré, — et un tableau analytique rendent attrayant le chapitre de la diagnose.
La partie thérapeutique est simple et rationnelle. L’auteur a fourni des indications précises, qu’il est facile de remplir avec un’petit nombre de remèdes opportunément administrés.
L’ouvrage du Dr Roger sera lu avec intérêt et profit par les vétérinaires praticiens. Essentiellement original, issu de la clinique et de l’expérimentation, il apporte une importante contribution à l’éclaircissement des questions obscures que comporte encore la pathologie de l’appareil digestif des Equidés.
P.-J. CADIOT.
AVANT-PROPOS
Table des matières
De même que la pathologie de la femme gravite autour de l’utérus, la pathologie équine gravite autour de l’appareil digestif.
Le praticien est parfois dans un cruel embarras en présence d’une crise abdominale. Il partage ce sort avec le médecin qui, cependant, est mieux doté au point de vue diagnostique grâce au laboratoire, à la radiographie et aux renseignements que peut lui fournir le patient. Le médecin a encore l’avantage de passer le malade à un chirurgien qui dispose du moyen «d’aller voir» en pratiquant la laparatomie, tandis que la chirurgie exploratrice n’a pas encore acquis droit de cité dans la pratique courante de notre art. Le vétérinaire doit tendre son esprit d’observation et aiguiser son sens clinique pour lui donner le maximum de pénétration s’il ne veut pas être passible des griefs que le vitaliste Barthez de la faculté de Montpellier adressait aux médecins de son temps: «Nous sommes des aveugles qui, un bâton à la main, frappons tantôt sur le mal, tantôt sur le malade; tant mieux quand c’est sur le mal.»
Le taux de la morbidité et de la mortalité permettent de penser que nous en sommes au point de vue abdominal à l’époque Barthézienne. En effet, une prophylaxie si peu efficace doit être tenue pour suspecte ainsi que l’étiologie qui lui fournit les indications. Tout s’enchaîne logiquement dans l’erreur quand le point de départ est erroné. L’étiologie égare la prophylaxie et la pathogénie; comme on a pu dire judicieusement que la thérapeutique est la pathogénie retournée, il est facile de saisir les conséquences déplorables de l’erreur de doctrine.
Le rôle du vétérinaire en présence d’une crise abdominale nous paraît être le suivant:
1° Sauver son malade.
2° Le guérir et, dans le cas où la guérison est impossible, fixer les indications d’une utilisation rationnelle aux fins d’une conservation prolongée.
Quand l’orage d’une crise est passé, quand le calme est rétabli et que les déviations fonctionnelles se sont évanouies, en un mot quand l’entourage considère que le cheval est guéri, la tâche du praticien n’est pas terminée. Son malade est sauvé, mais il n’est pas guéri car dans l’immense majorité des cas, la crise abdominale n’est qu’un épisode plus ou moins dramatique d’une maladie fonctionnelle ou organique dont elle peut être considérée en quelque sorte comme révélatrice. Les crises abdominales éclosent sur un fond dyspeptique.
La dyspepsie est parfois essentielle mais elle est souvent symptomatique; elle est dite essentielle quand elle n’est pas la conséquence d’un trouble préexistant dans l’organisme; elle est dite symptomatique dans le cas contraire.
La dyspepsie symptomatique comprend plusieurs variétés:
1° organopathique (gastrite, hépatite, néphrite, artério-sclérose, affection du cœur, etc., anévrismes).
2° Helminthiasique.
3° Microbienne (auto-intoxication).
Pour sauver son malade, le praticien doit être en mesure d’établir le bilan des déviations fonctionnelles qui caractérisent l’affection envisagée. Les symptômes sont les données du problème que la crise pose au clinicien. Comme pour tout problème dont l’énoncé manque de données, l’entendement de la crise sera impossible pour ceux qui n’auront pas appris à voir. Il n’est pas toujours possible pendant la crise de faire le diagnostic étiologique et pathogénique.
Ce diagnostic est indispensable pour guérir le malade; mais le diagnostic physio-pathologique peut permettre de le sauver. Or, il est possible d’établir dans tous les cas la somme des déviations fonctionnelles et ce sont ces déviations qui doivent servir de base au traitement de la crise.
Un spasme intestinal reconnait plusieurs mécanismes, mais il cède aux antispasmodiques. L’hypertension a également des causes multiples; n’empêche que les émissions sanguines ou les vaso-dilatateurs apportent un soulagement au patient et peuvent même faire cesser la crise.
Sans connaître l’étiologie exacte on peut déterminer la nature d’un trouble. Ex.: Parmi les facteurs de la stase intestinale on peut invoquer le spasme qui bloque l’intestin; l’entérite qui le paralyse d’après la loi de Stockes; la paralysie du plexus solaire, etc. Les attributs du trouble fonctionnel varient avec la nature de ces troubles comme nous aurons l’occasion de le montrer et leur connaissance conduit à une thérapeutique rationnelle adaptée à chaque cas.
Pour guérir son malade le praticien doit être en mesure de diagnostiquer la variété de dyspepsie qui conditionne l’apparition des crises (voir étiologie). Beaucoup de dyspepsies sont fonctionnelles avant d’être organiques; tant que le trouble n’atteint que la fonction, la guérison peut être obtenue. On arrive trop tard quand l’organe a été frappé. Dans ce cas le praticien doit se borner à prévenir les orages en fixant les indications d’une utilisation rationnelle.
En somme les crises abdominales sont des ruptures explosives de la paix organique abdominale, amorcées de longue haleine qui éclatent au choc d’une occasion favorable. L’amorce c’est l’état dyspeptique. L’étincelle ce sont des facteurs variés; milieu ambiant, travail, la qualité ou la quantité des aliments, etc. On ne peut le plus souvent rien pour supprimer l’étincelle, tandis qu’on peut empêcher l’amorçage grâce aux indications fournies par une Etiologie vraie.
Afin d’éviter les répétitions, nous renvoyons le lecteur au chapitre des causes amorçantes, nous bornant pour l’instant à montrer comment on peut arriver à saisir l’ensemble des perturbations apportées dans l’organisme par l’évolution d’une crise de coliques. Pour atteindre ce but il faut penser physiologiquement. Nous allons exposer la méthode que nous avons employée et qui nous a permis d’éclairer notre pensée clinique.
Faisant table rase de nos connaissances, nous avons essayé de reprendre l’étude de la question en nous imposant d’interpréter toutes les manifestations observées au cours des crises et à les subordonner entre elles. Pendant longtemps nous nous sommes imposé de n’avoir que des yeux et des oreilles et de suivre nos malades à partir du moment où ils nous étaient présentés jusqu’au dénoûment. Nous avons fait une ample moisson de symptômes. Nous avons passé ensuite à l’interprétation des éléments séméiologiques à l’aide de quelques principes que nous nous sommes donnés et que nous allons énumérer.
1° Un même symptôme peut être produit par des causes différentes. Ex.: Le météorisme s’observe au cours de l’aérophagie, de la péritonite, des fermentations primitives ou secondaires. Cette constatation impose l’étude du déterminisme des éléments symptomatiques car le symptôme conduit au syndrôme et le syndrome au diagnostic.
Les crises sont généralement plurisyndromatiques. Si nous assimilons le tableau clinique à un jeu de patience les syndrômes et les symptômes représenteront des fragments à contours plus ou moins irréguliers qui ne pourront faire partie du complexus de la crise qu’à la condition de se raccorder. Ex.: Le symptôme météorisme d’origine fermentative ne trouvera pas place dans un syndrome aérophagique car les stigmates de l’aérophagie feront défaut. Les syndrômes devront également se raccorder entre eux. De plus le tableau clinique devra être brossé mentalement suivant les lois de la perspective clinique, c’est-à-dire en situant sur des plans différents le syndrome principal, déchaînant, nourricier en quelque sorte de la ciser et les syndromes corollaires ou parasites. Quand on est en mesure de reconstituer mentalement le tableau clinique de la façon que nous avons indiquée on a l’entendement de la crise dont on a fait en quelque sorte la preuve clinique.
2° Etant donné que le système nerveux régit la clinique, tous les phénomènes observés au cours des crises sont dans un état de dépendance vis-à-vis du pneumogastrique ou du sympathique, seuls rameaux en rapport directement avec le tube digestif auquel ils apportent la sensibilité, la motricité, la vaso-motricité et qui règlent en outre les sécrétions, la tonicité et la trophicité. Dans toute crise il y a participation du vague ou du sympathique, parfois des deux. Il existe donc dans la cavité abdominale un clavier vago-sympathique dont chacune des touches représente une des fonctions de la Xe paire ou du sympathique. Les notes de ce clavier vibrent soit isolément, soit en accords, soit tutti-quanti quand il s’agit d’irritations électives n’intéressant que certaines fibres spécialisées fonctionnellement, ou d’irritation totale.
3° D’autre part, il est à remarquer que l’irritation provoque des réactions différentes suivant les cas. Elle est susceptible de conditionner soit l’exaltation fonctionnelle, soit la suppression fonctionnelle par inhibition, soit l’hallucination (voir article «douleur»).
4° Toute réaction de l’organisme peut être considérée comme une défense ou une hallucination.
5° Les réactions sont fonction de l’hérédité, du tempérament et de la tendance morbide.
6° Un trouble fonctionnel léger ou une lésion superficielle exaltent les réflexes; tandis qu’un trouble grave ou une lésion profonde les supprime (loi de Lasègue). Hippocrate avait déjà dit: Febris spasmos solvit. Le professeur Roger a montré que le réflexe gastro-salivaire est supprimé dans les affections graves de l’estomac.
7° Toutes les manifestations observées au cours des crises en dehors de la cavité abdominale sont subordonnées à des répercussions nerveuses ou humorales du trouble abdominal. Il faut encore tenir compte de phénomènes d’origine mécanique.
Une crise est donc constituée: 1° par le dérèglement partiel ou total des fonctions de l’appareil digestif; 2° par des troubles à distance, véritables harmoniques des notes abdominales.
Rien n’est plus simple que de percevoir les notes du clavier vago-sympathique. La participation de la motricité sera perçue par les modifications de la péristaltique car elle conditionnera l’une ou l’autre des deux déviations du type normal: 1° suivant le degré, l’exagération du transit intestinal ou le spasme; 2° l’inhibition fonctionnelle ou paralysie. L’auscultation abdominale nous permet de différencier ces états de la motricité. L’élément douleur se révèle par le facies, les gestes ou les attitudes volontaires, les plaintes, etc. Nous montrerons que l’irritation des fibres sensitives abdominales s’irradie sur la surface somatique et que cette constatation permet d’imaginer un clavier utilisable dans le diagnostic du siège du trouble abdominal. L’irritation des fibres vaso-motrices entraîne des modifications de la tension sanguine dans le sens de l’hypertension ou de l’hypotension.
L’excitation anormale des fibres sécrétoires se révèle par l’état de la sécrétion salivaire, par l’auscultation, par les évacuations alvines.
Si les fibres toniques sont influencées on peut observer dans le cas de fléchissement: du météorisme et dans le cas d’hyperactivité.: l’absence de ballonnement.
S’il n’y avait qu’une seule note du clavier qui vibre on se trouverait en présence d’une individualité telle qu’on ne pourrait pas les confondre avec d’autres; on pourrait dire par exemple que ce sont des crises d’un style pur. On aurait le style vasculaire, le style moteur, le style sécrétoire, etc., etc. Malheureusement il y-a toujours plusieurs fibres qui vibrent et les styles sont composites. Parfois les notes secondaires vibrent faiblement, faisant en quelque sorte un accompagnement et dans ce cas il est facile de dégager la note dominante. La difficulté est plus grande quand plusieurs notes vibrent fortement, et à plus forte raison quand tout le clavier est mis en branle énergiquement. Nous montrerons comment on peut arriver à différencier les concerts abdominaux.
Nous avons dit que les troubles abdominaux retentissent sur les grandes fonctions. Parmi ces retentissements, il en est qu’on rencontre à coup sûr, tels sont les répercussions cardiaques des troubles circulatoires, les troubles respiratoires d’origine mécanique, etc. Mais il en est d’autres qui sont contingents et qui dépendent des susceptibilités nucléaires individuelles.
Une excitation à point de départ abdominal peut s’irradier à la périphérie, à la moelle, aux centres nerveux supérieurs. Il en est de même quand il s’agit d’une réverbération humorale. Un certain nombre de centres sont intéressés et tandis que certains noyaux sont réfractaires, il en est qui réagissent violemment. Les susceptibilités nucléaires entrent ici en jeu. Chaque individu a ses sensibilisations spéciales qui diffèrent de celles qu’on observé chez un autre sujet. Ex.: Un malade qui souffre de l’oreille dont l’innervation a des connexions avec le noyau de la VIIIe paire qui est le noyau du vertige fera facilement du vertige d’irradiation. Un autre malade présentant des troubles du glosso-pharyngien qui est le nerf de la nausée fera de préférence des nausées.
Les manifestations à distance sont encore influencées indépendamment de la loi de Lasègue par l’organe dans lequel se produisent les troubles primitifs. Ex.: Les troubles gastriques ont une mimique cervico-faciale, tandis que les troubles du côlon flottant ont une mimique génitale (érection, saillies clitoridiennes). Ce fait permet dans une certaine mesure de distinguer les affres siégeant dans les parties antérieures du tube digestif de celles qui siègent dans les parties opposées.
Ce qui précède montre que chaque crise a une physionomie spéciale. L’aphorisme de Landouzy: «IL n’y a pas de maladie, il n’y a que des malades», s’applique étroitement aux crises abdominales. On ne peut saisir l’étendue des déviations fonctionnelles qu’en suivant physio-pathologiquement le film qui se déroule. Indépendamment des susceptibilités nucléaires, il a des complications multiples et variées. Une crise gastrique peut s’accompagner de stase intestinale et celle-ci se compliquer d’un syndrome urinaire. De plus, les syndromes parasites peuvent s’implanter après la cessation de la crise qui leur a donné naissance. Nous avons vu maintes fois après la suppression d’une stase abdominale persister des troubles qui étaient liés à la rétention d’urine et qui étaient apparus sous l’influence de la stase.
Pour toutes ces raisons on conçoit qu’il ne soit pas possible de faire entrer une crise déterminée dans un cadre préparé à l’avance.
La scène se déroule dans un milieu vivant et se modifie d’un instant à l’autre. Il y a plus de tableaux cliniques que de cadres car il n’y a pas deux crises absolument superposables. Les descriptions synthétiques sont anti-cliniques. Ce sont des clichés qui peuvent être parfaits considérés isolément, mais qui perdent toute signification du fait de leur superposition. Ce qu’il faut au clinicien ce n’est pas de la photographie, mais plutôt de la cinématographie qui seule pourra lui donner une idée des contingences évolutives et du sens de la crise. C’est la raison pour laquelle nous accompagnons chaque question d’un certain nombre d’observations propres à montrer qu’autour du noyau fondamental de la crise peuvent évoluer des manifestations extrêmement variées.
Le diagnostic des affres abdominales a été l’objet de soins particuliers. Nous avons imaginé différents procédés qui rendront des services à ceux qui voudront les utiliser. Nous envisageons l’étiologie et la prophylaxie sous un angle que nous avons déjà esquissé et nous exposerons ce point particulier en détail dans le cours de cet ouvrage.
En matière de thérapeutique nous n’apportons pas de médicaments nouveaux estimant que la pharmacopée actuelle est riche à nous embarrasser pour le choix quand nous avons des indications précises à remplir.
L’ampleur de la tâche que nous avons assumée nous incline à compter sur la bienveillance de nos confrères au jugement desquels nous soumettons ce travail né de la clinique et destiné aux cliniciens.
PREMIÈRE PARTIE
Table des matières
Seméiologie spéciale.
Dans toute crise abdominale on peut distinguer des éléments ressortissant à la mimique, des éléments audibles et des éléments chiffrés en langage physio-pathologique.
Pour la commodité de l’exposition, nous distinguerons dans chaque crise une partie mimée, une partie audible et une partie chiffrée.
Nous allons examiner successivement la séméiologie de chacune de ces parties.
I. — PARTIE MIMÉE
Table des matières
On peut dire que la colique du cheval est un drame mimé quand on a assisté à l’évolution de quelques crises et qu’on a perçu les modifications du facies, les gestes et les attitudes qui se manifestent au cours de ces affections. Cette mimique est utile à connaître et à interpréter. Le praticien doit posséder le langage des gestes et c’est pourquoi nous envisagerons successivement les éléments mimés et leur pathogénie.
A. — Description des principales manifestations de la partie mimée.
Table des matières
La physionomie du cheval en proie à une crise abdominale est très variable. Elle est tantôt figée dans un masque de douleur, d anxiété, de tristesse, d’abattement, de désarroi, de prostration, d’accablement ou d’indifférence. Le facies est dit «grippé », lorsque les yeux sont hagards et enfoncés dans 1 orbite, les naseaux contractés, la commissure labiale tirée en haut découvrant plus ou moins les dents et donnant au patient un air de moquerie acerbe désigné sous le nom de rire sardonique ou sardonien ou encore rictus.
Parfois la physionomie est au contraire extrêmement mobile. La face est grimaçante, le bout du nez, les lèvres, les oreilles, les paupières et même les yeux présentent des mouvements anormaux. On peut observer de la distorsion des traits comparable à celle qui se manifeste chez les chevaux qu’on vient de délivrer du tord-nez. On constate le relèvement de la lèvre supérieure, des contractions cloniques des sus-naseaux des crises de clignements palpébraux, du nystagmus, de la déviation conjuguée des yeux et de la tête, etc.
Le patient est tantôt calme, résigné, les yeux mi-clos, la tête basse, indifférent aux choses du milieu, l’air plus intoxiqué que souffrant. Tantôt il manifeste une vive agitation, on dirait un énergumène, il grimpe dans le râtelier, se jette contre les parois et cherche à mordre. Dans les cas qui s’accompagnent de dyspnée intense, le sujet a l’attitude orthopnéique: il se fige sur ses quatre membres, les antérieurs écartés du corps de façon à permettre à la cage thoracique le maximum d’ampliation.
La tête est tantôt basse, tenue au ras du sol, à hauteur des genoux ou du poitrail, tantôt portée normalement, quelquefois plus ou moins renversée ou placée de travers comme s’il s’agissait d’un torticolis.
Les oreilles sont tantôt piquées, tantôt placées horizontalement, quelquefois couchées comme chez le cheval qui va ruer; elles sont mobiles: synergiques ou asynergiques ou immobiles.
La queue est tantôt immobile et portée comme chez le cheval normal, mais elle est susceptible de présenter des mouvements variés au cours des crises. Elle peut être alternativement relevée et abaissée, maintenue horizontalement, animée d’un mouvement de balancier, alternativement abaissée et relevée, relevée et frémissante, relevée, déviée sur la croupe et même contorsionnée ou encore être agitée brusquement en coup de fouet et comme un chasse-mouches.
Il est loisible d’observer des nausées, des plaintes, des éructations, des régurgitations, des vomissements, des épreintes, des évacuations, des efforts comparables à ceux qu’on voit sur une jument en train de mettre bas.
Certains chevaux «tâtent» le sol avec leurs membres antérieurs. D’autres grattent, et il existe des nuances dans le «gratter». Tantôt c’est lentement, tristement, faiblement et en rasant le sol; tantôt, au contraire avec rage, avec pétulance le membre levé bien haut à la manière des chevaux de cirque que l’on fait compter. Ce geste rappelle dans certains cas celui par lequel le taureau manifeste sa colère dans l’arène et qu’on pourrait pour cette raison désigner sous le nom de geste tauromachique.
Certains chevaux se frappent l’abdomen avec les membres postérieurs. Il en est qui piétinent et d’autres qui décochent d’énergiques ruades. On en voit qui. soulèvent un membre postérieur et le portent en abduction.
Parfois le pénis reste dans le fourreau comme à l’état normal, mais on peut voir cet organe entrer et sortir alternativement, pendre flasquement entièrement dégainé ou au contraire être en état de turgescence. L’érection s’accompagne ou non des gestes coïtaux; elle est parfois ataxique, c’est-à-dire qu’au lieu de se diriger dans le grand axe du corps, le pénis est dévié d’un côté. Le clitoris peut présenter les mouvements qu’il effectue au cours des chaleurs.
On constate parfois l’écoulement anal de glaires ou le rejet: de fausses membranes, d’une matière crêmeuse, d’un liquide lactescent ou sanguinolent ou encore la présence de sable qui tapisse les bords de l’anus et le périnée.
Le malade porte son regard vers la cage thoracique, la cavité abdominale, la région inguinale et l’articulation du grasset ou le canon qu’il cherche parfois à mordre. Il secoue tantôt la crinière dans une sorte de nystagmus cervical ou bien c’est tout le corps qui se secoue violemment à la manière d’un cheval qui vient de se rouler par terre. Tantôt la tête est soumise à des mouvements rythmés de faible amplitude dans le sens vertical (geste d’approbation) ou dans le sens horizontal (geste de négation). Tantôt il se produit un mouvement de rotation de la tête sur l’encolure comme si le patient cherchait à percevoir quelque chose dans le firmament (geste de l’astronome). On note des gestes d’encensement dans les deux sens et un geste comparable à celui que fait avec la tête et le cou un canard qui barbote.
On peut noter encore des contractions musculaires cloniques et toniques et des tremblements localisés ou généralisés.
Le patient se couche tantôt volontairement et dans ce cas il déploie un grand luxe de précautions, tantôt le décubitus est imposé par effondrement. On observe des pulsions comparables à celles que les médecins décrivent chez les Parkinsoniens.
Le malade se déplace parfois d’une façon très active, obligeant le palefrenier à accélérer l’allure; mais il est des cas où le patient redoute la marche et refuse de se déplacer malgré les stimulations les plus énergiques. Il n’obéit pas plus à la voix du conducteur qu’aux cinglantes injonctions. La marche est tantôt effectuée dans l’attitude normale; elle se fait aussi dans certains cas en flexion plus ou moins prononcée sur les jarrets qui peuvent être vacillants. On voit aussi le cheval se bercer, c’est-à-dire présenter une démarche rappelant celle du canard. Il n’est pas rare d’assister à des dérobements monoplégiques ou paraplégiques suivis de chute ou donnant à la démarche une allure ataxoïde. Dans certains cas le cheval étant au repos, on constate qu’il ne peut pas se sustenter sur un bipède latéral et on le voit porter progressivement le poids du corps sur l’autre côté en s’inclinant de plus en plus du côté normal jusqu’au point où l’équilibre est compromis; alors il prend appui sur le malade et recommence le jeu que nous venons de signaler. Le cheval peut au cours des crises se camper du devant ou du derrière et aussi des quatre membres et dans cette attitude présenter des oscillations dans le grand axe du corps, ou se contorsionner et prendre des attitudes acrobatiques.
Qu’il se soit couché volontairement ou qu’il soit tombé vertigineusement, une fois à terre le cheval reste tranquille ou s’agite plus ou moins. On peut le voir se rouler dans tous les sens, se mettre sur le dos, détendre brusquement un ou plusieurs membres dont les fers en s’entrechoquant font entendre un bruit d’assaut de salle d’armes, se contusionner violemment, passer par un véritable saut de carpe d’un décubitus latéral à l’autre, ramener les membres fléchis sous le tronc, porter la tête alternativement en arrière, sur le dos ou en avant entre les membres antérieurs, essayer de se relever et retomber vertigineusement sur le sol, marcher sur les genoux, se relever et recommencer le même manège parfois en se plaignant d’une façon lugubre et rythmique.
Dans d’autres crises le cheval s’étend en décubitus latéral et reste tranquille comme s’il s’était adapté à la douleur. Parfois il présente des crises épileptoïdes. On peut le voir prendre le décubitus sterno-abdominal et rester presque immobile dans cette attitude, d’autres fois au cours de cette attitude le voit-on poser sa tête verticalement sur le sol ou elle repose sur le menton (céphalée).
Le cheval prend parfois l’attitude du chien assis ou du sphinx.
Il présente dans certaines conditions un geste comparable à celui des personnes qui s’évanouissent; l’encolure présente quelques oscillations et semble incapable de supporter le poids de la tête (geste de défaillance).
Lorsque le malade repose sur le sol par le sternum et l’abdomen et que les membres antérieurs sont allongés de chaque côté de l’encolure comme dans la présentation céphalique, tandis que les membres postérieurs sont en extension, on a un décubitus qui rappelle celui de l’ours. Dans cette attitude on voit parfois le cheval se déplacer par un véritable mouvement de reptation.
Un geste impressionnant est accompli lorsque le cheval étant en décubitus latéral abandonné fléchit l’encolure à angle droit avec le corps, la tête et l’encolure formant un tout rigide comme une sorte de massue avec laquelle l’animal frappe si violemment le sol que les spectateurs bénévoles croient à un geste de désespoir.
Parfois le patient a une attitude comparable à celle du chameau à l’abreuvoir: décubitus sterno-abdominal, encolure étendue au maximum et tête reposant sur le sol par l’intermédiaire des branches du maxillaire inférieur.
Au cours des crises, les malades acceptent ou refusent les aliments et les boissons. Parfois ils refusent les aliments et acceptent les boissons ou vice-versa.
Cette description volontairement écourtée donne une idée de la multiplicité des gestes ou des attitudes qu’on peut observer au cours des affections abdominales.
En dernière analyse, ces différentes manifestations peuvent être groupées sous différents chefs, car beaucoup d’entre elles constituent des phénomènes de même ordre. On peut reconnaître parmi elles des gestes volontaires qui sont fonctions de la douleur ou de l’adaptation fonctionnelle et des gestes involontaires conditionnés par l’irradiation nerveuse ou la réverbération humorale. Nous allons examiner successivement chaque catégorie de manifestations.
B. — Pathogénie des gestes et des attitudes.
Table des matières
1° Gestes et attitudes volontaires. Les gestes volontaires sont ceux qui sont accomplis délibérément par les patients sous l’empire de la douleur ou par adaption fonctionnelle.
La douleur est un facteur de tout premier plan au cours des crises. On l’a heureusement définie «la rupture de la paix organique». Son mécanisme a donné lieu à des considérations intéressantes que nous allons brièvement examiner. Pour Lennander, les organes innervés par le sympathique et par le pneumogastrique après que le récurrent s’est séparé de lui sont dépourvus de sensibilité propre. La douleur serait dans tous les cas le fait de l’irritation des nerfs cérébro-spinaux qui eux seraient intéressés par des mécanismes divers: refoulement du péritoine pariétal, distension des réservoirs, tiraillement des mésentères, lymphangites ou adénites pariétales ou mésentériques qui entrainent la tuméfaction du tissu sous-séreux et par suite des tiraillements ou de la compression des filets nerveux sensibles. L’expérience suivante conduite par Lennander montre l’efficacité de la distension: Un malade ayant eu à subir la résection d’un conglomérat d’anses intestinales, après avoir séparé celles-ci du reste de l’intestin et quand elles ne tenaient plus que par leur mésentère il introduisit de l’air dans une de ces anses longues de 40 centimètres; l’anse se gonfla, le mésentère se tendit et le malade se plaignit aussitôt de souffrir. La douleur disparut avec le dégonflement de l’anse. Le même phénomène se produisit en prenant une moindre longueur d’intestin. Toutefois quand on descendit à 5-6 centimètres, le malade ne ressentit plus rien, bien que l’anse fut gonflée à l’extrême limite de son extensibilité, sauf dans le cas ou on tiraillait sur le mésentère de cette anse.
Lennander avait fait les constatations précédentes sur un malade soumis à l’anesthésie locale à la cocaïne. Or, Kast et Meltzer ont constaté que chez les animaux la cocaïne en injection sous cutanée ou intramusculaire au niveau de la paroi abdominale a une action anesthésique locale et générale. L’efficacité des tiraillements a été signalée par Claude Bernard qui rapporte que les tiraillements des nerfs viscéraux arrachent des cris aux chiens anesthésiés par le chloroforme. Propping constate sur deux personnes non soumises à la narcose qu’en pressant le péritoine viscéral entre les doigts ou en le saisissant avec une pince on ne provoque pas de douleur; il en est de même lorsqu’on comprime les anses intestinales contre la colonne vertébrale. Il n’en est plus de même si on pique ou si on incise le péritoine pariétal ou si on le refoule.
Bien longtemps avant Lennander le grand physiologiste d’Alfort Colin, avait fait des constatations analogues: «Toutes les fois que j’ai fait de petites taillades au foie, des piqûres au rein, à la rate, des incisions à l’estomac, des ligatures sur l’intestin, il ne s’est pas produit dans le moment de douleur bien évidente comme Haller et d’autres l’avaient constaté ». Il signalé en outre: 1° la sensibilité des nerfs ganglionnaires qui se rendent aux viscères; 2° l’exquise sensibilité des artères viscérales; 3° la plus grande sensibilité des organes qui reçoivent à la fois des nerfs cérébro-spinaux et des nerfs ganglionnaires; 4° l’exaltation de la sensibilité du sympathique qui devient très manifeste dans les conditions pathologiques. «Cette sensibilité n’est pas assez exagérée pour être mise en jeu par des excitations faibles, aussi peut-on regarder comme vraisemblable cette ingénieuse hypothèse de Reil d’après laquelle les nerfs et les ganglions seraient demi-conducteurs laissant passer seulement les compressions vives et arrêtant les impressions faibles». Propping explique l’insensibilité des points touchés par l’infime irrigation nerveuse par rapport à celle du mésentère. Les fibres groupées en faisceau au niveau de ces lames séreuses sont éparpillées au niveau de l’intestin et c’est la raison de l’insensibilité dés viscères quand ils sont irrités sur une faible étendue. A l’heure actuelle nous pouvons tout en tenant compte de la manière de voir de Reil et de Propping donner la raison vraisemblable de l’insensibilité viscérale dans les conditions normales. Elle nous paraît résider dans ce fait de physio-pathologie générale que tout neurone intercalaire peut exercer une action inhibitoire. Or, pour arriver dans le champ de la conscience, l’excitation douloureuse passe par 3 neurones et conformément à ce que nous venons de dire le neurone intercalaire peut supprimer l’excitation. Deux cas peuvent se présenter: l’excitation est plus intense que l’inhibition et alors la douleur apparait ou bien c’est le contraire qui a lieu et c’est l’insensibilité qui se manifeste. Le premier cas est celui des conditions pathologiques, le second celui de l’état normal.
Pour épuiser les différents mécanismes susceptibles de conditionner le symptôme douleur, il nous reste à examiner quelques opinions. Drums attribue l’algie à des tiraillements du mésentère sous l’influence des contractions intestinales. Pal fait intervenir un mécanisme vasculaire. Lorsqu’il se produit un obstacle dans un territoire vasculaire, les artères se dilatent et battent fortement, le mésentère se tend et il se produit des tiraillements douloureux dans les plexus abdominaux.
Pour Northnagel, les filets nerveux seraient douloureusement impressionnés par l’anémie de la muqueuse intestinale et cette anémie elle-même serait ordinairement réalisée par la contraction tétanique de la paroi intestinale qui a pour effet de comprimer les vaisseaux intestinaux. En somme: contraction tétanique de l’intestin, anémie des vaisseaux intestinaux, enfin phénomènes douloureux, telle serait pour Northnagel la formule pathogénique de la colique intestinale.
Nous retiendrons des conditions qui précèdent:
1° que les viscères de la cavité abdominale sont doués à l’état normal d’une sensibilité obscure capable de s’exalter considérablement à l’état morbide.
2° que pour franchir le seuil de la douleur, le trouble abdominal doit porter sur une certaine étendue et qu’il existe pour chaque viscère ou chaque segment tubaire un minimum d’aire qui doit être irrité pour que la douleur soit perçue.
3° que le mécanisme de la douleur résulte de la prépondérance de l’irritation sur l’inhibition et que la douleur peut être éveillée par des modes divers tels que: le refoulement du péritoine pariétal, la distension de l’intestin, les tiraillements du mésentère, les contractions énergiques de l’intestin, les irritations d’origine chimique, toxique ou mécanique du tube intestinal, les altérations vasculaires ou les phénomènes vaso-moteurs et enfin les affections des nerfs eux-mêmes.
Indépendamment de son mécanisme, la douleur nous intéresse à plusieurs titres:
1° Au point de vue du potentiel nerveux.
2° Au point de vue des irradiations.
3° Au point de vue de l’égarement fonctionnel qu’elle conditionne.
Dupuytren considère la douleur comme une «hémorragie de la sensibilité ». Les anciens attribuaient la mort des chevaux à coliques à l’épuisement nerveux, On conçoit le bien fondé de cette manière de voir si on considère qu’au cours de la crise il y a une effusion intense d’influx nerveux. Quand par suite de cette spoliation le potentiel tombe au-dessous d’un certain taux, le malade n’est plus qu’un cadavre chaud ou qu’une machine ne marchant qu’en vertu de la vitesse acquise. Cet épuisement nerveux fatal fait cesser la douleur et par ce qu’on a pu appeler «une heureuse supercherie de la nature» se manifeste une «accalmie traitresse» selon l’expression de Dieulafoy ou un «calme trompeur» comme disaient nos devanciers.
La douleur nous intéresse au point de vue des retentissements à distance qu’elle conditionne. Elle a des répercussions sur les grandes fonctions et peut avoir des conséquences fâcheuses, telles que la syncope cardiaque ou des crises vertigineuses au cours desquelles les malades peuvent se blesser gravement.
L’égarement fonctionnel qui est sous la dépendance étroite de la douleur nous apparaitra nettement après les considérations suivantes.
La douleur est fille de l’irritation et si nous examinons les conséquences de l’irritation nous constaterons des faits intéressants. L’irritation du nerf optique par une source lumineuse intense fait apparaître l’éblouissement. Voilà donc un nerf sensoriel insensible à la piqûre ou à la brûlure qui n’a qu’un excitant physiologique: la lumière, et qui sous l’influence d’un excès de lumière cesse ses fonctions. L’abdication fonctionnelle peut être complète, mais il y a plus. Si le jet lumineux est encore plus intense l’irritation entraine l’égarement fonctionnel en faisant apparaître des images qui n’existent pas dans le champ visuel, c’est-à-dire crée l’hallucination visuelle. Dans le cas de cystite, nous voyons la vessie, organe collecteur de l’urine, se contracter et se vider dès le moindre contact avec le liquide excrémentiel. Sous l’influence de l’irritation la vessie ne remplit plus son rôle. Ses contractions hâtives constituent un équivalent d’éblouissement. Dans certains cas la vessie se contracte à vide par suite d’un faux-besoin qui constitue une hallucination. Il en est de même pour le rectum, etc., etc. L’irritation est donc capable d’entrainer l’exaltation fonctionnelle, l’inhibition fonctionnelle et l’hallucination. Ce qui permet de considérer les réactions de l’organisme soit comme défense, soit comme inhibition, soit comme hallucination et on peut déduire qu’il en est des nerfs du tractus de l’appareil digestif comme des nerfs optiques ou du plexus pelvien. Du fait des fonctions multiples du système nerveux abdominal, on conçoit la variété des troubles qu’on peut être appelé à constater au cours d’une crise. Par ex.: le vague qui est le nerf sécréteur de l’estomac et moteur de l’estomac et de l’intestin peut, du fait de l’irritation, exagérer ou abolir des sécrétions ou encore secréter à contre-temps. De même qu’il peut exagérer la vitesse du transit intestinal comme le supprimer par contracture tétanique ou par paralysie fonctionnelle. Nous pouvons imaginer des perturbations analogues dans les fonctions vaso-motrices, trophiques, toniques, etc.
Le fait de supprimer la douleur par l’emploi des calmants a des conséquences très heureuses, car elle complique le tableau clinique et multiplie les déviations fonctionnelles par un de ces cercles vicieux si fréquents en pathologie qui font qu’un effet devient cause et ainsi de suite.
Parmi les manifestations volontaires, nous citerons: le décubitus volontaire, la recherche du décubitus de sédation ou de moindre douleur, certains campers, certaine attitude de chien assis, l’orthopnée; l’immobilité anxieuse, les plaintes, les gestes indicateurs du siège de la douleur, les révoltes de l’instinct et les manifestations instinctives, etc.
La marche en flexion est volontaire généralement. Par suite d’une sensation de ballonnement, de pesanteur gastrique ou de douleur, le cheval marche en flexion d’instinct, pour augmenter la capacité de son abdomen. C’est l’équivalent du geste du monsieur qui desserre sa ceinture quand la digestion se fait mal. C’est encore parfois sous l’influence de la douleur que le cheval gratte le sol avec ses membres antérieurs. Ce sont des «impatiences» dans les jambes ou encore des crampes analogues à celles que signalent les malades humains au, cours des crises digestives. Le geste de gratter n’est pas spécial aux coliques. Le gourmeux ou l’intoxiqué par les gaz annoncent les quintes de toux par le grattage du sol effectué avec le pied.
Les gestes indicateurs du siège de la douleur sont intéressants à connaître. Tantôt le cheval reste figé sur ses quatre membres la tête et l’encolure dans l’axe du corps dans une immobilité anxieuse, car le moindre mouvement exagère l’affre abdominale. Mais parfois aussi le malade porte son regard vers les différents points de la cavité abdominale parfois tout à fait en avant et même sur la cavité thoracique,, d’autres fois sur les faces latérales du ventre, vers les reins, dans l’aine, vers le grasset et même vers le canon. Le patient regarde alternativement à droite ou à gauche et quelquefois aussi exclusivement d’un seul côté. L’observation clinique et la pratique des autopsies nous ont permis de dégager une notion importante à savoir que lorsque le cheval regarde fréquemment vers un point de la cavité abdominale il existe un obstacle dans la partie du tube digestif qui se projette sur ce point.
On voit parfois le cheval mettre sa tête en contact avec la région précordiale; il s’agit dans ce cas, soit d’irradiation douloureuse à point de départ digestif et à aboutissant cardiaque, soit de douleurs angineuses consécutives à la dilatation du ventricule droit sous l’influence du réflexe gastro-pulmonaire (voyez réflexe pulmonaire), soit encore d’irritations mécaniques des nerfs intercostaux consécutives à la réplétion gastrique exagérée. Quand le cheval regarde en avant et à droite, il peut être question d’hépatalgie.
Il arrive assez fréquemment que l’anse pelvienne est refoulée vers le bassin; elle peut même se poser sur le plancher pelvien ou sous le plancher. Dans ces conditions on voit se produire des gestes très significatifs. Quand l’anse pelvienne pénètre dans le bassin, elle comprime le nerf obturateur; il en résulte une douleur qui pousse le patient à porter sa tête dans la région de l’aine. Quand l’anse pelvienne est refoulée sous le pubis, elle exerce une compression sur le nerf saphène et le génito-crural. On voit alors le cheval porter son membre en abduction après l’avoir soulevé du sol afin d’éviter un contact douloureux, ou bien porter ses dents vers le grasset ou vers le canon. Ces deux derniers gestes s’expliquent par ce fait que la douleur est reportée à la périphérie. C’est là un fait général: il est des amputés des membres inférieurs qui se plaignent d’avoir froid au pied; l’enfant coxalgique se plaint du genou; le prostatique éprouve une douleur au niveau du méat urinaire, etc.
Le camper est tantôt un geste d’effort (constipation, coprostase, calcul, rétention urinaire) tantôt une attitude d’adaptation fonctionnelle ayant pour but par exemple d’éloigner la masse intestinale du diaphragme ou du pubis pour mettre fin à une gène mécanique ou à une compression douloureuse; on voit parfois le cheval se camper des quatre membres en rejetant la tête en arrière ou en la dirigeant vers les flancs; cette attitude s’observe particulièrement chez les tiqueurs au cours de crises où le ballonnement est presque insignifiant, il n’y a chez ces malades qu’une zone limitée qui soit distendue par les gaz; il s’agit de pneumatose.
Dans ces conditions il semble que le cheval vise à faire de sa paroi abdominale une sangle qui s’opposera à l’expansion de la zone gazeuse et qui rapprochera les organes des points d’insertion du mésentère diminuant ainsi les tiraillements. Cette attitude est comparable à celle du patient qui comprime la masse abdominale avec ses mains placées à plat sur le ventre et faisant office de sangle. Cette attitude doit procurer au cheval une sédation comparable à celle que Leven obtient chez le malade humain en remontant la masse abdominale et en la soulevant avec les mains.
S’il est des décubitus imposés au patient il en est d’autres qui sont volontaires.
Quand le cheval en proie à une crise abdominale veut se coucher on le voit chercher la place qui lui conviendra, s’orienter dans l’aire, prendre l’attitude du rassembler, piétiner sur ses membres postérieurs, puis par des flexions progressives rappelant les mouvements de gymnastique suédoise, se rapprocher du sol en plusieurs temps, en décomposant pourrait-on dire. Le premier temps est genu-pectoral, quelque fois le cheval ne va pas plus loin dans ses projets il se relève, l’appréhension l’emportant sur le désir; où après être resté quelque temps dans cette attitude de dévotion il prend très lentement le décubitus sterno-abdominal qu’il conserve ou qu’il quitte pour prendre le décubitus latéral abandonné. Ce décubitus fait prévoir que le siège du trouble abdominal se trouve dans les parties antérieures.
Un autre mode de décubitus consiste en ceci: le cheval est plus ou moins accroupi et le premier temps est ischiatique. C’est l’arrière-main qui prend contact tout d’abord dans une sorte de mouvements de bascule. Ce mode s’observe dans les cas ou le trouble siège dans les parties postérieures.
Enfin on peut encore voir le cheval fléchir au maximum ses quatre membres et poser doucement le tronc et l’abdomen sur le sol. Dans ce cas le siège du trouble abdominal se trouve dans les parties centrales du tube digestif.
L’attitude du chien assis permet à l’animal de dégager son diaphragme (indig. par surcharge, déchirures diaphragmatiques).
Nous avons vu un cheval prendre l’attitude du chien savant. Dans l’attitude du chien assis le rachis est plus ou moins incliné. Dans l’attitude du chien savant le rachis est absolument vertical. Dans le cas que nous avons observé il s’agissait d’une vessie en besace en prolapsus dans le bassin. La miction n’était pas possible car lorsque le patient faisait agir sa presse abdominale la vessie était comprimée entre le bord antérieur du pubis et la masse abdominale. L’instinct le déterminait à se mettre droit sur son séant et de cette façon sa vessie se redressait.
Dans l’attitude du sphinx le coude prend contact avec le sol, l’avant-bras est dirigé en avant et en haut, la face antérieure du genou placée horizontalement, le canon incliné en avant et en bas le boulet plus ou moins fléchi, le pied reposant sur le sol par toute la surface plantaire ou simplement par la région de la pince. Le cheval à l’air de s’arc-bouter sur le sol pour éviter le contact de la région épigastrique.
Le cheval se couche pour diminuer la douleur résultant des tiraillements exercés par la masse alimentaire, souvent fort importante, sur le mésentère. Il se met sur le dos ou s’assied dans le même but ou pour faciliter la progression des aliments. S’il existe une torsion l’instinct pousse l’animal à se rouler en sens inverse de la torsion.
Il est des cas ou le cheval se couche en décubitus latéral de préférence ou exclusivement sur un côté. Il se complait et reste longtemps sur le côté droit par exemple et s’il vient à se coucher sur le côté gauche il ne tarde pas à se relever. L’observation, l’auscultation et la pratique des autopsies nous ont permis de nous convaincre que le cheval se couche sur sa lésion. Quand il n’y a pas de côté préféré il s’agit d’un trouble diffus.
L’angoisse et l’anxiété respiratoires commandent l’attitude orthopnéique dont il a déjà été question.
Dans le cas de péritonite l’animal se fige dans une immobilité anxieuse. Il ne se couche pas, malgré une fatigue pouvant aller jusqu’à l’anéantissement, afin d’éviter tout contact avec la paroi abdominale et lorsqu’il aborde le sol au terme du calvaire, c’est généralement dans une chute, car il ne peut plus faire les frais de la sustentation.
Dans le cas de déchirure du diaphragme on voit souvent les chevaux avoir une certaine répulsion pour le décubitus.
Parmi les manifestations volontaires nous citerons des phénomènes tels que le hennissement que font entendre certains chevaux à l’approche de la mort, véritable chant du cygne, les plaintes variées, etc.
Le fait de refuser les aliments ou les boissons, peut être une manifestation aboulique indiquant que le patient n’est plus relié au milieu alimentaire par la faim ou par l’appétit ou qu’il constitue en quelque sorte une masse inerte; mais il peut en être autrement et le refus des aliments peut être l’expression d’une révolte instinctive. L’urémique a la phobie des aliments. Dans l’indigestion par surcharge, le refus des aliments est tel que si on les administre de force, l’animal cherche à s’y soustraire par tous les moyens. Le cheval qui a une indigestion d’eau ou qui fait de la rétention d’urine a une répulsion marquée pour les boissons.
La phobie des aliments est connue sous le nom de sitiophobie; celle de l’eau sous le nom d’hydrophobie. La sitiophobie et l’hydrophobie sont des manifestations dont il faut tenir compte au cours des crises.
Gestes et attitudes involontaires.
Table des matières
Une science bien faite n’est souvent qu’une langue bien faite.
CONDILLAC.
Nous trouvons parmi ces gestes des myoclonies, des spasmes, des contractures, des convulsions, de la tétanie, du coma, des frissons, des tremblements, des phénomènes d’ordre psychique, des manifestations vertigineuses, etc.
Nous passerons d’abord en revue ces différentes manifestations et nous examinerons ensuite leur pathogénie.
Myoclonies ou clonies. — Myoclonie signifie agitation musculaire. On désigne sous ce nom des contractions musculaires brusques et fugaces analogues à celles produites par des courants interrompus. Quand le cheval, encense ou «casse la noisette» comme on dit en hippologie — jardin des métaphores — il présente des phénomènes myocloniques. Il y aurait intérêt à appeler les choses par leur nom car «une science bien faite n’est souvent qu’une langue bien faite». Les myoclonies sont loin d’être rares au cours des coliques. On peut en rencontrer à la face, à l’encolure, au tronc, etc.
Myoclonies faciales. — On peut noter des myoclonies des muscles moteurs du globe oculaire réalisant le nystagmus à oscillations plus ou moins rapides; des muscles palpébraux conditionnent des crises de clignement encore appelées crises de nictitation; des sus-naseaux qui se contractent isolément ou synergiquement; de la lèvre inférieure (casser la noisette) de la lèvre supérieure et du bout du nez qui effectuent spontanément des mouvements myocloniques comparables à ceux qui se produisent chez un animal qu’on vient de délivrer du tord-nez; du peaucier facial: se traduisant par des mouvements analogues à ceux qu’on observe à la face chez le lapin et qu’on pourrait désigner sous le nom de myoclonies cuniculaires.
On peut voir la tète exécuter des déplacements latéraux de faible amplitude ressemblant à un geste de négation ou donnant au cheval l’air de dodeliner. Parfois la tête se déplace dans le sens vertical comme si le cheval faisait un geste d’approbation qui est comme le précédent un phénomène myoclonique.
Myoclonies cervicales. — Ce sont des contractions spontanées du mastoïdo-huméral, des muscles prétrachéliens ou des muscles des faces latérales de l’encolure.
Myoclonies cervico-céphaliques, — Ce sont celles qui correspondent aux phénomènes d’encensement dans le plan vertical ou dans le plan horizontal c’est-à-dire des mouvements à grande amplitude intéressant à la fois l’encolure et la tête.
Myoclonies pectorales. — Les pectoraux se contractent sous la peau de bas en haut, se mettant en boucle puis reviennent à l’état normal.
Myoclonies diaphragmatiques. — Comparables à celles du cœur forcé ou «toc» et s’accompagnant d’angoisse liée aux troubles circulatoires résultant de la contraction brusque du diaphragme (arrêt de la circulation aortique suivi de coup de bélier).
Myoclonies des membres. — Se traduisant par la contraction brusque et éphémère de certains muscles.
Un fait qui mérite d’être signalé, à propos de myoclonies, c’est la parcellisation des clonies. Les contractions peuvent en effet être totales, fasciculaires et même fibrillaires. Nous en avons observé au niveau des lèvres et des naseaux qui en imposaient pour des pulsations artérielles tellement elles étaient limitées.
Spasmes. — D’un mot grec qui signifie «je contracte». Ce sont des phénomènes convulsifs, localisés dans tout ou partie d’un territoire nerveux périphérique anatomiquement défini et dépendant d’une irritation siégeant sur un point quelconque d’un arc réflexe spinal ou bulbo-spinal. Nous avons noté :
Le spasme du releveur de la paupière supérieure qui fait paraître l’œil plus grand qu’à l’état normal si l’action convulsive est bi-latérale ou que le congénère si le spasme est unilatéral.
Le spasme des muscles moteurs du globe oculaire conditionnant le strabisme temporaire.
Le spasme du releveur des naseaux qui fait dire que les naseaux sont «crispés».
Le spasme du releveur de la commissure labiale qui s’observe dans le rire sardonique.
Le spasme de la lèvre supérieure qui retrousse la lèvre comme l’étalon qui flaire une jument.
Le spasme du grand oblique de la tête qui entraîne la rotation de la tête autour de l’encolure (geste de l’astronome).
Le spasme du pénis en érection: le pénis est dévié latéralement.
Le spasme des pectoraux: unilatéral, rend la ligne inter-axillaire asymétrique; soit bilatéral: les pectoraux forment une tumeur qu’on ne saurait mieux comparer qu’a un hématome de la région.
Le spasme des muscles coccygiens: des releveurs ou des coccygiens latéraux. Dans le premier cas la queue est relevée. Dans le second elle est déviée et même contorsionnée.
Contractures (du latin contrahere resserrer). — On désigne ainsi des contractions prolongées et involontaires d’un ou plusieurs muscles sans lésion de la fibre musculaire. Parmi ces phénomènes nous signalerons:
a) Une sorte de torticolis qu’on pourrait qualifier d’intestinal qui se caractérise par une déviation plus ou moins prononcée de la tête sur l’encolure;
b) Une contracture cervico-céphalique au cours de laquelle la tête est maintenue au contact de la paroi thoracique dans une attitude de selfauscultation. Ce geste est analogue à celui de la vache atteinte de fièvre vitulaire; c’est du pleurothotonos.
c) Il est encore loisible de constater de l’emprothotonos, de l’opisthotonos.
Tétanie (d’un mot grec qui signifie «tendre»). — On classe sous cette rubrique des contractures occupant les extrémités et capables de s’étendre aux membres tout entiers. Ces phénomènes apparaissent par crises chez nos malades. Ils sont susceptibles d’intéresser un membre, un bipède, ou encore tous les membres.
On peut constater chez le cheval couché le raidissement brusque d’un membre qui donne l’impression d’un geste de boxeur. Nous avons vu des chevaux incapables de se relever par suite de tétanie; le membre postérieur du côté opposé à celui sur lequel est couché le patient s’arc-boutait sur le sol et s’opposait aux mouvements.
Convulsions (de convellere secouer). — Nous avons noté à maintes reprises des crises épileptoïdes ne différant de l’épilepsie essentielle que par l’absence de troubles salivaires et sphinctériens et aux cours desquelles on peut entendre hennir le malade.
Coma (d’un mot grec qui signifie «je dors»). — C’est un état morbide caractérisé par un assoupissement profond avec perte totale ou partielle de l’intelligence, de la sensibilité et de la motricité et conservation des fonctions respiratoires et circulatoires. On l’observe dans certaines variétés de coliques. Ce qu’on voit le plus fréquemment c’est un semi-coma ou coma vigile au cours duquel le sujet a les yeux clos ou presque, la sensibilité et l’intelligence obtuse, l’air plus intoxiqué que souffrant.
Tremblements. — Caractérisés par l’agitation de certaines régions se traduisant par des oscillations plus ou moins rapides et plus ou moins intenses. Les tremblements sont localisés ou généralisés. Comme localisations fréquentes nous citerons les muscles olécraniens, le grasset, la queue, etc.
Parésie (d’un mot grec qui signifie «faiblesse»). — C’est une manifestation consistant dans le fléchissement de la contractilité voisine de l’Hypotonie (diminution de tension) caractérisée par une diminution du tonus musculaire. L’attitude décubitale de l’ours dont nous avons donné la description n’est possible qu’à la faveur de l’hypotomie.
Troubles psychiques. — S’il est des hennissements volontaires, il en est qui constituent des manifestations psychiques délirantes. Les crises rabiformes qu’on observe chez certains malades, la dromomanie ou besoins impérieux de déambuler qui se traduit par la marche ininterrompue quand l’animal est en liberté dans un boxe, ou encore sur l’animal couché en décubitus latéral par la mise en action des membres comme dans l’allure du galop (galop de la mort) manifestation qui s’observe au cours de l’agonie et qui est vraisemblablement une manifestation analogue aux délires professionnels qu’on observe chez l’homme au cours de certaines intoxications; certaines ruades, certains secoûments de tout le corps peuvent être considérés comme des hallucinations dont nous examinerons plus loin le mécanisme.
Phénomènes vertigineux. — Les manifestations relevant du vertige sont très fréquentes. Nous citerons: les chutes par effondrement, les pulsions latérales, antérieures ou postérieures, les dérobements, la titubation, etc., etc.
Pour être complet nous signalerons en outre les bâillements en série ou isolés, les éructations, les régurgitations, les vomissements, les nausées, l’ébroûment et la toux.
Pathogénie des gestes et attitudes involontaires.
Table des matières
Les gestes ou attitudes involontaires procèdent de l’irradiation nerveuse, de la réverbération humorale ou de mécanismes divers. Nous allons examiner successivement ces différents facteurs.
I. — IRRADIATIONS.
Elles peuvent être distinguées en cérébrales, médullaires et périphériques. Les lois de neurilité de Pflüger permettent de concevoir la propagation par voie nerveuse aux centres nerveux d’une excitation ayant pris naissance dans l’appareil digestif. Par le vague, les irritations peuvent gagner le bulbe et les centres encéphaliques. Par le sympathique elles gagnent la moëlle et peuvent, par son intermédiaire, aller vers les centres supérieurs.
Le sympathique a été considéré par de Blainville, Thebaut, Onuf comme un moëlle extra-rachidienne et le pneumogastrique comme un filet bulbaire du sympathique.
a) Irradiations vagales. — Les irradiations qui empruntent la voie du nerf vague ou pneumogastrique (Xe paire) sont susceptibles de conditionner un certain nombre de manifestations. Indépendamment de son rôle au point de vue digestif nous pouvons reconnaître au vague une action cardiaque et une action respiratoire. Le pneumogastrique on le sait a une action frénatrice sur le cœur et une action accélératrice de la respiration.
Il est bradycardisant et tachypnéisant comme dit Grasset. Ceci nous permet d’expliquer le ralentissement du cœur ou bradycardie au cours de certaines crises de même que l’accélération des mouvements respiratoires ou tachypnée. L’irritation du vague peut aller jusqu’à l’inhibition cardiaque, ou arrêt du cœur. Ainsi nous entrevoyons un mécanisme de mort subite au cours d’une vive irritation. L’expérience de Goltz consistant à tuer une grenouille par un coup brusque, sur le ventre de ce batracien, qui entraîne l’arrêt du cœur ne réussit plus quand on a extirpé le plexus solaire ce qui montre bien que l’inhibition est d’origine nerveuse et que l’irradiation emprunte la voie du sympathique et du vague. Lanceraux a rapporté à l’Académie de médecine plusieurs cas de mort subite consécutives à un traumatisme de la région épigastrique survenu pendant la réplétion gastrique. C’est un accident dont le mécanisme est analogue à celui de l’expérience de Goltz. Si on songe aux chutes massives, aux effondrements, qu’on observe au cours des coliques on concevra que les états d’indigestion gastrique puissent être brusquement interrompus par la mort du malade au cours d’une chute par un mécanisme comparable à l’expérience de Goltz ou aux faits signalés par Lanceraux. Cette notion a une importance au point de vue médico-légal, au point de vue militaire et au point de vue thérapeutique. Un dyspeptique peut au cours de la somnolence qui l’envahit après le repas, se laisser tomber plus ou moins lourdement sur le sol. Il n’est pas rare de voir des cicatrices à la face antérieure des boulets et ces cicatrices ont à nos yeux une réelle valeur comme stigmates dyspeptiques, ce sont des chevaux qui s’endorment après les repas assez profondément pour qu’ils perdent l’automatisme de la sustentation; on les voit osciller, fléchir les membres et prendre contact avec le sol par les articulations métacarpo-phalangiennes. Par analogie de l’expression tomber à genoux, on peut dire qu’ils tombent à boulets et qu’ils se «couronnent» les boulets. Parfois la chute est plus brutale et la région gastrique est plus ou moins traumatisée. On conçoit la possibilité de la mort subite dans ces conditions. La médecine légale doit enseigner qu’il est des chevaux qui meurent subitement par inhibition cardiaque résultant d’une contusion de l’abdomen pendant la digestion. Le vétérinaire se trouvant en présence du cadavre d’un cheval mort subitement pendant la digestion gastrique et qui ne constate aucune lésion capable d’avoir entrainé la mort doit interroger le palefrenier pour savoir si le cheval était dyspeptique et s’endormait après lé repas, examiner si les boulets ne sont pas couronnés et si l’animal n’a pas fait une chute qui a été suivie de mort. On lui dira parfois que le patient est tombé parce qu’il est mort subitement; il devra savoir, lui, que le cheval est mort parce qu’il est tombé. Dans l’armée, quand un cheval est trouvé mort à l’écurie et que l’autopsie montre un un certain degré de réplétion gastrique on n’admet pas volontiers que le drame ait pu évoluer en quelques secondes et on a plutôt tendance à incriminer l’incurie du garde d’écurie. Et cependant nous sommes convaincus que les déclarations des cavaliers sont exactes. Il est à rétenir qu’un cheval en train de somnoler après le repas, peut tomber lourdement sur le sol, se contusionner l’abdomen et mourir subitement. Si le garde d’écurie dit: «j’étais derrière les chevaux, j’ai vu tomber un cheval et en m’approchant de lui j’ai constaté qu’il était mort». On n’est pas obligé de le croire mais si l’autopsie montre l’absence de lésions capables d’expliquer la mort la version du cavalier peut être tenue pour exacte.
De cette notion nous tirerons une indication thérapeutique. Etant donné que la mort est fonction d’une excitation arrivant au cœur par l’intermédiaire du pneumogastrique, il est prudent de pratiquer une injection d’atropine (0,005 milligrammes), chez les chevaux qui présentent des crises au cours desquelles ils se laissent tomber brusquement. L’atropine paralyse les extrémités intra-cardiaques du nerf vague; on fait ainsi une section physiologique du vague et les accidents dont nous venons de parler sont écartés.
La mort subite peut encore résulter d’un coup de pied sur l’abdomen pendant la digestion. Le vétérinaire légiste devra chercher les traces de traumatisme et s’il n’en existe pas et que le garde d’écurie déclare que la mort s’est produite du fait d’un coup de pied, sa version doit être considérée comme plausible.
Aux fibres du nerf de la Xe paire viennent se joindre des fibres du nerf de la XIe paire ou spinal. Comme son nom l’indique le spinal prend naissance dans la moëlle cervicale et remonte vers le bulbe. Dans son trajet ascendant il augmente graduellement de volume car il reçoit de distance en distance des fibres de renforcement de la moëlle et en particulier des 5-6 premières paires cervicales. A la sortie du trou déchiré postérieur le spinal se divise en deux branches l’une interne dont les fibres entrent en coalescence avec celles du pneumogastrique, l’autre, externe, qui va innerver le mastoïdo-huméral, le sterno-maxillaire et le trapèze. Une irradiation par la voie vagale peut donc intéresser le spinal et gagner la moëlle cervicale.
Une irritation prenant naissance dans l’appareil digestif peut donc s’irradier dans les muscles innervés par les 5-6 premières paires cervicales, ainsi que dans le masoïdo-huméral, le trapèze et le sterno-maxillaire. Cette notion nous permet de saisir le mécanisme de myoclonies observées au niveau de la tête et de l’encolure.
Il est probable que l’irradiation suit tout le trajet des fibres du spinal et que suivant des circonstances qui nous échappent il n’y a que les fibres d’une paire rachidienne qui sont excitées comme il peut y en avoir plusieurs et même la totalité. Or les gestes conditionnés par l’irradiation varient selon que telle ou telle paire cervicale est excitée. C’est ainsi que la Ire paire cervicale qui innerve les droits de la tête commande les gestes d’approbation. La IIe paire cervicale qui innerve le petit oblique et le grand oblique de la tête détermine les gestes de négation et le geste de l’astronome selon que ce sont les fibres du petit oblique ou celles du grand oblique qui sont excitées.
Les IIe, IVe, Ve et quelquefois VIe paires cervicales innervent les muscles préposés aux mouvements de flexion et d’extension de l’encolure et de la tête de même qu’elles président aux mouvements de latéralité de ces segments. Ces centres interviennent dans les myoclonies d’encensement dans le plan antéro-postérieur et dans le plan transversal,
Si on considère que les Ve et VIe paires cervicales donnent les fibres constituant le nerf phrénique ou nerf diaphragmatique on concevra la possibilité de myoclonies diaphragmatiques dans le cas d’excitation vago-spinale. Au cours des crises qui sont liées à la déchirure du diaphragme on peut imaginer l’explication des phénomènes d’encensement que l’on observe comme une irradiation cervicale de l’excitation ayant son siège primitif sur le nerf diaphragmatique.
Avant d’aller plus loin nous signalerons en passant, certaines particularités curieuses de la phénoménologie résultant de l’irradiation dans la sphère de la VIIe et de la XIe paires. On sait que le facial innerve tous les muscles de la face et il est curieux de voir qu’un seul d’entre eux soit excité par exemple lorsqu’il y a un spasme du releveur de la lèvre supérieure pour toute manifestation. Une antithèse clinique curieuse également est réalisée lorsqu’on note simultanément la flaccidité ou la parésie de la lèvre inférieure et le spasme du releveur de la lèvre supérieure. L’explication de ces manifestations spéciales nous parait être la suivante. Les noyaux des, nerfs craniens sont constitués par la réunion de différentes masses nucléaires constituant autant de centres de réflectivité. Il doit exister une masse nucléaire spéciale pour la lèvre supérieure et une pour la lèvre inférieure. Selon les susceptibilités de ces masses une irradiation déterminera soit une exaltation, soit une inhibition ou encore elle restera sans effet si la masse est réfractaire. Le spasme du releveur quand il se montre isolé est lié soit à la susceptibilité nucléaire soit à des connexions anatomiques qui font passer l’excitation nerveuse exclusivement, par le noyau de réflectivité de la lèvre supérieure.
L’antithèse clinique que nous avons signalée paraît être conditionnée par des effets différents d’une même excitation qui aboutit dans un cas à l’exaltation fonctionnelle et dans l’autre à l’inhibition.
En ce qui concerne le geste de l’astronome nous dirons qu’il s’agit d’une manifestation qui s’observe fréquemment au cours de l’occlusion intestinale. Mais pourquoi ce geste est-il souvent lié à un pareil trouble c’est ce qui paraît difficile à expliquer. S’agit-il de connexions anatomiques insoupçonnées ou bien faut-il en voir la raison dans l’intensité de l’excitation qui sollicite tous les centres réactionnels du spinal et des paires cervicales et que des actions antagonistes se neutralisant la manifestations symptomatique puisse être considérée une prédominance réactionnelle. L’excitation des muscles entraînant la flexion de la tête serait neutralisée par l’excitation simultanée des muscles entrainant l’extension de l’encolure et de la tête, et l’irradiation à la totalité des centres se traduirait exclusivement par la rotation de la tête sur l’encolure. Ce qui nous incline à retenir cette manière de voir c’est que le geste du canard qui barbotte qui s’observe également dans l’occlusion intestinale, nous parait être lié à une irradiation visant et intéressant tous les noyaux avec moins de simultanéité. Les réflexes se succèdent rapidement mais ne sont pas annihilés comme dans le cas précédent.
Si l’irradiation intéresse la Ve paire on observe des mâchonnements, du trismus, des grincements de dents.
L’irradiation à la VIe paire ou nerf oculo-moteur externe permet d’interpréter certains mouvements du globe oculaire isolés ou associés à des spasmes ou à des clonies diverses.
Le spasme du releveur de la paupière supérieure suppose une irradiation à la IIIe paire d’ou relève également le myosis ou le ptosis, ce dernier symptôme étant produit par un mécanisme analogue à celui qui est en cause dans la parésie labiale.
L’irradiation à la IXe paire explique la nausée. Le glosso-pharyngien est en effet le nerf de la nausée. L’irritation de la XIIe paire conditionne certains mouvements de la langue.
Du bulbe l’irradiation peut gagner les pédoncules cérébelleux et conditionner des mouvements en tonneau et certains tremblements.
Lorsque l’irradiation arrive dans la zone rolandique elle fait apparaître des myoclonies, des spasmes, des contractures, de la tétanie dans les régions correspondant aux points ou aux zones excitées. On peut voir survenir dans ce cas des crises d’épilepsie d’ordre réflexe ou des pulsions; les malades dans le cas de pulsion sont poussés irrésistiblement en avant (antépulsions) quand le cheval est placé dans une écurie on dit «qu’il pousse au mur» en arrière (rétropulsions) ou par côté (latéropulsions). Ils peuvent même être brutalement projetés sur le sol.
L’irradiation à la zone psychique explique certains hennissements, le galop de la mort, les crises rabiformes, la dromomanie, etc.., etc.
L’irradiation au noyau de la VIIIe paire est loin d’être rare au cours des crises; elle se traduit par des manifestations vertigineuses pour l’intelligence desquelles nous devons entrer dans quelques considérations sur le vertige, inspirées des travaux de P. Bonnier. A l’état normal nous connaissons la situation de nos différents segments corporels, les uns par rapport aux autres et la position des objets du milieu extérieur par rapport à nous. On peut dire que l’équilibration est la résultante de l’orientation subjective (celle qui nous fait connaître la répartition des différents éléments du moi) et de l’orientation objective (répartition des choses du milieu par rapport à nous.
L’orientation subjective est fonction du sens des attitudes qui comprend le sens des attitudes segmentaires et le sens de l’attitude céphalique.
L’orientation subjective et objective constitue le sens de l’espace.
Comme tous les sens, celui de l’espace a un substratum organique qui lui permet de recueillir les informations utiles. Les perceptions élémentaires sont fournies par la tactilité entendue non seulement du sens du toucher mais encore de perceptions profondes, musculaires, tendineuses, articulaires. Ces informations sont transmises par la moëlle aux noyaux bulbaires de la VIIIe paire et de là au cervelet et au cerveau. La preuve en est que, les yeux fermés, nous pouvons connaître la situation des différents segments de notre corps. Le cerveau voit donc par le sens des attitudes segmentaires.
Le segment céphalique puise ses informations à la périphérie par l’intermédiaire du nerf auditif ou labyrinthique. L’audition est un phénomène moins général que l’orientation. Les poissons, par exemple, perçoivent les ébranlements mais n’entendent pas au sens propre du mot; ils ne perçoivent ni la hauteur, ni l’intensité, ni le timbre; ils ne possèdent pas l’audition tonale. L’échelle zoologique montre que l’oreille est avant tout un organe d’orientation. Chez l’homme et les vertébrés supérieurs il y a orientation et audition tonale.
Cette dualité fonctionnelle tient à la spécialisation des éléments qui entrent dans la constitution du nerf de la VIIIe paire lequel résulte de la réunion des fibres du nerf vestibulaire et du nerf cochléaire.
Le nerf cochléaire est le nerf de l’audition. Le nerf vestibulaire celui de l’orientation.
Le nerf vestibulaire aboutit à trois noyaux bulbaires dont le principal est celui de Deiters, noyaux qui sont des relais pour les fibres apportant au cervelet et au cerveau les excitations qui prennent naissance dans les canaux circulaires.
Les différents segments corporels sont reliés au cervelet. De l’ensemble des informations du segment céphalique et des segments somatiques résulte une image d’attitude.
Quand il y a changement d’attitude cela suppose une image d’attitude préalable de l’attitude voulue, image sur laquelle le cervelet, règlera le jeu de la muscularité.
Ces opérations se font rapidement grâce à l’existence de centres de simplification commandant en bloc une attitude.
Tituhation. — On observe dans certaines crises un trouble de l’équilibre comparable à la titubation ébrieuse. Le mécanisme de ce phénomène est facile à pénétrer, grâce aux notions que nous venons d’exposer.
Une irradiation au noyau de Deiters crée l’illusion d’un changement d’attitude; le cervelet se met en mesure de distribuer l’action musculaire nécessaire au maintien de cette nouvelle attitude, mais comme l’individu n’a pas bougé, le cervelet le condamne à courir après son centre de gravité d’où la titubation.
Chaque fois qu’il y a perte du sens de l’attitude céphalique il y a chute. S’il y a en même temps perte du sens des attitudes segmentaires il se produit un véritable effondrement. La titubation est le résultat d’une hallucination tandis que la chute d’effondrement est une inhibition du noyau de Deiters.
Dans le geste de désespoir il y a perte du sens de l’attitude céphalique et du sens du segment cervical.
Les dérobements monoplégiques et paraplégiques sont liés à la perte du sens des attitudes segmentaires dans les régions médullaires commandant aux membres. Sous l’influence d’une irradiation inhibitrice le segment n’est plus relié au cervelet qui, privé d’informations, ne s’occupe plus de lui; il en résulte des dérobements unilatéraux ou bilatéraux suivis de chute ou de menace de chute ou de troubles se manifestant par le vacillement des jarrets, la démarche en canard, de l’incoordination motrice. L’attitude du chien assis peut être réalisée dans le cas d’inhibitions portant sur le train postérieur.
L’animal étant en décubitus au moment il veut se lever, tous les segments obéissent sauf l’arrière-main qui ne s’est pas révélé au cervelet.
Les dérobements et certaines attitudes de chiens assis constituent du vertige localisé.
A côté du vertige inconscient existe un vertige conscient qui résulte d’après Bonnier, soit de l’imperception d’espace, soit de la surperception d’espace, soit de l’illusion ou encore de l’hallucination d’espace.
L’état vertigineux par imperception d’espace ne saurait être mieux analysé que ne l’a fait une malade de P. Bonnier: «à ce moment rien n’est plus nulle part et moi-même je ne suis nulle part.» C’est la suppression momentanée de toute localisation consciente, nous avons constaté au cours de nos observations de crises abdominales des états faisant songer à l’imperception d’espace. L’animal est absolument indifférent au milieu. Il paraît ne pas souffrir, ne rien vouloir, ne rien sentir. Bien entendu il s’agit d’un état subjectif qui échappe à l’analyse et auquel on ne peut songer que par comparaison avec le malade humain. Il semble qu’il s’agisse d’imperception d’espace lorsque l’animal reste insensible à toute excitation. Nous avons noté sur un cheval l’anesthésie à la piqûre dans toutes les régions autres que la tête. Le cheval ne tombait, pas mais présentait une forme de vertige assez curieuse; il avait l’air de ne pouvoir pas se soutenir sur le bipède latéral droit et inclinait le corps en toit à gauche jusqu’au moment, où il y avait menace de chute; à ce moment le bipède latéral droit se déplaçait pour venir le plus près possible du bipède latéral gauche qui s’éloignait aussitôt pour élargir la base de sustentation et le cycle recommençait.
Dans la superception d’espace les phénomènes sont tout opposés. L’acuité des perceptions est telle qu’elle engendre des phobies; par exemple l’agarophobie ou phobie des espaces découverts à laquelle on peut songer lorsque le cheval refuse d’avancer avec obstination au lieu d’indifférence comme dans l’imperception.
Illusion d’espace. — Le moindre trouble dans l’orientation objective et subjective engendre des perceptions illusoires de la distribution des objets qui nous entourent et de notre position propre dans notre milieu ainsi que de leurs variations. Il en résulte des illusions d’attitude et de mouvement. La titubation nous en a fourni un exemple mais il est loisible d’en observer d’autres au cours des crises abdominales. Certains campers sont des gestes qui résultent d’une illusion de glissement de même que les mouvements de reptation que nous avons observés chez certains chevaux dans l’attitude décubitale de l’ours. On voit certains patients au cours des crises retirer brusquement la tête à la manière d’un cheval aveugle qui vient de se heurter à un obstacle. Il s’agit vraisemblablement dans ce cas d’une illusion de contact. L’illusion de mouvement doit être en cause dans le cas de déplacement en rayons de roue que nous avons signalé ci-dessus.
Les chevaux qui grimpent dans le ratelier ou qui essayent d’escalader un mur ont des illusions d’espaces qui leur font confondre la verticalité avec l’horizontalité.
Certains frissons, certains secouements et certaines ruades nous paraissent être liés à des illusions de contact qui constituent des hallucinations. Au cours des crises abdominales on voit des chevaux se secouer fortement de la même façon qu’un cheval qui vient de se rouler dans la poussière. Ce geste s’observe dans les coliques de sable, dans les indigestions, au cours des crises vasculaires, etc., etc., son mécanisme nous paraît être le suivant. Une grande surface intestinale est intéressée au cours de ces crises; comme nous le verrons plus loin, les nerfs du tractus abdominal sont en connexion avec les nerfs périphériques par l’intermédiaire des rami-communicantes (voir clavier somatique). Les nerfs intercostaux correspondant aux viscères intéressés sont excités; l’irritation abdominale se projette sur la surface somatique et, comme nous avons eu l’occasion de le dire, étant donné que le malade rapporte ses impressions à la périphérie, il a de ce fait dans certains cas l’illusion d’excitation périphérique comme s’il s’agissait de mouches ou de particules irritantes comme le sable ou la terre et il se secoue violemment dans le but de faire cesser cette importunité. Quand le siège de la crise réside dans le plexus mésentérique postérieur, où dans le plexus pelvien on peut voir survenir des ruades qui doivent reconnaître le même mécanisme.
Angoisse et anxiété. — Le peumogastrique est le principal nerf de l’angoisse. L’angoisse est un phénomène bulbaire qui se caractérise par des troubles circulatoires, respiratoires, moteurs, sécrétoires, etc. Le pneumogastrique aboutissant directement au bulbe, on conçoit que ses qualités angogènes soient supérieures à celles du sympathique.
On ne paraît pas distinguer en médecine vétérinaire, l’angoisse de l’anxiété. Ces deux états diffèrent par ce fait, que l’un est conscient et l’autre inconscient. Si l’irradiation s’arrête au bulbe, il s’agit d’angoisse. Si du bulbe elle progresse jusqu’à l’écorce cérébrale en passant par les noyaux de la base, elle pénètre dans le champ de la conscience et conditionne l’anxiété. «L’anxiété c’est de l’angoisse émotivée» (Heckel. Fr.). Nous reviendrons sur ce point à propos des coliques nerveuses. Qu’il nous suffise de savoir pour l’instant que l’irradition vagale peut faire apparaître l’anxiété.
B. — Irradiation par la voie du sympathique.
L’irritation peut gagner la moëlle et les centres nerveux supérieurs par la voie du sympathique, si on tient compte que les ganglions rachidiens sont reliés par les rami-communicantes à la branche antérieure des nerfs rachidiens et que le sympathique a pu être considéré comme une moëlle extra-rachidienne, on admettra facilement le fait et le mécanisme de la propagation.
L’irradiation par la voie sympathique est susceptible de gagner certains centres des fonctions de la vie végétative que nous retrouverons au chapitre de la partie chiffrée.
Pour nous en tenir à la partie mimée nous dirons que les irradiations par la voie sympathique, sont capables d’impressionner les fonctions médullaires et de conditionner les phénomènes d’incoordination que nous avons examinés tels que le bercement, la démarche ataxoïde, les dérobements monoplégiques ou paraplégiques et certains gestes convulsifs.
Le centre génito-spinal de Budge peut être atteint et cette irradiation rend compte des saillies clitoridiennes, de l’érection, des mouvements coïtaux. L’inhibition du centre d’Eckardt situé dans le centre de Budge se traduit par la procidence du pénis qui pend flasquement. L’irradiation au plexus sacré rend compte des différents mouvements de la queue. L’irradiation peut en outre gagner les centres nerveux supérieurs.
Irradiations neuro-vasculaires. Il semble que dans certains cas les fibres vaso-motrices soient irritées électivement; dans ce cas on observe des troubles vaso-moteurs à distance tels que spasmes ou vaso-dilatation. Certains segments vasculaires sont sensibilisés et réagissent, tandis que d’autres sont réfractaires. Ces actions vaso-motrices sont intéressantes à connaître car elles sont susceptibles d’influencer la mimique en agissant sur les centres par défaut ou excès d’irrigation sanguine.
Les anciens attribuaient l’épilepsie à des spasmes vasculaires et cette manière de voir ajoutée à l’efficacité des antispasmodiques, nous paraît avoir quelque vraisemblance. Nous verrons qu’il est loisible d’observer des spasmes vasculaires chez nos animaux et que chez les porteurs de spasmes on observé des crises épileptoïdes.
II. — RÉVERBÉRATIONS.
Sous le nom de «réverbérations» nous comprendrons les irritations à distance du fait de la diffusion des agents irritants par voie humorale et aussi par certaines modifications apportées à l’hydraulique sanguine.
Disons tout de suite que les réverbérations peuvent conditionner tous les gestes et toutes les attitudes que nous avons examinées au sujet des irradiations.
Nous nous bornerons à examiner la nature des poisons susceptibles d’imprégner l’organisme au cours des crises abdominales et quelques manifestations dépressives.
Par poisons nous entendrons avec le professeur H. Roger, tout corps capable de troubler où d’arrêter la vie non de l’être, mais des organites ou, si l’on veut, des éléments anatomiques - qui les constituent.
Les poisons reconnaissent tantôt une origine exogène, tantôt une origine endogène. Dans le premier cas, il s’agit d’une intoxication, dans le second d’une auto-intoxication.
Poisons exogènes. — Ils sont d’origine minérale, végétale, organique.
Les poisons minéraux sont absorbés par imprudence ou. administrés dans un but thérapeutique ou criminel. Parmi les corps de cette origine nous citerons particulièrement le cuivre, l’arsenic, le plomb, le soufre, le phosphore, les sels de potasse. Certes l’instinct est bien souvent une sauvegarde, mais il n’est pas absolument infaillible. C’est ainsi que l’enfant s’empoisonne avec les baies de différentes solanées (douce-amère, atropa, belladona, etc.), le perroquet avec du persil, le singe avec l’iodoforme, l’homme avec de la cigüe, l’amanite phalloïde, etc., etc. Nous avons fait l’autopsie d’un cheval qui avait absorbé de la bouillie cuprique viticole. Le docteur Schmidt a remarqué qu’aux environs des endroits où on travaille le plomb, il s’échappe des cheminées une certaine quantité d’oxyde de plomb qui se répand sur les végétaux, sous forme de poussière gris bleuâtre et que ces végétaux occasionnent des symptômes d’empoisonnement sur les chevaux.
L’intoxication accidentelle s’observe avec les sels de potasse, azotate ou oxalate à la suite d’une méprise bien connue, faisant confondre ce sel avec le sulfate de soude. Les coliques saturnines peuvent être la conséquence de l’utilisation de seaux ou d’auges métalliques, de canalisations en plomb ou alliages renfermant une forte proportion de plomb.
Nous citerons encore parmi les poisons minéraux les acides, les bases, les poisons les plus divers sans y insister plus longuement, ces intoxications ressortissant plutôt à la médecine légale qu’à la pathologie abdominale.
Les intoxications par les produits d’origine végétale sont plus fréquentes; elles sont plus souvent imputables aux altérations de la denrée qu’à la nature de la denrée elle-même. Cependant il existe des plantes ou des graines dont la toxicité est reconnue. Pendant la campagne contre l’Allemagne, de nombreux accidents ont marqué l’utilisation du riz décortiqué. M. Mouilleron a signalé le danger des haricots de Java, du Pérou, etc., etc., attribué à un glucoside cyanhydrique, la phaséolunatine qui, sous l’influence de l’émulsine, se dédouble en présence de l’eau en glucose, acétone et acide cyanhydrique. D’après Mallevre ce glucoside existerait dans beaucoup d’autres grains notamment le sorgho, le lin, les vesces sauvages et serait à l’origine de nombreux empoisonnements.
La nocivité des graines de ricin, de lupin, d’ivraie, de staphysaigre, de sénevé, de nielle est reconnue. Les tourteaux de farine ont entraîné des accidents toxiques.
Parmi les plantes nous citerons les renoncules, l’if, la cigüe, le mille-pertuis, les chaumes de lupin, la mercuriale, le trèfle hybride, le colchique, le buis, etc., etc.
L’altération des denrées est un facteur qui a peut-être été invoqué un peu trop souvent, mais il serait injuste de le dépouiller de toute influence. Dans un cas rapporté par Magnin à Oran les chevaux nourris de pain à oïdium aurantiacum et ascophora nigricans rejeté par les hommes furent frappés de coliques, d’accès vertigineux et de sueurs profuses. Cornevin accuse le pain moisi donné en grande quantité d’avoir déterminé la mort. Fischer dit que la dose de un kilogramme peut être suffisante pour entraîner une issue fatale. Avec 500 grammes de pain moisi par cheval, Perrin a observé des troubles graves (3 chevaux morts sur 40) ou des troubles bénins suivant des circonstances indéterminées.
Ces faits incriminent formellement les moisissures. Et cependant le professeur Cadeac s’exprime de façon suivante au sujet de ces agents: «Apportez-moi de l’avoine moisie et rien que moisie avec laquelle je pourrai rendre à coup sûr les animaux malades et je proclamerai la nocivité des moisissures; fournissez-moi un pain moisi c’est-à-dire couvert de cultures d’oïdum aurantiacum, de mucor mucedo, d’aspergillus glaucus, de rhizopus nigricans et de toutes les moisissures incriminées, susceptibles de produire les accidents relatés par Gaveriau, Cornevin, Abadie, Menier et Lecornue, Perrin, Cagny, Lenoir, Richard et je serai de leur avis, sinon je conclurai avec Decaisne, Rochard et Legros à l’innocuité de ces moisissures car accuser n’est pas prouver.
La preuve qu’exige le maître de Lyon suggère l’idée d’une étude expérimentale fort intéressante. Mais en l’état actuel de la question il nous semble que les moisissures doivent être incriminées en nous basant sur les travaux de Cornevin, Fischer, Perrin, etc. En biologie on ne doit tenir compte que des faits positifs. Quand il s’agit de germes vivants il faut tenir grand compte du terrain. Ex. Un savant étranger ayant impunément ingéré une culture de vibrions cholériques se crut autorisé à dénier au vibrion de Koch le rôle d’agent étiologique du choléra. Metchnikoff et plusieurs de ses collaborateurs tentèrent sans plus d’inconvénients la même expérience. Cependant, parmi les collaborateurs de Metchnikoff il s’en trouva un qui contracta le choléra et fut atteint si sérieusement qu’il faillit succomber. Ce fut pour Metchnikoff l’occasion de montrer la nécessité d’une oospora dans le tube digestif pour que l’individu soit réceptif pour le choléra. On sait d’autre part que le bacille tétanique en culture pure ne donne pas le tétanos. Il a besoin d’être associé à d’autres germes qui préparent son action. Il n’est pas défendu de penser que les Mucorinées et les Mucédinées jouent un rôle analogue par rapport à certains hôtes intestinaux.
Cadeac dit encore: «J’ai vu dans divers pays les paysans manger du pain moisi et n’en éprouver aucun trouble; les panades faites exclusivement de pain moisi ne produisent aucune intoxication.»
Dans ces circonstances il peut être question d’accoutumance ou encore d’actions biochimiques comparables à celles que l’on observe chez l’homme hyperchlorhydrique ou hypochlorhydrique. Dans l’hyperchlorhydrie les viandes faisandées sont supportées tandis qu’elles sont toxiques dans l’hypochlorhydrie.
Il se pourrait encore que les moisissures ne constituent que des témoins d’altération plus grave et d’une nature différente; comme l’urée au cours de l’azotémie est un index, utile à connaître, de substances toxiques, bien qu’elle soit elle-même inoffensive.
Pour les différentes raisons que nous venons d’énumérer, nous considérons les moisissures comme des altérations capables de déterminer des accidents d’ordre toxique. Notre regretté camarade Gobert a constaté en Chine des troubles cardiaques assez accusés sur les mulets d’une batterie nourris pendant quelques temps avec du «paddy» fermenté et de la paille de riz vasée et moisie.
Les rouilles des céréales et le charbon paraissent avoir une toxicité beaucoup plus douteuse.
La flore des fourrages doit être très variée à en juger par le nombre des espèces vivant dans le tube digestif, espèces recrutées par les ingesta. Elle est subordonnée à celle de l’eau, du sol, de l’air des régions d’origine et des milieux de conservation. Dans certaines conditions déterminées de chaleur et d’humidité, des espèces microbiennes peuvent se développer, secréter des toxines capables d’engendrer des troubles abdominaux ou de les préparer. Parmi les espèces malheureusement aussi nombreuses que peu étudiées nous citerons le streptothrix que Brocq Rousseu a isolé des avoines moisies, le vibrion de Dasson ville, le bacillus maïdès et le bacillus mesentericus fuscus du maïs altéré, le subtilis, le proteus, le vibrion septique et les coli-bacilles qu’on rencontre dans tous les aliments en voie de décomposition. Il est certain d’autre part qu’il existe en outre des bacilles sporulés aérobies ou anaérobies dont les spores pénètrent dans le tube digestif avec les fourrages et qui sont susceptibles de s’acclimater dans certaines conditions et de jouer un rôle dans l’auto-intoxication.
Poisons endogènes. — Les phénols, crésols, paracrésols, leucomaïnes et ptomaïnes qui sont issues des fermentations microbiennes constituent des poisons redoutables. D’autre part les physiologistes ont montré la toxicité des extraits du contenu intestinal. Qu’il nous suffise pour le moment de dire qu’il existe dans l’intestin un poison convulsivant, un poison paralysant, un poison qui provoque la diarrhée. De plus les parois du tube digestif renferment également des substances toxiques et la couche épithéliale du tractus digestif peut être considérée comme une glande étalée dont la suppression fonctionnelle peut entraîner la mort aussi bien que l’insuffisance hépatique ou la méïopragie rénale.
Les organopathies peuvent être des sources d’intoxication. La nutrition d’une cellule, d’un tissu ou d’un organe est dépendante de trois facteurs: 1° de l’action du système nerveux (neuro-trophisme); 2° de l’irrigation sanguine (vaso-trophisme); 3° de l’action chimique produite par les hormones (ou ferments excito-fonclionnels spécifiques sécrétés par toute cellule et par les glandes interstitielles) et de celle des harmozones ou produits de déchets normaux et anormaux du travail fonctionnel des cellules, tissus, organes. Cette dernière action correspond à la crase sanguine ou action humorale (crinotrophisme).
Chaque fois que l’un de ces facteurs est déficitaire le trouble apparaît dans la fonction et les humeurs deviennent «peccantes » (cholémie, urémie). Dans le cas de lésions organiques il y a formation de cyto-toxines qui jouent un rôle dans certaines intoxications.
Les dyscrasies résultant d’une maladie de la nutrition comme l’oxalémie, sont susceptibles d’impressionner défavorablement le système nerveux. Il en est de même du surmenage. Nous aurons garde d’oublier les sécrétions microbiennes et les gaz tels que l’hydrogène, l’hydrogène sulfuré, le méthane, le méthylmercaptan, l’acide carbonique qui prennent naissance dans le tube digestif et peuvent passer dans le sang Les toxines vermineuses et les alcaloïdes de la putréfaction doivent également entrer en ligne de compte.
Ainsi qu’on peut en juger d’après la liste des poisons que nous avons passée en revue, les réverbérations doivent revendiquer un certain nombre de manifestations au cours des crises abdominales. Elles peuvent solliciter les centres divers à l’instar des irradiations et conséquemment conditionner les mêmes gestes et les mêmes attitudes. Ce qui le montre bien c’est que par l’injection intra-veineuse de poisons d’origine intestinale on obtient un certain nombre de manifestations observées au cours des coliques. C’est ainsi qu’on provoque des mouvements convulsifs, des mouvements brusques et saccadés des membres postérieurs, des pulsions, des paralysies, des effondrements, des vomissements, de la narcose, etc. S’il était encore besoin d’arguments pour prouver que les gestes ou les attitudes que nous avons signalés peuvent reconnaître une origine toxique nous en trouverions de décisifs dans la magistrale étude du professeur Cadeac: de l’intoxication du chien par les essences de thym, de romarin, de fenouil, d’absinthe, etc. Au cours de ces expériences, le professeur Cadeac a noté des gestes superposables à ceux que nous avons enregistrés au cours des coliques.
D’autre part, on sait que les poisons paralysants sont tout d’abord excitants. Or, sur le cheval nous avons vu, à la suite d’une injection sous-cutanée d’atropine, apparaître des clonies des sus-naseaux, des crises de clignement et des mouvements cuniculaires et perçu des borborygmes à distance.
Nous avons assisté dans ce cas à l’excitation préparalytique des fibres du pneumogastrique avec irradiation dans le territoire du facial.
Les phénomènes de dépression tels que céphalée, semi-coma, narcose, etc., sont le plus souvent sous la dépendance des réverbérations.
Il est des manifestations qui sont sous la dépendance de l’hydraulique sanguine.
Au cours d’un flux congestif de l’intestin il peut se produire une anémie cérébrale qui entraîne du vertige par défaut de compensation labyrinthique. L’oreille est formée de trois milieux fluides: le conduit extérieur empli par l’air atmosphérique, la caisse du tympan également remplie d’air, le labyrinthe plein d’un liquide séreux; ces milieux sont séparés par des membranes inertes dont le jeu physiologique exige qu’elles supportent sur leurs deux faces des pressions égales. La pression du liquide labyrinthique et celle de l’air tympanique doivent faire équilibre à la pression atmosphérique et suivre ses variations à l’aide de ce que P. Bonnier a appelé la compensation tympanique et la compensation labyrinthique. La première se fait par l’ouverture de la trompe d’Eustache; certains baillements ne sont autre chose que des réflexes ayant pour but de permettre l’ouverture de la trompe. Dans le cas d’hémorragie cérébrale chez l’homme on observe de fréquents baillements qui résultent du trouble apporté à la circulation cérébrale par la compression liée à l’extravasation-sanguine.
La compensation labyrinthique est l’ensemble des procédés et conditions qui permettent à l’oreille de soustraire dans une certaine mesure le neuro-épithéliome à la compression du liquide qui le baigne. Elle se fait par régulation vaso-motrice du calibre des vaisseaux flexueux et glomérulaires qui tapissent la paroi labyrinthique modifiant légèrement la capacité du labyrinthe et la tension de son contenu. Si la compensation labyrinthique est insuffisante ou nulle, le vertige apparaît. Une congestion active ou passive de l’intestin anémiant plus ou moins les centres nerveux, l’hypertension ou les troubles de l’endothélium peuvent conditionner l’inondation séreuse ou hémorragique du labyrinthe et déterminer des accidents vertigineux. La section de la colonne vertébrale à l’autopsie des chevaux morts de coliques montre dans certains cas que le liquide céphalo-rachidien est en quantité anormale et sous pression; il doit en résulter des phénomènes de compression médullaire rendant compte de certaines excitations du névraxe et de la façon dont se comportent certains cas. Ainsi que la rachialgie qu’on observe dans certains cas.
Si nous faisons le bilan de tous les gestes il nous reste encore à examiner la nausée, les régurgitations, et les plaintes.
Nausée (d’un mot qui signifie «vaisseau»). — La nausée est une sensation musculaire vague due à de faibles contractions de certaines fibres musculaires de la partie inférieure du pharynx et du commencement de l’œsophage qui s’extériorisent par l’allongement de la tête sur l’encolure et un déplacement du corps de l’hyoïde. Il s’agit d’un trouble irradié à point de départ variable: estomac, intestins, voies biliaires, utérus, reins, etc. Nous l’avons observé au cours d’un état créé artificiellement par la ligature du grêle. On a pu dire que le vomissement est à la nausée ce que le cri est à la douleur; de même qu’on peut souffrir sans crier, on peut avoir la nausée sans vomir. Dans le déterminisme de la nausée la susceptibilité nerveuse entre pour une grande part, conformément à la loi de Lasègue. La nausée considérée isolément n’a aucune valeur au point de vue du diagnostic de siège car elle peut dépendre aussi bien du rein ou de l’utérus que de l’estomac. Il est des états gastriques bénins qui conditionnent l’apparition de nausée à côté de troubles stomacaux profonds qui n’en présentent pas. La nausée étant due à l’excitation du nerf glosso-pharyngien on concevra qu’elle s’accompagne d’hypersécrétion salivaire puisque le nerf innerve la glande parotide. D’autre part la contingence de l’irradiation au vague et au centre vaso-moteur peut associer la nausée à un malaise syncopal avec ralentissement cardiaque, pâleur des muqueuses, tremblements, sueurs profuses, faciès anxieux, etc., etc.
Eructations. — Ce sont des renvois gazeux. Cette manifestation suppose: 1° la présence de gaz dans l’estomac; 2° la perméabilité du cardia; 3° la contraction de l’estomac ou une forte inspiration à glotte fermée qui fait le vide dans l’estomac.
Les gaz de l’estomac viennent soit de l’air dégluti par tiquose, sialophagie, stéréotypie de léchage, aérodipsie, etc., soit des fermentations gastriques ou intestinales primitives ou secondaires. Ces gaz sont plus ou moins mélangés; on y trouve de l’oxygène, de l’azote, de l’acide carbonique, de l’hydrogène, du gaz des marais, de l’hydrogène sulfuré, etc. Ceux qui proviennent de la fermentation des hydrates de carbone sont inodores; les gaz qui résultent de la putréfaction des matières albuminoïdes ont une odeur nidoreuse, aigre ou rance selon qu’il s’agit d’hydrogène sulfuré, ou d’acides volatils (acide acétique, butyrique, etc.).
Les éructations sont plus ou moins fréquentes et plus ou moins copieuses. Elle se succèdent parfois en série comme si l’estomac était transformé en «usine à gaz». Si l’on songe que le foin renferme 44 0/0 d’amidon ou de sucre et l’avoine 60 0/0 et que d’autre part d’après H. Roger un grain d’amidon de 0 gr. 06 centigrammes donne 125 centimètres cube de gaz on pourra faire une part aux fermentations dans la genèse des gaz dans l’estomac contrairement à la tendance à considérer la quasi-totalité de ces fluides comme d’origine aérienne et dont la présence dans l’estomac s’expliquerait par l’aérophagie. Dans certains cas les gaz s’accumulent dans l’estomac; ce sont ceux dans lesquels les soupapes de sûreté : cardia et pylore ne fonctionnent pas. La déchirure de l’organe peut en être la conséquence.
Régurgitations. — Ce sont des renvois de liquide. Ces manifestations reflètent un trouble gastrique primitif ou secondaire. Des régurgitations salivaires s’observent dans le spasme de l’œsophage. Quand l’estomac ne renferme que des liquides, les régurgitations sont inodores. Quand il renferme des aliments les régurgitations ont une odeur sui-generis de suc gastrique ou une odeur empruntée à la nature des fermentations. Les régurgitations sont fréquentes dans la dyspepsie acide.
La substance qui est renvoyée peut être de l’eau, de la salive, une sorte de bouillie quand la digestion est peu avancée, bouillie qui peut être colorée en jaune par la bile ou en rouge par l’hémoglobine.
Vomissement. — Nous ne nous attarderons pas sur le fait bien connu, basé sur une disposition anatomique du cardia, de la difficulté du vomissement chez le cheval. Nous ferons remarquer qu’on confond souvent les régurgitations avec le vomissement. Le vomissement se produit parfois au moment de rupture de l’estomac laquelle peut s’accompagner d’un cri spécial que Pecus compare à celui de l’étalon qui s’approche d’une jument.
Conclusion. — Les gestes ou attitudes observés au cours des crises sont des manifestations à distance des troubles apparaissant dans le tube digestif qui sont conditionnées par des irradiations ou des réverbérations. Il en est qui sont des actes de volition d’autres qui sont inconscients et involontaires. En matière de crise abdominale on n’est pas autorisé à dire «Tout est dans le geste» mais il ne s’ensuit pas que les gestes soient dépourvus de signification. Un geste n’a de la valeur qu’à la condition d’être interprété. Sa constatation fait naître des suggestions diverses qui ne doivent être accueillies que sous bénéfice d’inventaire et tout autant qu’elles sont ratifiées par l’auscultation abdominale et la partie chiffrée. Sous ces réserves on peut dire que les gestes et les attitudes permettent d’aiguiller le diagnostic de siège de la lésion ou du trouble fonctionnel et fournissent parfois des indications sur la nature de la crise ou sur le pronostic qu’elle comporte.
Au point de vue du diagnostic de siège nous retiendrons:
Que le cheval se couche sur sa lésion.
Que le fait pour le patient de regarder fréquemment une certaine région révèle souvent l’origine d’un obstacle dans la portion intestinale qui se réfléchit dans cette région.
Que le décubitus est très précautionneux vis-à-vis des régions douloureuses.
Que l’attitude orthopnéique d’origine digestive indique que le trouble siège dans les parties antérieures du tube digestif.
Que le cheval qui porte un membre postérieur en abduction présente un trouble intéressant l’anse pelvienne. Il en est de même s’il porte la tête dans la région mammaire, dans la région inguinale, vers le grasset ou vers le canon.
Que la position du chien assis peut être prise pour dégager le diaphragme et celle du chien savant pour essayer de redresser une vessie en besace en antéflexion dans le bassin, etc.
Que la mimique faciale dans certains cas peut être considérée comme le sémaphore de l’estomac. Ces cas sont ceux au cours desquels seule la mimique faciale est en jeu.
Que la queue est le sémaphore des parties postérieures de l’intestin.
Quand les deux sémaphores fonctionnent le trouble porte sur tout l’appareil ou, au moins, à ses deux extrémités. L’appareil digestif peut être intéressé d’emblée dans sa totalité ou il peut se faire encore qu’un trouble antérieur en conditionne un postérieur secondairement ou vice-versa. Ex.: une indigestion gastrique peut se compliquer de stase intestinale et on voit dans ce cas le sémaphore caudal fonctionner en même temps que le sémaphore céphalique. La stase intestinale secondaire peut déterminer un syndrôme urinaire, etc., etc. 2e ex.: Un calcul du côlon flottant se signalera primitivement par la voie du sémaphore caudal, mais il pourra se produire secondairement de la stase gastro intestinale et le sémaphore céphalique pourra être actionné.
Les différentes manifestations péniennes que nous avons décrites s’observent dans les troubles intéressant la partie postérieure du côlon, le côlon flottant et le rectum. Les baillements, les nausées, les éructations peuvent quand ils sont fréquents faire soupçonner un trouble stomacal. Isolés ils sont dépourvus de signification diagnostique.
Au point de vue de la nature de la crise les gestes ou attitudes offrent quelque intérêt. Les manifestations comateuses suggèrent l’idée d’auto-intoxication, d’infection ou d’intoxication. L’éjection de blocs de mucus coagulé est un signe qui a une grande valeur diagnostique de l’occlusion ou de l’obstruction intestinale.
Les crises épileptoïdes s’observent presque toujours dans le cas de stase intestinale, d’obstruction intestinale; on les voit encore dans les crises vasculaires mais ici la tension artérielle est très éloquente et d’autre part il manque le signe du bras. Les crises épileptoïdes qui se manifestent en l’absence d’obstruction et de crises vasculaires sont liées soit à l’auto-intoxication soit à l’helminthiase et nous montrerons ultérieurement le diagnostic différenciel de ces affections.
Le geste de l’astronome quand il est effectué nettement a une grande valeur au point de vue de l’occlusion ou de l’obstruction intestinale.
En dehors de l’éjection de blocs de mucus coagulé on peut dire qu’il n’existe pas de signe pathognomonique qui soit fourni par la partie mimée.
Le pronostic peut tirer des indications de la mimique. En effet les plaintes constituent un symptôme grave. Le cheval ne se plaint guère qu’en présence des crises sérieuses. Le cri de la déchirure de l’estomac est très éloquent bien qu’il soit utile de le différencier de celui qui accompagne le geste de défaillance. Il est des signes qui, sans rien faire préjuger de la nature de la crise, assombrissent le pronostic du fait de leur apparition tels sont: l’attitude du sphinx prise fréquemment et gardée longtemps, les gestes de désespoir, les gestes de défaillance, etc.
Les manifestations vertigineuses s’observent souvent dans des cas qui ont une terminaison favorable; nous voulons parler des pulsions et des effondrements. Ces phénomènes sont parfois plus impressionnants que de mauvais augure.
Il n’y a aucun rapport entre l’intensité des manifestations et ce qui concerne les gestes et les attitudes. Tels chevaux qui s’agitent comme des bouts de vers guérissent très facilement à la faveur d’une thérapeutique rationnelle (coliques nerveuses). D’autres qui n’offrent que des manifestations peu exubérantes sont irrémédiablement condamnés (calculs).
Les révoltes instinctives nous permettent de dire qu’un cheval qui accepte des aliments au cours d’une crise ne présente pas d’indigestion par surcharge. Qu’un cheval qui accepte de boire n’est atteint ni d’indigestion d’eau, ni de rétention d’urine.
Le cheval qui se campe pour uriner sort le pénis. Tout cheval qui se campe sans sortir le pénis ne prend pas cette attitude pour la miction. La jument qui se campe pour uriner lève la queue. Si le camper ne s’accompagne pas de geste caudal il n’a rien à voir avec la miction.
Un cheval qui fait des efforts de défécation a l’anus ouvert. Si les efforts ne s’accompagnent pas de béance anale ils ont un autre but que la défécation.
L’absence de toute manifestation autre que l’accablement doit faire craindre l’accalmie traitresse. Quel que soit le calme apparent d’un patient il ne faut pas le considérer guéri s’il est permis de constater de la crispation des naseaux. Les naseaux sont de véritables esthésiomètres ils constituent même un excellent baromètre des coliques. Quand ils sont crispés en permanence la crise est grave. Elle l’est moins quand les naseaux sont alternativement ronds et crispés. Elle est bénigne quand les naseaux restent ronds.
Pour clore le chapitre de la partie mimée et montrer l’utilité qu’elle présente; qu’il suffise de dire qu’elle nous a permis de porter le diagnostic d’obstruction intestinale sans avoir recours à la partie audible et à la partie chiffrée. Nous avons eu l’occasion de voir un cheval rejeter des blocs de mucus coagulé comparable à du blanc d’œuf cuit. Ce fait nous fit penser à l’obstruction intestinale. Le sémaphore caudal était agité, il y avait des érections et des crises épileptoïdes. Nous portâmes le diagnostic d’obstruction intestinale. L’examen de la partie audible et de la partie chiffrée confirmèrent notre opinion qui fut reconnue exacte à l’autopsié. La partie mimée ne permet pas souvent de se prononcer aussi catégoriquement mais il n’en est pas moins vrai que les indications qu’elle fournit sont suffisamment intéressantes pour que le praticien s’ingénie à déchiffrer le langage des gestes.
II. — PARTIE AUDIBLE
Table des matières
Une partie du drame se passe à huis clos et nous ne pouvons la saisir que par l’auscultation abdominale.
Les bruits que l’on peut percevoir à l’auscultation de l’abdomen sont tubaires, péritonéaux ou pariétaux.
I. Bruit d’origine tubaire. — Les bruits tubaires sont fonction de la dynamique du tractus digestif, et de la nature des éléments qu’il renferme; la logique commande d’examiner:
1° La dynamique de l’appareil digestif à l’état normal et à l’état pathologique;
2° Le contenu gastro-intestinal dans les mêmes conditions.
3° Les bruits d’origine tubaire.
A. Dynamique tubaire. — Le tube digestif a une innervation modificatrice. L’autonomie lui est conférée par les plexus intra-musculaires d’Auerbach et sous-muqueux de Meissner.
L’innervation modificatrice lui est apportée par le vague et le sympathique. Remarquons en passant l’analogie qui existe entre l’intestin et le cœur. Les ganglions intra-cardiaques de Ludvig, de Bidder et de Remak sont les homologues des plexus de Meissner et d’Auerbach. Le vague et le sympathique apportent à l’intestin et au cœur une influence modificatrice mais tandis que le vague frène le cœur et excite l’intestin, le sympathique excite le cœur et frène l’intestin.
A l’état normal on peut distinguer dans le tube digestif des mouvements communiqués et des mouvements propres.
a) Mouvements communiqués ou passifs. — L’intestin est suspendu par les mésos à la voûte lombaire, d’autre-part il est séparé de la cage thoracique par le diaphragme, cloison mobile qui exerce huit, dix aspirations et refoulements de la masse intestinale dans le cours d’une minute. Il est hors de doute que l’intestin avance ou recule sous l’influence du diaphragme. Le flux et le reflux s’extériorisent parfois au niveau de l’anus qui s’enfonce en inspiration et saille en expiration. Si on veut bien considérer que les différents segments intestinaux sont plus ou moins étagés et que la traversée intestinale se fait un peu en montagnes russes, on concevra la possibilité de bruits passifs d’origine diaphragmatique. Leur synchronisme respiratoire permettrait à lui seul de les différencier de ceux qui résultent de l’exercice des muscles de la paroi intestinale.
b) Mouvements actifs. — Ce sont: les mouvements péristaltiques, les mouvements antipéristaltiques, les mouvements pendulaires, les mouvements d’Exner.
Les mouvements péristaltiques procèdent d’excitations chimiques ou mécaniques aboutissant à la contraction des fibres musculaires, longitudinales et circulaires de l’intestin.
Les ondes péristaltiques sont à faible amplitude. Elles peuvent naître à un point quelconque. Chez l’homme elles ne s’étendent guère au delà de 3 centimètres et font progresser le bol à la vitesse de 27 centimètres à l’heure. A notre connaissance du moins la vitesse du bol n’a pas été déterminée chez le cheval.
Les mouvements péristaltiques sont influencés par les sécrétions intestinales, par des hormones, par les causes mécaniques, par les produits de la digestion: peptones, glycose, acide lactique, acide acétique, etc., par les produits de la putréfaction; le scatol est un excitant puissant tandis que l’indol et le phénol sont inactifs, par l’eau froide, le refroidissement cutané, les purgatifs, les sels de potasse, les sels de soude, la pilocarpine, l’ésérine qui excitent les contractions intestinales. Les sels de soude déterminent des contractions péristaltiques; les sels de potasse déterminent des contractions locales.
L’atropine à petites doses favorise les mouvements intestinaux et les paralyse à hautes doses. La strophantine a une action identique. La morphine et la belladone les diminuent. L’adrénaline les inhibe. Les mouvements péristaltiques peuvent être impressionnés par certains phénomènes psychiques tels que la peur (diarrhée émotive). Ils peuvent être provoqués par l’excitation de certains points de l’écorce cérébrale correspondant à la région du gyrus sigmoïde du chien.
Les mouvements antipéristaltiques sont ceux qui font progresser les aliments en sens inverse de l’action péristaltique. L’existence de ces mouvements dans l’intestin grêle est très controversée et niée par la majorité des auteurs en s’appuyant sur une expérience d’Ellinger et Preusse. On explique par des remous intestinaux l’arrivée dans l’estomac de substances déposées dans l’intestin grêle.
L’antipéristaltisme est généralement admis en ce qui concerne le gros intestin. Chez le cheval au niveau du cœcum les aliments progressent en sens inverse de la pesanteur et doivent refaire en antipéristaltisme le chemin parcouru primitivement sous l’influence de la péristaltique. D’autre part l’examen comparatif des bandes dans les différents segments intestinaux impose l’idée d’antipéristaltisme.
Les mouvements pendulaires sont de petits mouvements de va et vient comparable à ceux d’un pendule qui ont pour but de diviser le contenu intestinal sans viser à la progression. Ils sont essentiellement caractérisés par une série d’oscillations courtes, rythmée, qui sont sous la dépendance du plexus d’Auerbach.
Phénomène d’Exner. — On distingue sous le nom patronymique du savant qui l’a signalé un moyen de défense peu banal qui se manifeste lorsqu’un corps acéré est mélangé aux aliments. La muscularis mucosae est excitée par le corps étranger et répond à l’excitation en se contractant localement constituant ainsi une sorte de butoir sur lequel le corps étranger se heurte et se renverse. Ce phénomène est sous la dépendance du plexus de Meissner. Il nous a été donné de constater à plusieurs reprises que des corps acérés situés dans le côlon avaient la partie mousse dans le sens de la progression.
II. A l’état pathologique on peut noter des variations de fréquence et de durée des contractions intestinales. La péristaltique peut être exagérée, diminuée ou supprimée.
L’excitation faible du pneumogastrique ou du sympathique augmente la fréquence et l’intensité des mouvements. L’augmentation de voltage a pour conséquence l’accélération du transit.
Des excitations plus intenses de ces rameaux nerveux peuvent aboutir à la contraction spasmodique (Iléus spasmodique ou entérospasme).
Une forte excitation du sympathique entraîne la paralysie du tube digestif par inhibition du vague (entéroplégie).
L’accélération du transit, le spasme ou la paralysie peuvent être d’origine cérébrale. Un traumatisme abdominal peut inhiber le péristaltisme.
Les états atoniques: (gastrite chronique, sclérose dystrophique, sénescence), ralentissent l’activité intestinale.
L’existence de corps étrangers dans l’intestin peut déclancher l’entérospasme: vers, calcul, sable, capsules médicamenteuses, grains d’avoine intacts, cailloux même si les corps sont de faibles dimensions.
Les états inflammatoires sont capables d’entraîner l’entéroplégie d’après la loi de Stockes.
L’entérospasme peut s’observer au cours de certaines affections rénales, aortiques; on peut l’observer dans le tétanos, l’urémie, l’oxalémie, dans certaines intoxications (strychnine).
Les mouvements peuvent être paralysés du fait de la distension gazeuse des réservoirs.
L’exagération des mouvements s’observe dans l’obstruction intestinale. L’intestin lutte contre le corps étranger qu’il essaye de faire progresser par des contractions puissantes et très étendues apparaissant assez loin de l’obstacle comme si l’intestin prenait de l’élan. Si le corps étranger résiste il crée autour de lui une zone qui se stupéfie et se paralyse et comme les puissantes contractions persistent en amont, il y a production de bruits résultant de la collision de liquides, de gaz, d’éléments solides qui sont projetés pêle-mêle dans un segment obstrué et dont les parois flasques permettent des remous. Ce mécanisme est perçu audiblement sous forme de glou-glou ou de clapotage; il peut aussi donner lieu à une sensation tactile en coup de bélier ou comme un soufflet ouaté quand l’anse obstruée est sous-pariétale, Dans ce cas, il peut être loisible d’observer un soulèvement de la paroi.
B. Le contenu intestinal. — A l’état normal, l’intestin renferme des éléments solides, liquides et gazeux en proportions variables. La quantité de liquide est prépondérante après l’abreuvoir. Les gaz sont toujours en faible quantité.
A l’état pathologique, l’élément liquide peut s’exagérer du fait de l’hypersécrétion intestinale, des troubles de l’absorption, de l’hypertension portale, des chasses biliaires, etc....
L’élément gazeux prend des proportions anormales dans l’aérophagie, les fermentations gastriques ou intestinales, etc.
C. Les bruits d’origine intestinale. — Connaissant la nature des mouvements de l’intestin et du contenu intestinal, nous sommes en mesure d’interpréter les bruits qui sont perçus à l’état normal et à l’état pathologique.
Lorsque le tube digestif fonctionne convenablement on ne perçoit que des bruits d’origine intestinale. Il ne se produit pas de bruits péritonéaux ni de bruits pariétaux.
Borhorygmes (d’un mot grec qui signifie «murmure»). — Le borborygme est le bruit normal par excellence du tube digestif. C’est l’extériorisation audible de la contraction intestinale sur une masse diffluente et gazeuse d’où le nom de bruit hydro-aérique qu’on lui donne également. Sur un cheval dont le ventre fonctionne régulièrement, il est loisible de percevoir par l’auscultation de l’abdomen, à intervalles plus ou moins rapprochés un bruit qu’on a comparé au crépitement d’une fusillade ou à un roulement de tonnerre lointain qui se rapproche et donne l’impression de pénétrer dans l’oreille. Quand on a perçu ce bruit, on peut affirmer qu’en ce point l’intestin se contracte; l’activité du segment est incontestable. L’importance de cette notion est capitale, aussi faut-il avoir à l’esprit les termes de la définition du borborygme: bruit lointain qui se rapproche et qui donne l’impression de pénétrer dans l’oreille. Ce dernier caractère est très important. Il évite de confondre le borborygme avec ceux du segment interrogé. Par exemple, en auscultant le cœcum on peut entendre le borborygme de la 4e portion du côlon qui est placé à la face interne du cœcum.
A l’état normal la fréquence des borborygmes varie selon le moment auquel on pratique l’auscultation. Ils sont plus fréquents après l’abreuvoir ou après le repas que pendant le jeûne.
A l’état pathologique, les variation de fréquence sont assez grandes. Cela se conçoit étant donné que toutes les causes susceptibles de retentir sur les mouvements ou les sécrétions influencent la phonation intestinale.
Les borborygmes augmentent dans l’excitation faible du vague ou du sympathique, l’hypersécrétion intestinale, l’entérite diarrhéique, au début des fermentations et de l’indigestion gastrique, dans le cas d’obstacle dans l’intestin.
Ils diminuent dans la constipation, l’atonie intestinale et disparaissent dans les spasmes intestinaux, le tympanisme, l’entéroplégie, en aval du siège d’un obstacle.
Si on perçoit des borborygmes sur toute l’étendue de la cavité abdominale, on peut affirmer que la voie est libre jusqu’au colon flottant. Les borborygmes perçus à l’auscultation de la poitrine constituent un bon signe de hernie diaphragmatique.
Nous avons envisagé jusqu’ici le borborygme typique; il en existe des variétés liées aux variations de composition du contenu intestinal nous voulons parler du gargouillement et des flatuosités.
L’intestin gargouille quand il se contracte sur une masse dans laquelle l’élément liquide prédomine. Il est flatulent quand les fluides volatils l’emportent sur les éléments liquides et solides.
Tandis que le borborygme type signifie que l’intestin est actif dans le segment où il est perçu, on peut se demander si les gargouillements et les flatuosités ne peuvent pas reconnaitre dans certains cas une origine passive sous l’impulsion diaphragmatique. Il faut se méfier quand ces manifestations sont synchrones des mouvements respiratoires, dans les autres cas ce sont des borborygmes traduisant l’activité fonctionnelle de l’intestin.
Le glou-glou peut être comparé au bruit que l’on provoque en versant sur le sol le contenu d’une bouteille à moitié remplie d’eau. Son déterminisme comprend une force assurant la progression d’une masse hydro-aérique dans un espace rétréci. On observe le glou-glou particulièrement au niveau de l’intestin grêle et dans l’obstruction incomplète de la lumière intestinale.
Bruits de spasme ou de distension (bruits métalliques). — Lorsqu’il existe un spasme intestinal, les bulles gazeuses éclatent à la surface du liquide en produisant des bruits à sonorité métallique. Ces bruits peuvent s’entendre en amont d’un obstacle lorsque l’intestin se tétanise sur le corps étranger. On peut percevoir au cours de la distension des réservoirs les mêmes bruits que dans le cas de contraction tétanique de l’intestin. Au niveau du cœcum on peut entendre dans certaines conditions des bruits de gouttelettes de liquide tombant sur une tôle qui sont dus aux mouvements pendulaires. Le bruit est fonction de l’éclatement de bulles gazeuses dans un milieu de tension plus basse que celle du milieu où ils viennent.
Quand il s’agit de bruits de spasmes proprement dit, ces bruits occupent exclusivement la scène sur un segment plus ou moins étendu de l’intestin. S’ils se rapportent à une obstruction intestinale, la zone aval est silencieuse. Quand ils sont liés à la distension, on peut percevoir la réplétion gazeuse par l’inspection, la percussion ou la fouille rectale. Au niveau du cœcum ils seront mis sur le compte des mouvements pendulaires, s’ils sont remplacés à certains moments par des borborygmes et que le transit soit normal dans la première portion du colon où on perçoit la borborygmie. Si au contraire la première portion ne présente pas de borborygmes on les mettra sur le compte de la distension ou la contracture cœcale si le grêle est actif.
Ces bruits sont très variés dans leur expression. Ils se manifestent sous forme d’accords de harpe, de drelin-drelin, de clochette, de bruit de chaînes, de bruit de goutte d’eau tombant sur de la tôle, de bruit de cascade, du tzim d’une balle qui siffle à l’oreille ou du tschak d’une balle tirée dans l’eau. Ces différents bruits ont des tonalités qui varient du grave à l’aigü. Ils ressemblent tantôt à un glas, tantôt à un joyeux carillon. Ces bruits s’observent dans les cas d’occlusion et d’obstruction intestinale. Le signe du bras est à rapprocher des signes d’auscultation. S’il n’y a pas d’occlusion ou d’obstruction, il s’agit de spasme ou de distension. S’il s’agit d’un cheval tiqueur ou sialophage et que la crise comporte du météorisme, il y a gros à parier qu’il s’agit d’une distension, bien qu’il puisse exister un spasme en aval de la partie distendue. Pour trancher, on peut recourir à l’épreuve de l’atropine qui en levant ce spasme fera cesser le météorisme. S’il n’y a pas de météorisme et que l’exploration rectale fasse reconnaître la vacuité relative de la cavité abdominale: spasme. L’épreuve pharmacodynamique par l’atropine confirmera souvent cette manière de voir.
Bruit de clapotage. — C’est un bruit comparable à celui de la vague qui heurte une barque amarée au rivage. Il naît du conflit d’un chyme fluide et des valvules conniventes sous l’influence d’un péristaltisme exagéré. Le bruit de clapotage traduit une lutte ou une hyperactivité intestinale.
Bruit de claquement. — C’est un bruit comparable à celui que produit une planchette frappant brusquement la surface de l’eau. Il nous paraît procéder d’un mécanisme analogue à celui du bruit de clapotage et avoir la même signification.
Bruit de chasse-d’eau. — S’observe particulièrement au niveau du cœcum; il est dû à l’irruption brusque de liquide et de gaz dans le coecum ou dans le colon.
D. Bruits péritonéaux. — Dans le cas de péritonite on entend à certaines périodes de l’évolution, au début et à la période de régression, un bruit de frottement résultant du glissement l’un sur l’autre des feuillets péritonéaux dépolis.
E. Bruits pariétaux. — Dans certains cas l’oreille appliquée sur l’abdomen perçoit un bruit rotatoire comparable à celui d’un moteur entendu dans le lointain, qui est dû à des contractions fibrillaires et qu’on peut très bien reproduire en appliquant la paume de la main sur l’ouverture de l’oreille.
Projection des viscères sur la paroi abdominale. — Ce n’est pas tout de percevoir les bruits et de les interpréter; encore faut-il les localiser et pour cela il est indispensable de connaître la projection des viscères sur la paroi abdominale.
Il importe tout d’abord d’être en mesure de savoir si on ausculte la région thoracique ou la région abdominale. Pour départager ces deux cavités, il suffit de tirer par la pensée une ligne partant du coude et passant par le milieu de la onzième côte. Tout ce qui est en avant de cette ligne est thoracique, tout ce qui est en arrière est abdominal. (Voir les figures 1 et 2 ci-contre, aux pages 44 et 45).
Le côté droit de l’abdomen correspond au coecum à la première et à la quatrième portion du côlon. Chacune de ces portions a sa projection spéciale.
La quatrième portion est située dans l’angle formé par la ligne de partage des zònes thoraco-abdominale et la ligne coupant les articulations chondro-sternales.
La première portion du côlon replié est placée sous les cartilages costaux au niveau des huitième et dix-septième côtes; sa moitié supérieure se trouve à une largeur de main au-dessus des cartilages et l’autre moitié au-dessous.
Le segment postérieur est occupé presque en entier par le coecum. La base ou la crosse du coecum occupe aussi la partie supérieure de la portion antérieure jusqu’à la quartorzième côte en avant.
A gauche, la paroi abdominale est en contact dans ses deux-tiers supérieurs avec des anses de l’intestin grêle et du colon flottant; le tiers inférieur de la cavité abdominale jusqu’à l’ilium en arrière est occupé par les deuxième et troisième portion du côlon replié. C’est surtout la seconde portion qui est en contact immédiat de la paroi de l’abdomen sur une grande surface; la troisième portion en est un peu éloignée; en avant elle se place au-dessus de la seconde portion et est appliquée contre la paroi abdominale ou le diaphragme au niveau des septième et onzième côtes.
Quelques particularités physio-pathologiques du tube digestif. — Les classiques passent sous silence certains faits qui ne laissent pas de frapper le clinicien et que nous allons passer en revue.
Les auteurs sont unanimes à reconnaître l’inertie intestinale au cours d’une indigestion gastrique par surcharge; mais ils n’en fournissent pas la raison.
FIG. 1. Projection des viscères (cheval côté droit), d’après Malkinces.
Cœc: cœcum. – vc: 2e portion du colon. – dc: 4e portion du colon.

Pour arriver à saisir le mécanisme de cette inertie dans ces conditions, il faut, croyons-nous, se remémorer l’innervation modificatrice de l’appareil digestif. Aussi, rappellerons-nous; 1° que l’estomac, le grêle, le coecum et la première moitié du colon sont innervés par le plexus solaire; 2° que la seconde moitié de l’anse colique, c’est-à-dire les troisième et quatrième partions sont innervées par le plexus mésentérique antérieur; 3° que le côlon flottant et le rectum sont innervés par le plexus mésentérique postérieur; 4° que les différents plexus sont réunis entre eux.
Ainsi, de par l’innervation, nous pouvons considérer l’existence de trois segments intestinaux. Le segment innervé par le plexus-solaire qu’on peut considérer comme le segment digestif proprement dit, le segment innervé par le plexus mésentérique antérieur qui au point de vue fonctionnel est un segment intermédiaire à la digestion et à la fécalisation. Le segment innervé par le plexus mésentérique postérieur ou segment de fécalisation et d’émonction.
FIG. 2. – Projection des viscères (côté gauche), d’après Malkinces.
Limites postérieures du champ de percussion. – – – – : Inversion costale du diaphragme. H: Cœur. – dc: 3e portion. – LvC: 2e portion du côlon.

Dans chaque segment la nature a créé l’unité nerveuse ou unité de commandement aux fins d’un bon fonctionnement. Mais, bien que jouissant d’une indépendance relative les segments sont subordonnés entre eux et le plexus solaire est au sommet de la hiérarchie. Dans certains cas, le tube digestif se comporte comme s’il était commandé par le plexus solaire, comme la moëlle vis à vis du cerveau. Cette constatation est de nature à justifier la dénomination de cerveau abdominal par laquelle les auteurs anciens avec Bichat désignaient le plexus solaire.
Tout se passe dans l’appareil digestif comme si l’estomac devait donner le branle-bas. Il semble que les phénomènes doivent être amorcés au niveau de l’estomac et se propager aux différents segments intestinaux. Le système nerveux régit la physiologie comme il régit la clinique. Ses réactions supposent une excitation. Il est certain que la digestion gastrique libère des aliments des substances excito-motrices et on peut considérer le bol comme auto-moteur. Mais ce ne sont pas ces excitations qui interviennent exclusivement. Il faut faire une part à la sécrétion interne de l’estomac qui fournit d’après Zülner une hormone au cours de la digestion, hormone péristaltogène se propageant de l’estomac au rectum. Cette hormone a été désignée sous le nom de Gastrine par Edwins.
Dans l’œsophage, le bol est également automoteur; mais l’automatisme ne peut s’exercer qu’à la faveur d’une déglutition. Si un bol s’arrête dans l’œsophage, l’organisme lutte en faisant des efforts qui ont toujours pour point de départ le pharynx à l’origine de l’œsophage. Il s’amorce un réflexe œsophago-salivaire qui entraîne la sécrétion salivaire et les mouvements de déglutition qu’occasionne ce flux salivaire déclanchent une onde péristaltique œsophagienne. Il semble qu’il y ait une inertie à vaincre avant que l’excitation des parois œsophagiennes mette en branle les centres bulbaires qui commandent à l’œsophage. Par analogie, on peut admettre que comme l’œsophage, l’estomac a une inertie à vaincre pour permettre aux excitants libérés par le métabolisme de mettre le contact entre l’appareil nerveux abdominal et le bol alimentaire. Ce soin incomberait à l’hormone péristaltique ou à la gastrine.
Avec cette conception, nous sommes à même d’interpréter l’influence de l’estomac sur la motricité intestinale:
En cas d’indigestion pas d’hormone: inertie tubaire.
En cas d’hypergastrie: excès d’hormone: accélération du transit.
En cas d’insuffisance gastrique: insuffisance d’hormone, parésie intestinale.
L’inertie intestinale peut être conditionnée par l’irradiation de troubles gastriques dans le plexus solaire qui entraine la paralysie fonctionnelle motrice.
Quoi qu’il en soit de ces explications, un fait reste certain, c est qu’au cours des crises gastriques, le péristaltisme intestinal reflète l’état péristaltique de l’estomac.
La pratique de l’auscultation abdominale. — Nous conseillons de pratiquer l’auscultation abdominale de la façon suivante:
Commencer par ausculter au niveau de la crosse du cœcum. Deux cas peuvent se présenter.
1° On perçoit des borborygmes dans le cœcum.
2° Il n’y a pas de borborygmie cœcale.
Dans le premier cas, on peut affirmer que la voie gastro-intestinale fonctionne normalement jusqu’au cœcum. Connaissant la projection des différentes portions du côlon sur la paroi abdominale, il suffit d’ausculter successivement chacune de ces portions et si on perçoit des borborygmes dans toutes on est en droit d’affirmer que la voie est libre et l’intestin est actif jusqu’au côlon flottant.
La voie peut ne pas être libre (indigestion, coprostase, calcul, iléus, spasmes).
Lorsqu’on est en présence d’une zone dans laquelle on note des gargouillements, des flatuosités, des bruits à timbre métallique, des bruits de clapotage ou de claquement et que la zone située immédiatement en aval est silencieuse, on est en présence d’une obstruction intestinale. Cette obstruction peut être liée à la présence d’un calcul ou être simplement dûe à la coprostase. Dans le cas de coprostase, le plus souvent l’obstruction se fait comme la nuit succède au jour, tandis que l’évolution calculeuse présente souvent une phase de début très douloureuse et marquée parfois par une grande agitation. De plus dans la coprostase, l’intestin est presque aphone tandis qu’il est souvent bruyant dans le calcul.
Dans l’indigestion intestinale, l’anse engouée ou surchargée lutte assez énergiquement. L’intestin gargouille, glou-gloute, mais ne tarde pas à se comporter comme quand il s’agit de coprostase.
Parfois l’intestin ne produit que des bruits passifs: entéroplégie.
Le spasme intestinal segmentaire se traduit par des bruits à timbre métallique. Nous savons que ces bruits s’observent également au cours de la distension gazeuse des réservoirs. Dans le cas de spasme il n’y a pas de météorisme. Cette notion permet de différencier la distension du spasme. Il faut tenir compte qu’un spasme segmentaire peut s’accompagner de distension en amont et qu’il peut se produire des bruits métalliques. L’atropine étant excitante au début de son action s’il y a simplement distension elle la supprimera hâtivement; si au contraire il y a spasme l’action sera retardée, mais aussi efficace. Le spasme intestinal total ou entérospasme se traduit par l’absence de bruits.
Si nous nous plaçons maintenant dans le deuxième cas qui peut se présenter, c’est-à-dire celui dans lequel l’oreille appliquée au niveau de la crosse cœcale ne perçoit pas de borborygmes, il faut déterminer s’il y a un trouble stomacal, grêle, cœcal ou colique (gros côlon et côlon flottant).
Pour cela il suffit d’ausculter la partie supérieure du flanc gauche ou se projette le grêle. 1° Si on y perçoit des borborygmes l’estomac n’est pas en cause. Si on n’en perçoit pas, on peut se trouver en présence d’une indigestion du grêle, d’un spasme ou d’une paralysie du grêle. Le spasme se traduira par des bruits métalliques. L’indigestion par des gargouillements ou des glou-glous. La parésie par l’existence exclusive de bruits passifs.
Il y a lieu d’incriminer le spasme ou l’obstruction de la partie terminale de l’iléon lorsqu’on perçoit des borborygmes qui sont brusquement interrompus et ne s’accompagnent pas de vidange du grêle dans le cœcum. L’imperméabilité de la valvule iléo-cœcale se traduit par l’absence de pénétration de la masse intestinale dans le cœcum, des bruits à timbre métallique et de la pneumatose cœcale, car il y a en même temps imperméabilité cœco-colique.
2° Si on ne perçoit pas de borborygmes dans le grêle, l’estomac est généralement en cause directement où secondairement. Il peut y avoir gastro-entéroplégie: perception exclusive de bruits passifs et gastro-entérospasme: bruits à timbre métallique ou silence c’est-à-dire des états qui seront soumis à l’interprétation du clinicien. Si le trouble est d’origine névrosique on peut le reconnaître par l’emploi du réflexe oto-cardiaque (Voir coliques nerveuses). L’aphonie du grêle coïncidant avec des manifestations audibles transcoecales est liée à une atonie ou à un spasme d’ordre réflexe.
L’entéroplégie peut être liée à la péritonite, être peut-être la conséquence d’un calcul, d’une indigestion par surcharge,. de la sablose, etc., etc..., de même qu’elle peut reconnaître une origine traumatique ou psychique.
L’entérospasme peut être déterminée par la calculose, la sablose, l’aortite abdominale, les néphrites, les affections génitales, l’urémie, l’oxalémie, etc.
Le côlon flottant et le rectum ne sont pas dans la zône auscultable. On interroge ces segments intestinaux par des moyens détournés que nous examinerons en temps opportun.
Perception de bruits anormaux à distance. — Au cours des crises, on entend parfois certains bruits intestinaux sans qu’il soit besoin d’appliquer l’oreille sur les parois de l’abdomen. On peut même entendre des bruits à une certaine distance de l’animal. Dans le cas d’indigestion ou plutôt de surcharge liquide de l’estomac par spasme du pylore, on peut entendre à distance comme une chasse d’eau; ce bruit indique que l’obstacle est levé.
On entend au cours de certains états des borborygmes bruyants. Ces murmures intestinaux peuvent avoir une signification pronostique.
Dans un cas de volvulus nous avons perçu un bruit comparable à celui d’une mitrailleuse qui tire dans le lointain. Dans un cas d’infarctus du colon, il nous a été donné d’entendre au moment où le cheval prenait l’attitude du chien assis un bruit de ferraille ou de chaînes dans la cavité abdominale quelques instants avant la mort. Dans un cas d’infarctus du côlon par thrombose d’origine mécanique nous avons nettement perçu à la fin de l’évolution un sifflement comparable à un échappement de vapeur (Fissure du côlon).
Conclusion. — L’auscultation est prodigue en renseignements. Elle permet de reconnaître:
1° Si la voie est libre de l’estomac au côlon flottant;
2° S’il existe un obstacle et le siège de cet obstacle;
3° S’il y a stase;
4° S’il y a entéroplégie ou entérospasme;
5° S’il existe un spasme localisé ou de la distension;
6° L’état du contenu intestinal;
7° Le degré d’activité de l’intestin, etc., etc.
L’auscultation ne suffit pas à elle seule pour faire le diagnostic, mais elle y contribue puissamment et à ce titre elle mérite plus de faveur qu’elle en a eu jusqu’à ce jour.
III. — PARTIE CHIFFRÉE
Table des matières
Ce chapitre de la séméiologie spéciale est consacré à l’examen des retentissements de la crise abdominale sur les différentes fonctions, c’est-à-dire aux échos lointains du drame abdominal.
A. — SÉCRÉTION SALIVAIRE.
Table des matières
Physiologie normale. — La salive est fournie par les glandes parotides, sous-maxillaires, sublinguales, et molaires. Chaque groupe glandulaire a une sécrétion spéciale. La salive parotidienne est très fluide, limpide, dépourvue de viscosité et mousse fortement par agitation. Elle n’est pas secrétée en dehors des repas. La salive de la sous-maxillaire est visqueuse, épaisse, filante; elle est secrétée très faiblement pendant l’abstinence. La salive sublinguale est encore plus épaisse et plus filante que celle de la sous-maxillaire; elle ressemble à du mucus presque pur; la sécrétion continue pendant l’abstinence. Les molaires supérieures ont une sécrétion comparable à celle de la sous-maxillaire; les inférieures à celle de la parotide.
Pendant l’abstinence, la bouche est constamment humectée et une certaine quantité de salive est déglutie. La sécrétion en dehors des repas est évaluée à 2 kilogrammes environ. La sécrétion prandiale peut être calculée en multipliant par 4 le poids du foin et celui de la paille, par 2 celui de la farine, par 1 celui de l’avoine, par 1/4 celui des fourrages verts.
La parotide est innervée par l’auriculo-temporal, branche du trijumeau, mais en réalité c’est le nerf glosso-pharyngien ou IXe paire qui apporte l’influx nerveux à la glande par l’intermédiaire du rameau de Jacobson, du petit pétreux profond, du petit pétreux superficiel et du ganglion otique. La sous-maxillaire et la sublinguale sont innervées par la corde du tympan (VIIe paire). Il existe en outre des centres salivaires dans le cerveau au niveau des circonvolutions frontales (Betcherew et Mislawsky), sur le plancher du quatrième ventricule au voisinage des noyaux des V, VII, IXe paires (Centre sialogène de Cl. Bernard); au niveau de la moëlle allongée (Loeb).
Indépendamment des nerfs crâniens, il intervient dans chaque glande des filets du grand sympathique. Les filets crâniens et les filets sympathiques sont composés de deux sortes de fibres, les unes secrétoires, les autres trophiques. D’après Heidenhain, les premières présideraient à la formation de l’eau et des sels, les autres auraient pour but d’entraîner la solubilisation et l’évacuation des matières organiques élaborées au sein du protoplasma. Proportionnellement aux filets sécréteurs, le sympathique renferme un plus grand nombre de filets trophiques que les nerfs crâniens. Il en résulte que la salive dûe à l’excitation du sympathique est plus épaisse que celle qui résulte de l’excitation du vague ou du glosso-pharyngien.
A l’état pathologique, la sécrétion peut être normale, exagérée, déficitaire ou pervertie.
Terminologie. — L’hypersécrétion est désignée sous le nom d’hypersialie ou d’hypercrinie. L’écoulement de salive à l’extérieur de la bouche constitue la sialorrhée. S’il y a déglutition d’une quantité anormale, il s’agit de sialophagie. La manière de saliver est appelée ptyalisme ou ptyalomanie. L’absence de sécrétion correspond au terme d’aptyalisme ou acrinie salivaire. Les substances telles que la pilocarpine, la muscarine qui activent la sécrétion salivaire sont appelées sialogogues ou sialogènes. La nausée s’accompagne de sécrétion de salive fluide, car elle est dûe à l’irritation du glossopharyngien qui inerve la parotide. L’excitation du facial se traduit par la sécrétion d’une salive fortement visqueuse émanant de la sous-maxillaire. La salive est parfois si cohérente qu’elle s’échappe de la bouche sous forme de colonnes visqueuses et hyalines ressemblant à des agitateurs.
L’excitation du pneumogastrique provoque la sécrétion salivaire par irradiation au noyau de la IXe paire. On sait que le vague s’anastomose avec le facial et le glosso-pharyngien.
L’excitation du sympathique provoque également la sécrétion salivaire.
L’excitation du sympathique et du facial ou du glosso-pharyngien arrête la sécrétion salivaire. De même l’excitation simultanée du vague et du sympathique entraîne également l’inhibition sécrétoire. Dans les crises sérieuses ou les deux sphères vagale et sympathique sont excitées, on observe la sécheresse de la bouche (volvulus, étranglement).
Dans certains cas d’urémie, d’intoxication, d’insuffisance hépatique, gastro-intestinale ou respiratoire, l’hypercrinie salivaire est le résultat de l’excitation de centres nerveux salivaires par voie humorale.
L’atropine tarit la sécrétion salivaire. Au cours de certains états intestinaux, il se produit parfois une ptomaïne qui supprime la sécrétion salivaire et qu’en raison de son analogie pharmacodynamique avec l’alcaloïde de la belladone, on a désignée sous le nom de ptomatropine. La muscarine qui apparaît dans les mêmes conditions a une action sialogène.
Tous les praticiens ont remarqué les différences considérables obtenues par des injections de pilocarpine pratiquées dans le but d’exagérer la sécrétion. D’aucuns ont incriminé l’inégalité des doses ampullaires. La raison réside à notre avis dans l’état du système nerveux au moment de l’injection. A l’état normal, l’hypersialie se manifeste environ 12 minutes après l’injection; elle est faible et fugace. Au cours des coliques il existe des différences considérables. Chez certains malades, la salivation apparaît au bout de 7 minutes, tandis que chez d’autres elle ne se montre qu’au bout de 30, 40, 50 minutes, 1 heure et même davantage; parfois aussi la réaction est nulle. On sait que la pilocarpine active la sécrétion salivaire en excitant les fibres glandulaires ainsi que l’a démontré Luchsinger. Si les fibres sont déjà en état d’hyperréflectivité avant l’injection, la réaction sera intense; si elles sont plus ou moins inhibées, la réaction sera traînante, insignifiante ou nulle. Dans le cas de vagotonie ou de sympathicotonie, la réaction est intense, hâtive et prolongée.
Par une loi générale d’auto-fonction, la salive est sialogène comme l’urine est diurétrique, la bile cholagogue. Les glandes salivaires éliminent électivement certains poisons: iodures, mercuriaux, urée.
Dans l’insuffisance gastrique on peut voir la sécrétion salivaire s’intensifier et constituer en quelque sorte un émonctoire pour certains poisons. Le pancréas a été appelé «glande salivaire abdominale». L’insuffisance pancréatique conditionne une sialorrhée intense qui paraît être liée à l’exaltation fonctionnelle des glandes salivaires proprement dites par suite de la carence pancréatique. La nature de cette sialorrhée peut être établie grâce à l’urologie et à la coprologie qui permettent de mettre en évidence la lipurie et la stéatorrhée, qui sont des attributs de l’insuffisance pancréatique.
L’inhibition salivaire s’observe dans le choc traumatique et il est bon de remarquer qu’il est des coliques si douloureuses et si explosives qu’elles agissent comme facteur de choc. L’inhibition de choc est transitoire. Nous avons eu l’occasion de la constater au cours de nos expériences de ligature intestestinale. Chez des sujets émotifs, le simple fait de pratiquer la fouille rectale inhibe la sécrétion salivaire pendant un temps plus ou moins long.
L’angoisse, les infections graves, le pyrexies, les inflammations gastro-intestinales peuvent conditionner l’acrinie.
Les affections de l’utérus et de l’aorte sont susceptibles d’exagérer la sécrétion salivaire.
Pecus a signalé un mode d’aérophagie lié à l’hypercrinie salivaire spontanée ou provoquée par léchage. Ce sont des cas de sialophagie qui se compliquent d’aérophagie. La salive en effet est finement aérée et en la déglutissant, les chevaux avalent une certaine quantité d’air. Parmi ces chevaux, il en est qui présentent la stéréotypie de léchage de Rudler et Chomel; chez les non-lécheurs, nous pensons que cette hypersialie et l’aérophagie qui en découle sont en rapport avec une hyperacidité du milieu stomacal ou mieux avec une hyperesthésie de la muqueuse gastrique aux acides. L’hyperacidité ou l’éréthisme de la muqueuse éveillent le réflexe gastro-salivaire du professeur H. Roger, réflexe à point de départ gastrique voie centripète vagale, voie centrifuge: les nerfs sécréteurs.
Cette hypersécrétion salivaire est très utile à connaître en tant que révélatrice de l’hyperesthésie gastrique aux acides; elle incite à faire usage des poudres neutralisantes.
Il existe une hypersialie qui se manifeste au cours des repas et sur laquelle nous ne croyons pas qu’on ait attiré l’attention. Nous avons eu l’occasion de l’observer au cours de la campagne contre l’Allemagne sur des chevaux au bivouac. Etant donné les circonstances dans lesquelles elle se manifeste nous la désignerons sous le nom d’hypersialie prandiale (de prandium, repas).
Lorsque les chevaux sont à la corde et qu’ils mangent l’avoine à la musette, il est loisible de remarquer: 1° que certains chevaux ont leur musette absolument sèche; 2° que d’autres ont leur musette mouillée et que les grains sont plus ou moins enduits de salive mousseuse; 3° qu’il est des chevaux dont la musette est complètement mouillée et laisse même s’échapper par les trous d’aération de petits jets de salive mousseuse. Il nous est arrivé de mesurer la quantité de salive collectée au fond des musettes après disparition de la mousse et nous en avons trouvé parfois 1 litre environ.
Ces différents états de la sécrétion salivaire correspondent à un état normal et à deux états pathologiques. La musette presque sèche et la musette inondée constituent deux cas de déviation fonctionnelle dans deux sens opposés.
Etant donné que la sécrétion salivaire est parallèle de la sécrétion d’acide chlorhydrique, nous pensons que le signe de la musette est capable de fournir de précieux renseignements sur le fonctionnement de l’estomac. Nous avons eu la preuve du rôle de l’acidité dans l’hypersialie prandiale, de la façon suivante: Tout cheval qui était remarqué dans le rang pour avoir mouillé sa musette était amené à la visite. Nous le faisions boire et manger afin de juger l’état d’hypersialie. Si cette hypersialie était accusée, nous recommençions le lendemain à le faire boire de façon à entraîner les acides de fermentation qui auraient pu se trouver dans l’estomac; mais avant de lui donner l’avoine, nous lui faisions prendre à la bouteille 10 grammes d’une poudre neutralisante ainsi composée: carbonate de soude, carbonate de chaux, carbonate de magnésie, parties égales.
Dans ces conditions, la salivation redevenait normale au cours des repas, et cependant la mastication était aussi active; ceci dit pour montrer que l’objection de la tachyphagie n’a pas de portée. Certes, il est beaucoup de sialophages prandiaux qui sont tachyphages.
La tachyphagie crée l’hyperesthésie de la muqueuse; mais là se borne son rôle.
D’autre part, il est des chevaux qui mangent lentement et qui font de l’hypersialie prandiale. Ils doivent être tenus pour suspects d’aortite. Un réflexe aortico-salivaire déclancherait une hypersécrétion d’acide qui entraînerait l’hypersialie réflexe. L’examen du chimisme gastrique chez les malades humains montre que dans les états dits hyperchlorhydriques, il n’y a pas d’excès d’acide, mais seulement hyperesthésie de la muqueuse aux acides. Il doit en être de même chez nos malades qui ne devront pas être considérés comme des hyperchlorhydriques, mais comme des dyspeptiques par hyperesthésie de la muqueuse aux acides. Cette hyperesthésie est fonction de la tachyphagie et de l’insuffisance de la mastication qui aboutissent au cours des repas à de véritables traumatismes gastriques. A la longue, l’irritation de la muqueuse retentit sur l’organe. Les culs-de-sacs glandulaires sont étouffés par un processus scléreux et ainsi que l’a montré le professeur Havem en médecine humaine, les hyperchlorhydriques s’acheminent vers l’hypochlorhydrie. Les troubles moteurs ne tardent pas à apparaître et on est en présence d’un déséquilibré du ventre par asystolie et carence sécrétoire gastriques. L’hyperesthésie que nous signalons s’observe aux deux repas. Elle est susceptible de variations sous l’influence de certaines conditions et particulièrement dans le cas où les émonctoires sont insuffisants et où il y a réversibilité de poisons sur le tube digestif. L’hypersialie n’est pas douloureuse. Elle n’a rien de critique tant qu’elle reste dans certaines limites. On ne peut pas considérer les sialophages prandiaux comme des sujets en état de crise hyperchlorhydrique. Il s’agit d’une dyspepsie prémonitoire qui doit être combattue sous peine d’entraîner des troubles sérieux.
La sécrétion salivaire est donc capable de fournir des indications intéressantes.
Séméiologie de la fonction circulatoire.
L’examen de la fonction circulatoire permet une moisson de faits très utiles à connaître pour l’intelligence du drame abdominal, pour sauver le malade ou pour le guérir. Il doit porter sur le cœur, les artères, les veines et les capillaires. Si certains cas de coliques ne se prêtent pas à de minutieuses recherches au sujet du cœur, il en est d’autres qui par leur allure modérée permettent un examen complet. Disons tout de suite que cet examen doit avoir lieu à l’aide du phonendoscope, instrument qui ne paraît pas avoir la vogue qu’il mérite. Afin d’éviter les accidents consécutifs aux chutes d’effondrement qu’on peut constater aux cours des crises. Il est bon de ne pas perdre de vue que l’auscultation du cœur après la crise est susceptible d’apporter des notions utiles pour la pathogénie de cette crise et la prophylaxie. Nous verrons en effet que les mitraux et les aortiques font des crises qui reconnaissent comme origine le trouble cardiaque.
L’examen du cœur doit porter sur l’existence de souffles orificiels, c’est-à-dire organiques et l’existence de souffles inorganiques, de bruits surajoutés, de bruits de dédoublement, d’atténuation ou de renforcement de certains bruits, l’augmentation de la matité ; l’existence de bruits, de frottement, de frémissement cataire, etc.
Nous renvoyons le lecteur aux traités de séméiologie, nous bornant à lui recommander quelques principes d’ordre pratique, à savoir:
1° Le cœur droit s’ausculte mieux à droite qu’à gauche et le cœur gauche à gauche qu’à droite.
2° Les souffles se propagent dans la direction du courant sanguin, c’est-à-dire que les souffles des valvules auriculo-ventriculaires se propagent vers la pointe et ceux des orifices pulmonaires ou aortiques vers la base.
3° La détermination rapide de l’orifice lésé est facile à faire en s’appuyant sur le schéma de Peter qui est le suivant: Souffle au 1er temps: Maximum à la pointe: insuffisance mitrale.

Il suffit donc quand on perçoit un souille de déterminer s il est maximum à la pointe ou à la base et le temps auquel il se produit. La détermination du siège devient très facile.
4° Noter comparativement l’énergie du cœur et celle de la pulsation artérielle.
5° Les souffles inorganiques ou cardiopulmonaires n’occupent qu’une partie de la systole. On ne les observe pas pendant la diastole en outre, ils sont sans influence sur le pouls.
Le pouls artériel. — Le pouls artériel mérite de nous arrêter un moment car il est des notions très importantes qui ne figurent pas dans les traités classiques.
Quand on prend le pouls au niveau d’une artère, il faut noter: 1° la tension artérielle, l’état des parois du vaisseau, l’intensité, le nombre et le rythme des pulsations.
a) Tension artérielle. — A l’état normal, l’artère se laisse facilement déprimer bien que donnant une certaine impression de plénitude. C’est la tension normale. Mais il est aussi des pouls tendus et des pouls détendus. Dans l’hypertension, la pression vasculaire est telle que le clinicien éprouve beaucoup plus de difficulté à déprimer le vaisseau qu’à l’état normal. Dans l’hypotension, l’artère est molle et donne l’impression d’être peu remplie.
b) La paroi des vaisseaux à l’état normal est suffisamment souple pour que le clinicien puisse en supprimer la lumière par la pression. Dans l’artériosclérose, l’artère résiste à la pression et ne s’efface pas complètement; l’oblitération ne peut pas être obtenue. De plus, en explorant le vaisseau avec l’ongle, on peut percevoir l’épaississement des parois.
On note parfois une inégalité très nette entre les faciales. Il arrive fréquemment qu’on ne peut pas prendre aussi facilement le pouls d’un côté que de l’autre. Nous avons même eu l’occasion de montrer à M. Planté une jument qui présentait un spasme de la faciale d’un côté au point de rendre le pouls difficilement perceptible, tandis qu’on percevait un battement assez fort un peu en aval du point où on prend le pouls et que de l’autre côté, il était très facile de prendre la pulsation. Il s’agit dans ce cas d’un spasme vasculaire Ces spasmes sont loin d’être rares et durent, plus ou moins longtemps. Celui dont nous venons de parler a persisté pendant plusieurs mois et a fini par disparaître. On observe ces manifestations chez les névrosés ou les intoxiqués. Il y a indication de comparer les pulsations au niveau des 2 faciales dans certains cas.
Un phénomène qui est loin d’être rare, c’est le frémissement cataire artériel au niveau de la faciale. L’artère vibre à la façon d’un anévrysme artérioso-veineux, c’est-à-dire qu’on perçoit un thrill. On l’observe dans les cas de déplétion du système circulatoire jointe à l’éréthisme cardiaque, rétrécissement aortique, névroses, etc.
c) Intensité. — L’intensité des pulsations est très variable au cours des coliques. On peut noter le pouls bondissant et défaillant ou pouls de Corrigan de l’insuffisance aortique. Il est des cas ou chaque pulsation est très forte; d’autres ou il existe à la fois des pulsations fortes et des pulsations faibles ou inégales. Il faut dans les cas ou le pouls est petit, examiner comparativement l’intensité de la contraction cardiaque et celle de la pulsation, ce qui est capable de fournir un élément pronostique au cours des crises abdominales, les états graves étant susceptibles de présenter cette particularité.
d) Nombre. — A l’état normal, le nombre de pulsations est fonction de l’âge. On compte chez le
Poulain (jusqu’à 2 ans) 50 à 70 pulsations.
Cheval adulte 36 à 40 pulsations.
Cheval vieux 32 à 38 —
Quand le nombre de pulsations est au-dessous de la normale, on dit qu’il y a: bradycardie. Il y a bradycardie par exemple, lorsqu’on compte 28 à 30 p. sur un cheval adulte. La tachycardie est l’opposé de la bradycardie; elle est caractérisée par l’exagération du nombre des pulsations.
Avant d’examiner les condition du déterminisme de la bradycardie et de la tachycardie et les modifications plus profondes du rythme cardiaque, nous devons exposer:
1° La notion de l’extrasystole.
2° Le réflexe oto-cardiaque.
3° L’action pharmacodynamique de l’atropine sur le vague, car ces connaissances projetteront une vive lumière sur la question des arythmies qui paraît encore comme très obscure dans les traités vétérinaires.
Extrasystole. — On désigne sous ce nom une contraction prématurée du cœur se produisant avant la fin de la révolution cardiaque. Le dogme de l’inexcitabilité diastolique du cœur que professaient nos maîtres a été dénoncé. Il faut désormais considérer qu’il existe deux inexcitabilités: une absolue, l’autre relative et tandis que la première est inviolable, la seconde peut être vaincue. On conçoit la perturbation qui doit résulter du fait de voir le cœur se contracter avant la fin de la révolution cardiaque en cours.
Pour saisir le mécanisme de l’extrasystole, il faut savoir qu’indépendamment de ganglions intracardiaques qui lui confèrent l’autonomie, le cœur est doté d’un système nerveux modificateur fourni par des rameaux du vague et du sympathique et en outre d’un faisceau musculo-nerveux, vestige du tube cardiaque primitif. C’est dans cette voie que naît et se propage l’excitation qui fait contracter le cœur. Le trajet du faisceau musculo-nerveux est utile à connaître. Il commence au sinus de Valsava, au niveau de l’embouchure de la veine cave supérieure dans l’oreillette droite où il constitue un anneau connu sous le nom de nœud de Keith et Flack. A ce nœud font suite quelques fibres éparses dans la musculaire des oreillettes surtout dans la cloison interauriculaire. Elles aboutissent au nœud de Tawara situé à la partie inférieure de cette cloison. Il en naît le faisceau de His qui arrive dans la cloison interventriculaire où il se bifurque. Ses branches terminales se composent de fibres courtes qui s’enfonçent dans les piliers et de fibres longues qui descendent jusqu’à la pointe, puis remontent dans le ventricule pour se confondre à des niveaux variables avec les fibres myocardiques communes.
Dans les conditions normales l’excitation naît au niveau du nœud de Keith et Flack et se propage sur tout le trajet du faisceau musculo-nerveux. Dans les conditions pathologiques l’excitation est capable de partir d’un point quelconque du trajet en question et de se propager vers les deux extrémités du faisceau reliquat du tube cardiaque primitif. Il en résulte des troubles considérables dans la physiologie du cœur Cela n’a rien de surprenant si on songe que les oreillettes et les ventricules peuvent se contracter simultanément ou indépendamment, que les oreillettes sont susceptibles de présenter un plus grand nombre de contractions que le ventricule et enfin que le cœur peut se contracter au début, au commencement ou à la fin de la diastole, etc. On conçoit les perturbations qui peuvent en résulter au point de vue du rythme cardiaque et de la circulation veineuse. Nous allons examiner sommairement ces conséquences fâcheuses.
Ainsi que nous l’avons vu, l’extrasystole peut se produire soit au niveau du nœud de Keith et Flack, soit au niveau des oreillettes soit au niveau du nœud de Tawara, soit encore au niveau des ventricules. Il existe donc des extrasystoles sinusales, nodales, auriculaires, ventriculaires, etc.
Pour nous, vétérinaires, l’extrasystole la plus intéressante est inconstestablement l’extrasystole ventriculaire. C’est celle que nous envisagerons tout d’abord. Nous nous placerons dans les trois cas suivants: 1° extrasystole précoce, se produisant quand le ventricule ne renferme qu’une faible quantité de sang; 2° l’extrasystole se produisant quand le ventricule est à moitié rempli; 3° l’extrasystole tardive se produisant au moment où le ventricule est presque rempli de sang.
Examinons ce qui se produira au niveau du cœur et des artères dans les cas d’extrasystole précoce. Le ventricule se contractant alors qu’il est presque vide, c’est-à-dire au début de la diastole, les valvules auriculo-ventriculaires s’affronteront et le bruit auquel elles donneront naissance sera plus éclatant que celui qui se produit au cours des systoles normales; dans les systoles normales, le ventricule étant rempli au moment où il se contracte, les valvules soulevées s’affrontent en conditionnant un bruit sourd. Dans l’extrasystole précoce, les valvules ont plus d’élan quand elles se rencontrent et le bruit qu’elles déterminent est plus éclatant. C’est le bruit en écho de Huchard. A l’auscultation, cette extrasystole se traduit par un rythme à trois bruits, à savoir: les deux bruits de la révolution normale et le bruit de l’extrasystole ventriculaire. Les valvules sigmoïdes n’ont pas joué étant donné la petitesse de l’ondée sanguine, ce qui explique que la révolution normale et l’extrasystole ne donnent lieu qu’à trois bruits.
Au niveau du pouls, le clinicien constate une intermittence qui s’explique par le faible volume de l’ondée sanguine qui est insuffisante pour donner une pulsation et le repos compensateur que nous allons envisager. Supposons un cœur qui bat 40 fois à la minute. Il se produira 40 systoles séparées entre elles par une durée de 1”5, ce qui revient à dire que l’excitatation sinusale se fait sentir à des intervalles de 1”5. Supposons également qu’il se produise une extrasystole 0’5 après la systole normale, le cœur après cette extrasystole sera en état de diastole et quand la nouvelle excitation normale se produira, c’est-à-dire 1”5 après la systole normale, il sera en état d’inexcitabilité et devra attendre la troisième excitation normale pour se contracter. Ces trois excitations normales auraient donné trois pulsations égales et équidistantes; mais du fait de l’extrasystole, l’égalité et l’équidistance sont rompues. Dans le cas où nous nous sommes placé, nous ne percevrons que deux pulsations au lieu de trois; ces pulsations sont séparées par un intervalle considérable et la deuxième est plus forte que la première. La raison en est dans le repos compensateur que nous pourrons plus facilement saisir dans le cas suivant, celui d’une extrasystole se produisant quand le ventricule est à moitié rempli. Dans ce cas, l’auscultation permettra de percevoir non plus trois, mais quatre bruits, car les valvules sigmoïdes auront été actionnées, l’ondée sanguine étant suffisante. Pour la même raison, la palpation de l’artère permettra de percevoir une pulsation plus rapprochée de celle qui précède que de celle qui suit. En outre, cette pulsation sera plus faible que celle qui la précède et celle qui la suit sera la plus forte des trois. En effet, pour les raisons indiquées ci-après, c’est-à-dire par suite de l’inexcitabilité diastolique qui suit l’extrasystole, la diastole se prolonge jusqu’à la venue de la troisième excitation normale. Sa durée peut être décomptée de la façon suivante pour un cœur qui bat 40 fois à la minute: 1’5 entre la deuxième excitation normale qui reste vaine et la troisième, plus le temps qui sépare le moment où s’est produit l’extrasystole de celui où se produit la deuxième excitation normale. Pour fixer les idées, si l’extrasystole se produit au bout de 0”8, la diastole qui suivra cette contraction anormale 1”5 + 0”75, soit 2”,25. Elle sera donc d’une durée de 0”75 supérieure à la diastole normale. C’est ce repos prolongé qu’on désigne sous le nom de repos compensateur. L’ondée sanguine dûe à l’extrasystole étant plus faible que celle de la systole normale, la pulsation extrasystolique sera plus faible que la pulsation normale et d’autre part, la pulsation qui suit l’extrasystole sera plus forte que la pulsation liée à la systole normale parce que le ventricule sera rempli au maximum. Cette extrasystole aura donc entraîné l’inégalité et l’inéquidistance parmi les pulsations.
Dans le cas d’extrasystole tardive, la pulsation extrasystolique précède de peu de temps la systole normale avec laquelle elle peut parfois être confondue.
Dans l’extrasystole auriculo-ventriculaire ou nodale l’excitation nait au nœud de Tawara et se propage à l’oreillette et au ventricule. L’intervalle qui sépare normalement la contraction de l’oreillette de celle du ventricule est supprimée. D’autre part, la contraction simultanée de l’oreillette et du ventricule conditionne un arrêt dans le débit des jugulaires qui se traduit par un coup de bélier; on voit au moment où se produit l’extrasystole une onde rétrograde parcourir la veine jugulaire brusquement et disparaître de même.
L’extrasystole sinusale ne se révèle pas à la clinique dépourvue d’appareils enregistreurs. Il est de même difficile de faire la diagnose différentielle entre l’extrasystole auriculaire et l’extrasystole ventriculaire.
La première science étant de savoir, que ce que l’on ne sait on pas l’ignore, nous ne pousserons pas plus loin la séméiologie de l’extrasystole et nous passerons à sa pathogénie.
Elle est due à. l’hyperexcitabilité du faisceau musculo-nerveux du cœur. Cette hyperexcitabilité peut être d’origine nerveuse, mécanique ou toxique. Au cours de névroses, il n’est pas rare de constater des extrasystoles. Les états d’hypertension s’accompagnent parfois de ces manifestations par suite de l’excès de pression intracardiaque qui irrite le faisceau musculo-nerveux. Les poisons minéraux ou organiques sont susceptibles de conditionner l’extrasystole. Le salicylate de soude, la digitale, la scille, la muscarine, l’acide oxalique, l’acide carbonique, l’hyperthermie, les poisons de l’intestin, les sels biliaires, le poison urémique, etc., etc. L’extrasystole peut être la conséquence d’une irritation mécanique. Elle peut se produire du fait de la piqûre du cœur. Arloing l’a provoquée chez le cheval par l’irritation de l’endocarde.
L’extrasystole ventriculaire traduit la fatigue du cœur; elle est moins grave que l’extrasystole auriculaire qui est liée à un trouble du myocarde.
La notion de l’extrasystole nous permet de différencier les intermittences cardiaques. Il existe une intermittence vraie et une intermittence fausse.
Dans l’intermittence vraie, le cœur ne se contracte pas, la diastole est silencieuse. Dans l’intermittence fausse ou extrasystolique ou faux pas du cœur, le cœur se contracte d’une façon extrasystolique. L’extrasystole est hâtive, le pouls ne s’inscrit pas à la faciale, mais le rythme à trois temps et le repos compensateur caractérisent nettement l’intermittence fausse. L’intermittence vraie peut comporter un pronostic sévère, tandis que l’intermittence fausse d’origine extrasystolique peut être absolument bénigne.
L’extrasystole explique le pouls bigéminé, trigéminé, etc., selon qu’il se produit une ou deux extrasystoles.
Il importe de ne pas confondre le pouls bigéminé avec le pouls alternant. Dans le pouls alternant, une contraction forte est suivie d’une contraction faible et ainsi de suite, mais il n’y a pas de rythme à trois-quatre temps, ni de repos compensateur. Le pouls alternant comporte un pronostic sévère. Il n’en est pas de même du pouls bigéminé, ainsi que nous avons eu l’occasion de le dire.
B. — LE RÉFLEXE OTO-CARDIAQUE.
Table des matières
Nous examinerons en détail le mécanisme de ce réflexe au cours de l’étude des coliques nerveuses et nous nous bornerons à signaler ici que ce réflexe se met en jeu en plaçant un tord-nez à l’oreille, la droite de préférence et qu’il donne suivant le cas un des résultats suivants:
Dans les conditions normales, le rythme cardiaque n’est pas influencé par cette pratique. Lorsqu’il existe une névrose du vague on perçoit par le réflexe oto-cardiaque le ralentissement du cœur, et l’apparition d’intermittences. Quand il existe un trouble névrosique du sympathique, on constate au contraire l’accélération du cœur. Le réflexe oto-cardiaque est utile dans la diagnose des arythmies.
C. — ACTION DE L’ATROPINE SUR LE VAGUE.
Table des matières
L’atropine paralyse les fibres du vague. Elle opère une véritable section physiologique des filets intracardiaques du pneumo-gastrique. Cette action est utilisée dans la diagnose des arythmies.
Nous sommes en mesure actuellement d’interpréter la bradycardie, la tachycardie, les intermittences, le pouls bigéminé, etc., etc.
Bradycardie. — La bradycardie peut être conditionnée par des mécanismes divers. Elle peut être liée à une névrose du vague (voir coliques nerveuses). On sait que le vague frêne le cœur; si sa fonction s’exalte, le cœur se ralentit.
Elle peut encore être liée à une lésion du faisceau musculo-nerveux telle que œdème, inflammation, hémorragie, compression, sclérose, qui gêne le passage de l’excitation (troubles de la conductibilité).
Nous distinguerons donc une bradycardie nerveuse et une bradycardie musculaire. La première est bénigne, la seconde grave. Comment les différencier. Rien n’est plus simple.
Dans le cas de bradycardie nerveuse, le réflexe oto-cardiaque exagère la bradycardie et une injection de 0,005 milligrammes de sulfate neutre d’atropine la supprime, c’est-à-dire que le rythme redevient normal. Le pouls passe de 30 pulsations par exemple à 48, 44, 40 pulsations.
S’il s’agit d’une bradycardie musculaire, le réflexe oto-cardiaque et l’atropine sont sans influence sur le rythme cardiaque (Le pouls lent permanent ou pouls de Stockes Adam est lié à une altération du faisceau neuro-musculaire).
Dans le cas où il existe une bradycardie mixte ou neuro-musculaire, le réflexe oto-cardiaque et l’atropine ont des résultats intermédiaires à ceux des deux cas précédents.
Nous devons encore distinguer la bradycardie totale de la dissociation auriculo-ventriculaire.
La bradycardie est dite totale, lorque les oreillettes se contractent le même nombre de fois que les ventricules. Elle est dite «dissociation» lorsque les oreillettes se contractent plus souvent, que les ventricules. Dans la bradycardie totale l’excitation porte au niveau du nœud de Keith et Flack. Dans la «dissociation», c’est le faisceau de His qui est en cause.
Pour juger de la contraction des oreillettes et des ventricules il suffit d’inspecter le golfe des jugulaires. A l’état normal on perçoit deux légers soulèvements correspondant à la contraction de l’oreillette et à celle du ventricule. S’il y a trois soulèvements il y a dissociation auriculo-ventriculaire probable. S’il existe quatre soulèvements il y a dissociation auriculo-ventriculaire certaine. On peut rendre les soulèvements plus apparents en collant un morceau de papier sur la région.
Il existe une dissociation auriculo-ventriculaire incomplète et une dissociation complète.
La dissociation est dite incomplète, lorsque le rythme des soulèvements jugulaires est parallèle à celui du pouls. Lorsque ce rythme est tout différent de celui des pulsations artérielles et que le nombre des pulsations jugulaires est beaucoup plus élevé que celui des pulsations artérielles, il s’agit de dissociation complète. C’est ce qu’on désigne sous le nom de bloquage du cœur, c’est le Heart block des Anglais, le Herzbloc des Allemands.
La bradycardie s’observe assez fréquemment au cours des névroses intestinales. Il est des états intestinaux qui évoluent avec une bradycardie marquée. Elle peut être d’ordre réflexe ou toxique (poisons urémiques, sels, biliaires, poisons du tube digestif, intoxications alimentaires).
Tachycardie. — Il y a tachycardie lorsque le nombre de pulsations est supérieur à la normale. La tachycardie peut être modérée ou frénétique: dans ce dernier cas, elle est qualifiée de paroxystique. La tachycardie peut reconnaitre des mécanismes divers. L’hyperthermie engendre la tachycardie. Liebermeister estime à 6 pulsations par degré au-dessus de la température normale, le rapport qui existe entre le pouls et la température. Les poisons sont susceptibles de conditionner la tachycardie par un mécanisme différent de l’hyperthermie. On peut noter dans certains cas d’obstruction intestinale à formation lente, 100 P. avec une température de 37° 8.
La névrose du sympathique accélère le rythme et la mise en jeu du réflexe oto-cardiaque chez ces névrosés accuse davantage la tachycardie.
La paralysie du vague (spontanée ou par l’atropine) entraîne une tachycardie modérée, dont le mécanisme réside dans la suppression de l’action frénatrice du vague.
L’anémie, l’asphyxie, l’hémorragie déterminent également de la tachycardie.
L’hypertension s’accompagne de tachycardie d’après une loi de physiopathologie générale qui dit que lorsqu’un organe ne peut pas remplir complètement sa fonction, il répète l’acte. On peut en dire autant de l’endocardite, de la myocardite, de la péricardite.
La tachycardie paroxystique est dûe à une décharge d’extrasystoles. Les pulsations sont inéquidistantes et anisodynames.
Nous nous sommes déjà expliqué sur les intermittences et le pouls alternant.
D’après ce qui précède, nous sommes en mesure de savoir quels sont les renseignements qu’on peut demander au pouls. Prendre le pouls, c’est donc une opération complexe au cours de laquelle on note le volume de l’artère, sa tension, l’état des parois, la force de la pulsation, l’intervalle qui existe entre les pulsations, l’égalité ou l’inégalité des pulsations entre elles, l’existence d’intermittences quitte à déterminer ultérieurement si elles sont vraies ou fausses le nombre de pulsations dans un temps déterminé, l’existence ou non de frémissement cataire. Après avoir recueilli ces renseignements, il faut les interpréter et si on a quelque inclination à tabler sur les caractères du pouls pour asseoir un diagnostic, il faut recommencer la prise de pouls au bout de quelques minutes, afin de ne pas étayer sur une base incertaine.
Le pouls est l’émanation d’un organe vivant et de ce fait, il importe de l’examiner fréquemment au cours des crises, car il est susceptible de fournir des indications comme nous le montrerons plus loin.
Avant de donner quelques types de pouls, nous ajouterons quelques mots à ce que nous avons dit au sujet de l’hypertension et de l’hypotension.
En dehors des crises, l’hypertension généralisée reconnaît comme cause les affections rénales ou surrénales, l’athérome, l’artériosclérose, l’aortite, etc. Au cours des coliques, l’hypertension peut être créée par des mécanismes divers: d’ordre réflexe, mécanique, toxique, organopathique, infectieux.
Toute excitation un peu vive du plexus solaire aboutit à l’hypertension. Les organes innervés par le mésentérique postérieur ou le plexus pelvien sont capables de produire l’hypertension par irradiation au plexus solaire.
L’hypertension mécanique s’observe au cours des spasmes intestinaux qui, en effaçant la lumière des vaisseaux intestinaux, créent un barrage plus ou moins important.
La distension des réservoirs digestifs par surcharge, fermentations ou aérophagie aboutit au même résultat par un mécanisme identique: suppression de la lumière des vaisseaux, mais aussi par compression des gros troncs vasculaires. Dans un cas de météorisme nous avons vu la pression artérielle baisser considérablement après la ponction et les pulsations passer de 54 à 42 immédiatement après l’intervention.
L’hypertension peut être d’origine toxique, les substances toxiques intéressant soit les fibres musculaires lisses des vaisseaux, soit les nerfs qui commandent à ces organes: spasmes vasculaires. L’adrénaline agit sur la musculature.
Dans l’hyperactivité des glandes surrénales on peut voir se manifester des spasmes vasculaires, dans les néphrites également Bouchard désigne sous le nom d’anectasines des substances d’origine bactérienne ou toxique capables de déterminer des spasmes vasculaires.
Les artério-scléreux subissent plus que les individus normaux les conséquences des spasmes vasculaires car ils ne peuvent pas compenser le resserrement des vaisseaux par la dilatation en amont. Les aortiques sont prédisposés aux spasmes vasculaires.
L’urémie, le surmenage s’accompagnent d’hypertension.
L’hypotension s’observe dans la vagotonie, l’hémorragie, l’insuffisance surrénale, la myocardite, l’insuffisance cardiaque, etc.
Nous n’avons jusqu’ici considéré que le pouls facial. Il sera bon dans certains cas d’examiner le pouls aortique et le pouls carotidien.
Le pouls aortique est très fort et très facile à prendre. On peut avoir une idée de la pression dans l’aorte abdominale, de l’état des parois de cette grande artère, de la sensibilité des parois (douloureuse dans l’aortite) et reconnaître dans certains cas la déviation de l’organe.
Un contraste considérable entre le pouls carotidien et le pouls facial a été observé par nous d’une façon éclatante dans un cas d’hémorragie interne par déchirure de la rate.
Quelques types de pouls. — Pouls myure dit encore en queue de rat; dont les pulsations deviennent de plus en plus faibles et finissent par disparaître. Bon signe d’hémorragie interne.
Pouls myure réciproque. — Pouls dont les pulsations remontent peu à peu après s’être affaiblies progressivement, sorte de cheyne-stockes circulatoire observé au cours du choc traumatique (perforations, déchirures d’organes).
Pouls dans le surmenage. — Artère tendue, pouls petit, quelques extrasystoles.
Pouls d’excitation solaire. — 1er degré. Artère volumineuse, tendue, pouls plein et lent. 2° Artère assez volumineuse, moins tendue, pouls moins plein et plus rapide.
Pouls de paralysie solaire. — Artère petite, dure, pouls en fil de fer petit, filant, affolé.
Au cours de l’occlusion intestinale aiguë, on note la succession des trois phases solaires précédentes. Cette succession est très éloquente. Le pouls d’excitation solaire est un pouls à surveiller, car il peut être la première phase de l’évolution triphasique de l’occlusion intestinale aiguë.
Pouls dans la péritonite. — Petit, filant, affolé, artère dure.
Comme on le voit ce pouls est analogue à celui de la paralysie solaire, nous verrons ultérieurement le pourquoi.
Pouls de septicémie péritonéo-abdominale. — Excitation solaire au début; puis guérison ou paralysie solaire.
Dans l’obstruction intestinale à forme lente, à évolution fatale, le pouls est encore triphasique, mais les phases durent beaucoup plus longtemps et on note l’existence d’extrasystoles.
Pouls vagotonique. — Artère molle, peu remplie, pouls ralenti, intermittences extrasystoliques, action modificatrice du réflexe oto-cardiaque.
Pouls sympathicotonigue. — Artère dure, remplie, pouls plus rapide, action modificatrice du réflexe oto-cardiaque.
On sait que les lésions des orifices du cœur influent sur le caractère des pulsations. Nous rappellerons les caractères du pouls dans chaque cas, car ils peuvent mettre sur la voie du diagnostique d’un trouble cardiaque qu’il est important de connaître.
Pouls de l’insuffisance aortique. — Bondissant et défaillant. Pouls de Corrigan.
Pouls du rétrécissement aortique. — Petit, faible et plutôt lent, contraste entre le cœur et le pouls.
Pouls de rétrécissement mitral. — Petit et faible, mais moins que celui du rétrécissement aortique.
Pouls de l’insuffisance mitrale. — Petit, inégal, rapide, irrégulier.
Séméiologie de la veine jugulaire. — Nous avons montré le parti qu’on peut tirer de l’inspection du golfe des jugulaires dans la détermination différentielle de la bradycardie totale ou de la dissociation auriculo-ventriculaire. Nous avons montré également le mécanisme qui préside au déterminisme de ronde rétrograde en jet d’eau ou en coup de bélier qu’on observe au niveau de la jugulaire dans l’extrasystole nodale. Ajoutons qu’elle peut se produire dans la dissociation auriculo-ventriculaire lorsque les contractions de l’oreillette et du ventricule se produisent en même temps et cela de temps à autre.
On voit parfois la veine jugulaire gonfler de bas en haut. S’agit-il de stase ou bien de régurgitation tricuspidienne? Pour trancher, il suffit d’interrompre le cours du sang dans la jugulaire et de vider le bout cardiaque en appuyant le pouce sur le trajet de la jugulaire du point d’interruption jusqu’à l’entrée de la poitrine. Si la veine se gonfle à nouveau, il s’agit de régurgitation, si non, il s’agissait de stase. Ce procédé n’est pas à l’abri de la critique. Il peut être contrôlé par les renseignements obtenus à l’auscultation du cœur.
S’il y a régurgitation, il faut se demander s’il s’agit d’une insuffisance du cœur droit ou du cœur gaucher Pour être fixé, il faut prendre le pouls et déterminer le rapport qui existe entre la pulsation et le gonflement de la jugulaire. En effet, le professeur Bard, de Genève, a montré que dans le pouls veineux du cœur droit, le gonflement de la jugulaire est systolique et correspond au moment où on perçoit la pulsation et le collapsus, c’est-à-dire l’affaissement, diastolique. Dans le pouls veineux du cœur gauche, le gonflement est diastolique et le collapsus systolique.
Le pouls veineux du cœur gauche s’observe dans l’artériosclérose, l’hypertension généralisée, les affections rénales, aortiques, etc., etc. Sa constatation sera une présomption de plus lorsqu’on soupçonnera l’existence d’un des facteurs précités.
Le pouls veineux du cœur droit peut être transitoire au cours des coliques. On se tromperait étrangement si après avoir constaté l’existence de régurgitations copieuses pendant l’évolution d’une crise abdominale, on considérait le patient comme un cardiaque avec insuffisance tricuspidienne, car il est des insuffisances transitoires qui diminuent à la fin de la crise et à laquelle elles ne survivent que quelques heures ou quelques jours. Ces faits s’observent d’une façon banale en pathologie abdominale vétérinaire. Ils rappellent ceux qui ont été décrit par Potain chez l’homme. Le mécanisme de ces régurgitations est le suivant. Sous l’influence des troubles stomacaux, on voit se produire un réflexe gastro-pulmonaire qui entraîne la vaso-constriction des vaisseaux du poumon. Tant que dure cette vaso-constriction, le ventricule droit éprouve de la difficulté à se vider et ne tarde pas à se distendre; la distension une fois acquise, les valvules deviennent insuffisantes et la régurgitation apparaît. Il s’agit d’une insuffisance tricuspidienne fonctionnelle. Une fois la crise passée, la circulation pulmonaire redevient normale et le ventricule droit se vide comme auparavant. Dès que le cœur a récupéré sa tonicité, les valvules redeviennent suffisantes et la régurgitation cesse. La distension du cœur droit peut s’accompagner de douleurs angineuses avec pâleur des muqueuses, sueurs, état syncopal, mollesse de l’artère, petitesse du pouls, mydriase, etc.
La veine faciale est parfois très volumineuse. Il s’agit d’un trouble de la circulation de retour, très souvent d’origine mécanique. Nous avons vu un cheval à coliques, présenter une veine faciale du volume d’un doigt, par suite de la compression vasculaire exercée par un collier antitiqueur. Il a suffi de desserrer la courroie pour faire cesser la douleur et voir se dissiper les éléments du tableau clinique (voir coliques de collier: névroses).
Circulation périphérique. — L’examen de la tête et des régions superficielles fait parfois découvrir une vaso-dilatation généralisée, traduisant une action réflexe ou une gêne circulatoire profonde. Au cours d’autres crises la circulation périphérique n’est pas influencée.
Circulation capillaire. — Elle peut être examinée au niveau des muqueuses. Ces surfaces constituent des glaces sans tain permettant de juger de l’état des capillaires parce qu’à leur niveau le stratum granulosum a disparu et ne constitue plus un écran marquant les phénomènes circulatoires comme dans les régions cutanées.
Il faut: 1° examiner les muqueuses bilatéralement afin d’éviter les modifications circulatoires locales qui peuvent n’avoir aucun rapport avec la crise abdominale tels que traumatisme, corps étranger, irritation locale; 2° examiner comparativement les différentes muqueuses: conjonctive, pituitaire, gencive, lèvres, langue, vulve, anus, etc.. afin de voir si le trouble est localisé ou étendu.
La comparaison des différentes muqueuses de la tête entre elles est basée sur le double effet vaso-moteur du sympathique au niveau de la face: vaso constricteur des vaisseaux de la tête en général, vaso-dilatateur dans le territoire du nerf maxillaire supérieur. On constate dans ce cas la pâleur de la langue et du voile du palais, associée à la rougeur des gencives, de la lèvre supérieure, de la voûte palatine, des joues, de la pituitaire et de la paupière inférieure.
Tous les sens sont mis à contribution dans la symptomatologie des coliques. Au niveau des muqueuses il faut tenir compte du coloris. Un fond crême, luisant, sur lequel les vaisseaux sont comme brodés, s’observe dans les cas d’entérite, d’auto-intoxication intestinale à cause de l’action hémolytique des poisons intestinaux et de leur action vaso-constrictive sur les capillaires périphériques. Les capillaires se dessinent très nettement en relief et on constate près du bord libre des paupières de petites étoiles vasculaires analogues à celles que Verheyen a signalées au niveau du rein et que pour cette raison nous désignerons sous le nom d’étoiles verheyenoïdes ou de nœvi stellaires.
Parfois, la pâleur est ivoirine et même jaunâtre: obstruction intestinale, duodénite, lupinose, ictère, etc.
Si la muqueuse a une couleur jaune paille: penser au cancer. Si elle est nacrée, porcelanique: anémie pernicieuse, lymphadénie. Si elle est simplement pâle: anémie ou cardiopathie aortique (Il y a les cardiaques pâles-aortiques, et les cardiaques bleus-mitraux).
Si au cours d’examens rapprochés la muqueuse se décolore progressivement: hémorragie interne. Il s’agit de choc traumatique, si la muqueuse se recolore progressivement.
La teinte cyanosée traduit l’insuffisance de l’hématose: aérophagie, fermentation gazeuse, surcharges, complications pulmonaires, hyposphyxies.
Dans le rouge, il existe des nuances variées. Tantôt la rougeur est diffuse et peu accusée. Il semble qu’elle diffuse des vaisseaux qui sont distendus. Il y a dans ce cas injection et infiltration de la muqueuse. Dans la sympathicotonie, la rougeur est plus accusée et plus uniforme. Il est des cas ou le rouge est cerise ou même méphistophélique; on n’aperçoit plus les vaisseaux qui sont noyés dans l’œdème. Cet aspect est généralement de mauvais augure; il s’observe dans les cas graves.
Le jaune se mêle parfois au rouge en tons rompus. S’observe surtout dans les états intestinaux avec troubles hépatiques. L’hydrogène sulfuré d’origine intestinale peut passer dans le sang et conditionner l’hydrothionémie (de Thion, soufre) qui se caractérise par des muqueuses d’un rouge diabolique.
Examen microscopique du sang. — Dans le cas où on pratique une saignée au cours d’une crise abdominale, l’examen du sang peut fournir quelques indications médiates ou immédiates.
On peut noter par exemple la viscosité du sang et la comparer à la tension artérielle. Le docteur Martinet a montré que chaque sujet doit avoir la tension de sa viscosité : à viscosité forte, tension élevée, à viscosité faible, tension basse. A l’état pathologique il peut y avoir discordance entre la viscosité et la tension. Les hyspersphyxiques sont ceux chez lesquels la viscosité est faible et la tension forte. Dans ce cas il y a adultération fonctionnelle du système cardio-rénal et artériel: aortite, artério-sclérose rénale ou bloquage fonctionnel. Les hyposystoliques sont ceux qui ont une viscosité forte avec une tension basse.
Les sujets chez lesquels la saignée est très facile sont des hypersphyxiques. Chez les hyposphyxiques, la saigné est difficile, le sang est épais et peu fluide. Un bel exemple d’hyposphyxie est réalisé dans le charbon.
Les hypersphyxiques à sang jaillissant au cours de la saignée sont des rénaux, des scléreux. des aortiques, etc.
La viscosité serait fonction du taux globulaire et hémoglobinémique ainsi que de la quantité de CO2 dans le sang. D’après Martinet, l’insuffisance pluriglandulaire des organes à sécrétion interne serait une conséquence de l’hyposphyxie.
La coagulation du sang peut fournir des indications. Nous nous croyons autorisé à dire que chez les rénaux, le caillot n’est presque pas rétractile et que conséquemment il n’y a presque pas de sérum dans le seau à saigner.
Un état inverse s’observe dans l’anasarque ou la rétractilité est intense et la quantité de sérum considérable. Il y a là un moyen de différencier la néphrite hydropigène de l’anasarque.
Dans certains états on peut noter la sédimentation spontanée. Nous l’avons observée chez un hyposphyxique qui a succombé à une insuffisance surrénale aigüe.
Dans un cas d’hémorragie interne, le sang recueilli dans un tube à essai s’est coagulé en bâton de cloche entouré de sérum (hyper-rétractilité). Il est à souhaiter que les chercheurs s’engagent dans la voie des modifications du sang au cours des crises abdominales.
Si on veut bien récapituler le nombre de notions utiles que la séméiologie de l’appareil circulatoire est capable de fournir au praticien au cours des crises abdominales, on nous pardonnera peut-être d’y avoir insisté si longuement.
Séméiologie de la fonction respiratoire. — Nombre de mouvements respiratoires à l’état normal:

Ne pas confondre la polypnée qui est l’exagération pure et simple de fréquence avec la dyspnée que caractérise l’état convulsif des mouvements respiratoires associé à une certaine angoisse au point qu’il peut y avoir dyspnée sans exagération de fréquence.
Les causes susceptibles d’influencer la respiration au cours des crises abdominales sont variées. Il en est d’ordre mécanique, circulatoire, nerveux, toxique.
Dyspnée d’origine mécanique. — Surcharge gastrique, météorisation, hernie diaphragmatique.
Dyspnée d’origine circulatoire. — Anémie, cardiopathies (dyspnée prandiale) hémorragies, œdème ou congestion pulmonaires (voir coliques pulmonaires) compression vasculaire, hypertension, insuffisance cardiaque.
Dyspnée d’origine nerveuse. — Spasme des muscles bronchiques, spasme du larynx (irradiation). Contractures des muscles respiratoires surtout celle du diaphragme, réflexe gastro-pulmonaire, névrose du vague.
Dyspnée de cause douloureuse. — Péritonite, déchirure du diaphragme, déchirure d’organes, iléus, étranglement, volvulus, etc., immobilisation du diaphragme.
Dyspnée d’origine toxique. — Crises avec hyperthermie, affection rénales (dyspnée sine-materia), intoxication endogène ou exogène.
Le type respiratoire normal est costo-abdominal. Il peut devenir costal ou abdominal par adaptation à la douleur ou par gêne mécanique. La. respiration présente le type costal quand il y a douleur du fait du fonctionnement du diaphragme. Le type est abdominal quand il y a immobilisation des parois thoraciques par surcharge gastrique.
L’action respiratoire peut présenter les modalités suivantes: soubresautante, discordante, intervertie, brusquement interrompue en inspiration ou en expiration, désordonnée, orthopnéique, le type dit de Cheyne-Stockes et le type Kusmaull. On peut noter des pauses respiratoires comme on observe des intermittences cardiaques. La respiration peut être plaintive.
Nous renvoyons le lecteur aux traités de Séméiologie, nous bornant à signaler particulièrement:
1° La respiration bisoubresautante. — L’inspiration comprend trois temps. Le premier consiste en une dilatation normale de la cage thoracique à laquelle fait suite une reprise inspiratoire forcée (2e temps). Dans le 3e temps, les parois thoraciques reviennent brusquement au niveau où elles étaient au moment ou s’est produite l’inspiration forcée. Puis l’expiration commence pour s’interrompre brusquement et s’achever par un soubresaut. Ce mode s’observe dans le cas de calcul assez souvent ou dans le cas d’une lésion ou d’un trouble intestinal qui est influencé par la respiration. L’animal se complait en inspiration et la prolonge instinctivement; l’expiration fait disparaitre cette sensation bienfaisante et c’est la raison de sa fin brusque et soubresautante.
2° Respiration intervertie. — Nous avons vu dans un cas d’indigestion gastrique par surcharge, la respiration commencer par une expiration lente et prolongée, probablement sédative à laquelle faisait suite une inspiration brusque, probablement douloureuse. L’instinct guidait le cheval pour refouler la masse intestinale vers le bassin de façon à dégager son estomac. On sait que les viscères sont attirés vers le thorax en inspiration et refoulées vers le bassin en expiration.
3° La respiration est parfois brusquement interrompue en inspiration ou en expiration.
Dans le premier cas on entend à l’auscultation des naseaux: tf-teef; dans le second: teef-tf.
Observée dans la déchirure du diaphragme, hernies diaphragmatiques.
L’auscultation des naseaux permet d’entendre dans certains cas et dans les conditions précédentes, un bruit de tic tac comparable au bruit de gouttelettes et qui est l’expression d’une gêne respiratoire.
Les borborygmes perçus à l’auscultation de la poitrine sont un bon signe de hernie diaphragmatique.
L’œil intestinal.
De même qu’il existe un cœur rénal, un foie cardiaque, etc., ou peut dire qu’il existe un œil intestinal.
Séméiologie de la pupille. — La pupille est soumise à l’action de deux nerfs antagonistes, la IIIe paire cérébrale qui la fait contracter réalisant ainsi le myosis et le sympathique qui détermine sa dilatation ou mydriase.
Le myosis est physiologique quand la luminosité est grande; il en est de même de la mydriase dans l’obscurité.
Il est prudent d’examiner les deux yeux comparativement, lorsqu’on veut utiliser les renseignements fournis par la pupille, car parfois ce diaphragme est unilatéralement influencé par des affections locales ou à distance (glaucome, iritis, kératite, conjonctivite, affections du poumon, du médiastin, de la plèvre, du foie, du labyrinthe, etc). Il est bon aussi de comparer quand on peut le faire les pupilles des malades avec celles d’un témoin placé dans les mêmes conditions de luminosité.
De plus, il faut examiner la pupille en se plaçant très près du cheval, parce qu’il existe parfois autour de l’ouverture pupillaire un anneau pigmenté dit anneau coloré interne et au cours d’un examen à distance on pourrait prendre le bord externe de cet anneau comme limite de l’orifice pupillaire.
Ce que nous savons de l’innervation de la pupille nous permet de comprendre que la mydriase peut être réalisée soit par l’excitation du sympathique, soit par paralysie de la IIIe paire crânienne. Il y a donc une mydriase spasmodique et une mydriase paralytique.
Il peut être utile de différencier ces mydriases. Pour cela on peut se baser sur les concomitants cliniques ou procéder à l’épreuve des collyres de Collen.
Concomitants de l’excitation du sympatique: 1° Syndrome de Brown-Séquard: Dilatation pupillaire, rétraction palpébrale, exophtalmie, constriction des vaisseaux de l’oreille, de la langue, de l’épiglotte, du voile du palais; 2° Faits de Dastre et Morat: dilatation vasculaire dans le territoire du maxillaire supérieur; congestion des lèvres, des gencives, des sinus, de la voûte palatine, de la muqueuse nasale et des régions cutanées correspondantes.
La paralysie de la IIIe paire comporte le ptosis, la déviation du globe oculaire en dehors et en bas par prédominance du droit externe et du grand oblique, le myosis.
Epreuve des collyres. — Dans le cas de mydriase spasmodique: dilatation maxima par l’atropine et faible rétrécissement par l’ésérine. Collez.
Epreuve de l’adrénaline. Dans le cas demyosis paralytique, l’adrénaline donne une mydriase intense. Gautrelet.
Le mydriase fait partie du cortège des sympathicopathies. Elle peut résulter d’une irradiation au centre médullaire iliospinal de Budge ou au centre bulbaire mydriatique. Elle peut être d’origine réflexe: Helminthiase intestinale. Dilatation du cœur. Angoisse.
Elle peut reconnaître une origine humorale. De fait, elle s’observe dans l’hyperveinosité du sang sous l’influence de la rétention de CO2 ou hypercapnie, dans l’hypersécrétion surrénale, dans l’auto-intoxication: substance mydriatique de Cassaët et Benech, dans l’insuffisance gastrique. Poisons mydriatiques du gros intestin: ptomatropine. Stercorémie. Dans les intoxications exogènes: moisissures, ivraie, renoncule, atropine, colchique.
La mydriase peut reconnaitre une origine sensorielle. Toute douleur vive entraine la dilatation pupillaire. Pour s’en convaincre, il suffit de serrer un peu fortement la patte d’un chat ou d’un chien dont on observe la pupille. Dès que la pression éveille la douleur, on voit la pupille se dilater considérablement. On note également la dilatation pupillaire chez le cheval auquel on place un tord-nez à l’oreille en serrant vigoureusement. L’épreuve est positive, mais beaucoup moins sensible que chez les petits animaux. L’agonie s’accompagne de mydriase.
Myosis. — Il est spasmodique ou paralytique, selon qu’il est lié à l’excitation de la IIIe paire ou à la paralysie du sympathique. Les concomitants de la paralysie du sympathique au niveau de la face sont: chute partielle de la paupière, exophtalmie, myosis avec intégrité des réflexes pupillaires, hypotonie du globe oculaire, troubles vaso-dilatateurs et secrétoires de la face.
Le myosis peut s’observer dans les états vagotoniques. Ce n’est pas la règle, mais lorsqu’il se produit on pourra en concevoir le mécanisme par le fait des rapports du pneumogastrique et de la IIIe paire auxquels Eppinger et Hesse ajoutent la VIIe paire pour en faire un système nerveux autonome qu’ils opposent au système sympathique. La vie végétative serait sous la dépendance de ces deux systèmes dont l’un peut prédominer sur l’autre et constituer l’un des substratums du tempérament d’après Falta.
L’urémie s’accompagne de myosis. Dans l’insufifsance gastrique Canaët et Benech décrivent un poison myotique à côté du poison mydriatique; dans l’insuffisance de l’intestin grêle H. Roger, Le Play notent l’existence du myosis. Nous avons noté du myosis dans tous les cas au cours de nos expériences de ligature de l’intestin grêle chez le cheval. Le myosis peut reconnaitre une origine humorale (Morphine, pilocarpine, muscarine).
Parfois, au cours d’une crise, plusieurs influences se font sentir sur la pupille; elles agissent dans le même sens ou en antagonistes; dans ces cas, il y a une action prédominante. C’est ainsi que l’acide oxalique dilate la pupille, mais au cours de l’oxalémie comme il y a également urémie qui, elle conditionne le myosis, la mydriase cède le pas au myosis, le poison urémique l’emportant sur l’oxalique. On peut présumer qu’il peut y avoir des cas de neutralisation d’effets antagonistes.
Au cours de l’obstruction calculeuse de l’intestin, on observe tantôt du myosis, tantôt de la mydriase et parfois aussi un changement de pied pathologique, la mydriase remplaçant le myosis. La raison réside vraisemblablement dans des phénomènes d’antagonisme. L’obstruction intestinale est assimilable à une fusion de syndromes d’insuffisance gastrique, insuffisance du grêle et du gros intestin.
Nous savons que ces différents segments sont susceptibles d’engendrer des phases pupillaires de sens contraire. Il y a des prédominances temporaires et variables qui sont vraisemblablement comparables à ce que MM. Porcher et Busquet ont signalé au sujet de l’atropine, de l’éserine et de la cocaïne. Le sulfate d’atropine fait aisément disparaître la myose dûe à l’esérine et celle-ci est impuissante à faire disparaître la mydriase atropinique, tandis qu’elle supprime la mydriase cocaïnique. Cette dernière constatation pourrait être utilisée — d’après les auteurs en question — pour dépister après une course, les chevaux soumis à l’action excitante de la cocaïne, doping assez employé paraît-il.
La stercorémie s’accompagne de mydriase.
La mydriase permanente au cours des crises constitue un élément pronostique défavorable.
Séméiologie de la sécrétion urinaire. — On a pu dire que l’urine est le miroir de la nutrition. L’urologie apportera parfois des notions capitales pour guérir le malade. Le clinicien doit être en mesure de procéder à quelques recherches urologiques, telles que:
Recherche de l’albumine, du sucre, du sang, du pus, etc.
Examen des sédiments urinaires (oxalurie).
Dosage des chlorures.
Ces recherches de laboratoire sont très faciles à exécuter. Tout praticien qui se disciplinera à y procéder en tirera des avantages. Il trouvera la technique dans les ouvrages classiques auxquels nous sommes obligés de le renvoyer.
Nous nous bornerons au point de vue chimique à donner un procédé plus élégant que pratique pour faire le diagnostic de siège d’une obstruction intestinale à forme lente par l’examen macroscopique de l’urine.
On sait d’après les travaux du professeur Porcher que l’urine du cheval renferme constamment des phénols (hydroquinone, pyrocatéchine) et de l’indican. Ce sont les modifications subies par les phénols qui produisent le brunissement des urines conservées. Les phénols sont des produits extraits de la molécule albuminoïde par les microbes au cours des phénomènes de putréfaction. Pour cette raison, les phénols ne se rencontrent guère que dans le gros intestin. Dans le cas d’une occlusion du grêle, l’indican qui est produit surtout dans le petit intestin augmente, mais les phénols disparaissent dès que le tube digestif s’est vidé en aval de l’obstacle. Il s’en suit que les urines émises ne brunissent pas dans le cas d’occlusion du grêle. L’urine d’un cheval chez lequel nous avions placé une ligature sur l’intestin grêle n’a présenté aucun brunissement au bout de 24 heures de conservation en plein été.
A propos de l’indican nous ne croyons pas qu’on aie fourni la raison de sa constance dans l’urine du cheval. Elle nous parait résider dans la durée de séjour des aliments dans l’intestin grêle chez cet animal. La digestion est d’emblée gastro-grêle chez le cheval — une grande partie de la ration ne fait que traverser l’estomac et doit subir une longue préparation dans le grêle et c’est vraisemblablement la raison du Sphincter de la partie terminale de l’iléon qui est le géant des sphincters puisqu’il mesure 1 mètre de long. L’appareil digestif du cheval est conçu de telle façon que l’indican est obligatoirement représenté dans l’urine de cet animal.
Nous allons examiner maintenant la valeur au point de vue critique d’une émission urinaire au cours d’une crise abdominale.
Le populaire considère, au cours des coliques, que toute miction est l’équivalent d’une crise de bon augure. Nous reconnaitrons que le fait est exact dans certains cas, mais non dans tous.
Comment concevoir que la miction puisse avoir une valeur critique!
Riasantzeff et Chigine ont montré que le sang étant un milieu constant au point de vue moléculaire, il était de toute nécessité qu’à la fin de la digestion, lorsque les aliments ont été élaborés pour être élevés à la dignité de nutriments, lorsque de nouvelles molécules sont absorbées, la constance du sang exige qu’il parte un nombre égal de molécules usées par la voie rénale.
Nous appuyant sur cette manière de voir, nous pensons que lorsque la digestion est arrêtée, les échanges le sont également et qu’une miction peut annoncer la reprise des échanges, c’est-à-dire le retour à la normale ou la fin de la crise. L’absorption est diminuée du fait de l’excitation du sympathique. Baculo a montré qu’elle était accélérée par la section de ce nerf. D’après Runeberg l’absorption est diminuée du fait de la congestion intestinale ou de l’élévation de la pression intestinale. Lepine et Launois diminuent l’absorption en gorgeant les anses du liquide. Il n’y a donc rien que de très légitime dans le fait de voir la miction marquer la fin d’une sympathicotonie, d’une congestion intestinale, d’un état s’accompagnant de distension des réservoirs, etc.
Mais il ne faudrait pas généraliser. Nous avons vu des chevaux à volvulus, uriner au cours de leur calvaire. Dans un cas de ligature de l’intestin grêle, nous avons noté 7 mictions en 24 heures. Les chevaux à calcul ou à coprostase urinent comme s’ils n’étaient pas malades.
La miction pour être reconnue comme crise doit être suivie de la disparition harmonisante des symptômes. Tout cheval qui vient d’uriner et qui présente de la crispation des naseaux n’est pas. guéri non plus.
Lorsqu’on a raison de soupçonner l’existence du syndrome urinaire il faut provoquer la miction. Chez le mâle, on peut recourir au sondage; chez la femelle, aussi, mais chez la jument on peut utiliser les ovules de savon dans le vagin qui entrainent la miction chaque fois qu’un obstacle mécanique tel que flexion ou coudure ou spasme ne s’y oppose pas. Beaucoup de chevaux qui ont «manqué d’uriner» comme disent les poilus, n’urinent pas tant qu’on les promène et il arrive fréquemment qu’ils aient une miction si on les conduit à leur place habituelle. L’échec du procédé de l’ovule de savon est une indication de procéder à la fouille rectale.
Ne jamais oublier de demander la durée qui s’est écoulée entre la dernière miction et le moment où on commence l’examen. Nous répéterons que le cheval qui se campe pour uriner sort le pénis et que la jument lève la queue. Si le camper ne s’accompagne pas d’un de ces gestes, il n’a rien à voir avec la miction.
Séméiologie des évacuations alvines. — Au cours des crises, on observe tantôt des exonérations, tantôt de la rétention des fèces. La défécation peut être purement gazeuse. Tantôt il n’y a aucune évacuation, ni gazeuse, ni stercorale.
Le cheval à l’état normal a 8-10 évacuations alvines par nycthémère. On doit toujours s’enquérir du moment de la dernière émonction quand on est appelé auprès d’un cheval à coliques. S’il y a plus de 6 heures de rétention, le clinicien doit songer à l’obstruction intestinale. Si le délai est plus considérable, la présomption sera d’autant plus forte.
Dans le cas d’exonérations exclusivement gazeuses, il faut penser à la présence d’un obstacle. Si les gaz sont expulsés sous faible pression, il s’agit vraisemblablement de coprostase. Si les fluides sortent bruyamment, il y a des charges contre un obstacle.
Les gaz inodores proviennent soit de l’aérophagie, soit de la fermentation des hydrates de carbone qui donne lieu à CO2 et H. Les graisses qui sont des éthers-sels, c’est-à-dire des corps résultant de la combinaison d’un acide stéarique, palmitique ou oléique et d’un alcool qui est toujours la glycérine s’émulsionnent au cours du métabolisme et la glycérine peut être transformée en acroléine qui a une odeur désagréable (odeur de mèche qui brûle mal).
Les gaz putrides proviennent de la putréfaction des matières protéiques sous l’influence des agents anaérobies. Ce sont surtout l’hydrogène sulfuré ou hydrothion, le formène ou gaz des marais, le méthylmer captan, etc.
En pratique, on peut s’en tenir à l’interprétation suivante:
Gaz inodores: aérophagie, fermentation des H. C.
Gaz putrides: putréfactions intestinales.
Les gaz de la première catégorie agissent par leur volume et déterminent la distension des réservoirs. De plus, l’acide carbonique peut passer dans le sang, créer l’hypercapnie, augmenter la viscosité et agir sur les phénomènes digestifs, car s’il excite l’intestin, il ralentit l’estomac.
L’hydrogène sulfuré et les gaz issus de la putréfaction irritent violemment l’intestin et peuvent passer dans le sang où ils forment avec l’hémoglobine un composé stable qui constitue une entrave à l’hématose et fait apparaître la cyanose entérogène.
S’il y a émission de gaz inodores, le clinicien orientera ses recherches vers l’aérophagie où la dyspepsie par fermentation des hydrates de carbone.
Si les gaz sont putrides ou nidoreux, retenez que la flore intestinale est mauvaise, que les anaérobies foisonnent. Vous êtes témoin de la putréfaction, il reste à en déterminer la raison et voir si elle est primitive ou secondaire.
Les fèces sont représentées à l’état normal par des masses ovoïdes un peu aplaties par pression réciproque, luisantes, constituées par des résidus alimentaires, agglomérées par du mucus et de l’eau, de consistance ferme dont la coloration est fonction de l’alimentation: Jaunâtres avec les aliments secs, verdâtres lorsque les chevaux sont au pâturage ou mangent du vert.
Les déviations de ce type normal se font dans le sens de l’hydratation ou de la concentration, c’est-à-dire de la diarrhée ou de la constipation.
Diarrhée. — Elle comporte des degrés. Les excrémènts peuvent être émis en purée rappelant la bouse d’où la dénomination de crottins bousoïdes, sous laquelle nous proposons de les désigner. On peut constater de la diarrhée liquide, Le liquide est-il couleur de purin, penser au catarrhe gastro-intestinal. Quand il est marc de café, il est l’expression d’une hémorragie du tractus digestif haut située dans l’appareil gastro-intestinal. Cette teinte s’observe dans le moeléna.
Dans certains cas d’obstruction intestinale, on observe l’écoulement d’un liquide qu’on ne saurait mieux comparer qu’à du lait d’où le nom de diarrhée lactescente. Parfois il s’agit d’une substance crémeuse comparable à de la crème Chantilly. On peut, au cours d’épreintes, voir éjecter une masse qu’on ne peut comparer qu’à un crachat intestinal.
La diarrhée lactescente et la crême Chantilly s’observent dans l’obstruction intestinale ainsi que l’éjection des blocs de mucus coagulé comparables à du blanc d’œuf cuit. Le crachat intestinal est un bon signe d’oxalémie.
Dans la colite muco-membraneuse, l’animal rejette par l’anus des fausses membranes qui peuvent être nématoïdales et en imposer pour des vers intestinaux.
On peut trouver des grains riziformes dans le liquide diarrhéique.
Chez les géophages, la diarrhée est parfois boueuse.
La diarrhée considérée en elle-même est un symptôme banal dont l’intérêt réside surtout dans les particularités qu’elle présente. C’est ainsi que la diarrhée sanguinolente traduit la thrombo-embolie, l’hypertension portale, l’ulcération, le cancer, etc., etc. La diarrhée boueuse met sur la voie de certaines entéroplégies, entérospasmes ou obstructions parsablose.
Les fausses membranes, le liquide lactescent, la crême chantilly, les grains riziformes indiquent soit l’insuffisance de la sécrétion biliaire, soit l’existence d’un obstacle empêchant la bile d’arriver jusqu au point où se produisent ces formations pathologiques, soit la colite muco-membraneuse, soit l’oxalémie, etc. (Voir: obstruction intestinale, signe du bras, signe de l’anus, signe du thermomètre, etc., etc.).
La teinte noirâtre des excréments diarrhéiques peut être d’origine médicamenteuse (calomel); elle peut être dûe à des phénomènes de réduction par les gaz de la putréfaction; elle peut enfin indiquer l’existence de sang venant des parties lointaines de l’anus. Lorsque le sang vient du rectum, il est rutilant. S’il procède d’une région plus avant, les évacuations peuvent être de couleur marron.
La présence de sang fait penser aux coliques de sable, aux néoplasmes, à un corps étranger, à l’entérite aigue, à la congestion intestinale, à la thrombo-embolie ou à la phlébite, à l’hypertension portale, etc., etc.
Les facteurs de la diarrhée sont: l’hypersécrétion biliaire, l’hypersécrétion intestinale, la vagotonie, la sympathicotonie, les troubles de l’absorption, l’hypersphyxie, l’exagération de la masse liquide absorbée, les purgatifs drastiques, certaines intoxications, l’urémie digestive, l’invagination coecale, etc.
Constipation. — La constipation peut être révélée par l’évacuation de crottins de forme normale, mais de volume réduit et de consistance augmentée, rebondissant sur le sol où ils produisent un bruit de balle. Ils sont plus ou moins coiffés. Les crottins sont petits dans la constipation spasmodique et au contraire volumineux dans la constipation atonique et dans les fermentations (Voir: obstruction intestinale, forme des crottins). Les crottins sont quelquefois mal feutrés et manquent de cohésion (insuffisance de mucus).
Au point de vue pathogénique, la constipation peut être le fait de la privation de boissons, d’une courbature des muscles de la paroi abdominale, de la déshydratation de l’organisme, de l’insuffisance biliaire et de l’insuffisance des sucs intestinaux, des troubles de la musculature intestinale (atrophie sénile) des troubles nerveux (spasmes des vagotoniques ou des sympathicotoniques) des troubles aortiques (spasmes) de troubles mécaniques (rétrécissements, compressions), de troubles inflammatoires de l’intestin, de troubles statiques (ptose), etc.
Parmi les troubles les plus fréquents, nous citerons les troubles nerveux, les troubles biliaires et les troubles de l’absorption ainsi que la trop grande digestibilité des aliments qui laissent peu de résidus, l’insuffisance des boissons et des aliments.
Les crottins renferment souvent des corps étrangers (sable, terre, parties métalliques, parasites, ascaris, oxyures, etc.).
Ségrégats d’œgagropiles. — L’exploration des parties terminales du tube digestif peut faire constater l’existence de petites masses masticoïdes (rappelant des fragments de mastic ou d’argile). Il est des œgagropiles chez lesquels, au-dessus de la croûte pétreuse, se déposent de nouveaux feutrages en petits placards. Ces parties tard venues et en relief, sous l’influence de la macération dans le liquide collecté en amont de l’obstacle et du brassage intestinal, se séparent de la masse principale et, grâce à leurs faibles dimensions, peuvent franchir le barrage intestinal et arriver dans les régions explorables. La constatation de l’existence de ségrégats d’œgagropile dans le rectum est un signe de certitude, non seulement d’obstruction intestinale, mais encore d’œgagropile.
Lingots Stercoraux. — Dans le cas d’obstruction intestinale, on trouve parfois dans le rectum des scories stercorales amorphes, dures, plus ou moins enrobées de mucus, tantôt aplaties en forme de galette, tantôt muriformes ou pralinées, ou encore comparables à des lingots ou à d’énormes pépites (lingots stercoraux). Ces scories s’observent dans le calcul plutôt que dans la coprostase, bien que la forme en galette puisse s’observer dans la stase stercorale lorsqu’une anse vient s’appliquer contre la face interne ou la branche montante de l’iliun. Les crottins en galette ou laminés se rencontrent dans les rétrécissements et les compressions. Ils sont moins éloquents que les éléments précédents.
Le populaire accorde à l’exonération de matières fécales une valeur critique comparable à celle qu’il reconnaît à la miction. Il faut tenir compte que la défécation est possible dans le cas d’obstacle dans la lumière de l’intestin, car le segment situé en aval de l’obstacle se vide ainsi qu’on peut le voir dans le calcul, le volvulus, l’étranglement.
Les évacuations alvines ont une réelle valeur critique lorsqu’elles se produisent après une rétention plus ou moins prolongée et qu’elles s’accompagnent d’une amélioration harmonisante de l’état général. Lorsque l’état général ne s’améliore pas, il s’agit de pseudo-débâcles. Exemple d’une émonction critique: Au 4e jour d’une obstruction intestinale grave avec crises convulsives nous notons les symptômes suivants: T. 38°4, P. 55. La jument est plus calme que la veille. Les clonies sont très rares, l’intestin se réveille. On perçoit des borborygmes dans le coecum, la 1re et la 2e portion du côlon et des gargouillements dans la 3e, La conjonctive est infiltrée et subictérique. La muqueuse vulvaire est de teinte capucine, odeur fécaloïde de l’haleine. Le cheval se vide dans la soirée.
Le lendemain, nous notons T. 37°7, P. 42. Les muqueuses ont dépouillé leur teinte subictérique. Le cheval mange et boit volontiers. L’amélioration harmonisante qui a suivi l’évacuation permet d’accorder à cette évacuation la valeur d’une crise.
Exemple de pseudo-débâcle. — Nous avons vu un cheval faire après 10 jours de rétention un lot de crottins assez important. Le lendemain le pouls était plus rapide et plus faible que la veille; il existait des extrasystoles fréquentes, les mouvements convulsifs étaient plus fréquents, le cheval était abattu et contrairement aux jours précédents, il refusait toute nourriture. Cette aggravation de l’état général notée après une exonération survenue après 10 jours de rétention ne permettait pas de la considérer comme un signe de bon augure. L’animal fut abattu quelques jours après: il portait un volumineux calcul dans le côlon flottant.
Séméiologie de la thermogenèse. — Il est rare de rencontrer des praticiens qui prennent régulièrement la température au cours des crises abdominales. Nous ne saurions trop engager nos confrères à user systématiquement du thermomètre au cours des coliques, car ils pourront en tirer des indications précieuses.
La régulation de la température est obtenue par une double action nerveuse et humorale. Nous rappellerons que le poumon élimine une substance hyperthermisante et le rein une substance hypothermisante ainsi que l’a montré le professeur H. Roger. Quand la température tend à s’élever, la respiration s’accélère, l’élimination de la substance hyperthermisante est plus considérable et la régulation tend à s’établir. Le refroidissement de l’organisme est évité par l’élimination rénale de la substance hypothermisante. Les troubles rénaux qui diminuent le débit de la substance hypothermisante s’accompagnent de refroidissement. La cryesthésie ou sensibilité au froid est un des petits signes de brightisme de Dieulafoy.
Les centres thermogènes peuvent être intéressés par voie nerveuse ou par voie humorale au cours de troubles digestifs. La douleur est tantôt hyperthermisante par excitation des centres thermogénétiques; tantôt hypothermisante par inhibition des mêmes centres.
L’hypothermie s’observe dans certains cas d’auto-intoxication, d’obstruction intestinale, de thrombose des vaisseaux abdominaux, de choc traumatique, d’atfections rénales ou hépatiques.
La température est au-dessus de la normale dans les indigestions d’eau où on trouve 38° 3,38° 5, 38° 7. Dans les gastrites, gastro-entérites, intoxications alimentaires, toxi-infections, il n’est pas rare de constater des températures de 39° 5 ou 40° et même davantage.
La température centrale doit toujours être comparée à la respiration, à la circulation et à la température périphérique.
Température et mouvements respiratoires. — On admet que l’élévation de température de 1°, entraine 4 mouvements respiratoires en sus de la normale. Cependant il est des cas où on trouve beaucoup plus de mouvements respiratoires que n’en comporte la température. Songer dans ce cas à une complication cardiaque (dyspnée d’effort), hémorragie interne, complication cardio-pulmonaire (congestion ou œdème pulmonaire) rénale (dyspnée toxique) dyspnée d’origine mécanique (discordance entre la température et la respiration).
Température et pouls. — Tantôt le nombre de pulsations et la température sont voisins de la normale. On note aussi que le pouls est accéléré et que la température est très élevée. D’autres fois le pouls s’accélère et la température reste basse (dissociation de la température et du pouls). D’autres fois la dissociation est en faveur de la température, le pouls ne s’accélère pas dans la mesure de la température (dissociation entre température et pouls en faveur de la température), dans le cas précédent la dissociation est en faveur du pouls.
Les rapports de la tempéiature et du pouls sont utiles au point de vue diagnostique et pronostique. Nous montrerons que dans le cas d’obstruction intestinale le fait de constater la dissociation de la température et du pouls en faveur du pouls est un bon signe de calcul. Au point de vue pronostique général, quand le poul et la température sont élevés, le cas est grave. Quand le pouls est fréquent et la température basse, le cas est encore plus grave. Quand le pouls est un peu fréquent et la température élevée le pronostic est meilleur; le malade se défend.
Température centrale et température périphérique. — La comparaison de ces deux températures est intéressante. Quand la température centrale s’élève, la température périphérique doit s’élever également. La peau est chaude dans la fièvre. Cependant on trouve des températures centrales élevées à 40° coexistant avec une peau glacée. Nous ferons remarquer que pour juger de l’état thermique du revêtement cutané, il est bon d’interroger la face interne des membres car les autres parties sont exposées à prendre contact avec le sol pendant que l’animal se roule et, du fait, à se refroidir.
Il faut distinguer deux cas dans la dissociation des températures centrale et périphérique. Celui où la dissociation est totale: tout le revêtement est glacé. Celui de la dissociation partielle: ce sont les extrémités qui sont refroidies. De ces deux cas, le dernier a une signification beaucoup plus grave que le premier. Il signifie que la vie se retire du corps. Tandis que dans le premier cas, on peut assister à un phénomène des plus curieux qui constitue une sorte de balancement thermique ou de paradoxe thermique. Nous avons vu un cheval présenter au cours d’une crise extrêmement dramatique une température de 40° et un pouls à 120 avec arythmie. Le refroidissement cutané était général. La face interne de la partie supérieure des membres était glacée. Une heure après, la température passait à 39° et le pouls à 90° en même temps la peau se réchauffait. Ainsi, l’abaissement de la température centrale coïncidait avec l’élévation de la température extérieure. Nous pensons qu’il s’agissait d’une irritation du centre vaso-moteur général avec hypertension et arythmie. La douleur ou certains poisons étaient responsables de l’hyperthermie, mais c’est vraisemblablement l’irritation des centres vaso-moteurs qui conditionnait la douleur et l’hypothermie périphérique, la peau étant privée du chauffage central par suite du spasme vasculaire, puisque la température centrale a baissé au moment où le spasme vasculaire s’est desserré et le cœur s’est régularisé, car l’arythmie avait pour cause sinon unique, dumoins importante, l’hypertension artérielle.
Souvent il n’existe pas de dissociation aussi marquée et parfois cette dissociation fait défaut. Mais il arrive fréquemment de trouver, au niveau de la surface de l’abdomen, des zones plus chaudes que les zones voisines. Nous avons noté la chaleur très nette du râchis dans un cas de volvulus du grêle. Le plus souvent l’augmentation de la température de la place siège dans la zone abdominale celle-ci étant située en arrière de la ligne qui joint le coude au milieu de la 11e côte.
En éduquant la face dorsale de la main on peut arriver très facilement à délimiter au niveau de la zône abdominale des zônes plus chaudes. Connaissant la projection des organes abdominaux sur la paroi thoraco-abdominale on peut arriver à reconnaître les viscères intéressés par la crise en cours. Il y a là un clavier thermique dont les indications sont très utiles à recueillir aux fins d’utilisation dans la méthode de recoupements qui permet d’arriver au diagnostic. Nous aurons l’occasion de faire des constatations se rapportant au clavier thermique au cours de l’exposé de nos observations de crises abdominales (Voir observations).
Séméiologie de la sécrétion sudorale. — Au cours des crises, la peau est tantôt sèche, tantôt moite, tantôt il se produit des sueurs locales ou générales plus ou moins intenses.
La sudation comme toutes les réactions de l’organisme est le fait de l’exaltation fonctionnelle d’une défense ou d’une hallucination.
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