Czytaj książkę: «Le médecin malgré lui»
NOTICE SUR LE MÉDECIN MALGRÉ LUI
S'il en faut croire Grimarest, Molière n'eut pas beaucoup de peine à «fabriquer» rapidement son Médicin malgré lui: il n'aurait eu presque qu'à transcrire le Fagotier, l'une des petites farces que sa troupe représentait à l'improvisade dès les premiers temps de son arrivée à Paris.
Le sujet est tiré d'un fabliau du XIII e siècle, le Médecin de Bray, ou le Vilain Mire (le Paysan médecin), qui serait parvenu à la connaissance de Molière soit par la tradition orale, soit par des relations de voyage de Grolius ou d'Œlschlager.
Un riche paysan épouse la fille d'un pauvre chevalier, «moult belle et moult courtoise». Pour la garder de toute tentation mauvaise, il la bat dès le matin: la pauvrette passe le jour à pleurer et n'a pas le temps de songer à mal. Elle songe toutefois que son mari, qui la bat si bien, n'a jamais été battu, et que, s'il connaissait le goût du bâton, il ne lui en donnerait pas tant.
Cependant qu'elle se désole et rumine dans sa tête, passent deux messagers du roi. Ils vont en Angleterre quérir un médecin pour la fille de leur maître qui ne peut ni manger ni boire depuis qu'une arête de poisson s'est arrêtée dans son gosier: «Vous n'avez pas besoin d'aller si loin, leur dit la femme du vilain; mon mari est bon médecin, il en sait plus qu'Hippocrate. Mais c'est un médecin singulier: il ne ferait rien pour personne si d'abord on ne le battait comme il faut. – S'il ne tient qu'à battre, disent les envoyés, tout ira bien!» Et ils l'emmènent de force à la cour, où, grâce au bâton, le vilain promet de guérir la princesse sans délai. En effet, il la fait tant rire que l'arête sort du gosier. Le bruit de cette cure merveilleuse se répandit rapidement et tous les malades du pays le vinrent consulter.
Il retourna enfin chez lui, et ne battit plus sa femme, qui l'avait fait docteur sans avoir étudié.
Telle est l'analyse très sommaire du fabliau du Vilain Mire, qui ne comprend pas moins de 392 vers de huit pieds1.
Bruzen de la Martinière prétendait tenir d'une personne fort âgée que, quelqu'un ayant raconté en prétence du roi une histoire à peu près semblable arrivée du temps de François I er, Molière la trouva très propre à être accommodée en farce, et qu'avec quelques changements il en fit sa comédie du Médecin malgré lui.
Le Fagotier faisait probablement partie du répertoire de Molière en province, comme la Jalousie du Barbouillé et Gorgibus dans le sac. Par une suite d'expériences sans cesse renouvelées devant des publics divers, ces petites farces ont éliminé successivement tout ce qu'elles pouvaient renfermer d'inutile ou de grossier: elles n'ont conservé que les effets sûrs, ayant porté aussi bien sur le marchand de petite ville que sur le gentillâtre campagnard; d'où la perfection absolue, la forme précise, le caractère définitif de ces pièces en apparence écrites à la hâte, et qui réellement ont pu bénéficier des longs tâtonnements et des mûres réflexions, le Médecin malgré lui, George Dandin, les Fourberires de Scapin, que l'auteur lui-même ne regardait que comme de «petites bagatelles». Mais avec Molière il ne faut jamais dire «bagatelles». Le Médecin malgré lui est un chef-d'œuvre dans son genre, et la seule chose qui doive étonner, c'est qu'il ait pu sortir, à quelques semaines de distance, de la même plume que le Misanthrope, et que dans une même soirée Molière ait dit la chanson du Roi Henry et chanté celle des «petits glougloux» avec un égal succès; qu'après avoir quitté les rubans verts de l'homme aux haines vigoureuses, il ait presque aussitôt reparu sous la casaque jaune et vert du jovial fagotier. Molière voulut sans doute s'amuser lui-même, Lucullus soupa chez Lucullus. Après la satire sociale et l'éloquence austère d'Alceste, voici la haute bouffonnerie, la gaieté jaillissante et intarissable, la verve folle, le sel gaulois lancé à pleines mains. Molière est bien ici le fils de Rabelais.
Le Médecin malgré lui est de toutes ses pièces la plus franchement, la plus continûment et la plus irrésistiblement gaie; elle guérirait l'hypocondrie la plus sombre. C'est une cure de rire, qu'il faut ordonner aux mélancoliques. Car Molière est un grand médecin, il possède la panacée universelle, et peut à bon droit s'écrier ici comme l'opérateur de ses intermèdes:
O grande puissance de l'orviétan!
Aussi est-ce de toutes les farces de Molière la plus populaire et la plus répandue. Je l'ai vue, dans mon enfance, représentée par des marionnettes de campagne, devant un auditoire de paysans qui ne l'avaient et ne l'auraient certainement jamais lue. Ils n'y cherchaient pas malice, et s'en donnaient à cœur joie, sans se soucier de l'origine probable de l'œuvre, non plus que du nom de l'auteur.
Ne pouvant imiter leur sagesse, rappelons que le Médecin malgré lui fut représenté pour la première fois, sur le théâtre du Palais-Royal, le vendredi 6 août 1666, deux mois après la première du Misanthrope, dont le succès commençait à se ralentir au bout de 21 représentations. On le donna, comme «petite pièce», à la suite de la Mère coquette, du Favori, des Facheux puis avec le Misanthrope, qu'il accompagna souvent du 3 septembre au 21 novembre. Ce fut encore par le Médicin qu'on rouvrit le théâtre en février 1667, après trois mois d'interruption.
Molière créa Sganarelle, M lle Molière, Lucinde. Pour les autres rôles, nous n'avons que des conjectures. Mais, d'après l'état de la troupe et l'emploi des comédiens, nous pouvons donner comme à peu près certaine la distribution suivante:

Depuis Molière, la tradition de Sganarelle s'est transmise par Rosimond, Poisson, La Thorillière, Montmény, Préville, Dugazon, La Rochelle, Thénard, Cartigny, Monrose, Samson, Régnier, jusqu'à M. Got, qui le joue actuellement, et qui ne compte pat de meilleur rôle dans le vieux répertoire.
La pièce fut publiée au commencement de 1667, chez le libraire Ribou. L'édition originale, achevée d'imprimerie 24 décembre 1666, renferme un frontispice gravé qui est bien curieux à étudier au point de vue des costumes de Géronte en Pantalon de la Comédie Italienne, et de Sganarelle en robe de médecin, avec le chapeau «des plus pointus» dont parle la brochure. 2
On supprime depuis plus d'un siècle à la Comédie-Française la scène des paysans Thibaut et Perrin (III, ii), qui est cependant des plus divertissantes. Elle vient trop tard, allègue-t-on, et ne produit que peu d'effet après les étincelantes folies du second acte. Il faudrait au moins tenter l'expérience. Selon nous, Molière doit toujours être joué dans son intégralité. L'épisode, ici, tient bien à la pièce et ne saurait ralentir l'action, puisqu'il donne à Sganarelle l'occasion d'exercer impunément le pouvoir de sa prétendue science, en fournissant à Molière de nouveaux traits contre les médecins, qu'il n'attaquera plus que deux fois, dans Pourceaugnac et le Malade imaginaire.
Pourquoi, dans cette dernière pièce, supprime-t-on la moitié du rôle de Béralde, sous prétexte qu'une discussion sur la médecine fait longueur, n'arrivant qu'au troisième acte, après la grande scène de MM. Diafoirus père et fils, où le rire atteint son maximum d'intensité? C'est, à mon sens, priver la pièce de ce qu'elle a de plus profond et de plus durable.
GEORGES MONVAL.
LE MÉDECIN MALGRÉ LUI
COMÉDIE EN TROIS ACTES
LES PERSONNAGES
SGANARELLE, mari de Martine.
MARTINE, femme de Sganarelle.
M. ROBERT, voisin de Sganarelle.
VALÈRE, domestique de Géronte.
LUCAS, mari de Jacqueline.
GÉRONTE, père de Lucinde.
JACQUELINE, nourrice chez Géronte, et femme de Lucas.
LUCINDE, fille de Géronte.
LÉANDRE, amant de Lucinde.
THIBAUT, père de Perrin, paysan.
PERRIN, fils de Thibaut, paysan.
ACTE PREMIER
SCÈNE PREMIÈRE
SGANARELLE, MARTINE,
paroissant sur le théâtre en se querellant
Sganarelle
Non, je te dis que je n'en veux rien faire, et que c'est à moi de parler et d'être le maître.
Martine
Et je te dis, moi, que je veux que tu vives à ma fantaisie, et que je ne me suis point mariée avec toi pour souffrir tes fredaines.
Sganarelle
O la grande fatigue que d'avoir une femme! et qu'Aristote a bien raison quand il dit qu'une femme est pire qu'un démon!
Martine
Voyez un peu l'habile homme, avec son benêt d'Aristote!
Sganarelle
Oui, habile homme. Trouve-moi un faiseur de fagots qui sache, comme moi, raisonner des choses, qui ait servi six ans un fameux médecin, et qui ait su dans son jeune âge son rudiment par cœur.
Martine
Peste du fou fieffé!
Sganarelle
Peste de la carogne!
Martine
Que maudit soit l'heure et le jour où je m'avisai d'aller dire oui!
Sganarelle
Que maudit soit le bec cornu3 de notaire qui me fit signer ma ruine!
Martine
C'est bien à toi vraiment à te plaindre de cette affaire! Devrois-tu être un seul moment sans rendre grâce au Ciel de m'avoir pour ta femme? et méritois-tu d'épouser une personne comme moi?
Sganarelle
Il est vrai que tu me fis trop d'honneur et que j'eus lieu de me louer la première nuit de nos noces. Hé! morbleu! ne me fais point parler là-dessus, je dirois de certaines choses…
Martine
Quoi? que dirois-tu?
Sganarelle
Baste! laissons là ce chapitre; il suffit que nous savons ce que nous savons, et que tu fus bien heureuse de me trouver.
Martine
Qu'appelles-tu bien heureuse de te trouver? Un homme qui me réduit à l'hôpital, un débauché, un traître qui me mange tout ce que j'ai…
Sganarelle
Tu as menti, j'en bois une partie.4
Martine
Qui me vend pièce à pièce tout ce qui est dans le logis…
Sganarelle
C'est vivre de ménage.5
Martine
Qui m'a ôté jusqu'au lit que j'avois…
Sganarelle
Tu t'en lèveras plus matin.
Martine
Enfin, qui ne laisse aucun meuble dans toute la maison…
Sganarelle
On en déménage plus aisément.
Martine
Et qui, du matin jusqu'au soir, ne fait que jouer et que boire.
SGANARELLE
C'est pour ne me point ennuyer.
Martine
Et que veux-tu, pendant ce temps, que je fasse avec ma famille?
Sganarelle
Tout ce qu'il te plaira.
martine
J'ai quatre pauvres petits enfants sur les bras.
Sganarelle
Mets-les à terre.
Martine
Qui me demandent à toute heure du pain.
Sganarelle
Donne-leur le fouet. Quand j'ai bien bu et bien mangé, je veux que tout le monde soit saoul dans ma maison.
Martine
Et tu prétends, ivrogne, que les choses aillent toujours de même?..
Sganarelle
Ma femme, allons tout doucement, s'il vous plaît.
Martine
Que j'endure éternellement tes insolences et tes débauches?..
Sganarelle
Ne nous emportons point, ma femme.
Martine
Et que je ne sache pas trouver le moyen de te ranger à ton devoir?
Sganarelle
Ma femme, vous savez que je n'ai pas l'âme endurante, et que j'ai le bras assez bon.
Martine
Je me moque de tes menaces.
Sganarelle
Ma petite femme, ma mie, votre peau vous démange, à votre ordinaire.
Martine
Je te montrerai bien que je ne te crains nullement.
Sganarelle
Ma chère moitié, vous avez envie de me dérober quelque chose.
Martine
Crois-tu que je m'épouvante de tes paroles?
Sganarelle
Doux objet de mes vœux, je vous frotterai les oreilles.
Martine
Ivrogne que tu es!
Sganarelle
Je vous battrai.
Martine
Sac à vin!
Sganarelle
Je vous rosserai.
Martine
Infime!
Sganarelle
Je vous étrillerai.
Martine
Traître, insolent, trompeur, lâche, coquin, pendard, gueux, bélître, fripon, maraut, voleur!..
Sganarelle
(Il prend un bâton, et lui en donne.)
Ah! vous en voulez donc?
Martine
Ah! ah! ah! ah!
Sganarelle
Voilà le vrai moyen de vous apaiser.
SCÈNE II
MONSIEUR ROBERT, SGANARELLE, MARTINE
M. Robert
Holà! holà! holà! Fi! Qu'est-ce ci? quelle infamie! Peste soit le coquin, de battre ainsi sa femme!
Martine,
les mains sur les côtés, lui parle en le faisant reculer, et à la fin lui donne un soufflet.
Et je veux qu'il me batte, moi.
M. Robert
Ah! j'y consens de tout mon cœur.
Martine
De quoi vous mêlez-vous?
M. Robert
J'ai tort.
Martine
Est-ce là votre affaire?
M. Robert
Vous avez raison.
Martine
Voyez un peu cet impertinent qui veut empêcher les maris de battre leurs femmes!
M. Robert
Je me rétracte.
Martine
Qu'avez-vous à voir là-dessus?
M. Robert
Rien.
Martine
Est-ce à vous d'y mettre le nez?
M. Robert
Non.
Martine
Mêlez-vous de vos affaires.
M. Robert
Je ne dis plus mot.
Martine
Il me plaît d'être battue.
M. Robert
D'accord.
Martine
Ce n'est pas à vos dépens.
M. Robert
Il est vrai.
Martine
Et vous êtes un sot de venir vous fourrer où vous n'avez que faire.
M. Robert
(Il passe ensuite vers le mari, qui pareillement lui parle toujours en le faisant reculer, le frappe avec le mime bâton et le met en fuite. Il dit à la fin:)
Compère, je vous demande pardon de tout mon cœur; faites, rossez, battez comme il faut votre femme; je vous aiderai, si vous le voulez.
Sganarelle
Il ne me plaît pas, moi.
M. Robert
Ah! c'est une autre chose.
Sganarelle
Je la veux battre si je le veux, et ne la veux pas battre si je le ne veux pas.
M. Robert
Fort bien.
Sganarelle
C'est ma femme, et non pas la vôtre.
M. Robert
Sans doute.
Sganarelle
Vous n'avez rien à me commander.
M. Robert
D'accord.
Sganarelle
Je n'ai que faire de votre aide.
M. Robert
Très volontiers.
Sganarelle
Et vous êtes un impertinent de vous ingérer des affaires d'autrui. Apprenez que Cicéron dit qu'entre l'arbre et le doigt il ne faut point mettre l'écorce.6
(Ensuite, il revient vers sa femme, et lui dit en lui pressant la main:)
O ça, faisons la paix nous deux. Touche là.
Martine
Oui! après m'avoir ainsi battue.
Sganarelle
Cela n'est rien. Touche.
Martine
Je ne veux pas.
Sganarelle
Hé?
Martine
Non.
Sganarelle
Ma petite femme!
Martine
Point.
Sganarelle
Allons, te dis-je.
Martine
Je n'en ferai rien.
Sganarelle
Viens, viens, viens.
Martine
Non, je veux être en colère.
Sganarelle
Fi! c'est une bagatelle; allons, allons.
Martine
Laisse-moi là.
Sganarelle
Touche, te dis-je.
Martine
Tu m'as trop maltraitée.
Sganarelle
Eh bien, va, je te demande pardon; mets là ta main.
Martine
Je te pardonne; (elle dit le reste bas) mais tu le payeras.
Sganarelle
Tu es une folle de prendre garde à cela. Ce sont petites choses qui sont de temps en temps nécessaires dans l'amitié; et cinq ou six coups de bâton, entre gens qui s'aiment, ne font que ragaillardir l'affection. Va, je m'en vais au bois, et je te promets aujourd'hui plus d'un cent de fagots.
SCÈNE III
MARTINE,
seule
Va, quelque mine que je fasse, je n'oublie pas mon ressentiment, et je brûle en moi-même de trouver les moyens de te punir des coups que tu me donnes. Je sais bien qu'une femme a toujours dans les mains de quoi se venger d'un mari; mais c'est une punition trop délicate pour mon pendart. Je veux une vengeance qui se fasse un peu mieux sentir, et ce n'est pas contentement pour l'injure que j'ai reçue.
SCÈNE IV
VALÈRE, LUCAS, MARTINE
Lucas
Parguenne! j'avons pris là tous deux une gueble de commission; et je ne sai pas, moi, ce que je pensons attraper.
Valère
Que veux-tu, mon pauvre nourricier? il faut bien obéir à notre maître; et puis nous avons intérêt l'un et l'autre à la santé de sa fille, notre maîtresse; et sans doute son mariage, différé par sa maladie, nous vaudroit quelque récompense. Horace, qui est libéral, a bonne part aux prétentions qu'on peut avoir sur sa personne, et, quoi-qu'elle ait fait voir de l'amitié pour un certain Léandre, tu sais bien que son père n'a jamais voulu consentir à le recevoir pour son gendre.
Martine,
rêvant à part elle.
Ne puis-je point trouver quelque invention pour me venger?
Lucas
Mais quelle fantaisie s'est-il boutée là dans la tête, puisque les médecins y avont tous pardu leur latin?
Valère
On trouve quelquefois, à force de chercher, ce qu'on ne trouve pas d'abord; et souvent, en de simples lieux…
Martine
Oui, il faut que je m'en venge à quelque prix que ce soit: ces coups de bâton me reviennent au cœur, je ne les saurois digérer, et… (Elle dit tout ceci en rivant, de sorte que, ne prenant pas garde à ces deux hommes, elle les heurte en se retournant, et leur dit:) Ah! Messieurs! je vous demande pardon, je ne vous voyois pas, et cherchois dans ma tête quelque chose qui m'embarrasse.
Valère
Chacun a ses soins dans le monde, et nous cherchons aussi ce que nous voudrions bien trouver.
Martine
Seroit-ce quelque chose où je vous puisse aider?
Valère
Cela se pourroit faire; et nous tâchons de rencontrer quelque habile homme, quelque médecin particulier, qui pût donner quelque soulagement à la fille de notre maître, attaquée d'une maladie qui lui a ôté tout d'un coup l'usage de la langue. Plusieurs médecins ont déjà épuisé toute leur science après elle; mais on trouve parfois des gens avec des secrets admirables, de certains remèdes particuliers, qui font le plus souvent ce que les autres n'ont su faire, et c'est là ce que nous cherchons.
Martine
(Elle dit ces premières lignes bas.)
Ah! que le Ciel m'inspire une admirable invention pour me venger de mon pendart! (Haut.) Vous ne pouviez jamais vous mieux adresser pour rencontrer ce que vous cherchez, et nous avons ici un homme, le plus merveilleux homme du monde, pour les maladies désespérées.
Valère
Et, de grâce, où pouvons-nous le rencontrer?
Martine
Vous le trouverez maintenant vers ce petit lieu que voilà, qui s'amuse à couper du bois.
Lucas
Un médecin qui coupe du bois?
Valère
Qui s'amuse à cueillir des simples, voulez-vous dire?
Martine
Non, c'est un homme extraordinaire, qui se plaît à cela, fantasque, bizarre, quinteux, et que vous ne prendriez jamais pour ce qu'il est. Il va vêtu d'une façon extravagante, affecte quelquefois de paroître ignorant, tient sa science renfermée, et ne fuit rien tant tous les jours que d'exercer les merveilleux talents qu'il a eus du Ciel pour la médecine.
Valère
C'est une chose admirable, que tous les grands hommes ont toujours du caprice, quelque petit grain de folie mêlé à leur science.7
Martine
La folie de celui-ci est plus grande qu'on ne peut croire, car elle va parfois jusqu'à vouloir être battu pour demeurer d'accord de sa capacité; et je vous donne avis que vous n'en viendrez point à bout, qu'il n'avouera jamais qu'il est médecin, s'il se le met en fantaisie, que vous ne preniez chacun un bâton, et ne le réduisiez, à force de coups, à vous confesser à la fin ce qu'il vous cachera d'abord. C'est ainsi que nous en usons quand nous avons besoin de lui.
Valère
Voilà une étrange folie!
Martine
Il est vrai; mais, après cela, vous verrez qu'il fait des merveilles.
Valère
Comment s'appelle-t-il?
Martine
Il s'appelle Sganarelle; mais il est aisé à connoître: c'est un homme qui a une large barbe noire, et qui porte une fraise, avec un habit jaune et vert.8
Lucas
Un habit jaune et vart! C'est donc le médecin des paroquets?
Valère
Mais est-il bien vrai qu'il soit si habile que vous le dites?
Martine
Comment! c'est un homme qui fait des miracles. Il y a six mois qu'une femme fut abandonnée de tous les autres médecins: on la tenoit morte il y avoit déjà six heures, et l'on se disposoit à l'ensevelir, lorsqu'on y fit venir de force l'homme dont nous parlons. Il lui mit, l'ayant vue, une petite goutte de je ne sais quoi dans la bouche, et dans le même instant elle se leva de son lit et se mit aussitôt à se promener dans sa chambre, comme si de rien n'eût été.
Lucas
Ah!
Valère
Il falloit que ce fût quelque goutte d'or potable.9
Martine
Cela pourroit bien être. Il n'y a pas trois semaines encore qu'un jeune enfant de douze ans tomba du haut du clocher en bas, et se brisa sur le pavé la tête, les bras et les jambes. On n'y eut pas plus tôt amené notre homme qu'il le frotta par tout le corps d'un certain onguent qu'il sait faire, et l'enfant aussitôt se leva sur ses pieds et courut jouer à la fossette.10
Lucas
Ah!
Valère
Il faut que cet homme-là ait la médecine universelle.
Martine
Qui en doute?
Lucas
Testigué! velà justement l'homme qu'il nous faut; allons vite le charcher.
Valère
Nous vous remercions du plaisir que vous nous faites.
Martine
Mais souvenez-vous bien au moins de l'avertissement que je vous ai donné.
Lucas
Hé! morguenne! laissez-nous faire; s'il ne tient qu'à battre, la vache est à nous.11
Valère
Nous sommes bien heureux d'avoir fait cette rencontre, et j'en conçois, pour moi, la meilleure espérance du monde.
SCÈNE V
SGANARELLE, VALÈRE, LUCAS
Sganarelle
entre sur le théâtre en chantant et tenant une bouteille
La! la! la!
Valère
J'entends quelqu'un qui chante et qui coupe du bois.
Sganarelle
La! la! la!.. Ma foi, c'est assez travaillé pour un coup: prenons un peu d'haleine. (Il boit, et dit après avoir bu:) Voilà du bois qui est salé comme tous les diables.
Qu'ils sont doux,
Bouteille jolie,
Qu'ils sont doux
Vos petits glou-gloux!
Mais mon sort feroit bien des jaloux
Si vous étiez toujours remplie.
Ah! bouteille, ma mie,
Pourquoi vous videz-vous?
Allons, morbleu! il ne faut point engendrer de mélancolie.
Valère
Le voilà lui-même.
Lucas
Je pense que vous dites vrai, et que j'avons bouté le nez dessus.
Valère
Voyons de près.
Sganarelle,
les apercevant, les regarde en se tournant vers l'un et puis vers l'autre, tt, abaissant sa voix, dit:
Ah! ma petite friponne, que je t'aime, mon petit bouchon!
…Mon sort… feroit… bien des… jaloux,
Si…
Que diable! à qui en veulent ces gens-là?
Valère
C'est lui assurément.
Lucas
Le velà tout craché comme on nous l'a défiguré.
Sganarelle,
à part.
(Ici il pose sa bouteille à terre, et, Valère se baissant pour le saluer, comme il croit que c'est à dessein de la prendre, il la met de l'autre côté; ensuite de quoi, Lucas faisant la même chose, il la reprend et la tient contre son estomac, avec divers gestes qui font un grand jeu de théâtre.)
Ils consultent en me regardant; quel dessein auroient-ils?
Valère
Monsieur, n'est-ce pas vous qui vous appelez Sganarelle?
Sganarelle
Hé! quoi?
Valère
Je vous demande si ce n'est pas vous qui se nomme Sganarelle?
Sganarelle,
se tournant vers Valère, puis vers Lucas
Oui et non, selon ce que vous lui voulez.
Valère
Nous ne voulons que lui faire toutes les civilités que nous pourrons.
Sganarelle
En ce cas, c'est moi qui se nomme Sganarelle.
Valère
Monsieur, nous sommes ravis de vous voir. On nous a adressés à vous pour ce que nous cherchons, t nous venons implorer votre aide, dont nous avons besoin.
Sganarelle
Si c'est quelque chose, Messieurs, qui dépende de mon petit négoce, je suis tout prêt à vous rendre service.
Valère
Monsieur, c'est trop de grâce que vous nous faites. Mais, Monsieur, couvrez-vous, s'il vous plaît, le soleil pourrait vous incommoder.
Lucas
Monsieu, boutez dessus.
Sganarelle, bas
Voici des gens bien pleins de cérémonie.
Valère
Monsieur, il ne faut pas trouver étrange que nous venions à vous: les habiles gens sont toujours recherchés, et nous sommes instruits de votre capacité.
Sganarelle
Il est vrai, Messieurs, que je suis le premier homme du monde pour faire des fagots.
Valère
Ah! Monsieur!..
Sganarelle
Je n'y épargne aucune chose, et les fais d'une façon qu'il n'y a rien à dire.
Valère
Monsieur, ce n'est pas cela dont il est question.
Sganarelle
Mais aussi je les vends cent dix sols le cent.
Valère
Ne parlons point de cela, s'il vous plaît.
Sganarelle
Je vous promets que je ne saurois les donner à moins.
Valère
Monsieur, nous savons les choses.
Sganarelle
Si vous savez les choses, vous savez que je les vends cela.
Valère
Monsieur, c'est se moquer que…
Sganarelle
Je ne me moque point, je n'en puis rien rabattre.
Valère
Parlons d'autre façon, de grâce.
Sganarelle
Vous en pourrez trouver autre part à moins: il y a fagots et fagots;12 mais pour ceux que je fais…
Valère
Hé! Monsieur, laissons là ce discours.
Sganarelle
Je vous jure que vous ne les auriez pas, s'il s'en falloit un double.13
Valère
Hé! fi!
Sganarelle
Non, en conscience, vous en payerez cela. Je vous parle sincèrement, et je ne suis pas homme à surfaire.
Valère
Faut-il, Monsieur, qu'une personne comme vous s'amuse à ces grossières feintes, s'abaisse à parler de la sorte? qu'un homme si savant, un fameux médecin, comme vous êtes, veuille se déguiser aux yeux du monde, et tenir enterrés les beaux talents qu'il a?
Sganarelle,
à part
Il est fou.
Valère
De grâce, Monsieur, ne dissimulez point avec nous.
Sganarelle
Comment?
Lucas
Tout ce tripotage ne sart de rian, je sçavons çen que je sçavons.
Sganarelle
Quoi donc? que me voulez-vous dire? Pour qui me prenez-vous?
Valère
Pour ce que vous êtes, pour un grand médecin.
Sganarelle
Médecin vous-même: je ne le suis point, et ne l'ai jamais été.
Valère,
bas
Voilà sa folie qui le tient. (Haut.) Monsieur, ne veuillez point nier les choses davantage, et n'en venons point, s'il vous plait, à de fâcheuses extrémités.
SGANARELLE.
À quoi donc?
Valère
À de certaines choses dont nous serions marris.
Sganarelle
Parbleu! venez-en à tout ce qu'il vous plaira; je ne suis point médecin, et ne sais ce que vous me voulez dire.
Valère,
bas
Je vois bien qu'il faut se servir du remède. (Haut.) Monsieur, encore un coup, je vous prie d'avouer ce que vous êtes.
Lucas
Et testigué! ne lantiponez point davantage, et confessez à la franquette que v'estes médecin.14
Sganarelle
J'enrage!
Valère
À quoi bon nier ce qu'on sait?
Lucas
Pourquoi toutes ces fraimes-là? à quoi est-ce que ça vous sart?
Sganarelle
Messieurs, en un mot autant qu'en deux mille, je vous dis que je ne suis point médecin.
Valère
Vous n'êtes point médecin?
Sganarelle
Non.
Lucas
V'n'estes pas médecin!
Sganarelle
Non, vous dis-je.
Valère
Puisque vous le voulez, il faut s'y résoudre. (Ils prennent un bâton et le frappent.)
Sganarelle
Ah! ah! ah! Messieurs, je suis tout ce qu'il vous plaira.
Valère
Pourquoi, Monsieur, nous obligez-vous à cette violence?
Lucas
À quoi bon nous bailler la peine de vous battre?
Valère
Je vous assure que j'en ai tous les regrets du monde.
Lucas
Par ma figué! j'en sis fâché, franchement.
Sganarelle
Que diable est-ce ci, Messieurs? De grâce, est-ce pour rire, ou si tous deux vous extravaguez, de vouloir que je sois médecin?
Valère
Quoi! vous ne vous rendez pas encore, et vous vous défendez d'être médecin?
Sganarelle
Diable emporte si je le suis!
Lucas
Il n'est pas vrai qu'ous sayez médecin?
Sganarelle
Non, la peste m'étouffe! (Là, ils recommencent de le battre.) Ah! ah! Eh bien, Messieurs, oui, puisque vous le voulez, je suis médecin, je suis médecin; apothicaire encore, si vous le trouvez bon. (À part.) J'aime mieux consentir à tout que de me faire assommer.
Valère
Ah! voilà qui va bien, Monsieur; je suis ravi de vous voir raisonnable.
Lucas
Vous me boutez la joie au cœur quand je vous voi parler comme ça.
Valère
Je vous demande pardon de toute mon âme.
Lucas
Je vous demandons excuse de la libarté que j'avons prise.
Sganarelle,
à part.
Ouais! seroit-ce bien moi qui me tromperois, et serois-je devenu médecin sans m'en être aperçu?
Valère
Monsieur, vous ne vous repentirez pas de nous montrer ce que vous êtes, et vous verrez assurément que vous en serez satisfait.
Sganarelle
Mais, Messieurs, dites-moi, ne vous trompez-vous point vous-mêmes? Est-il bien assuré que je sois médecin?
Lucas
Oui, par ma figue!
Sganarelle
Tout de bon?
Valère
Sans doute.
Sganarelle
Diable emporte si je le savois!
Valère
Comment! vous êtes le plus habile médecin du monde.
Sganarelle
Ah! ah!
Lucas
Un médecin qui a guari je ne sais combien de maladies.
Sganarelle
Tudieu!
Valère
Une femme étoit tenue pour morte il y avoit six heures; elle étoit prête à ensevelir, lorsqu'avec une goutte de quelque chose vous la fîtes revenir et marcher d'abord par la chambre.
Sganarelle
Peste!
Lucas
Un petit enfant de douze ans se laissit choir du haut d'un clocher, de quoi il eut la tête, les jambes et les bras cassés; et vous, avec je ne sai quel onguent, vous fîtes qu'aussitôt il se relevit sur ses pieds et s'en fut jouer à la fossette.15
Sganarelle
Diantre!
Valère
Enfin, Monsieur, vous aurez contentement avec nous, et vous gagnerez ce que vous voudrez en vous laissant conduire où nous prétendons vous mener.
Sganarelle
Je gagnerai ce que je voudrai?
Valère
Oui.
Sganarelle
Ah! Je suis médecin, sans contredit. Je l'avois oublié, mais je m'en ressouviens. De quoi est-il question? où faut-il se transporter?
Valère
Nous vous conduirons. Il est question d'aller voir une fille qui a perdu la parole.
Sganarelle
Ma foi, je ne l'ai pas trouvée.
Valère
Il aime à rire. Allons, Monsieur.
Sganarelle
Sans une robe de médecin?
Valère
Nous en prendrons une.
Sganarelle,
présentant sa bouteille à Valère. Tenez cela, vous: voilà où je mets mes juleps.
(Puis, se tournant vers Lucas en crachant.) Vous, marchez là-dessus, par ordonnance du médecin.
Lucas
Palsanguenne! velà un médecin qui me plaît. Je pense qu'il réussira, car il est bouffon.
ACTE II
SCÈNE PREMIÈRE
GÉRONTE, VALÈRE, LUCAS, JACQUELINE
Valère
Oui, Monsieur, je crois que vous serez satisfait, et nous vous avons amené le plus grand médecin du monde.
Lucas
Oh! morguenne! il faut tirer l'échelle après ceti-là, et tous les autres ne sont pas daignes de li déchausser ses souillez.
Valère
C'est un homme qui a fait des cures merveilleuses.
Lucas
Qui a gari des gens qui estiant morts.
Valère
Il est un peu capricieux, comme je vous ai dit, et parfois il a des moments où son esprit s'échappe et ne paroît pas ce qu'il est.
Lucas
Oui, il aime à bouffonner, et l'an diroit par fois, ne v's en déplaise, qu'il a quelque petit coup de hache à la tête.
Valère
Mais, dans le fond, il est toute science, et bien souvent il dit des choses tout à fait relevées.
Lucas
Quand il s'y boute, il parle tout fin drait comme s'il lisoit dans un livre.
Valère
Sa réputation s'est déjà répandue ici, et tout le monde vient à lui.
Géronte
Je meurs d'envie de le voir, faites-le moi vite venir.
Valère
Je le vais quérir.
Jacqueline
Par ma fi! Monsieu, ceti-ci fera justement ce qu'ant fait les autres. Je pense que ce sera queussi queumi; et la meilleure médeçaine que l'an pourroit bailler à votre fille, ce seroit, selon moi, un biau et bon mari pour qui allé eût de l'amiquié.
Géronte
Ouais! nourrice, ma mie, vous vous mêlez de bien des choses!
Lucas
Taisez-vous, notre ménagère Jacquelaine: ce n'est pas à vous à bouter là votre nez.
Jacqueline
Je vous dis et vous douze que tous ces médecins n'y feront rian que de l'iau claire, que votre fille a besoin d'autre chose que de ribarbe et desené, et qu'un mari est une emplâtre qui garit tous les maux des filles.
Géronte
Est-elle en état maintenant qu'on s'en voulût charger, avec l'infirmité qu'elle a? Et lorsque j'ai été dans le dessein de la marier, ne s'est-elle pas opposée à mes volontés?
Jacqueline
Je le crois bian! vous li vouilliez bailler eun homme qu'allé n'aime point. Que ne preniais-vous ce monsieu Liandre, qui li touchoit au cœur? Allé auroit été fort obéissante; et je m'en vas gager qu'il la prendroit, li, comme allé est, si vous la li vouillais donner.
Géronte
Ce Léandre n'est pas ce qu'il lui faut: il n'a pas du bien comme l'autre.
Jacqueline
Il a un oncle qui est si riche, dont il est hériquié.
Géronte
Tous ces biens à venir me semblent autant de chansons. Il n'est rien tel que ce qu'on tient, et l'on court grand risque de s'abuser lorsque l'on compte sur le bien qu'un autre vous garde. La mort n'a pas toujours les oreilles ouvertes aux vœux et aux prières de messieurs les héritiers, et l'on a le temps d'avoir les dents longues lorsqu'on attend, pour vivre, le trépas de quelqu'un.
Jacqueline
Enfin, j'ai toujours ouï dire qu'en mariage, comme ailleurs, contentement passe richesse. Les pères et les mères ant cette maudite couteume de demander toujours: «Qu'a-t-il?» et: «Qu'a-t-elle?» Et le compère Piarre a marié sa fille Simonnette au gros Thomas pour un quarquié de vaigne qu'il avoit davantage que le jeune Robin, où allé avoit bouté son amiquié; et velà que la pauvre creiature en est devenue jaune comme eun coing, et n'a point profité tout depuis ce temps-là. C'est un bel exemple pour vous, Monsieu. On n'a que son plaisir en ce monde; et j'aimerois mieux bailler à ma fille un bon mari qui li fût agriable que toutes les rentes de la Biausse.
Géronte
Peste, Madame la nourrice! comme vous dégoisez! Taisez-vous, je vous prie; vous prenez trop de soin, et vous échauffez votre lait.
Lucas
(En disant ceci, il frappe sur la poitrine à Géronte.)
Morgue! tais-toi, t'es eune impartinante. Monsieu n'a que faire de tes discours, et il sait ce qu'il a à faire. Mêle-toi de donner à téter à ton enfant, sans tant faire la raisonneuse. Monsieu est le père de sa fille, et il est bon et sage pour voir ce qu'il li faut.
Géronte
Tout doux! oh! tout doux!
Lucas
Monsieu, je veux un peu la mortifier et li apprendre le respect qu'allé vous doit.
Géronte
Oui; mais ces gestes ne sont pas nécessaires.
SCÈNE II
VALÈRE, SGANARELLE, GÉRONTE, LUCAS, JACQUELINE
Valère
Monsieur, préparez-vous, voici notre médecin qui entre.
Géronte
Monsieur, je suis ravi de vous voir chez moi, et nous avons grand besoin de vous.
Sganarelle,
en robe de médecin, avec un chapeau des plus pointus
Hippocrate dit… que nous nous couvrions tous deux.
Géronte
Hippocrate dit cela?
Sganarelle
Oui.
Géronte
Dans quel chapitre, s'il vous plaît?
Sganarelle
Dans son chapitre des chapeaux.16
Géronte
Puisqu'Hippocrate le dit, il le faut faire.
Sganarelle
Monsieur le médecin, ayant appris les merveilleuses choses…
Géronte
À qui parlez-vous, de grâce?
Sganarelle
À vous.
Géronte
Je ne suis pas médecin.
Sganarelle
Vous n'êtes pas médecin?
Géronte
Non vraiment.
Sganarelle
(Il prend ici un bâton, et le bat comme on l'a battu.)
Tout de bon?
Géronte
Tout de bon. Ah! ah! ah!
Sganarelle
Vous êtes médecin maintenant: je n'ai jamais eu d'autres licences.
Géronte
Quel diable d'homme m'avez-vous là amené?
Valère
Je vous ai bien dit que c'étoit un médecin goguenard.
Géronte
Oui. Mais je l'envoirois promener avec ses goguenarderies.
Lucas
Ne prenez pas garde à ça, Monsieu, ce n'est que pour rire.
Géronte
Cette raillerie ne me plaît pas.
Sganarelle
Monsieur, je vous demande pardon de la liberté que j'ai prise.
Géronte
Monsieur, je suis votre serviteur.
Sganarelle
Je suis fâché…
Géronte
Cela n'est rien.
Sganarelle
Des coups de bâton…
Géronte
Il n'y a pas de mal.
Sganarelle
Que j'ai eu l'honneur de vous donner.
Géronte
Ne parlons plus de cela. Monsieur, j'ai une fille qui est tombée dans une étrange maladie.
Sganarelle
Je suis ravi, Monsieur, que votre fille ait besoin de moi; et je souhaiterois de tout mon cœur que vous en eussiez besoin aussi, vous et toute votre famille, pour vous témoigner l'envie que j'ai de vous servir.
Géronte
Je vous suis obligé de ces sentiments.
Sganarelle
Je vous assure que c'est du meilleur de mon âme que je vous parle.
Géronte
C'est trop d'honneur que vous me faites.
Sganarelle
Comment s'appelle votre fille?
Géronte
Lucinde.
Sganarelle
Lucinde! Ah! beau nom à médicamenter! Lucinde!
Géronte
Je m'en vais voir un peu ce qu'elle fait.
Sganarelle
Qui est cette grande femme-là?
Géronte
C'est la nourrice d'un petit enfant que j'ai.
Sganarelle
Peste! le joli meuble que voilà! Ah! nourrice, charmante nourrice, ma médecine est la très humble esclave de votre nourricerie, et je voudrois bien être le petit poupon fortuné qui tétât le lait (il lui porte la main sur le sein) de vos bonnes grâces. Tous mes remèdes, toute ma science, toute ma capacité est à votre service, et…
Lucas
Avec votre parmission, Monsieu le médecin, laissez là ma femme, je vous prie.
Sganarelle
Quoi! est-elle votre femme?
Lucas
Oui.
Sganarelle
(Il fait semblant d'embrasser Lucas, et, se tournant du côté de la nourrice, il l'embrasse.)
Ah! vraiment, je ne savois pas cela, et je m'en réjouis pour l'amour de l'on et de l'antre.
Lucas
en le tirant.
Tout doucement, s'il vous plaît.
Sganarelle
Je vous assure que je suis ravi que vous soyez unis ensemble. Je la félicite d'avoir (il fait encore semblant d'embrasser Lucas, et, passant dessous ses bras, se jette au col de sa femme) un mari comme vous; et je vous félicite, vous, d'avoir une femme si belle, si sage, et si bien faite comme elle est.
Lucas
en le tirant encore
Eh! testigué! point tant de compliment, je vous supplie.
Sganarelle
Ne voulez-vous pas que je me réjouisse avec vous d'un si bel assemblage?
Lucas
Avec moi, tant qu'il vous plaira; mais avec ma femme, trêve de sarimonie.
Sganarelle
Je prends part également au bonheur de tous deux, et (il continue le mime jeu), si je vous embrasse pour vous en témoigner ma joie, je l'embrasse de même pour lui en témoigner aussi.
Lucas
en le tirant derechef
Ah! vartigué, Monsieu le médecin, que de lantiponages!
SCÈNE III
SGANARELLE, GÉRONTE, LUCAS, JACQUELINE
Géronte
Monsieur, voici tout à l'heure ma fille qu'on va vous amener.
Sganarelle
Je l'attends, Monsieur, avec toute la médecine.
Géronte
Où est-elle?
Sganarelle,
se touchant le front
Là dedans.
Géronte
Fort bien.
Sganarelle,
en voulant toucher les tétons de la nourrice
Mais, comme je m'intéresse à toute votre famille, il faut que j'essaye un peu le lait de votre nourrice et que je visite son sein.
Lucas
le tirant et lui faisant faire la pirouette
Nanin, nanin, je n'avons que faire de ça.
Sganarelle
C'est l'office du médecin de voir les tétons des nourrices.
Lucas
Il gnia office qui quienne, je sis votte sarviteur.
Sganarelle
As-tu bien la hardiesse de t'opposer au médecin? Hors de là!
Lucas
Je me moque de ça.
Sganarelle,
en le regardant de travers
Je te donnerai la fièvre.
Jacqueline,
prenant Lucas par le bras et lui faisant aussi faire la pirouette
Ote-toi de là aussi. Est-ce que je ne sis pas assez grande pour me défendre moi-même, s'il me fait queuque chose qui ne soit pas à faire?
Lucas
Je ne veux pas qu'il te tâte, moi.
Sganarelle
Fi, le vilain, qui est jaloux de sa femme!
Géronte
Voici ma fille.
SCÈNE IV
LUCINDE, VALÈRE, GÉRONTE, LUCAS, SGANARELLE, JACQUELINE
Sganarelle
Est-ce là la malade?
Géronte
Oui, je n'ai qu'elle de fille, et j'aurois tous les regrets du monde si elle venoit à mourir.
Sganarelle
Qu'elle s'en garde bien! il ne faut pas qu'elle meure sans l'ordonnance du médecin.
Géronte
Allons, un siège.
Sganarelle
Voilà une malade qui n'est pas tant dégoûtante, et je tiens qu'un homme bien sain s'en accommoderoit assez.
Géronte
Vous l'avez fait rire, Monsieur.
Sganarelle
Tant mieux: lorsque le médecin fait rire le malade, c'est le meilleur signe du monde. Eh bien, de quoi est-il question? qu'avez-vous? quel est le mal que vous sentez?
Lucinde,
répond par signes, en portant sa main à sa bouche, à sa tête et sous son menton
Han, hi, hom, han.
Sganarelle
Eh! que dites-vous?
Lucinde
continue les mêmes gestes
Han, hi, hom, han, han, hi, hom.
Sganarelle
Quoi?
Lucinde
Han, hi, hom!
Sganarelle,
la contrefaisant
Han, hi, hom, han, ha. Je ne vous entends point. Quel diable de langage est-ce là?
Géronte
Monsieur, c'est là sa maladie. Elle est devenue muette, sans que jusques ici on en ait pu savoir la cause; et c'est un accident qui a fait reculer son mariage.
Sganarelle
Et pourquoi?
Géronte
Celui qu'elle doit épouser veut attendre sa guérison pour conclure les choses.
Sganarelle
Et qui est ce sot-là qui ne veut pas que sa femme soit muette? Plût à Dieu que la mienne eût cette maladie! je me garderais bien de la vouloir guérir.
Géronte
Enfin, Monsieur, nous vous prions d'employer tous vos soins pour la soulager de son mal.
Sganarelle
Ah! ne vous mettez pas en peine. Dites-moi un peu, ce mal l'oppresse-t-il beaucoup?
Géronte
Oui, Monsieur.
Sganarelle
Tant mieux. Sent-elle de grandes douleurs?
Géronte
Fort grandes.
Sganarelle
C'est fort bien fait. Va-t-elle où vous savez?
Géronte
Oui.
Sganarelle
Copieusement?
Géronte
Je n'entends rien à cela.
Sganarelle
La matière est-elle louable?
Géronte
Je ne me connois pas à ces choses.
Sganarelle,
se tournant vers la malade
Donnez-moi votre bras. Voilà un pouls qui marque que votre fille est muette.
Géronte
Eh! oui, Monsieur, c'est là son mal; vous l'avez trouvé tout du premier coup.
Sganarelle
Ah! ah!
Jacqueline
Voyez comme il a deviné sa maladie!
Sganarelle
Nous autres grands médecins, nous connoissons d'abord les choses. Un ignorant auroit été embarrassé, et vous eût été dire: c'est ceci, c'est cela; mais, moi, je touche au but du premier coup, et je vous apprends que votre fille est muette.
Géronte
Oui; mais je voudrois bien que vous me pussiez dire d'où cela vient?
Sganarelle
Il n'est rien de plus aisé. Cela vient de ce qu'elle a perdu la parole.
Géronte
Fort bien; mais la cause, s'il vous plait, qui fait qu'elle a perdu la parole?
Sganarelle
Tous nos meilleurs auteurs vous diront que c'est l'empêchement de l'action de sa langue.
Géronte
Mais encore, vos sentiments sur cet empêchement de l'action de sa langue?
Sganarelle
Aristote là-dessus dit… de fort belles choses.
Géronte
Je le crois.
Sganarelle
Ah! c'étoit un grand homme!
Géronte
Sans doute.
Sganarelle,
levant son bras depuis le coude
Grand homme tout à fait, un homme qui étoit plus grand que moi de tout cela. Pour revenir donc à notre raisonnement, je tiens que cet empêchement de l'action de sa langue est causé par de certaines humeurs, qu'entre nous autres savants nous appelons humeurs peccantes; peccantes, c'est-à-dire… humeurs peccantes: d'autant que les vapeurs formées par les exhalaisons des influences qui s'élèvent dans la région des maladies, venant… pour ainsi dire… à… Entendez-vous le latin?
Géronte
En aucune façon..
Sganarelle,
se levant avec étonnement
Vous n'entendez point le latin!
Géronte
Non.
Sganarelle,
en faisant diverses plaisantes postures.
Cabricias, arci thuram, catalamus, singulariter, nominativo, hæc Musa, «la Muse»; bonus, bona, bonum; Deus sanctus, estne oratio latinas? Etiam, «oui.» Quare? «pourquoi?» Quia substantivo et adjectivum concordat in generi, numerum et casus.17
Géronte
Ah! que n'ai-je étudié!
Jacqueline
L'habile homme que velà!
Lucas
Oui, ça est si biau que je n'y entends goutte.
Sganarelle
Or, ces vapeurs dont je vous parle venant à passer du côté gauche, où est le foie, au côté droit, où est le cœur, il se trouve que le poumon, que nous appelons en latin armyan, ayant communication avec le cerveau, que nous nommons en grec nasmus, par le moyen de la veine cave, que nous appelons en hébreu cubile, rencontre en son chemin lesdites vapeurs qui remplissent les ventricules de l'omoplate; et parce que lesdites vapeurs… comprenez bien ce raisonnement, je vous prie; et parce que lesdites vapeurs ont une certaine malignité… écoutez bien ceci, je vous conjure.
Géronte
Oui.
Sganarelle
Ont une certaine malignité qui est causée… soyez attentif, s'il vous plaît.
Géronte
Je le suis.
Sganarelle
Qui est causée par l'âcreté des humeurs engendrées dans la concavité du diaphragme, il arrive que ces vapeurs… Ossabandus, nequeys, nequer, potarinum, quipsa milus. Voilà justement ce qui fait que votre fille est muette.
Jacqueline
Ah! que ça est bian dit, notte homme!
Lucas
Que n'ai-je la langue aussi bian pendue!
Géronte
On ne peut pas mieux raisonner, sans doute. Il n'y a qu'une seule chose qui m'a choqué, c'est l'endroit du foie et du cœur. Il me semble que vous les placez autrement qu'ils ne sont; que le cœur est du côté gauche, et le foie du côté droit.
Sganarelle
Oui, cela étoit autrefois ainsi; mais nous avons changé tout cela, et nous faisons maintenant la médecine d'une méthode toute nouvelle.18
Géronte
C'est ce que je ne savois pas, et je vous demande pardon de mon ignorance.
Sganarelle
Il n'y a point de mal, et vous n'êtes pas obligé d'être aussi habile que nous.
Géronte
Assurément. Mais, Monsieur, que croyez-vous qu'il faille faire à cette maladie?
Sganarelle
Ce que je crois qu'il faille faire?
Géronte
Oui.
Sganarelle
Mon avis est qu'on la remette sur son lit, et qu'on lui fasse prendre pour remède quantité de pain trempé dans du vin.
Géronte
Pourquoi cela, Monsieur?
Sganarelle
Parce qu'il y a dans le vin et le pain mêlés ensemble une vertu sympathique qui fait parler. Ne voyez-vous pas bien qu'on ne donne autre chose aux perroquets, et qu'ils apprennent à parler en mangeant de cela?
Géronte
Cela est vrai. Ah! le grand homme! Vite, quantité de pain et de vin!
Sganarelle
Je reviendrai voir, sur le soir, en quel état elle, sera. (À la nourrice.) Doucement, vous. Monsieur, voilà une nourrice à laquelle il faut que je fasse quelques petits remèdes.
Jacqueline
Qui? moi? Je me porte le mieux du monde.
Sganarelle
Tant pis, nourrice, tant pis. Cette grande santé est à craindre, et il ne sera pas mauvais de vous faire quelque petite saignée amiable, de vous donner quelque petit clistère dulcifiant.
Géronte
Mais, Monsieur, voilà une mode que je ne comprends point. Pourquoi s'aller faire saigner quand on n'a point de maladie?
Sganarelle
Il n'importe, la mode en est salutaire; et, comme on boit pour la soif à venir, il faut se faire aussi saigner pour la maladie à venir.
Jacqueline, en se retirant
Ma fi! je me moque de ça, et je ne veux point faire de mon corps une boutique d'apothicaire.
Sganarelle
Vous êtes rétive aux remèdes, mais nous saurons vous soumettre à la raison. (Parlant à Géronte.) Je vous donne le bonjour.
Géronte
Attendez un peu, s'il vous plaît.
Sganarelle
Que voulez-vous faire?
Géronte
Vous donner de l'argent, Monsieur.
Sganarelle,
tendant sa main derrière, par-dessous sa robe, tandis que Géronte ouvre sa bourse.
Je n'en prendrai pas, Monsieur.
Géronte
Monsieur…
Sganarelle
Point du tout.
Géronte
Un petit moment.
Sganarelle
En aucune façon.
Géronte
De grâce!
Sganarelle
Vous vous moquez.
Géronte
Voilà qui est fait.
Sganarelle
Je n'en ferai rien.
Géronte
Hé!
Sganarelle
Ce n'est pas l'argent qui me fait agir.
Géronte
Je le crois.
Sganarelle,
après avoir pris l'argent
Cela est-il de poids?
Géronte
Oui, Monsieur.
Sganarelle
Je ne suis pas un médecin mercenaire.
Géronte
Je le sais bien.
Sganarelle
L'intérêt ne me gouverne point.
Géronte
Je n'ai pas cette pensée.
SCÈNE V
SGANARELLE, LÉANDRE
Sganarelle,
regardant son argent
Ma foi, cela ne va pas mal, et pourvu que…
Léandre
Monsieur, il y a longtemps que je vous attends, et je viens implorer votre assistance.
Sganarelle,
lui prenant le poignet
Voilà un pouls qui est fort mauvais.
Léandre
Je ne suis point malade, Monsieur, et ce n'est pas pour cela que je viens à vous.
Sganarelle
Si vous n'êtes pas malade, que diable ne le dites-vous donc?
Léandre
Non. Pour vous dire la chose en deux mots, je m'appelle Léandre, qui suis amoureux de Lucinde, que vous venez de visiter; et, comme, par la mauvaise humeur de son père, toute sorte d'accès m'est fermé auprès d'elle, je me hasarde à vous prier de vouloir servir mon amour, et de me donner lieu d'exécuter un stratagème que j'ai trouvé pour lui pouvoir dire deux mots d'où dépendent absolument mon bonheur et ma vie.
Sganarelle,
paroissant en colère
Pour qui me prenez-vous? Comment! oser vous adresser à moi pour vous servir dans votre amour, et vouloir ravaler la dignité de médecin à des emplois de cette nature!
Léandre
Monsieur, ne faites point de bruit.
Sganarelle,
en le faisant reculer
J'en veux faire, moi. Vous êtes un impertinent.
Léandre
Hé! Monsieur, doucement.
Sganarelle
Un malavisé.
Léandre
De grâce!
Sganarelle
Je vous apprendrai que je ne suis point homme à cela, et que c'est une insolence extrême…
Léandre,
tirant une bourse qu'il lui donne
Monsieur!
Sganarelle,
tenant la bourse
De vouloir m'employer… Je ne parle pas pour vous, car vous êtes honnête homme, et je serois ravi de vous rendre service. Mais il y a de certains impertinents au monde qui viennent prendre les gens pour ce qu'ils ne sont pas, et je vous avoue que cela me met en colère.
Léandre
Je vous demande pardon, Monsieur, de la liberté que…
Sganarelle
Vous vous moquez! De quoi est-il question?
Léandre
Vous saurez donc, Monsieur, que cette maladie que vous voulez guérir est une feinte maladie. Les médecins ont raisonné là-dessus comme il faut, et ils n'ont pas manqué de dire que cela procédoit, qui du cerveau, qui des entrailles, qui de la rate, qui du foie. Mais il est certain que l'amour en est la véritable cause, et que Lucinde n'a trouvé cette maladie que pour se délivrer d'un mariage dont elle étoit importunée. Mais de crainte qu'on ne nous voie ensemble, retirons-nous d'ici, et je vous dirai en marchant ce que je souhaite de vous.
Sganarelle
Allons, Monsieur: vous m'avez donné pour votre amour une tendresse qui n'est pas concevable, et j'y perdrai toute ma médecine: ou la malade crèvera, ou bien elle sera à vous.
On trouve d'ailleurs le sujet du «Médecin par force» dans les fragments de Jacques de Vitry, évéque de Tusculum, dans une Relation de Grotius, et aussi dans le Voyage en Moscova et en Perse d'Adam Olearius (Œlschlager) que venait de traduire M. de Wicquefort en 1656.
ACTE PREMIER
[Закрыть]
5, 19. J'en bois une partie. V. la Comédie des Proverbes (1633): «Ils ont la mine de ne manger pas tout leur bien, ils en boivent une bonne partie.» (Acte II, sc. iii.)
– 24. C'est vivre de ménage. On lit dans la Vengeance des Femmes, d'Etienne Denise (1557):
– 24. C'est vivre de ménage. On lit dans la Vengeance des Femmes, d'Etienne Denise (1557):
Nous avons vu tant de bons ménagersPour chopiner se mettre en grands dangers,Vendre joyaux, mettre bagua en gage;Eh bien! cela, c'est vivre de ménage. «Tu m'appelles ivrogne? dira plus tard Tabarin. Y a-t-il homme qui vive plus de ménage que moi? – Vraiment oui, répond Francisquine, vous vivez de ménage: toute notre vaisselle est engagée! Maudite soit l'heure que je vous vis jamais!»
Citons encore les Contens et Mécontens sur le sujet du temps (1649):
«Je connoit un graveur qui, n'ayant du pain, est réduit à vendre tes meubles pièce à pièce. – C'est le moyen de vivre de minage», répliquai-je.
Chevalier s'est souvenu de ce jeu de mots dans son Intrigue des Carrosses à cinq sols, qui n'est que de quatre ans l'aînée du Médecin malgré lui:
Diable! quel ménager! On voit sur son visageQu'il vendra tout dans peu pour vivre de minage. Voir enfin dans les Nouveaux Contes pouf rire (Cologne, 1722, I, 72) le chapitre intitulé: «Ce que c'est que vivre de ménage.»
17, 20. Quelque petit grain de folie mêlé à leur science «Nullum magnum ingenium sine mixtura dementiæ.» (Sénèque, De la tranquillité de l'âme, d'après Aristote, Problèmes, xxx, i.) Diderot en fait un proverbe sous la forme suivante: «Il n'y a point de grands esprits sans un grain de folle (le Neveu de Rameau, édition de la Bibliothèque Elzévirienne, 1891, p. 13.)
18, 15. Fraise, habit jaune et vert. Le costume complet du fagotier est ainsi décrit dans l'inventaire dressé après la mort de Molière: «Pourpoint, haut-de-chausses, col, ceinture, fraise et bas de laine et escarcelle, le tout de serge jaune, garni de padou vert.
19, 9. Or potable. Prétendue panacée universelle dont il est déjà question du temps de Louis XI, sous le nom d'aurum potabile, et dans laquelle il entrait du chlorure d'or, qui est soluble.
– 12. Un jeune enfant de douze ans. Lemazurier, qui, l'année même où il fut nommé secrétaire-archiviste du Théâtre-Français, publia sa Récolte de l'Hermite (Paris, Chaumerot, 1813), y rappelle, à la page 152, une légende que Molière a pu recueillir pendant ses séjours dans le Midi: Un petit garçon, étant monté sur une des tours du palais des Papes, à Avignon, pour dénicher des oiseaux, se laissa tomber du haut en bas et fut mis en pièces. Sa mère ramassa les membres fracturés de cet enfant, les mit dans un sac et les porta sur le tombeau du cardinal Pierre de Luxembourg, mort en 1387 et enterré dans l'église des Célestins. «Pendant qu'elle était en prières, on vit remuer le sac et sortir l'enfant, qui d'abord demanda où était son nid d'oiseaux.»
19, 18. Jouer à la fossette. Sorte de jeu, aussi appelé bloquette, auquel les enfants s'amusent arec des noyaux, des chiques ou des billes.
20, 9. La vache est à nous. On trouve cette expression dans l'Amant indiscret, de Quinault, imprimé en 1656.
24, 17. Il y a fagots et fagots. Sur cette expression, de venue proverbiale, voir dans le Moliériste un ingénieux et spirituel article de M. Éd. Thierry (1, p. 11 à 14), 1879.
25, 5. Un double, c'est-à-dire un double denier, ou la sixième partie d'un sou.
26, 17. Lantiponer, mot populaire qui signifie lanterner, tenir des discours frivoles, inutiles et interminables. V. à la page 43, l. 2, le mot lantiponage.
18, 15. Fraise, habit jaune et vert. Le costume complet du fagotier est ainsi décrit dans l'inventaire dressé après la mort de Molière: «Pourpoint, haut-de-chausses, col, ceinture, fraise et bas de laine et escarcelle, le tout de serge jaune, garni de padou vert.
19, 9. Or potable. Prétendue panacée universelle dont il est déjà question du temps de Louis XI, sous le nom d'aurum potabile, et dans laquelle il entrait du chlorure d'or, qui est soluble.
– 12. Un jeune enfant de douze ans. Lemazurier, qui, l'année même où il fut nommé secrétaire-archiviste du Théâtre-Français, publia sa Récolte de l'Hermite (Paris, Chaumerot, 1813), y rappelle, à la page 152, une légende que Molière a pu recueillir pendant ses séjours dans le Midi: Un petit garçon, étant monté sur une des tours du palais des Papes, à Avignon, pour dénicher des oiseaux, se laissa tomber du haut en bas et fut mis en pièces. Sa mère ramassa les membres fracturés de cet enfant, les mit dans un sac et les porta sur le tombeau du cardinal Pierre de Luxembourg, mort en 1387 et enterré dans l'église des Célestins. «Pendant qu'elle était en prières, on vit remuer le sac et sortir l'enfant, qui d'abord demanda où était son nid d'oiseaux.»
19, 18. Jouer à la fossette. Sorte de jeu, aussi appelé bloquette, auquel les enfants s'amusent arec des noyaux, des chiques ou des billes.
20, 9. La vache est à nous. On trouve cette expression dans l'Amant indiscret, de Quinault, imprimé en 1656.
24, 17. Il y a fagots et fagots. Sur cette expression, de venue proverbiale, voir dans le Moliériste un ingénieux et spirituel article de M. Éd. Thierry (1, p. 11 à 14), 1879.
25, 5. Un double, c'est-à-dire un double denier, ou la sixième partie d'un sou.
26, 17. Lantiponer, mot populaire qui signifie lanterner, tenir des discours frivoles, inutiles et interminables. V. à la page 43, l. 2, le mot lantiponage.
19, 9. Or potable. Prétendue panacée universelle dont il est déjà question du temps de Louis XI, sous le nom d'aurum potabile, et dans laquelle il entrait du chlorure d'or, qui est soluble.
– 12. Un jeune enfant de douze ans. Lemazurier, qui, l'année même où il fut nommé secrétaire-archiviste du Théâtre-Français, publia sa Récolte de l'Hermite (Paris, Chaumerot, 1813), y rappelle, à la page 152, une légende que Molière a pu recueillir pendant ses séjours dans le Midi: Un petit garçon, étant monté sur une des tours du palais des Papes, à Avignon, pour dénicher des oiseaux, se laissa tomber du haut en bas et fut mis en pièces. Sa mère ramassa les membres fracturés de cet enfant, les mit dans un sac et les porta sur le tombeau du cardinal Pierre de Luxembourg, mort en 1387 et enterré dans l'église des Célestins. «Pendant qu'elle était en prières, on vit remuer le sac et sortir l'enfant, qui d'abord demanda où était son nid d'oiseaux.»
19, 18. Jouer à la fossette. Sorte de jeu, aussi appelé bloquette, auquel les enfants s'amusent arec des noyaux, des chiques ou des billes.
20, 9. La vache est à nous. On trouve cette expression dans l'Amant indiscret, de Quinault, imprimé en 1656.
24, 17. Il y a fagots et fagots. Sur cette expression, de venue proverbiale, voir dans le Moliériste un ingénieux et spirituel article de M. Éd. Thierry (1, p. 11 à 14), 1879.
25, 5. Un double, c'est-à-dire un double denier, ou la sixième partie d'un sou.
26, 17. Lantiponer, mot populaire qui signifie lanterner, tenir des discours frivoles, inutiles et interminables. V. à la page 43, l. 2, le mot lantiponage.
– 12. Un jeune enfant de douze ans. Lemazurier, qui, l'année même où il fut nommé secrétaire-archiviste du Théâtre-Français, publia sa Récolte de l'Hermite (Paris, Chaumerot, 1813), y rappelle, à la page 152, une légende que Molière a pu recueillir pendant ses séjours dans le Midi: Un petit garçon, étant monté sur une des tours du palais des Papes, à Avignon, pour dénicher des oiseaux, se laissa tomber du haut en bas et fut mis en pièces. Sa mère ramassa les membres fracturés de cet enfant, les mit dans un sac et les porta sur le tombeau du cardinal Pierre de Luxembourg, mort en 1387 et enterré dans l'église des Célestins. «Pendant qu'elle était en prières, on vit remuer le sac et sortir l'enfant, qui d'abord demanda où était son nid d'oiseaux.»
19, 18. Jouer à la fossette. Sorte de jeu, aussi appelé bloquette, auquel les enfants s'amusent arec des noyaux, des chiques ou des billes.
20, 9. La vache est à nous. On trouve cette expression dans l'Amant indiscret, de Quinault, imprimé en 1656.
24, 17. Il y a fagots et fagots. Sur cette expression, de venue proverbiale, voir dans le Moliériste un ingénieux et spirituel article de M. Éd. Thierry (1, p. 11 à 14), 1879.
25, 5. Un double, c'est-à-dire un double denier, ou la sixième partie d'un sou.
26, 17. Lantiponer, mot populaire qui signifie lanterner, tenir des discours frivoles, inutiles et interminables. V. à la page 43, l. 2, le mot lantiponage.
19, 18. Jouer à la fossette. Sorte de jeu, aussi appelé bloquette, auquel les enfants s'amusent arec des noyaux, des chiques ou des billes.
20, 9. La vache est à nous. On trouve cette expression dans l'Amant indiscret, de Quinault, imprimé en 1656.
24, 17. Il y a fagots et fagots. Sur cette expression, de venue proverbiale, voir dans le Moliériste un ingénieux et spirituel article de M. Éd. Thierry (1, p. 11 à 14), 1879.
25, 5. Un double, c'est-à-dire un double denier, ou la sixième partie d'un sou.
26, 17. Lantiponer, mot populaire qui signifie lanterner, tenir des discours frivoles, inutiles et interminables. V. à la page 43, l. 2, le mot lantiponage.
24, 17. Il y a fagots et fagots. Sur cette expression, de venue proverbiale, voir dans le Moliériste un ingénieux et spirituel article de M. Éd. Thierry (1, p. 11 à 14), 1879.
25, 5. Un double, c'est-à-dire un double denier, ou la sixième partie d'un sou.
26, 17. Lantiponer, mot populaire qui signifie lanterner, tenir des discours frivoles, inutiles et interminables. V. à la page 43, l. 2, le mot lantiponage.
25, 5. Un double, c'est-à-dire un double denier, ou la sixième partie d'un sou.
26, 17. Lantiponer, mot populaire qui signifie lanterner, tenir des discours frivoles, inutiles et interminables. V. à la page 43, l. 2, le mot lantiponage.
26, 17. Lantiponer, mot populaire qui signifie lanterner, tenir des discours frivoles, inutiles et interminables. V. à la page 43, l. 2, le mot lantiponage.
26, 17. Lantiponer, mot populaire qui signifie lanterner, tenir des discours frivoles, inutiles et interminables. V. à la page 43, l. 2, le mot lantiponage.
ACTE DEUXIEME
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20, 9. La vache est à nous. On trouve cette expression dans l'Amant indiscret, de Quinault, imprimé en 1656.
24, 17. Il y a fagots et fagots. Sur cette expression, de venue proverbiale, voir dans le Moliériste un ingénieux et spirituel article de M. Éd. Thierry (1, p. 11 à 14), 1879.
25, 5. Un double, c'est-à-dire un double denier, ou la sixième partie d'un sou.
26, 17. Lantiponer, mot populaire qui signifie lanterner, tenir des discours frivoles, inutiles et interminables. V. à la page 43, l. 2, le mot lantiponage.
On trouve le même genre de facétie dans les Fanfares et courvées abbadesques des Roule Bontemps (1613):
«Galien et Aristote, au livre des Grosses et grasses. Cicéron, au livre V de sa Divination, section i, Du fromage a 24 sous la livre.»
Et encore, dans le Nouveau Recueil de Farces françaises de Picot et Nyrop, p. 191:
Ces paroles, on trouveraAu livre des tripes d'un veau.Capitula plein d'herbe verde. Deux ans après le Médecin, l'Intimé dira dans les Plaideurs:
De vi, paragrapho. Messieurs, Caponibus.
V. aussi la Sœur, comédie de Rotrou, acte III, sc. v.
51, 25. Nous avons changé tout cela. Voir deux articles du Moliériste: l'Abbé de Monligny et Grosley (t. III, p. 205-307), et Foie à gauche, cœur à droite (t. V, p. 119-121), ainsi que les Mémoires de Guy-Joly, Rotterdam, 1718 (t. I, p. 115-116).
ACTE TROISIEME
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