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Ivan-Léon Blanchot

Les Bijoux anciens

Ouvrage illustré


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066333867

Table des matières

TABLE DES GRAVURES HORS TEXTE

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

VOCABULAIRE DES TERMES TECHNIQUES

INDEX DES NOMS DE BIJOUTIERS

INDEX DES NOMS DE COLLECTIONNEURS

INTRODUCTION

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

CHAPITRE VI

CHAPITRE VII

CHAPITRE VIII


Tous droits de traduction, de reproduction, d’adaptation et de représentation réservés pour tous pays, y compris la Russie (U. R. S. S.).

Copyright 1929 by Les Éditions Pittoresques à Paris.

TABLE DES GRAVURES HORS TEXTE

Table des matières

I. — Amours bijoutiers. — Buste gréco-phénicien.

II. — Croix en argent fondu. — Rosaire en agate. — Triptyque-médaillon. — Montre en forme de croix.

III. — Bas-relief indo-chinois. — Fresque de Pompéi. — Couvercle de sarcophage étrusque.

IV. — Bijoux en filigrane. — Bijoux en granulé. — Bijoux en argent fondu.

V. — Amulettes diverses.

VI. — Boucles et anneau d’oreilles.

VII. — Couronne impériale du XIe siècle. Vienne (Autriche).

VIII. — Boucles grecques, italiennes,mérovingiennes, gréco-romaines.

IX. — Torques phénicien, colliers grec, égyptien, phénicien, hindou.

X. — Dame grecque d’Orient vers le ive siècle p. C.

XI. — Boucles de ceinturon et de ceintures diverses. XII. — Saint Sébastien paré d’un riche ceinturon.

XIII. — Éléments de colliers en filigrane d’or. — Pendants d’oreille.

XIV. — Femme fellah, d’après Prisse d’Avesnes.

XV. — Bracelet et torques gaulois. — Broches franques. — Fibules mérovingiennes.

XVI. — Femme bédouine.

XVII. — Statue de sainte (Allemagne, XVe siècle).

XVIII. — Bagues diverses.

XIX. — Portrait d’Éléonore d’Autriche, reine de France.

XX. — Camées antiques. — Broche et applique (Bas Empire).

XXI. — François, duc d’Alençon, portrait par Clouet, XVIe siècle.

XXII. — Portrait de jeune femme par J.-B. Isabey, 1798.

XXIII. — Pectoral, colliers et ornement égyptiens.

XXIV. — Bijoux mycéniens en or.

XXV. — Collier romain. — Agrafe et fibules archaïques. — Épingles de vêtement.

XXVI. — Collier et couvre-oreilles grecs.

XXVII. — L’impératrice Théodora coiffée d’un diadème.

XXVIII. — Portrait d’une dame de qualité, XVIIIe siècle,

XXIX. — Pendentifs des XVIe et XVIIe siècles.

XXX. — Croix et montres diverses (France, Espagne, Italie).

XXXI. — Agrafe, fibules, pendants et boucles d’oreilles, applique de vêtement, pendeloques.

XXXII. — Portrait de femme, par B. de Bruger.

XXXIII. — Dessins de joaillerie, de J. Bourguet, XVIIIe s.

XXXIV. — Couronne votive d’un roi visigoth. — Broches visigothes et burgondes.

XXXV. — Élisabethd’Autriche, d’après Clouet (Louvre).

XXXVI. — Collier, pendentifs, médaillon (Allemagne, Italie, Espagne).

XXXVII. — Pendentifs, reliquaire, montres (Italie, Allemagne, France).

XXXVIII. — Ceinture et boucle (Allemagne). — Médaillon or et pendant or (Espagne).

XXXIX. — Dessins de joaillerie. Restauration.

XL. — Marie Leczinska, reine de France, par Van Loo.

XLI. — Colliers, pendants, boucles et boutons d’oreilles.

XLII. — Pendentifs en or émaillé et perles baroques.

XLIII. — Ceinture, bracelets, bagues, agrafes.

XLIV. — Colliers hindous, tresse d’or, pendentif, pendants d’oreilles, boutons, médaillon.

XLV. — Ceintures, colliers et plaque en or.

XLVI. — Portrait de Mme de Tangry et ses filles.

XLVII. — Bijoux algériens.

XLVIII. — Parure de l’époque romantique.

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

Table des matières

Le lecteur curieux d’étudier particulièrement une technique, une époque ou une catégorie de bijoux, pourra trouver des renseignements dans les ouvrages suivants:

GÉNÉRALITÉS

A. BABEL. Histoire corporative de l’horlogerie, orfèvrerie et des industries annexes. Genève, 1916.

FALIZE. Les Bijoux de jadis et d’aujourd’hui.

FONTENAY. Bijoux anciens et modernes. Paris, 1887.

ROGER MILÈS. La Bijouterie. Paris, 1895.

TECHNIQUE

BLUMMER. Scenen der Handwerker (s. 1. n. d.).

PLACIDE BOUÉ. Traité d’orfèvrerie, bijouterie et joaillerie. Paris, 1832.

CASTELLANI (A.), Dell’orificeria antica. Firenze, 1862.

BENVENUTO CELLINI. Traité de l’orfèvrerie. Trad. Piot. Paris, 1843.

MOLINIER (Émile). Les Arts du métal. Paris, s. d.

ROSSIGNOL (Jean-P.). Mémoire sur le métal que les anciens appelaient aurichalque. Paris, 1852.

DE LA VINCELLE (Grivaud). Arts et métiers des anciens représentés par les monuments, etc. Paris, 1819.

VOLHARDT (Docteur J.). Zur Geschichte der Metalle. Leipzig, 1897.

ÉGYPTE ET CIVILISATIONS ÉGÉENNES

CAPART (Jean) L’Art de la parure féminine dans l’ancienne Égypte. Bruxelles, 1927.

FLINDERS-PETRIE (W. M.). The Arts and Crafts of Ancient Egypt. London, 1909.

GAYET. Notice relative aux objets recueillis à Antinoë. Paris, 1903.

MYER (Isaac). Scarabs. History, manufacture and religious symbolism. Paris, 1904.

VERNIER (Émile). La Bijouterie et la joaillerie égyptiennes. Le Caire, 1907.

ORIENT ANTIQUE

MILLOUÉ. Petit Guide du Musée Guimet. Paris, 1897.

DE RIDDER. Catalogue sommaire des bijoux antiques du Musée du Louvre. Paris, 1924.

SALZMANN (A.). Bijoux phéniciens trouvés dans la nécropole de Camiros. Paris, 1863.

GRÈCE-ROME-BYZANCE

COHAUSEN (A. von). R6mischer Schmelzschmück. Ein Beitrag zur Kentniss der antiken Kunstgewerblichen Technik. Wiesbaden, 1873.

DELOCHE. Le port des anneaux dans l’antiquité romaine et les premiers siècles du moyen âge. Paris, 1896.

DEBO (Paul). Alte Ringe. Pforzheim, 1923.

EBERSOLT. Les arts somptuaires de Byzance. Paris, 1923.

FICORONI (F. de). La Bolla d’oro dei fanciulli romani nobili, etc. Roma, 1732.

HENKEL (Friedr.). Die römischen Fingerringe der Rheinlande, etc. Berlin, 1913.

NATTER (Laurent). Traité de la méthode antique de graver en pierres fines. Londres, 1754.

ORSI (P.). Contributi alla storia della fibula greca.

SCHIFFERUS (J.). De antiquorum torquibus syntagma. Hamburgi, 1707.

OCCIDENT

BARRIÈRE-FLAVY. Les arts industriels des peuples barbares de la Gaule du Ve au VIIIe siècle. Paris, 1901.

CLAUDIUS COTE. Collection de bagues.

DETREZ (Alfred). Aristocrates et joailliers sous l’ancien régime. 1909.

DE LABORDE. Inventaire des meubles et joyaux du roi Charles V en 1380. Paris, 1851.

DE LINAS (Ch.). Orfèvrerie mérovingienne; les œuvres de saint Éloi. Paris, 1865.

LUTHMER (Fernand). Joaillerie de la Renaissance d’après des originaux et des tableaux du XVe au XVIIIe siècle. Paris, s. d.

MORANVILLÉ. Inventaire de l’orfèvrerie et des joyaux de Louis Ier duc d’Anjou. Paris, 1903.

MARTIGNY. Des anneaux chez les premiers chrétiens. Mâcon, 1858.

MÉMOIRE pour le corps de l’orfèvrerie-joaillerie contre les lapidaires. Paris, 1739.

EVANS (John). English Jewellery from the fifth Century (a. d.) to 1800. London, 1921.

WELSCHINGER (HENRI). Les bijoux de Mme du Barry. Paris, 1881.

ORIENT ET PEUPLES DIVERS

BOAS (Franz). The decorative arts of Indians. New-York, 1897.

CHRISTOL (Frédéric). L’art dans l’Afrique australe. Paris, 1911.

COOMARASWAMY (Ananda). The arts and crafts of India and Ceylon. London, 1913.

EUDEL (Paul). Dictionnaire des bijoux de l’Afrique du Nord. Paris, 1906.

FINOT (Louis). Les lapidaires indiens. Paris, 1896.

MAGER (Henri). Les arts primitifs de la Polynésie. Paris, 1908.

MIGEON (G.). Manuel d’art musulman. Paris, 1927.

LES PIERRES PRÉCIEUSES

CASTELLANI (A.). Delle Gemme. Paris, 1870.

DUFFIELD (Osborne). Engraved gems. Signets, talismans and ornamental intaglios, etc. New-York, 1912.

GIULIANELLI (A. P.). Memorie degli intagliatori moderni in pietre dure, cammei e gioji dal secolo XV fino al XVIIIe, 1753.

HOPE (Philippe). Pierres précieuses. 1839.

KING (C. W.). Antique gems. Their origine, uses and value as interpreters of ancient history, etc. London, 1860.

DE MILY (F.) et RUEL. Les lapidaires de l’antiquité et du moyen âge. Paris, 1898-1902.

COLLECTIONS ET CURIOSITÉ

BONAFFÉ (Edm.). Le commerce et la curiosité. Paris, 1895.

EUDEL (Paul). Trucs et truqueurs.

MARTIN LE Roy. Collections et collectionneurs. Paris, 1906.

MAZE-SENCIER. Le livre des collectionneurs. Paris, 1885.

MUSÉES ET COLLECTIONS. Édition spéciale sous le patronage de la Société d’encouragement à l’art et à l’industrie. Paris, s. d. (Ire partie).

NOMS des curieux de Paris avec leurs demeures et la qualité de leur curiosité. Paris, 1673; réimp. Paris, 1866.

DE RIS (Clément). La curiosité, collections françaises et étrangères. Paris, 1864.

VOCABULAIRE DES TERMES TECHNIQUES

Table des matières

Affiquets. — Bijou quia commencé par servir de plaque d’identité à certains émissaires chargés de missions importantes. Il en reste un souvenir dans les plaques d’habit de nos garçons de banque. Vers le XVIe siècle, les femmes s’en emparèrent et en firent un ornement. On ne le portait plus au XVIIe siècle.

Agate (gr. Achates). — Nom du fleuve sur les bords duquel on recueillait celle que connurent les Grecs. C’est une pierre dure diaprée dans sa masse. On distingue les agates en ocellées, arborescentes, figurées.

Aggema. — Nom donné au XVIIIe siècle à un genre de travail d’incrustation de traits d’or — sur écaille, par exemple — obtenu par stries irrégulières et rapprochées (travail de la ville d’Adjem, en Arabie).

Agrafe. — C’est le nom donné à des ornements qui tiennent à la fois de la fibule et du fermail. Il s’applique surtout à des bijoux du moyen âge.

Aigrette. — Parure de tête, qui n’a pas été exclusivement féminine, jusqu’au XVIIe siècle. Les princes orientaux en ornent leur turban. Elle se compose de deux parties: l’une fixe qui est toujours en joaillerie, l’autre tantôt en joaillerie sur tiges tremblantes, tantôt en plumes.

Aigue- marine. — L’aigue-marine orientale est un corindon très dur de couleur bleu-vert très franche. C’est elle que l’antiquité et le moyen âge nommaient: béryl.

Ambre. — Matière fossile transparente d’aspect résineux. Sa couleur varie du jaune pâle au brun roux. Plongé dans l’huile chaude, il devient malléable, et fond aux environs de 400°.

Améthyste. — Corindon hyalin de couleur violette. Raye le cristal de roche.

Ardillon. — Pointe mobile sur la traverse d’une boucle. Passée dans le tissu à fixer et rabattue sur le corps de la boucle, elle empêche le lien de glisser.

Aventurine. — Un grand nombre de pierres sont encore désignées sous ce nom, — bien que n’étant pas des aventurines, — dès qu’elles présentent les maculations dorées du quartz opaque aventurin, qui, lui, raye le cristal de roche.

Bâte. — Languette métallique soudée à angle droit sur un fond de bijou, et formant ainsi une alvéole où est sertie la pierre précieuse.

Béquille. — Bijou destiné à l’ornementation des cannes. C’est une variété de poignée courbée à angle droit, comme le «bec-de-corbin», mais dans celui-ci la branche horizontale est courbe au lieu d’être rectiligne.

Boucle. — Anneau de métal, rond ou rectangulaire, muni d’une traverse et d’un ou plusieurs ardillons, qui sert à réunir les deux extrémités d’une courroie, d’un ruban. — A l’âge du bronze, on en rencontre dépourvues d’ardillon, mais armées d’un crochet ou bouton.

Brodé. — Travail d’or incrusté par tailles légères et assez libres sur l’écaille, la nacre ou même l’ivoire. Il rappelle, en effet, un peu le travail de broderie d’or sur étoffe.

Breloques. — En Grèce déjà, les femmes portaient parfois suspendues à leurs bracelets de petites figures d’or, ou de pierreries qui étaient moins que des talismans, mais plus que de simples ornements. C’est le bijou du moment, le souvenir, la fantaisie d’une heure.

Cabochon. — Pierre précieuse polie dans une forme arrondie, au lieu d’être taillée à facettes.

Carat. — Quand il s’agit de l’or, ce mot signifie la 24e partie du poids total d’un alliage; ex.: de l’or à 18 carats contient 18 parties d’or fin sur 24.

Pour les perles, les diamants, le carat est un poids de 20 centigrammes qui leur sert d’unité légale.

Chapel. — Bijou, qui se portait d’ordinaire sur le chaperon, au moyen âge. On nommait également chapel d’orfroi la résille d’or enrichie de perles que les femmes nobles ont portée souvent du XIIe au XVe siècle.

Chalcédoine. — Quartz-agate; pierre dure semi-transparente d’un blanc laiteux, parfois légèrement bleuté. Cette dernière couleur est la plus estimée.

Châtelaines. — Chaînes par lesquelles les dames suspendaient à leur ceinture certains bijoux ou bibelots précieux: flacons, couteaux, clefs de coffret, etc.

Chaton. — Partie de la bague qui se trouve à la partie supérieure du doigt. C’est elle qui porte tantôt une inscription, tantôt une gravure ou encore un motif de joaillerie.

Clivage. — Polissage d’une pierre précieuse sur ses faces naturelles de cristallisation.

Colliers-carcans. — Fantaisie inventée ainsi que le nom au XVIIe siècle. Colliers en joaillerie à plusieurs rangs de pierres égaux entre eux. On en fait encore aujourd’hui.

Corail. — Test calcaire sécrété par certains polypiers des mers chaudes, agglomérés en masses considérables: rouge, rose ou blanc.

Corindons. — Toutes les pierres dures dites orientales sont des corindons diversement colorés par des oxydes naturels. Ce sont les plus durs des minéraux.

Cornaline. — Sorte de chalcédoine colorée en rouge par l’oxyde de fer.

Cristal de roche. — Quartz hyalin transparent, blanc. Assez dur pour rayer la plupart des agates.

Culbutes. — Nom donné, au XVIIe siècle, à des joyaux montés en «chutes», c’est-à-dire en groupes de pierreries serties, à articulations mobiles.

Diamant (grec: άδαμας, indomptable). — Carbone pur cristallisé en octaèdres ou dodécaèdres et leurs dérives. Inattaquable par les acides et ne pouvant être rayé que par lui-même. Brûle comme le charbon. Son pouvoir de réfraction est: 1.396 (eau — o, 785).

Fibule. — Sous des apparences plus ou moins modifiées par les modes successives, la fibule est cette sorte d’épingle, qu’on utilise encore aujourd’hui sous le nom d’épingle de nourrice. Le système de ressort obtenu par enroulement de l’épingle sur elle-même à sa base, semble commun dès l’âge du bronze.

Filigrané. — Le filigrané vient del’Orient où la tradition technique s’est d’ailleurs conservée. C’est une sorte de tressage de fils métalliques, or ou argent, soudés entre eux par endroits, et tantôt produisant une forme ajourée, tantôt s’appuyant à un fond. On dit communément: filigrane.

Frassinelle. — Pierre dure qui sert à polir le métal.

Glacis. — Teinte transparente appliquée sur un fond d’autre couleur et qui lui donne de l’éclat.

Girandoles. — Diamants ou pierreries assemblés à articulations mobiles et servant de pendants d’oreilles. La mode en a commencé en France au XVIIe siècle.

Grain. — Ancien poids très petit valant environ 5 centigrammes, que les lapidaires emploient encore pour décrire une pierre; ex.: une perle de 4 grains et demi. — Cellini écrit couramment: grain de blé, terme encore usité en Italie, de son temps.

Granulé. — Travail de fonds sur les bijoux étrusques et parfois égyptiens obtenu par l’effet d’une poussière d’or soudée. On l’a cru longtemps irréalisable par des mains modernes: c’est un procédé long, minutieux, mais sans aucun mystère technique.

Émail de basse taille. — Décoration obtenue par l’émail sur un fond de métal, à peine entaillé en creux et surtout strié de points de rétention. On sait que dans les émaux limousins la place réservée à l’émail était préparée par cloisonnemment ou par champ-levé.

Émeraude (sanscrit: smarakata = vert?) L’émeraude orientale est un quartz hyalin d’un vert intense. Toutes les pierres dures de couleur verte employées par les bijoutiers ne sont pas de vraies émeraudes.

Enseignes. — Genre de bijou porté au chaperon, par les hommes et même par les femmes pendant le XVIe siècle. — On en fit alors de très riches ornés d’émaux et de pierreries.

Fermail. — Bijou du moyen âge. Créé d’abord pour les lourdes chapes religieuses, il est resté usité, mais allégé, dans tous les pays où les femmes portent des capes.

Ferrets. — Ornements métalliques qui enserrent les extrémités d’un lacet ou d’un ruban: ils ont été à la mode chez nous au XVIe et au XVIIe siècle pour les hommes comme pour les femmes. Aujourd’hui, ils ne servent plus de bijoux. On les emploie encore à l’extrémité des aiguillettes et des fourragères militaires.

Ferronnière. — Bijou qui, à l’époque de la Renaissance, fut à la mode, pour les femmes. Il consistait en un joyau retenu au milieu du front par une chaînette ou un cordonnet qui ceignait la tête. — Le portrait de Lucrezia Crivelli par Léonard de Vinci (au Louvre) la montre parée d’une ferronnière.

Fonte à cire perdue. — C’est la seule qui puisse produire les objets délicats que sont les bijoux. Elle sert uniquement d’ailleurs aux joyaux de grande dimension. Aujourd’hui, que l’emploi des pierres s’est généralisé, elle est délaissée en bijouterie.

Grenat. — Silicate d’alumine ferrugineux assez commun, d’une belle couleur rouge qui rappelle celle de la grenade (latin: punicum granatum).

Guillochage. — Travail de fond qui consiste en un réseau plus ou moins serré de traits ondulés gravés en creux dans le métal.

Le résultat de ce travail se dit: guilloché, et aussi: guillochis.

Jaspe. — Quartz opaque susceptible d’un beau poli. On en trouve de vert, — le plus commun, — de brun, de noir et de blanc; ces derniers sont rares.

Jeannettes. — Le nom est contemporain de J.-J. Rousseau et de Greuze et témoigne de la vogue qu’eut alors la simplicité des champs. C’est une chaîne à maillons unis, ornée d’une modeste croix, en or également.

Lapis-lazuli (latin: lapis; arabe: azul, bleu). — Silicate d’alumine et de chaux, opaque, de couleur bleue plus ou moins intense. Assez dur pour rayer le verre. Se polit bien.

Malachite. — Pierre opaque, assez dure, d’une couleur vert intense. Ce n’est évidemment pas celle que les Grecs appelaient du même nom: μαλάχη = mauve.

Manicles. — Bracelets larges pour le poignet.

Marquises. — Bagues créées au XVIIIe siècle. Monté sur un jonc assez simple, un chaton émaillé de forme ogivale allongée, le tout entouré de petits diamants.

Martelé. — Genre de travail dans lequel le marteau frappe directement le métal, et le façonne un peu comme le forgeron modèle le fer. L’or et l’argent s’écrouissent par ce travail et deviennent plus durs, plus résistants.

Médaillon. — Bijou ouvrant à charnière, et pouvant contenir soit un portrait en miniature, soit un souvenir. La vogue en a été grande surtout au XVIIIe siècle et à la Restauration. La bulle romaine était un médaillon.

Nielle. — Décoration obtenue sur l’argent par une gravure au burin, dans laquelle on fixe ensuite une pâte de couleur noire. L’effet obtenu est un peu celui d’une gravure sur papier, mais avec un fond brillant. — Le procédé a été découvert par Maso Finiguerra, Florentin, au XVe siècle.

Noeuds à l’égaré. — Nœuds en joaillerie créés par le célèbre orfèvre Gilles Ligari. — Il se portait sur le sein; d’où le calembour aussitôt répandu qui lui valut désormais son nom.

Œil-de-chat. — Silicate d’alumine ocellé dont l’éclat et la couleur rappellent, en effet, la lueur des yeux de félins.

Opale. — Silicate hydraté insoluble, de dureté et de coloration variées. Très fragile,, elle se laisse généralement attaquer par la lime.

Patenôtres. — Jusqu’à la fin du moyen âge et depuis le XIVe siècle, les chapelets et rosaires furent souvent des ornements luxueux en même temps que des objets de piété. On les portait ostensiblement, comme font encore les Arabes aujourd’hui.

Pectoral. — Bijou rituel porté sur la poitrine par des souverains, des pontifes, les pharaons d’Égypte par exemple ou les grands prêtres juifs.

Pend-à-col. — Nom donné à l’époque de la Renaissance aux nombreux bijoux, souvent fort beaux, dont la mode se développa en même temps que celle des justaucorps échancrés pour les hommes et des guimpes décolletées pour les femmes.

Pendentif. — Désigne le même genre de bijou que le pend-à-col. Il est en général suspendu à une chaîne beaucoup plus longue que celui-là.

Perle. — Sécrétion à base de carbonate de chaux et substance organique produite par quelques mollusques, et en particulier par l’huître perlière: meleagrina margaritifera.

Pierre de lune. — Dure, à reflets opalescents; les anciens l’ont peut-être voulu désigner sous le nom d’Astrios et de Sélénites.

Reliquaire. — Comme son nom l’indique, ce bijou devait contenir des reliques. Sa forme ni son emploi n’ont été rigoureusement fixés. On le portait généralement au cou.

Recuit. — Opération de remise au feu qui redonne au métal martelé sa malléabilité première.

Repercé. — Travail par lequel l’ouvrier reprend à l’outil, à la lime généralement, les contours d’un bijou obtenu par la fonte ou l’estampé.

Repoussé. — Ornementation d’une feuille de métal par des reliefs obtenus au marteau, et à froid. Une partie du travail, le repoussage proprement dit, s’effectue à l’envers de la pièce.

Rivière. — Long collier en diamants exclusivement.

Rubis. — On confond ordinairement sous ce nom trois pierres très diverses de constitution mais d’apparence analogue: le rubis corindon rouge ou rubis oriental, le spinelle et le rubis balais. Le rubis corindon est l’escarboucle.

Saphir. — Cristal d’alumine presque pure coloré en bleu plus ou moins foncé par l’oxyde de fer. — Les anciens n’ont pas très bien su l’identifier.

Sardoines, sardonyx. — Pierres dures semi-transparentes, veinées, parfois à plusieurs couches de coloration différente. Se gravent aisément.

Sautoir. — Terme qui désigne actuellement un long collier, — de perles, en général, — dont une partie s’enroule autour du cou et l’autre reste pendante sur la poitrine.

Serti. — Entourage métallique, soudé sur le fond et rabattu sur les flancs de la pierre à monter, afin de la fixer solidement.

Soudure. — Opération par laquelle on fixe à chaud une partie métallique sur une autre partie, tantôt avec de l’étain, tantôt avec le métal lui-même auquel on ajoute du borax comme «fondant».

Taille. — Opération par laquelle, grâce à des clivages successifs, on donne une forme régulière, et presque toujours à facettes, aux pierres dures, diamant, rubis, émeraudes, etc.

Topaze. — La topaze orientale est un corindon hyalin jaune brillant. Il raye assez profondément le cristal de roche, et sa couleur tourne au rose sous l’influence d’une certaine température.

Tourets. — Coiffure de femme usitée au XVIe siècle. — Elle consistait en une sorte de diadème en bourrelets, rehaussé de bijoux spécialement créé pour cet usage.

Trousses. — Bijou analogue aux châtelaines; on l’accrochait aussi à la ceinture. Il contenait mille objets utiles, couteaux, ciseaux, miroirs, cure-oreilles, flacons, etc. C’était plutôt une parure de bonne ménagère.

Turquoise. — Le même nom sert à désigner la turquoise alumine, pierre qui ne s’altère pas à l’air, la turquoise phosphoreuse fossile dont la surface se détruit peu à peu, enfin la turquoise occidentale qui s’altère profondément et qui est sans valeur.

(FIG. 1).


INDEX DES NOMS DE BIJOUTIERS

Table des matières

AUBERT. — Orfèvre du XVIIIe siècle. Fournisseur de Mme du Barry.

BOEHMER et BOSSANGE. — Joailliers du XVIIIe siècle. Le premier avait été le fournisseur de Mme du Barry. Devenus joailliers de la Cour, c’est à eux que le cardinal de Rohan commanda le fameux collier qu’il crut offrir à la reine Marie-Antoinette, et qui donna lieu à la fameuse «Affaire du Collier».

BOURDON. — Bijoutier-joaillier du XVIe siècle.

RENÉ BOYVIN. — Orfèvre-bijoutier du XVIe siècle.

CALMER. — Bijoutier du XVIIIe siècle. Fournisseur de Mme du Barry.

BENVENUTO CELLINI. — Célèbre orfèvre et sculpteur florentin (XVe siècle).

DU CERCEAU Jacques. — Architecte français (XVIe siècle), a composé des dessins de bijoux.

CLUTIN DE BRUGES. — Orfèvre du XVe siècle. Travailla pour la Cour de Bourgogne.

DANIEL. — Bijoutier du commencement du XIXe siècle qui lança pour quelques années, en 1809, la mode des bijoux en «palmier pétrifié ».

GÉRARD DEBÊCHE. — Graveur-ciseleur qui exécuta à la fin du XVIIIe siècle quantité de bijoux tels que montres, tabatières, pommes de cannes, etc. Originaire de Liège, il était presque aussi connu pour son intempérance que pour son talent, qui était grand.

DELAHOQUETTE. — Joaillier du XVIIIe siècle. Fournisseur des princes de Conti.

P. F. DRAIS. — Orfèvre du Roi. Fils de maître. Établi quai des Orfèvres (XVIIIe siècle).

DUCHÉ DE SAINT-LÉGER. — Maître par arrêt du Conseil en 1765. Établi rue de la Comédie-Française.

LAZARE DUVAU. — Joaillier-bijoutier (XVIIIe siècle). Fournisseur de Mme de Pompadour.

GAILLARD. — Orfèvre-joaillier du XVIIIe siècle. Fournisseur des Menus-Plaisirs.

PIERRE GERMAIN. — Orfèvre. Nommé à la manufacture des Gobelins en 1757, logé aux Galeries du Louvre en 1772.

TH. GERMAIN. — Orfèvre de Louis XVI. A fait aussi des bijoux.

GHIBERTI. — Célèbre sculpteur florentin (XVe siècle), a fait aussi des bijoux.

GRANCHEZ. — Bijoutier de la reine Marie-Antoinette.

ALEX.-HENRY GROUVELLE et son frère Louis-Antoine, fils de maître (XVIIe siècle), établis rue de la Fromagerie.

GUÉRARD DE BRUGES. — Orfèvre des ducs de Bourgogne (xve siècle).

HÉBERT. — Joaillier-orfèvre. Fournisseur du Roi (milieu du XVIIIe siècle).

Louis L’ENHENDRICK. — Reçu maître en 1747, aux Gobelins en 1759; aux Galeries du Louvre en 1776. Établi au Pont Notre-Dame.

JACQUIN. — Bijoutier (XVIe siècle).

GILLES LIGARI. — Célèbre joaillier du XVIIe siècle.

DANIEL MIGNOT. — Bijoutier-joaillier du XVIIIe siècle.

MONTARSY. — Joaillier-bijoutier, fournisseur de Louis XIV. Fut le Malherbe de la bijouterie française, le premier des joailliers classiques.

J.-L. MOREL. — Orfèvre aux Gobelins en 1759. Consul de la Corporation en 1779, rue de Gesvres.

MATTEO DEL NASSARO. — Orfèvre florentin († 1547). Fut appelé à Paris par François Ier pour graver les coins de la Monnaie; il y fit quantité de joyaux, entre autres la tête de François Ier sur sardonyx (Cabinet des Médailles).

NOVERT. — Joaillier du XVIIIe siècle.

RONDÉ. — Bijoutier-joaillier (XVIIIe siècle). Fournisseur de Louis XV.

ROETTIER. — Bijoutier de Mme du Barry.

ROBERT ROUVET. — Orfèvre-joaillier (milieu du XVIe siècle). Travailla souvent pour le roi François Ier.

STRASS. — Bijoutier du XVIIIe siècle, Inventeur des pierres d’imitation qui pendant longtemps ont porté son nom.

WOERIOT. — Orfèvre français du XVIe siècle, a dessiné ou exécuté lui-même un grand nombre de bijoux.

VESTIER. — Émailleur parisien du XVIIIe siècle. Avait acquis une grande vogue en peignant des boutons d’habits. — Décors champêtres, fleurs ou sujets idylliques.

INDEX DES NOMS DE COLLECTIONNEURS

Table des matières

ED. ANDRÉ. — Parmi les collections connues de cet amateur, il faut citer celle de tabatières du XVIIe et du XVIIIe siècle.

Duc D’AUMALE. — Le nom du duc d’Aumale est trop connu comme Mécène et amateur d’art pour qu’on doive rappeler que, parmi les trésors légués à l’Institut avec le château de Chantilly, figure une intéressante collection de joyaux.

GALERIE BACHSTITZ. — Berlin. Collection intéressante.

TOBIAS BIEHLER. — Collectionneur viennois de la fin du siècle dernier. Bijoux de toutes sortes, mais surtout des pierreries.

Mme BONNEMÈRE. — Collection de bijoux de provenances diverses, exotiques ou provinciaux: croix normandes ou cévenoles, fermails et agrafes, boucles d’oreilles. Peu de pièces très riches, mais ensemble intéressant.

C. BOULANGER, de Péronne (Somme). — Collection de colliers et bijoux francs.

CAMPANA. — Le marquis Campana avait réuni, à la suite de fouilles opérées à Rome, à Veïes, à Cœré et à Vulci une collection de bijoux grecs, gréco-romains et surtout étrusques que la France acquit en 1861. Aujourd’hui au Musée du Louvre.

CERETTE-MAYER. — Belle collection de bijoux du Moyen Age et de la Renaissance au Musée des Arts Décoratifs.

BENJAMIN FILLON. — Archéologue poitevin (fin XIXe siècle). Collection de bagues, depuis l’époque mérovingienne surtout.

EDMOND DURAND. — Collectionneur du commencement du siècle dernier, dont la donation d’environ 80 bijoux antiques au Louvre en 1825 constitua le premier fonds de l’admirable ensemble qui y est aujourd’hui réuni.

PH. DELAMAIN (Jarnac, Charente), XIXe siècle. — Bijoux celtiques, gaulois et francs.

BARON DAVILLIER. — Collectionneur célèbre de la fin du XIXe siècle.

CHARLES V. — Le roi de France Charles V avait un trésor de joyaux et d’orfèvrerie, comme il possédait une bibliothèque. C’était déjà un collectionneur.

Mme JUBINAL DE SAINT-ALBIN (France). — Collection de montres et de boucles de ceinture (XIXe siècle).

BARON DE LOË (Bruxelles). — Belle collection de bijoux gaulois et francs. Colliers, fibules, bracelets, etc. (XIXe siècle).

CARDINAL MAZARIN. — Le grand ministre était un grand collectionnenr de bijoux et de gemmes.

MESSAKSOUDIS. — A vendu à la France une collection de bijoux grecs de basse époque, infiniment curieux, trouvés à Kertch (Russie méridionale) et dans les environs: boucles d’oreilles et colliers. — Au Musée du Louvre (fin XIXe siècle).

MUSÉES FRANÇAIS ET ÉTRANGERS. — Particulièrement riches en bijoux mérovingiens ou francs: Saint-Germain, Verdun, Nancy, Besançon, Mulhouse, Strasbourg, Lausanne, Zurich, Namur, Péronne, Boulogne-sur-Mer.

MUSÉES RICHES EN BIJOUX ANTIQUES — Louvre (bijoux grecs, égyptiens, romains), Athènes (bijoux grecs et crétois), Rome (étrusques, romains, gréco-romains), le Caire (égyptiens).

MUSÉES RICHES EN BIJOUX MODERNES (depuis la Renaissance). — Paris (Louvre et Arts Décoratifs), Rome, Florence, Berlin, Dresde, Londres, Dublin, New-York, Rome.

MUSÉES RICHES EN BIJOUX D’ORIENT. — Paris (Arts Décoratifs, Musée Cernuschi), Vienne (Autriche), Berlin, Leningrad, Londres.

MUSÉES RICHES EN BIJOUX POPULAIRES. — Musée ethnographique; du Trocadéro (Paris).

RITTLER (Strasbourg). — Bijoux de toutes sortes (fin XIXe siècle).

MARIANO ROCHI. — Collectionneur romain (XXe siècle). Bijoux divers.

MARQUIS A. DE RODES. — Collectionneur belge (fin du XIXe siècle). Bijoux et pierreries. Réunion de montres particulièrement intéressante.

BARON EDMOND DE ROTHSCHILD. — Bijoux antiques et orfèvrerie. C’est à lui que le Louvre doit le don du célèbre trésor de Boscoreale.

BARONNE JAMES DE ROTHSCHILD (Londres, XXe siècle). — Bijoux de toutes sortes.

BARONNE SALOMON DE ROTHSCHILD. — Bijoux très riches de la Renaissance et des XVIIe et XVIIIe siècles. Les Arts Décoratifs et le Louvre se sont enrichis de ses libéralités (fin du XIXe siècle).

SAUVAGEOT (fin du XIXe siècle). — La collection de bijoux qu’il a léguée au Louvre comprend 130 pièces, dont beaucoup sont remarquables.

MUSÉE DE SOUTH-KENSINGTON, à Londres, — Collection contenant peu d’originaux, mais précieuse pour l’étude des modèles reproduits.

INTRODUCTION

Table des matières

Dans la Grèce antique, les hommes ne portaient pas de bijoux et les femmes elles-mêmes en usèrent avec modération jusqu’au jour où, subissant l’exemple et les conseils de la molle Ionie, elles eurent délaissé le culte austère d’Athéna pour les blandices de la Volupté que Cythère adorait sous le nom divin d’Aphrodite.

Jusqu’alors les tuniques de laine blanche ne s’égayaient point de joyaux et les jeunes hommes, sans doute, trouvaient les femmes assez belles parées de leur seule grâce. C’est pourquoi au Ve siècle encore, Platon ne craignait pas d’abaisser la parure au même rang que la cuisine; et cela nous choque tout de même un peu — bien que l’art culinaire en France fasse aujourd’hui figure de culte intellectualisé, grâce à quelques écrivains que les «tables académiques » ont gâtés; — cela nous choque parce que, dans nos sociétés civilisées, le bijou a pris une importance sociale qu’il n’avait jamais connue peut-être dans l’antiquité méditerranéenne, avec une pareille expansion.

Bijoux féminins, cela va sans dire, car, de nos jours, les hommes d’une certaine classe se reconnaissent surtout à la sobriété de leurs ornements: bagues, boutons de manchettes, ou épingles de cravate, alors que les femmes, au contraire, s’abandonnent sans contrainte, depuis quelques années surtout, à une sorte de dévergondage presque sadique sur ce point, adoptant comme joyaux de ville des verroteries médiocres, les plus voyantes et les moins seyantes parfois, du clinquant, des sonnailles comparables après tout à celles que, pendant longtemps, les peuplades noires primitives acceptèrent de nos trafiquants, en pensant par là rendre hommage à la supériorité des «manières de blancs»...

Avec cette même indifférence envers l’esthétique qui les conduit à aimer d’enthousiasme, jusqu’à la saison prochaine, les vêtures souvent ridicules que leur imposent les couturiers, les femmes reçoivent la mode pour leurs bijoux, parfois de ces couturiers eux-mêmes, sans souci de leur valeur significative individuelle, sentimentale, dirons-nous, sans songer à l’aveu charmant d’intimité qui fut jadis chez nous, et dans certaines contrées reste encore l’âme subtile et charmante du bijou féminin.

Mais voyez-les plutôt, jeunes femmes et jeunes filles, devant des vitrines de musée qui contiennent des bijoux de jadis; leurs visages qui s’irradient aux feux des joyaux quand elles peuvent les convoiter dans les étalages de tel joaillier fameux, ici paraissent presque indifférents; elles semblent incapables de l’effort d’imagination sentimentale qui pour une minute, et sous la magie du regard, rendrait la vie à ces préciosités immobiles comme des momies délicates sur le velours de leurs tablettes.

En fait, les femmes aiment le bijou d’une adoration trop fervente pour n’être pas égoïste; ou plutôt, elles s’aiment elles-mêmes quand elles songent à une parure. N’allez donc pas leur demander du désintéressement esthétique pour juger tel objet précieux en lui-même, c’est-à-dire sa valeur propre d’œuvre d’art.

C’est là désormais, dans les usages de la vie courante, un sens qu’il faut désespérer de voir revivre; trop de circonstances économiques et sociales se sont liguées pour conférer au bijou d’ornement une autre valeur artistique, une autre signification aussi que celles qui l’ont rendu précieux jadis, particulièrement dans certaines régions.

Il semble, cependant, que, partant de cet instinct de la parure qui leur est naturel, les femmes mêmes puissent trouver intérêt, sinon à constituer une «collection» de bijoux anciens — les rivières de diamants et les colliers de perles coûtent si cher aujourd’hui! — du moins, à connaître le bijou sous les différents aspects qui l’ont caractérisé. Les joyaux expriment si clairement, pour qui sait regarder, l’état économique et social autant que la psychologie des peuples qui les ont créés! Mais d’ailleurs, pour ceux-là qui se plairaient à conserver des témoins du passé et sont par conséquent des délicats, il importe de ne pas ignorer par quelles particularités de matières, de fabrication, d’emploi et de destination, les objets réunis par eux peuvent leur parler du temps jadis et le faire revivre devant leur esprit.

Quels objets d’art contiennent plus de signification profonde que les bijoux? Précieux et rares dans leur matière ils ont, par destination, vécu mêlés à la vie même de celui ou celle qui les ont portés, à leur vie physique, à leur destinée morale, et de ce contact prolongé, de cette intimité qui jadis se continuait souvent dans la nuit du tombeau jusqu’à la nudité dernière du squelette, ils gardent, pourrait-on dire, comme une phosphorescence sentimentale, qui est chose bien émouvante, si nous savons assombrir pour un moment en nous les réalités, assez pour reconnaître son rayonnement doux.

Par la résistance des métaux précieux et la dureté des gemmes, ils conservent l’empreinte des mains qui les ont travaillés; ils nous racontent d’abord leur gaucherie patiente, leur lyrisme maladroit, puis leur habileté grandissante, et enfin, la perfection de leur technique; la beauté du travail nous évoque les époques de haute civilisation intellectuelle pauvres en industries, tandis que la richesse des matières moins amoureusement travaillées indique tantôt des périodes de barbarie florissante et tantôt des épopées fabuleuses, des conquistadores, des Golcondes et des Ophir, le progrès des lointains commerces maritimes; peu à peu, lorsque la perfection de la technique, le raffinement des formes et jusqu’à la sobriété de l’effet s’ajoutent à la richesse, à la préciosité des matières, de tels bijoux nous rendent témoignage qu’ils furent l’œuvre d’un âge de rare équilibre intellectuel et moral, d’élégance suprême et de distinction.

Si les bijoux pouvaient parler, ainsi que l’eau qui court, comme ils nous diraient de belles histoires!... Mais c’est qu’ils parlent en vérité, ils parlent avec cette voix subtile qu’ont les choses du passé pour ceux qui se penchent sur elles avec attention et quelque tendresse.

On a tenté dans ces pages de noter quelques-unes des confidences que nous font les joyaux ternis; ce qu’ils nous disent des ouvriers dont les mains les ont créés, ce qu’ils nous racontent de ceux et celles qu’ils ont parés pour des pompes royales, pour le mystère des rites religieux, pour les triomphes militaires, ou l’éclat de la beauté souveraine, ce qu’ils nous murmurent plus bas, enfin des simples joies de la jeunesse et du désir qu’ils ont embellies: anneaux de promesse glissés à des doigts tremblants, colliers à grains d’or que soulevait la fièvre des seins amoureux, bracelets qui rythmaient dans le soir la marche nue des vierges, comme aujourd’hui encore, aux confins des oasis, leur claquement argentin scande, sur le grand silence de la nuit qui descend, le retour lourd des femmes courbées sous la charge des outres gonflées.

CHAPITRE PREMIER

Table des matières

LES PROPOS DU COLLECTIONNEUR

Peut-on constituer une collection de bijoux? — Comment choisir sa «spécialité » ? — La lutte entre fraudeurs et connaisseurs est-elle égale? — Les amateurs d’autrefois. — La protection officielle du commerce des bijoux. — Poinçons et contremarques.

Ce livre n’est évidemment pas écrit à la seule intention des collectionneurs; pourtant, il s’adresse à eux surtout et c’est pourquoi nous devons, dès l’abord, prier l’aimable lectrice qui commence à en parcourir les pages, de ne pas le refermer sans pousser plus avant, sur la foi d’un sous-titre qui sans doute par lui-même représente une hérésie à ses yeux.

— Mais, des bijoux, voyons, cela ne se collectionne pas! se récrie-t-elle. Des bijoux, ce sont des exquisités, des rayons enfermés vivants et qui demeurent comme engourdis tant qu’ils ne sont pas réchauffés par la tiédeur des chairs féminines. Ils ne vivent vraiment que sur celle qui les porte. En attendant ces minutes, ne convient-il pas de les laisser sommeiller sur le velours des écrins? Quelle barbarie serait-ce de leur imposer la promiscuité des vitrines dans une collection avec des objets de curiosité grossiers peut-être et de métal vulgaire, mais surtout cet attouchement insupportable de tant d’yeux qui, sans dévotion, avec indifférence, ou pis encore, avec des lueurs de regards usuriers, pourraient les contempler dans la nudité de leur splendeur inerte. Les bijoux sont pour les écrins ou pour la chair vivante, non pour les vitrines d’un collectionneur.

Sans doute, et quand il s’agit de bijoux modernes on ne saurait comprendre qu’il en fût autrement. Nulle définition n’est plus précise et plus compréhensive à la fois que celle de M. Fontenay: «Un bijou est un objet servant ou qui a servi à la parure.»

Comme tel, son destin est soumis aux caprices de la mode aussi étroitement que celui de la forme des ajustements et de leur garniture, des rubans, des dentelles ou des passementeries; et l’on comprend de reste que, passé un quart de siècle, tel bijou ne soit pas seulement démodé par le style de son ornementation, par sa couleur, par son dessin, mais le plus souvent inutilisable par destination même. Car, les couturiers ont toujours décidé en maîtres si les femmes porteraient ou non, pour le temps qu’il leur plairait à eux, bracelets, broches, colliers ou pendants d’oreilles!

Ce n’est donc pas seulement par respect humain que chaque génération féminine renonce à porter comme parure ordinaire les bijoux de celles qui l’ont précédée, mais plutôt par secret instinct, par l’intuition sûre qu’en pareille matière une fidélité excessive aux ornements du temps jadis constituerait le plus souvent une faute de goût.

Aussi bien nulle femme un peu élégante a-t-elle jamais hésité, lorsqu’elle retrouvait parmi des «vieilleries» délaissées l’écrin de quelque vieille tante, à courir chez son bijoutier ordinaire et à troquer ces parures ridicules contre un bijou moderne, moins «cossu» peut-être, mais plus seyant aux modes de l’heure?

Il arrive parfois, à la vérité, que ces reliques d’un passé frivole n’aient pas gardé une grande valeur intrinsèque: on ne taille plus les pierres de cette sorte; ou, le corail ne se porte plus, l’améthyste est abandonnée; ce devrait être une excellente raison pour les conserver. L’aimable femme qui saurait joindre à son élégance actuelle ce parfum fané des grâces d’autrefois afin de la mieux goûter, aurait, sans y penser, fait un commencement de collection, comme M. Jourdain faisait de la prose.

Est-ce à dire que déjà elle mérite le titre d’amateur? Avouons, avec pédantisme, que c’est là une question d’espèce, car on naît collectionneur, si l’on devient connaisseur.

Maints auteurs ont défini, décrit, analysé, prisé l’instinct de l’être qui s’attache aux souvenirs du passé avec la persévérance et la passion du chasseur quand il a trouvé une voie: c’est le collectionneur-né, et feu Sauvageot, dont les trouvailles sont aujourd’hui l’honneur du Louvre, représentait excellemment ce type. Il s’était avisé bien vite que son goût pour les vieilles choses se heurtait à chaque instant chez lui contre l’obstacle d’une multiple ignorance, et qu’à pouvoir le franchir il ressentait des joies inconnues; qu’après l’avoir dépassé, il apercevait des horizons de plus en plus étendus; sa persévérance passionnée s’affina par l’étude, et c’est ainsi qu’il devint un connaisseur très averti dans sa spécialité.

On rencontre, il est vrai, des amateurs qui font fi de l’étude et de l’archéologie, qui ne reconnaissent pour vertu efficace chez un collectionneur que cette sorte de divination qu’on appelle le flair. Pour eux, l’être désigné par les Dieux pour accomplir cette mission, en reçoit comme une investiture mystérieuse; le peintre le plus «intentionniste» n’est qu’un vulgaire tâcheron façonné par l’apprentissage à côté de cet inspiré, de ce sourcier du Beau que représente, à leurs yeux, le collectionneur-né.

Mais, comme nous venons de le voir, une incidence fortuite agit souvent avec plus d’effet que les plus solides dispositions intellectuelles pour éveiller la vocation chez l’amateur des choses du passé.

Disons pourtant, puisqu’il s’agit ici de bijoux, d’ornements plus ou moins précieux, que l’idée même de les collectionner ne saurait coexister avec l’instinct de coquetterie poussé jusqu’à un certain degré, non plus qu’avec le sens trop lucide de la valeur intrinsèque des métaux et des pierreries. Il convient, en effet, de ne pas voir en eux surtout une monnaie d’échange facile à manier, à conserver, à emporter avec soi, à cacher, que n’influencent guère les accidents politiques et le sort des batailles, ni les révolutions elles-mêmes, et qui sont, par conséquent, préférable comme viatique pour certains cas aux monnaies-papier, voire même à l’honnête monnaie d’or. Il ne faut pas — si l’on veut aimer les bijoux en artiste ou en collectionneur, car les deux ferveurs se ressemblent souvent! — songer à la richesse latente qu’emprisonne un peu d’or, mais bien plutôt savoir goûter, dans un ornement de métal vulgaire, le travail de l’artisan qui peut-être avec ce rien, avec ces matériaux sans valeur aura su réaliser une petite merveille de rythme, de couleur et de goût.

Combien de joyaux ont été vendus, en effet, brisés, fondus afin d’en récupérer le métal, en dessertir les pierres et les tailler à nouveau! A chacune de ces destructions, cependant, il meurt quelque chose d’indéfinissable et de réel à la fois, qui existait vraiment et disparaît ainsi pour jamais: la beauté d’une forme plastique évocatrice de celui qui l’avait créée et de celles qui l’avaient aimée!

Sans doute, les grands papes de la Renaissance n’en ont pas agi autrement avec les plus nobles œuvres d’architecture et de peinture que leur avaient léguées leurs prédécesseurs... et nous n’osons pas les traiter d’iconoclastes parcequ’ils ont eux-mêmes parfois inspiré des chefs-d’œuvre nouveaux.

Mais tout de même, un tel esprit de modernisme, si excusable soit-il, est tout à fait contraire à celui du collectionneur.

Quand il s’agit de bijoux, ce n’est d’ailleurs pas cette seule indifférence qui les a laissés se perdre au cours des siècles. Les plus graves incidences, les plus tragiques aussi, leur font souvent une existence brève. Guerres, révolutions, désastres de famille, autant de circonstances où les joyaux sont devenus monnaies d’échange ou butin et détruits dans la plupart des cas.

Depuis surtout que l’or ouvrable s’est raréfié à la surface du sol habité par la diffusion de la monnaie, le bijou s’est transformé en joyau; et l’art qui jadis lui avait donné sa personnalité s’est effacé pour ainsi dire devant l’insolente valeur des joailleries.

Aussi les belles collections de bijoux sont-elles peu nombreuses, surtout pour les modernes; généralement elles finissent dans les galeries d’un Musée; c’est ainsi que les vitrines des Arts décoratifs ont recueilli les pierres rares et charmantes amassées par la baronne Nathaniel de Rothschild, ou le Louvre la collection Sauvageot.

La plupart des amateurs se sont spécialisés dans les bijoux antiques, ou dans l’exotisme. Il est plus facile, en effet, de recueillir en France ou de se procurer à moindres frais quelque fibule gallo-romaine, quelque bague mérovingienne, ou même, si l’on préfère rêver de Golcondes, des parures exotiques au charme étrange qui évoquent les contes des Mille et une Nuits, que des rivières de brillants.

Il n’est guère chez nous, par exemple, de province où l’on n’ait découvert un oppidum gaulois, ou des vestiges d’habitations romaines, ou des tombes, et dans celles-ci des bijoux, car les Francs, par exemple, ou les Gaulois qui enterraient leurs morts étaient encore d’honnêtes gens, et vivants, ils laissaient aux défunts les bijoux dont ils s’étaient parés et s’étaient fait gloire.

Il n’y a guère d’autre raison aujourd’hui pour qu’on songe à réunir une collection de bijoux francs ou mérovingiens, sinon d’habiter un pays jadis florissant aux premiers temps de l’ère chrétienne, une région explorée par les archéologues, et dont le musée local, comme ceux du nord de la France, de l’Angoumois, du Poitou, de la Bourgogne ou du Lyonnais, contient des collections considérables. Ainsi l’intérêt s’éveille avec la curiosité ; l’esprit distingue là, non plus seulement des objets étranges ou plaisants, mais bien les témoins authentiques d’un passé qu’on apprend à connaître grâce à eux. Puis, viennent l’instinct de la chasse, l’amour de la propriété se joindre à ce goût intellectuel, et la confrérie des collectionneurs comptera un adepte de plus.

Nos provinces, d’ailleurs, ont vécu pendant de longs siècles une existence active mais un peu repliée sur les routines régionales; elles ont souvent vu s’épanouir des formes d’art pour ainsi dire autochtones, et l’amateur qui, sans hâte, avec discernement, et patience peut fureter dans certaines vieilles échoppes d’horlogers, risque fréquemment d’y découvrir quelque bibelot «amusant».

Car les coquettes de village ne sont pas demeurées plus attachées que celles des villes à conserver les parures de leurs mères-grands. Les galants se gausseraient trop lors des assemblées!

Elles font des échanges chez le bijoutier de l’endroit et le curieux citadin peut en profiter.

Qu’il ne s’abandonne pas cependant à l’illusion de trouver encore dans les campagnes la candide ignorance qu’un Rousseau eût aimée, et sur laquelle on puisse aisément spéculer! Les antiquaires de nos villes ont gâté tout cela; des tarifs sont établis et le désir même de l’amateur y ajoute une surenchère.

Cependant, si l’on est de loisir, et qu’on possède des accointances dans la région, il est encore possible de recueillir quelques jolies choses que les filles dédaigneuses troquent aujourd’hui pour de la verroterie citadine. La collection Bonnemère, provisoirement exposée au Musée ethnographique du Trocadéro, — dans une sorte de chaos d’ailleurs, qui lui fait tort dans l’esprit des visiteurs, — n’a pas été formée autrement, sans doute.

Mais le chercheur devra vérifier l’aloi du métal et les contremarques provinciales qui peuvent l’authentifier; il lui faudra reconnaître la main de l’artisan et sa pratique spéciale à l’époque d’où semble dater le bijou, et lorsqu’il s’agit d’une catégorie d’objets ordinairement décorés de pierres de couleur, distinguer enfin le vulgaire morceau de verre moderne, des pierreries authentiques aussi bien que des pierres fausses anciennes.

Cela représente un léger bagage de connaissances, non pas d’érudition, cela va sans dire, mais de culture générale, sans lesquelles un collectionneur est pour ainsi dire désarmé ; il lui faut être aussi un «connaisseur ».

Ne lui est-il pas d’autant plus facile de le devenir que les coutumes, l’histoire, la psychologie d’une région lui sont plus familières et depuis plus long-donc temps? Il semblerait que la «spécialisation» dût logiquement s’effectuer suivant les données géographiques plus et mieux que par catégories d’objets ou périodes historiques.

C’est, cependant, sur ce dernier mode que procèdent les amateurs, la plupart du temps. Les uns se passionnent pour les montres, s’amourachent des tabatières du XVIIIe siècle ou des boîtes à mouches; les autres s’enfièvrent pour les bagues de toutes les époques et de toutes provenances; car l’esprit humain semble, en général, plus à l’aise entre les quatre murs d’un sujet bien clos plutôt que dans un domaine trop vaste et moins exactement limité.

Pour ceux-là, cependant, que l’étude ne rebute pas, la recherche et la collection de bijoux par provinces, régions, ou nationalités, peut offrir un intérêt d’autant plus vif qu’il s’étendra sur une plus longue durée de l’histoire et qu’il s’appliquera à des constatations d’ordre psychologique par quoi s’éclairent souvent les données mêmes de l’histoire.

Si pareil goût eût été déjà de mode, il y a quatre-vingts ans, à l’époque où nos troupes venaient à peine d’occuper l’Algérie, on aurait pu sauver quantité de joyaux — dont quelques-uns fort riches — que leurs propriétaires, les femmes d’anciens fonctionnaires koulouglis, durent alors abandonner aux mains des Juifs. Nous les retrouvons aujourd’hui dans les boutiques achalandées de touristes dans l’Afrique du Nord ou même à Paris, où certains de ces commerçants ont gagné des fortunes! Mais en quel état le plus souvent! cisaillés, démontés, «tripatouillés», découpés par menus morceaux afin d’être revendus en détail, sans plus rien de leur grâce originelle, aux amateurs que tente un exotisme de bazar.

Nous ne vivons pas aujourd’hui, hélas! aux temps où le satirique Martial pouvait, sans choquer nul de ses lecteurs, attaquer sous son nom même tel antiquaire que la malhonnêteté poussée trop loin rendait alors notoire, le même qui, disait le poète, ne possédait guère qu’un objet de valeur dans son officine: sa femme, et le vendant chaque jour se gardait bien de le laisser emporter par l’acquéreur afin de pouvoir le revendre encore.

On se prendrait à regretter parfois que nous ayions perdu cette liberté d’opinion, en obtenant celle de la presse, car c’est pourtant aux pratiques de nombreux antiquaires professionnels que sont dues en grande partie, aujourd’hui encore, la difficulté de réunir des collections intéressantes «à menus frais», et la défiance des amateurs, qui savent bien que les érudits eux-mêmes se laissent prendre aux tiares de Saïtaphernès!

Cependant, pour eux, le danger ou plutôt le risque d’être trompé est d’autant moins grand, que plus amoureux de plaisir esthétique que de la valeur commerciale dans l’objet possédé, ils recherchent, pour commencer, les exemplaires simples et peu somptueux de matière, ceux que la mode momentanément dédaigne, ceux enfin dont l’exotisme lointain n’intéresse plus guère aujourd’hui, parce qu’on voyage facilement, et que nous avons le cinéma.

Qu’on se contente donc d’admirer les joyaux princiers dans les vitrines de nos Musées, mais qu’on collectionne des parures plus modestes, si l’on n’a pas la chance d’avoir gagné une fortune après guerre.

Aussi bien tout amateur peut-il savoir que magnifique ou modéré son goût, quel qu’il soit, lui crée une longue lignée d’ascendants intellectuels et que de tous temps on a connu des collections de bijoux célèbres.

Les rois, les grands seigneurs, voire même de riches particuliers au moyen âge ont possédé parmi leurs trésors de meubles, vaisselles, manuscrits et autres raretés, des écrins de bijoux dont l’inventaire évoque parfois une très grande richesse.

Mais les relations plus fréquentes de l’Europe avec l’Orient donnèrent à l’époque de la Renaissance l’éclat d’une somptuosité plus grande encore, d’un luxe que nous aimons supposer très répandu, d’un raffinement brillant devant lesquels notre civilisation moderne en habits noirs fait pauvre figure, en dépit des colliers de perles et des rivières de diamants de nos femmes.

Ne nous laissons-nous pas abuser cependant par un mirage que produit le recul des siècles.

Les rois et les très grands seigneurs possédaient, sans nul doute, des écrins très riches, car le luxe des ornements précieux était pour eux une obligation, un devoir de leur charge, si l’on peut ainsi dire.

Mais les bourgeois — il en existait chez nous, et forts cossus parfois, dès le moyen âge! — ne devaient pas être aussi prodigues.

Nous avons conservé l’inventaire que vers le milieu du XVIe siècle, en 1539, la veuve de Robertet fit dresser des joyaux que le cher défunt lui avait donnés.

Cet homme de bien avait aimé sa femme, semble-t-il, avec un peu plus de sentimentalité que ses contemporains n’en dépensaient d’ordinaire en faveur de leur épouse légitime, avec plus de prodigalité galante aussi, et, de plus, n’avait-il pas été le trésorier successivement de trois de nos rois? C’était alors, même pour un très honnête homme, de quoi se constituer une aisance confortable, et Robertet n’y avait pas manqué.

Sa veuve, cependant, énumère avec un orgueil attendri le détail de ses trésors: «Sept grosses perles orientales faites en poires; item une teste de quenouille d’or en laquelle estoit enchassée une grosse émeraude verte (la dame s’en servait et nous l’apprend non sans quelque vanité, lorsque la reine offrait aux dames de sa cour une de ces réunions intimes où chacune était priée «d’apporter son ouvrage»); plus vingt et trois anneaux d’or passés dans une petite chaisne d’or, un pour chacune année de notre union, et à chacun desquels il y a un diamant du prix de deux ou trois cents francs.»

Voilà de quoi faire rêver, en sens opposés peut-être, nos élégantes d’aujourd’hui et leurs tendres époux!

Un demi-siècle plus tard, cependant, au début du XVIIe, un simple particulier comme Jacques Duchié, demeurant rue des Prouvaires, était connu pour posséder joyaux et pierres précieuses «ainsi que maintes autres curiositez», dont l’une tout au moins passait aux yeux du célèbre amateur et de ses amis comme infiniment plus précieuse que toutes les joailleries d’Ophir, une certaine «poudre venue d’Orient et fort propre à changer l’eau en vin».

Il se trouvait alors, en France, un assez grand nombre de ces cabinets de «curieux» un peu «bric-à brac» comme les connaissances scientifiques dans les cervelles: on en connaissait aussi bien en province qu’à Paris même, et leurs possesseurs ouvraient généralement leur porte aux honnêtes gens qui désiraient s’instruire.

La vogue s’en répandit assez pour qu’un rimeur d alors, Gilles Corrozet ait pu faire imprimer — cela devait donc s’acheter? — un opuscule intitulé le Blason du Cabinet. Voici comment il y décrit, en vers très pauvres, la partie réservée «aux très riches joyaux».

Cabinet garni de ceintures ,

De chaisnes, de boutons tresbaulx

De mancherons, de bracelets,

De gorgerins et de colletz

De perles d’Orient semetz;

De gants lavez et parfumez

De muscq plus cher qu’or de ducat

D’ambre fin, de savon muscat

Et parmi tant divers joyaux

Sont les riches et gros signaux ,

Les patenostres cristallines ,

De perles et de fins rubis.....

Comme on peut le voir, les verrines qui contiennent les trésors d’un amateur au commencement du XVIIe siècle en Europe peuvent rivaliser avec nos belles collections d’aujourd’hui, avec cette différence cependant que nous avons cessé de compter les gants parmi les joyaux, fussent-ils parfumés non de savon muscat, mais des essences les plus chères qu’on achète rue de la Paix.

A cette époque, le cardinal Mazarin était considéré — assez justement sans doute — comme le premier des collectionneurs de bijoux de son temps, et les finances du pays s’en ressentirent. Mais quoi? Il ne volait pas l’État davantage que ne l’ont fait autour de lui ou n’avaient fait avant lui tant d’autres fonctionnaires appelés à manier l’argent public,... et il avait du goût: nous pouvons donc lui pardonner et, d’ailleurs, il y a prescription.

Le cardinal ne connaissait guère de rivaux dignes de lui, comme collectionneurs de joyaux, bien qu’il existât dans Paris alors «bien d’autres cabinets de curieux qui ne sont que de petites figures de pierreries, tel que celui de M. Feydeau, chanoine de Notre-Dame et aumônier du Roy, d’autres de coupes de chalcédoine ou d’onyx...».

Pl. I

1. — Amours bijoutiers. Fresque de la Casa dei Vettii (Pompei).

(Cliché Alinari).

2. — Buste Gréco-Phénicien d’une dame parée de bijoux.

(Cliché Giraudon).


Pl. II

1. — Croix en argent fondu (France), XIe siècle.

2. — Rosaire en agate (France), XVIe siècle.

3. — Triptyque-médaillon (Flandres), XVIe siècle.

4. — Montre en forme de croix (France), XVIe siècle. Cristal de roche.

(Clichés Giraudon).


Sous le règne de Louis XIV, l’éclat de Versailles comme centre de luxe et d’art nous empêche aujourd’hui encore d’imaginer d’autres collections que celle des bijoux rassemblés dans la chambre du Palais royal, qu’on nommait par tradition comme on le faisait sous Charles V: la salle des joyaux. Cependant, même alors, seigneurs ou simples bourgeois avaient su réunir dans leurs demeures assez de bijoux anciens, cachets, intailles et pierres gravées pour que le nom de ces collectionneurs fût connu du public et soit parvenu jusqu’à nous grâce aux annuaires ou guides qui les indiquaient à leurs lecteurs, tel cet ancêtre de notre Bottin mondain qui fut publié en 1673 sous le titre suivant: Noms des curieux de Paris, avec leurs demeures et la qualité de leur curiosité.

Il est inutile de les citer tous, puisque aussi bien les choses charmantes réunies par eux avec tant d’amour ont été dispersées ou détruites par le malheur des temps. Néanmoins, l’amateur d’aujourd’hui peut trouver du plaisir à savoir qu’il a eu pour émules jadis des artistes comme le sculpteur Girardon, ou le «jardinier» Le Nôtre.

M. de Richaumont, en l’Isle du Palais, qui ne fréquentait pas à Versailles, était riche en pierres fines, presque autant que le célèbre voyageur Tavernier, créé baron d’Eaubonne, dont l’appartement rue du Colombier contenait de véritables trésors en diamants, gemmes et perles d’Orient et «bijoux des pays de Golconde».

Cependant, le siècle de Versailles, qu’il faut bien convenir avoir été un peu pédantesque jusqu’en ses distractions, méprisait, en général, les collectionneurs de «babioles» ; il a eu la folie des bijoux et des pierres précieuses, nous l’avons déjà vu; de même avons-nous compris pourquoi la mode avait pu s’en répandre jusque chez «les demoiselles de la bourgeoisie», grâce aux relations plus fréquentes qui s’étaient établies avec les pays d’Orient producteurs de pierres fines; mais ces joailleries somptueuses, il les a aimées comme des parures vivantes sous la lumière des lustres à Versailles et non comme objets de collections.

Sous Louis XV les mœurs se transforment à cet égard, les grandes fortunes ont fondu dans la fournaise des réceptions à la Cour; les pensions que peut servir une cassette royale appauvrie ne permettent plus les folles prodigalités, sauf pour les favorites; celles-ci vont posséder dans leurs écrins des richesses constamment renouvelées par leur caprice, et ceux de Mme de Pompadour ou de la Dubarry sont restés célèbres; les autres, courtisans et riches bourgeois, conserveront précieusement en leurs «verrines» les joyaux qu’ils auront sauvés ou acquis, jusqu’au jour où, cédant au goût de l’époque pour l’agio, ils les enverront aux feux des enchères comme fit le duc de Tallard en 1756, dont il retira la somme considérable pour le temps de 331.369 livres.

Le prince de Conti, fastueux en ses habits presque autant que le duc de Lauzun, avait une collection de bagues célèbres et d’un caractère assez particulier. Il possédait plus de quatre milliers d’anneaux, presque tous enrichis de gemmes précieuses, ne voulant, tel Héliogabale, jamais porter deux jours de suite le même bijou; et comme beaucoup de Français d’alors et... d’aujourd’hui, étant aussi sans discrétion aucune au sujet de ses aventures sentimentales, il affirmait volontiers que chacun de ces joyaux était le souvenir d’amour d’une dame différente.

Le financier Crozat, ami et protecteur de Watteau, possédait, avec un ensemble réputé de pierres gravées, une collection nombreuse de tabatières, boîtes à mouches ou bonbonnières. Palissot avait réuni près de huit mille boutons d’habit, dont un certain nombre en or ou argent repoussé ; il est vrai que la mode ayant changé, les boutons de métal n’avaient à ce moment-là aucune valeur «marchande » ; sa collection avait dû surtout lui coûter beaucoup de patience persévérante, et c’est ainsi que procèdent les véritables amateurs... quand ils ne sont pas riches.

On connaissait aussi, pour avoir de nombreux bijoux et pierreries dans leurs cabinets, les ducs de Rohan et de Châtillon, le prince de Turenne, les financiers Blondel, de Gagny, Grimod de la Reynière dont la femme était si charmante, Pâris-Montmartin, mais aussi de simples bourgeois comme ce M. Le Jeuneux qui, dans son appartement de l’hôtel Chavigny, rue d’Enfer, abritait un riche ensemble «d’ouvrages précieux en filigrane, pierres gravées, gemmes et divers bijoux » ; et enfin, tous les antiquaires et marchands — qui déjà étaient presque aussi nombreux qu’aujourd’hui au regard d’une population moins dense, — mais dont la réputation était alors beaucoup plus mauvaise encore que de nos jours, sur le chapitre de l’honnêteté. Un collectionneur n’aime jamais qu’on l’aide à se tromper, encore moins qu’on le trompe, et la philosophie que Paul Eudel a cherché à inculquer sur ce point à ses confrères en curiosité ne saurait donner de résultat.

Le coup d’œil rapide que nous venons de jeter, au cours de ces pages, sur l’histoire des curieux de bijoux, ne semblerait évidemment pas suffisant à tels de nos lecteurs, s’ils ne trouvaient ici quelques indications sommaires sur un petit nombre au moins de joyaux célèbres qu’ils peuvent avoir l’occasion de rencontrer dans des vitrines de musées.

On sait que Charles le Téméraire, grand amateur de pierres précieuses, avait confié trois gros diamants pour les tailler à ce Louis de Berqueen ou de Berchem auquel est souvent attribuée, sur la foi d’un sien descendant, l’invention de la taille à facettes. Ces gemmes ont chacune leur histoire, et qui peut intéresser particulièrement des lecteurs français.

L’une d’elles est le Sancy qui appartenait, avant la révolution russe, à la famille Demidoff après avoir subi d’étranges avatars. Le Téméraire la portait sur son heaume à la bataille de Granson où il fut tué. Un soldat suisse qui la trouva sur son corps la prit et la vendit à un prêtre pour deux livres tournois;celui-ci la rétrocéda presque aussitôt pour trois livres à un inconnu mieux avisé peut-être qui disparut aussitôt.

En 1589, ce diamant se trouvait, — à la suite de quelles aventures? — à la Cour de Portugal. Le roi Antoine momentanément gêné, car le mal «d’impécuniosité » atteignait parfois les monarques en ces temps-là, le céda en gage au trésorier du roi de France Nicolas Harlay de Sancy qui finit par l’acquérir définitivement pour le prix de cent mille livres.

Mais le roi de France à son tour eut besoin d’argent pour lever en Suisse une troupe de lansquenets. La famille de Sancy le prêta donc à Henri III pour être mis en gage et un émissaire sûr l’emporta, qui devait le remettre au Gouvernement suisse. Sur la route, attaque de brigands; l’homme fut tué.

Comme, à cette époque, les grands avaient confiance en la vertu des humbles, on pensa qu’il restait peut-être une chance de retrouver la gemme précieuse, et l’on exhuma le cadavre... dans lequel le diamant fut retrouvé, en effet, car le sentiment du devoir ne semblait pas un vain mot alors, même à l’abri de toute sanction, et l’envoyé d’Henri III, sur le point de mourir, avait avalé la pierre.

Le second de ces diamants appartient aujourd’hui à l’écrin pontifical; il orne un des anneaux du pape.

On considère généralement comme un des diamants les plus parfaits, bien qu’il ne soit pas le plus gros de beaucoup, celui qu’on appelle aujourd’hui le Régent et qu’on peut contempler au Louvre au milieu des joyaux de la couronne.

La taille l’a fait passer de 410 carats au poids de 136 seulement. C’est une gemme de forme presque carrée, à doubles facettes, ce qui lui donne un éclat incomparable. Acheté brut au prix de 312.000 francs par l’aïeul du fameux M. Pitt, alors qu’il était gounerneur du fort Saint-Georges à Madras, pour le compte de sa Gracieuse Majesté britannique, il fut acquis en 1717 par le duc d’Orléans, alors régent du royaume de France, pour la somme de 3.375.000 fr. Dans l’inventaire des joyaux de la couronne après la chute de l’Empire, en 1871, sa valeur fut estimée seulement à 1.200.000 francs.

Tout le monde connaît la légende qui attribue une influence maléfique à la possession du Ko-hi-nour ou montagne de lumière. Ce diamant prodigieux avait été donné au sultan Aureng-Zeb, ainsi d’ailleurs qu’une autre pierre célèbre que l’explorateur Tavernier a décrite et que nous connaissons sous le nom de «Grand Mogol», alors que les Persans, la nomment Deryah-hi-nour: océan de lumière. Ce serait une longue histoire de raconter la série de vols, de meurtres, de catastrophes qui marquèrent, en effet, la destinée de ce joyau, jusqu’au jour où un descendant «libertin» de Runget-Sing, roi du Pundjab, le vola dans le temple sacré de Jaggernaut dont il était la gloire; le châtiment céleste ne se fit pas attendre et quelque temps après le Pundjab tombait au pouvoir des troupes anglaises... armées de canons. Lord Dalhousie acheta le Ko-hi-nour et en fit présent — un cadeau de 600.000 francs! — à la reine Victoria d’Angleterre en 1849.

Nous citerons seulement, afin de ne pas prolonger sans utilité cette énumération, le diamant noir connu sous le nom de l’Étoile du Sud, et les pierres illustres qui faisaient partie du trésor impérial russe, le brillant parfaitement rouge du tzar Paul Ier: l’Orloff qui avait formé originairement un des yeux de la célèbre statue de Brahma dans le temple de Scharingham avant de venir orner la couronne de Catherine II; le Schah, prisme irrégulier de 95 carats qui appartint d’abord au monarque de Perse; la Lune des Montagnes, et l’Étoile Polaire dont le poids est seulement de 40 carats, mais l’eau admirablement pure, et qui appartint aux princes Youssoupoff.

Enfin, donnons en finissant une mention au brillant qu’on appelle: le Grand-Duc de Toscane. Il appartenait à la maison d’Autriche, et tout d’abord à Charles le Téméraire qui le perdit à la bataille de Moret, ce qui ne signifie pas absolument que ce prince fut un homme distrait ou peu soigneux, mais plus simplement qu’il avait tort d’emporter sur lui ses joyaux quand il allait à la bataille.

Avant d’étudier quelques-unes des fraudes qui de tout temps pour les bijoux neufs, et aujourd’hui encore pour ceux qu’on trouve chez les antiquaires, menacent de tromper les acheteurs, nous aurons intérêt à suivre dans un examen rapide quelles ont été les mesures légales prises au cours des siècles par les pouvoirs publics en France dans le dessein de prévenir ces fraudes, en ce qui concerne la valeur intrinsèque des métaux précieux.

Les anciennes Coutumes des Orfèvres de Paris en 1260 déclarent en leur article II: «Nuls orfèvre ne peut ouvrer d’or à Paris qui ne soyt à la touche de Paris ou mieudres », et pour l’argent: «Orfèvre ne peut euvrer à Paris d’argent qui ne soyt aussi bon qu’estellins ».

ARMOIRIES DE LA COMMUNAUTÉ DES ORFÈVRES DE PARIS, OCTROYÉES PAR PHILIPE LE BEL.

Au chef d’azur semé de fleurs de lis. A la croix dentelée d’or sur champ de gueules écartelant l’écu qui porte aussi 1 et 4 à la couronne d’or; 2 et 3 au ciboire d’or.

FIG. 2.


Philippe III le Hardi, quinze ans plus tard, établissait le titre de l’argent en France sur celui du gros tournois, cette monnaie que Louis IX avait fait frapper à Tours et qui était à 11 deniers douze grains. C’est ce qu’on nomma désormais: argent du roi, argent de Paris et titre de Paris. En même temps et pour être assuré que ses ordonnances seraient observées, il ajouta que désormais «chaque ville où il se trouverait des orfèvres formant corps de communauté aurait son seing propre ou poinçon commun pour marquer les ouvrages de chacun d’eux ».

La peine prévue contre les contrevenants était la confiscation de l’ouvrage, mais Philippe le Bel, cet honnête homme qui a mérité devant l’histoire le titre de «roi faux-monnayeur» aggrava la peine par son ordonnance de 1313, en édictant que le coupable «non seulement perdrait l’argent, mais, encore, serait puni de corps».

Pl. III

1. — Bas-relief indo-chinois. Figure de déesse.

2. — Fresque (fragment) de Pompei (Casa dei Vettii). La figure de femme coiffée d’un diadème. Collier, Bracelets. Boucles d’oreilles.

3. — Couvercle de sarcophage étrusque. Collier orné de phallos. Bracelets. Chaîne-sautoir. Ceinture à boucle ronde. Anneaux aux oreilles.

(Clichés Giraudon).


PI. IV

1, 2, 6. — Bijoux en filigrane (Italie) Mauresques, XIVe s.

3. — Bijoux en granulé. Mauresque (étui à amulette).

4. — Bijoux en argent fondu. Dalmatie.

(Clichés Alinari et Giraudon).


Un atelier d’orfèvre au XVIe siècle d’après le: Panoplie d’Hartin Schopperus, gravé par J. AMMON.

FIG. 3.


Pour plus de sûreté encore, les orfèvres étaient tenus de travailler coram. populo, «devant tenir leurs boutiques en lieux apparens dans lesquels ils auront leurs forges et fourneaux, scellez en piastre, et non en arrière-boutiques, salles ou chambres secrètes ni autres lieux» (fig. 3, p. 61).

Il y eut très rapidement des privilégiés d’ailleurs, — toute loi étant faite pour être violée, — et, un siècle plus tard, une ordonnance du prévôt des marchands de Paris admettait «en cas qu’ils (les orfèvres) soient obligez d’en avoir dans des arrière-boutiques ou salles basses pour des ouvrages délicats et qui ne peuvent être travaillez au grand jour, ils seront, du moins, tenus de prendre sur ce la permission des maistres et gardes de la corporation».

Charles V obligeait les bijoutiers à faire poinçonner par la maîtrise chacun des éléments qui entrait dans l’ensemble d’une ceinture d’or ou d’argent, et d’y apposer également leur propre poinçon. Cela devait être pour le client une double garantie.

Mais les orfèvres d’alors devaient mériter, du moins pour quelques-uns, la mauvaise réputation qui leur était faite, car beaucoup d’entre eux ayant passé à l’étranger et y marquant des ouvrages «de leur poinçon de maistre sans plus contrôle de titre», il apparut indispensable au roi Louis XII d’ordonner le remplacement de tous les poinçons particuliers de maîtres du royaume, avec obligation pour chacun d’eux d’en déposer le modèle ne varietur en la Cour des Monnaies» et de le faire insculper sur une table de cuivre spéciale, dite table des maîtres».

C’est alors que les orfèvres-joailliers de Paris obtinrent pour la première fois qu’un «différent» particulier distinguât leur poinçon de maître de ceux des orfèvres de province. Il consista en deux grains «placez uniformément en chaque poinçon entre les pieds de la fleur de lys et le contre-seing ou devise propre de l’orfèvre».

C’est ce qu’on appelait les grains de remède du poinçon de Paris; et cette marque spéciale devait désigner à l’acheteur un titre mieux contrôlé et généralement «plus près du fin» que celui auquel travaillaient nombre d’orfèvres des provinces.

Ces artisans parisiens étaient assez fiers de cette supériorité jointe souvent à une habileté plus grande. Aussi n’ont-ils rien négligé pour en maintenir la tradition dans leur communauté même. aussi bien que pour se défendre contre les empiétements que tentaient continuellement les corporations voisines des merciers-joailliers, boutonniers, horlogers ou lapidaires.

Eux, orfèvres-joailliers, étaient un des six corps des marchands de Paris qui avaient le privilège d’envoyer des députés pour «porter le dais ou ciel sur la personne des Roys faisant leur entrée solennelle dans Paris, et de complimenter leurs Majestez dans les grands événements» et enfin d’être éligibles aux charges municipales et consulaires.

Aussi, n’eurent-ils de cesse dans leurs revendications continuelles contre leurs concurrents. La lutte avait commencé à une époque très ancienne quand les merciers-joailliers, par exemple, s’étaient permis de vendre certains ouvrages d’orfèvrerie, sans vouloir accepter la visite domiciliaire de contrôle des gardes-orfèvres (le premier arrêt du Parlement en faveur des orfèvres-joailliers date de 1328) ; elle continuait en 1589 après les différents arrêts qu’avaient pourtant rendus dans le même sens parlements et rois successifs.

Les orfèvres obtinrent d’ailleurs gain de cause et, au XIIIe siècle, il était admis sans discussion que leurs gardes avaient droit de visite partout où se travaillaient matières d’or et d’argent, chez les merciers-joailliers qui vendaient des bijoux de filigrane, des croix, des médailles de piété ; chez les maîtres-lapidaires pour constater si, à l’encontre de l’arrêt du Conseil d’État de 1673, ils ne montent pas eux-mêmes ni ne mettent en vente des pierreries montées par eux; chez les horlogers auxquels il est permis de fabriquer s’ils le veulent des «boëtes ainsi que toutes sortes d’ornements d’or et d’argent pour leurs montres ou horloges», mais avec interdiction d’employer pour ce travail aucun compagnon orfèvre sous peine de confiscation et d’une amende de 40 sols parisis par contravention».

La corporation des orfèvres-joailliers s’autorisait d’ailleurs à juste titre, en montrant une telle sévérité à l’encontre des communautés d’artisans qui pouvaient comme eux travailler les métaux précieux, du fait qu’elle acceptait pour elle-même, pour ses maîtres, le contrôle de l’État, et le plus étroitement appliqué ; elle avait à craindre, en effet, ceux qui tentaient d’échapper à l’obligation du poinçonnage, avilissant ainsi dans le public le prestige des métaux précieux, et ceux-là aussi qui fraudaient plus cyniquement encore par la contrefaçon des poinçons de contremarque.

Les ordonnances royales sont nombreuses qui, à la demande du corps des orfèvres-joailliers, corrigent, commentent ou complètent les règlements relatifs aux poinçons d’État, depuis 1472 jusqu’au début du XVIIe siècle. A cette date, ils étaient enfin devenus ce qu’ils sont restés depuis lors à peu près sans changements; c’est-à-dire que sur les quatre grandeurs qu’on utilise suivant les dimensions des objets à marquer, les trois premières représentent une même lettre de l’alphabet — couronnée sous la Royauté et l’Empire — laquelle change annuellement selon la suite ordinale des lettres «à chaque changement de gardes».

Poinçon de la communauté des orfèvres de Paris au XVIIIe siècle.

FIG. 4.


Nous avons la suite des poinçons depuis 1472; les caractères employés sont restés les minuscules gothiques jusqu’en 1621.

Les contrefacteurs étaient condamnés à faire amende honorable d’abord, et «à être penduz et étranglez» ensuite.

Quant au titre légal pour l’or des bijoux, ce titre qu’attestait la marque du poinçon, il a varié dans nos pays d’Europe, en s’abaissant, comme on peut le supposer à priori, à mesure que se perfectionnaient les moyens matériels d’exécution et les procédés industriels. C’est ainsi qu’à l’origine, les artisans honnêtes le travaillaient à l’état de pureté native, pour ainsi dire, ce qui n’empêchait pas les autres de vendre comme joyaux précieux des objets exécutés en cuivre doré ou plaqué ; puis on reconnut que l’alliage d’une certaine quantité de cuivre lui donne des qualités nouvelles de résistance, et l’habitude devint générale de ne plus employer l’or que mélangé au cuivre et à l’argent. Tout d’abord, les proportions de métal précieux et de cuivre ne furent indiquées que pour servir les artisans; on leur donnait là une recette de métiers implement, mais il fallut bientôt compter avec la malhonnêteté des gens et la tentation d’un gain trop facile. Le titre fut réglementé et comme à cette époque, c’est-à-dire au XIVe siècle chez nous, les ouvriers bijoutiers ne savaient exécuter certaines opérations de sertissage ou de soudure qu’avec de l’or très proche du «fin», une ordonnance du prévôt des marchands faisait défense à tous orfèvres de Paris de «besoingner ou faire besoingner d’or pour marchands, si l’or n’est à vingt et deux carats, sans remède ».

Il en fut ainsi pendant une centaine d’années, et la technique du bijou, durant ce temps, se ressentit d’avoir observé ce règlement; mais lorsque, avec les modes de la Renaissance italienne, les artisans français durent modifier leurs habitudes, mouvementer les formes des bijoux, émailler les pièces en tout ou partie, et pour ce faire, employer la soudure plus souvent qu’ils ne le faisaient auparavant, le roi François Ier dut atténuer la rigueur des anciennes ordonnances et accorder aux orfèvres une première tolérance d’un quart de carat en 1540 et, trois ans plus tard, d’un demi-carat afin de leur permettre de soutenir le titre.

Au XVIIIe siècle, sans qu’un nouveau règlement fût intervenu, on admettait que les menus objets d’or, tels que tabatières, croix, boîtes de montres, boucles, étuis, boutons et autres, que vendent communément les merciers-joailliers, fussent au titre de 20 carats seulement .

Comme nous venons de l’écrire, toutes ces ordonnances, ces édits, ces règlements n’ont pas empêché les fraudes d’être fréquentes sur les métaux précieux au moyen âge. Aujourd’hui, le doublé-or se vend à visage découvert, il est vrai; mais sa qualité varie cependant suivant qu’il est constitué, ou par une plaque de cuivre sur laquelle les procédés actuels très perfectionnés de dorure permettent de ne déposer qu’une pellicule d’or infiniment ténue , ou par une plaque d’or d’épaisseur mesurable incorporée au cuivre par laminage; et sa valeur dépend, par conséquent, de la seule confiance du public en l’honnêteté des fabricants. Mais au moyen âge, les âmes étaient plus simples qu’aujourd’hui, et les bijoutiers trompaient assez souvent leurs clients en leur vendant pour métal précieux du cuivre, de l’étain simplement dorés ou argentés; en composant des alliages au-dessous du titre, parfois en colorant, sans plus, le cuivre après l’avoir travaillé.

Il va sans dire que nos bons artisans du XIIIe siècle n’avaient pas inventé l’art de «piper» le client, et parfois au hasard d’une lecture, on peut se rappeler que le monde antique n’a rien eu à nous envier sous ce rapport; c’est pourtant dans l’excellente intention de mieux protéger le public que chez nous, au XVe siècle, on ordonna aux orfèvres «de tenir en lieu éminent dans leurs boutiques un tableau contenant la valeur du marc d’or et d’argent, des titres auxquels ils doivent travailler, avec les diminutions du marc afin de se conformer aux prix donnez aux dites matières, tant en vendant qu’en achetant».

Il n’y a rien de nouveau sous le soleil!

Mais cela c’est seulement un peu de petite histoire, et de savoir que les marchands ont de tous temps essayé de tromper leurs clients ne garantirait pas un acheteur d’aujourd’hui contre les risques d’être dupé — non certes pour l’acquisition d’un bijou moderne — mais plutôt pour celle de joyaux anciens chez les antiquaires ou marchands de curiosités, si par aventure, il est collectionneur.

Il peut être trompé, ou se tromper lui-même, sur la valeur intrinsèque du métal, ou sur celle des pierres, ou enfin sur l’authenticité même de la pièce qu’il convoite. Mais la fraude n’existe, en réalité, qu’à partir d’une certaine disproportion entre le prix demandé et la valeur fictive de l’objet, et voilà précisément une limite bien difficile à établir.

Pl. V

Amulettes; ménisques, boîtes à musc, barques d’Osiris. Statuettes du dieu Bès. Bagues (Egypte),

(Clichés Giraudon).


Pl. VI

1, 2. — Boucles d’oreilles à parfum. Art mauresque, XIVe s.

3. — Anneau d’oreilles hindou.

4, 5. — Boucles phéniciennes. Or et pâtes incrustées.

6, 7, 8, 9. — Boucles italiennes en or martelé et repoussé en bossettes.

10. — Boucle dalmate.

(Clichés Giraudon).


Il existe, par exemple, à Rome encore aujourd’hui des ateliers où l’on fabrique de faux bijoux étrusques; les ouvriers y ont acquis l’habileté suffisante dans l’exécution du granulé pour que leur travail puisse rivaliser avec celui qu’eût pu exécuter un artisan étrusque ordinaire; les modèles anciens sont copiés assez fidèlement, et enfin le métal employé est de l’or — à un titre plus bas que celui des anciens, mais de l’or.

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Data wydania na Litres:
15 stycznia 2025
Objętość:
270 str. 67 ilustracji
ISBN:
4064066333867
Wydawca:
Właściciel praw:
Bookwire
Format pobierania:

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