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Emmanuel de Rougé
Les monuments égyptiens exposés dans le Musée du Louvre

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066327453
Table des matières
DU LOUVRE.
AVERTISSEMENT.
AVANT-PROPOS.
RÉSUMÉ DE L’HISTOIRE D’ÉGYPTE.
CHRONOLOGIE
HISTOIRE DE L’ART EN ÉGYPTE.
EXPLICATION DES PRINCIPAUX MONUMENTS
EXPOSÉS DANS LES SALLES ÉGYPTIENNES DU MUSÉE DU LOUVRE.
SALLE HENRI IV.
A.
B.
C.
D.
SALLE D’APIS.
SALLE HISTORIQUE.
ARMOIRE A.
ARMOIRE B.
ARMOIRE C.
ARMOIRE D.
BOITES DE MOMIE E, F.
VITRINE H.
VITRINE I, J, K, L, M.
VITRINE N.
VITRINE O.
VITRINE P.
VITRINE Q.
VITRINE R.
VITRINE S.
SALLE CIVILE.
ARMOIRE A.
ARMOIRE B.
ARMOIRE C.
ARMOIRE D.
ARMOIRE E.
VITRINE F.
VITRINE G.
ARMOIRE II.
VITRINE I.
VITRINE J.
ARMOIRE K.
VITRINE L.
VITRINES M et N.
VITRINE O.
VITRINE P.
VITRINE Q.
VITRINE R.
VITRINE S.
VITRINE T.
VITRINE U.
VITRINE V.
VITRINE X.
VITRINE Z.
SALLE FUNÉRAIRE.
ARMOIRE A
ARMOIRE B.
ARMOIRE C.
ARMOIRE D.
ARMOIRE E.
VITRINE F.
VITRINE G.
ARMOIRE H.
ARMOIRE K.
VITRINE L.
VITRINE M.
ARMOIRE N.
SALLE DES MONUMENTS RELIGIEUX.
ARMOIRE A.
ARMOIRE B.
PTAH.
RA, ou LE SOLEIL.
MONT.
ANHOUR ET SCHOU.
MA.
SELK.
SEKHET.
NOWRE-ATOUM.
HOBS.
HATHOR.
ARMOIRE C.
NOUT.
SEB.
OSIRIS.
SET.
ISIS.
NEPHTHYS.
ANUBIS.
LES QUATRE GÉNIES FUNÉRAIRES.
THOTH.
ARMOIRE D.
ARMOIRE E.
HORUS SUR LES CROCODILES.
VITRINE F.
VITRINE G.
ARMOIRE H.
VITRINE I.
VITRINE J.
ARMOIRE K.
VITRINE L.
VITRINE M.
VITRINE N.
VITRINE O.
VITRINE P.
VITRINE Q.
ARMOIRE T.
DERNIÈRE SALLE DE LA GALERIE ÉGYPTIENNE.
DU LOUVRE.
Table des matières

AVERTISSEMENT.
Table des matières
La première édition de cette Notice remonte à l’année 1855. Depuis cette époque, l’accroissement de la collection égyptienne a nécessité de nouveaux aménagements, desquels il résulte que les désignations données par le livret ne sont plus d’accord avec le classement actuel des monuments. De plus, les immenses progrès accomplis dans le déchiffrement des hiéroglyphes pendant ces vingt dernières années ont dû entraîner certaines modifications du texte primitif et certaines indications nouvelles. M. de Rougé, comprenant l’urgence d’une édition rectifiée, se préparait à l’exécuter lorsqu’une mort bien cruelle et bien imprévue est venue nous enlever cet éminent égyptologue qui était une des gloires de la science française.
Cependant l’intérêt du public ne permettait pas à l’administration du Louvre de supprimer un livret très-apprécié des visiteurs, et qui fait autorité dans le monde savant; car, malgré son peu d’étendue et sous sa forme modeste de catalogue, c’est un excellent manuel d’initiation aux études d’archéologie égyptienne. On ne pouvait, non plus, continuer de le mettre en vente dans sa rédaction première. En conséquence, j’ai cru devoir m’imposer le travail de révision que mon vénéré maître n’avait pas eu le temps d’accomplir. Toutefois, je me suis fait un devoir de respecter son texte, en n’introduisant que sous forme de notes, signées de mes initiales P. P., les additions que j’ai jugées nécessaires, ou en plaçant entre crochets, dans le corps de l’ouvrage, les descriptions d’objets nouveaux.
Du reste, les modifications d’ordre purement scientifique sont presque nulles. Le coup d’œil de M. de Rougé était si pénétrant et si sûr, ses assertions étaient si prudentes que les nouvelles découvertes ont en général confirmé ses vues, loin de les contredire ou même de les modifier.
Ce livret pourra, je l’espère, fournir encore une longue carrière et permettre aux hommes d’étude d’attendre les catalogues détaillés qui le compléteront, mais qui ne le remplaceront pas.
15 janvier 1873.
PAUL PIERRET,
Conservateur-Adjoint du Musée Égyptien.
AVANT-PROPOS.
Table des matières
Un musée égyptien n’était, au commencement de notre siècle, qu’une collection d’objets antiques dont la signification, l’âge et souvent la véritable origine restaient également inconnus. S’il n’en est plus de même aujourd’hui; si nous pouvons expliquer la destination de chaque monument et définir son âge historique; si nous savons nommer les souverains qui ont construit ou réparé les temples d’Égypte, et reconnaître leurs figures dans les statues de nos musées; si la religion de Thèbes et de Memphis a laissé pénétrer ses principaux mystères, c’est à Champollion que revient la gloire d’avoir créé ces lumières inespérées. Les travaux de notre illustre compatriote ont fondé toute une science nouvelle. Avant qu’on eût déchiffré les textes égyptiens, on ne connaissait, de l’histoire des Pharaons, que quelques traditions recueillies par les auteurs grecs et reproduites dans des récits incomplets et souvent contradictoires. Des listes de rois, peu concordantes entre elles et d’une authenticité douteuse, donnaient seules quelques idées sur la succession des temps et sur les grandes révolutions qu’avait subies la vallée du Nil. Aussi les premiers chronologistes chrétiens n’avaient-ils pas pu établir une concordance satisfaisante entre l’histoire hébraïque et l’histoire égyptienne pour les événements rapportés dans la Bible, même jusqu’à l’époque de Salomon. Au delà, tout était incertitude. Si les voyageurs continuaient d’âge en âge à venir admirer les ruines de Thèbes, ils n’y trouvaient plus, comme au temps des Romains, le prêtre qui pouvait leur expliquer les scènes sculptées sur les vieux pylônes; l’époque historique des monuments, le nom des rois vainqueurs et celui des nations vaincues, tout était retombé dans un oubli qu’on pouvait croire éternel.
Même après la grande publication de la commission d’Égypte, on n’avait pas remarqué, sur les monuments des époques les plus distantes, des différences assez sensibles pour qu’on pût songer à tracer une histoire de l’art égyptien, et l’on avait cru trouver des indices de la plus extrême antiquité sur les temples que nous reconnaissons aujourd’hui pour les œuvres des Ptolémées et des Césars.
La confusion était à peu près aussi complète en ce qui concerne la mythologie des Égyptiens: défigurée, chez les auteurs grecs, par des assimilations arbitraires avec les divinités helléniques; étouffée, chez les gnostiques, sous les uperstitions empruntées à divers peuples d’Asie; interprétée d’une manière suspecte tant par les premiers apologistes chrétiens que par les philosophes néoplatoniciens, la religion de la vallée du Nil restait aussi peu connue dans ses détails que dans ses croyances fondamentales.
Nous sommes heureusement sortis de cette complète ignorance à la suite de Champollion; mais, pour jouir des résultats que nous devons au déchiffrement des hiéroglyphes, avec une entière sécurité d’esprit et avec une conviction éclairée sur la certitude de nos méthodes de déchiffrement, il faudrait se livrer à des études longues et difficiles que peu d’hommes instruits ont le temps ou la volonté d’entreprendre. Un esprit raisonnable sera néanmoins entraîné à nous accorder quelque croyance en remarquant que tous les pays civilisés comptent aujourd’hui, parmi l’élite de leurs savants, des hommes qui consacrent leurs veilles à cette étude si féconde.
Il sera peut-être utile, pour augmenter la confiance que nous demandons aux lecteurs, d’exposer brièvement à l’aide de quels moyens le déchiffrement des textes égyptiens a été entrepris et se poursuit aujourd’hui avec tant de succès dans tous les centres scientifiques de l’Europe.
Le premier espoir du déchiffrement des hiéroglyphes fut donné par une inscription trouvée à Rosette et conçue en trois sortes d’écritures. La partie grecque faisait savoir que le même texte devait être reproduit sur ce monument, d’une part en langue grecque, et, de l’autre, dans l’écriture sacrée et dans l’écriture vulgaire de l’Égypte. Young, le premier, entreprit de décomposer en lettres le nom du roi Ptolémée Le groupe où l’on croyait le reconnaître était désigné à l’attention par une sorte de nœud ou d’enroulement elliptique que nous nommons cartouche, et dans lequel se trouvaient renfermés les signes servant à écrire le nom royal. Mais, quoique Young eût rencontré juste, quant au nom lui-même et quant à la valeur de certaines lettres, cet essai resta stérile entre ses mains, parce qu’il ne sut pas, dans son déchiffrement, démêler les vrais principes de l’écriture égyptienne. Champollion, reprenant cette idée, et comparant le nom de Ptolémée à celui de Cléopâtre, trouvé sur un autre monument bilingue, réussit à assurer la valeur d’un certain nombre de lettres. A l’aide de cette première decouverte, il eut bientôt déchiffré beaucoup d’autres noms grecs et romains, écrits en hiéroglyphes sur les monuments. Un second pas lui livra quelques mots égyptiens écrits avec ces mêmes lettres, et il put, du même coup, constater plusieurs principes très-féconds: 1° il y avait, au milieu des autre-signes, un certain nombre de lettres simples ou un alphabet hiéroglyphique; 2° ces lettres ne servaient pas seulement à écrire des noms propres étrangers, mais aussi des mots égyptiens; 3° ces mots dont le sens était connu par le texte grec, s’expliquaient très-bien par la langue copte, langue usuelle des premiers chrétiens d’Égypte.
Ces premières conquêtes portaient exclusivement sur les caractères égyptiens alphabétiques, mais les anciens attestaient unanimement que les Égyptiens avaient possédé des caractères symboliques, c’est-à-dire des signes qui valaient à eux seuls un mot, une idée entière. On connaissait même, par divers auteurs, l’explication de plusieurs de ces signes. Champollion retrouva et expliqua, par le texte grec de Rosette, un grand nombre de ces caractères symboliques. Il entrait dès lors dans l’intelligence des lois savantes et harmonieuses qui enchaînaient, chez les Égyptiens, l’usage simultané de ces deux sortes de caractères qui se fondaient en un seul système d’écriture. Ses idées, exposées de plus en plus clairement dans ses publications successives, furent enfin réduites en un code régulier dans sa grammaire hiéroglyphique. Il ne put mettre la dernière main à cet ouvrage, qui ne parut qu’après sa mort. La tâche de ses successeurs fut encore immense: il fallait donner aux diverses formules de l’écriture hiéroglyphique plus de précision, aux valeurs proposées une démonstration plus rigoureuse; il fallait poursuivre l’œuvre à peine commencée du dictionnaire et compléter la grammaire, dont la syntaxe n’était pas même ébauchée; il était nécessaire de comparer l’ancienne forme de la langue, constatée par le déchiffrement, avec les divers dialectes du copte, et de reconnaître les lois qui avaient présidé à la dégénérescence du langage antique. L’écriture vulgaire n’avait encore laissé pénétrer qu’empiriquement la valeur de quelques-uns de ses groupes; sauf une partie de l’alphabet, tout le système restait à découvrir. Il fallait enfin, à l’aide de la nouvelle méthode, étudier l’ensemble des monuments égyptiens, bibliothèque de pierres et de papyrus aux myriades de volumes; car Champollion n’avait pu qu’esquisser les premières notions de l’histoire et de la mythologie que ses lectures hardies venaient de lui révéler.
Chaque partie de cette immense étude a été l’objet de grands travaux, et l’école de Champollion voit chaque année paraître quelque savant mémoire ou quelque belle publication de planches, où les inscriptions sont sauvées à jamais de la destruction qui les menace sur le sol égyptien. Après les recueils de la commission d’Égypte, de Champollion et de Rosellini, la magnifique collection publiée par M. Lepsius, offre à la science une telle quantité de monuments inédits, qu’il semble, en les étudiant, que la vallée du Nil n’ait encore été parcourue par aucun dessinateur .
Tous ces efforts ont porté leurs fruits: on peut aujourd’hui traduire les trois quarts des plus longues inscriptions, quelquefois plus, quelquefois moins, suivant la difficulté du sujet.
Il est nécessaire d’expliquer ici les différences qui existent entre les trois systèmes d’écriture qui furent usités en Égypte. La première espèce était composée de figures d’animaux ou d’autres objets dessinés ou gravés.C’était spécialement l’écriture monumentale; on l’appelle l’écriture hiéroglyphique. Lorsqu’on s’en servait pour écrire les volumes de papyrus, on la disposait généralement en colonnes, et les formes des objets, devenues très-cursives, s’altéraient sensiblement.
Une plus grande abréviation des même signes, appropriée à l’usage rapide du calame, se nomme l’écriture hiératique; elle est disposée ordinairement en lignes horizontales et se lit de droite à gauche, comme les écritures dites sémitiques. Son intelligence présente donc une première difficulté de plus, à savoir de reconnaître chacun des signes hiéroglyphiques ainsi abrégés. On s’est servi de cette écriture, depuis des temps extrêmement reculés, pour écrire les livres sur le papier indestructible que donnait l’écorce du papyrus.
La troisième écriture, celle que les Grecs ont appelée démotique ou vulgaire, est une dernière simplification et une altération de l’écriture hiératique. On la trouve usitée pour les usages civils depuis le septième siècle avant notre ère; elle servait à écrire les textes rédigés dans la langue vulgaire, laquelle s’éloignait dès lors considérablement de la langue antique, dont les prêtres conservaient l’usage pour les textes sacrés. L’écriture démotique est aussi devenue accessible dans son ensemble, surtout depuis les travaux du docteur Brugsch, de Berlin, qui a rédigé la grammaire de la langue et de l’écriture vulgaire des égyptiens.
J’ai dit que l’on comprenait plus ou moins complètement les textes égyptiens, suivant la difficulté du sujet; il est facile de se rendre compte des obscurités toutes particulières qu’offrira, par exemple, un texte mythologique, souvent mystérieux à dessein. Les métaphores hardies des hymnes ou des récits poétiques seront moins facilement saisies qu’une généalogie ou un simple récit. Il y a, en effet, dans les textes égyptiens qui nous sont parvenus, des matières de toute espèce, outre les légendes et les grandes inscriptions, dont nous donnerons une idée dans cette notice en expliquant les monuments.
La plupart des manuscrits égyptiens que l’on a retrouvés ne contiennent que des textes funéraires. Ce sont des extraits plus ou moins longs du livre des morts dont nous exposerons le sujet à la salle funéraire; mais on a aussi rencontré quelques manuscrits d’un autre ordre. Une sorte de petite bibliothèque, trouvée à Thèbes, nous a donné des fragments de toute espèce écrits vers l’époque de Moïse. Plusieurs de ces fragments sont datés, ce qui nous permet d’affirmer qu’ils appartiennent à la littérature qu’a dû étudier dans sa jeunesse le grand législateur des Hébreux. Livres de morale et de médecine, textes mythologiques et calendriers, récits et poëmes historiques, ou simples exercices littéraires, on y a reconnu des fragments de toute espèce. J’ai même eu le bonheur d’y rencontrer une sorte de légende merveilleuse, analogue à certains récits orientaux, mais empreinte d’une couleur tout égyptienne, et qui n’est pas sans analogie avec l’histoire du patriarche Joseph .
RÉSUMÉ DE L’HISTOIRE D’ÉGYPTE.
Table des matières
Les annales égyptiennes commençaient, comme celles des autres peuples, par des légendes se rapportant à des dieux, des demi-dieux et des héros fabuleux. Menés était indiqué comme le premier des rois humains qui eût réuni sous un même sceptre toute la monarchie égyptienne. Les monuments confirment cette tradition. On trouve le cartouche de Ménès à la tête de ceux des rois historiques, et nous connaissons quelques traces d’un culte commémoratif qui lui fut rendu à Memphis. L’histoire lui attribuait la construction de la grande digue qui détourna le cours du Nil pour obtenir l’emplacement de cette capitale de la basse Égypte. Nous ne voyons pas de raison sérieuse pour douter de la réalité de ce fait, quoique nous ne connaissions aucun monument contemporain de ce roi. Manéthon, l’historien national, a divisé la série des rois successeurs de Ménès en dynasties, et nous nous servirons de ce terme pour classer les faits dans la série des âges; le vague même que laisse dans l’esprit l’expression de dynastie convient à merveille à l’incertitude absolue dans laquelle nous laissent les divers systèmes quant à la chronologie de ces premières époques. Nous ne savons rien de précis sur les deux premières dynasties; le premier monument auquel nous puissions assigner un rang certain se place vers la fin de la troisième: c’est un bas-relief sculpté à Ouadi-Magara; il représente le roi Snéwrou faisant la conquête de la presqu’île du Sinaï. Ce roi, souvent cité depuis, fonda, le premier, un établissement égyptien pour exploiter les mines de cuivre de cette localité .
Ses successeurs furent célèbres dans le monde antique; Hérodote a conservé leur mémoire: ce sont les auteurs des pyramides de Gizeh. C’est au groupe de la quatrième dynastie qu’appartiennent les rois Khouwou (Chéops), Khawra (Chephren) et Menkérès (Mycérinus). Ainsi, dès la quatrième dynastie, les rois d’Égypte avaient la puissance et la richesse nécessaires pour se livrer à ces colossales entreprises dont la grandeur n’a jamais été surpassée Ces rois possédaient probablement la Thébaïde en même temps que la basse Égypte. Ce qui est certain, c’est qu’ils sont cités sur les monuments de Thèbes parmi les ancêtres royaux des souverains thébains. Les bas-reliefs sculptés à Ouadi-Magara sont les seuls de cette époque qui nous rappellent des expéditions militaires; mais les temples et les palais sont écroulés, les tombeaux seuls ont survécu.
Ces mêmes tombeaux nous conduisent, à travers une période où l’empire paraît avoir été divisé, jusqu’à une famille qui a laissé plus de trace dans les monuments. Le personnage le plus remarquable des successeurs de Menkérès semble avoir été le roi Pépi-meri-ra. Il régnait sur la haute Égypte et sur l’Égypte moyenne; il était également maître des établissements égyptiens du Sinaï. Peut-être même réunissait-il tout l’empire sous son sceptre; les monuments de son règne sont assez nombreux, et l’on conjecture, avec vraisemblence, qu’il est le même que le roi Phiops, placé par Manéthon dans la sixième dynastie, avec un règne de près de cent ans.
La première dynastie thébaine est la onzième dans l’ordre de Manéthon; il paraît certain qu’elle se composa de souverains partiels: le nom dominant dans cette famille se lit Antew. On a trouvé à Thèbes le tombeau de ces princes et notre musée possède deux cercueils qui en proviennent.
La seconde époque de grandeur pour la monarchie égyptienne, réunie alors sous un seul sceptre, commença avec la douzième dynastie.
Manéthon nomme le premier roi Aménèmès ( Amenemha, des monuments). Ici les inscriptions, plus nombreuses, permettent déjà d’apprécier plus complètement l’état de l’Égypte sous cette puissante famille. Au nord, ses rois possédaient la presqu’île du Sinaï, et ils se vantent de leurs continuelles victoires sur les peuples voisins. Au midi, la douzième dynastie étendit au loin sa domination. Ousourtasen Ier avait reculé ses frontières jusqu’à Ibsamboul; ses successeurs les portèrent jusqu’à Semneh et assurèrent à l’Égypte la possession de toute la Nubie. La vallée du Nil se couvrit de temples; la province du Fayoum vit s’élever le Labyrinthe, autre merveille du monde antique, et de nouvelles pyramides continuèrent la rangée majestueuse des tombes royales sur la limite du désert.
Les peintures des tombeaux conservés à Beni-Hassan font voir que les Égyptiens connaissaient dès lors les diverses variétés de la race humaine, et que le commerce ou la guerre les avait déjà mis en rapport avec les nations asiatiques.
La fin de cette dynastie, où nous trouvons une reine nommée Sebeknowréou, semble avoir amené des divisions. Quelques savants pensent que, dès le commencement de la treizième dynastie, arrivèrent les invasions des peuples nomades de l’Asie, que l’histoire nous désigne sous le nom de pasteurs. Il faut néanmoins remarquer que les rois nommés Sebekhotep et Nowrehotep, qui appartiennent à cette dynastie, étaient encore de puissants princes. Nous avons une grande statue de granit rose représentant Sebekhotep III, qui fut trouvée, dit-on, dans la basse Égypte. Un de ses successeurs faisait élever d’immenses colosses dans l’île d’Argo, au fond de l’Éthiopie. Tous ces travaux semblent indiquer encore une souveraineté paisible. On possède une très-longue liste des rois qui suivirent les Sebekhotep; ils constituent les quatorzième, quinzième, seizième et dix-septième dynasties, sous lesquelles Manéthon place l’invasion des pasteurs.
Ce grand désastre et la longue oppression qui en fut la suite sont attestés par tous les souvenirs historiques. L’interruption violente de la série monumentale en est aussi la preuve la plus directe. On peut croire que tous les temples furent renversés; car il y eut une guerre religieuse, indépendamment de la soif du pillage qui préside à toutes les incursions des peuples nomades. L’emplacement des temples antiques se reconnaît par les arasements et les anciennes fondations, sur lesquels on reconstruisit les nouveaux sanctuaires, après la restauration de l’empire égyptien par la dix-huitième dynastie .
Rien n’est concordant dans les récits divers que les auteurs nous ont transmis de cette époque de servitude, et naturellement les monuments y font défaut. Nous ne pouvons donc pas savoir au juste s’il faut placer l’invasion, comme semble l’indiquer Manéthon, à la quinzième dynastie; mais il est certain qu’elle finit sous Amosis, avec la dix-septième. Un récit égyptien, conservé dans un papyrus , nous montre quel était l’état du pays vers la fin de cette période. Un roi ennemi, nommé Apapi, régnait dans Avaris, place forte du Delta. Il exigeait le tribut de toute l’Égypte; il était ennemi de la religion du pays. Ses exactions ayant amené une guerre qui fut longue et sanglante, le prince de la Thébaïde, nommé Raskenen-Taaaken, finit par réunir les autres princes d’Égypte et obtint des succès contre les pasteurs; mais la gloire d’expulser ces étrangers fut réservée à l’un de ses successeurs, Amosis.
Ici les textes égyptiens viennent encore au secours des historiens, peu d’accord entre eux sur l’époque du fait. Une inscription contemporaine montre qu’Amosis, après plusieurs batailles, s’empara d’Avaris et se débarrassa définitivement des pasteurs vers la sixième année de son règne . Il put aussitôt tourner ses armes contre les Nubiens révoltés. A la fin de son règne, nous le voyons occupé à rouvrir paisiblement les carrières de Tourah pour en extraire les blocs destinés à relever partout les temples des dieux.
A partir de ce moment, décisif pour la puissance de l’Égypte, commence la série des triomphes qui rendirent ce pays l’arbitre du monde pendant plusieurs siècles. Aménophis Ier affermit les conquêtes faites sur les frontières au nord et au midi. Toutmès Ier conduit ses armées en Asie, et porte le premier le cimeterre royal jusqu’en Mésopotamie. Sa fille, pendant une longue régence, semble s’être spécialement préoccupée d’embellir les temples; ToutmèsII, son frère, fit des campagnes heureuses en Éthiopie et en Palestine. La régente paraît avoir ressaisi l’autorité après sa mort; mais à peine Toutmès III, son second frère, fut-il en possession du pouvoir souverain, qu’il entreprit une série d’expéditions dont le récit couvre les murailles de Karnak. Il fit passer sous son joug les peuples de l’Asie centrale, et nous voyons figurer parmi ses vassaux Babel, Ninive et Sennaar, au milieu de peuples plus importants alors, mais dont les noms se sont obscurcis dans la suite des temps.
L’Égypte soutient toute sa grandeur jusqu’au régne d’Aménophis III, qui fut aussi un prince guerrier; c’est celui que les Grecs nommèrent Memnon et dont le colosse brisé résonnait, dans la plaine de Thèbes, au lever du soleil; main la fin de la dix-huitième dynastie fut troublée par des usurpations et par une révolution religieuse. Aménophis IV ne voulut pas souffrir d’autre culte que celui du Soleil, représenté sous la forme d’un disque rayonnant. Des mains sortant de chaque rayon apportaient aux dévots mortels le signe de la vie. Ce roi fit effacer le nom du dieu Ammon sur les monuments, et nous devons à son fanatisme une quantité de mutilations les plus regrettables.
Ces révolutions intérieures avaient porté leurs fruits ordinaires. L’empire de l’Asie parait avoir échappé à des mains débiles et à un peuple divisé, lorsque la dix-neuvième dynastie amena sur le trône deux grands hommes qui restaurèrent le pouvoir et étendirent encore les conquêtes de l’Égypte. Séti Ier (que Manéthon nomme Séthos) trouva la révolte arrivée jusqu’aux portes de l’Égypte; il soumit de nouveau l’Asie centrale, qu’avaient dominée les Toutmès et les Aménophis. Les grands travaux qu’il fit exécuter à Thèbes prouvent que ses expéditions lui avaient assuré pour quelque temps une domination tranquille.
Le fils et successeur de Séti Ier est le plus grand conquérant des temps antiques, celui que les prêtres nommaient Ramsès, au témoignage de Tacite, lorsqu’ils montraient ses exploits sculptés sur les murs de Thèbes. Hérodote le nomme Sésostris, et Diodore Sésoosis, d’après un nom populaire . Son nom propre, sur les monuments, se lit Ramsès-Meïamoun; c’est exactement la forme conservée par Josèphe. Quelque exagération que l’on puisse supposer dans les récits officiels de ses exploits, Ramsès-Meïamoun, qui parvint à la couronne dès son enfance, paraît avoir été réellement un grand homme de guerre. Sa première campagne le conduisit en Éthiopie; dans les inscriptions qui la mentionnent, on donne déjà les éloges les plus outrés à la bravoure du jeune monarque. Les peuples de l’Asie centrale s’étant révoltés, Ramsès courut, dans la cinquième année de son règne, au-devant de la confédération des rebelles. Le prince des Khétas, qui en avait le commandement, ayant trompé par de faux rapports les généraux de Ramsès, le roi se trouva un instant séparé de son armée, et ne dut son salut qu’à des prodiges de valeur. Cet exploit fut le sujet d’un poëme qui devait jouir d’une grande vogue, puisqu’il eut l’honneur d’être gravé en entier sur une des murailles du temple de Karnak; un des papyrus de la collection Sallier nous a conservé une partie de ce poëme: la composition en est souvent remarquable, comme pensée et comme expression poétique. Ramsès triompha de la révolte, et d’autres expéditions étendirent encore ses conquêtes. On manque malheureusement de points de comparaison pour identifier d’une manière précise la plupart des places conquises par les Égyptiens dans ces temps si reculés. Déconcertés par leurs défaites successives, les chefs des Khétas vinrent enfin demander la paix. Dans la vingt et unième année de son règne, Ramsès leur accorda des conditions honorables dont l’exécution fut mise sous la garantie des divinités des deux nations. L’acte en fut gravé sur une muraille de Thèbes qui nous en a conservé des fragments importants. Il est à croire qu’une tranquillité durable suivit ces longues guerres, car Ramsès-Meïamoun put, pendant un règne de soixante-sept ans, couvrir l’Égypte de ses monuments. Il employa pour les construire les nombreux esclaves qu’il avait ramenés de ses conquêtes, et ce fait nous conduit naturellement à dire quelques mots de Moïse et du séjour des Hébreux en Égypte.
La chronologie présente trop d’incertitudes, tant dans l’histoire égyptienne que dans la Bible, et spécialement quand il s’agit de mesurer la période des Juges, pour que l’on puisse, a priori, et par un simple rapprochement de dates, définir sous quel roi eut lieu la sortie d’Égypte. La difficulté est encore plus grande quand il s’agit du patriarche Joseph, puisque la longueur du temps de la servitude en Égypte est elle-même l’objet de nombreuses controverses. Moïse ne se sert jamais que du mot générique Pharaon, qui veut dire le roi. Mais en recueillant soigneusement les particularités éparses dans le récit biblique, on y trouve d’abord un roi qui forçait ses esclaves à bâtir la ville de Ramsès dans la basse Égypte. Ensuite, lorsqu’on veut calculer le temps que Moïse dut passer chez Jéthro pour fuir la colère du roi, si l’on réfléchit que Moïse tua l’Égyptien dès qu’il fut parvenu à la virilité et que le livre saint lui donne quatre-vingts ans à l’époque de la sortie d’Égypte, on voit que le règne indiqué fut excessivement long. La Bible dit, en effet: «Après un long temps le roi mourut.» Un seul Ramsès convient à toutes ces circonstances, c’est Ramsès II, qui régna soixante-sept ans, et qui fit en effet construire dans la basse Egypte une ville à laquelle il donna son nom . Moïse revint d’Arabie aussitôt qu’il apprit la mort du souverain qu’il avait irrité. Le récit des plaies de l’Égypte et de la terrible catastrophe qui accompagna la sortie des Israélites, ne paraît compatible qu’avec un petit nombre d’années. Ménéphthah, fils de Ramsès II, est sans doute le Pharaon de la mer Rouge; mais le récit de Moïse autorise à penser que le roi ne fut pas personnellement victime de ce désastre. Il paraît, en effet, avoir régné dix-neuf ans, et peut-être ne s’est-il pas écoulé un temps aussi long entre le retour de Moïse et le passage de la mer Rouge. On n’a pas retrouvé, sur les monuments, la trace de ces premières relations des Israélites avec l’Égypte, et il serait bien extraordinaire qu’ils eussent enregistré ce désastre ailleurs que dans les annale; les sculptures des temples ne rappellent jamais que des victoires.
La puissance des Égyptiens et leur domination en Asie se soutinrent, malgré une succession de révoltes , pendant toute la dix-neuvième dynastie et pendant une partie de la vingtième, qui se compose exclusivement de rois nommés Ramsès comme leur aïeul. Ramsès III parait aussi avoir fait de grandes conquêtes en Asie, et ses monuments présentent la circonstance remarquable d’une bataille navale. Les expéditions, pacifiques ou belliqueuses, qui s’étaient multipliées, avaient amené des rapports intimes entre les Égyptiens et les nations asiatiques. Les uns faisaient des voyages en Mésopotamie; c’étaient des officiers envoyés par le prince pour gouverner les provinces, surveiller les stations établies et commander les garnisons mises dans les places fortes. Les autres venaient jusqu’en Égypte, soit pour faire le commerce, soit pour consulter les médecins égyptiens, dont le savoir était déjà renommé, probablement les magiciens qui luttèrent avec Moïse. Un monument trouvé à Thèbes nous montre un prince de la Mésopotamie qui envoie solennellement chercher un dieu thébain pour venir au secours de sa fille, possédée d’un esprit malin. Le roi d’Égypte avait épousé la sœur de cette princesse. Ramsès-Meïamoun, le grand conquérant, avait lui-même épousé la fille du prince des Khétas, son plus vaillant ennemi.
A la suite de ces alliances, quelques divinités asiatiques avaient été admises dans le Panthéon, et la Vénus des bord de l’Euphrate eut à Thèbes un temple et des prêtres qui l’invoquaient sous les noms de Qadesch et d’Anata. Baal et Astarté avaient aussi des autels officiels dans la ville de Ramsès. Cette domination de plus de cinq siècles que l’Égypte exerça sur l’Asie centrale est un fait historique des plus importants; c’est de là que dérivent une foule de rapports entre les populations de l’Égypte, de l’Assyrie et de la Phénicie.
Vers la fin de la vingtième dynastie, les grands prêtres d’Ammon s’emparèrent petit à petit de l’autorité et finirent par succéder à la famille des Ramsès. Moins belliqueux peut-être, ils ne surent pas conserver la suprématie de leur nation. Les grands empires d’Asie prenaient plus de force et de développement; l’Égypte fut réduite à ses limites naturelles. La vingt-deuxième dynastie amena pourtant sur le trône un conquérant: le roi Scheschonk (le Schischak de la Bible) recouvra une partie de la Syrie. Les trésors rassemblés par David et Salomon lui apprirent le chemin de Jérusalem, et l’on voit figurer parmi ses captifs le malheureux Roboam, les mains liées derrière le dos, avec cette inscription: Juda roi . Néanmoins, l’empire des Assyriens devint alors trop puissant pour que les Égyptiens pussent désormais régner d’une manière durable en Asie, et leurs expéditions les plus heureuses se terminèrent par de stériles victoires ou par l’asservissement de quelques parties de la Palestine et de la Syrie.
«L’établissement des rois de race éthiopienne sur le
«trône des Pharaons résulta de leurs victoires, rendues
«plus faciles par les divisions des divers partis
«égyptiens: mais la faveur marquée qui salua leur intronisation
«dans la Haute-Égypte fut la conséquence d’anciennes
«alliances qui liaient cette famille avec les grands-
«prêtres d’Amon, autrefois souverains de la Thébaïde. En
«effet, la dynastie de Sabacon nous apparaît maintenant,
«dans ses origines, comme la descendance d’un rameau
«thébain, détaché du tronc à la suite de quelque révolution
«que nous ne pouvons pas encore préciser et qui avait implanté
«au fond de la Nubie la langue, les mœurs et la religion
«de la mère-patrie. Tel est le résultat évident des
«monuments découverts en Ethiopie. Peu de temps avant
«Sabacon, suivant nos calculs, un roi puissant, nommé
«Piankhi-Meriamoun, et résidant à Napata, apparaît déjà
«comme possédant la Thébaïde en toute tranquillité et
«comme réduisant par la force, à l’état de vassaux, une
«vingtaine de personnages qui se partageaient la souveraineté
«dans tout le reste de l’Égypte.
«Sabacon doit avoir trouvé le pays à peu près dans le
«même état; rien n’indique qu’il ait eu quelque combat à
«soutenir contre les Thébains pour monter sur le trône,
«mais l’histoire nous apprend qu’il emporta de haute
«lutte la souveraineté de Memphis et qu’il fit mourir
«Bokkoris, après l’avoir vaincu. Il ne faudrait pas cependant
«conclure de cette vengeance que les Éthiopiens eussent
«des mœurs féroces ou fussent alors moins civilisés que
«leurs nouveaux sujets. Tous les détails de leurs monuments
«prouvent, au contraire, qu’ils voulurent justifier,
«aux yeux des peuples, leur prétention hautement proclamée
«de représenter le sacerdoce d’Amon. On vante partout,
«dans leurs inscriptions, la sagesse et la douceur de
«leur gouvernement, ainsi que le respect des rites sacrés
«et des droits des temples, auxquels ils consacrent de nouvelles
«offrandes. Piankhi-Meriamoun consigne ces faits à
«chacun des pas de sa marche victorieuse jusqu’aux extrémités
«de l’Égypte.» (DE ROUGÉ, De quelques monuments du règne de Tahraka.)
Sabacon a laissé à son tour de nombreuses preuves de son zèle pour la religion . On sait peu de choses de son successeur Schabatak, mais il eut aussi le soin de laisser à Karnak des preuves de sa fidélité au culte d’Amon.
Le règne de Tahraka, qui occupe le troisième rang dans cette dynastie, débuta par des victoires sur les Libyens et les Assyriens, qui prirent sur lui, l’an 23 de son règne, une terrible revanche, sous le commandement d’Assarhaddon. Ce roi d’Assyrie conquit le pays entier et le partagea entre vingt gouverneurs, mais Tahraka réorganisa ses forces en Éthiopie et parvint à se rétablir deux fois à Memphis. A sa mort une seconde invasion assyrienne, dirigée par Assurbanipal, eut pour résultat un pillage complet de l’Égypte.
Psammétik Ier, fils de l’un de ces gouverneurs imposés à l’Égypte par les Assyriens, inaugura la vingt-sixième dynastie par un règne long et glorieux. A partir de cette époque les Grecs commencent à nous tenir au courant de l’histoire égyptienne. Les relations établies par les soldats auxiliaires que les rois saïtes prirent à leur service, ne s’interrompirent plus, et les événements de la vallée du Nil sont désormais enregistrés dans l’histoire ancienne avec les récits des autres nations. Nous insisterons ici seulement sur quelques points que les monuments nous ont fait mieux connaître.
La civilisation égyptienne s’imposa constamment à ses vainqueurs successifs. Cambyse, avant les fureurs qui s’emparèrent de lui à son retour d’Éthiopie, s’était fait reconnaître régulièrement comme roi légitime de l’Égypte; il avait accompli tous les rites religieux et subi l’initiation dans le temple de Sais. De nombreux monuments attestent que Darius suivit ces errements avec persévérance; aussi son autorité fut-elle acceptée facilement par les Égyptiens. Mais Ochus, par une conduite opposée, souleva tous les esprits contre lui.
Alexandre, en grand politique qu’il était, comprit que le plus sûr moyen d’établir sa domination dans l’esprit de ces peuples, était d’employer à son usage des préjugés qui avaient pour eux la force des siècles. C’est dans ce but qu’il fit son voyage à l’oasis d’Ammon. L’oracle le proclama fils du Soleil. en sorte qu’il représenta désormais, aux yeux des peuples d’Égypte, l’incarnation de la race du Soleil, à laquelle était due l’obéissance des humains. Il faut bien connaître les idées des Égyptiens sur la royauté pour pénétrer toute la portée politique de cet acte d’Alexandre. Les Ptolémées, ses successeurs, suivirent constamment son exemple. Les serviteurs de Jupiter continuèrent à être pour l’Égypte les dieux, fils du soleil, car en aucune région l’adoration de l’homme couronné ne prit un caractère d’idolâtrie plus complet et plus persistant que dans ce pays. Toutes les coutumes y avaient le même caractère de persistance; aussi l’archéologie doit-elle suivre l’Égypte tant que ses monuments restent réellement égyptiens, et ils conservent ce caractère pendant de longues années encore sous la domination des empereurs romains.
CHRONOLOGIE
Table des matières
Nous avons évité, dans cette esquisse historique, d’assiner aucune date aux événements, et nous avons déjà indiqué quelle incertitude s’attachait aux calculs qu’on peut établir sur la chronologie des anciennes dynasties égyptiennes. Peut-être est-il nécessaire de faire connaître ici quelles sont les limites de nos connaissances à cet égard. Il serait inutile d’enregistrer dans un aussi bref résumé des chiffres qui ne ressortent pas de bases certaines. Là où il peut y avoir une foule de systèmes divers, il n’y a pas encore de véritable chronologie. Les Égyptiens n’ont employé aucun de leurs cycles astronomiques pour numéroter les années; on ne leur connaît pas non plus d’ère historique ; ils ne dataient leurs monuments que par l’année du souverain régnant: la moindre interruption dans les dates de ce genre vicie toute la série. Les listes de Manéthon, contenant la suite des dynasties égyptiennes, accompagnées de chiffres chronologiques, étaient la seule ressource qu’on pût employer pour tenter de rédiger une chronologie de l’histoire égyptienne, et l’on était, il y a quelques années, beaucoup trop disposé à les considérer comme un critérium infaillible. Cependant, aussitôt qu’on a pu confronter ces listes avec les monuments, on a dû revenir de cette idée. Si les listes de Manéthon ont acquis de l’importance en ce sens qu’on les a reconnues comme des documents historiques réellement émanés des sources égyptiennes, les chiffres qui y sont aujourd’hui annexés n’ont pu soutenir l’examen de la critique, éclairée par les monuments. Aussitôt que le canon de Ptolémée n’a plus guidé les faiseurs d’extraits, dès la vingt-sixième dynastie, la dernière avant l’invasion de Cambyse, les inscriptions ont décelé, dans ces chiffres, une erreur de dix ans. Une seconde erreur plus considérable ressert avec évidence des inscriptions nouvelles de la tombe d’Apis, pour les temps qui précèdent immédiatement Psammétik; de sorte que nous sommes plus que jamais obligés de nous défier des chiures chronologiques conservés dans les listes de Manéthon. Si ces chiffres sont inexacts pour des époques où les Grecs auraient pu venir presque directement au secours des chronologistes qui nous les ont conservés, quelle confiance pouvons nous avoir en eux quand il faut remonter à des époques plus reculées?
Voici maintenant ce que nous ont fait connaître les monuments étudiés jusqu’ici. On paraît d’accord sur ce point que Cambyse conquit l’Égypte dans la troisième année de son règne , qui est la deux cent vingt et unième année de l’ère de Nabonassar. Le canon chronologique, dressé par Ptol mée, nous escorte avec son invincible autorité jusqu’à cette époque, qui correspond à l’an 527 avant Jésus-Christ. La dynastie égyptienne qui précède les rois de Perse, la vingt-sixième, a retrouvé sa chronologie complète dans les monuments de la tombe d’Apis. Elle s’écarte assez sensiblement de celle que l’on avait pu dresser avec les listes de Manéthon. La première année du règne de Psammétik 1er répond à l’an 94 de l’ère de Nabonassar ou à l’année julienne 654 avant notre ère.
Les mêmes monuments montrent ici de nouveau une différence sensible avec les chiffres des listes; ils ne donnent qu’un très-petit intervalle entre Psammétik Ier et Tahraka, le dernier roi de la dynastie éthiopienne. Une inscription de la tombe d’Apis permet de calculer que le règne de Tahraka, commença vers l’an 685 avant Jésus-Christ, mais il y a déjà une incertitude de quelques années sur cette date. Ici s’arrête la région des chiffres exacts. En remontant encore, nous manquons de moyens pour vérifier les règnes des deux prédécesseurs de Tahraka. Les chiffres des listes paraissent rop courts; nous entrons dans le régime des corrections hasardées, dont les monuments ne nous dictent pas l’exacte quotité. Contentons-nous de dire que Bokkoris (vingt-quatrième dynastie) doit se placer vers 715; que le commencement de la vingt-troisième ou l’avènement de Pétubastes, remonte tout au commencement du huitième siècle. Ici l’erreur possible a déjà pris de grandes proportions.
La vingt-deuxième dynastie nous fournirait un point de comparaison et un moyen de rectification bien précieux dans le fait de la prise de Jérusalem par Schéschonk Ier, si la chronologie du livre des Rois était mieux définie; mais elle présente, dans les séries des rois d’Israël et de Juda, de nombreuses difficultés qui n’ont pas été résolues d’une manière satisfaisante.
M. de Bunsen place la prise de Jérusalem en 962: tout ce qu’une sage réserve nous permet d’affirmer, c’est que la vingt-deuxième dynastie parait, sur les monuments, beaucoup plus longue que les listes de Manéthon ne le donneraient à entendre, et que le règne de Schéschonk commença avant le milieu du dixième siècle.
Pour la vingt et unième et la vingt-deuxième dynastie, les inscriptions ne donnent que des dates partielles; nous sommes réduits à ces mêmes chiffres des listes, que nous trouvons toujours si défectueux à chaque fois que nous avons des monuments pour les contrôler. Il paraît certain que le chiffre de la vingtième est particulièrement tronqué. Les limites de l’erreur pourraient donc, à cette antiquité, dépasser facilement un siècle.
D’après un calcul de M. Biot, un lever de l’étoile Sothis indiqué à Thèbes sous Ramsès III, vers le début de la vingtième dynastie, se placerait au commencement du treizième siècle avant Jésus-Christ. Cette date nous paraît s’accorder à merveille avec la dernière époque que nous avons pu calculer et avec la durée probable des vingtième, vingt et unième et vingt-deuxième dynasties.
Comme nous l’avons déjà dit, le synchronisme de Moïse avec Ramsès II (dix-neuvième dynastie), si précieux au point de vue historique, ne nous donne qu’une lumière insuffisante pour la chronologie, parce que la durée du temps des juger d’Israël n’est pas connue d’une manière bien certaine. On restera dans la limite du probable en plaçant Séti Ier vers 1450, et le commencement de la dix-huitième dynastie vers le dix-huitième siècle. Mais il n’y aurait nullement à s’étonner si l’on s’était trompé de deux cents ans dans cette estimation, tant les documents sont viciés dans l’histoire ou incomplets sur les monuments.
Nous voici remontés jusqu’au moment de l’expulsion des pasteurs. Ici nous n’entreprendrons plus même aucun calcul. Les textes ne sont pas d’accord sur le temps que dura l’occupation de l’Égypte par ces terribles hôtes, et les monuments sont muets à cet égard. Ce temps fut long; plusieurs dynasties se succédèrent avant la délivrance, c’est tout ce que nous en savons. Nous ne sommes pas mieux édifiés sur la durée du premier empire, et nous n’avons aucun moyen raisonnable de mesurer l’âge des pyramides, témoins de la grandeur des premiers Égyptiens. Si néanmoins nous venons à nous rappeler que les générations qui les construisirent sont séparées de notre ère vulgaire, d’abord par les dix-huit siècles du second empire égyptien, ensuite par le temps de l’invasion asiatique, et enfin par plusieurs dynasties nombreuses et puissantes qui nous ont laissé des monuments de leur passage, la vieillesse des pyramides, pour ne pouvoir pas être calculée exactement, ne perdra rien de sa majesté aux yeux de l’historien.
HISTOIRE DE L’ART EN ÉGYPTE.
Table des matières
Ces longues générations, dont nous ne pouvons pas préciser les dates, ont vu s’accomplir diverses phases de l’art égyptien. Nos musées contiennent des échantillons suffisants pour en suivre les principales transformations. Nous ne connaissons pas les commencements de cet art; nous le trouvons dès les monuments de la quatrième dynastie, les premiers auxquels nous puissions assigner un rang certain, extrêmement avancé sous divers rapports. L’architecture montre déjà une perfection inconcevable quant à la taille des pierres dures et quant à la pose des blocs de grande dimension; les couloirs de la grande pyramide restent un modèle d’appareillage qui n’a jamais été surpassé. Nous sommes obligés de deviner le style extérieur des temples de cette première époque et de le restaurer d’après les bas-reliefs des tombeaux ou la décoration des sarcophages. Ce style était simple et noble au plus haut degré ; la ligne droite et le jeu des divers plans faisaient tous les frais de la décoration; un seul motif d’ornement varie ces dispositions, il se composait de deux feuilles de lotus affrontées .
Le caractère propre des figures, tant dans les statues que dans les bas-reliefs des premiers temps, consiste dans l’imitation d’un type plus fort et plus trapu. Il semble que, dans la suite des siècles, la race se soit amaigrie et élancée sous l’action du climat. Dans les monuments primitifs, on a cherché l’imitation de la nature avec plus de simplicité, et, en gardant toute proportion quant au mérite relatif des divers morceaux, les muscles y sont toujours mieux placés et plus fortement indiques.
Les figures conservent ce caractère jusque vers le milieu de la douzième dynastie; c’est à cette époque qu’elles prennent des formes plus grêles et plus allongées. L’architecture avait fait alors de grands pas quant à l’ornementation: on trouve, à la douzième dynastie, les premières colonnes conservées jusqu’à nos jours en Égypte: épaisses, cannelées et recouvertes d’un simple dé, elles ressemblent d’une manière frappante aux premières colonnes doriques.
Les bas-reliefs, dénués de toute perspective, sont souvent, dans le premier empire, d’une extrême finesse; ils étaient toujours coloriés avec soin. On en connaît où la liberté des attitudes et la vérité des mouvements semblent promettre à l’art égyptien des destinées bien différentes de celles qui lui furent réservées dans les siècles suivants. Les statues de pierre calcaire étaient souvent peintes en entier, les figures de granit étaient coloriées dans quelques-unes de leurs parties, comme les yeux, les cheveux et les vêtements.
Le chef-d’oeuvre de l’art du premier empire est une jambe colossale en granit noir, provenant d’une statue du roi Ousourtasen Ier; elle appartient au musée de Berlin. Ce fragment suffit pour prouver que la première école égyptienne était dans une meilleure voie que celle du second empire.
La gravure des inscriptions ne laisse rien à désirer dans ces premiers monuments égyptiens. Elle est en général exécutée en relief jusqu’à la cinquième dynastie. Les gravures en creux de la douzième dynastie n’ont été surpassées à aucune époque. Les obélisques d’Héliopolis et du Fayoum autorisent à supposer aussi des temples d’une grandeur et d’une magnificence en rapport avec ces beaux débris de la douzième dynastie. L’on sait, en effet, qu’une des merveilles du monde, le labyrinthe du Fayoum, avait été construit par un de ses rois.
L’invasion des peuples nomades parait avoir détruit les temples et les palais; nous ne jugeons plus actuellement l’art primitif d’Égypte que par les tombeaux. L’abaissement des Égyptiens, pendant cette époque, dut amener nécessairement une décadence, quoique les artistes réfugiés dans la Thébaïde et la Nubie eussent conservé scrupuleusement les traditions . Amosis, le restaurateur de l’empire, n’eut pas le loisir de faire des constructions, et l’on remarque sur quelques monuments d’Aménophis Ier, son successeur, une hésitation et une médiocrité qui s’expliquent facilement. Mais la victoire et la prospérité eurent bientôt donné à l’art égyptien un essor nouveau, et le plus beau style de la dix-huitième dynastie se marque dès Toutmès Ier. L’architecture développe toute sa grandeur, l’ornementation s’enrichit, et Syène fournit les obélisques de granit que le ciseau couvre des plus belles gravures. La sculpture se distingue alors particulièrement dans l’imitation de la figure humaine; l’étude de la nature est bien moins parfaite dans le modelé des membres, et les statues royales du musée de Turin, les plus belles que l’on connaisse, n’atteignent pas, sous ce rapport, certaines figures de l’époque primitive.
L’art se soutint à peu près à la même hauteur sous le règne de Séti Ier, qui commença la dix-neuvième dynastie. Il suffit de citer, à l’honneur de ce roi, la salle hypostyle de Karnak; mais on commence à trouver bien du mélange dans les œuvres très-nombreuses exécutées sous Ramsès II. Cette décadence se marque d’une manière beaucoup plus sensible dans les monuments des particuliers, et elle devient générale sous Ménephtah, son successeur. Le style égyptien conserve bien alors un certain caractère de grandeur, mais il est empreint trop souvent d’une rudesse et d’une laideur inouïe sous les derniers rois de cette famille. Entre cette époque et celle de Psammétik on trouve çà et là quelques ouvrages très-finement exécutés, et néanmoins on peut dire que l’art ne se releva réellement que sous la dynastie saïte. Si l’on examine, par exemple, la statuette du roi éthiopien Schabak, que renferme la villa Albani, on sera frappé de la beauté de ce bloc de prime d’émeraude, mais la sculpture est mauvaise. Les bons artistes manquaient sans doute, dans un temps où l’on confiait une aussi admirable matière à des mains aussi malhabiles. Les bas-reliefs et les inscriptions du temps du roi Scheschonk sont d’ailleurs, comme exécution, déjà bien inférieurs à ceux de Ramsès II.
La domination des Saïtes donna une physionomie toute spéciale à l’art égyptien. La gravure des hiéroglyphes prend, à cette époque, une finesse admirable, les belles statues se multiplient; on emploie avec préférence le basalte noir ou vert, cette roche d’un grain si fin et dont le sculpteur tire un merveilleux parti lorsque le ciseau triomphe complètement de sa dureté. Sans sortir du type égyptien, les membres des statues acquièrent plus de souplesse et de vérité. Maintenant que nous connaissons quelques-uns des modèles que les Égyptiens purent étudier à Babylone et à Ninive, dans les relations multipliées qui s’établirent à cette époque entre eux et les Assyriens, il nous est peut-être permis de supposer que ces relations eurent quelque part aux nouveaux progrès de l’art des Saïtes; mais, par compensation, nous reconnaissons bien plus visiblement l’influence égyptienne dans les productions des Phéniciens.
Les monuments égyptiens, sous la domination persane, ne montrent aucune décadence, et le style saïte se continue jusqu’aux Ptolémées; mais, à cette époque, le type grec fut, par sa beauté même, funeste à l’art égyptien: loin de l’améliorer, il ne fit qu’introduire dans les forme une rondeur mal assortie qui ne fut ordinairement que de la mollesse. On reprit l’usage général de la gravure en relief, mais les formes des caractères devinrent de plus en plus négligées et les matériaux moins bien choisis. Ces défauts allérent en empirant sous la domination romaine; une seule partie de l’art égyptien conserve son caractère au milieu de cette décadence. Les architectes d’Esné, d’Ombos et de Dendérah ne se laissèrent pas séduire par les lignes merveilleuses des édifices de Corinthe ou d’Athènes, et ils continuèrent à élever des temples dans un ordre purement pharaonique, aussi longtemps qu’ils travaillèrent en l’honneur de leurs dieux nationaux.
L’histoire de ces dieux, ou la mythologie égyptienne, est une des parties les moins avancées de la science: nous nous bornerons à en donner un aperçu en parlant de la salle des dieux, située au premier étage du Louvre.
Nous supposerons maintenant que le visiteur, entrant par la salle Henri IV, parcourt successivement les salles du musée égyptien, et nous appellerons son attention sur les morceaux qui sont de nature à exciter un intérêt plus général.
Darmowy fragment się skończył.