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Anatole de Baudot

L'architecture : le passé, le présent


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066320836

Table des matières

AVANT-PROPOS

INTRODUCTION

PREMIÈRE PARTIE

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

DEUXIÈME PARTIE

I

II

III

CONCLUSION

TABLE DES GRAVURES


Copyright, by HENRI LAURENS, 1916.

AVANT-PROPOS

Table des matières

Lorsque M. de Baudot commença en 1887, au Palais du Trocadéro, son cours d’histoire de l’Architecture française, il croyait très sincèrement le terminer en une trentaine de leçons qu’il n’aurait plus ensuite qu’à reproduire tous les ans, comme cela se fait dans presque toutes nos écoles.

Mais le Professeur avait beaucoup plus de choses à dire qu’il ne le pensait lui-même.

Il lui était impossible, en effet, de parler de nos monuments français sans exposer en même temps les idées pour lesquelles il a combattu toute sa vie; c’est-à-dire sans chercher à convaincre ses auditeurs de la nécessité d’appliquer à nos conceptions modernes, non les formes, mais les principes auxquels notre architecture du Moyen âge doit toute sa puissance et toute sa beauté.

Et peu à peu, après s’être laissé entraîner à présenter ses sujets d’étude sous des formes toujours nouvelles, il ne tarda pas à franchir les limites mêmes indiquées par le titre de son cours, en ajoutant à l’histoire de l’Architecture française celle des arts connus de tous les peuples et de toutes les époques, depuis l’antiquité égyptienne, jusqu’à nos jours.

Il en résulta ce fait singulier, que le cours du Trocadéro, au lieu de finir et de recommencer régulièrement, comme on s’y attendait, se continua au contraire chaque année, du mois de novembre au mois d’avril, sans qu’aucune des leçons — dont la plupart étaient éclatantes de verve et d’entrain — reproduisît jamais une leçon déjà faite.

On se rappelle qu’au mois de février 1913, les auditeurs, les confrères et les amis de M. de Baudot fêtèrent la vingt-cinquième année de son cours dans un magnifique banquet qui fut présidé par M. L. Bérard, alors sous-secrétaire d’Etat des Beaux-Arts.

Le Maître, qui eut un grand succès, devait à cette époque avoir fait sur l’Histoire et la Théorie de l’Architecture, environ quatre cent cinquante à cinq cents conférences!...

Ses amis le félicitaient chaudement. Toutefois, un assez vif regret se mêlait à leur enthousiasme: celui que tant d’utiles leçons fussent perdues, aussi bien pour les personnes qui n’avaient pu les entendre que pour les autres qui, même avec leurs cahiers de notes, n’en pourraient jamais garder qu’un souvenir vague et stérile.

Mais M. de Baudot avait depuis longtemps son idée. Il se hâta de nous rassurer.

— Ne regrettez rien, nous dit-il. Si mon cours avait pu être publié in extenso, comme vous me le demandiez tous, ce ne serait aujourd’ hui qu’un amas confus de documents et de redites dont on aurait bien de la peine à tirer un profit quelconque. Ce n’est pas en vain que j’ai tant de fois retourné sous toutes leurs faces les idées qui seules, j’en suis convaincu, peuvent conduire les architectes à la solution de nos programmes modernes. A force de les discuter, j’ai fini par les voir si simples et si nettes que j’espère pouvoir résumer en un mince volume tout ce que j’ai dit depuis vingt-cinq ans dans mon cours du Trocadéro. Vous verrez; vous verrez...

A ce moment, la vue et la santé de M. de Baudot commençaient à baisser.

Eut-il quelque fâcheux pressentiment? Je ne sais. Toujours est-il qu’il mit aussitôt son projet à exécution et, au mois de juillet 1914; le livre dont il nous avait parlé était prêt à paraître lorsque la guerre éclata.

Je voyais alors fréquemment M. de Baudot, dont j’étais un des plus vieux amis, et certainement le plus ancien éléve. Les événements terribles du mois d’août l’avaient singulièrement abattu. Il me déclara qu’il attendrait la fin de la guerre pour publier son travail.

Hélas!., sept mois après, le 28 février 1915, il rendait le dernier soupir.

Chargé par ses enfants, après son décés, de m’occuper de ses affaires professionnelles, j’ai cru devoir d’abord, comme il l’avait pensé lui-même, retarder la publication de son livre jusqu’à la cessation des hostilités.

Des considérations particulières, sans intérêt pour le lecteur, m’ayant obligé à revenir sur cette décision, c’est avec un profond sentiment de reconnaissance que je viens aujourd’hui présenter au public, à ses con frères, à ses amis, l’œuvre de mon cher et regretté maître.

Ce n’est pas seulement, comme il nous l’a dit un jour, un résumé, mais une condensation extraordinairement puissante de toutes ses conférences du Trocadéro.

De même que le Dictionnaire de Viollet-le- Duc, dont il est le complément nécessaire et définitif, l’ouvrage de M. de Baudot convient à tous et principalement à ceux de nos confrères qui, comme professeurs ou patrons, ont des jeunes gens à diriger.

Il est à souhaiter que ceux-là le lisent et le relisent; qu’ils le méditent et cherchent sans cesse à appliquer les principes que nous donne le Maître; car ce livre est même plus que la condensation d’un cours, il est le fruit du travail et des efforts immenses qu’a pu faire, jusqu’à l’âge de quatre-vingts ans, un homme profondément convaincu et qui n’a jamais eu en vue que l’intérêt général et la grandeur de notre art.

Paris, 31 mai 1916.

H. CHAINE.

INTRODUCTION

Table des matières

A l’heure actuelle, dans le public autant que dans les milieux professionnels, les avis sont très partagés sur la question de savoir si l’architecture, telle qu’elle est comprise et pratiquée aujourd’hui, répond aux exigences matérielles, ainsi qu’aux aspirations esthétiques modernes.

Sans trancher cette question avant de l’avoir examinée à fond, on peut affirmer cependant qu’en toute évidence, cet art est, à l’époque présente, en complet désaccord avec l’esprit scientifique qui domine tout aujourd’hui et devrait nous amener à rechercher des solutions franches et nettes pour les problèmes nouveaux.

Ce qui est certain, c’est que les plus importantes manifestations de l’architecture n’obéissent plus à aucune méthode raisonnée. On introduit maintenant dans les bâtiments des matériaux nouveaux, tels que le fer et le ciment armé ; le chauffage à vapeur, l’électricité, l’eau et le gaz, c’est-à-dire des éléments jadis inconnus ou inusités. Dès lors, la disposition générale des édifices, ainsi que leurs expressions, devraient se transformer, si l’on veut arriver jamais à résoudre véritablement les problèmes posés à l’architecture contemporaine.

Or, nous sommes bien éloignés d’un tel progrès, entravés par une routine hostile à toute esthétique nouvelle, même appropriée. Dans la conception des édifices publics, des habitations communes ou privées et aussi dans celle du mobilier, les professionnels, d’accord avec leur clientèle, s’attardent dans l’imitation de tout ce que le passé nous a légué, de ce qu’a vulgarisé la photographie; ils appliquent des formes, choisies sans discernement et sans préoccupation de leur provenance, à des dispositions ainsi qu’à des matériaux avec lesquels elles sont en pleine contradiction. C’est le règne de l’illogisme et de l’inconséquence.

L’architecte utilise, sans doute, tout ce que la science et l’industrie apportent de nouveau, mais il le fait après coup, sans en avoir tenu compte dans la conception première, dans l’étude des plans et des moyens de construction; tout alors s’exécute sans direction réelle, et sans unité de travail. Aussi l’architecture s’exerce-t-elle dans une incohérence inutilement coûteuse, sans profit pour l’art et sans aucun ordre.

Ce qui complique encore davantage cet état de chose, c’est la préoccupation qui, sans être générale, est cependant très répandue, de voir se créer un style nouveau, caractérisant l’époque actuelle. Ce désir assurément est légitime, mais, actuellement il est bien peu fondé, et en tout cas singulièrement réalisé par l’absence totale des principes, par l’emploi dissimulé des matériaux et des procédés nouveaux, — tels que le fer et le ciment armé, qu’on cache honteusement, sous prétexte qu’ils ne sont pas d’aspect esthétique. Pour qu’un art nouveau se manifeste, il est deux conditions essentielles à sa création: un régime social nouveau et surtout des moyens d’action correspondant aux exigences spéciales de ce régime. Mais ces influences ne peuvent agir sur l’architecte que s’il en tire logiquement et sincèrement parti.

Nous possédons bien ces éléments de rénovation, mais sans chercher à profiter des avantages qu’ils offrent en faveur de la conception et de la composition. Nous sommes aveuglés, d’un côté, par le prestige des formes anciennes, et de l’autre, par la vaniteuse et puérile prétention de créer de nouvelles formes, sans autre direction que la fantaisie.

Ce n’est pas un style nouveau dont la société actuelle a besoin; ce qu’il lui faut ce sont des solutions techniques et pratiques qu’on réclame de toutes parts, sans en formuler peut-être nettement la nature, mais dont la nécessité impérieuse s’impose à qui prend la peine d’observer et de méditer. L’important c’est d’assurer, avant tout, ces résultats; les satisfactions rêvées de l’esthétique en seront la conséquence. Procéder inversement est une erreur fatale. L’art n’est pas un point de départ et il n’intervient qu’en raison du savoir, de la logique, du goût et de la mesure que le chercheur a apportés dans la conception et la réalisation de son œuvre.

N’avons-nous pas d’ailleurs un exemple des plus intéressants et des plus utiles à suivre dans les expressions nouvelles des véhicules terrestres et marins actuels? Leur a-t-on donné les formes de la carrosserie ou de l’architecture navale du temps de Louis XIV? Nullement; les combinaisons et les apparences ont été déduites des données scientifiques et industrielles et ces abris roulants sur le sol terrestre ou flottants sur l’eau donnent toutes satisfactions. Pour quelles raisons les abris fixes que sont les bâtiments sont-ils soumis à un régime de composition différent? Pourquoi l’esprit de routine, de copie et de fantaisie se perpétue-t-il dans tout ce qui se rattache à l’architecture des bâtiments et du mobilier, alors qu’il a disparu dans d’autres milieux producteurs, cependant analogues? La question vaut la peine d’être approfondie, car elle n’est pas seulement d’ordre artistique, mais avant tout technique, hygiénique, économique, liée qu’elle est à la santé, à la sécurité et à la bonne gestion de la fortune publique et privée.

La Renaissance et surtout les époques qui l’ont suivie ont pu donner aux œuvres un caractère artistique ne reposant que sur l’imitation ou l’interprétation plus ou moins justifiée du passé, parce qu’elles ont fait bon marché de toutes les exigences qui sont capitales à l’heure présente. Notre cas est donc complètement différent; aussi ne comptons pas sur le secours factice que nous apportent ces périodes et ne suivons pas leurs errements. Prétendre résoudre le problème de l’architecture moderne, en construisant comme du temps de Louis XVI et en s’inspirant du caractère monumental déraisonnable de cette époque pour concevoir et décorer nos édifices et nos meubles est une ridicule et fatale erreur, car il est impossible de tirer de ces exemples quoi que ce soit d’utile et de stimulant dans leur application aux programmes actuels.

La voie d’imitation nous est fermée aujourd’hui et celle d’un modern style sans fondements ne doit pas être ouverte.

Un effort nouveau est donc nécessaire, mais pour le faire naître, il faut instruire les clients et les professionnels futurs dans un même ordre d’idées, susceptible de donner une direction qu’il n’est possible de puiser que dans l’étude raisonnée et analytique du passé, ainsi que dans l’examen consciencieux et éclairé des conditions auxquelles l’architecte contemporain doit se soumettre, tout en utilisant les ressources fécondes et stimulantes dont il dispose désormais.

A cet égard le public, il le reconnaît lui-même, est très ignorant, par suite d’une lacune inexplicable et injustifiable dans l’enseignement général où il n’est jamais question d’un art aussi utile qu’est l’architecture. Quant aux professionnels, ils sont indifférents, ou débordés par la nécessité de produire avec la rapidité dévorante qui est actuellement à l’ordre du jour et qui, sans leur laisser le temps de méditer, les oblige à travailler isolément, sans discipline et sans communauté de vues.

Dans un tel état de choses, l’architecte subit fatalement les spécialités au lieu de les diriger, et c’est ainsi qu’il tend à perdre chaque jour davantage son autorité et son prestige.

En publiant ce nouveau livre, je n’ai pas la prétention de combler les lacunes de l’enseignement général et de l’éducation professionnelle; mon but est de les signaler, de les commenter pour en tirer les conséquences qu’elles comportent. Je ne prétends pas davantage redresser les erreurs constatées dans l’exercice de la profession, mais apporter une série d’observations, et de renseignements de nature à ouvrir les yeux des intéressés sur une situation bien dangereuse, si elle se prolonge, dans le vaste domaine de l’architecture. Cet art utile, créateur et éducateur (même en dehors de sa technique), ne possède ces qualités que s’il est exercé avec le respect des contingences qui l’entourent; autrement il est banal et ruineux, en attendant qu’il disparaisse complètement.

On a beaucoup écrit sur l’histoire de l’architecture, mais il manque en général à ces études, dont certaines sont remarquables à plus d’un titre, l’esprit d’analyse et de critique qui conduit à la comparaison des diverses époques entre elles et particulièrement avec l’époque contemporaine qui, de ce fait, ne profite pas de l’expérience acquise. En outre on y trouve une abondance de documents fort utiles à l’historien, mais qui trouble et rebute le lecteur non préparé, au lieu de diriger sa pensée et ses recherches.

Aussi dans le présent volume ai-je réduit intentionnellement au minimum le nombre des exemples, me bornant à présenter ceux nécessaires au développement de ma thèse et permettant de distinguer, entre les diverses périodes de l’art, celles qui ont été créatrices de celles qui ont été alimentées uniquement par l’imitation. Les premières seules nous sont utiles, les autres nous détournent du vrai chemin dans lequel il faut nous engager. La vérité à cet égard saute aux yeux de quiconque prend la peine d’observer sans parti-pris.

En tout cas j’espère mettre ici en pleine lumière la puissance de la doctrine rationaliste dont Viollet-le-Duc a démontré l’application constante dans l’antiquité et le moyen âge. En revenant aux méthodes de composition faites avec le bon sens, la logique et la sincérité, nous pourrons lutter contre la routine et l’entraînement irréfléchi qui arrêtent tout développement dans le sens moderne.

J’ajouterai qu’ainsi clients et professionnels arriveront aussi à se faire une idée de l’architecture, autre que celle imprécise et superficielle qui est à l’ordre du jour.

Cet art n’est pas uniquement celui de bâtir et de décorer les édifices suivant la définition incomplète, inexacte et insuffisante des dictionnaires. Cette définition est incomplète en ce sens qu’elle limite aux bâtiments le domaine de l’architecture, tandis que celui-ci, bien plus vaste, s’étend à toutes les œuvres créées par l’homme, suivant des programmes déterminés, et réalisés par la matière, quelle qu’elle soit. Les objets mobiliers et les ustensiles utiles à la vie font partie de l’architecture, car ils sont conçus et exécutés suivant une même méthode que les palais et les habitations. Aussi est-il singulier de les ranger à part, sous l’épithète d’arts décoratifs et d’établir ainsi une scission entre ceux qui, en somme, ont un but commun et qui n’ont pas dès lors le bénéfice d’une concentration de leurs efforts, à laquelle est dû cependant tout ce que nous admirons dans le passé.

D’autre part la définition en question ne donne aucune idée du rôle de la conception dans la composition des œuvres d’architecture, ni du mécanisme intellectuel qu’elle exige; il semblerait que tout y est dû à des accumulations de matériaux qu’il s’agit, indépendamment de la structure, de revêtir d’ornements décoratifs. C’est bien ainsi, il est vrai, que presque généralement depuis trois siècles, on procède, mais il n’en a pas toujours été de même. En revenant au rationalisme, nous devons devenir créateurs à notre tour. L’évolution et la transformation peuvent-elles se produire uniquement sous l’action du raisonnement et de la science? Peut-être, s’il est possible d’oublier dans le passé la tradition des formes pour n’y voir que celle des principes.

Si une doctrine aussi rigoureuse ne peut être appliquée, dans la pratique, étant donné le manque actuel de direction, elle devrait tout au moins l’être dans l’enseignement, où il faudrait à tout prix renoncer à éduquer les jeunes dans la routine du plagiat, les mettre résolument en face des nécessités présentes, ainsi que des difficultés qui les attendent, et leur fournir, pour les aborder, les armes nécessaires. Elevés à l’école de la raison, ils sauraient plus tard discerner et éviter les écueils vers lesquels ils sont actuellement poussés, faute d’une direction précise et sûre.

Quoi qu’il en soit, de quelque façon qu’on s’y prenne, la connaissance sérieuse et éclairée du passé est indispensable. C’est pour aider, dans ma modeste part, à cette vulgarisation analytique que je lui ai consacré la première partie de cet ouvrage qui n’est ni une histoire de l’architecture, ni un cours de construction, mais une étude raisonnée et comparative, basée sur tous les éléments nécessaires, — permettant, je l’espère, même aux non professionnels de se rendre compte de ce qu’a été l’architecture depuis l’antiquité jusqu’à nos jours.

La seconde partie est consacrée au dix-neuvième siècle et au commencement du vingtième siècle, envisagés dans leurs édifices, dans leurs exigences et leurs ressources nouvelles, enfin au point de vue didactique et technique.

Peut-être m’accusera-t-on d’être pessimiste. Tel n’est pas cependant mon sentiment. On se tromperait, en tout cas, si on voyait dans ce travail une pensée qui ne soit pas le résultat d’une conviction faite de longue date, partagée par les nombreux partisans de réformes, réclamées depuis longtemps, dont ils attendent la réalisation avec une patience et une confiance que soutiennent des convictions inébranlables et l’espoir en un avenir meilleur pour l’art.

De quelle nature sont ces réformes, quelle influence doivent-elles avoir sur l’évolution qui s’impose aujourd’hui; de qui dépend leur réalisation et pourquoi ce sujet est-il une cause de division entre les architectes? Telles sont les questions que, sans parti pris et uniquement en vue d’un intérêt général (social et professionnel), j’examine dans la seconde partie de ce livre, consacrée à l’époque contemporaine.

PREMIÈRE PARTIE

Table des matières

LE PASSÉ

I

Table des matières

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

Avant d’entreprendre l’examen méthodique et analytique des œuvres du passé, il importe d’indiquer dans quel sens et dans quel ordre d’idées il paraît nécessaire de procéder.

Pour quiconque s’intéresse à l’architecture, et veut se rendre compte du rôle qu’a rempli jadis cet art, l’histoire et l’archéologie sont d’un grand secours quant aux origines, aux conditions sociales, ainsi qu’à l’égard des mœurs, des climats et des matériaux, mais il est un point qui est toujours tenu dans l’ombre et qui est cependant capital. On nous laisse ignorer comment sont nées les dispositions, les ordonnances et les formes de l’architecture, à quelle méthode de composition elles sont dues. On constate bien, dans cette vulgarisation historique et scientifique, que tout ce qu’a créé l’homme en architecture provient de l’antiquité et du moyen âge, véritables époques créatrices et qu’à un moment donné — que l’histoire fixe à la Renaissance, — sous le vain prétexte de rénovation, — l’architecture est devenue au contraire un art d’imitation pour l’exercice duquel furent exploitées, sans principes et sans logique, les expressions esthétiques nées antérieurement. Mais historiens et archéologues semblent accepter cette infériorité, comme si désormais il n’y avait plus lieu de raisonner et d’inventer en architecture. Tant que les sociétés nouvelles furent dominées par la monarchie, cette façon de concevoir le rôle de l’architecture s’explique historiquement, mais le jour où la puissance démocratique s’affirma, notamment en France, à la suite de la Révolution, il est évident que l’art devait se mettre, petit à petit, au service de conditions et d’exigences nouvelles qu’il lui était impossible de satisfaire par la copie du passé. D’ailleurs d’autres considérations inhérentes au progrès scientifique et industriel sont venues contribuer singulièrement à entraîner l’art vers des horizons nouveaux.

Aussi dans l’étude méthodique et comparative des œuvres de nos devanciers, il importe de ne jamais perdre de vue la nécessité de donner satisfaction aux intérêts présents. Au contact des manifestations de la beauté, partout où elle s’affirme, formons notre goût, mais apprenons surtout à raisonner, en profitant de l’exemple donné uniquement par certaines périodes magistrales, sans nous arrêter à de vaines et puériles préoccupations d’une esthétique spéciale qui a fait son temps; efforçons-nous de saisir, là où elle se révèle, la véritable méthode à suivre dans l’utilisation judicieuse de la matière au point de vue des formes et tâchons de profiter d’une richesse, dans les moyens d’action, que n’ont pas connue nos devanciers, qui cependant nous dominent de si haut, de toute leur supériorité. La transformation de l’art dans le sens moderne est à ce prix.

C’est donc uniquement en vue des principes que nous trouvons dans le passé que je me place pour l’examen historique qui va suivre; aussi je n’entrerai à leur sujet que dans les détails absolument indispensables, pour en tirer, sans aucun souci d’imitation, l’enseignement que nous offrent ces magistrales manifestations de l’architecture.

Ce qu’il faut surtout envisager dans les œuvres du passé c’est, d’une part, l’organisme des éléments de structure qui détermine les dispositions générales et les proportions des édifices; d’autre part, les formes de détails et de décoration. A ce propos j’observe que souvent on se sert indifféremment des adjectifs architectonique et architectural. Ces deux mots ont cependant une signification bien différente. L’œuvre est architectonique dans sa structure et elle ne devient architecturale que lorsqu’elle est complétée par les formes et la décoration.

Si j’insiste sur ce point, c’est que cette distinction est un des moyens les plus sûrs d’analyse et d’étude, pour arriver à saisir l’origine des formes, ainsi que les méthodes de composition dont la connaissance est indispensable pour qui veut comprendre ce qu’est l’art dans la construction, c’est-à-dire l’Architecture elle-même.

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Data wydania na Litres:
16 stycznia 2025
Objętość:
232 str. 105 ilustracji
ISBN:
4064066320836
Wydawca:
Właściciel praw:
Bookwire
Format pobierania:

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